Chapitre 9
Elle avait des yeux d'opale qui le fascinait

-« Quel dommage qu'il n'y ait plus de Quidditch à Poudlard. Espérons que l'année prochaine, on pourra reprendre la compétition… » Se lamentait Jordan Smith, attrapeur adulé de la maison Gryffondor, en regardant par la grande fenêtre du couloir du premier étage.

Le ciel était parfaitement bleu, quelques élèves faisaient semblant de travailler sur les grandes pelouses de Poudlard. Certains avaient poussé jusqu'au lac où quelques téméraires avaient même trempé leurs pieds.
D'autres discutaient en petit groupe.
Les derniers marchaient entre la porte d'entrée, la grille, et la forêt interdite.
Sirius, en contemplant le tableau au côté de Jordan Smith, pensa que ce jour était idéal pour aller se balader à Pré-Au-Lard. Mais ses activités le retenaient dans l'école. Il suivait des cours supplémentaires dans la perspective d'enseigner à des sorciers membres de l'Ordre du Phénix, le duel. Comme Jordan.

C'est en sortant de la grande salle qu'ils s'étaient attardés devant la grande fenêtre. Un peu plus, et ils se ruaient tous les deux à l'extérieur profiter du beau temps et de la douce température de ce début de printemps. Ils s'accordaient toutefois quelques minutes de pause avant de retourner s'entraîner dans la salle qui leur avait été attribuée. Les cours de duel qui leur étaient dispensés réclamaient beaucoup de pratique, et donc beaucoup de temps pour ces élèves. Les efforts payaient, et c'est avec succès que les quatre volontaires de l'école tiraient leur épingle du jeu. Leur motivation était sans faille. Si ce n'est que le parc, ce jour-là, leur tendait décidément les bras grands ouverts.
Les quelques minutes de pause prévues se rallongaient.

-« Tiens, Regarde ! Il y a même Macgonagal près du débarcadère. » S'écria Jordan.
-« Pfff... La chance… » Soupira Sirius.
-« Il y a aussi les Gryffondors, tu les voies ? Là-bas, près du terrain de Quidditch !
-Ca ne fait que confirmer ce que je pensais : on est les seuls idiots à rester plantés dans les salles sombres de l'école. Y a vraiment pas de justice.
-Allez, Sirius, courage, c'est pour la bonne cause. Et regarde de toute façon, les Gryffondors sont tombés sur les Serpentards. Ce ne va pas être si drôles que ça leur après-midi « pelouse ».
-Tu parles, c'est toujours quand on tombe sur les Serpentards que les après-midis sont les plus drôles.
-Chose extraordinairement étrange, j'ai l'impression que ça se corse. Syfe est en train de sortir sa baguette.
-Ca leur fait toujours de l'entraînement…
-Et alors côté Serpentard qui avons-nous… Ah mais que du lourd ! Voilà la triplette infernale, elle-même : Severus Rogue, Lucius Malefoy, et Remedios Listerdale.
-J'ai comme l'impression que le ton monte... Dire qu'on est en train de se louper ça... J'espère qu'ils vont penser à jeter Rogue dans le lac, ça lui lavra les cheveux, pour une fois. » Remarqua Sirius.
-« T'inquiète. Tout ne semble pas être perdu. Ah zut !
-Quoi ?
-Tu vois pas ?
-Mais quoi ?
-Il me semble que Listerdale est en train de calmer tout ce beau monde. Même Syfe a baissé sa baguette.
-Et merde. T'as raison.
-Ca y est, ils se séparent... Dommage, on était au bord d'un affrontement riche en divertissement. »

Effectivement, Serpentards et Gryffondors partaient dans des sens opposés. Les Serpentards vers l'école, et les Gryffondors vers la forêt.

-« Toi, James, Peter, et Remus, vous aurez passé combien de temps à essayer de les embêter ? » Reprit Jordan.
-« Ca ne se compte pas en heure, ni en mois. Je crois que depuis la première année, on n'a jamais arrêté. Je compte bien sur toi pour prendre la relève.
-Ce qui est dommage c'est que les trois plus populaires dans leur maison sont en septième année… Listerdale, Rogue, et Malefoy. Ta promo a vraiment tiré le gros lot à ce niveau. »
Jordan se tut quelques instants.

Puis reprit :
-« enfin, Listerdale est peut-être une Serpentarde, et clairement, elle n'a pas volé sa Maison, mais ça n'empêche, elle est vraiment magnifique… ».
Il suivait des yeux la jeune fille qui s'approchait de plus en plus de l'école, accompagnée de ses deux acolytes.
-«Listerdale? » interrogea simplement Sirius en la regardant.
-« T'es pas d'accord ? »

Sirius ne répondit pas. En fait, jusqu'à maintenant, il ne s'était jamais posé cette question. Il faut dire que compte tenus des évènements actuels, ça ne paraissait pas de toute première priorité.
Jordan Smith, de son côté, n'attendait pas vraiment de réponse. Il dit quelques mots sur le fait qu'il était extrêmement bizarre que la fille la plus jolie de l'école ne soit pas dans sa maison, et à son bras, mais si ça voulait dire supporter le caractère de Listerdale toute la journée, ce n'était pas possible.
Sirius, quant à lui, était plongé dans ses pensées, tellement bien que Jordan Smith dut le tirer par la manche de sa robe de sorcier pour que le jeune homme consentît à le suivre. Il était largement temps d'aller retrouver les autres.

Le deux garçons descendirent l'escalier jusque dans le hall. Puis, passèrent derrière une porte dérobée qui menait directement dans les sous-sols. Malgré l'obscurité ambiante, ils se repéraient sans problème. Ils parvinrent quelques minutes plus tard dans une salle, laissée par Dumbledore à leur disposition.

Là, il y avait James et Clare, en pleine séance de duel. La partie était très serrée, et ce n'est que parce que Jordan et Sirius entrèrent dans la salle qu'ils baissèrent leur baguette.
-« Dis dont, tu fais des progrès, James ! » Railla Clare.
-« C'est pas parce que je t'ai laissé gagné une ou deux fois qu'il faut en déduire mon niveau général, ma chère.
-Mauvais joueur !
-On ne peut pas franchement lui donner tord. » Dit Sirius en posant sa cape sur l'un des fauteuils près de la cheminée. « Nous sommes bien obligés d'admettre, tout Gryffondor que nous sommes, que les Poufsouffles ne manquent peut-être pas autant d'intérêt qu'ils nous l'ont laissé croire pendant toutes ces années. »
Il eut à peine le temps de finir sa phrase qu'un jet de lumière rose s'échappa de l'extrémité de la baguette de la jeune fille. Il sauta derrière les fauteuils, armé de sa baguette. Il vit que James et Jordan partaient de l'autre côté de la salle, essayer les sorts qu'on venait de leur apprendre, et qu'ils devraient bientôt enseigner à de nouveaux membres de l'Ordre. En cet instant précis, il se désintéressa un peu de la lutte, pour concentrer toute son attention sur son amie, ou du moins celle qui était encore son amie quelques secondes plus tôt.

-« Accio fauteuil. » Dit-elle au moment où Sirius s'y attendait le moins. Le fauteuil, ce traître, obéissant au doigt et à l'œil de son adversaire, fut projeté vers le centre de la salle, du côté de la jeune fille. Préoccupée par le fauteuil, celle-ci n'entendit que la fin de ce que venait de dire Sirius.
-« … leviosa. »
Aussitôt, Clare se sentit happée par le plafond, pourtant très haut, de leur salle d'entraînement. Elle était suspendue par les pieds à quelques mètres aussi du sol, vexée de ne pas avoir réagi plus tôt.
-« Sirius…
-Mmh ?
-Sirius… Fais moi descendre.
-Te faire descendre ? Je sais pas.
-Sirius… » Dit Clare avec une voix pleine de reproches.
-« Je lève le sort, et je te ramène le plus doucement du monde sur terre si tu avoues que c'est à Gryffondor qu'on trouve les meilleurs.
-Ok, c'est à Gryffondor qu'on trouve les meilleurs… Abrutis. »
Si au début de la phrase, Clare était descendue de quelques centimètres, elle revint à la vitesse de l'éclair à la case départ quand Sirius en entendit la fin.
-« Plait-il ? » S'enquit le brun.
-« les Gryffondors sont presque aussi bien que les Pouffsoufles. Et c'est mon dernier mot, Sirius. »

Sirius leva le sort, mais ne fit aucun effort pour que la chute se fasse en douceur. Clare ne dut compter que sur sa baguette magique pour ne pas tomber tête la première, conséquence de sa fidélité à sa maison.
A peine avait-elle posé un pied par terre qu'elle prononça une nouvelle série de sorts en direction de son adversaire, qui, même s'il avait prévu cette réaction, eut toutes les peines du monde à l'éviter. Jusqu'au moment où Clare dit quelque chose comme « pluviosa », que Sirius n'avait jamais entendu prononcer. Il comprit vite de quoi il retournait : des gouttes d'eau très froide lui tombaient sur la tête, les épaules, et eut tôt fait de le tremper de la tête au pied. Il abaissa sa baguette.

-« Dis ? Tu m'arrêtes ce machin-là, c'est lassant à la fin.
-Dommage, on commençait juste à s'amuser. » Cependant, elle obtempéra, avant que le jeune homme ne s'enrhume.

-« Merci. Ca nous fait un partout pour aujourd'hui. Trêve de bavardages, on commence à réviser les sorts de la dernière fois ? »
Effectivement, Clare et Sirius rejoignirent les deux autres pour approfondir quelques uns de leurs nouveaux tours.

Jusqu'au moment où l'horloge installée au dessus de la porte s'avisa de sonner l'heure. Cette horloge était un cadeau de Dumbledore. S'il permettait tout à fait ses entraînements, il n'admettait pas que ses élèves puissent manquer des cours sous ce prétexte. L'horloge ensorcelée les rappelait donc régulièrement à l'ordre. Et là, ils ne pouvaient pas ne pas aller au cours de Potions pour les Gryffondors de septième année, Métamorphose pour Jordan, et au cours de Botanique pour la Poufsouffle.

Cette fois-ci pourtant, Sirius ne se dirigeait pas vers les cachots autant à reculons que d'habitude. Jordan Smith, tout à l'heure avait éveillé sa curiosité sur un point qu'il n'avait pas encore abordé.

Il s'installa sur une des tables du fond avec ses amis. De là, il avait une vue panoramique sur les Gryffondors comme sur les Serpentards. Slughorn entra, prêt à commencer son cours à la seconde prêt. Et commença dans le même temps à parler dans sa barbe d'une nouvelle potion qu'ils auraient à exécuter dans la semaine. Déjà, Sirius avait décroché, et observait ses camarades.

Lily et Eileen étaient installées devant eux. Sur leur gauche, il y avait quelques Serpentards. Remedios Listerdale était encore assise à côté de cet imbécile de Grams.
Ce n'était pas ce petit homme blond qui intéressait Sirius, mais bien sa voisine, la « magnifique » Listerdale dont avait parlé Jordan.
C'est alors que pour la première fois depuis presque sept ans, Sirius observa l'une des Serpentardes les plus populaires de sa maison. Pourtant, elle n'était pas une inconnue pour lui, surtout depuis cette année, mais aussi surprenant que ça lui paraisse aujourd'hui, il n'avait pas encore pris cette peine-là.
Sirius eut tôt fait de constater que Jordan n'avait certainement pas tort. Remedios Listerdale était une jeune fille grande. Même assise, elle dépassait cet imbécile de Grams. On pouvait voir, de là où était Black, qu'elle était fine, même si la robe de sorcière cachait la délicatesse de sa taille. Elle avait de longs cheveux noirs, ondulés, qui tombaient sur son dos. Son visage, tourné vers le Professeur Slughorn, ne montrait qu'une impassibilité toute serpentarde. Ses yeux, bruns, trahissaient toutefois un certain ennui. Sirius aurait juré que cette fille n'écoutait absolument pas le cours de Potions, mais était bien plus loin, du moins en pensée, que les cachots de Poudlard.

Après avoir observé Remedios de manière générale, il s'attacha aux détails : l'incroyable rougeur de ses lèvres, la longueur élégante de ses doigts, la grâce de ses gestes, le mat de sa peau, le noir de ses cils, ou encore la beauté d'un de ses pieds, qui dépassaient de son ample robe.

A la suite de cet examen particulièrement minutieux, Sirius Black se rendit à l'évidence. Il n'avait jamais constaté que la Serpentarde était l'une des filles les plus belles qu'il n'ait jamais rencontrée. Elle était peut-être très hautaine, très insupportable, très méprisante, mais elle attirait l'œil, indéniablement.
C'est à ce moment-là, et seulement à ce moment-là, que Sirius se rendit compte que Remedios Listerdale était très observée, et pas uniquement par lui. Il constatait en effet que Lucius Malefoy ne la quittait pas des yeux. Sans savoir pourquoi, il en fut choqué. Il se retint pour ne pas se lever et pour forcer Malefoy à regarder ailleurs. Qu'avait-il donc à la dévisager de manière aussi indécente ? Il n'avait jamais vu une fille en vrai ? Et elle, pourquoi se laissait-elle regarder de cette manière ? Ca n'avait rien de convenable tout ça.

A cet instant, Sirius reçut un coup de coude particulièrement bien senti dans les côtes. Il allait engueuler in petto l'auteur de ce forfait quand il entendit enfin :
-« Puisque vous n'êtes pas capable de suivre mon cours, Monsieur Black, ne comptez pas sur moi pour vous faire gagner la coupe des Maisons : trente points de moins pour Gryffondor ! » Annonça le Professeur Slughorn d'une voix sans appel.

-« Qu'est-ce que tu fous Patmol ? » Lança James. « Tu penses qu'on a autant de points de marge que ça par rapport aux Serdaigles ? Tu le fais exprès ou quoi ? Ca faisait deux plombes qu'il te fixait !
-Désolé, Cornedrue. »
Il n'en rajouta pas plus puisque le Professeur le regardait avec un air suspicieux. Fermement motivé à l'idée de faire gagner la coupe à sa maison, même en cette année agitée, il entreprit d'écouter Slughorn, ou du moins de faire semblant, ce qui eut l'air de fonctionner. Le Professeur revenait calmement vers son estrade.
Sitôt le dos tourné, Sirius reporta son regard vers Remedios. Leurs yeux se rencontrèrent. Sans que Sirius ne put définir si elle voulait faire passer un message, et si oui, lequel, elle revint à ses parchemins. Et lui à sa contemplation. Il acceptait toujours mal de devoir partager cette minutieuse observation avec un Malefoy, mais souhaitait malgré tout en profiter jusqu'à ce que l'horloge veuille bien indiquer la fin du cours.
Ce qui l'impressionnait surtout dans sa contemplation, c'était l'espèce d'exception naturelle qui se dégageait de l'attitude de la sorcière. Même en ne lui adressant pas la parole, cette jeune brune sortait de l'ordinaire. Sirius se refusait à analyser cela comme une quelconque supériorité, et il avait raison. Ce que Remedios était, c'était une extraordinaire spécificité : la manière de se tenir, de se comporter… Cette fille-là semblait désespérément marginale. Et Sirius se trouvait bien ordinaire à côté de ce qu'il voyait.

Soudain, il la vit se lever.
-« Sirius !
-Hum ?
-T'as décidé de camper là pour la soirée ?
-Hum ?
-Bon, nous, on y va, tu nous rejoins dans la grande salle quand Sa Majesté Black daignera enfin communiquer avec autre chose que des petits bruits indistincts. » Dit James.
En joignant le geste à la parole, il prit ses affaires, et suivi Peter, Remus, et quelques autres dans le couloir.

Sirius regarda enfin autour de lui. Le cours était terminé. Il ne restait plus que quelques personnes dans la salle. Il entreprit de ranger les affaires qui ne lui avaient servies strictement à rien pendant ce cours de Potions, dans son sac.

-« Black ? » Demanda une voix au-dessus de lui.
Sirius leva les yeux, c'était Remedios. Un rapide coup d'œil dans le reste de la salle lui permit de comprendre qu'ils n'étaient plus que tous les deux. La jeune fille semblait d'ailleurs avoir pris la précaution de fermer la porte.
-«Listerdale ? Que me vaut l'honneur ?
-La curiosité.
-A propos de quoi ?
-De toi.
-Tu peux m'en dire plus où tu as l'intention de ne plus parler que par groupe de deux mots au plus ?
-L'idée est tentante, néanmoins pour plus de compréhension, je m'en vais faire des vraies phrases. Remarque, je ne sais pas bien si tu comprendras mieux.
-Essaye toujours.
-Je n'ai pas pu m'empêcher de constater que…
-J'écoute…
-De constater que tu me regardais pendant tout le cours. Tu avais quelque chose à me dire ? J'ai trouvé ça... surprenant.
-Et Malefoy ?
-Lucius ?
-C'est pareil.
-Disons que venant de Lucius, ça n'a rien de surprenant.
-Et sinon t'as des nouvelles de Voldemort ? »
Sirius changeait de sujet, ne cherchant même pas à dissimuler ça sous de la rhétorique. Remedios, toujours impassible, n'insista pas, et répondit.
-« Pas plus que d'habitude. Depuis, Londres, c'est un peu l'effervescence chez lui : il y a du monde partout. Il est en train de se reformer une armée de Mangemorts, parce qu'après la déroute de la dernière fois, et surtout l'humiliation qu'il a ressentie, je le crois plus motivé que jamais pour massacrer du sorcier. Il va falloir faire vraiment attention, surtout que la prochaine sortie, il ne préviendra peut-être pas ceux, qui, comme moi, n'y participent pas.
-T'as aucune idée de quand ça pourrait arriver, cette prochaine sortie ?
-Aucune, et c'est pas faute de lui demander, encore et encore. »

Sirius parut étonné de cette dernière déclaration. Le Mage et la jeune fille étaient plus proches qu'il ne se l'était imaginé.

-« Et alors ? Il est sympa ?
-Quoi ?
-Non rien. » Bredouilla-t-il, craignant de la vexer.
-« Et toi ? » Reprit Remedios en faisant semblant de ne pas avoir entendu. « T'en es où avec l'Ordre ? Il parait que vous avez créé des réunions d'enseignement, recherche, et médicales. Inutile de te demander où tu t'es inscrit. »
Sirius sourit à cette affirmation.
-« C'est passionnant. On apprend plein de trucs qui ne sont pas enseignés à Poudlard, mais très utiles. Il faudrait que tu viennes à un de nos entraînements un de ces quatre !
-T'as pas quelque chose de plus idiot à proposer ? » Répondit-elle froidement. « Et si on me voyait avec vous ? Je te rappelle qu'il y a comme une incompatibilité d'humeur entre Voldy et l'Ordre.
-Attends, t'as quand même pas Voldemort dans le dos toute la journée, non ?
-Je ne l'ai peut-être pas lui sur le dos toute la journée, mais j'ai Lucius, sur le dos toute la journée, et quelques autres. Déjà qu'ils m'embêtent quand je disparais quelques minutes, je n'ose même pas imaginer leur réaction si je disparaissais pendant un peu plus longtemps.
-Sans déconner ? C'est insupportable !
-Pas plus que de parler avec un Gryffondor qui semble avoir un pois chiche en pleine période de sécheresse à la place du cerveau. »

Black se retourna sur lui-même pour faire croire que la remarque de la Serpentarde s'adressait à quelqu'un derrière lui, réussissant, chose miraculeuse s'il en est, à la faire rire.
Et quand elle riait, elle était charmante.

-« D'ailleurs, » reprit-elle, « je vais aller les retrouver, sinon je vais passer la soirée à leur expliquer ce que j'ai fait dans la salle de Potions pendant autant de temps.
-T'appelle ça des amis ? Je dirais plutôt cerbères.
-C'est plus compliqué que ça. Ca doit être incompréhensible pour un Gryffondor, mais il existe un concept qu'on appelle la nuance.
-La quoi ? » Dit Sirius entrant dans son jeu.

Remedios Listerdale regroupa ses affaires, et se dirigea vers la porte. Avant de lever les sorts qui fermaient et insonorisaient la pièce, elle se tourna vers lui.

-« Au fait, tu ne m'as pas dit pourquoi tu as passé tous le cours de Potions à me dévisager. »

Sirius hésita une seconde à lui répondre. Il avait peine à admettre ce qu'il avait constaté pendant ce cours de Potions. Mais il se fit la réflexion, qu'après tout, tout cela n'était qu'un constat objectif, que ça ne l'engageait à rien.
-« Alors ? » Relança-t-elle.
-« T'es belle, Meme. » Dit le Gryffondor simplement.

Elle était surprise, gênée presque, quand elle sortit de la salle.
S'il l'avait déjà appelé « ma belle », ça n'avait rien à voir avec ce qu'il venait de dire là. Il y aurait eu de quoi se sentir vraiment flattée. Néanmoins Remedios n'était pas du genre à accepter les compliments. Quelques mètres plus loin dans le couloir, elle était redevenue impassible, son beau visage n'inspirant que du calme.

Ce n'était pas du tout le cas de Sirius qui se disait en cet instant même :
-« Eh merde, elle est sympa en plus. »

Abattu par la nouvelle, il sortit à son tour des cachots pour retrouver ses amis dans la grande salle. Il s'efforça de ne pas porter le regard une seule fois vers la table des Serpentards. Ce fut plus dur qu'il ne le pensait. Heureusement, ses amis avaient la ferme intention de ne pas le laisser sur la lune plus longtemps.

-« Ah ! Tu tombes bien Sirius ! » S'exclama Remus quand il vit son ami s'asseoir à ses côtés. « On était justement en train de comparer la vitesse des derniers balais.
-Oui, parce que j'ai beau être celui qui s'y connaît le plus dans ce domaine, » ajouta James, « les autres ne veulent pas me croire quand je leur dis que ce sont les balais Fulgor 200 qui vont le plus vite.
-Uniquement en piqué ! » Intervint Peter. « En montée, c'est comme s'ils reculaient. Regarde Farfadelle Dentry, dans le dernier match, tu vas quand même pas me dire qu'elle allait plus vite que Emily Sol avec son Nimbus !
-Mais évidement que Farfadelle allait plus vite ! » S'écria Lena Langrova qui s'engagea dans la conversation. « D'ailleurs ça a failli nous faire perdre des poings !
-Quelle mauvaise foi ! » Ajouta Arthur Jones à l'intention de Lena. « Il est bien évident que Les Nimbus sont beaucoup plus rapides. C'est facile, on a à peine décollé avec un Fulgor 200, que le Nimbus est déjà de l'autre côté du terrain de Quidditch. Regardez la différence de prix ! C'est bien pour quelque chose que le Nimbus est plus cher, non ?
-Alors là, ça veut rien dire ! » S'exclama Lily Evans. « Moi, j'ai un Fulgor 200, et pour avoir essayé quelque fois le Nimbus, il n'y a pas comparaison. Le Nimbus est plus cher, mais on se demande vraiment pour quoi.
-Surtout que le Fulgor est quand même plus joli d'apparence. » Dit Eileen Connelly.
A cette affirmation, tout le monde approuva, sous le regard satisfait de James.
-« Il est plus beau, mais il sert à rien dans les montées. » Dit Remus Lupin d'une voix calme qui contrastait avec les prises de postions virulentes de ses amis. « Moi aussi, j'ai un Fulgor, et j'ai l'impression d'aller plus vite à pied qu'avec mon balai.
-« Mais t'as quelle édition de balai ? » Demanda Sirius.
-« Bonne question, parce que le Fulgor 100, il est vraiment bon pour la poubelle. » Fit remarquer Jordan Smith, sans laisser à Remus la possibilité de répondre à la question.
-« Moi, j'ai le 100, et je confirme. Je ne peux même pas passer les épreuves de qualification avec un balai pareil. » Dit Orion Swan, un élève de deuxième année.
-« S'il n'y avait que ça, on pourrait t'en prêter un ! » Dit James toujours intéressé par de nouvelles recrues. « Parce que c'est vrai que le 100, il est vraiment minable. Rien à voir avec le 200 !
-A quoi ça sert d'aller si vite ? » Demanda Lyre Lovegood, un sixième année toujours dans la lune. Sa réflexion fit rire.
-« C'est vrai que la question est pertinente. » Confirma James.
Sirius, repoussant de cette manière l'envie qui le démangeait de se tourner vers la table des Serpentard, intervint.
-« Franchement, à mon avis. Les deux balais sont bien. Après, ça dépend de ce qu'on en fait.
-Oui, le Fulgor, il est bien pour se promener le week-end quand on n'a pas trop de route, mais pour le Quidditch, c'est Nimbus ! » Dit Arthur Jones.
-« Mais non. Le Fulgor 200, parce que c'est vrai que le 100, il est un peu pourri quand même, il est très maniable. Et c'est vrai que le Nimbus, en montée, il est plus rapide. Personnellement, je préfère le Fulgor parce qu'il est tellement souple, et tellement réactif qu'on a l'impression d'aller plus vite. »

La remarque de Black sembla d'abord concilier les positions. Mais rapidement, les esprits s'échauffèrent de nouveau, surtout quand à la fin du repas, des élèves d'autres maisons vinrent se joindre aux Gryffondor. Pendant ce temps, le brun était retourné à ses pensées, et fixait désespérément ses mains.
En temps ordinaire, il aurait pris plus part à la conversation, il aurait même été au centre des débats. Mais ce soir-là, il était ailleurs. Il voulait penser à autre chose qu'à Listerdale, Malefoy, ou Voldemort.
Rien à faire, il revenait sans cesse à eux.
Il se leva tôt de table, laissant là le débat sur la vitesse des balais, pour se précipiter vers sa pensine, un cadeau bien utile de James.

Dans le dortoir, il sortit la bassine argentée, et en sortit des filaments argentés. Il ne se servait que très peu de cette pensine, ça n'était pas dans son caractère que de fuir les problèmes ou les obsessions. Ce soir-là, pourtant, il voulait plus que tout trouver le calme. Et il savait très bien que c'était la dernière chose qu'il trouverait auprès de ses amis.

Le lendemain matin, très tôt, les montres de James et Sirius indiquaient l'heure et le lieu d'un nouveau rendez-vous des réunions parallèles de l'Ordre du Phénix.
Les deux garçons étaient, comme toujours quand ils apprenaient ce genre de nouvelles, très enthousiastes. La journée commença donc en fanfare avec une bataille mémorable de polochons, sous prétexte d'entraînement au duel en l'absence de toute magie.
-« Sirius ! Derrière toi ! ». Le concerné se baissa vivement pour éviter l'oreiller de Remus, qui l'avait pris en traître.
-« Ma vengeance sera terrible ! » Annonça-t-il d'une voix menaçante, en brandissant vers le responsable son traversin.
-« Arrête-toi tout de suite ! » Supplia Remus. « Arrête ou sinon… » Il se précipita vers James et le retint par les épaules. « Ou je prends Potter en otage !
-« Non ! Tu peux pas faire ça ! » S'écria Sirius.
-« Et pourquoi ? » Demanda Remus l'air conquérant tenant toujours fermement James contre lui.
Celui-ci se débattait bien, mais c'était sans compter sur l'extraordinaire force de son ravisseur, et néanmoins ami.
-« Parce que je suis ton père, Remus ! » Répondit Sirius.
-« Papa ? » Lupin relâcha son étreinte, James s'échappa aussitôt. « Papa ? C'est bien toi ? »
-« Nous avons tellement de choses à rattraper, mon petit ! »

Alors que Lupin et Black, hilares, se prenaient dans les bras dans des effusions familiales, Potter et Pettigrow s'approchaient dangereusement avec des coussins. Coussins qui s'abattirent sur leurs cibles, sans que les concernés n'aient eu le temps de réagir.
Un peu abasourdis, ils se relevèrent rapidement, Remus en profitant pour faire un croche-pied à Peter, non loin de lui. Ils étaient en train de se lancer des ultimatums, armés chacun d'oreillers, quand Jordan Smith débarqua dans le dortoir. Comprenant rapidement la situation, il prit garde à rester éloigné des Maraudeurs, et saisit un coussin qui traînait par là.

-« Vous avez vu ? Il y a réunion ce soir !
-Oui, on sait. On s'y prépare d'ailleurs ! » Répondit James, sérieusement.
-« Ce te dit de te joindre à nous ? » Proposa Peter.
-« Ce serait volontiers, mais ma journée ne commence pas avant le petit-déjeuner, et mon estomac crie famine. »
-« Famine ! » Crièrent les Maraudeurs dans une interprétation littérale de la faim de Jordan.

Remus abaissa le premier son arme, ou du moins ce qu'il faisait passer pour, et suivit Jordan dans l'escalier. Les trois autres le rejoignirent, après avoir constaté qu'il était largement temps de gagner la salle commune s'ils voulaient manger ce matin.

Le reste de journée fut occupée par les Maraudeur en général, et James et Sirius en particulier, par l'anticipation de ce qui allait se passer le soir. Ce qu'ils aimaient dans ces réunions, c'était déjà qu'on y apprenait beaucoup. Des choses utiles qu'ils devaient suffisamment comprendre pour être capable de l'enseigner quelques semaines, voire quelques jours plus tard. Les deux jeunes sorciers étaient très enthousiastes à cette idée, et se voyaient déjà comme les Professeurs de Poudlard.

Enfin, le soir, et avec lui l'heure du rendez-vous, arrivèrent.

Clare, Jordan, Sirius, et James se rendirent auprès du Portoloin qui devait les conduire au lieu de rencontre. Quelques millièmes de secondes plus tard, ils étaient entourés d'une dizaine de sorciers.
Firus Lonroth, auror de son état, qui dirigeait les séances, commençait, il n'y avait pas une seconde à perdre.
-« Bonsoir à tous ! Ce soir, je vous propose d'apprendre un nouveau sortilège que notre groupe de recherche a retrouvé. Il s'agit d'un très vieux sortilège que tout le monde avait oublié, mais ma foi, fort utile. Je vous propose donc, pour ce soir, de vous entraîner à pratiquer le « passemur ». En terme de stratégie de défense, il pourra vous être de toute première importance, et ce n'est pas non plus dénué de tout intérêt au moment de l'attaque. Petite démonstration. » Firus Lonroth tendit sa baguette vers lui. Après avoir prononcé les mots magiques, il devint soudainement plus… Transparent. Il se dirigea alors vers le mur d'un pas énergique, et le traversa, sans un bruit. Quelques secondes plus tard, il était de retour dans la salle d'entraînement et avait repris ses couleurs normales.

-« Ah ouais quand même ! » Ne put s'empêcher de dire Jordan Smith, sous les hochements de tête des autres sorciers présents.

-« Tous les avantages des fantômes tout en étant bien vivant… Je sais pas vous, mais moi j'adore ! » Compléta Firus.
Les autres avaient l'air d'accord. Ils entreprirent immédiatement de pratiquer le sort. Un sortilège pas si facile qu'il en avait l'air. Il fallut pas moins d'une heure à Clare, James, Sirius, Jordan, et les autres, pour en venir définitivement à bout.

Comme il restait un peu de temps, ils firent quelques séances de duel.
Sirius impressionnait par son ingéniosité, Jordan par son culot, James par ses compétences, et Clare par la logique implacable qui lui permettait de se sortir de presque toutes les situations. Les élèves de Poudlard étaient largement à la hauteur, et leur motivation ne faiblissait pas.
L'heure de la fin de la réunion arriva.

-« A moins que vous n'ayez des questions sur ce qu'on a fait aujourd'hui, je crois qu'il est temps que nous nous quittions. Juste un mot toutefois : on vous affectera bientôt des groupes. Il faudra que vous leur enseigniez ce que nous avons appris ici ou ce que vous avez appris par ailleurs. Votre programme dépendra de l'urgence, et des demandes de vos partenaires. Un détail : vous serez affecté à vos groupes par équipe de deux, en tout cas au début. Vous êtes évidement entièrement libre pour constituer les équipes. Vous serez prévenu du prochain entraînement par la voie habituelle, ainsi que de votre affectation. Voilà, je crois que c'est à peu près tout. Bonne fin de soirée à tous, et à bientôt. »

Les sorciers échangèrent quelques mots entre eux, et transplanèrent ou se dirigèrent vers les Portoloin.

Mine de rien, la nouvelle de faire les entraînements à deux avaient soulagé l'angoisse des jeunes élèves de Poudlard. S'ils n'avaient certainement pas à rougir de leurs prestations, il y avait une marge entre apprendre et enseigner. Le fait d'être à deux les rassurait complètement. C'est donc d'un pas allègre qu'il se dirigeait vers le hall de leur grande école.

-« C'est marrant quand même ce 'passemur' ! » Fit remarquer Sirius qui ne prit même pas la peine d'ouvrir la gigantesque porte de Poudlard.
-« Ah ça ! Il faudra raconter ça à Remus et Lily, ça va leur plaire. » Dit James en le suivant.
-« Dites ? Avant qu'on oublie tout à fait, on n'a pas fait de groupes. » S'exclama Jordan.

Dans le hall, ils se décidèrent pour la combinaison qui leur paraissait la plus équilibrée. Il ne faisait pas de doute, pour eux quatre, qu'il fallait allier dans chaque groupe le sérieux et la créativité. Sirius, même s'il hurla de rire en entendant James entrer dans première catégorie, admis la logique qui voulait que Jordan et James fissent équipe ensemble, tandis que Clare et lui constitueraient le deuxième groupe. Les jeunes gens, après un dernier sort de « crocenjambe » en direction de Jordan quittèrent Clare, et rejoignirent la salle commune.

-« Quel charmeur ! » S'écria James quant il vit qu'ils ne restaient que Remus et Peter dans la salle.
-« De qui tu parles ? » Demanda Peter sans lever les yeux du journal « 100% Quidditch ».
-« De Sirius évidement ! »
Tous les yeux se tournèrent vers James, y compris ceux du principal intéressé, visiblement très surpris.
-« Allez, James, raconte ! » Supplia Remus, devançant là Peter, Sirius, et Jordan.
-« Oui, raconte, mon chéri, de quoi tu parles ? » Demanda Sirius toujours aussi intrigué, et alors que James ne paraissait pas pressé de répondre à ses amis.
-« Tu vas faire équipe avec Clare ! T'auras le temps de conclure avec elle avant la fin de l'année !
-En voilà une bonne nouvelle ! » Ajouta Peter. « On commençait à désespérer de toi, tu nous avais habitué à mieux !
-Clare et Sirius… C'est vrai que ça sonne bien. » Compléta Jordan, malgré le regard meurtrier que le brun lui lança.
-« Sans déconner, les mecs, là, vous êtes lourds. » Se défendit enfin Sirius.
-« Allez, franchement, t'as jamais pensé qu'elle pourrait te plaire ? » Demanda sérieusement Remus.
-« Non. » Répondit Sirius avec franchise. « Maintenant que vous le dites… Il est vrai que potentiellement, elle pourrait me plaire. »
Il répondait ça plus pour faire plaisir à ses amis que par réelle conviction. Il n'avait jamais pensé que Clare puisse lui plaire et qu'il pourrait lui plaire.
-« Elle est jolie, sympa… » Reconnut Remus.
-« En plus, elle s'entend bien avec nous ! » Dit Peter. « Et ça, c'est la meilleure des qualités qu'on puisse lui reconnaître.
-« Le meilleur gage de qualité ! » Insista James.
-« Oui, bon ok, j'ai compris ! Lâchez-moi maintenant ! » Sirius s'affala dans le fond d'un des fauteuils. Il entendait bien que plus personne ne lui parle de ça de la soirée. Heureusement, la soirée était assez avancée, les Maraudeurs et Jordan ne tardèrent pas à aller se coucher.

Quelques jours plus tard, alors que Sirius était de nouveau plongé dans la contemplation de la chevelure brune ondulée de Remedios, Clare, assise à côté de lui, et le jeune homme reçurent en même temps un message de l'Ordre.
La montre indiquait qu'ils animeraient leur première réunion le soir-même, chez Madame Cyprée Stevens, résidente de Pré-Au-Lard, et membre de l'Ordre du Phoenix. Sirius comme Clare affichait son contentement de voir qu'ils pourraient passer à ce qui les enthousiasmait le plus ces derniers temps. Ils eurent beaucoup de mal à suivre la fin du cours de Métamorphose appliquée, malgré les quelques rappels à l'ordre de Monsieur Thornford.

L'ordre de mission de James et Jordan arriva en même temps. Et les quatre jeunes-gens, une fois tous réunis dans la grande salle, eurent toutes les peines du monde à tenter de cacher la surexcitation qui les gagnait.
Ils avaient en ce moment la sensation d'être utiles, enfin, à l'Ordre, à la cause qu'ils voulaient tous défendre ardemment. Ce n'était plus des mots ou de la simple bonne volonté, ils aidaient concrètement à l'organisation de l'Ordre. Ca les ravissait.

A cause de la proximité du lieu de leur réunion, Sirius, et Clare empruntèrent non pas un Portoloin, mais l'un des passages secrets de leur école pour se rendre chez Madame Cyprée Stevens, ce fameux membre de l'Ordre qui habitait Pré-Au-Lard.

En fait, elle habitait un peu en dehors du village.
Sur une route plus ou moins laissée à l'abandon, tout à fait au bout, se dressait un immense manoir, qui n'avait, a priori, rien d'engageant : des herbes hautes cachaient presque le perron, la pierre avait noirci avec le temps, les volets étaient fermés. A dire vrai, si Clare Dame et Sirius Black ne savait pas que Cyprée Stevens habitait là, jamais ils n'auraient pensé qu'il pourrait trouver quelqu'un par ici. Ils s'approchèrent, pas tout fait rassurés quand même, de la porte d'entrée. Ils n'eurent pas même le temps de se manifester que déjà la porte s'ouvrait sur eux. Ils entrèrent.

Ils entrèrent dans une salle chaude, richement décorée de tapisserie rouge, très éclairée par de magnifiques lustres, qui donnait sur un immense escalier. Une femme assez âgée, avec de l'embonpoint, et une bonhomie de grand-mère gâteau, leur tendit la main.
-« Clare Dame ? Sirius Black ?
-Oui ? » Répondirent les concernés à l'unisson.
-« Bonsoir, je suis Cyprée Stevens, et je suis tout à fait ravie de vous accueillir dans ma modeste demeure. »
Elle se retourna pour leur montrer le chemin. Clare en profita pour chuchoter à son ami :
-« Moi aussi, je voudrais une modeste demeure comme ça ! »
Il est vrai que l'adjectif employé par Cyprée Stevens ne convenait pas parfaitement avec ce que les deux jeunes gens avaient sous les yeux : un décor superbe, riche, chaud, grand, des escaliers majestueux, des tapisseries colorées, des tableaux dont les personnages observaient avec détail les nouveaux arrivés… De l'aspect extérieur du manoir rien n'avait laissé présager cela. Ils atteignirent enfin, après maints couloirs et escaliers, une salle totalement fermée, très grande, avec un plafond en voûte très haut : une pièce idéale pour ce qu'ils venaient y faire.

Quelques sorciers étaient déjà là, d'autres ne tardèrent pas à arriver. Ils étaient en tout une grosse vingtaine. Sirius prit le premier la parole, ravi d'être écouté.

-« Bonsoir à tous. Avant toute chose, je me présente, je suis Sirius Black. »
Quand ils entendirent son nom, les personnes présentes, aussi bien femme que homme, et quelque soit leur âge, échangèrent quelques mots avec leurs voisins. Il faut dire qu'ils s'attendaient à beaucoup de chose en arrivant ici, mais peut-être pas à tomber sur un représentant de la famille Black. Pourtant, s'il faisait partie de l'Ordre du Phénix, et effectivement certains se souvenaient de l'avoir déjà vu, il devait être digne de confiance. Le brouhaha cessa de lui-même. Clare poursuivit :

-« A mon tour, je m'appelle Clare Dame. Nous sommes tous les deux chargés par l'Ordre de vous indiquer quelques stratégies de défense ou d'attaque qui pourraient vous être utiles en cas de duels.
-Comme vous avez pu voir pour certains d'entre vous à Londres, » continua Sirius, « les Mangemorts sont très bien entraînés, il faut donc que nous soyons à la hauteur. Alors n'hésitez pas à nous dire ce que vous voulez apprendre, n'hésitez pas à nous poser des questions, et surtout n'hésitez pas à nous confier vos craintes.
-Je vous propose donc de commencer dès maintenant : nous n'avons pas beaucoup de temps. » Dit Clare.

Cela lança le début de la séance qui fut toute occupée aux différents sortilèges de désarmement. Mise à part le très célèbre « expelliarmus », il existait toute sorte de variantes, aussi utiles les unes que les autres, mais beaucoup moins utilisées. Ils en firent un inventaire, complété par Clare et Sirius, fraîchement formés sur la question.

Les sorciers présents étaient de niveau tout à fait variable. Pour certains d'entre eux, les écoles de Magie étaient loin derrière eux, et les acquis scolaires avaient été en partie oubliés. Pour d'autres, au contraire, ce n'était qu'un approfondissement de ce qu'ils connaissaient déjà.
A la fin de la réunion, tout le monde s'accordait à dire qu'ils n'avaient pas perdu leur temps. En sortant de la salle, ils commentaient les techniques, comparaient leur efficacité, et leur faisabilité en cas d'urgence. Puis, ils partirent tous en transplanant.

Bientôt, il ne restât plus que Cyprée Stevens, et les deux élèves de Poudlard.
Madame Stevens ne ressemblait pas à une grand-mère gâteau pour rien : elle les engagea à boire un thé autour de merveilleux cookies. Jamais Sirius ne refusait ce genre d'invitation, et Clare non plus. Ils ne partirent donc du manoir que plus tard.

Il n'y avait plus personne dans les rues de Pré-Au-Lard. C'était une bonne chose : ils se porteraient d'autant mieux que personne ne les reconnaîtrait.
Dame et Black parlaient de leur soirée avec un certain enthousiasme : ça avait été exactement comme ils l'avaient imaginée.
Ils parlèrent tellement qu'ils n'en revinrent pas d'être rentré si vite à Poudlard. Pourtant, ils étaient bien devant le tableau du lutin du quatrième étage bis, entrée du passage secret.

-« Bon, j'imagine qu'il ne me reste plus qu'à te souhaiter une bonne soirée. » En conclut Sirius.
-« Alors bonne soirée, Gryffondor !
-A toi aussi, Poufsouffle. »

Sortant du passage secret, ils étaient soudainement tous les deux très proches.
Sans que Sirius n'ait pu penser à quelque chose, ou n'ai pu dire quelque chose, il sentit les lèvres de Clare se poser sur les siennes. Elles étaient chaudes, elles étaient douces.
Il l'entoura de ses bras, et répondit à son baiser.