Chapitre 9
Elle avait des yeux
d'opale qui le fascinait
-« Quel dommage qu'il n'y ait plus de Quidditch à Poudlard. Espérons que l'année prochaine, on pourra reprendre la compétition… » Se lamentait Jordan Smith, attrapeur adulé de la maison Gryffondor, en regardant par la grande fenêtre du couloir du premier étage.
Le
ciel était parfaitement bleu, quelques élèves faisaient semblant
de travailler sur les grandes pelouses de Poudlard. Certains avaient
poussé jusqu'au lac où quelques téméraires avaient même trempé
leurs pieds.
D'autres discutaient en petit groupe.
Les
derniers marchaient entre la porte d'entrée, la grille, et la
forêt interdite.
Sirius, en contemplant le tableau au côté de
Jordan Smith, pensa que ce jour était idéal pour aller se balader à
Pré-Au-Lard. Mais ses activités le retenaient dans l'école. Il
suivait des cours supplémentaires dans la perspective d'enseigner
à des sorciers membres de l'Ordre du Phénix, le duel. Comme Jordan.
C'est en sortant de la grande salle qu'ils s'étaient
attardés devant la grande fenêtre. Un peu plus, et ils se ruaient
tous les deux à l'extérieur profiter du beau temps et de la douce
température de ce début de printemps. Ils s'accordaient toutefois
quelques minutes de pause avant de retourner s'entraîner dans la
salle qui leur avait été attribuée. Les cours de duel qui leur
étaient dispensés réclamaient beaucoup de pratique, et donc
beaucoup de temps pour ces élèves. Les efforts payaient, et c'est
avec succès que les quatre volontaires de l'école tiraient leur
épingle du jeu. Leur motivation était sans faille. Si ce n'est
que le parc, ce jour-là, leur tendait décidément les bras grands
ouverts.
Les quelques minutes de pause prévues se
rallongaient.
-« Tiens, Regarde ! Il y a même
Macgonagal près du débarcadère. » S'écria Jordan.
-«
Pfff... La chance… » Soupira Sirius.
-« Il y a aussi
les Gryffondors, tu les voies ? Là-bas, près du terrain de
Quidditch !
-Ca ne fait que confirmer ce que je
pensais : on est les seuls idiots à rester plantés dans les
salles sombres de l'école. Y a vraiment pas de justice.
-Allez,
Sirius, courage, c'est pour la bonne cause. Et regarde de toute
façon, les Gryffondors sont tombés sur les Serpentards. Ce ne va
pas être si drôles que ça leur après-midi « pelouse ».
-Tu
parles, c'est toujours quand on tombe sur les Serpentards que les
après-midis sont les plus drôles.
-Chose extraordinairement
étrange, j'ai l'impression que ça se corse. Syfe est en train
de sortir sa baguette.
-Ca leur fait toujours de
l'entraînement…
-Et alors côté Serpentard qui avons-nous…
Ah mais que du lourd ! Voilà la triplette infernale, elle-même :
Severus Rogue, Lucius Malefoy, et Remedios Listerdale.
-J'ai
comme l'impression que le ton monte... Dire qu'on est en train de
se louper ça... J'espère qu'ils vont penser à jeter Rogue dans
le lac, ça lui lavra les cheveux, pour une fois. » Remarqua
Sirius.
-« T'inquiète. Tout ne semble pas être perdu. Ah
zut !
-Quoi ?
-Tu vois pas ?
-Mais quoi ?
-Il
me semble que Listerdale est en train de calmer tout ce beau monde.
Même Syfe a baissé sa baguette.
-Et merde. T'as raison.
-Ca
y est, ils se séparent... Dommage, on était au bord d'un
affrontement riche en divertissement. »
Effectivement, Serpentards et Gryffondors partaient dans des sens opposés. Les Serpentards vers l'école, et les Gryffondors vers la forêt.
-« Toi, James, Peter, et Remus, vous aurez passé
combien de temps à essayer de les embêter ? » Reprit
Jordan.
-« Ca ne se compte pas en heure, ni en mois. Je
crois que depuis la première année, on n'a jamais arrêté. Je
compte bien sur toi pour prendre la relève.
-Ce qui est dommage
c'est que les trois plus populaires dans leur maison sont en
septième année… Listerdale, Rogue, et Malefoy. Ta promo a
vraiment tiré le gros lot à ce niveau. »
Jordan se tut
quelques instants.
Puis reprit :
-« enfin,
Listerdale est peut-être une Serpentarde, et clairement, elle n'a
pas volé sa Maison, mais ça n'empêche, elle est vraiment
magnifique… ».
Il suivait des yeux la jeune fille qui
s'approchait de plus en plus de l'école, accompagnée de ses
deux acolytes.
-«Listerdale? » interrogea simplement
Sirius en la regardant.
-« T'es pas d'accord ? »
Sirius ne répondit pas. En fait, jusqu'à maintenant, il
ne s'était jamais posé cette question. Il faut dire que compte
tenus des évènements actuels, ça ne paraissait pas de toute
première priorité.
Jordan Smith, de son côté, n'attendait
pas vraiment de réponse. Il dit quelques mots sur le fait qu'il
était extrêmement bizarre que la fille la plus jolie de l'école
ne soit pas dans sa maison, et à son bras, mais si ça voulait dire
supporter le caractère de Listerdale toute la journée, ce n'était
pas possible.
Sirius, quant à lui, était plongé dans ses
pensées, tellement bien que Jordan Smith dut le tirer par la manche
de sa robe de sorcier pour que le jeune homme consentît à le
suivre. Il était largement temps d'aller retrouver les autres.
Le deux garçons descendirent l'escalier jusque dans le hall. Puis, passèrent derrière une porte dérobée qui menait directement dans les sous-sols. Malgré l'obscurité ambiante, ils se repéraient sans problème. Ils parvinrent quelques minutes plus tard dans une salle, laissée par Dumbledore à leur disposition.
Là, il y
avait James et Clare, en pleine séance de duel. La partie était
très serrée, et ce n'est que parce que Jordan et Sirius entrèrent
dans la salle qu'ils baissèrent leur baguette.
-« Dis
dont, tu fais des progrès, James ! » Railla
Clare.
-« C'est pas parce que je t'ai laissé gagné une
ou deux fois qu'il faut en déduire mon niveau général, ma
chère.
-Mauvais joueur !
-On ne peut pas franchement lui
donner tord. » Dit Sirius en posant sa cape sur l'un des
fauteuils près de la cheminée. « Nous sommes bien obligés
d'admettre, tout Gryffondor que nous sommes, que les Poufsouffles
ne manquent peut-être pas autant d'intérêt qu'ils nous l'ont
laissé croire pendant toutes ces années. »
Il eut à
peine le temps de finir sa phrase qu'un jet de lumière rose
s'échappa de l'extrémité de la baguette de la jeune fille. Il
sauta derrière les fauteuils, armé de sa baguette. Il vit que James
et Jordan partaient de l'autre côté de la salle, essayer les
sorts qu'on venait de leur apprendre, et qu'ils devraient bientôt
enseigner à de nouveaux membres de l'Ordre. En cet instant précis,
il se désintéressa un peu de la lutte, pour concentrer toute son
attention sur son amie, ou du moins celle qui était encore son amie
quelques secondes plus tôt.
-« Accio fauteuil. »
Dit-elle au moment où Sirius s'y attendait le moins. Le fauteuil,
ce traître, obéissant au doigt et à l'œil de son adversaire,
fut projeté vers le centre de la salle, du côté de la jeune fille.
Préoccupée par le fauteuil, celle-ci n'entendit que la fin de ce
que venait de dire Sirius.
-« … leviosa. »
Aussitôt, Clare se sentit happée par le plafond, pourtant très
haut, de leur salle d'entraînement. Elle était suspendue par les
pieds à quelques mètres aussi du sol, vexée de ne pas avoir réagi
plus tôt.
-« Sirius…
-Mmh ?
-Sirius… Fais
moi descendre.
-Te faire descendre ? Je sais pas.
-Sirius… »
Dit Clare avec une voix pleine de reproches.
-« Je lève le
sort, et je te ramène le plus doucement du monde sur terre si tu
avoues que c'est à Gryffondor qu'on trouve les meilleurs.
-Ok,
c'est à Gryffondor qu'on trouve les meilleurs… Abrutis. »
Si au début de la phrase, Clare était descendue de quelques
centimètres, elle revint à la vitesse de l'éclair à la case
départ quand Sirius en entendit la fin.
-« Plait-il ? »
S'enquit le brun.
-« les Gryffondors sont presque aussi
bien que les Pouffsoufles. Et c'est mon dernier mot,
Sirius. »
Sirius leva le sort, mais ne fit aucun effort
pour que la chute se fasse en douceur. Clare ne dut compter que sur
sa baguette magique pour ne pas tomber tête la première,
conséquence de sa fidélité à sa maison.
A peine avait-elle
posé un pied par terre qu'elle prononça une nouvelle série de
sorts en direction de son adversaire, qui, même s'il avait prévu
cette réaction, eut toutes les peines du monde à l'éviter.
Jusqu'au moment où Clare dit quelque chose comme « pluviosa »,
que Sirius n'avait jamais entendu prononcer. Il comprit vite de
quoi il retournait : des gouttes d'eau très froide lui
tombaient sur la tête, les épaules, et eut tôt fait de le tremper
de la tête au pied. Il abaissa sa baguette.
-« Dis ?
Tu m'arrêtes ce machin-là, c'est lassant à la fin.
-Dommage,
on commençait juste à s'amuser. » Cependant, elle
obtempéra, avant que le jeune homme ne s'enrhume.
-« Merci.
Ca nous fait un partout pour aujourd'hui. Trêve de bavardages, on
commence à réviser les sorts de la dernière fois ? »
Effectivement, Clare et Sirius rejoignirent les deux autres pour
approfondir quelques uns de leurs nouveaux tours.
Jusqu'au moment où l'horloge installée au dessus de la porte s'avisa de sonner l'heure. Cette horloge était un cadeau de Dumbledore. S'il permettait tout à fait ses entraînements, il n'admettait pas que ses élèves puissent manquer des cours sous ce prétexte. L'horloge ensorcelée les rappelait donc régulièrement à l'ordre. Et là, ils ne pouvaient pas ne pas aller au cours de Potions pour les Gryffondors de septième année, Métamorphose pour Jordan, et au cours de Botanique pour la Poufsouffle.
Cette fois-ci pourtant, Sirius ne se dirigeait pas vers les cachots autant à reculons que d'habitude. Jordan Smith, tout à l'heure avait éveillé sa curiosité sur un point qu'il n'avait pas encore abordé.
Il s'installa sur une des tables du fond avec ses amis. De là, il avait une vue panoramique sur les Gryffondors comme sur les Serpentards. Slughorn entra, prêt à commencer son cours à la seconde prêt. Et commença dans le même temps à parler dans sa barbe d'une nouvelle potion qu'ils auraient à exécuter dans la semaine. Déjà, Sirius avait décroché, et observait ses camarades.
Lily et Eileen étaient installées devant eux. Sur leur
gauche, il y avait quelques Serpentards. Remedios Listerdale était
encore assise à côté de cet imbécile de Grams.
Ce n'était
pas ce petit homme blond qui intéressait Sirius, mais bien sa
voisine, la « magnifique » Listerdale dont avait parlé
Jordan.
C'est alors que pour la première fois depuis presque
sept ans, Sirius observa l'une des Serpentardes les plus populaires
de sa maison. Pourtant, elle n'était pas une inconnue pour lui,
surtout depuis cette année, mais aussi surprenant que ça lui
paraisse aujourd'hui, il n'avait pas encore pris cette peine-là.
Sirius eut tôt fait de constater que Jordan n'avait
certainement pas tort. Remedios Listerdale était une jeune fille
grande. Même assise, elle dépassait cet imbécile de Grams. On
pouvait voir, de là où était Black, qu'elle était fine, même
si la robe de sorcière cachait la délicatesse de sa taille. Elle
avait de longs cheveux noirs, ondulés, qui tombaient sur son dos.
Son visage, tourné vers le Professeur Slughorn, ne montrait qu'une
impassibilité toute serpentarde. Ses yeux, bruns, trahissaient
toutefois un certain ennui. Sirius aurait juré que cette fille
n'écoutait absolument pas le cours de Potions, mais était bien
plus loin, du moins en pensée, que les cachots de Poudlard.
Après avoir observé Remedios de manière générale, il s'attacha aux détails : l'incroyable rougeur de ses lèvres, la longueur élégante de ses doigts, la grâce de ses gestes, le mat de sa peau, le noir de ses cils, ou encore la beauté d'un de ses pieds, qui dépassaient de son ample robe.
A la suite de cet examen
particulièrement minutieux, Sirius Black se rendit à l'évidence.
Il n'avait jamais constaté que la Serpentarde était l'une des
filles les plus belles qu'il n'ait jamais rencontrée. Elle était
peut-être très hautaine, très insupportable, très méprisante,
mais elle attirait l'œil, indéniablement.
C'est à ce
moment-là, et seulement à ce moment-là, que Sirius se rendit
compte que Remedios Listerdale était très observée, et pas
uniquement par lui. Il constatait en effet que Lucius Malefoy ne la
quittait pas des yeux. Sans savoir pourquoi, il en fut choqué. Il se
retint pour ne pas se lever et pour forcer Malefoy à regarder
ailleurs. Qu'avait-il donc à la dévisager de manière aussi
indécente ? Il n'avait jamais vu une fille en vrai ? Et elle,
pourquoi se laissait-elle regarder de cette manière ? Ca
n'avait rien de convenable tout ça.
A cet instant, Sirius
reçut un coup de coude particulièrement bien senti dans les côtes.
Il allait engueuler in petto l'auteur de ce forfait quand il
entendit enfin :
-« Puisque vous n'êtes pas capable
de suivre mon cours, Monsieur Black, ne comptez pas sur moi pour vous
faire gagner la coupe des Maisons : trente points de moins pour
Gryffondor ! » Annonça le Professeur Slughorn d'une voix
sans appel.
-« Qu'est-ce que tu fous Patmol ? »
Lança James. « Tu penses qu'on a autant de points de marge
que ça par rapport aux Serdaigles ? Tu le fais exprès ou
quoi ? Ca faisait deux plombes qu'il te fixait !
-Désolé,
Cornedrue. »
Il n'en rajouta pas plus puisque le
Professeur le regardait avec un air suspicieux. Fermement motivé à
l'idée de faire gagner la coupe à sa maison, même en cette année
agitée, il entreprit d'écouter Slughorn, ou du moins de faire
semblant, ce qui eut l'air de fonctionner. Le Professeur revenait
calmement vers son estrade.
Sitôt le dos tourné, Sirius reporta
son regard vers Remedios. Leurs yeux se rencontrèrent. Sans que
Sirius ne put définir si elle voulait faire passer un message, et si
oui, lequel, elle revint à ses parchemins. Et lui à sa
contemplation. Il acceptait toujours mal de devoir partager cette
minutieuse observation avec un Malefoy, mais souhaitait malgré tout
en profiter jusqu'à ce que l'horloge veuille bien indiquer la
fin du cours.
Ce qui l'impressionnait surtout dans sa
contemplation, c'était l'espèce d'exception naturelle qui se
dégageait de l'attitude de la sorcière. Même en ne lui adressant
pas la parole, cette jeune brune sortait de l'ordinaire. Sirius se
refusait à analyser cela comme une quelconque supériorité, et il
avait raison. Ce que Remedios était, c'était une extraordinaire
spécificité : la manière de se tenir, de se comporter…
Cette fille-là semblait désespérément marginale. Et Sirius se
trouvait bien ordinaire à côté de ce qu'il voyait.
Soudain,
il la vit se lever.
-« Sirius !
-Hum ?
-T'as
décidé de camper là pour la soirée ?
-Hum ?
-Bon,
nous, on y va, tu nous rejoins dans la grande salle quand Sa Majesté
Black daignera enfin communiquer avec autre chose que des petits
bruits indistincts. » Dit James.
En joignant le geste à la
parole, il prit ses affaires, et suivi Peter, Remus, et quelques
autres dans le couloir.
Sirius regarda enfin autour de lui. Le cours était terminé. Il ne restait plus que quelques personnes dans la salle. Il entreprit de ranger les affaires qui ne lui avaient servies strictement à rien pendant ce cours de Potions, dans son sac.
-« Black ? » Demanda une voix au-dessus
de lui.
Sirius leva les yeux, c'était Remedios. Un rapide coup
d'œil dans le reste de la salle lui permit de comprendre qu'ils
n'étaient plus que tous les deux. La jeune fille semblait
d'ailleurs avoir pris la précaution de fermer la
porte.
-«Listerdale ? Que me vaut l'honneur ?
-La
curiosité.
-A propos de quoi ?
-De toi.
-Tu peux m'en
dire plus où tu as l'intention de ne plus parler que par groupe de
deux mots au plus ?
-L'idée est tentante, néanmoins pour
plus de compréhension, je m'en vais faire des vraies phrases.
Remarque, je ne sais pas bien si tu comprendras mieux.
-Essaye
toujours.
-Je n'ai pas pu m'empêcher de constater
que…
-J'écoute…
-De constater que tu me regardais
pendant tout le cours. Tu avais quelque chose à me dire ? J'ai
trouvé ça... surprenant.
-Et Malefoy ?
-Lucius ?
-C'est pareil.
-Disons que venant de Lucius, ça n'a rien
de surprenant.
-Et sinon t'as des nouvelles de Voldemort ? »
Sirius changeait de sujet, ne cherchant même pas à dissimuler
ça sous de la rhétorique. Remedios, toujours impassible, n'insista
pas, et répondit.
-« Pas plus que d'habitude. Depuis,
Londres, c'est un peu l'effervescence chez lui : il y a du
monde partout. Il est en train de se reformer une armée de
Mangemorts, parce qu'après la déroute de la dernière fois, et
surtout l'humiliation qu'il a ressentie, je le crois plus motivé
que jamais pour massacrer du sorcier. Il va falloir faire vraiment
attention, surtout que la prochaine sortie, il ne préviendra
peut-être pas ceux, qui, comme moi, n'y participent pas.
-T'as
aucune idée de quand ça pourrait arriver, cette prochaine sortie
?
-Aucune, et c'est pas faute de lui demander, encore et
encore. »
Sirius parut étonné de cette dernière déclaration. Le Mage et la jeune fille étaient plus proches qu'il ne se l'était imaginé.
-« Et alors ? Il est
sympa ?
-Quoi ?
-Non rien. » Bredouilla-t-il,
craignant de la vexer.
-« Et toi ? » Reprit
Remedios en faisant semblant de ne pas avoir entendu. « T'en
es où avec l'Ordre ? Il parait que vous avez créé des réunions
d'enseignement, recherche, et médicales. Inutile de te demander où
tu t'es inscrit. »
Sirius sourit à cette
affirmation.
-« C'est passionnant. On apprend plein de
trucs qui ne sont pas enseignés à Poudlard, mais très utiles. Il
faudrait que tu viennes à un de nos entraînements un de ces
quatre !
-T'as pas quelque chose de plus idiot à
proposer ? » Répondit-elle froidement. « Et si on
me voyait avec vous ? Je te rappelle qu'il y a comme une
incompatibilité d'humeur entre Voldy et l'Ordre.
-Attends,
t'as quand même pas Voldemort dans le dos toute la journée,
non ?
-Je ne l'ai peut-être pas lui sur le dos toute la
journée, mais j'ai Lucius, sur le dos toute la journée, et
quelques autres. Déjà qu'ils m'embêtent quand je disparais
quelques minutes, je n'ose même pas imaginer leur réaction si je
disparaissais pendant un peu plus longtemps.
-Sans déconner ?
C'est insupportable !
-Pas plus que de parler avec un
Gryffondor qui semble avoir un pois chiche en pleine période de
sécheresse à la place du cerveau. »
Black se retourna
sur lui-même pour faire croire que la remarque de la Serpentarde
s'adressait à quelqu'un derrière lui, réussissant, chose
miraculeuse s'il en est, à la faire rire.
Et quand elle riait,
elle était charmante.
-« D'ailleurs, »
reprit-elle, « je vais aller les retrouver, sinon je vais
passer la soirée à leur expliquer ce que j'ai fait dans la salle
de Potions pendant autant de temps.
-T'appelle ça des
amis ? Je dirais plutôt cerbères.
-C'est plus compliqué
que ça. Ca doit être incompréhensible pour un Gryffondor, mais il
existe un concept qu'on appelle la nuance.
-La quoi ? »
Dit Sirius entrant dans son jeu.
Remedios Listerdale regroupa ses affaires, et se dirigea vers la porte. Avant de lever les sorts qui fermaient et insonorisaient la pièce, elle se tourna vers lui.
-« Au fait, tu ne m'as pas dit pourquoi tu as passé tous le cours de Potions à me dévisager. »
Sirius
hésita une seconde à lui répondre. Il avait peine à admettre ce
qu'il avait constaté pendant ce cours de Potions. Mais il se fit
la réflexion, qu'après tout, tout cela n'était qu'un constat
objectif, que ça ne l'engageait à rien.
-« Alors ? »
Relança-t-elle.
-« T'es belle, Meme. » Dit le
Gryffondor simplement.
Elle était surprise, gênée presque,
quand elle sortit de la salle.
S'il l'avait déjà appelé
« ma belle », ça n'avait rien à voir avec ce qu'il
venait de dire là. Il y aurait eu de quoi se sentir vraiment
flattée. Néanmoins Remedios n'était pas du genre à accepter les
compliments. Quelques mètres plus loin dans le couloir, elle était
redevenue impassible, son beau visage n'inspirant que du calme.
Ce
n'était pas du tout le cas de Sirius qui se disait en cet instant
même :
-« Eh merde, elle est sympa en plus. »
Abattu par la nouvelle, il sortit à son tour des cachots pour retrouver ses amis dans la grande salle. Il s'efforça de ne pas porter le regard une seule fois vers la table des Serpentards. Ce fut plus dur qu'il ne le pensait. Heureusement, ses amis avaient la ferme intention de ne pas le laisser sur la lune plus longtemps.
-« Ah !
Tu tombes bien Sirius ! » S'exclama Remus quand il vit
son ami s'asseoir à ses côtés. « On était justement en
train de comparer la vitesse des derniers balais.
-Oui, parce que
j'ai beau être celui qui s'y connaît le plus dans ce domaine, »
ajouta James, « les autres ne veulent pas me croire quand je
leur dis que ce sont les balais Fulgor 200 qui vont le plus
vite.
-Uniquement en piqué ! » Intervint Peter. « En
montée, c'est comme s'ils reculaient. Regarde Farfadelle Dentry,
dans le dernier match, tu vas quand même pas me dire qu'elle
allait plus vite que Emily Sol avec son Nimbus !
-Mais
évidement que Farfadelle allait plus vite ! » S'écria
Lena Langrova qui s'engagea dans la conversation. « D'ailleurs
ça a failli nous faire perdre des poings !
-Quelle mauvaise
foi ! » Ajouta Arthur Jones à l'intention de Lena. « Il
est bien évident que Les Nimbus sont beaucoup plus rapides. C'est
facile, on a à peine décollé avec un Fulgor 200, que le Nimbus est
déjà de l'autre côté du terrain de Quidditch. Regardez la
différence de prix ! C'est bien pour quelque chose que le
Nimbus est plus cher, non ?
-Alors là, ça veut rien
dire ! » S'exclama Lily Evans. « Moi, j'ai
un Fulgor 200, et pour avoir essayé quelque fois le Nimbus, il n'y
a pas comparaison. Le Nimbus est plus cher, mais on se demande
vraiment pour quoi.
-Surtout que le Fulgor est quand même plus
joli d'apparence. » Dit Eileen Connelly.
A cette
affirmation, tout le monde approuva, sous le regard satisfait de
James.
-« Il est plus beau, mais il sert à rien dans les
montées. » Dit Remus Lupin d'une voix calme qui contrastait
avec les prises de postions virulentes de ses amis. « Moi
aussi, j'ai un Fulgor, et j'ai l'impression d'aller plus vite
à pied qu'avec mon balai.
-« Mais t'as quelle édition
de balai ? » Demanda Sirius.
-« Bonne question,
parce que le Fulgor 100, il est vraiment bon pour la poubelle. »
Fit remarquer Jordan Smith, sans laisser à Remus la possibilité de
répondre à la question.
-« Moi, j'ai le 100, et je
confirme. Je ne peux même pas passer les épreuves de qualification
avec un balai pareil. » Dit Orion Swan, un élève de deuxième
année.
-« S'il n'y avait que ça, on pourrait t'en
prêter un ! » Dit James toujours intéressé par de
nouvelles recrues. « Parce que c'est vrai que le 100, il est
vraiment minable. Rien à voir avec le 200 !
-A quoi ça sert
d'aller si vite ? » Demanda Lyre Lovegood, un sixième
année toujours dans la lune. Sa réflexion fit rire.
-« C'est
vrai que la question est pertinente. » Confirma James.
Sirius,
repoussant de cette manière l'envie qui le démangeait de se
tourner vers la table des Serpentard, intervint.
-« Franchement,
à mon avis. Les deux balais sont bien. Après, ça dépend de ce
qu'on en fait.
-Oui, le Fulgor, il est bien pour se promener le
week-end quand on n'a pas trop de route, mais pour le Quidditch,
c'est Nimbus ! » Dit Arthur Jones.
-« Mais non. Le
Fulgor 200, parce que c'est vrai que le 100, il est un peu pourri
quand même, il est très maniable. Et c'est vrai que le Nimbus, en
montée, il est plus rapide. Personnellement, je préfère le Fulgor
parce qu'il est tellement souple, et tellement réactif qu'on a
l'impression d'aller plus vite. »
La remarque de
Black sembla d'abord concilier les positions. Mais rapidement, les
esprits s'échauffèrent de nouveau, surtout quand à la fin du
repas, des élèves d'autres maisons vinrent se joindre aux
Gryffondor. Pendant ce temps, le brun était retourné à ses
pensées, et fixait désespérément ses mains.
En temps
ordinaire, il aurait pris plus part à la conversation, il aurait
même été au centre des débats. Mais ce soir-là, il était
ailleurs. Il voulait penser à autre chose qu'à Listerdale,
Malefoy, ou Voldemort.
Rien à faire, il revenait sans cesse à
eux.
Il se leva tôt de table, laissant là le débat sur la
vitesse des balais, pour se précipiter vers sa pensine, un cadeau
bien utile de James.
Dans le dortoir, il sortit la bassine argentée, et en sortit des filaments argentés. Il ne se servait que très peu de cette pensine, ça n'était pas dans son caractère que de fuir les problèmes ou les obsessions. Ce soir-là, pourtant, il voulait plus que tout trouver le calme. Et il savait très bien que c'était la dernière chose qu'il trouverait auprès de ses amis.
Le lendemain matin, très tôt, les montres de
James et Sirius indiquaient l'heure et le lieu d'un nouveau
rendez-vous des réunions parallèles de l'Ordre du Phénix.
Les
deux garçons étaient, comme toujours quand ils apprenaient ce genre
de nouvelles, très enthousiastes. La journée commença donc en
fanfare avec une bataille mémorable de polochons, sous prétexte
d'entraînement au duel en l'absence de toute magie.
-« Sirius !
Derrière toi ! ». Le concerné se baissa vivement pour
éviter l'oreiller de Remus, qui l'avait pris en traître.
-« Ma
vengeance sera terrible ! » Annonça-t-il d'une voix
menaçante, en brandissant vers le responsable son
traversin.
-« Arrête-toi tout de suite ! »
Supplia Remus. « Arrête ou sinon… » Il se précipita
vers James et le retint par les épaules. « Ou je prends Potter
en otage !
-« Non ! Tu peux pas faire ça ! »
S'écria Sirius.
-« Et pourquoi ? » Demanda
Remus l'air conquérant tenant toujours fermement James contre lui.
Celui-ci se débattait bien, mais c'était sans compter sur
l'extraordinaire force de son ravisseur, et néanmoins ami.
-« Parce que je suis ton père, Remus ! »
Répondit Sirius.
-« Papa ? » Lupin relâcha son
étreinte, James s'échappa aussitôt. « Papa ? C'est
bien toi ? »
-« Nous avons tellement de choses à
rattraper, mon petit ! »
Alors que Lupin et Black,
hilares, se prenaient dans les bras dans des effusions familiales,
Potter et Pettigrow s'approchaient dangereusement avec des
coussins. Coussins qui s'abattirent sur leurs cibles, sans que les
concernés n'aient eu le temps de réagir.
Un peu abasourdis,
ils se relevèrent rapidement, Remus en profitant pour faire un
croche-pied à Peter, non loin de lui. Ils étaient en train de se
lancer des ultimatums, armés chacun d'oreillers, quand Jordan
Smith débarqua dans le dortoir. Comprenant rapidement la situation,
il prit garde à rester éloigné des Maraudeurs, et saisit un
coussin qui traînait par là.
-« Vous avez vu ? Il
y a réunion ce soir !
-Oui, on sait. On s'y prépare
d'ailleurs ! » Répondit James, sérieusement.
-« Ce
te dit de te joindre à nous ? » Proposa Peter.
-« Ce
serait volontiers, mais ma journée ne commence pas avant le
petit-déjeuner, et mon estomac crie famine. »
-« Famine ! »
Crièrent les Maraudeurs dans une interprétation littérale de la
faim de Jordan.
Remus abaissa le premier son arme, ou du moins ce qu'il faisait passer pour, et suivit Jordan dans l'escalier. Les trois autres le rejoignirent, après avoir constaté qu'il était largement temps de gagner la salle commune s'ils voulaient manger ce matin.
Le reste de journée fut occupée par les Maraudeur en général, et James et Sirius en particulier, par l'anticipation de ce qui allait se passer le soir. Ce qu'ils aimaient dans ces réunions, c'était déjà qu'on y apprenait beaucoup. Des choses utiles qu'ils devaient suffisamment comprendre pour être capable de l'enseigner quelques semaines, voire quelques jours plus tard. Les deux jeunes sorciers étaient très enthousiastes à cette idée, et se voyaient déjà comme les Professeurs de Poudlard.
Enfin, le soir, et avec lui l'heure du rendez-vous, arrivèrent.
Clare, Jordan, Sirius, et James
se rendirent auprès du Portoloin qui devait les conduire au lieu de
rencontre. Quelques millièmes de secondes plus tard, ils étaient
entourés d'une dizaine de sorciers.
Firus Lonroth, auror de
son état, qui dirigeait les séances, commençait, il n'y avait
pas une seconde à perdre.
-« Bonsoir à tous ! Ce
soir, je vous propose d'apprendre un nouveau sortilège que notre
groupe de recherche a retrouvé. Il s'agit d'un très vieux
sortilège que tout le monde avait oublié, mais ma foi, fort utile.
Je vous propose donc, pour ce soir, de vous entraîner à pratiquer
le « passemur ». En terme de stratégie de défense, il
pourra vous être de toute première importance, et ce n'est pas
non plus dénué de tout intérêt au moment de l'attaque. Petite
démonstration. » Firus Lonroth tendit sa baguette vers lui.
Après avoir prononcé les mots magiques, il devint soudainement
plus… Transparent. Il se dirigea alors vers le mur d'un pas
énergique, et le traversa, sans un bruit. Quelques secondes plus
tard, il était de retour dans la salle d'entraînement et avait
repris ses couleurs normales.
-« Ah ouais quand même ! » Ne put s'empêcher de dire Jordan Smith, sous les hochements de tête des autres sorciers présents.
-« Tous les
avantages des fantômes tout en étant bien vivant… Je sais pas
vous, mais moi j'adore ! » Compléta Firus.
Les
autres avaient l'air d'accord. Ils entreprirent immédiatement de
pratiquer le sort. Un sortilège pas si facile qu'il en avait
l'air. Il fallut pas moins d'une heure à Clare, James, Sirius,
Jordan, et les autres, pour en venir définitivement à bout.
Comme
il restait un peu de temps, ils firent quelques séances de duel.
Sirius impressionnait par son ingéniosité, Jordan par son
culot, James par ses compétences, et Clare par la logique implacable
qui lui permettait de se sortir de presque toutes les situations. Les
élèves de Poudlard étaient largement à la hauteur, et leur
motivation ne faiblissait pas.
L'heure de la fin de la réunion
arriva.
-« A moins que vous n'ayez des questions sur ce qu'on a fait aujourd'hui, je crois qu'il est temps que nous nous quittions. Juste un mot toutefois : on vous affectera bientôt des groupes. Il faudra que vous leur enseigniez ce que nous avons appris ici ou ce que vous avez appris par ailleurs. Votre programme dépendra de l'urgence, et des demandes de vos partenaires. Un détail : vous serez affecté à vos groupes par équipe de deux, en tout cas au début. Vous êtes évidement entièrement libre pour constituer les équipes. Vous serez prévenu du prochain entraînement par la voie habituelle, ainsi que de votre affectation. Voilà, je crois que c'est à peu près tout. Bonne fin de soirée à tous, et à bientôt. »
Les sorciers échangèrent quelques mots entre eux, et transplanèrent ou se dirigèrent vers les Portoloin.
Mine de rien, la nouvelle de faire les entraînements à deux avaient soulagé l'angoisse des jeunes élèves de Poudlard. S'ils n'avaient certainement pas à rougir de leurs prestations, il y avait une marge entre apprendre et enseigner. Le fait d'être à deux les rassurait complètement. C'est donc d'un pas allègre qu'il se dirigeait vers le hall de leur grande école.
-« C'est marrant quand même ce
'passemur' ! » Fit remarquer Sirius qui ne prit même
pas la peine d'ouvrir la gigantesque porte de Poudlard.
-« Ah
ça ! Il faudra raconter ça à Remus et Lily, ça va leur
plaire. » Dit James en le suivant.
-« Dites ?
Avant qu'on oublie tout à fait, on n'a pas fait de groupes. »
S'exclama Jordan.
Dans le hall, ils se décidèrent pour la combinaison qui leur paraissait la plus équilibrée. Il ne faisait pas de doute, pour eux quatre, qu'il fallait allier dans chaque groupe le sérieux et la créativité. Sirius, même s'il hurla de rire en entendant James entrer dans première catégorie, admis la logique qui voulait que Jordan et James fissent équipe ensemble, tandis que Clare et lui constitueraient le deuxième groupe. Les jeunes gens, après un dernier sort de « crocenjambe » en direction de Jordan quittèrent Clare, et rejoignirent la salle commune.
-« Quel charmeur ! » S'écria
James quant il vit qu'ils ne restaient que Remus et Peter dans la
salle.
-« De qui tu parles ? » Demanda Peter sans
lever les yeux du journal « 100% Quidditch ».
-« De
Sirius évidement ! »
Tous les yeux se tournèrent
vers James, y compris ceux du principal intéressé, visiblement très
surpris.
-« Allez, James, raconte ! » Supplia
Remus, devançant là Peter, Sirius, et Jordan.
-« Oui,
raconte, mon chéri, de quoi tu parles ? » Demanda Sirius
toujours aussi intrigué, et alors que James ne paraissait pas pressé
de répondre à ses amis.
-« Tu vas faire équipe avec
Clare ! T'auras le temps de conclure avec elle avant la fin de
l'année !
-En voilà une bonne nouvelle ! »
Ajouta Peter. « On commençait à désespérer de toi, tu nous
avais habitué à mieux !
-Clare et Sirius… C'est vrai
que ça sonne bien. » Compléta Jordan, malgré le regard
meurtrier que le brun lui lança.
-« Sans déconner, les
mecs, là, vous êtes lourds. » Se défendit enfin Sirius.
-« Allez, franchement, t'as jamais pensé qu'elle
pourrait te plaire ? » Demanda sérieusement
Remus.
-« Non. » Répondit Sirius avec franchise.
« Maintenant que vous le dites… Il est vrai que
potentiellement, elle pourrait me plaire. »
Il répondait
ça plus pour faire plaisir à ses amis que par réelle conviction.
Il n'avait jamais pensé que Clare puisse lui plaire et qu'il
pourrait lui plaire.
-« Elle est jolie, sympa… »
Reconnut Remus.
-« En plus, elle s'entend bien avec
nous ! » Dit Peter. « Et ça, c'est la meilleure
des qualités qu'on puisse lui reconnaître.
-« Le
meilleur gage de qualité ! » Insista James.
-« Oui,
bon ok, j'ai compris ! Lâchez-moi maintenant ! »
Sirius s'affala dans le fond d'un des fauteuils. Il entendait
bien que plus personne ne lui parle de ça de la soirée.
Heureusement, la soirée était assez avancée, les Maraudeurs et
Jordan ne tardèrent pas à aller se coucher.
Quelques jours
plus tard, alors que Sirius était de nouveau plongé dans la
contemplation de la chevelure brune ondulée de Remedios, Clare,
assise à côté de lui, et le jeune homme reçurent en même temps
un message de l'Ordre.
La montre indiquait qu'ils animeraient
leur première réunion le soir-même, chez Madame Cyprée Stevens,
résidente de Pré-Au-Lard, et membre de l'Ordre du Phoenix. Sirius
comme Clare affichait son contentement de voir qu'ils pourraient
passer à ce qui les enthousiasmait le plus ces derniers temps. Ils
eurent beaucoup de mal à suivre la fin du cours de Métamorphose
appliquée, malgré les quelques rappels à l'ordre de Monsieur
Thornford.
L'ordre de mission de James et Jordan arriva en
même temps. Et les quatre jeunes-gens, une fois tous réunis dans la
grande salle, eurent toutes les peines du monde à tenter de cacher
la surexcitation qui les gagnait.
Ils avaient en ce moment la
sensation d'être utiles, enfin, à l'Ordre, à la cause qu'ils
voulaient tous défendre ardemment. Ce n'était plus des mots ou de
la simple bonne volonté, ils aidaient concrètement à
l'organisation de l'Ordre. Ca les ravissait.
A cause de la proximité du lieu de leur réunion, Sirius, et Clare empruntèrent non pas un Portoloin, mais l'un des passages secrets de leur école pour se rendre chez Madame Cyprée Stevens, ce fameux membre de l'Ordre qui habitait Pré-Au-Lard.
En fait, elle habitait
un peu en dehors du village.
Sur une route plus ou moins laissée
à l'abandon, tout à fait au bout, se dressait un immense manoir,
qui n'avait, a priori, rien d'engageant : des herbes hautes
cachaient presque le perron, la pierre avait noirci avec le temps,
les volets étaient fermés. A dire vrai, si Clare Dame et Sirius
Black ne savait pas que Cyprée Stevens habitait là, jamais ils
n'auraient pensé qu'il pourrait trouver quelqu'un par ici. Ils
s'approchèrent, pas tout fait rassurés quand même, de la porte
d'entrée. Ils n'eurent pas même le temps de se manifester que
déjà la porte s'ouvrait sur eux. Ils entrèrent.
Ils
entrèrent dans une salle chaude, richement décorée de tapisserie
rouge, très éclairée par de magnifiques lustres, qui donnait sur
un immense escalier. Une femme assez âgée, avec de l'embonpoint,
et une bonhomie de grand-mère gâteau, leur tendit la main.
-« Clare Dame ? Sirius Black ?
-Oui ? »
Répondirent les concernés à l'unisson.
-« Bonsoir, je
suis Cyprée Stevens, et je suis tout à fait ravie de vous
accueillir dans ma modeste demeure. »
Elle se retourna pour
leur montrer le chemin. Clare en profita pour chuchoter à son
ami :
-« Moi aussi, je voudrais une modeste demeure
comme ça ! »
Il est vrai que l'adjectif employé
par Cyprée Stevens ne convenait pas parfaitement avec ce que les
deux jeunes gens avaient sous les yeux : un décor superbe,
riche, chaud, grand, des escaliers majestueux, des tapisseries
colorées, des tableaux dont les personnages observaient avec détail
les nouveaux arrivés… De l'aspect extérieur du manoir rien
n'avait laissé présager cela. Ils atteignirent enfin, après
maints couloirs et escaliers, une salle totalement fermée, très
grande, avec un plafond en voûte très haut : une pièce idéale
pour ce qu'ils venaient y faire.
Quelques sorciers étaient déjà là, d'autres ne tardèrent pas à arriver. Ils étaient en tout une grosse vingtaine. Sirius prit le premier la parole, ravi d'être écouté.
-« Bonsoir à tous. Avant toute
chose, je me présente, je suis Sirius Black. »
Quand ils
entendirent son nom, les personnes présentes, aussi bien femme que
homme, et quelque soit leur âge, échangèrent quelques mots avec
leurs voisins. Il faut dire qu'ils s'attendaient à beaucoup de
chose en arrivant ici, mais peut-être pas à tomber sur un
représentant de la famille Black. Pourtant, s'il faisait partie de
l'Ordre du Phénix, et effectivement certains se souvenaient de
l'avoir déjà vu, il devait être digne de confiance. Le brouhaha
cessa de lui-même. Clare poursuivit :
-« A mon
tour, je m'appelle Clare Dame. Nous sommes tous les deux chargés
par l'Ordre de vous indiquer quelques stratégies de défense ou
d'attaque qui pourraient vous être utiles en cas de duels.
-Comme
vous avez pu voir pour certains d'entre vous à Londres, »
continua Sirius, « les Mangemorts sont très bien entraînés,
il faut donc que nous soyons à la hauteur. Alors n'hésitez pas à
nous dire ce que vous voulez apprendre, n'hésitez pas à nous
poser des questions, et surtout n'hésitez pas à nous confier vos
craintes.
-Je vous propose donc de commencer dès
maintenant : nous n'avons pas beaucoup de temps. » Dit
Clare.
Cela lança le début de la séance qui fut toute occupée aux différents sortilèges de désarmement. Mise à part le très célèbre « expelliarmus », il existait toute sorte de variantes, aussi utiles les unes que les autres, mais beaucoup moins utilisées. Ils en firent un inventaire, complété par Clare et Sirius, fraîchement formés sur la question.
Les sorciers
présents étaient de niveau tout à fait variable. Pour certains
d'entre eux, les écoles de Magie étaient loin derrière eux, et
les acquis scolaires avaient été en partie oubliés. Pour d'autres,
au contraire, ce n'était qu'un approfondissement de ce qu'ils
connaissaient déjà.
A la fin de la réunion, tout le monde
s'accordait à dire qu'ils n'avaient pas perdu leur temps. En
sortant de la salle, ils commentaient les techniques, comparaient
leur efficacité, et leur faisabilité en cas d'urgence. Puis, ils
partirent tous en transplanant.
Bientôt, il ne restât plus
que Cyprée Stevens, et les deux élèves de Poudlard.
Madame
Stevens ne ressemblait pas à une grand-mère gâteau pour rien :
elle les engagea à boire un thé autour de merveilleux cookies.
Jamais Sirius ne refusait ce genre d'invitation, et Clare non plus.
Ils ne partirent donc du manoir que plus tard.
Il n'y avait
plus personne dans les rues de Pré-Au-Lard. C'était une bonne
chose : ils se porteraient d'autant mieux que personne ne les
reconnaîtrait.
Dame et Black parlaient de leur soirée avec un
certain enthousiasme : ça avait été exactement comme ils
l'avaient imaginée.
Ils parlèrent tellement qu'ils n'en
revinrent pas d'être rentré si vite à Poudlard. Pourtant, ils
étaient bien devant le tableau du lutin du quatrième étage bis,
entrée du passage secret.
-« Bon, j'imagine qu'il
ne me reste plus qu'à te souhaiter une bonne soirée. » En
conclut Sirius.
-« Alors bonne soirée, Gryffondor !
-A
toi aussi, Poufsouffle. »
Sortant du passage secret, ils
étaient soudainement tous les deux très proches.
Sans que
Sirius n'ait pu penser à quelque chose, ou n'ai pu dire quelque
chose, il sentit les lèvres de Clare se poser sur les siennes. Elles
étaient chaudes, elles étaient douces.
Il l'entoura de ses
bras, et répondit à son baiser.
