Inspiration du titre ? Les Doors !
Chapitre 3
Strange days have found him
Le lendemain, dans la grande salle, Remus lisait à nouveau le journal avec toute l'attention qu'on lui doit. La dépêche du sorcier titrait : « Drame dans le monde magique : disparition de vingt de nos plus grands sorciers ».
-« C'est dingue ! Quasiment tous les membres élus du ministère de la magie ont disparu !
-Bof, tant que ce n'est pas Dumbledore.
-T'exagère, Sirius, c'est vraiment bizarre cette affaire là !
-Ok, c'est bizarre, mais qu'est-ce que tu veux que j'y fasse s'ils tiennent absolument à passer des vacances dans le triangle des Bermudes.
-J'irais bien en parler à Dumbledore… J'aimerais savoir ce qu'il en pense.
-J'avoue que ça m'intrigue aussi… » Ajouta Potter.
-« Tiens ? Je croyais que seul le Quidditch t'intriguait !
-Quand t'as décidé d'être chiant Black…
-Ok, ok, vous voulez que je me fasse coller pour qu'on soit envoyé chez le Directeur ?
-Black !
-Mais quoi ? »
Dans l'après-midi, Sirius dut se séparer de ses petits camarades. Les trois autres allaient au cours d'étude des Moldus, tandis que lui avait préféré choisir le cours de Métamorphose avancée. Rien à voir avec le cours que dispensait McGonagall, il ne s'agissait que de pratiques de transmutation extrêmement compliquées. Ce cours, dont le Professeur était un homme sans âge du nom de Brian Thornford, était peut-être l'un des préférés de Sirius, qui trouvait la métamorphose facile. Ce cours, comme toutes les options, était en commun avec les autres maisons. Il y avait deux Serdaigles, trois Poufsouffles, un Gryffondor, et un Serpentard. Il était d'ailleurs remarquable de constater que pour une fois un Serpentard osait se mélanger aux autres élèves, sans la compagnie de toute sa meute. Cette personne suicidaire était Remedios Listerdale.
Sirius Black se dit en entrant dans la salle que le moment était venu pour elle de se confronter directement à un Gryffondor.
Il s'assit à côté d'elle, au milieu de la salle. Les trois autres filles de la classe ne cachèrent pas leur déconvenue.
-« Alors, Listerdale, ça va ? » S'enquit, une fois assis, Sirius.
-«Laisse-moi tranquille !
-Oh ! Je vois qu'on commence tout de suite les tirs au but, très bien. On aurait quand même pu échanger quelques mots avant. Enfin bon, comme tu veux. Ca ne t'embête pas trop de te séparer de tes moutons ? Ou c'est peut-être qu'ils n'ont pas trouvé la salle. C'est vrai que ça fait à peine sept ans qu'on est là.
-Black, sache pour ta gouverne que si je suis seule, c'est que j'ai envie d'être seule. Je n'ai absolument pas besoin de ton assommante compagnie. Alors tais-toi, abruti.
-Merci très chère, je suis moi-même ravi d'être ici avec toi. » Répondit Sirius.
Sur ce, Brian Thornford entra. Il jeta plus qu'il ne déposa son attaché-case et annonça que le cours d'aujourd'hui consisterait à changer un hippocampe en hirondelle bleue. La tâche était difficile – métamorphose d'un animal aquatique en un animal terrestre volant – et demanda à Sirius toute son attention. Il n'en oubliait pas pour autant qu'il était assis à côté d'un Serpentard et qu'il devait honorer sa réputation.
-« Pssst ! Listerdale! Ca va ? Tu t'en tires ou il faut que je t'aide ?
-Je t'avais prévenue, Black ! » Répondit Listerdale à voix basse. Elle ajouta à voix haute : « Professeur Thornford ! Regardez ce que Sirius a fait à son hirondelle ! »
D'un coup d'œil, elle cassa l'une des ailes de l'infortuné animal. Le Professeur s'approcha effectivement, et ne put que constater les mauvais traitements infligés à la bestiole.
-« Black, vous viendrez ce soir en retenue ». Prononça le Professeur d'une voix sans appel.
Etonné, Sirius n'avait pas réagi. C'était la première fois qu'on l'attaquait comme ça de front. Il ne mit pourtant pas tellement de temps à répondre.
-Professeur Thornford ! Excusez-moi, mais je ne trouve pas ma baguette. J'ai pensé que peut-être vous l'aviez gardée.
-C'est que je ne l'ai pas votre baguette ! Si vous étiez plus attentif aussi ! Utilisez unt « Accio » !
-Accio baguette ! »
La baguette sortit du sac de Remedios Listerdale sous l'étonnement de toutes les personnes présentes.
-« Mademoiselle Listerdale! Vous viendrez ce soir en retenue ! »
Sirius lança un clin d'œil à Listerdale qui lui répondit avec un regard noir.
Sirius rejoignit à la fin du cours ses inséparables amis.
-« Comment ? Tu t'es fait avoir comme un bleu par un Serpentard ? Mais où est la dignité des Gryffondor ?
-Et par Listerdale, en plus ? Une fille ? Non mais t'as pas honte ?
-Heureusement tu t'es rattrapé. Un peu plus et on ne te parlait plus du tout !
-Oh, ça va les mecs ! Je me suis fait avoir, ok, mais c'est la dernière fois ! »
Il faudra se méfier de Listerdale, se dit Sirius, elle a l'air moins idiote que Rogue ou Malefoy.
Mais James courrait déjà au cours de « théorie et stratégie du Quidditch » qu'il dispensait à son équipe. Remus avait quant à lui disparu sous une pile impressionnante de livres recouverts de toiles d'araignées. Peter somnolait devant la cheminée. Et Sirius se décida enfin à s'asseoir près de Remus, feuilletant plus ou moins un manuel de potions. En fait, il était curieux de ce qu'il se passerait le soir.
20 heures, Sirius Black sortit de la grande salle et se dirigea vers le bureau de Monsieur Thornford, le Professeur de métamorphoses appliquées. Il était un peu en retard, alors il commença à marcher vite, puis carrément à courir dans les couloirs. Evidement, cette élève modèle de Listerdale était déjà là, assise en face de leur Professeur, à échanger quelques considérations techniques sur la libellule violette à poix vert, espèce très rare d'Afrique Latine.
-« Ah, M. Black nous fait l'honneur de sa présence. Vous m'en voyez ravi ».
Listerdale paraissait moins enchantée que le sourire du Professeur.
-« Alors ce soir, j'ai pensé que vous pourriez ranger les bocaux de la réserve de Métamorphose. Il faudrait les classer par espèce, par date de la mise en bocal, et par ordre alphabétique. Je me suis bien fait comprendre ?
-Oui, Professeur. » Répondirent les deux élèves.
-« Très bien. Je vous laisse seuls, appelez-moi en cas de problème. Euh… Mademoiselle Listerdale ?
-Oui ?
-Je compte sur vous pour jeter un œil attentif sur M. Black.
-Bien, Monsieur. »
Le Professeur Thornford fit sortir les deux élèves de son bureau. Ils se rendirent en silence jusqu'à la salle de cours, juste à côté. Il y avait des bocaux absolument partout dans la réserve de la salle de Métamorphose. Jamais Sirius n'avait vu autant de bestioles dans un espace aussi réduit : des armoires complètes sur plusieurs niveaux regorgeaient de choses peu ragoûtantes dans des bocaux à la couleur plus ou jaunie.
Ils en auraient au moins pour la nuit !
Sirius poussa un soupire de désespoir, lui qui comptait rejoindre bientôt ses amis… La sanction du Professeur Thornford était pire qu'il ne l'avait imaginée.
-« Black ! » Entendit Sirius.
-« Oh ! Black ! » Réentendit Sirius.
-« Ouais ? Quoi ?
-tu peux prendre le bocal que je te tends depuis une demi-heure ? »
Machinalement, sans se rendre compte qu'il était presque en train de rendre servie à un Serpentard, il prit le bocal et le déposa sur la table à proximité, toujours plongé dans un abîme de réflexions.
Déçu mais résigné, il s'intéressa enfin à ce que faisait sa camarade de retenue. Elle était déjà sur une échelle et semblait vider les étagères les unes après les autres. Elle en était déjà à la deuxième.
-« Mais qu'est-ce que tu fais ?
-Ca ne se voit pas ? Pas très intelligent les Gryffondors. Je range, évidement. Et comme j'ai pas vraiment l'intention d'y passer la nuit, malgré ce que tu sembles croire, j'aimerais que tu me donnes un coup de main.
-Hèèè ! c'est à cause de qui qu'on est là Mademoiselle-je-prends-les-choses-en-main ?
-Toi. Alors ne m'agace pas plus où je te balance une blatte du néolithique, ou du moins ce qui y ressemble, à la tête.
-Non pas que l'idée d'une grande bataille ne me plaise pas, mais effectivement j'ai autre chose à faire cette nuit.
-Alors prends ça » Répondit Listerdale en lui jetant presque dans les mains un bocal.
Le travail était fastidieux, mais Sirius dut bien admettre, même si ça lui coûtait beaucoup, que sa camarade était exceptionnellement bien organisée, et que le travail avançait vite. La seule chose qui l'ennuyait, était l'ennui, justement. Il entreprit de faire la conversation, quand il fut avéré qu'il finirait le rangement dans relativement peu de temps.
-« Dis dont, tu t'entends bien avec Grams, j'ai cru comprendre.
-Qu'est ce que tu sous-entends au juste ? » Répondit Listerdale d'un air agressif.
-« Non, c'est juste comme ça. Je voulais savoir : le plus abruti des Serpentard c'est lui ou Malefoy ? » Demanda Sirius d'un air innocent.
-« Et à Gryffondor, c'est qui le plus abruti entre Potter et Black ? Ca doit se jouer au coude à coude, non ? Prends ce bocal !
-Mais parlons un peu de toi plutôt. Pourquoi es-tu aussi hautaine avec tes contemporains ? Ah, mais c'est vrai, c'est de famille. »
Il eut à peine le temps de finir sa phrase qu'un bocal surgit de nulle part devant lui. Il eut à peine le temps de se baisser, pour que le bocal poursuive sa route au-dessus de sa tête et se fracasse consécutivement par terre. Il ne perdit pas cette occasion, et s'emparant d'un autre contenant à l'aspect douteux, il l'abattit en direction de Listerdale. Celle-ci avait cependant pris la précaution de se cacher de l'autre côté de la table.
Il ouvrit en représailles un nouveau bocal pour en verser le contenu sur la table, contenu qui dégoulina sur la Serpentard. Il fut surpris d'entendre non pas un grand hurlement indigné auquel il s'attendait, mais un petit rire.
Intrigué, il leva le tête dans sa direction et entreprit de tourner autour de la table pour arriver du côté de son adversaire.
Il n'y avait personne.
Quand il se retourna brusquement, il était déjà trop tard et une espèce de grosse grenouille lui tombait dessus. Il eut à peine le temps de fermer la bouche.
Ni une ni deux, il tâtonna pour trouver une nouvelle bestiole, dégoupilla rapidement le capuchon, mais il était déjà trop tard, et il se prit de nouveau le contenu gluant d'un bocal.
A l'aveuglette, il jeta ce qu'il avait dans la main. Au cri de Listerdale, la brave petite bête avait réussi à atteindre l'objectif.
La bataille empira et bientôt, ils manquèrent de munitions.
Bien obligés, ils reprirent leurs esprits, Sirius se rendit alors compte qu'il était mort de rire, et qu'il avait peut-être passé là sa meilleure heure de retenue depuis son arrivée à Poudlard.
Listerdale paraissait elle aussi moins froide, voire même amusée par ce qu'il venait de se passer. Quand elle-même se rendit compte de cet instant de sociabilité, elle fut la première à reprendre son visage habituel, opaque à toute trace d'émotion.
Sans un mot de plus, ils réparèrent les bocaux, y remirent les bestioles. Et allèrent porter la clé de la salle au Professeur Thornford une demi-heure plus tard. Sans un mot de plus, Listerdale se dirigea vers la maison commune des Serpentard et Sirius vers celle des Gryffondor, à l'opposé de Poudlard.
Sirius Black, visiblement extrêmement mal réveillé, entra dans la grande salle au dernier moment pour prendre son petit déjeuner. Il avait un mal terrible à comprendre l'agitation qui y régnait.
Ne décollant toujours pas de son immense bol de chocolat chaud très serré, qui seul réussirait à le réveiller, il préféra ne pas s'attacher aux conversations de ces voisins pressentant les éventuels problèmes qui pourraient en découler. Il ne put pas longtemps s'en tenir éloigné.
-« Oh ! Black ! Nan mais t'es sourd ou quoi ?
-Keskyaencore ? Pouvezpasmefoutrelapaix ?
-C'est toi qui a changé la couleur des cheveux de Grams ? Ils sont oranges ce matin !
-On s'en fout Lily, il y a plus important ce matin ! » Répliqua ce rabat-joie de Potter.
Plus important ?
Plus important que la nouvelle couleur de cheveux de cet abruti de Grams qui avait valu à Black quelques heures de préparation ?
Il l'avait oublié celle-là.
Il constata de loin l'effet que ça faisait. Impressionnant. Grams en phare orange, et ses amis qui essayaient vaguement de le rassurer. Il détourna la tête quand il s'aperçut que Listerdale, apparemment pas dupe, le fixait.
Mais au fait, James avait dit que ce matin il y avait quelque chose de plus important que des petites blagues de potaches. C'est ça qui était vraiment extraordinaire. Habituellement, Potter n'était certainement pas le dernier à parler d'une si belle réussite.
Il s'arma de toute la force dont il était capable, après une nuit mouvementée où il avait dû concocter une potion, puis s'introduire dans la maison des Serpentard, pour avoir le bonheur d'assister à un tel spectacle de bon matin.
La chose surprenante était que cette nuit, James, ou Remus ne l'avaient pas accompagné.
Attends, ça cache un truc.
Sirius réfléchit.
-« La coupe des maisons de Quidditch ! C'est aujourd'hui, le match Serdaigle contre Gryffondor !
-Ben oui ! D'où tu sors Sirius ? Ca fait un mois que Potter nous bassine avec ce grand événement du monde sorcier ! » Répondit, surpris, Peter.
Effectivement, James paraissait extrêmement anxieux. Pourtant, il ne jouait pas contre les Serpentards, ce qui le rendait carrément fou de rage. Non, là, il était juste inquiet. Il faisait des petites boules du pain qui était resté devant lui, et même les cheveux de Grams ne lui décrochèrent pas un sourire.
-« Potter ? Accroche-toi bien sur ton balai, mais j'ai confiance ! » Dit simplement Sirius en se levant de table. James leva les yeux vers lui.
Ah oui, aucun doute, pensa Sirius, ce jeune homme est mort d'inquiétude. Il n'a donc toujours pas compris qu'il est de loin le meilleur ?
Peu importe, il comprendra bien tout à l'heure que les Serdaigles n'ont aucune chance. Pas plus cette année que les précédentes.
Quelques heures plus tard, le terrain de Quidditch était envahi de couleurs bleu et argent ou rouge et or. Les deux équipes entrèrent. Sirius, dans la loge du commentateur, au centre des gradins, lança un sort à l'aide de sa baguette et se mit à parler. Le son amplifié permettait à tout le monde de l'entendre.
-« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour et bienvenue au lancement de la Coupe de Quidditch inter-maisons de cette année ! Je serais bref quant à la présentation des équipes. Voilà, les Serdaigles qui passent devant nous : Farfadelle Dentry, armée de sa batte toujours efficace, capitaine de l'équipe pour la troisième année consécutive… »
Les élèves de Poudlard, habillé de bleu et d'argent hurlaient aux commentaires, extraordinairement honnêtes et justes, de Sirius Black.
-« Alors que voilà la merveilleuse équipe de notre cher et adulé Jaaaames Pooooooootter ! » Hurla Sirius quand il vit son ami s'approcher de sa tribune, et ce malgré les gros yeux que lui lançaient McGonagall. « Il est suivi pas la belle Alicia Porte, à la rapidité de l'éclair et de la charmante Lena Langrova à l'incroyable précision. Mais voilà aussi la magnifique Emily Sol et son inséparable acolyte Arthur Jones ! M'est avis que cette fois-ci, ils vont encore faire des sacrés miracles, à l'avance, merci ! Alors que s'avance pendant que je bavarde l'extraordinaire Jordan Smith, le seul, l'unique, le merveilleux, attrapeur de l'équipe de Gryyyyffoooondoooor !
-Black ! » Hurla McGonagall pour tout commentaire.
-« Hem… Oui Madame. Mais voilà que les souaffles et le vif d'or prennent leur envol. Gryffondor qui à peine à la première minute de jeu marque un but ! Bravo James t'es le meilleur ! Mais c'est déjà Farfadelle Dentry qui prend la balle… Et évite de justesse un souaffle... »
A la trentième minute de jeux, Gryffondor menait 125 contre 75. L'assistance regardait les deux attrapeurs avec plus d'attention. Jordan Smith n'en finissait pas de plonger. Il s'avérait que jusqu'à maintenant, ça n'avait été que des feintes.
Sirius Black continuait à donner le commentaire dans une objectivité toute relative. Remus regardait avec amusement et détachement le match qui se jouait devant lui. Peter quant à lui s'époumonait autant qu'il le pouvait avec des « Allez les rouges », ou des « Bravo Gryffondor », voire des « On t'aime Potter ».
Quand soudain, inexplicablement, le ciel s'obscurcit.
Le ciel s'obscurcit tellement qu'en quelques secondes, on n'y voyait plus rien.
Les deux équipes cessèrent, bien contraintes, de jouer. Sirius n'aperceait même plus la robe rouge de James. Ca l'inquiétait. Perdre de vue James Potter, ce n'était jamais bon signe. Il sentit soudain une présence à ses côtés. Il se retourna :
-« James ! Tu m'as foutu la trouille.
-Mais qu'est ce que c'est que ça ? » Demanda justement Potter.
-Je dirais un gros nuage noir qui est tombé sur nous. Je n'entends personne.
-C'est bizarre...
-Aussi étrange que les évènements récents dans le monde des sorciers ? » Dit une troisième voix.
-« Remus ! Tu as réussi à te repérer là dedans ?
-Oh moi, tu sais… »
A peine Remus Lupin avait-il fini sa phrase, qu'une voix d'outre-tombe, extraordinairement amplifiée, se fit entendre.
-« Professeurs, élèves, Voldemort est arrivé, il sera bientôt au fait de sa gloire. Alors obéissez-lui, ou mourrez ».
Quelques mots et la fumée noire qui recouvrait le terrain se dissipa. Le premier réflexe de Sirius fut de regarder dans la direction de Dumbledore. Il était encore plus livide que d'habitude. Seule sa main, tremblante, trahissait la grande émotion qui le parcourait.
-« C'était quoi, ça ? » Demanda en premier James.
-« Aucune idée.
-C'est qui au juste ce Voldemort ? » Demanda Peter qui venait de se hisser dans la tribune du commentateur.
Le silence se fit. De eux quatre, personne n'en avait entendu parler.
Dans les gradins, l'affolement général avait gagné. Les élèves courraient se réfugier dans le château. Il était pourtant évident que tout danger était écarté. On entendait des cris de panique, le pas rapide des élèves descendant les escaliers des gradins.
Sirius réfléchissait, quand se fit entendre la voix de Dumbledore, enfin, qui intimait le calme à ses élèves. Sirius sortit alors de sa rêverie :
-« Il faut que nous allions voir Dumbledore ».
Les trois garçons acquiescèrent.
Le soir même, Sirius, Remus, et James - Peter s'étant désisté -, s'engageaient dans le couloir le plus secret de Poudlard. Arrivés devant la fameuse gargouille, ne leur restait plus qu'à trouver ce satané mot de passe.
-« Tarte au chocolat ? Nan ? C'est bon pourtant.
-Eclair au café ?
-Bêtises de Bertie Crochue ?
-Coléoptère au citron ?
-Sorbet cassis ? »
Le pan de la porte s'ouvrit alors lentement avec un léger grincement parfaitement entretenu.
Ils se trouvaient devant un étroit escalier en colimaçon.
Ils entrèrent dans un bureau ovale. Un phénix incroyablement beau se pavanait sur son perchoir. Les murs étaient recouverts de livres et de tableaux des anciens directeurs de Poudlard. Dumbledore était assis derrière son bureau, plongé dans l'écriture de quelques parchemins.
-« Bonjour les garçons, asseyez-vous ». Engagea Dumbledore.
Décidément, il était impossible de surprendre le directeur de Poudlard.
Comme aucun ne se lançait, Sirius prit la parole :
-« Monsieur le Directeur, on voudrait en savoir plus sur ce qu'il s'est passé tout à l'heure, sur le terrain de Quidditch.
-Je me doute bien, Monsieur Black, que vous n'êtes pas venus jusqu'ici pour mes beaux yeux. Laissez moi terminer ce courrier pour le ministère et je suis à vous ».
Sirius se fit la réflexion que Dumbledore était probablement le meilleur Directeur que Poudlard n'ait jamais connu : quelqu'un qui ne renvoyait pas ses élèves, arrivés sans rendez-vous, à un moment particulièrement délicat où il avait probablement autre chose à faire, était forcément quelqu'un de vraiment bien.
Quelques minutes plus tard, Dumbledore attrapa une chouette qui faisait mimétisme avec la bibliothèque, lui attacha le parchemin à la patte, et la conduisit vers la fenêtre, où la charmante bestiole pris son envol.
-« Alors, que voulez-vous savoir, jeunes gens ?
-Qui est Voldemort ? » Demanda automatiquement James.
-Voldemort, Monsieur Potter, est l'un des plus grands sorciers que je connaisse.
-Mais encore ? » Encouragea Sirius dont la curiosité se faisait de plus en plus pressante.
-J'imagine que d'ici ce soir l'ensemble de l'école saura qui il est et de pourquoi il a fait cette annonce.
-Des élèves le connaissent ? » Interrompit James visiblement surpris.
-Bien sûr que des élèves le connaissent. Enfin leurs parents surtout, et des Professeurs aussi. Voldemort est un ancien élève de Poudlard. Un brillant élève. Peut-être le meilleur qui soit passé dans ses murs. Mais certainement le plus dangereux aussi.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé cet après-midi ? » Demanda Sirius.
-« Ce dont vous avez été témoin cet après-midi, c'est de la nouvelle politique de Voldemort. Il recrute. Il lui faut des fidèles.
-Des fidèles ? Il monte une secte ? » S'enquit Remus.
-Non pas une secte. » Répondit Dumbledore avec un petit sourire. « Voldemort veut renverser le monde à son profit. Il veut prendre le contrôle des sorciers et des Moldus.
-Rien que ça ». Marmonna Sirius.
-Il a déjà quelques personnes de confiance autour de lui, dont des parents des élèves qui sont ici. Mais il en veut plus, j'ai cru comprendre qu'il voulait fonder une espèce d'armée. Il enlève les personnes les plus remarquables du monde magique pour s'assurer qu'elles ne pourront s'opposer à lui. Il y a une centaine de personnes dont on est sans nouvelle, ou d'autres qu'on a retrouvé mortes. Bref, les enfants, la guerre va bientôt commencer. Soyez sur vos gardes.
-Quoi ! » Hurlèrent les trois garçons en même temps.
-« Mais c'est pas possible ! » Ajouta Remus.
-« Et on était au courrant de rien ? » demanda Sirius, perplexe.
-« Jusqu'à maintenant, personne n'en parlait. Le ministère essayait de le cacher. Aujourd'hui il ne peut plus. Au contraire, il faut informer le monde sorcier, à défaut des Moldus. Il faut réagir, et vite ». Ajouta Dumbledore plus pour lui même que pour ses élèves présents.
C'est encore abasourdis par cette nouvelle si inattendue, que les Maraudeurs quittèrent le bureau du Directeur. Ils se rendirent sans même se concerter dans la salle commune des Gryffondor où chose étonnante, on ne parlait même pas du match de Quidditch annulé, mais uniquement de Voldemort. Dumbledore avait eu raison. Des élèves connaissaient qui il était. Leurs parents leur en avaient vaguement parlé.
-« Mais il doit quoi au juste, ce Voldemort ?
-D'après Dumbledore, il voudrait prendre le pouvoir. Ou plutôt imposer sa doctrine. Une espèce de ligne politique xénophobe. » Répondit James.
-« Oui, mon père m'a dit. » Compléta Eileen Connelly.
-« Tu en sais plus ?
-En gros, il veut tuer ou réduire en esclavage tout le monde. Ou plutôt tous ceux qui ne le ressemble pas. Il pense que les personnes dont la famille a toujours eu des dons magiques valent mieux que des personnes dont les parents sont Moldus. Autrement dit, avec lui, une fille comme moi dont la mère est une Moldue, n'a vraiment pas chance. » Ajouta-t-elle.
Sirius était profondément choqué par ce qu'il entendait. Comment pouvait-on sérieusement accréditer une thèse selon laquelle un humain était supérieur à un autre ?
-« Avec d'autres, Voldemort pense que les Moldus sont en bas d'une sorte d'échelle. Les sorciers dont l'ascendance, ou encore pire la descendance, est Moldue, sont juste au-dessus. Et bien plus haut, on retrouve des 'sang-purs' comme ils s'appellent. Ils pensent qu'avec leur seule naissance, ils sont amenés à dominer le monde. Ils se prennent pour des sortes d'élus.
-C'est un discours tout ce qu'il y a de plus dangereux.
-Et faux ! » S'indigna Sirius qui savait déjà combien il détestait les idées de Voldemort.
-« Mais qui plait beaucoup à certaines vieilles familles. » Précisa Eileen.
Sirius s'affala dans un fauteuil près de la cheminée. Il pensa à sa famille. Ca faisait combien de temps qu'il n'avait pas parlé à son frère, à sa mère, à son père ? Il était entré, comme tous les élèves de l'école, à 11 ans à Poudlard. Il n'en ressortait pas pendant les vacances scolaires, sauf en été où il s'invitait chez James. Ce qui faisait qu'il n'avait des nouvelles que très rarement. Quelques courriers lui parvenaient à Noël.
Et les Black, ils avaient choisi quels camps ? Cette question taraudait le jeune homme. Dumbledore avait bien dit que Voldemort avait déjà autour de lui une bande de fidèles. Le jeune homme se souvenait de la déception parentale quand ils avaient su que leur deuxième fils ne rentrerait pas, comme le reste de la famille, dans la maison Serpentard. Et c'était vrai aussi que ses parents et son frère étaient adeptes de magie noire. Ils avaient aussi une haute conception de leur lignée. Ne pouvaient concevoir de « s'abaisser » à parler aux gens qui ne convenaient pas à leur « caste ».
-« Merde, ils sont avec Voldemort ». Conclut Sirius d'une voix sans appel.
Sans s'en rendre compte, il avait parlé à haute voix. Ses amis, discutant un peu plus loin lui demandèrent de s'expliquer. Il refusa et monta dans le dortoir afin d'éviter toute autre conversation.
Tout le monde ne parla que de Voldemort dans les jours qui suivirent.
Les journaux regorgeaient soudain d'articles le concernant. On retraçait sa biographie du berceau jusqu'à nos jours. On faisait son thème astrologique pour lui promettre une fin prochaine. On constatait enfin les disparitions. On recensait ceux qu'on appelait déjà les Mangemorts : les acolytes de Voldemort.
Les Maraudeurs s'étaient vite rendus compte que, contre toute attente, toute l'école ne s'était pas soudée autour de Dumbledore pour faire front à Voldemort, alors même que tout le monde s'accordait à dire que c'était le sorcier le plus cruel jamais connu. Des histoires terribles leur parvenaient aux oreilles. Mais ça ne semblait pas effrayer plus que cela certains élèves qui considéraient Voldemort comme une espèce de héros, qui allait les sauver de ce qu'ils appelaient les « sangs de bourbe » ou autres « Sous sorciers ».
Les élèves, malgré tout, poursuivaient une scolarité presque normale.
Il n'y avait que le Quidditch qui avait été annulé jusqu'à nouvel ordre. Ce à quoi personne, pas même James Potter ne s'était réellement opposé. Les cours, eux, avaient toujours lieu. Sirius, Remus, Peter, et James étaient encore moins attentifs qu'avant. Ils ne se préoccupaient plus que des nouvelles de l'extérieur, s'indignant que Dumbledore ne leur permette pas de jouer un rôle plus grand dans la lutte anti-Voldemort et anti-Mangemorts.
La seule chose qui amusait encore Sirius était ses cours de Métamorphose appliquée avec le Professeur Thornford. Il aimait bien la matière, qui était la seule qu'il avait pu choisir, et il aimait bien le petit groupe d'élèves. Seule, Remedios Listerdale continuait à le battre froid. Pourtant, du jour où il avait entendu parler de Voldemort, il avait cessé toutes plaisanteries à l'égard des Serpentards. Beaucoup d'entre eux affichaient leur admiration au Mage noir, et pour Sirius, ils étaient devenus de vrais ennemis. Bien plus sérieux que leurs petites querelles sans conséquences. Il ne s'attaquait pas plus à Listerdale. Et elle semblait faire de même.
En revanche, dans sa classe de Métamorphose appliquée, il se liait de plus en plus avec une élève de la maison de Poufsouffle : Clare Dame. Et avec ses amis, George Bastold, et Denis Jonhston. Il y avait aussi Farfadelle Dentry, qui, malgré son statut de capitaine d'une équipe de Quidditch concurrente, était une amie de Sirius, et Zachary Zagreb, de Serdaigle aussi, qui était un vrai tueur aux cartes magiques. Toutes ces personnes s'étaient liées d'amitié après l'arrivée connue de Voldemort en s'alignant clairement dans le sillage de Dumbledore. Listerdale, quant à elle, on ne savait trop ce qu'elle pensait, et après tout, on ne voulait pas trop savoir.
-« Tiens voilà le plus beau ! » Annonça d'une voix forte Farfadelle.
-« Je me suis fait attendre ? » Demanda Sirius qui venait d'entrer dans la salle de cours.
-« C'est qu'on parlait de toi. » Dit George Bastold.
-« On voudrait savoir ce qu'on peut faire. On voudrait bien aider Dumbledore au cas où Voldemort se manifeste encore. On sait pas trop comment lui dire. » Ajouta Clare.
-« Je ne sais pas non plus. On lui en a déjà parlé avec Remus, James et Peter, mais il a refusé toute aide de notre part. Il dit que nous sommes là pour étudier…
-Tu parles qu'on a envie d'étudier ! » Dit Clare.
-« Dis dont, c'est que tu me plais toi ! » Lui répondit Sirius avec un sourire enjôleur.
Le Professeur entra et le cours débuta aussitôt. Sirius ne pouvait s'empêcher, une nouvelle fois, d'observer Listerdale. En fait, il se rendit compte à cette occasion, qu'il crevait d'envie de savoir ce qu'elle pensait de tout ça. Elle, brillante et populaire élève de Serpentard, et désespérément fermée comme une huître.
-« Merde, il faut que je la fasse parler ». Se dit Sirius alors que le Professeur Thornford signifiait à ses élèves la fin du cours.
