Bon, hein, le titre du chapitre, hop
vite fait, et après on passe à autre chose : il s'agit donc d'un
plus ou moins plagiat des Berurier Noir.
Ah oui, il faut que je
précise aussi que dans la fic', et contrairement aux merveilleux
livres originels, Regulus n'est pas le frère cadet de Sirius, mais
bien l'aîné. En fait, je ne m'imagine même pas les deux frères
autrement. Donc je présente toutes mes excuses aux puristes pour
ça.
Sur ce...
Chapitre 8
C'est l'année 1 de la
Rébellion
James Potter, Sirius Black, Peter Pettigrow, et
Remus Lupin petit-déjeunaient dans la grande salle. C'était le
lendemain de la première grande intervention de l'Ordre du Phénix
et les quatre Maraudeurs n'étaient pas très bien réveillés.
Pourtant, tout devait se passer comme s'ils étaient des élèves
normaux, et comme tout élève normal, ils s'étaient levés à pas
d'heure le matin pour se rendre en classe. Malgré la certaine
habitude que les quatre garçons avaient des nuits blanches, il n'en
restait pas moins que Remus faillit se noyer dans son grand bol de
chocolat chaud, que Sirius ne releva même pas la présence de Rogue
un bref instant à ses côtés, ou que James n'avait pas même pris
le temps d'adresser plus de trois mots à Lily, qui était
visiblement tout aussi fatiguée.
Une dure journée de labeur
commençait.
Et c'est d'un pas on ne peut plus lent que les
Gryffondors rejoignirent les serres et le cours de botanique. Le
professeur du moment avait décidément on ne sait quelle passion
pour les plantes les plus dangereuses de la planète. Ce matin-là,
malgré les suppliques de Peter, le Professeur Charles Gean, un vieux
monsieur passionné de botanique, disposa sur les établis de ses
élèves une « nymparetyufgiophone », plante des milieux
tropicaux d'Amérique Latine, et qui, personne ne sachant pourquoi,
mordait tout ce qu'elle trouvait dès que le son d'une voix à
proximité portait trop dans les aigus. James partit à la rescousse
de Eileen et Lily, qui n'osaient plus prononcer un mot devant la
plante. Les trois autres trouvaient la chose assez amusante. Pousser
un cri très strident près d'une plante qui mordait alors ce tout
ce qu'il y avait à proximité, pouvait avoir pour inévitable
conséquence de faire mal à son voisin, et les Maraudeurs passèrent
les deux heures dans la serre à jouer des tours à leurs camarades
de classe qui sortirent en se promettant de ne plus jamais leur
adresser la parole, couverts de morsures sanguinolentes. Black,
Petigrow, Lupin, et Potter sortirent hilares. Il faudra se souvenir
de la « nymparetyufgiophone » se dit Sirius, elle
pourrait toujours resservir.
En cours de Sortilèges, le
Professeur Flitwick ne les laissa pas souffler une seule seconde.
Comme si les événements de la veille au soir l'avait motivé un
peu plus.
Remus essayait désespérément d'être attentif au
sort de « Papagayo » qui permettait à n'importe qui
d'avoir n'importe quelle voix. Les trois autres reconnaissaient
volontiers le fait que la connaissance de ce sortilège pouvait avoir
une certaine utilité pour les Aspics et, à plus long terme, pour la
lutte, mais il n'en restait pas moins que ce de quoi ils parlaient
pendant ce cours était très loin des multiples options que leur
voix pouvait adopter.
-« Black ! Potter !
Pettigrow ! C'est la dernière fois que je vous rappelle à
l'ordre ! La prochaine, et c'est un billet pour la retenue
de ce soir ! » Quand il termina sa phrase, il prit
soudainement une voix de femme sur aigue.
-« Monsieur
Zade ? » Continua-t-il. « Voulez-vous bien viser
autre chose que ma tête quand vous lancez ce sort ! ».
Mais déjà, à la grande déception des Maraudeurs, il
récupérait sa voix normale.
Trouvant plus sage de se plier à l'invitation de M. Flitwick, les trois garçons entreprirent de se lancer très scrupuleusement dans l'apprentissage du « papagayo », dont les effets pouvaient être si intéressants. Après avoir pris toute sorte de voix sans l'ombre d'une difficulté pour Potter et Black, l'heure du déjeuner s'annonça. Ce que fit remarquer Black avec une voix d'outre tombe.
Attablés dans la grande salle, les Gryffondors
attendaient que tous soient installés pour se jeter sur les plats
pleins à craquer. Dans ce laps de temps, les langues se déliaient,
et le manque de sommeil fut complètement oublié. Il n'était
question que de la grande nouvelle dont tout le monde parlait depuis
ce matin : Voldemort avait du essuyer un échec cuisant la
veille, à Londres.
On ne savait comment des personnes avaient eu
vent de la nouvelle et avaient déjoué les plans du Mage. A la
lecture de la Gazette du sorcier, qui était sur toutes les tables au
déjeuner, le gros titres disaient : « grande
victoire du Ministère de la magie », ou encore « les
Mangemorts en déroute ». Le contenu des articles en question
était d'une réalité toute relative, et les Maraudeurs, ainsi que
les autres membres de l'Ordre du Phénix élèves à Poulard,
comprirent que leurs exploits n'y seraient probablement jamais
relatés. Quelque peu vexés, ils devaient pourtant bien reconnaître
que moins Voldemort en savait, mieux ils se porteraient. Les
journaux, même s'ils n'assénaient que des nouvelles fausses ou
lointaines d'une certaine réalité, involontairement ou non,
jouaient aussi bien le jeu des Mangemorts que celui de leurs
opposants. Quoiqu'il en soit, Sirius aurait bien vu un gros article
sur « Comment un jeune élève de Poudlard avertit le plus
puissant Ordre de tous les temps de l'imminence une bataille
homérique ». Il était d'ailleurs en train de scruter les
lignes du journal. Un article en particulier retint son attention.
-« Hè, les mecs, regardez ça ! »
Les
Maraudeurs d'un seul geste tournèrent leur regard vers l'article
en question. « Les victimes de la guerre de Londres ».
-« Et alors ? » Demanda Peter.
-« Tu
sais, Sirius, à ton âge, il serait peut-être temps de sortir du
monde des Bisoububbies. » [Equivalent sorcier aux Bisounours]
Railla James. « Les gens, par terre, quand on est parti hier
soir… » Et là, la voix de James se fit beaucoup plus
discrète, « … ils ne piquaient pas vraiment un somme en
plein milieu de la rue.
-Je sais bien tout ça. »
Répondit Sirius ailleurs. « Ce qui est étonnant, c'est que
le journal ne donne aucun nom. A priori, des personnes auraient été
tuées, mais on ne sait pas qui. Ca se trouve, c'était des membres
de l'Ordre.
-Oui, statistiquement, un peu moins de la
moitié des victimes. » Fit observer James, qui ne comprenait
pas bien l'objet des réflexions de son ami.
Cependant, l'ami
en question ne semblait pas avoir entendu James et relisait avec
attention l'article. Il n'y avait pourtant aucune information un
peu précise. Et Sirius se demandait qui pouvait être ces
personnes.
-« On en saura plus demain. » Dit Remus
d'un air compréhensif.
-« Certainement… Bon, qui vient
avec moi faire le devoir de métamorphose ? »
Sirius avait repris son grand sourire et son attitude normale. Il était juste un peu étonnant qu'il pense à ses devoirs, alors même qu'il n'avait cessé jusqu'à maintenant de réclamer une sieste à cor et à cris.
-« Allez, les mecs ! Vous
allez quand même pas me laisser y aller tout seul ! On s'embête
comme un rat mort dans ces devoirs !
-Je ne sais pas. »
Répondit James. « Je n'ai pas très envie de faire des
Métamorphoses. On ne pourrait pas plutôt aller faire un peu de
plongée dans le lac.
-La dernière fois, tu y as attrapé un
rhume, je te rappelle !
-Peut-être, mais on s'était
bien amusé. Tu proposes quoi à la place ?
-Le devoir de
Métamorphose » Répondit Remus.
-« Mais il est à
rendre quand, ce devoir dont vous parlez tant ? Ca ne peut pas
attendre une petite Bièreaubeurre à Pré-Au-Lard ?
-C'était
pour hier, James. »
James, Remus, et Peter se levèrent avec Sirius pour prendre le chemin de la salle commune. Arrivés à destination, ils ouvrirent cahiers, grimoires, et parchemins.
Une heure top chrono après, James et Sirius avaient fini, et discutaient de la dernière Coupe du Monde de Quidditch devant le feu, et en particulier de la manière extraordinaire dont l'attrapeur de l'équipe nationale chilienne s'était distingué à cette occasion. Mais bientôt, il fallut reprendre le chemin des classes de cours et le soin aux créatures magiques.
Le soir même, les Maraudeurs s'attablèrent comme à leur habitude au fond de la grande salle, le plus loin possible de la table des Professeurs. Les conversations ne tournaient plus qu'autour de cette bataille de Londres que chacun s'empressait de commenter : quelles étaient les chances du Ministère, celles de Voldemort, quel était le nombre de victimes, qui étaient ces personnes qui s'engageaient contre Voldemort ou contre le Ministère ? A ces nombreuses questions, il y avait autant de thèses que de personnes qui y répondaient.
Tout le monde était arrivé très tôt dans la grande salle.
Sans se l'avouer directement, tous attendaient l'arrivée des
hiboux. Ceux-ci devaient amener « l'Univers », un
quotidien sorcier du soir.
C'est une grande exclamation qui
accueillit enfin l'arrivée des hiboux dans la grande salle. Leur
nombre était impressionnant, bien plus important que d'habitude,
et tous rapportaient un journal ou deux accrochés à leur patte.
Remus attrapa l'un des hiboux de l'école et en détacha le
journal tant attendu. Les trois autres s'étaient rapprochés pour
lire au-dessus de son épaule.
-« Remus ! Ton
doigt ! J'y vois rien !
-Allez, tourne la page,
il n'y a rien de neuf là-dedans !
-Dites ? Vous
allez me foutre la paix, deux secondes ? » Dit Remus en
repliant le journal. Sirius regagna alors sa place, tandis que James
et Peter parcouraient avidement les lignes de « l'Univers »
au-dessus de l'épaule de leur ami. Il se passa quelques minutes,
avant que Remus ne pointe quelques lignes à James et Peter. Ceux-ci
lurent à leur tour avec attention. Puis, les trois regards se
portèrent sur Black.
-« Qu'est ce qu'il y a ?
Qu'est-ce que vous avez à me regarder comme ça ? »
Mais aucun de ses amis ne semblaient très pressés de lui
répondre.
-« Allô ? La lune ? Ici Poudlard !
Répondez ! » Remus sembla alors se décider et se
rapprocha de Sirius.
-« Tu sais, ce matin, on ne savait pas
le nom des victimes de la nuit dernière.
-Oui, et ?
-A
priori, il y a eu pas mal de victimes, de morts, je veux dire. Du
côté de l'Ordre, mais aussi de celui de Voldemort, surtout de ce
côté-là. « L'Univers » donne les noms des sorciers
qui ont pu être identifiés aujourd'hui. »
Remus marqua
alors une pause. Sirius, pressentant que l'heure pouvait être
grave, ne le coupa pas.
-« Dans les personnes décédées
hier, le journal parle de ton père. »
Il se tut de
nouveau, à l'instar de James et Peter. Ils fixaient tous leur ami.
Il n'y avait plus rien à ajouter. Les quelques lignes du journal
dressaient une liste des morts, accompagnés éventuellement de
quelques mots. A un endroit, était écrit : « Gaderon
Black : première victime dans la famille Black, qu'on sait
depuis longtemps proche du Mage ».
Remus, James, ou Peter
auraient préféré toutes les réactions plutôt que celle que
Sirius adopta à ce moment de l'histoire.
Ils auraient aimé
que Sirius soit en colère et balance tout ce qui se trouvait sur la
table, ils auraient aimé aussi que Sirius soit triste et se mette à
pleurer sur l'une de leurs épaules, ils auraient même préféré
que Sirius soit content, et qu'il dise qu'il avait choisi le bon
camp et qu'il regrettait que sa famille se soit faite avoir.
Ils auraient tout préféré plutôt que ça. Sirius ne réagissait pas. Il ne semblait pas heureux, pas triste non plus, encore moins un colère. Il ne se passait rien. Il jouait tranquillement avec un bout de pain qui traînait sur la table et sa petite cuiller. Et il ne disait rien.
L'ensemble de la grande salle était en émoi. En effet, nombreux étaient les élèves qui étaient membres de famille, ou proches, des sorciers dont la liste était établie dans le journal. Certains pleuraient, d'autres se réjouissaient. Et les derniers regardaient Sirius. Tout le monde connaissait bien la famille Black, et Gaderon en particulier. Il avait occupé de hautes fonctions au Ministère avant d'en démissionner, il y a quelques années. Il était connu pour sa grande richesse, et personne n'ignorait ses penchants pour la magie noire et son attachement pour Voldemort. Tout le monde connaissait aussi Sirius Black, son jeune fils, l'un des garçons les plus populaires de l'école. Certains connaissaient sa cousine, Narcissa, de Serpentard, qui s'était effondrée en larmes, mais ça n'était pas vraiment une réaction surprenante. Celle de Sirius l'était beaucoup plus.
Comme décidément, il ne se passait rien, des élèves commencèrent à se lever.
-« Sirius ? Euh… On y
va ? » Questionna Peter.
-« Ok. » Répondit
simplement Sirius.
Les Maraudeurs, comme à leur habitude, s'installèrent dans les meilleurs fauteuils de la salle commune. James, Remus, et Peter attendaient toujours que leur ami parle. Mais rien ne venait. Et Sirius ne paraissait toujours pas triste, en colère… Jusqu'au moment où Lily arriva. Elle s'assit près de James. Celui-ci enroula un bras autour de sa taille.
-« Alors
qu'est-ce que vous faites les garçons ?
-En fait, on
aimerait bien que Sirius dise quelque chose. Mais il ne semble pas
décidé.
-Qui aurait envie de parler à des merlans frits ?
Ca m'étonne pas. Arrêter donc de le fixer de cette manière !
C'est gênant à la fin ! S'il n'a pas envie de vous
parler, c'est aussi peut-être parce qu'il n'a rien à dire. Ou
si jamais il avait quelque chose à dire et que vous deviez le
savoir, ne vous inquiétez donc pas comme ça, Sirius sait très bien
où vous trouver, je vous rappelle que vous dormez dans le même
dortoir. Alors en attendant ce grand moment, vous pourriez arrêter
de le regarder comme vous regarderiez Macgonagal en train de danser
la salsa avec un troll en pleine crise d'acné, parce que ça doit
vraiment être lourd. »
James, Peter, et Remus, regardèrent Sirius pour connaître sa réaction. Il était tout sourire.
-« Merci ma petite Lily. » Dit-il
simplement.
Il était évident qu'elle avait compris dans
quelle position Sirius pouvait se tromper, et elle avait eu le talent
incroyable d'expliquer tout ce qu'il aurait pu dire à ses amis.
Il n'avait jamais été très proche de la jeune fille mais se dit
qu'il faudrait réparer ça.
Les trois garçons étaient un
peu gênés. Ils n'avaient pas été très bons sur ce coup là.
-« Qui a envie d'une bonne petite bierraubeurre ? »
Proposa enfin Remus. Tous consentirent à la proposition avec de
grands cris de joie. Ils discutèrent sur la question de savoir s'ils
allaient en boire une à la cantine ou à Pré-Au-Lard. La deuxième
motion fut adoptée à l'unanimité. Même Lily, fait exceptionnel,
les accompagna. Et la soirée se termina à faire deviner aux autres
un certain nombre d'imitations. Il s'avéra d'ailleurs que Lily
était particulièrement douée à ce jeu.
Dans la semaine qui
suivit, les Maraudeurs ne reçurent aucune nouvelle de l'Ordre du
Phénix. Les yeux rivés sur la montre que leur avait donnée
Dumbledore, les heures et les jours passaient. Sirius songeait de
plus en plus à quitter Poudlard pour ne plus avoir à supporter ces
cours interminables. Mais s'il quittait Poudlard, au-delà du fait
qu'il ne pouvait plus passer ses Aspics, cela voulait dire qu'il
quittait aussi ses amis, ses ennemis, et Remedios Listerdale, et de
tout ceci, il n'y tenait pas vraiment. Alors il restait à
Poudlard.
Il attendait avec une grande impatience et une certaine
anxiété les prochaines réunions de l'Ordre. Le seul fait
remarquable fut que Dumbledore lui dit qu'il était désolé pour
son père. Il n'y avait pas vraiment mis de forme, mais la
déclaration était sincère. Sirius répondit un « merci »
machinal.
Son père. En fait, il n'y pensait pas vraiment. Il n'avait pas envie de se poser la question. Est-ce que, malgré tout, cela le rendait triste de savoir que son géniteur et son éducateur était mort ? Il ne voulait pas non plus savoir ce qu'il pensait du fait qu'il était du côté des gens qui l'avaient tué. Il ne voulait pas savoir tout cela, alors il ne se posait pas la question. Ses amis avaient arrêté très vite de le regarder avec compassion pour le traiter comme ils en avaient l'habitude. Il avait détesté ce moment là. Si les Maraudeurs avaient compris, assez vite, grâce à Lily, qu'il n'avait rien à dire sur le sujet et que la terre ne s'arrêterait pas de tourner pour autant, les autres Gryffondors et amis furent un peu plus longs à la détente. Finalement, quelques jours après, tout était rentré dans l'ordre. Sirius et James inventaient toute sorte de sorts contre les Serpentards exaspérés. Remus travaillait. Peter cherchait Rose, sa cavalière du bal du nouvel an avec laquelle a priori il avait une « ouverture », comme disait James.
Tout était
donc rentré dans l'ordre quelques jours après, si ce n'est
qu'il reçut une lettre, une après-midi. Il était dans la salle
commune, pour ne pas changer, mais seul, ce qui arrivait assez
rarement. C'est le moment que choisit un hibou de l'école pour
toquer à la fenêtre. Sirius regarda autour de lui. Personne.
Excepté deux premières années qui semblaient plongés dans la
lecture d'un grimoire très ancien dont la provenance n'était
pas bien déterminée.
Sirius se leva pour ouvrir au hibou, qui
de toute façon, menaçait de casser complètement la vieille vitre
si on obtempérait pas dans les plus brefs délais. Le hibou lui
remit en main propre le pli blanc. Juste quelques mots sur
l'enveloppe ou ce qui en tenait lieu « Pour Sirius Black ».
Le jeune homme n'avait pas besoin d'ouvrir pour comprendre
quel était l'expéditeur de cette lettre. Il reconnut l'écriture
immédiatement.
C'était celle de sa mère.
Il hésita pendant quelques secondes à ouvrir. Mais ce n'était visiblement pas une beuglante, il était seul, il était dans un endroit sûr, bref, c'était le moment idéal. Y avait-il un moment idéal pour lire un courrier de Demether Black ? Il en doutait fortement. Il hésita encore un moment, puis décacheta le pli, et se mit à lire.
« Sirius,
Nous imaginons, votre frère et moi,
que vous avez appris la bien triste nouvelle par les journaux. Votre
père nous a malheureusement quitté, comme il a été dit, tué
sauvagement par des gens qui se prétendent pourtant sorciers. Nous
ne savons que peu de choses sur sa mort, si ce n'est qu'il a
beaucoup souffert. La cérémonie de l'enterrement, présidée par
le Maître des Ténèbres, a eu lieu dans notre manoir d'Ecosse, là
où votre père aimait tant se retrouver. Je crois que Gaderon aurait
apprécié.
Au-delà de la mort de votre père, nous sommes
extrêmement attristés par les pertes que nous avons subies à
Londres il y a quelques jours. Pourtant, le Maître, aidé en cela
par la totalité de la famille Black, est de nouveau prêt à imposer
ses idées à ceux qui ne voudront pas l'écouter. C'est
pourquoi, Sirius, votre frère et moi, profitons de l'occasion de
ce courrier, pour vous encourager à rejoindre le Mage et votre
famille. Vous pourriez nous être très utile, et nous savons bien
que vous ne voulez pas nous déplaire plus longtemps. Soyez donc
digne du nom que vous portez, cessez vos enfantillages, et revenez à
la raison. Vous comprendrez alors qui a raison, de qui a tord.
A
bientôt,
Demether Black.
Heureusement que Sirius s'était assis, parce que la nouvelle était de taille. Sa mère et son abruti de frère voulaient donc renouer avec lui. C'est donc que l'heure était particulièrement grave et que Voldemort démarchait vraiment tout ceux qu'il pouvait.
Il était très partagé. D'un côté, ça le dégouttait que quelqu'un ait pu penser un seul instant qu'il quitterait les rangs de Dumbledore, et d'un autre, ça l'amusait que de penser qu'il pouvait encore plaire à sa famille. Il savait très bien que depuis longtemps, il était totalement perdu à leurs yeux. Et c'était quoi cette nouvelle mode d'appeler Voldemort « Maître des Ténèbres » ? Franchement ridicule, le surnom.
James, Remus, et Peter
entrèrent avec d'autres Gryffondors dans la salle commune, à ce
moment-là.
-« Tu traînais tout seul ici ? On te
cherchait ! » S'exclama d'abord Peter.
-« C'est
quoi ça ? » Demanda James en pointant le pli du doigt.
Sirius n'avait aucune raison de mentir à ses amis sur le
contenu de la lettre. Il leur tendit donc, sans commentaire, le
feuillet blanc de sa mère. Les trois jeunes hommes lurent les
quelques lignes avec une grande attention.
-« Qu'est ce
que tu vas faire ? » Demanda après quelques instants
Peter.
-« Je ne sais pas. Je n'y ai pas réfléchi.
-De
deux choses l'une. » Poursuivit Remus. « Soit tu
l'ignores, soit tu lui réponds et tu lui dis ta façon de
penser.
-Tu choisirais laquelle ? » Questionna
Sirius, satisfait de la manière dont Remus avait simplifié les
possibilités qui s'offraient à lui.
-« Moi ?
L'ignorance. Mais James aurait préféré la réponse, non ?
-Si. »
Répondit le concerné. « Evidement qu'il faut que tu lui
répondes. Les choses seront bien plus claires comme ça. Et ils te
foutront définitivement la paix.
-Peter ?
-Désolé,
aucune idée. D'un côté, l'ignorance c'est pas mal, ça évite
l'affrontement définitif que tu pourrais avoir avec les Black.
-Je
suis toujours un Black, quoiqu'il arrive !
-Pas le même
Black. De l'autre côté, j'aime bien l'argument de James. Ce
sera fait une bonne fois pour toute, et toi tu passes à autre chose.
Bref, je ne sais pas.
-Sur trois votants, trois votes exprimés,
un pour la réponse, un contre, et une abstention.
-En fait, c'est
à ton tour de voter. » Fit remarquer James.
-Là ?
Tout de suite ?
-T'as tout ton temps. » S'empressa
d'ajouter Remus.
Sirius Black avait peut-être tous son temps, cependant, cette histoire le travaillait beaucoup. Le travaillait tellement qu'il n'arriva même pas à dormir ce soir-là. Il avait beau se retourner et se retourner encore dans son lit, rien n'y faisait. Il compta des moutons, se raconta des histoires, prit finalement un bouquin pour s'occuper à autre chose. Au bout d'un temps qui lui parut une éternité, il se rendit à l'évidence : cette nuit, même si ce n'était pas pleine lune, il ne dormirait pas. En tout cas, il ne dormirait pas avant d'avoir réglé la question qui le taraudait. Il ne voyait pas comment il pourrait être tranquille sans mettre un point définitif à cette histoire : James avait raison, il fallait qu'il écrive à sa mère, et le plus tôt serait le mieux.
Il
se leva le plus doucement possible pour ne pas réveiller ses
camarades de chambres et néanmoins amis, renfila sa robe de sorcier,
et sortit du dortoir. La salle commune, sans grande surprise, était
complètement vide en cette heure avancée de la nuit. Il s'installa
sur une table, muni d'une plume et d'un parchemin. Puis, il leva
les yeux au plafond, espérant y trouver de l'inspiration. Il
aurait largement préféré un devoir de Slughorn, bien long et bien
compliqué, plutôt que de devoir écrire ce genre de courrier à une
personne avec laquelle il avait toujours eu des rapports on ne peut
plus compliqués.
Finalement, prenant son courage à deux mains,
il appuya la plume sur le parchemin, et aussi étonnant que ça lui
parut, les mots lui vinrent assez facilement.
« Mère,
J'ai en effet appris la mort de mon père par l'intermédiaire
des journaux. Je suis désolé de vous apprendre que je n'ai pas
été très attristé de la mort de cet homme qui m'a plus envoyé
de sortilèges dégradants qu'il n'en a envoyé à Kreattur, ce
qui n'est pas peu dire, comme vous le savez. Je n'en garde pas de
rancœur, j'en garde en revanche un profond mépris et le plus
grand dégoût pour les fausses valeurs que la famille Black, ou
Voldemort essaient d'imposer au reste du monde, sorcier ou pas.
Sachez, mère, que jamais je ne rejoindrai votre camp, et
certainement pas pour vous y rejoindre. Je resterai, quel que soit
les dangers ou les chances de succès, au côté de ceux que j'ai
choisi, et non pas de celui que vous m'imposez.
Ne cherchez pas
à me contacter. Nous n'avons toujours été que des inconnus au
mieux ou des ennemis au pire l'un pour l'autre, cette situation
semblait jusqu'à présent vous convenir.
Sirius. »
Sirius évita sciemment d'inscrire son nom. Il plia le parchemin. Ecrivit le nom de sa mère au dos. Il n'était pas triste, il n'était pas heureux. Il trouvait que tout ceci n'était que la suite logique de tout ce que lui et sa mère avait vécu, ou n'avait pas vécu, ensemble. Il se sentait mieux qu'avant d'écrire la lettre. Il pensait que c'était la bonne solution pour mettre un point à toutes ces histoires.
Convaincu, il se leva, et sortit de la salle commune. Le couvre-feu était largement dépassé, et la grosse dame ne se gêna pas pour le lui faire remarquer. Il s'en moquait. Ce qu'il avait à envoyer était autrement plus important que le faux sommeil d'un personnage de tableau. Il monta à la volière.
Les chouettes hululaient tranquillement quand Sirius poussa la lourde porte du haut de l'escalier. Il distinguait à peine les formes des oiseaux, pas de lumière dans cette pièce, ça n'aurait pas plu à ses habitants. Il faut dire que normalement, l'entrée à la volière pendant la nuit n'était absolument pas permise, couvre-feu oblige. Le jeune homme se passait bien de ce genre d'autorisations pour faire ce qu'il voulait quand il entendait le faire, et ce n'était clairement pas ses amis qui l'en dissuaderait. Il s'avança donc vers ce qu'il reconnaissait comme un hibou de l'école.
-« Du courrier urgent à
envoyer, Black ? »
Sirius brandit rapidement sa
baguette vers l'intrus.
-« Lumos ! »
Un
faible éclairage sortit du bout de sa baguette. De l'autre côté
de la volière, il y avait effectivement une silhouette, Sirius
n'avait pas besoin de plus de lumière pour reconnaître son
interlocutrice.
-«Listerdale ? Tu ne fais pas un gros dodo dans
les bras de Rogue ?
-En fait, Rogue ne dort jamais, mais ça
n'aurait pas été de refus.
-Tu veux me faire vomir, c'est
ça ?
-Qu'est-ce que tu veux, il y a bien pire que
Rogue !
-Un gobelin avec un abcès purulent sur le
menton ?
-Non, je pensais à toi.
-Sympa… »
Sirius s'approcha du hibou qu'il voyait maintenant qu'il s'était accoutumé à l'obscurité beaucoup plus distinctement. Il lui attrapa la patte pour y attacher son parchemin. Remedios Listerdale le regardait faire, en caressant la tête du hibou qui lui hululait dans le coup.
-« Sinon, ça va ? »
Demanda-t-elle.
-Et toi ? Je ne dois pas m'inquiéter du
fait que je te trouve au beau milieu de la nuit en train de faire du
courrier ? »
Listerdale jeta un sort d'insonorité et un autre pour fermer la porte à clé.
-Oh, c'est rien.
Juste un truc pour Voldy que je devais transmettre à un sorcier. Il
pense que si c'est fait à Poudlard, il a moins de chance qu'on
intercepte ses communications. Ce n'est qu'à moitié faux
d'ailleurs.
-Pourquoi seulement à moitié ?
-Il y a des
trucs que je ne réussis pas à intercepter. »
Sirius finissait d'attacher son parchemin à la patte du hibou de l'école, lui glissa à l'oreille le nom de la destinatrice, s'approcha des portes fenêtres et relâcha l'oiseau qui disparut rapidement dans la nuit.
-« Et sinon ça va ? » Répéta
Remedios.
-« Ca t'étonne si je te dis que ça pourrait
aller mieux ? » Sirius se taisait, mais ne partait pas. La
jeune fille prit ça comme un encouragement.
-« Si tu
veux, j'ai toute la nuit devant moi. »
Elle joignit le
geste à la parole en s'asseyant sur l'un des bancs de la
volière. Sirius restait debout, à proximité. Il se décida
quelques secondes plus tard à parler.
-« Si je suis là,
c'est pour envoyer un mot à ma mère. Tu la connais probablement
d'ailleurs, non ?
-Oui. Elle a toujours été aux côtés
de Voldemort. Avec ton père, et ton frère.
-Toute la famille en
fait. J'ai été élevé dans une famille qui doit beaucoup plaire
à Voldemort. On y cultive la gloire d'appartenir à certaines
catégories de personnes, et la haine pour ceux qu'ils ont décidé
n'être pas comme eux. Il se trouve que je n'étais pas comme
eux.
-Ils t'ont haï ?
-Ils me haïssent toujours. En
fait, j'ai toujours eu l'esprit de contradiction.
-Non ?
C'est pas vrai ? » Ironisa Remedios.
-« Je
sais, venu d'une crème d'homme comme moi, ça parait
incompréhensible. » Répondit Sirius sur le même ton.
« N'empêche que sur ce coup-là, ça m'a bien servi. Je me
suis opposé à mes parents, mon frère, dès que je pouvais.
Systématiquement je disais que non, que ce n'était pas vrai, que
je ne pensais pas pareil. Evidement, ça n'a pas plu à la famille.
Et ça n'a pas plu du tout à mon père, qui se portait, je ne sais
pourquoi, garant de l'identité Black.
-Qu'est-ce qu'il a
fait ?
-Oh rien. Il m'a engueulé, tous les jours jusqu'à
ce que je quitte chez lui, il m'a balancé deux ou trois sorts pas
sympas aussi, beaucoup en fait. Je savais très bien que si je me
taisais, les choses s'amélioreraient peut-être, mais même quand
je prenais sur moi, et que je me finissait par me taire, ils disaient
que je pensais trop fort, et c'était reparti pour une
engueulade. »
Il marqua une pause. Puis continua :
-« Et t'as pas intérêt à me prendre en pitié !
J'en ai rien à faire de la pitié des autres ! Je suis
aujourd'hui parfaitement heureux !
-Tellement heureux, que
tu dors comme un bébé toutes les nuits, et que jamais il ne te
viendrait à l'idée de monter à des heures indues à la
volière… » Répondit Remedios en regardant fixement
Sirius.
-« Ok, mais aujourd'hui, c'est exceptionnel. »
Dit Sirius avec un sourire.
-« Je t'écoute. »
Engagea Remedios.
-« Il n'y pas grand-chose à raconter.
Il se trouve que je suis un mauvais fils, et que je m'apprête à
confirmer la chose jusqu'à la fin des temps. »
Sirius se
tut.
-« Et c'est pas grand-chose, ça ? C'est déjà
pas mal, je trouve. »
Après un nouveau silence, elle
reprit :
-« et comment tu vis ça ?
-Je
ne sais pas. J'ai été presque soulagé quand j'ai appris que
mon père était mort. Là, c'est un peu pareil. Tu dois me prendre
pour je ne sais pas quoi, mais quelque chose de pas vraiment positif.
J'aurais du faire quoi ? Pleurer toutes les larmes de mon
corps ? Me flageller pour ne pas avoir su me réconcilier avec
lui avant sa mort ?
-La question, ce n'est pas ce que tu
aurais du faire, mais ce que tu as fait. On s'en fout de la norme,
ce qui aurait du, ou ce qui n'aurait pas du. Je me fais bien
comprendre ?
-Je sais bien cela. Mais je ne peux pas
m'empêcher de… De quoi ? De me sentir coupable. Ma réaction
me fait sentir coupable.
-Sirius. »
Remedios planta ses
yeux dans ceux du jeune homme.
-« Tu n'es pas coupable de
ne pas ressembler à ce que ton père aurait voulu. Tu n'es pas
coupable de sa mort.
-C'est tout comme, pourtant. Le sorcier qui
l'a tué, ça aurait très bien pu être moi. En plus, je me suis
senti soulagé à la nouvelle de sa mort, c'est un aveu,
non ?
-Non. Je sais très bien que je ne vais pas régler le
problème en quelques minutes, alors promets-moi de réfléchir à
tout ça. Arrête de considérer ta relation avec ta famille comme
une relation normale. Tu as cessé d'être des leurs dès que tu
t'ais opposé à eux. T'inquiètes pas qu'à partir de ce
moment-là, ils ont parfaitement compris : tu ne seras jamais le
fils qu'ils voulaient. D'après ce que je comprends de ce que tu
me racontes, ils ne t'ont jamais considéré comme le fils dont il
rêvait, et ils ne t'ont jamais considéré comme un fils tout
court. En retour, tu es dans l'incapacité, et, j'insiste c'est
tout à fait normal, d'éprouver un quelconque sentiment filial à
leur égard. Tu ne les as pas revu depuis des années, et
apparemment, ça ne te manque pas le moins du monde. Ce que je déduis
de tout ça, sans me prendre pour le prof' de divination, c'est que
l'image que tu te faisais de ton père est morte bien avant la
bataille de Londres. Celui qui est mort il y a quelques jours, c'est
un ennemi, quelqu'un, qui, par son autorité morale, continuait à
jouer un rôle important dans ta vie, parce que justement c'est
l'ennemi, l'homme auquel tu t'es toujours opposé. Tu te
demandes si tu devrais être triste ? Non. Tu t'inquiètes si
tu te sens soulagé ? Tu ne devrais pas. Ta réaction, je la
trouve on ne peut plus normale. J'avoue que moi, dans la même
situation, je me demande même si je ne me serais pas sentie un peu
victorieuse. »
Toujours assise sur le banc de la volière, Remedios se taisait et attendait la réaction de Sirius. Celle-ci ne se fit pas beaucoup attendre.
-« J'ai
jamais entendu un Serpentard parler autant.
-J'ai jamais vu un
Gryffondor écouter un Serpentard avec attention pendant aussi
longtemps.
-C'est peut-être que je ne suis pas vraiment
Gryffondor, et toi vraiment Serpentarde…
-Certainement. »
Répondit Remedios Listerdale d'un air entendu.
Elle se leva. Elle n'avait pas l'intention d'en rajouter. Elle pressentait que Sirius n'allait pas bien, elle n'avait pas envie qu'il se sente encore plus mal qu'il n'était.
-« Sur ces bonnes paroles, ce n'est pas que je m'embête, mais j'aimerais bien essayer de dormir un peu avant les cours, une fois n'est pas coutume. »
Sirius ne répondit pas, mais la
suivit à l'extérieur de la volière.
Ils commencèrent à
descendre sans un mot l'escalier. Ils parvinrent quelques minutes
plus tard au carrefour entre le chemin de la salle commune de la
maison Gryffondor et celui des caves de la maison Serpentard.
-« Sirius ?
-Hum ?
-Ca va ?
-Je
ne sais pas. Je te tiens au courant, ma belle.
-Je ne suis pas ta
belle.
-Bonne nuit. »
Sirius s'engagea dans le long
couloir. Il parvint à son dortoir en se félicitant de ne pas être
tombé sur Peeves, il n'était vraiment pas d'humeur pour ça.
Sous sa couette de plume, les rideaux tirés, il s'endormit
instantanément.
Le réveil du lendemain ne se fit pas sans
difficulté. Il fallut à Sirius le traversin de Remus et les
hurlements de James pour qu'il daignât enfin poser un premier pied
par terre suivi bientôt par le deuxième. Malgré la fatigue dûe au
manque de sommeil, il se leva, en se faisant toutefois la réflexion
d'éviter d'aller à la volière en plein milieu de la nuit. Ca
ne lui réussissait pas vraiment.
Il se traîna jusqu'à la
grande salle pour ne pas éveiller les soupçons de ses amis sur son
état. C'était sans compter sur le regard perçant de Remus
Lupin.
-« Sirius, y a un truc qui va pas ce matin ? »
Les deux autres se retournèrent vers Black comme un seul
homme.
-« Finalement, j'ai répondu à ma mère, hier
soir. » Répondit Sirius.
Les trois autres n'insistèrent
pas, ils eurent juste un signe de tête montrant qu'ils
comprenaient. Ils n'eurent de toute façon pas le temps d'ajouter
quelque chose : une jeune fille rousse aux yeux verts se
précipita sur eux.
-« Les garçons ! Vous avez
regardé vos montres ce matin ? »
Les garçons en
question ne saisissaient pas bien ce dont Lily voulait leur parler.
Ils se regardaient avec des airs surpris.
-« Dites, juste
comme ça, de vous à moi, vous n'êtes pas du matin, non ? Je
veux parler de vos montres ! Celles de l'Ordre ! »
Compléta Lily se faisant la plus discrète possible.
Aussitôt,
James, Sirius, Peter, et Remus relevèrent la manche de leur robe de
sorcier. Ils constatèrent alors qu'effectivement, rendez-vous avec
l'Ordre du Phenix était pris le soir même, au même endroit, et
la même heure que la réunion précédente.
-« Ca doit être
pour remercier les Maraudeurs de leur décisive participation à la
bataille de Londres ! » S'exclama Sirius.
Il reçut
immédiatement un coup sur la tête de la part de Lily.
-« Et
de la participation tout aussi décisive de Lily Evans ! »
Ajouta alors Sirius sur le même ton.
Ca n'eut pas l'air de
plaire plus à la jeune fille qui releva sa main vers lui d'un air
menaçant. -« Ok, j'admets qu'éventuellement, selon
certaines probabilités, et compte tenu du nombre des troupes
adverses, peut-être, et je dis bien peut-être, que la présence des
autres a été tout à fait indispensable. »
Lily lui
sourit d'un air satisfait, et retourna vers là où était assise
son amie Eileen.
Quand l'heure sonna, les Gryffondors se
dirigèrent vers leur salle de cours. Sirius avait toujours autant
envie de dormir, mais la présence des Serpentards au cours de potion
retint toute son attention. Le tout était de détourner l'attention
de Slughorn et de Rogue pour ajouter dans la marmite de ce dernier
toute sorte d'ingrédients aux effets surprenants. Les Maraudeurs
était coutumiers du jeu, et plus les mois et les années passaient,
plus le professeur et le Serpentard étaient difficiles à distraire.
Ce jour-là, Peter fut de nouveau mis à contribution pour
retenir à l'autre bout de la cave le professeur. En lui ajoutant
du thym, James avait réussi à rendre la potion de son ami
suffisamment instable pour inquiéter le maître des potions sans que
celui-ci ne prononce un « recurevite » du haut de son
bureau. L'air contrit, et ayant fait perdre déjà dix points à la
maison Gryffondor, Peter se lança dans des explications extrêmement
compliquées sur ce qu'il avait fait à sa potion, ou ce qu'il
n'avait pas fait à sa potion. Slughorn essayait de suivre ces
explications pour tenter de rattraper ce qui pouvait l'être de la
potion orange.
Sirius entra alors en scène en laissant tomber du
côté de Rogue sa plume. Le fait qu'il n'avait absolument pas
besoin de plume pour les travaux pratiques de potions ne mit pas la
puce à l'oreille de Rogue, trop concentré sur sa propre potion du
bleu azur désiré. Sirius s'approcha donc du Serpentard, ramassa
sa plume rebelle, et en profita pour jeter un coup d'œil sur la
potion qui bouillait tranquillement.
-« Rogue ? »
Appela Sirius.
-« hum.
-Toute l'école dit que tu
as flashé sur Narcissa, tu peux m'en dire plus ? »
S'il y avait quelque chose que Rogue détestait, c'est bien qu'on s'occupe de sa vie privée, et cela, les Maraudeurs le savait parfaitement. La réaction fut immédiate.
-« Tais-toi ! »
Répondit-il l'air plus que menaçant.
-« Oh !
Allez ! Fais pas ton timide ! »
Rogue ne
voyait pas ce qui était pourtant vraiment gros. Il rentra dans une
rage folle contre Sirius, se désintéressa consécutivement de sa
potion, et James y glissa un peu de verveine. Sirius revint à sa
place le plus vite possible, Rogue, se retournant vers sa potion,
comprit, et n'eut que le temps de se reculer de la marmite qui
projetait déjà de curieux filaments rouges vifs un peu partout dans
la salle. Ce qui n'était qu'un phénomène étrange, se
transforma assez vite en vraie catastrophe, et le Professeur Slughorn
eut toutes les peines du monde à faire revenir la marmite folle à
la normale.
Il enleva vingt points à Serpentard.
Les
Maraudeurs se regardaient fièrement. Rogue était encore plus vert
que d'habitude. Sirius croisa le regard désapprobateur de Lily
Evans, puis celui de Remedios Listerdale.
Et la fin du cours
sonna.
La journée des Maraudeurs fut tellement remplie que
c'est avec un certain étonnement qu'ils se rendirent compte
qu'il était largement l'heure de rejoindre le portoloin.
Quelques secondes plus tard, ils étaient de nouveau dans le QG de
l'Ordre du Phénix, qui devait bientôt porter le nom de « Serna »
pour des raisons inconnues.
La grande salle que certains élèves
de Poudlard connaissaient déjà était envahie d'un public très
varié et en nombre. La pièce qui avait largement suffit lors de la
précédente réunion avait là peine à contenir tout ce monde. Les
élèves se faufilèrent au milieu de tous ces gens qui avaient des
conversations aussi variées que l'élevage des Scorbutts ou la
meilleure façon de lancer un enchantement de réduction. Lily et
Remus se passionnaient pour ce genre de conversation, mais c'était
bien les seuls. Pour patienter, Sirius, Clare, et Tristan entamèrent
une partie de morpion magique sur un coin de table, tandis que Peter,
James, Farfadelle, et George, s'amusaient à inventer la biographie
de quelques personnes choisies au hasard dans la foule. Les autres
élèves commentaient un article particulièrement polémique dans la
gazette du sorcier du jour, quelque chose sur l'enfance de
Voldemort, et l'incidence que ça avait aujourd'hui sur son
comportement assez agressif. Soudain, une voix magiquement amplifiée
se fit entendre.
-« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
je vous prie de gagner un siège, nous allons commencer. »
Comme
par magie, des sièges de toutes sortes sortirent de nulle part, en
suffisamment grand nombre pour que chacun puisse s'installer
confortablement. Installés en cercle, les sorciers attendaient que
l'un d'entre eux prenne la parole. Sirius en profita pour faire
un petit tour d'horizon des personnes présentes : les
professeurs et le directeur de Poudlard, les parents de James, et de
très nombreuses personnes inconnues cessaient peu à peu leur
conversation. Et c'est M. Londubat, que les Maraudeurs
reconnurent immédiatement, qui poursuivit, la voie toujours
amplifiée.
-« Bonsoir à tous. Comme d'habitude, aucun ordre du jour n'est fixé, chacun pourra donc intervenir quand il le souhaite. Il me parait toutefois important de commencer, et cela intéressera tout le monde par le bilan de la bataille de Londres. Pour avoir quelques éclaircissements sur la question, je cède la parole à Madame Iris Fredon, vice-ministre de la Magie. »
Une femme aux cheveux blancs assise près de M. Londubat se leva, s'éclaircit la voie, et expliqua.
-« Effectivement, Comme disait M. Londubat à l'instant, le Ministère de la Magie a essayé de dresser un bilan de ce qui s'est passé la semaine dernière à Londres. Les informations ont été très difficiles à trouver, mais le Ministère a beaucoup travaillé depuis une semaine pour vous les fournir. Cela permettra de mieux appréhender dans le futur la menace que représente Voldemort. »
Un sorcier dans le fond de la salle, se racla la gorge, quelques personnes s'étaient mises à parler. Madame Fredon finit par comprendre qu'il serait peut-être temps d'en venir aux faits.
-« A Londres, d'après nos estimations, il y aurait eu un peu plus d'une centaine de combattants dans chaque camp. Nous déplorons très malheureusement le décès de huit sorciers de notre côté, et nous souhaitons un prompt rétablissement à une vingtaine d'autres d'autres. Nous sommes dans l'incapacité d'évaluer les pertes que nous avons occasionné à l'armée de Voldemort. Cependant, nous pouvons légitimement penser que les pertes ont été nombreuses compte tenue de la décision du Mage de battre en retraite. En fait, nous connaissons quelques noms de personnes qui ont pu être identifiées au moment des combats. Mais j'imagine que vous avez eu l'occasion de lire cela dans la presse. »
Quelques personnes se retournèrent vers
Sirius.
Il ne comprit pas. Pourquoi le dévisageait-il de cette
manière ?
Ce n'est que quelques instants plus tard, et
alors que Madame Fredon avait repris son exposé, qu'il se souvint
du journal, de la nouvelle de la mort de son père. Il n'y avait
pas pensé tout de suite. Cela ne faisait que confirmer ce qu'il
savait déjà, il n'était pas vraiment affecté par la nouvelle.
Il se remit à réfléchir à la question. Il pensa très vite que si
cet homme avait eu une importance considérable dans sa vie, et dans
ce qu'il était devenu, ça faisait très longtemps qu'il s'était
complètement détaché de lui. Il n'en gardait pas de rancune, ni
de la haine, ni de mépris.
Et Sirius, pour la première fois
depuis qu'il savait que son père était l'une des victimes de la
bataille de Londres, se dit que tout ceci était normal, et même
sain. Il s'était débarrassé, sans même en prendre conscience,
d'une bonne partie de tous les fantômes de son enfance. S'il
garderait toujours le souvenir de cette période, celle-ci était
belle et bien révolue. L'image de son père semblait être morte
bien avant la semaine passée, Remedios Listerdale avait peut-être
raison. Mais le jour où il avouerait qu'un Serpentard pouvait
avoir un jugement juste n'était pas encore arrivé.
Il réalisa soudain qu'il était au beau milieu d'une réunion de l'Ordre du Phénix, et qu'il y avait des choses plus importantes que cela à régler. Les autres sorciers étaient d'ailleurs très attentifs au bilan de la bataille. Il se concentra de nouveau sur ce que disait la vice-ministre de la Magie.
-« Nous avons remarqué, à l'aide des questionnaires que nous avons fait circuler dans la communauté magique, et qu'une grande partie d'entre vous ont rempli, que les Mangemorts n'étaient pas de petits adverses. Au contraire, il s'agit de magiciens chevronnés que nous sommes obligés de prendre au sérieux. Nous avons constaté qu'ils n'hésitaient pas, en particulier, à utiliser des sortilèges impardonnables. Il est bien évident que le Ministère comme l'Ordre vont avoir beaucoup de difficultés à les combattre, en utilisant des moyens loyaux, reconnus comme tels par la convention de Genève de 1348 sur le droit des guerres sorcières. Il faudrait donc, et c'est là que j'attends vos réflexions, que nous réfléchissions à cette problématique. Par ailleurs, et là encore le Ministère cherche opiniâtrement des solutions, il nous faut agrandir nos centres médicaux. Nous n'avons pu que constater l'insuffisance d'accueil de Sainte Mangouste, il nous faudra donc créer de nouvelles structures. Voilà à peu près les pistes de réflexion que le Ministère vous propose pour ce soir. Peut-être quelqu'un veut-il intervenir, proposer quelque chose… »
Iris Fredon regardait autour d'elle. Les sorciers étaient plongés dans leurs réflexions. Il y eut un petit moment de silence, jusqu'au moment où Dumbledore se leva pour prendre la parole.
-« En ce qui me concerne, mais pour en avoir parler à quelques personnes, je ne suis pas le seul à adhérer à cette solution, je pense qu'aujourd'hui les réunions de l'Ordre ne suffisent plus. Si nous sortons vainqueurs de la bataille de Londres, cela ne veut pas dire que nous avons gagné la guerre. Loin de là. Les réunions sont toujours très importantes pour coordonner nos actions, mais nous devons accélérer les réunions parallèles et thématiques. Comme Madame Fredon vient de dire, nous avons à faire face à plusieurs éléments : d'une part, l'entraînement des Mangemorts dans les techniques de combat, d'autre part, l'engorgement de nos structures médicales d'urgence. Je propose donc que nous ouvrions des réunions qui permettraient la formation des sorciers dans ces deux domaines. Il y a aussi un dernier élément dont je devrais parler : depuis la bataille de Londres, nous avons un nombre conséquent de nouveaux membres au sein de l'Ordre. Il va falloir prendre ce facteur en compte. Ma proposition, consiste donc d'abord à organiser des réunions qui se tiendront régulièrement chez les membres de l'Ordre volontaires. Ces rencontres auront pour objectifs de former nos sorciers aux techniques de combat de haut niveau. Il faudra, pour se faire, entraîner une partie d'entre nous à l'enseignement. Il faudra ensuite recenser les locaux que nous pourrons utiliser, et les personnes volontaires en cas d'urgence médicale. »
Sur ces mots, Dumbledore se rassit et attendit les réactions de ses alliés.
C'est alors M. Potter qui se leva pour prendre la
parole.
-« Je suis entièrement d'accord avec les
propositions d'Albus. Il est en effet tout à fait nécessaire de
créer de nouvelles structures pour faire face au mieux à la menace
que constitue Voldemort. Je voudrais juste ajouter que nous avons
tout intérêt à ce que cela soit mis en place le plus vite
possible.
-Je suis aussi d'accord avec la proposition de M. le
Directeur, qui me semble tout à fait nécessaire. » Dit Remus
Lupin. « Je voudrais éventuellement y ajouter une réunion,
attachée aux formations en combat de tout genre, tournée vers la
recherche. Il est toujours utile, même si je ne doute pas des
compétences de chacun, d'étudier les techniques de combat de nos
adversaires et d'essayer de trouver ou de retrouver de nouvelles
moyens de défense ou d'attaque magique. Je ne sais trop ce que vous
en pensez, mais ça me parait assez essentiel.
-« Il est
vrai, M. Lupin, » reprit Dumbledore, « que je n'y avais
pas pensé, et j'avais tord. Il me semble que c'est une
excellente idée, il faut l'ajouter à ma proposition.
-Si
personne ne veut plus intervenir, je propose que nous passions au
vote. » Enchaina M. Potter.
Personne ne parlât, tous
hochèrent la tête en signe de consentement.
-« Très
bien. » Reprit M. Potter. « Pour ceux qui, comme viennent
de nous le proposer Albus Dumbledore sont pour la création de ces
nouvelles réunions spécialisées lèvent la main. »
La totalité des sorciers présents levèrent la main. Les Maraudeurs en premier.
-« Que ceux qui sont contre la proposition d'Albus Dumbledore de créer de nouvelles réunions spécialisées lèvent la main. »
Personne ne se manifesta.
-« A
l'unanimité des votants, et c'est suffisamment rare pour que je
le souligne, la proposition d'Albus est donc adoptée. A la fin de
la réunion, vous viendrez me voir si vous souhaitez être
formateur. »
-« Je me propose pour ce qui est de la
réunion recherche ». Prévint Remus.
M. Londubat se leva.
« Et vous viendrez me voir si vous avez des locaux à nous
prêter. »
Un jeune homme se leva. « Et contactez-moi
si vous êtes intéressé par aider les Médicomages. »
Un
silence se fit dans la salle. M. Londubat reprit la parole.
-« Juste
un mot de plus pour vous annoncer que malheureusement les recherches
sur les personnes disparues n'avancent guère. Si vous avez des
nouvelles, même si elles vous paraissent insignifiante ou peu
crédibles, n'hésitez pas à nous les faire parvenir ».
Il
se rassit. Comme personne ne semblait avoir quelque chose à ajouter,
c'est Dumbledore qui donna le signe du départ.
-« Mesdames,
Mesdemoiselles, Messieurs, je crois que nous avons réglé les
questions les plus urgentes. Vous pouvez donc prendre contact avec
MM. Londubat, Potter, Lupin, ou Gale. Et surtout, tendez vos
oreilles, regardez bien, nous cherchons toujours des gens. Sur ce,
très chers membres de l'Ordre, la réunion de ce soir est finie.
Nous vous préviendrons de la prochaine par la voie
habituelle. »
Les sorciers se levèrent tous. De nombreuses personnes se dirigeaient vers les tables où étaient installées le père de James, M. Londubat, ce certain M. Gale, et Remus. Apparemment, les volontaires ne manquaient pas. James et Sirius, accompagnés de Clare Dame et Jordan Smith, n'eurent pas à se consulter pour se diriger d'un pas décidé vers M. Potter, qui inscrivait déjà des noms sur un parchemin, sous l'œil de Dumbledore. Celui-ci sourit quand il vit arriver ses deux élèves.
-« Vous êtes sûrs ? » Leur
demanda-t-il simplement. « Cela vous demandera du travail, et
de la patience…
-James ? Sirius ? » S'exclama M.
Potter quand il leva les yeux de son parchemin. « Mais vous
êtes très jeunes tous les deux ! Et vous avez des Aspics à
passer à la fin de l'année, je vous rappelle !
-Papa, on
veut être formateur. En plus, rien de tel pour réviser les
Aspics. »
Comme pour demander un conseil du regard, M.
Potter se tourna vers Dumbledore. Ce dernier hocha la tête. Il n'en
fallut pas plus au père de James pour écrire leurs noms.
Pendant
ce temps, après avoir inscrit son nom, celui de Lily, et ceux d'une
partie des élèves de Poudlard, Remus allongeait la liste de
nouvelles personnes. Peter, quant à lui, restait en retrait.
Les
Maraudeurs sortirent de la Serna, quelque temps plus tard, la tête
remplie de nouveaux projets, et de nouvelles idées.
