On fait un petit blind test sur la chanson d'où j'ai tiré le nom de ce chapitre là ?

Chapitre 10
Elle a su simplement enfermer son coeur

-« Nan ! C'est pas vrai !
-J'vous l'avais dit les mecs ! Souvenez-vous, j'avais dit, pas plus de deux semaines, ça leur prendra !
-T'as bien caché ton jeu !
-Quand même, j'ai presque eu un doute à un moment.
-Ah non, pas moi : c'était trop couru d'avance.
-Et ça s'est passé comment alors ? »
James voulait avoir les détails, mais Sirius ne semblait pas très enthousiasmé à l'idée de raconter à ses amis comment il en était venu à leur annoncer qu'il était probable, que selon toute éventualité, ils pouvaient considérer que Clare et lui étaient ensemble. Mais ça voulait dire quoi au juste, être ensemble ? C'est vrai qu'il était bien avec elle. Et puis, il s'était toujours bien senti avec elle. Et ça semblait réciproque. Bref, en ce moment Sirius, était serein, tout allait bien. Sauf ses amis, qui, s'ils continuaient comme ça, finiraient par vraiment être lourds.
-« Sans déconner, ça s'est passé comment ?
-t'es pas obligé d'entrer dans les détails, dis-nous juste quand.
-Hier soir, en rentrant de Pré-Au-Lard. » Finit enfin par lâcher le jeune homme.
-« Tiens, j'aurais pensé que c'était dès l'aller, moi.
-Non, sur le chemin du retour, c'est mieux, c'est plus romantique. » Intervint Lily.
-« T'es au courant ? » Demanda Sirius à la jeune fille, surpris.
-« Tu rigoles ? Mais c'est pas seulement moi qui suis au courant, c'est toute l'école ! C'est bien simple, depuis ce matin, on entend parler que de toi et de Clare ! » Répondit-elle en s'installant sur la pelouse près des garçons. « Entre nous, très franchement, je crois que si tu voulais rester discret, il ne fallait surtout pas en parler à Potter ! »

Le susnommé Potter prit un air indigné, et se récria. Jusqu'au moment où les charges pesant sur lui étant trop lourdes, il finit par avouer.

Puis, Clare Dame arriva.
-« Salut tout le monde. »
Elle reçut en guise de réponse un petit ricanement de la part de James, et un salut cordial, et amusé, des autres. Ils n'eurent pas plus le temps que ça de discuter avec elle, Sirius se leva alors, et la prenant par le bras, l'écarta du petit groupe.

Dès qu'ils furent un peu plus loin, près du lac, ils s'assirent par terre, Clare dans les bras de Sirius.
-« Enfin tranquilles ! » S'exclama le jeune homme en embrassant sa compagne.
-« Qu'est-ce qu'il y a ? » Demanda-t-elle, voyant bien que quelque chose l'avait contrarié.
-« Rien du tout. Ah au fait, je suis désolé, mais c'est ma faute si toute l'école est au courant qu'on est ensemble. J'en ai parlé à James. Tu le connais, il ne lui a pas fallu quelques minutes avant de commenter l'événement avec l'ensemble des habitants de ce château. Ca me fait comprendre soudainement pour quoi McGonagall paraissait si jalouse quand je l'ai croisée ce matin !
-C'était pas de la jalousie, c'était de l'incompréhension !
-T'es sûre ? Ca m'étonne quand même, parce que j'avais cru voir des photos géantes de moi dans la réserve de Métamorphose... Enfin bref, tout le monde est au courant, alors que t'avais pas forcément envie…
-Je t'arrête tout de suite, ça m'est complètement égal. En plus, avec toi, je me doutais.
-Avec moi ?
-Tout le monde ne parle que de toi et de tes amis dans cette école ! Tu es peut-être le dernier à la savoir ! Alors évidement, de temps en temps, vous vous faites piquer la vedette par d'autres, en particulier les Listerdale, Rogue, Malefoy, et consorts, mais en général, on ne parle que de vous.
-Naturellement… Nous sommes un vrai exemple à suivre. »

En fait, Sirius savait très bien que ça ne dérangerait certainement pas quelqu'un de décidé et de franc comme Clare que leur toute nouvelle relation soit rendue publique. Au départ, il pensait, avec cette conversation, être juste poli. En rentrant dans le château, le soir approchant, il se dit que finalement, c'était peut-être lui que ça dérangeait toute cette publicité.

En tout cas, quand il entra, au bras de Clare, dans le grande salle, tous les regards se tournèrent vers eux, jusqu'au moment où elle partit vers la table Poufsouffle, et lui vers les Gryffondors.

-« Si on parle une seule fois de Clare ce soir, je fais un malheur, alors attention ! » Prevint Sirius en s'asseyant. Ses amis, semblant pour une fois plein de tacts, n'insistèrent pas.
-« James ? Tu ne nous as toujours pas raconté comment c'était ta soirée d'hier. » Remarqua Peter, discrètement.
Après quelques secondes de réflexion pour se remémorer ce qu'il avait fait la veille au soir, laissant ainsi penser qu'il avait un emploi du temps très chargé, il raconta enfin, tout aussi discrètement.
-« Avec Jordan, on a pris le Portoloin pour l'Ecosse.
-L'Ecosse, waouw ! » S'exlama Peter.
-« Je peux te dire qu'on n'a pas vraiment eu le temps de visiter ! Donc, on a pris le Portoloin sécurisé, et on est arrivé dans une espèce de gymnase très grand, largement suffisant pour la dizaine de personnes présentes. Tout âge confondu, toutes professions aussi. En tout cas, des gens sympathiques, concernés, et attentifs ! J'irais même jusqu'à dire qu'on s'est bien amusé. Malheureusement, Jordan ne m'a pas embrassé quand on est rentré à Poudlard…
-James ! » Dit Sirius d'un ton menaçant.
-« Quoi ? » Demanda-t-il feignant l'innocence même.
-« Avec les autres, on a trouvé un sort. Bon, ok, ça demande de la préparation, mais vous allez adorer ! » Dit Remus dans le but avoué de changer de conversation.
-« vas-y raconte !
-C'est un vieux truc utilisé par les confréries sorcières d'Argentine au milieu du XIIème siècle.
-Et si tu nous passais les détails ?
-Ca sert à créer des passages souterrain en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
-A quoi ? » S'écrièrent les garçons.
-« A creuser des passages souterrain en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
-Ca d'accord, on avait compris ! » Répondit James vexé. « Mais comment on fait ? »
-C'est un vieux sort, difficilement prononçable, surtout qu'on a perdu sa trace…
-Mais le sort de force ne marche pas pour creuser ? » Demanda Peter, surpris.
-Enfin, Peter, tu ne te souviens pas ? On a voulu creuser un tunnel un jour dans les sous sols de Poudlard. Et on avait utilisé le sort de force.
-Ah oui, c'est la fois où on pouvait déplacer tous les murs qu'on pouvait, mais la terre, impossible ?
-« Tiens c'est vrai. » Se rappelait James pensivement, « on s'était bien marré ce jour-là, à décaler tous les murs des cachots. Pendant quelques jours, tout le monde se perdait là-bas. »
A cette évocation, les Maraudeurs furent pris de fou rires.
-« Sans déconner, Remus, » dit Sirius intéressé, « Ca marche bien ?
-Au groupe recherche, on a encore du mal à le maîtriser, mais d'après ce qu'on a vu, c'est vraiment impressionnant ! Même en écorchant un peu les mots, j'ai failli aller jusqu'à Pré-Au-Lard, juste en tendant ma baguette devant moi.
-C'est pas vrai !
-Remus ! Il faut absolument que tu nous apprennes ce nouveau truc !
-Laissez moi un peu de temps encore, et on s'y met. J'étais sûr que ça vous plairait. Ah tant que j'y pense, James, Lily avec qui j'ai travaillé, m'a dit de te dire que si tu comptais creuser un passage entre le dortoir des filles et celui des garçons sans la prévenir, ça allait l'énerver.
-Bof, je la connais, c'est elle qui creusera le passage ! » Répondit James qui ne se cachait pas d'y avoir songé.

La combinaison d'une septième année à Poudlard et de la lutte, comme ils l'appelaient, n'était pas si facile pour les Maraudeurs, dont le temps libre se réduisait comme peau de chagrin. La journée était consacrée quasi-exclusivement aux cours et à leurs préparations. En revanche, pendant les soirées, Remus et Lily s'enfermaient dans la bibliothèque avec les autres élèves de Poudlard membres de l'Ordre. Tandis que Jordan, Sirius, Clare, et James, se retrouvaient dans la salle des sous sols pour s'entraîner.
Ils ne considéraient pas tellement ça comme un devoir, déjà, ils s'y amusaient, et surtout ils avaient l'impression d'être utiles à ce qu'ils croyaient. Les réunions générales de l'Ordre, ou les thématiques, avaient lieu au moins une fois par semaine. Autant dire qu'après quelques semaines à ce rythme là, à quoi il fallait ajouter les pleines de lune de Lunard, les Maraudeurs avaient de moins en moins d'énergie à revendre, au soulagement de certains de leurs professeurs.

Pourtant, ils ne se plaignaient pas, et n'y pensaient même pas. James voyait Lily de moins en moins souvent, alors qu'ils appartenaient à la même maison. Il se disait que de toute façon, il serait toujours temps de se rattraper le temps perdu quand Voldemort serait hors jeu. Ils espéraient tous que ça ne durerait pas trop longtemps. Mais en attendant, ils se préparaient à tout, même au pire.

-« Jordan ! Mais fais attention un peu ! » Hurla Clare quand elle arracha pour la troisième fois de suite sa baguette au jeune homme.
-« Alors laisse-moi deux secondes que je puisse parer ton coup ! » Se défendit-il.
-« Je me demande... Si on dit 'pouce', est-ce que Voldemort nous laissera deux secondes ? » Demanda James sincèrement perplexe.
-« Faudra penser à lui demander. En attendant, ne t'attend pas à ce que je te laisse deux secondes d'avance. » Répondit Sirius en brandissant sa baguette vers son ami.
-« Et à cinq heures ? Vous pensez qu'il y a relâche pour le thé quand on est en pleine bataille ? » Demanda encore Jordan.
-« Et le week-end ? Il nous laissera les week-ends ? » Surenchérit James complètement déconcentré.
-« Et niveau vacances ? Ca se passe comment ? On peut poser des jours à l'avance ? » Ajouta Sirius qui avait baissé sa baguette, et entrait dans le jeu de ses amis.
-« Il faudra penser à les lui réclamer. C'est important d'avoir des ennemis en forme. » Finit par dire Clare sur le même ton.
-« Si on arrêtait là pour ce soir ? » Proposa James en regardant l'horloge qui indiquait déjà une heure tardive.
-« De toute façon, on n'est plus bon à rien… » Dit Sirius.
-« C'est toi qui dit ça ? » Remarqua Clare amusée.

Les quatre jeunes gens sortirent de la salle qui leur était réservée. Jordan et James ne perdirent pas de temps à se précipiter dans la salle commune de Gryffondor, tandis que Clare et Sirius traînaient.
Ces moments étaient les seuls qu'ils pouvaient partager tous les deux.
Dès que leurs deux amis dépassèrent le couloir, Sirius se retourna pour embrasser la jeune fille, qui n'attendait que ça. Ils avaient du mal à se détacher ces soirs-là, même s'ils étaient très fatigués. Ils parlèrent aussi.
Et se décidèrent à partir se coucher. Le passage secret de l'entrée se referma derrière eux hermétiquement. Ils se dirigèrent vers leurs maisons respectives.

Ils allaient débarquer dans le grand hall quand ils virent Listerdale, Malefoy, Grames, Rogue, et quelques autres, pas forcément de la maison Serpentard, passer la porte.
-« Ils doivent revenir de chez Voldemort. » Dit Clare judicieusement.
-« Sûrement, à cette heure-là. Le pire, c'est qu'ils n'ont même pas l'air de s'en cacher.
-Parce qu'on cache notre opposition à Voldemort nous ?
-C'est marrant. » Remarqua Sirius après quelques secondes d'observation. « Quand nous on sort de l'Ordre, eux ils rentrent de chez le Mage… »

Les futurs Mangemorts s'approchaient de plus en plus. Ils allaient bientôt les dépasser. Clare et Sirius ne bougeaient pas. Ils attendaient de les croiser, de pouvoir les observer de près, obéissant à la curiosité qui les rongeait. Ils voulaient savoir à qui ils s'opposaient, les identifier, les toiser, déclarer la guerre, même tacitement par une rencontre spontanée dans ce grand hall de l'école.
Le regard de Sirius tomba sur Listerdale. Il ne pouvait plus la regarder depuis quelques semaines sans éprouver une certaine admiration pour son rôle dans la lutte, et son incroyable beauté. Ce soir-là, elle était habillée avec des vêtements Moldus. C'était suffisamment exceptionnel pour que le jeune homme le remarque. Ses vêtements faisaient ressortir la finesse de sa taille et le mat de sa peau. Ses longs cheveux bruns flottaient derrière elle dans des mouvements souples. Elle avait une démarche tout aussi légère, si naturelle, si élégante. Black la regardait donc quand il vit qu'elle tenait la main de Lucius Malefoy, qui se tenait près d'elle. Tout d'un coup, il ne pensa plus à Voldemort, plus à ce qui les menait tous dans ce hall, ce jour-là, à cette heure-ci, il pensa simplement, à juste titre d'ailleurs, que s'opérait visiblement un rapprochement entre les deux Serpentards, sans qu'il puisse d'ailleurs le qualifier, et que ça ne lui plaisait pas. Que ça ne lui plaisait vraiment pas.

Remedios et Malefoy s'avançaient. Ils étaient maintenant au niveau des Membres de l'Ordre du Phénix. Black ne réfléchit pas vraiment quand il lança un petit sort d'entrave. Un sortilège de rien du tout particulièrement efficace. Malefoy, lâchant la main de Remedios, s'étala de tout son long, devant l'escalier, sur les grosses pierres du hall. Ses amis s'empressèrent pour l'aider à se relever.

Le premier geste de Remedios Listerdale fut de se retourner vers Black. Elle le fusilla du regard, pas dupe de la soudaine maladresse de son ami. Les autres ne semblaient pas avoir fait un rapprochement entre le déséquilibre du Serpentard et le Gryffondor. D'ailleurs, Malefoy était en train de se relever. Dès qu'il put, il récupéra la main de Listerdale dans la sienne. Celle-ci, ostensiblement, serra sa main, et lui emboîta le pas, laissant derrière elle, un Sirius un peu perdu.

-« Sirius ?
-Mm…
-Sirius ?
-Oui ? » Demanda-t-il soudainement énervé.
Clare ne s'y attarda pas.
-« Sirius, est-ce que le fait que Malefoy soit tombé si inopinément devant nous a un quelconque lien avec toi ?

-Parce que je ne sais pas trop si c'était le moment de faire un truc aussi idiot, si je peux me permettre.

-Ok, j'insiste pas.
-Tu as raison.
-Sur quoi ?
-C'est moi qui l'ai fait tomber. Et je sais que c'était complètement idiot, et pas du tout à propos. J'ai pas pu m'en empêcher. » Dit-il enfin comme pour s'excuser.

Ils marchèrent sans un mot jusqu'à l'intersection entre les salles communes de Poufsouffle et Gryffondor, le coin du couple.

-« Je suis désolé, Clare, je ne suis pas très drôle, et pas très bavard ce soir. Je dois être fatigué.
-Sirius Black fatigué ? Ce serait bien la première fois qu'il l'avoue !
-Et puis, ça m'a agacé qu'on croise les autres dans le hall. Qu'est-ce qu'ils foutent franchement ? Est-ce qu'ils ont ne serait-ce qu'un minimum de bon sens ? Comment peut-on apporter ce soutien à Voldemort quand on se prétend sorcier ? Ca me dépasse tout ça…
-Et c'est à moi que tu poses la question ? »

Clare prit dans ses bras le jeune homme pendant quelques secondes avant d'aller rejoindre sa salle commune.
Sirius, quant à lui, prit le chemin opposé, vers la tour de Gryffondor. Il aurait voulu ne penser à rien en parcourant rapidement les couloirs, mais sa tête n'en finissait pas de rabâcher les mêmes choses. Il ne s'expliquait pas sa réaction dans le hall. Il était certain que celle-ci n'était pas seulement motivée par le mépris que Black portait aux Mangemorts ou aux élèves Mangemorts.
Avant d'en arriver à une conclusion qui l'affolait, il chassa cette discussion de sa tête sans autre ménagement et pensa à son devoir de métamorphose : la date limite était pour le lendemain, et il n'y avait pas encore touché. Comme il répugnait à se lever tôt le matin, il entreprit, une fois franchit le tableau de la grosse dame, de se lancer avec lyrisme sur une étude relative à la falsification de documents administratifs moldus, sujet par ailleurs extrêmement intéressant et utile pour tous les sorciers.

Consécutivement, c'est avec une difficulté toute particulière que Sirius se leva le lendemain matin, ne comprenant toujours pas pourquoi la semaine n'était divisée qu'en deux jours pour le temps libre, et cinq pour le travail. Il rechignait d'autant plus à se lever que la journée de cours était très longue, et que le moment de la réunion chez Madame Cyprée Stevens, le soir même, n'arriverait qu'après de longues heures de labeur.

C'est donc le pas traînant qu'il se rendit au cours de Monsieur Bonnard. Celui-ci les abreuvait de détails sur l'influence de la magie dans la conduite de la Révolution française de 1791 à 1795.

Dans l'après-midi, Sirius dut quitter ses amis pour rejoindre la salle de Métamorphose appliquée. Etrangement, il était le premier arrivé. Il était suivi de peu par Farfadelle Dentry. Remedios Listerdale entra ensuite. Toujours aussi étrangement, celle-ci s'installa à côté du Gryffondor, visiblement surpris par l'initiative.

-« Remedios ? Qu'est-ce que tu fais là ?
-J'ai cours, je te signale. »

Les Poufsouffle firent ensuite leur entrée. Hilares, ils finissaient de se raconter une anecdote désopilante dont le héros était l'un de leur deuxième année. Ils s'assirent devant en ne lançant à l'assemblée qu'un bref bonjour et quelques sourires.

-« Black, il s'est passé quoi au juste hier soir ? Quand on vous a croisé dans le hall hier soir ?
-Il ne s'est rien passé. C'est juste que j'aime pas Malefoy. Il m'agace. » Dit Sirius en ne cachant pas le fait qu'il avait eu un rôle dans leur rencontre de la veille au soir.
-Et c'était vraiment le moment de risquer une confrontation ?
-J'aurais pu m'en passer, je sais. »

Listerdale, satisfaite, n'insista pas. Monsieur Thornford entra, et commença tout de suite en demandant à ses élèves de constituer des groupes de deux. Sans surprise, Remedios se retrouva avec Sirius pour métamorphoser des chauves-souris en colombes.

Sirius avait de la peine à se concentrer sur cette métamorphose qui pourtant n'avait rien d'exceptionnel. Ce n'est pas à lui, un animagus, qu'on coincerait sur un sujet de métamorphose.
Pourtant, vraiment, ce jour-là, il n'était bon à rien. Listerdale était, quant à elle, très attentive, et Black était bien obligé de le constater. Elle tenait fermement sa baguette dans sa main, et murmurait les formules magiques avec conviction. Le jeune homme la regardait travailler sans toutefois y faire attention. Jusqu'au moment où son regard fut attiré par la main de la Serpentarde. A partir de cet instant-là, il ne pouvait rien faire, ne pouvait plus penser. Tout simplement parce qu'une question lui brûlait les lèvres.
Il vit que Listerdale commençait à s'énerver. C'est ce qui le décida à parler avec elle d'autre chose que de chauves-souris ou de colombes.

-« Est-ce que t'es avec Malefoy ?
-Ca dépend. Ca veut dire quoi 'être avec Malefoy' ? Si ça veut dire qu'en ce moment il est près de moi, la réponse est non. Si ça veut dire que dans la vie en général je suis proche de Lucius, la réponse est oui. Mais tu le sais très bien. Si ça veut dire que lui et moi sommes en couple ou quelque chose comme ça, ça ne te regarde pas l'ombre d'une seconde. » Répondit-elle d'un ton sec. « En fait, je préférerais que tu t'intéresses plus à ces pauvres colombes qu'à Lucius et moi. »

Mais Sirius n'était pas convaincu.
-« Meme, je t'en prie, réponds-moi.
-Non, Sirius. Et même si c'était vrai, ça n'a pas d'importance. Toi et moi savons très bien que nous sommes occupés à des choses autrement plus essentielles cette année. Et tais-toi, je n'ai aucune envie d'avoir une retenue ce soir, je ne suis pas libre. »

A cette remarque, Black faillit désobéir. De cette manière, il l'empêchait de rejoindre ses amis au mieux et Malefoy au pire. Cependant, il ne pouvait se permettre de laisser Clare assurer seule la formation. Il se tut donc. En attendant patiemment la fin du cours. Pas plus concentré sur les chauves-souris et les colombes.

Enfin, il put rejoindre ses trois amis, rendit son devoir sur la falsification des documents administratifs moldus savamment concocté à peine quelques heures plus tôt dans la nuit. Et bientôt, le temps libre du soir arriva.
Certes des devoirs s'accumulaient sur sa table dans la tour de Gryffondor, mais il ne se laissait pas abattre, à l'instar de ses amis, par la pile qui ne cessait de croître au fur et à mesure des journées. Malgré le contexte préoccupant, il ne fallait pas avoir ses Aspics +5 pour comprendre que les Professeurs ne voulaient pas que leurs étudiants oublient que la fin de cette année était sanctionnée par un examen particulièrement difficile.
Sirius et James entreprirent donc de s'attaquer à cette pile monumentale. En temps normal, il aurait fallu moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, à ses deux brillants élèves pour venir à bout des deux tiers de choses à faire.
Cependant, les temps normaux étaient tout à fait résolus, lorsque Sirius se rendit compte qu'il n'arrivait pas à avancer. Il était inutile de nier qu'il ne faisait que penser à Remedios Listerdale, son visage impassible, tout ce qui faisait d'elle une personne qui sortait du commun, sa jolie main tenant sa baguette, sa jolie main tenant celle de Malefoy.
James, quant à lui, hormis quelques coups d'œil dans la salle pour commenter ce qu'il s'y passait, essayait de revenir sur la théorie de la potion de rajeunissement, avec d'ailleurs un certain succès. Il était assez fier de lui, pour ne pas changer, et, tout en continuant ces commentaires, grattaient rapidement son parchemin avec sa plume. A côté de lui, Black regardait le plafond, et semblait avoir toutes les peines du monde à revenir sur quoi il travaillait.

-« Patmol ? Qu'est-ce qu'il y a ? » Demanda enfin James après avoir constaté que les autres élèves de Gryffondor présents se tenaient à bonne distance.
-« Rien.
-Vas-y, prends-moi pour un con. Je vois bien que t'es pas comme d'habitude. Normalement, à l'heure qu'il est, tu aurais déjà fini ce devoir de sortilège et tu serais aller rejoindre Remus ou Peter pour discuter. Et aujourd'hui, t'as vraiment l'air ailleurs. Et pas besoin d'avoir été élevé avec toi depuis l'âge de 11 ans pour faire cette déduction ! »

A l'évocation de tout ce temps passé avec James, Sirius sourit, sans savoir quoi lui répondre.
James demanda alors de nouveau :
-« C'est vrai que depuis le début de l'année, je ne peux que le constater, tu as beaucoup changé. Mais aujourd'hui, je te trouve particulièrement ailleurs. Et j'avoue, ça m'angoisse. Alors s'il te plait, parle-moi !
-Je te parlerai volontiers James… Je ne sais pas quoi te dire.
-Il y a quelque chose qui t'embête ? Ca a un lien avec Voldemort ? Avec l'Ordre ?
-Non, je ne crois pas. Enfin pas plus que d'habitude.
-Tu penses à ton père ? A ta famille ?
-C'est vrai que ça pourrait. Tu sais, j'y pense de moins en moins. En fait, je me suis rendu compte, avec soulagement, que le lien s'était rompu entre moi et les Black bien avant la mort de mon père. C'est vrai que c'est grâce à eux si je suis en train de te parler en ce moment, et c'est aussi quelque part grâce à eux que je prends position dans cette guerre, mais ils ne sont pas des références morales, sentimentales. Ils ont perdu ce statut-là très tôt. Alors si on réfléchit, j'ai perdu mon père bien avant sa mort. Comme j'ai déjà perdu ma mère et mon frère. Tu comprends ?
-Je comprends. J'espère que j'aurais été capable de penser ça dans les mêmes circonstances.
-Et je suis désolé de ne pas avoir beaucoup parlé de tout ça avec vous.
-Tu n'as pas à l'être, on comprend très bien que tu n'ais pas forcément envie de nous parler. »

Quelques secondes de silence s'installèrent. Et James reprit.
-« Alors qu'est-ce qui t'embêtes en ce moment si ce n'est ni tes parents, ni l'Ordre ?

-Tu t'en veux de quelque chose ?
-Non. Pas spécialement.
-Tu as peur de quelque chose ?
-Comme d'habitude : de tout. »

James était à court d'idées lorsqu'il aperçut près de la cheminée Lily Evans. Tout lui parut alors logique.

-« Tu es amoureux ?
-Oui. »

Le premier étonné par la réponse était son auteur. Il avait refusé de réfléchir à la question jusqu'à présent. Quand James lui avait posé la question, il n'avait pas pensé. Il s'était juste conformé à l'évidence.
Son ami, quant à lui, ne paraissait absolument pas surpris.

-« Sirius, tu as un problème.
-Sans blague. » Dit le jeune homme d'un ton désabusé.
-« Parce qu'il ne s'agit certainement pas de Clare Dame. »

Sirius se serait attendu à tout, même en prenant en compte le facteur, décisif, selon lequel il connaissait bien James, et depuis longtemps, sauf à cette observation cinglante.

-« Quoi ? » Put-il juste articuler.
-« Arrête de faire l'étonné. C'est évident. Clare et toi, vous vous entendez bien, mais c'est tout. Ca se voit que tu n'es pas amoureux d'elle et qu'elle ne l'est pas de toi.
-Hein ? Depuis quand t'es devenu un conseiller matrimonial ? »

James ne s'attarda pas sur la réplique de son ami. Il savait très bien que le ton ironique qu'il avait employé n'était qu'une défense malhabile contre ce qui lui-même pouvait ressentir.

-« Sirius Black, je ne te dirais pas ce que tu dois faire, ou ce que tu ne dois pas faire, je ne te demande pas non plus qui est l'heureuse, ou l'heureux, élu(e), ceci ne regarde que toi. Mais fais attention, au cas où tu t'en serais pas rendu compte, ce qui m'étonnerait pas de toi, ça t'obsède. Et ça va te rendre malheureux… Si c'est pas déjà fait d'ailleurs…
-Qu'est-ce qu'il faudrait que je fasse ?
-C'est à toi de voir, je ne peux pas t'aider. N'oublie pas, quand même, que je suis là. Si t'as envie de parler, tu sais où me trouver ? Le lit à côté du tien dans le dortoir.
-Ah, c'est toi qui es dans ce lit ? Ca alors, je ne m'en étais pas rendu compte ! »
Le sarcasme fit sourire James.

Quelques temps plus tard, Clare Dame et Sirius Black étaient de nouveau devant chez Madame Cyprée Stevens, à Pré-Au-Lard. Ils n'avaient pas échangé beaucoup de mots en arrivant, tous les deux pensant à autre chose. Ils n'étaient pourtant pas en froid, vu comment Sirius avait enlacé Clare en la retrouvant dans Poudlard.
Arrivés chez Madame Stevens, ils retrouvèrent tout leur dynamisme.

-« Bonjour tout le monde ! » Lança Clare en entrant dans la grande salle.
-« Salut ! » Répondit la salle.
-« Sans transition, » enchaîna Black, « aujourd'hui nous allons nous exercer à un sort très difficile, mais très utile, j'ai bien sûr nommé, le sort d'oubliette. »

Les membres de l'Ordre se retournèrent sur leurs voisins pour échanger des commentaires. Enfin, un jeune homme demanda si cela n'était pas trop dangereux.

-« C'est justement parce que c'est dangereux qu'il faut que vous soyez au point pour l'utiliser. » Répondit Clare. « Nous allons revoir avec vous le sort, et comment bien le pratiquer. Vous savez en effet tous les conséquences désastreuses qu'il peut avoir s'il est mal fait. Or, il est plus que probable que vous aurez à l'utiliser de nombreuses fois si un duel vous oppose à un Mangemort à proximité de Moldus. Il faut donc que vous puissiez faire oublier ces évènements aux non sorciers. »

Il n'en fallait pas plus pour remotiver les troupes malgré la difficulté avérée du sort. Pour s'entraîner, ils utilisèrent des sortes de robots, dont les réactions étaient similaires aux réactions humaines.
Au bout de quelques instants, l'ensemble de la petite équipe maîtrisait à peu près le sort. Clare et Sirius insistèrent pour que tous s'entraînent de nouveau une fois revenus chez eux, saluèrent, goutèrent de nouveau aux petits cookies extraordinaires de Madame Stevens et sortirent rejoindre leur école.

-« Clare, il faudrait que je te parle.
-Moi aussi.
-Ah bon ? T'as une minute maintenant ? » Demanda Sirius quand ils furent entrés dans le couloir de Poudlard où débouchait le souterrain.
-« Allons-y pour maintenant. Voilà. Tu sais que je t'aime beaucoup, mon petit Gryffondor ?
-Oui. Moi aussi je t'aime beaucoup Clare.
-Mais on s'aime plus comme des amis, tu n'es pas d'accord ?
-Je rêve là, ou pour la première fois de ma vie, je suis en train de me faire plaquer en beauté ?
-Sirius ! Ne me rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne sont.
-Si tu veux mon avis, je pense que tu as raison. On est fait pour être ami.
-On ne sera jamais amoureux. C'est dommage, j'aurais voulu. »

Sirius acquiesça de la tête en prenant la jeune fille dans ses bras. Il sentait un grand poids le quitter.
Il remarquait maintenant que jusque là il s'était menti : Clare était jolie, sympathique, drôle, n'était pas de Gryffondor mais d'une maison amie, elle avait tout pour elle, mais pour qu'ils soient heureux ensembles cela ne suffisait pas. Pourtant tout aurait pu être tellement simple.
Sirius commençait à se demander si quelque chose dans sa vie, hormis l'amitié qui le liait aux Maraudeurs, avait déjà été simple. Alors un peu plus un peu moins…

-« Dire que je viens de me faire balancer par une fille… » Dit Sirius en rigolant, quand il raccompagna Clare vers la maison Poufsouffle.
-« Eh ! Toi aussi tu m'as balancé ! » S'offusqua Clare.
Elle reprit quelques pas plus tard :
-« Promets moi un truc, Sirius.
-Oui ?
-Je veux qu'on soit ami le plus longtemps possible.
-C'est marrant, j'allais te le proposer.
-Décidément, on se ressemble trop pour tomber amoureux. » Conclua Clare pour elle-même. Sirius avait entendu, et ne pouvait que confirmer.
Arrivés à Poufsouffle, Clare le laissa dans le couloir.

Il était maintenant seul, confronté à lui-même, dans ce couloir obscur. Il n'avait fallu qu'une journée pour que ce qui lui voilait les yeux et le cœur, tombe. Il avait utilisé Clare pour cacher ce qui ce soir-là explosait.

Remedios Listerdale, la populaire Serpentarde, lui plaisait.

Son intelligence, son écoute, sa beauté, en faisait une personne si exceptionnelle que Black ne comprenait plus pourquoi il n'en était pas arrivé à cette conclusion-là beaucoup plus tôt. Il avait fallu l'intervention d'un tiers, Jordan, et son commentaire objectif, pour que Sirius la voit comme un être humain à part entière. Jusque là, elle n'était qu'un symbole, une entité presque irréelle : elle était de la maison ennemie, et à ce titre, et à ce titre seulement, il la détestait.

Puis, était venu le moment de la découverte de la personnalité de la belle brune : une personne décidée, indépendante. Pourtant, le jeune homme ne la voyait toujours pas comme une fille. Comme une amie, peut-être, mais pas comme quelqu'un qui pouvait l'attirer.

L'instant où Jordan s'était intéressé à la beauté de Remedios avait tout libéré. Sirius s'était accordé, à partir de ce moment-là, le droit d'observer, avec admiration, une Serpentarde. Les préjugés qu'il avait sur les verts et argents étaient jusque là trop forts. Sirius pensait d'abord qu'il éprouvait une certaine attirance pour elle, mais qui n'était motivée que par l'incroyable beauté de Remedios, référence objective. Ce soir-là, il s'avouait enfin la liaison à établir entre sa personnalité, et l'attirance qu'il éprouvait. Ce n'était plus son apparence qui importait, mais bien ce qu'elle dégageait, ce qu'elle était.

Toutefois, ce soir-là, il se rendait compte que Remedios l'avait intéressé bien avant que Jordan ne s'immisce dans l'histoire. Il se souvenait parfaitement de sa cérémonie de répartition. Il était passé parmi les premiers. Le Choixpeau magique avait pris acte du fait que Sirius insistait pour ne pas rentrer à Serpentard, lui avait confirmé la pertinence de son choix, et l'avait envoyé à Gryffondor, au grand soulagement du concerné. Juste avant que Remus ne passe, il se souvenait parfaitement d'une jolie brunette, dont on voyait déjà qu'elle savait ce qu'elle ferait de sa vie. Quand il l'avait aperçue, il avait pensé qu'il adorerait lui parler, qu'il adorerait être son ami. Mais le Choixpeau l'avait envoyé à Serpentard, sous les vivas des élèves de la maison, et Sirius avait oublié sa première impression. Plus tard, Remedios Listerdale n'était rien d'autre que la fille célèbre de Serpentard, l'amie de Rogue et de Malefoy.
Il ne reconnaissait qu'aujourd'hui qu'il avait adoré la première retenue que Monsieur Thornford leur avait infligée. Une séance d'échanges virulents de bocaux dont il se souvenait encore avec le sourire. Il reconnaissait aussi que tous les moments, en retenue ou non, qu'ils avaient passés ensemble, il avait adoré : il se sentait bien, serein, en confiance, utile. L'invitation au bal du jour de l'an n'avait pas été faite par hasard : il était évident qu'elle lui plaisait déjà.
Remedios était aussi d'un soutien considérable dans cette période trouble de l'histoire sorcière : elle l'avait aidé dans la lutte. Elle l'avait aussi aidé quand Gaderon Black était mort.
Sirius se dit ensuite que la veille, dans le hall, le sort d'entrave qu'il avait lancé à Lucius Malefoy n'était motivé que par un seul facteur : il trouvait insupportable l'idée que Remedios Listerdale pouvait être attirée par d'autres, et que d'autres pouvaient s'intéresser à elle. C'était tout simplement inconcevable.

Si Remedios l'avait aidé pendant une période, Sirius ne pouvait que constater, ce soir-là, que les choses avaient changé : désormais, sa relation avec elle, ne l'améliorerait pas, mais au contraire, l'enfoncerait. Il en était persuadé. Il commençait même à souffrir. Il voulait la voir, la toucher, lui parler.

Sirius Black, qui finissait une des plus importantes introspections qu'il ait mené de sa vie et arrivant devant le portrait de la grosse dame, savait qu'il s'était tout avoué, que les choses étaient claires, qu'il avait été enfin honnête avec lui-même. Sans savoir s'il assumerait ces choses au point d'en parler à la principale intéressée et s'il se passerait un jour quelque chose, il sentait déjà un poids extraordinairement lourd sur son cœur.

-« Eh merde. » Dit-il enfin en s'allongeant dans son lit.