Juste un mot pour le titre inspiré de
"Going On" de Gnarls Barkley.
Et donc voilà. Bonne
lecture !
Chapitre 6
He is prepared to go it alone, but they're going on
Les jours qui suivirent furent pour Sirius très étranges. Dumbledore n'avait pas reparu de son bureau depuis l'autre soir. L'ambiance dans l'école n'avait jamais été aussi silencieuse qu'elle ne l'était en ces moments. Même les Gryffondors, qui n'étaient pourtant pas à la traîne quand il s'agissait d'amuser leurs camarades, faisaient profil bas. On ne parlait qu'à peine, on ne riait plus, et Sirius commençait sérieusement à s'embêter.
Sa seule activité
du moment était de contrôler les allées et venues de Remedios
Listerdale. Et il ne se passait pas grand-chose : tout se
passait comme si justement il ne se passait rien.
-« Sirius ! »
Souffla Peter derrière lui, alors qu'il était tranquillement en
train de s'endormir sur sa table en plein cours d'histoire de la
magie.
-« Oh Sirius ! » Dit plus fort James, installé
à côté de Peter.
-« Quoi ? » Demanda d'un
air bougon et agacé l'appelé.
-« Oh ça va ! Arrête
de faire ta princesse ! » Rajouta Remus à côté de
James.
-« Je fais pas ma princesse… » Répondit
Sirius sans vraiment convaincre personne.
-« C'est
dommage, le diadème t'irait très bien ! » Répondit
dans un rire narquois James.
Sirius, vexé, se retourna, et fit
semblant d'écouter ce que le professeur avait à dire.
-« Sirius !
Arrête de faire semblant d'être attentif, personne n'y croit,
pas même Binns ! » Dit Remus à voix haute. Le reste de
la classe se retourna pour voir qui étaient les agitateurs de la
douce quiétude qui les envahissait tous. Le Professeur Binns, quant
à lui, ne réagit même pas, et continua à parler d'une voix
monocorde de la place des Gobelins dans la hiérarchie sociale de la
troisième ère en partant du bas. Sirius décrocha aussitôt et se
retourna écouter ses amis.
-« Ah ! Quand même !
Ouais, on voulait savoir si t'avait du neuf sur la disparition de
Dumbledore ?
-Non. » Répondit Sirius. « Aucune,
et c'est assez inquiétant. Imaginez qu'il lui soit arrivé un
truc !
-Seul dans son bureau ?
-T'inquiète,
il se sort de tout. » Dit en toute confiance
Peter.
-« Mouais…
-Et Listerdale, avec nous
derrière la tapisserie le soir du bal, tu nous expliques ?
-Je
vous aime bien les mecs, mais là, vous commencez à devenir super
lourd.
-Permets que nous nous interrogions sur le fait que tu ais
refusé toutes les demandes en mar… Pardon les invitations des
filles, et que finalement tu décides de venir avec ce monstre ! »
Souligna James.
-« En fait, ça vous regarde pas vraiment !
Et c'est pas vraiment le moment !
-Oh ! Arrête !
Avec toi c'est jamais le moment ! »
Sirius jeta un coup d'œil et Binns, et il était bien obligé d'avouer que le Professeur n'avait que faire de la conversation des Maraudeurs.
-« Je l'ai trouvée dans un couloir. Elle
s'embêtait, je m'embêtais, et on a décidé de venir au bal.
Quand Voldemort est arrivé, elle était avec moi, et elle est
restée. Voilà.
-Et entre temps, t'as oublié qu'elle
était l'une des meilleures représentantes de Serpentard, ou
quoi ? » Demanda James au bord de l'apoplexie.
-« Non,
je n'ai pas oublié. C'est un hasard. Arrêter avec ça, c'est
vraiment énervant. »
Sirius se retourna vers le Professeur qui était passé à l'influence du géant Grosdeugop dans l'art magique du XIIIème siècle moldu en Ecosse. Il n'allait tout de même pas dire que Listerdale n'était pas si terrible et expliquer son secret, sa double vie, et pourquoi en fait elle était restée au côté de Black pendant la visite surprise du Mage.
Ses trois amis continuèrent jusqu'à la fin du cours à extrapoler sur cet évènement, les raisons du pourquoi et du comment. Quand enfin, sonna la délivrance de Black en la personne du Professeur Binns qui remarqua, enfin, qu'il était plus que temps de libérer ses élèves.
Il ne restait plus aux élèves de Gryffondor qu'à courir jusqu'à la classe de Monsieur Bonnard. A peine installés, le Professeur se lança dans une grande explication de ce qu'était le marxisme pour les sorciers fondateurs de la Quatrième Révolution au Québec. Sirius débrancha de nouveau son cerveau et se mit en mode automatique pour attendre sagement la fin du cours. Les trois autres étaient toujours en train de parler, plus discrètement toutefois, sur la soudaine et ma foi inquiétante disparition de Dumbledore. Il n'était pas normal que celui-ci disparaisse juste quand il disait clairement à Voldemort qu'il le combattrait jusqu'à la mort. Là encore, ils étaient en train de bâtir des inventions rocambolesques. Ils durent toutefois s'arrêter assez vite quand Monsieur Bonnard leur expliqua que s'ils n'arrêtaient pas de suite leur conversation, le goulag soviétique leur paraîtrait en comparaison de la punition qu'il leur donnerait des vacances au Bahamas.
Enfin Monsieur Bonnard prononça le mot de la fin de son cours. Et ce fut Sirius qui quitta la salle le premier. Il avait cours de Métamorphose appliquée. Et même s'il ne vouait pas une grande admiration pour Monsieur Thornford, il avait assez hâte de quitter ses amis, dont il commençait à soupçonner que ceux-ci n'étaient peut-être au fond que des abrutis.
Enfin, il
parvint à la salle de Métamorphose appliquée. Etaient déjà
installés ses camarades d'options. Il fit un clin d'œil
ravageur à Clare, un sourire aux autres. Et s'assit aux côtés de
Listerdale, qui n'en parut pas enchantée.
-« Alors je
t'ai manqué, ma belle ?
-Oh tellement ! »
Répondit avec une voix suraigue Remedios Listerdale en papillonnant
des yeux, ce qui fit rire l'ensemble de la classe.
C'est le moment que choisi Monsieur Thornford pour entrer. Sirius rageait, il n'avait pas eu le temps de parler avec Listerdale. Pour une fois qu'ils pouvaient parler... mais non, Monsieur Thornford était bien décidé pour commencer son cours, et Sirius ne pouvait pas vraiment l'en empêcher. En revanche…
Il se tourna vers sa voisine
et lui parla, de manière assez forte pour être entendue du
professeur, mais juste assez douce pour agacer au plus haut point
Monsieur Thornford.
-« Et là, Jeremy a piqué vers le vif
d'or. Alors évidement, Vladimir Krum a suivi. Le problème c'est
que Jeremy feintait. Dès qu'il a pu, il est remonté en
flèche…
-Black ! » S'insurgea le
Professeur.
-Monsieur ?
-Arrêtez ceci immédiatement où
vous restez toute cette soirée en ma compagnie !
-Oui
Monsieur. »
Sous le regard pourtant réprobateur de
Listerdale, Sirius se retourna vers elle et continua à raconter ce
match épique.
-« Donc, il remonte en flèche. Et là tu
sais quoi ? » Voyant qu'elle ne semblait se soucier de
lui, il insista
-«tu sais quoi ?
-Non, je ne sais pas et
je m'en contrefous, Black ! »
Listerdale était
tombée dans le piège. Monsieur Thornford se dirigea vers leur table
d'un pas décidé, s'arrêta devant eux et dit d'une vois très
posée :
-« Hé bien je suis tout à fait ravi,
Monsieur Black et Mademoiselle Listerdale, de constater que vous avez
envie de m'aider à classer les dossiers des anciens élèves. Je
vous attends donc ce soir en retenue ! »
Listerdale ne
se défendit même pas. Black l'en remercia silencieusement. Il
fallait qu'il lui parle, alors si la seule manière simple de se
parler était d'avoir une retenue en commun, il ferait bien ce
sacrifice.
Le soir venu et le dîner avec ses « amis »
expédiés, il courut presque alors qu'il était largement à
l'heure, jusqu'au bureau de Brian Thornford. Il prit à peine le
temps de frapper pour entrer. Le professeur était bien là.
-« Ah !
Monsieur Black ! Nous n'attendons plus que votre camarade pour
commencer cette folle soirée. J'espère néanmoins que cette
fois-ci vous travaillerez mieux que quand je vous ai fait ranger la
réserve, il y a quelques bocaux que je n'ai toujours pas
retrouvé… » Sirius dut se mordre la lèvre pour ne pas
sourire. Il repensait à cette retenue-là et la manière dont ça
avait vite dégénéré. C'est vrai qu'il s'était bien amusé
quand même ce soir-là.
Remedios Listerdale entra à son tour
dans le bureau de Monsieur Thornford sans même avoir pris la peine
de frapper.
-« Ah Mademoiselle Listerdale, nous
n'attendions que vous ! » S'exclama Monsieur
Thornford. Sirius n'en pensait pas moins.
-« Alors voilà
les dossiers scolaires en Métamorphose appliquée des anciens élèves
de Poudlard, je compte sur vous pour y mettre un peu d'ordre. Il
faudrait les ranger par année et ordre alphabétique. Evidement, je
garde avec moi les baguettes, pas question que vous vous en sortiez
aussi facilement. Bonne soirée jeunes-gens ! »
Sirius
faillit remercier le professeur mais il pensa juste à temps que ça
n'était peut-être pas tout à fait judicieux. Il était quand
même sensé être puni. Monsieur Thornford, confiant avec les
baguettes à la main, quitta la pièce, et en ferma la porte. A peine
la porte avait-elle été claquée, que Sirius se tourna vers
Listerdale.
-« Alors ?
-Quoi
alors ?
-Alors comment ça va ? T'as du nouveau ?
Qu'est ce que fait Dumbledore, on ne l'a pas vu depuis une
éternité ! Et qu'est ce que tu fais avec Voldemort et ses
abrutis de Malefoy, Rogue, ou autre Grams ? »
Listerdale ne paraissait pas avoir extrêmement envie de répondre à Sirius qui pourtant la fixait avec une inquiétude évidente dans le regard. Il faut croire que Listerdale, ce soir-là, était décidée à parler, ce qui était déjà un fait remarquable en soi, parce qu'effectivement, elle lui répondit.
-« Je reprends
dans l'ordre. A la première question, je n'y réponds pas, tu
t'en fous. A la deuxième, Voldemort est en pleine forme, il a pas
mal de projets, mais rien de vraiment concret pour le moment. A la
troisième, Dumbledore est très occupé en ce moment. Quand il est à
Poudlard, il reste dans son bureau et ne reçoit que les professeurs,
membres de l'ordre du Phénix, ou moi.
-L'ordre du quoi ?
-Du
Phénix. Dumbledore t'en parlera en temps voulu. »
Elle ne laissa pas à Sirius le temps de réagir, elle enchaîna.
-« A
la question sur ce que je fais avec Voldemort et mes camarades, je
serais tentée de te dire que ça ne te regarde pas. Alors pour
éviter que tu ne me regardes avec ces gros yeux, je te dirais que ça
suit son cours. Et maintenant, arrête de m'embêter : à cause de
tes bêtises, on se retrouve à classer tous ces
dossiers.
-T'inquiètes donc pas pour ça je m'en occupe.
-Et
je peux savoir comment si ce n'est en y passant toute la
nuit ?
-Tu sauras en temps voulu ! » Répondit
Sirius avec un clin d'œil.
Un silence passa.
Listerdale
s'assit sur une des chaises, ouvrit le sac qu'elle avait avec
elle et entreprit de poursuivre l'étude des Magyar à Pointes en
milieu subtropical. Mais elle fut très vite interrompue par
Black.
-« Au fait, Listerdale. La réponse à la
première question… Elle m'intéressait. » Dit-il d'une
voix sans appel.
-« La première question…
-Comment
tu vas ?
-Ah oui. Alors c'est peut-être à moi
qu'elle n'intéressait pas, cette question. »
Aussi sec, elle se replongea dans un traité sur le comportement des Magyar à Pointes en Amazonie. Sirius continuait de la regarder. Il ne prononçait plus un seul mot. Il s'installa dans une chaise pour continuer de lui faire face, s'accouda sur sa table, et attendit. La réponse se fit attendre quelques minutes. Enfin, Listerdale quitta son livre des yeux.
-« Tu m'embêtes,
Black.
-Voui, ma belle.
-Je ne suis pas ta belle, arriéré
de Gryffondor. Ah non, pardon, c'est un pléonasme. Je ne suis pas
ta belle, Gryffondor. »
Black prit un air offusqué.
Listerdale lui jeta un regard noir. Et après quelques minutes.
-« Ca
va. Ca pourrait aller mieux, mais ça va, j'ai mes deux bras, mes
deux jambes, et toute ma tête.
-Pour la tête, on pourrait en
discuter ». Commença Sirius. Il s'arrêta très vite quand
il vit que Listerdale le fusillait du regard. « Tu réussis à
tout gérer ? Voldemort, Dumbledore, et la vie normale d'une
élève de Poudlard ?
-A vrai dire puisque tu en
parles, j'aurais aimé profiter de ce temps pour m'avancer un peu
dans la masse de devoirs qu'il me reste encore à faire. Mais va
savoir pourquoi, un abruti m'en empêche depuis toute à
l'heure.
-Y a vraiment des boulets partout… Pour tes devoirs,
je te proposerai bien l'aide de Remus…
-Je suis suffisamment
grande pour me débrouiller toute
seule.
-Serpentarde !
-Gryffondor !
-Sans rire,
Listerdale, si t'as besoin d'aide pour quoique ce soit, compte
sur moi.
-Je suis suffisamment…
-Ouais d'accord j'ai
compris ». La coupa Sirius. « C'est juste au cas où.
Comme si c'était pas assez difficile pour moi de te proposer
ça !
-Tu n'en es pas obligé.
-Peut-être mais le
pire c'est que j'y tiens. »
Listerdale regarda
Black, le jaugea, et se décida.
-« La semaine dernière, tu
sais après que Voldemort a fait cette entrée si remarquée dans la
grande salle le soir du bal, il s'est passé pas mal de trucs. Avec
d'autres élèves, on a participé à des réunions au sommet.
-Les assemblées générales de Voldemort ?
-C'est
ça. » Répondit Listerdale en souriant. « A ces
réunions, il y a toujours plein de monde. Il y a beaucoup de
sorciers célèbres, des gens super calmes ou au contraire
complètement hystériques, il y a des jeunes, des vieux, des femmes,
des hommes, des gobelins, des géants,… En fait tout ce beau monde
n'est pas tellement important. Le seul qui nous importe vraiment,
c'est Voldemort. Dès qu'il parait dans une salle tout le monde
se tait. En général, il n'écoute personne, il ne fait que dire
ce qu'il pense. Souvent, il part dans des grands discours sur
comment il va écraser le monde de sa toute puissance et comment il
va tuer Dumbledore. Il vaut donc mieux que Dumbledore ne fasse rien
d'inconsidéré. Et plus il restera dans son bureau de Poudlard,
mieux ça vaudra, crois-moi. Alors ne va pas lui faire faire un tour
dans la forêt interdite. Une fois que le maître des ténèbres en a
terminé avec ses interminables discours sur son génie et sa
puissance, et que le public devient passionné, il passe enfin aux
choses concrètes. Il nous expose ses plans. Ou du moins une partie
d'entre eux. Ce qu'il faut pour qu'on ne puisse pas comprendre
le plan d'ensemble de la guerre qu'il mène, et juste assez pour
que des volontaires se désignent pour l'aider dans telle ou telle
tâche. Et de temps en temps, ce sont des élèves de Poudlard qui se
désignent pour une ou deux actions discrètes à l'intérieur de
l'école, dont moi. Tu te doutes que Poudlard et ses élèves sont
particulièrement sous surveillance.
-Qui est chargé de cette
surveillance ?
-Moi. Mais comme Malefoy pense que j'ai besoin
d'aide, il est sur le coup lui aussi.
-Qu'est-ce que tes
recherches ont donné ?
-Toi et tes amis êtes trop bêtes
pour être dangereux. » Répondit Listerdale avec un air très
sérieux.
Black n'en fut pas vexé. Il avait compris à l'instant où Remedios avait prononcé ces quelques paroles, qu'elle le protégeait. Si Malefoy et Voldemort étaient convaincus qu'il n'était pas dangereux pour leurs petites activités, il pourrait faire ce qu'il voulait. Il ne serait peut-être pas à l'abri de tous les soupçons, mais au moins, il ne serait pas le suspect numéro un.
-« C'est vrai que je n'ai jamais
été très malin.
-C'est bien ce que je me tue à te répéter ».
Lui répondit Remedios d'un air entendu.
-"Et qu'en
est-il de ces projets, alors ?
-Facile, il veut détruire le
monde à son profit. Il pense qu'en réduisant à néant les
Moldus, ainsi que les sorciers qui sont nés de parents Moldus, les
moutons seront bien gardés. Plus de crimes, plus de guerres, plus
d'enquiquineurs, et la soumission de tous à Voldemort. Il leur
promet une vie tranquille, où ils seront riches et considérés. Et
ces abrutis rentrent dans le panneau. Ca marche bien d'ailleurs.
-Ce
sont qui ces abrutis ?
-Je te l'ai dit. Il y a en a de
toute sorte : connu ou non, jeune ou vieux. Le point commun
c'est qu'ils ont ou une soif extraordinaire de vengeance sur on
ne sait qui, ou un sérieux problème avec la vie en société.
-Et
il y a des projets plus précis ? »
Remedios, avant de répondre, regarda Sirius. Comme si elle pouvait être sûre qu'elle pouvait avoir confiance.
-« Il a remarqué
après sa visite à Poudlard que ça avait bien fonctionné. Que ça
avait créé la panique et qu'en plus, ça avait éliminé quelques
personnes gênantes. Il projette des coups d'éclat comme ça. Mais
rien de précis, et pas forcément qu'en Angleterre.
-Et
Dumbledore, il réunit les troupes ?
-Il fait ce qu'il peut
Dumbledore, mais avec ces empotés du ministère de la magie, je peux
te dire qu'il a du boulot ! »
Sirius réfléchissait à comment imposer au Directeur son aide. Mais il n'en eut pas trop le temps : Listerdale lui fit remarquer assez vite que l'heure tournait, et que Monsieur Thornford n'allait pas tarder à revenir chercher ses étudiants, et qu'il serait bien contraint de constater que rien n'avait été fait.
-« Tu
as dit que tu t'en chargeais. Il n'est pas question que je passe
toutes mes soirées ici pour réparer tes bêtises ! Je te
rappelle que j'ai d'autres occupations !
-Mais oui, ma
belle. Ne t'inquiète pas, j'ai les choses en main.
-Je
ne suis pas ta belle. »
Monsieur Thornford avait pris sa baguette. Mais le fait de n'avoir pas de baguette, du moins pour les petits sorts, ne gênait aucunement Sirius, qui se fit donc un malin plaisir à jeter un sort aux dossiers des anciens élèves par la seule force de sa pensée.
-« Tu sais qu'on est
sensé n'apprendre ça qu'à la fin de cette année ?
-J'ai
pris un peu d'avance sur le programme. » Répondit Sirius
nonchalamment.
C'est juste à ce moment que le professeur choisit d'entrer dans la salle. Il constata que le travail avait bien été fait et après une mise en garde à l'intention de ses élèves les exhortant à se tenir en place pendant les heures de cours, il les relâcha.
Dans le couloir, Sirius dit encore :
-« Tu sais Listerdale, tu as beau être une Serpentarde,
j'aimerais autant qu'on arrive à se parler en dehors des heures
de retenues.
-Je n'ai pas le temps, ni la patience, et encore
moins l'envie, d'être sans cesse à ta disposition pour soulager
ta satanée curiosité. »
Elle marqua une pause avant de
déclarer.
-« Mais, au contraire d'un Gryffondor, je suis
réaliste, et j'aurais peut-être, comme Dumbledore, besoin de toi
à un moment ou à un autre. Si j'ai un truc à te dire, je te
recontacte. Alors ne t'avise pas d'anticiper et de m'agresser
dès que t'as des questions existentielles à poser. Tu
comprends ?
-Non, mais ça marche. »
Remedios
allait partir.
-« Tu sais, si t'as un problème, un truc,
si tu veux parler… Enfin bon, je suis là, quoi. »
Elle
se retourna avec un sourire pour faire face à Sirius :
-« Pas
besoin, je suis une Serpentarde. » Plantant là le jeune homme,
elle se dirigea vers sa salle commune. Black n'avait plus qu'à
faire de même.
En chemin, ça l'embêtait de plus en plus que d'avoir fraternisé avec l'ennemi. Et quel ennemi ! Une des filles les plus charismatiques de toute l'école mais la fille qu'il pensait être comme la plus méprisante, la plus hautaine de Poudlard. Et voilà qu'il se mettait à sympathiser avec une si digne représentante de la maison honnie. Sirius se fit la réflexion que les circonstances devaient être bien graves pour en être réduit à cette extrémité.
Toujours sur le chemin qui le séparait
encore de la salle commune des Gryffondors, et alors qu'il voyait
passer Peeves à l'autre bout du couloir, il en était à se dire
que finalement, s'il s'était bien entendu avec elle assez vite –
il n'aura fallu que presque sept ans pour qu'ils se parlent-,
c'était peut-être que dans le fond, Remedios n'était pas si
terrible qu'elle en avait l'air. C'est vrai qu'après tout,
elle n'était probablement pas idiote, et qu'elle avait la
confiance de Dumbledore, ce qui n'était pas rien.
Il en était là
de ses réflexions quand il parvint enfin devant le tableau de la
grosse dame. Il allait y entrer quand une voix l'interpella.
-« Monsieur Black ! »
Le susnommé fit face à l'interpellateur, sans montrer un quelconque étonnement malgré l'heure tardive à laquelle il intervenait. Ce n'était autre que Dumbledore, le grand disparu, qui arrivait d'un pas rapide vers Sirius, l'air préoccupé.
-« Monsieur le
Directeur ? »
-« Bonsoir, Monsieur Black. Je
viens de voir Monsieur Thornford qui m'a dit vous avoir quitté il
y a quelques minutes. Et effectivement, vous êtes encore
debout.
-Euh… Oui…
-Je ne ferais pas de réflexion sur
l'attitude désinvolte que, malgré les circonstances, vous
continuez d'adopter en classe, d'après que ce que vient de me
dire votre professeur. Je voulais vous parler.
-Pourquoi
aviez-vous disparu ces derniers temps ? Que faisiez-vous ? »
Questionna Sirius avec impatience. Le Directeur, regardant au-dessus
de ses lunettes en demi-lune, souriait.
-« J'étais
occupé. » Dit-il d'une voix qui, bien que douce, signifiait
que le Directeur ne voulait plus entendre de questions à ce sujet.
« Veuillez me suivre, Monsieur Black ».
Sans
ajouter un mot, Dumbledore, d'un pas alerte, se mit à parcourir
les couloirs. Ils allaient en direction de son bureau. Endroit qu'ils
atteignirent quelques minutes plus tard. Là, Dumbledore s'assit
sur son fauteuil et fit signe à son jeune élève de faire de même.
Sirius obtempéra.
-« Je crois savoir que vous avez déjà
parlé avec Remedios Listerdale de certaines choses, n'est-ce
pas ?
-Euh… C'est-à-dire que… Oui… Un peu… »
Répondit avec inquiétude Black, qu'on avait déjà vu plus
loquace, et qui pensa bien à ce moment-là que les choses allaient
devenir sérieuses.
-« Mademoiselle Listerdale va nous être
d'une immense utilité. Je pense que vous l'avez compris, et que
vous ferez tout pour l'aider dans sa délicate mission. Elle
assiste à toutes les réunions que Voldemort organise, elle est très
occupée. Et je compte sur vous pour lui apporter toute l'aide
psychologique, dont elle aura besoin.
-A défaut d'avoir pu
compter directement sur moi pour infiltrer l'organisation
voldemoresque… » Marmonna Sirius.
-Vous me serez aussi
utile ici, Monsieur Black.
-Je suis à votre
disposition.
-On sait que vous avez regroupé les élèves qui se
sont engagés dans la guerre contre Voldemort. Je ne pense pas que
l'on puisse faire confiance à toutes ces personnes. Il faudrait,
pour que nous nous en assurions. Que dites-vous de demain ?
-Euh…
Oui, demain, c'est très bien. Je les préviendrai. Mais
qu'attendez-vous de nous ?
-Je voudrais connaître votre
motivation à rejoindre l'ordre du Phénix, vous battre à nos
côtés. Pensez bien que ce n'est pas de gaîté de cœur que
j'implique mes élèves dans cette guerre. Vous êtes bien jeunes.
Mais je reconnais aussi vos qualités, et je ne peux me priver d'une
aide aussi précieuse. Nous en aurons grandement besoin. Néanmoins,
il faut que nous soyons sûrs de vos camarades.
-Excusez-moi, mais
l'Ordre du quoi ?
-Mademoiselle Listerdale ne vous en n'a
pas parlé ?
-Vaguement.
-L'Ordre du Phénix rassemble
toutes les personnes qui souhaitent jouer un rôle dans cette guerre…
A mes côtés. Je ne veux pas dire par là que je m'oppose aux
décisions prises par le Ministère de la Magie. Pas du tout. Mais je
trouve important que l'on garde une certaine indépendance.
Voldemort ne soupçonne pas notre existence, nos pouvoirs, et notre
grande force est là. Il faut donc que nous ayons une confiance
absolue en nos camarades.
-Et comment pouvez-vous être sûr
d'eux ?
-Connaissez-vous l'occlumancie, Monsieur
Black ?
-Il y a qui dans cet ordre ? » Demanda de
nouveau Sirius s'en prêter plus d'attention que cela à la
question du Directeur.
-« Une partie des professeurs de
Poudlard.
-Même Monsieur Slughorn? » Ne put s'empêcher
de s'exclamer Sirius.
-Même Monsieur Slughorn. Mademoiselle
Listerdale, les parents de James Potter,… Je crois que ce sont les
seuls que vous connaissez. Il y a aussi des aurors, des professeurs
d'autres écoles, des médicomages, et quelques particuliers, comme
les Potters, qui ont bien compris que l'heure était bien plus que
grave. Et vous, si vous le souhaitez. Je ne vous cache pas que cela
sera extrêmement difficile. »
Sirius arborait un sourire
jusqu'aux oreilles. La question ne se posait pas.
-« Evidement,
Monsieur le Directeur, je vous aiderai.
-Il faut que vous
sachiez toutefois que ce sera très difficile et que tout ceci est
très dangereux, pour votre santé, pour votre vie.
-Je sais
bien. »
Le Directeur regardait avec une grande intention son
élève. Et lui sourit. Pacte conclu. Il n'en fallait pas plus pour
que Black comprenne qu'il faisait maintenant, et enfin, parti de
l'Ordre du Phénix.
-« Je vous en parle à vous d'abord
puisque Mademoiselle Listerdale semblait déjà en avoir discuté
avec vous. Elle avait bien sûr ma pleine et entière autorisation.
Il va sans dire que Messieurs Potter, Lupin, et Pettigrow, s'ils
l'acceptent, pourront se joindre à vous. J'attends donc tout ce
monde demain soir, ici même. Nous serons plus tranquille. Dites à
vos amis que je voudrais les voir pour… l'organisation des
examens par exemple. »
Sirius Black sortit content du bureau du Directeur de Poudlard. Non pas qu'il en menait très large de cette nouvelle responsabilité, mais ça y est, il serait officiellement au côté de Dumbledore dans cette guerre, et il pourrait y être utile. Il se dirigea vers la salle commune de Gryffondor. A peine passé le portrait de la grosse dame qui en profita pour l'engueuler parce qu'il ne pouvait décidément pas rentrer à une heure décente, et le mot de passe prononcé, trois jeunes garçons lui sautèrent dessus.
-« Alors ?
Qu'est-ce que tu foutais !
-Elle était longue cette
retenue !
-C'est moi ou t'étais encore avec ta copine de
Serpentard ? » Cette dernière remarque venait de Peter,
et Sirius la trouva extrêmement mal placée. Il ne releva pourtant
pas.
-« Vous tombez bien les mecs, il fallait que je
vous parle d'un truc. »
Lupin s'affala dans un fauteuil
et fit mine de s'installer le mieux possible en prévision de la
conversation qui aurait lieu.
-« On t'écoute. » Dit
James agacé que son ami soit si lent à leur raconter.
-« Ce
soir, je rentrais de ma retenue quand Dumbledore m'a demandé de le
suivre dans son bureau. »
A cette phrase, Sirius regarda
avec attention la salle commune. Mais il n'y avait personne, ces
amis lui confirmèrent.
-« Si vous voulez, vous pouvez
rentrer dans l'Ordre du Phénix.
-L'Ordre du quoi ? »
Demanda James Potter.
-Du Phénix. Il regroupe toutes les
personnes qui veulent combattre, au côté de Dumbledore.
-Ca va
pas plaire au Ministère de la Magie… » En conclut Remus
Lupin.
-« Il m'a dit que je devais lui envoyer demain
toute personne qui voudrait entrer dans l'Ordre. Il va faire je
sais pas trop comment pour contrôler leur bonne foi, et après, on
pourra l'aider. C'est pas merveilleux ?
-Ce n'est pas
vraiment le mot que j'aurais choisi. » Répondit Remus.
« Mais il est bien certain que je me joins à lui. S'il a
besoin de moi, et quelques soient les risques, je suis là.
-Moi
aussi. Je suis bien content qu'il ait fait appel à nous. L'heure
doit être grave. Mais je serais là aussi.
-Pareil. »
Répondit sobrement Peter.
Il restait à prévenir les autres
élèves répertoriés par les Maraudeurs et les amener jusque dans
le bureau de Dumbledore. Ce qui fut fait, comme prévu, le
lendemain.
Peter Pettigrow, Remus Lupin, Sirius Black, et James
Potter, se trouvaient devant le bureau de Dumbledore. Peu à peu de
nouveaux arrivants vinrent les rejoindre. Il y eut d'abord Clare
Dame, George Bastold et Denis Johnston, de Poufsouffle. Vinrent
ensuite Farfadelle Dentry et Zachary Zagreb de Serdaigle. Bientôt
suivis par Lena Langrova, Jordan Smith, Lily Evans, et Mathéo
Decoca, de Gryffondor. Et enfin Tristan Spencer, et Victoria Shane,
de Serpentard.
Sirius avait d'abord hésité avant d'aller
voir ces deux dernières personnes : il avait toujours eu
beaucoup d'a priori sur les élèves de Serpentard, mais il avait
déduit, avec les autres Maraudeurs, de ses réflexions qu'ils ne
pouvaient exclure des gens sous prétexte qu'il ne les aimait pas.
Et d'ailleurs, contre toute attente, et même s'il ne les
connaissait pas, il trouvait Spencer et Shane assez sympas. Sans
plus. Mais sans moins. Le tout était qu'ils soient convaincus, et
ils l'étaient.
Ils étaient donc tous devant l'escalier qui menaient au bureau de Dumbledore, mais celui-ci était fermé. Jusqu'au moment où le Directeur lui-même vint leur ouvrir. Les jeunes gens montèrent. Pour certains, c'était la première fois qu'ils allaient dans le bureau du Directeur. Les Maraudeurs faisaient les habitués des lieux, à juste titre d'ailleurs.
-« Mesdemoiselles, Messieurs,
installez-vous. » Commença Dumbledore avec un geste pour ses
étudiants.
-« Vous savez que nous sommes en guerre. Vous
en avez d'ailleurs été les témoins dans cette école bien à
l'insu de notre volonté à tous. Je voudrais pourtant que cette
année se déroule le plus normalement possible. Vous passerez donc
vos examens comme prévu. Etant donné que vous êtes de maisons et
d'années différentes, je voulais savoir votre état d'esprit,
et celui de la maison à laquelle vous appartenez. Mademoiselle
Dame ? Vous voulez bien commencer ? »
Clare, puis tous les autres, furent interrogés sur l'ambiance de l'école. Dumbledore restait extrêmement concentré sur ce qu'on lui disait. Sirius, en revanche, s'impatientait. Quand est-ce qu'il se déciderait enfin à leur parler de choses concrètes ? Pourtant, il dut encore attendre un long moment avant que tous ses camarades aient pu parler. Enfin, quand Tristan Spencer eut fini de parler, le silence s'installa. Les élèves se regardaient entre eux, ne comprenant pas trop ce qu'ils faisaient là. Enfin, Dumbledore reprit la parole.
-« Certains d'entre vous ont-ils déjà entendu parler de l'Ordre du Phénix ? »
Sirius poussa un soupir de délivrance. Ca y est, tous ses collègues étaient dignes de confiance, ils pourraient travailler, enfin. Dumbledore leur proposa de se joindre à lui. Il leur laissait le choix, et le temps d'y réfléchir. Il refusa qu'on lui réponde tout de suite, estimant que ce genre de décisions valait la peine qu'on y passe plus que dix secondes. Enfin, ils ressortirent tous, avec le mot de passe du bureau du Directeur, et se séparèrent le plus vite possible, une fois dans le couloir, pour ne pas éveiller les soupçons.
Sirius était ravi. Il avait enfin
l'impression qu'il serait utile à quelque chose. En cours de
potions quelques temps plus tard, il se surprit même à charrier
Severus Rogue sur sa coupe de cheveux, ce qui ne lui était pas
arrivé depuis un moment. Il échappa de peu à la retenue de
Monsieur Slughorn.
James, Peter, et Remus, pensaient déjà aux
stratégies à adopter pour vaincre. Mais se devaient d'être
particulièrement discrets. James dut à ce propos faire un effort
sur humain pour ne pas hurler dans la grande salle au moment du dîner
que l'Ordre du Phénix était le meilleur.
Malgré
l'enthousiasme de ces jeunes garçons, les activités
« phenixiennes » comme ils les appelaient se firent
longues à arriver. En plus, Sirius ne voyait plus Remedios
Listerdale, ou ne faisait que la croiser dans un couloir ou en cours
de Métamorphose appliquée et Potions, mais elle ne venait jamais le
voir. Et pour rien au monde, Sirius n'aurait violé leur pacte, au
risque de perdre totalement la confiance qu'elle semblait avoir
mise en lui. Il attendrait qu'elle vienne le voir, lui parler.
Que
ce soit pour l'Ordre du Phénix ou pour Remedios, il fallait donc
être patient.
Jusqu'à maintenant, Sirius Black ne l'avait
jamais été.
