Juste un mot : l'inspiration du titre, elle vient bien sûr de Mika (nan, sans déconner ? C'est fou, hein ?).

Chapitre 12
Love's gonna get him down

Lorsqu'ils rentrèrent à Poudlard, ils apprirent que les cours avaient été suspendus. La plupart des Professeurs étaient toujours à la Serna et de nombreux élèves, levés très tôt par la nouvelle de la bataille d'Ecosse, ne seraient de toute façon pas allés en cours, dans l'attente d'une nouvelle de leur famille ou de proches.

L'ambiance à l'école était très étrange. Les Maraudeurs s'en rendirent compte assez vite : il n'y avait aucun bruit. Le calme n'était pas chose inhabituelle à Poudlard. Ce jour-là, ce calme était remarquable. Tous les élèves étaient pourtant présents, mais on ne faisait que chuchoter, on lisait les journaux, on attendait avec inquiétude.

James ne quittait plus sa Lily. Remus s'intéressait d'un peu plus près au « Somnulus ». Peter se remettait à l'infirmerie. Sirius, quant à lui, dépérissait.

Il était en fait mort d'inquiétude.

Depuis qu'il était rentré, il n'avait pas revu Remedios Listerdale. Il traînait d'un couloir à l'autre, de la grande salle à la maison des Serpentards. Elle n'avait pas paru. Il pensait pourtant avoir croisé tous les élèves de Serpentards, même cet abruti de Malefoy, pas de trace de Remedios.

Il aurait pu demander à Tristan ou Victoria, les Serpentards Membres de l'Ordre du Phénix, il s'entendait bien avec eux, mais il avait peur d'éveiller des soupçons sur une quelconque entente entre eux, et encore plus d'attirer l'attention sur une quelconque relation entre lui et sa belle Meme.

Ca faisait des heures qu'il faisait les cent pas d'un coin à l'autre de Poudlard, perdu dans ses pensées, en train de mourir à petit feu de l'angoisse qui l'oppressait. Il en vint même à regretter d'être revenu vivant et en bonne santé d'Ecosse. Cette épreuve, après la bataille de la nuit, avait raison des dernières forces psychiques qui lui restaient. Plus le temps passait, et plus son inquiétude grandissait.

Il savait peu de choses sur ce qu'elle avait fait pendant la nuit. Elle était passée chez les Moldus pour les mettre à l'abri, était peut-être allée chez d'autres Moldus dans le même but. Et après, qu'avait-elle bien pu faire ?

Peut-être était elle restée sur place, pour se battre aux côtés des Mangemorts. Peut-être était elle repartie au QG de Voldemort. Peut-être Voldemort l'avait-il surprise chez les Moldus. Peut-être est-elle en ce moment même entre la vie et la mort, sa double position découverte par le Mage.

Et s'il ne la revoyait jamais ? En pensant à cette question qui s'imposait à lui, il se serait frappé la tête contre le mur du couloir. Il ne voulait pas y penser. Il n'envisageait pas que la si impassible Remedios Listerdale pouvait le laisser seul. Son absence serait trop insupportable. Le poids qu'il ressentait depuis quelques jours ne faisait que s'alourdir. Il fallait qu'il lui parle, ne serait-ce qu'une dernière fois. Voldemort ne pouvait l'enlever à lui avant cela.

-« Sirius, ça fait deux heures qu'on te cherche !
-Techniquement, ça fait 1 heure 55 qu'on cherche la carte du Maraudeur, et cinq minutes qu'on te cherche. »

Sirius reconnut les voix de ses amis.
-« Viens, on va chez Dumbledore, il a demandé à nous voir. »
Sirius avait bien autre chose à penser, mais il voyait mal comment expliquer que la seule chose qu'il voulait à cet instant était de rester dans ces couloirs entre la grande salle et la maison Serpentard, dans l'espoir d'y croiser Listerdale. Il suivit donc ses amis.

Dumbledore les attendait dans son bureau.
-« Monsieur Pettigrow ne peut pas se joindre à vous : Madame Pomfresh me l'a formellement interdit. Nous ferons donc sans lui. Je voulais vous voir pour expliquer certaines choses, avant de les expliquer à l'ensemble de l'Ordre. D'après ce que nous savons de ce que vous avez fait dans la nuit, vous êtes restés sur place malgré le repli. Quand on vous retrouve, vous vous battez et la situation est sur le point de très mal tourner. Que s'est-il passé entre ? »

Les garons racontèrent avec tous les détails dont il se souvenait le fait que Sirius n'ait pas entendu le repli, que les autres aient essayé de le récupérer, leur fuite dans la cave, la découverte d'Alvin, la sortie, et le sauvetage in extremis. Dumbledore écoutait avec attention leur récit.

-« Nous avons découvert l'existence de Liam Jedusor et de son fils dans la nuit. Quand nous l'avons trouvé, il était mort. » Expliqua le Directeur. « C'est en voulant l'identifier que nous avons remarqué le lien de parenté. Sur les papiers d'identité qu'il portait sur lui…
-Les quoi ? » Interrompit James.
-« Les papiers d'identité. Les Moldus les utilisent pour s'identifier les uns des autres. Nous y avons vu qu'il avait un fils. Nous ne pensions pas vraiment le retrouver. Vous pouvez être fier de l'avoir protégé, avec les Moldus qui l'accompagnaient. Monsieur Black, la prochaine fois, soyez plus attentif aux décisions de l'Ordre en particulier quant il s'agit de repli. Nous nous sommes rendus compte assez vite qu'ils étaient bien trop nombreux pour nous, et extrêmement puissants. Ce repli n'était que temporaire, mais quand nous sommes revenus, et que nous vous avons trouvé, nous étions toujours trop peu nombreux, là encore, nous avons dû partir. Cela valait mieux.
-Nous avons perdu…
-Il ne s'agit pas de perdre, Monsieur Black, mais bien de rester en vie. Nous avons essuyé trop de pertes dans cette bataille, ce n'était pas la peine d'en provoquer d'autres. En tout cas, sachez que je suis très fier des décisions que vous avez prises pour protéger les Moldus, et que peu de sorciers auraient tenus tête aussi longtemps à autant de Mangemorts.
-Qu'allez-vous faire de Meredith, Colleen, Matthew, et les enfants ? » Demanda Remus.
-« Nous ne savons pas trop pour le moment. Très certainement nous garderons Alvin sous notre protection, il serait trop en danger à l'extérieur. Quant aux autres, la meilleure solution serait un 'oubliette', mais nous n'avons pas envie que le petit Alvin se retrouve trop seul. Ce sont peut-être les dernières personnes qu'il connaisse. Nous allons donc réfléchir à la question. Je vous tiendrai au courant. » Finit-il en se levant.

Cela signifiait la fin de la discussion.
Dumbledore devait avoir une montagne d'autres choses à faire. Sirius Black se demanda s'il pouvait lui parler de Remedios. Sa peur panique ne l'avait pas quittée, la discussion ne l'avait pas occupé à autre chose, et peut-être que Dumbledore savait quelque chose, mais le regard préoccupé de Dumbledore l'en dissuada. Il avait autre chose à penser, et s'il pouvait faire quelque chose pour la Serpentarde, Sirius était persuadé qu'il le ferait. Toute autre question était superflue.

Dès qu'il fut dans le couloir, il reprit sa marche interminable entre la grande salle et la maison des Serpentards. Sa fatigue ne faisait qu'accroître son angoisse.

Les minutes s'écoulaient, puis les heures.

Et Sirius déambulait toujours ressassant pour la énième fois les mêmes questions : Remedios était-elle en vie, où était-elle, que faisait-elle, était-ce mauvais signe s'il ne l'avait toujours pas croisée ? Questions auxquelles il était bien incapable de trouver une réponse.

Enfin, Potter et Lupin vinrent le chercher. Ils avaient encore eu besoin de la carte du Maraudeur pour le retrouver dans le dédale des couloirs de leur école. Ils avaient faim, et avait bien l'intention d'emmener leur ami avec eux pour dîner dans la grande salle. Black ne s'était pas rendu compte qu'il s'était passé autant de temps depuis qu'il était sorti du bureau de Dumbledore. Bien incapable de s'opposer à quoi que ce soit, il les suivit.

La grande salle était étrangement calme. Les élèves se ruaient sur les hiboux qui rapportaient les journaux. L' « Univers » titrait, sans surprise, sur les évènements de la nuit dernière. On y louait l'action remarquable des sorciers du ministère.

Sirius, James, et Remus, ne voulurent même pas lire : ils savaient très bien que jamais le journal ne décrira ce dont eux avait été les témoins. Les Mangemorts étaient bien plus dangereux, et bien plus coriaces que voulaient le faire croire les journaux du soir.

Sirius restait dans ses pensées.

Il avait regardé à la table des Serpentards. Il y avait bien les septièmes années : Rogue, Grams, Malefoy, et les autres, excepté Remedios.
Alors, il resta pendant tout le repas les yeux plongés dans son assiette, à laquelle d'ailleurs il ne toucha pas. James était occupé à prendre soin de la douce Lily, et Remus parlait avec animation de Voldemort avec Clare qui avait rejoint la table des Gryffondor à la fin du repas. Ni l'animagus ni le loup-garou ne firent vraiment attention à Black. Celui-ci ne décrochait pas un mot. Il attendait.

Enfin, il leva les yeux de son assiette. Il dirigea instinctivement son regard sur la table des Serpentards.

Il y avait bien Malefoy, Rogue en face de lui, et à sa gauche, Remedios…

Sirius cligna des yeux. Il pensa d'abord avoir rêvé. Ce n'était pas vrai : il voulait tellement la voir que son esprit lui faisait croire qu'elle était bel et bien là. Mais il ne se laisserait pas avoir par son esprit si tordu.

Pourtant, l'image de Remedios, malgré les clignements d'yeux et autres pincements, ne disparaissait pas. Il revint tout à fait à la réalité quant il vit Malefoy serrer dans ses bras Listerdale… Et l'embrasser.

Malefoy n'était certainement pas du genre à se livrer à des démonstrations publiques de sentiments, sauf de haine envers les Gryffondors. L'événement était donc déjà en soi exceptionnel : il avait ses bras autour d'elle, il la serrait sur le banc près de lui, puis il avait approché ses lèvres de celles de la Serpentarde, et les avait embrassées.

Apparemment, personne n'avait remarqué, sauf Rogue assis juste devant eux. Et Sirius installé plus loin, très attentif à ce qui se passait dans ce coin-là de la grande salle. Sa toute première réaction en contemplant de nouveau la chevelure, le visage de Remedios fut le soulagement. Elle était en vie. Elle avait l'air d'aller bien.

L'angoisse de Black était sur le point de le quitter quant il vit cet imbécile de Lucius Malefoy, un grand maigrichon aux cheveux longs tellement blonds qu'ils paraissaient blancs. Là, l'angoisse revint. Ses fondements avaient peut-être mués, en tout cas, Sirius se sentait de nouveau très mal. Il n'avait pas besoin de se demander pourquoi. Il ne supportait déjà pas que Malefoy la regarde, alors la toucher, et a fortiori l'embrasser, c'était pas mieux.

Des quatre, Rogue fut le premier à réagir. Il se leva et quitta la salle, en leur adressant quelques mots. Il voulait probablement les laisser à leurs retrouvailles.

Quant il fut levé et parti, Sirius vit de nouveau le visage glacial de Malefoy s'approcher de celui de Remedios, il pensa alors très vite aux trois possibilités qui s'offraient à lui : primo, il pouvait ne rien faire, après tout, ces histoires ne le concernaient pas. Secundo, il pouvait se lever pour aller casser la gueule à ce Mangemort en puissance. Tertio, il pouvait se lever, et quitter la grande salle le plus calmement du monde.
La première des solutions ne coïncidaient pas tellement avec son tempérament : il l'abandonna instantanément. La deuxième était tentante, c'est vrai. Il l'abandonna toutefois : il ne ferait plus de duel que contre Voldemort, pas pour des intérêts personnels qui pourraient mettre en cause sa crédibilité.
Il adopta donc la troisième.

Il se leva juste avant de voir ces deux-là s'enlacer. Son projet était de partir calmement. Il en était incapable. Déjà, il tenait à peine sur ses jambes : la fatigue et l'émotion l'empêchaient de faire obéir son corps. Il manqua donc de renverser des Serdaigles qui passaient entre les tables, s'agrippa à un Gryffondor pour ne pas s'étaler la face la première sur les vieilles pierres de Poudlard, puis, se dirigea vers la porte beaucoup plus vite que ce qu'il avait prévu.

Il fut soulagé quand il entendit la porte de la grande salle se fermer derrière lui. Il se dirigea ver la fenêtre devant lui. Il faisait encore très beau. Le lac était d'un bleu profond. Le terrain de Quidditch semblait à l'abandon, comme toujours quand il n'y avait pas match. La forêt semblait beaucoup plus claire et accueillante avec ce beau temps qu'elle ne le paraissait d'habitude.

La porte de la grande salle claqua de nouveau derrière lui.

-« Black ? »

Ce n'était ni la voix de James, ni celle de Remus. Pas même celle d'un garçon. Pas besoin de se retourner pour reconnaître la voix.

-« Listerdale ? » Articula-t-il avec peine.
-« Ca va ?
-Depuis quand tu m'adresses la parole alors que toute l'école peut débarquer ici d'un instant à l'autre ? »

Il avait repris le ton froid qu'il adoptait toujours en parlant à un Serpentard. Ca lui permettait de prendre du recul sur tout ça.

La remarque de Sirius n'était pas dénuée de tout fondement. La porte de la grande salle pouvait effectivement s'ouvrir à tout moment sur des Gryffondors ou des Serpentards, voire même des Poufsouffles ou des Serdaigles, qui seraient certainement très étonnés de voir ces deux-là parler tranquillement.

Sans ménagement, la jeune fille tira Sirius par sa robe de sorcier vers un endroit où ils seraient plus au calme. Les classes vides ne manquaient pas, et Black se demandait s'il parlerait un jour à Remedios en dehors d'une salle vide.

-« J'ai parlé à Dumbledore toute à l'heure. » Reprit-elle sans préambule. « Il m'a un peu raconté comment ça s'était passé. Il parait que toi et tes amis, vous avez trouvé et protégé Alvin Jedusor. C'était pas facile, non ?

-Tu me racontes ce que tu as fait cette nuit, et je te raconte la mienne, ça marche ? »

Black n'avait pas envie de parler avec elle. Il avait eu trop peur. Maintenant, il lui en voulait : pour la terrible journée qu'il venait de passer, et pour le coup de Malefoy.

Listerdale était trop fine pour ne pas s'apercevoir que le Gryffondor n'allait pas bien. Il était préoccupé par autre chose. Pour le pousser à lui parler, elle se décida à être franche.

-« Tu sais, j'étais inquiète pour toi. »

Black la regarda. Elle était inquiète ? Super, tant mieux pour elle. Lui, il avait été mort de trouille.
Il lui en voulait encore plus.
Il avait beau être obstiné, il avait beau lui en vouloir pour toutes sortes de choses qui ne faisaient que s'accumuler, il était curieux de savoir quel avait été son rôle dans l'événement.

Après quelques minutes de silence, et constatant bien que Listerdale ne prononcerait plus un mot avait qu'il ne se décide, il commença à raconter.

-« On est arrivé là-bas parmi les premiers. Les Mangemorts étaient vraiment trop nombreux. Alors, nos rangs ont commencé à se desserrer et l'Ordre a appelé au repli. Je n'ai pas entendu cette décision. James, Peter, et Remus sont donc venus me chercher. A ce moment-là, il était trop tard pour fuir. On a avisé une petite cabane. Dans la cabane, une trappe. On y est descendu. Il y avait les Moldus que tu avais cachés.
-Tu es au courant ?
-De ?
-Que c'est moi qui suis allée les voir pour qu'ils se mettent en sécurité. Parce qu'il faudra que je pense à être plus discrète si tout le monde me reconnaît comme ça…
-Tu correspondais trop à la description qu'ils m'ont donnée de leur sauveteur.
-Et je ressemble à quoi au juste ?
-C'est un autre débat. » S'empressa-t-il d'ajouter. « Là-bas, on a appris l'identité d'Alvin. Ca nous a fait comprendre certaines choses. Puis, on a entendu que des Mangemorts s'approchaient. On est sorti. Et heureusement, l'Ordre est venu nous tirer de ce mauvais pas. »

Black s'arrêta. S'ouvrait maintenant pour lui le moment le plus passionnant de la discussion : il saurait enfin.

-« C'est courageux ce que vous avez fait, quand même.
-Qu'est-ce que tu veux, on n'est pas des Gryffondors pour rien.
-Vas-y rajoutes-en. » Dit-elle d'un ton ironique. « Ca va, tes chevilles vont réussir à passer la porte ?
-Meme, détourne pas la conversation, c'est à toi de raconter. » Dit l'impatience du jeune homme.
-« Dans la soirée, on était chez Voldemort, avec les autres.
-Les autres ?
-Il y avait tout le monde, y compris un certain nombre d'élèves de Poudlard, qui avaient comme souvent, trompé la vigilance des autorités de cette école. Enfin bref, on était tous là-bas à se demander pourquoi il nous avait fait venir au dernier moment et en si grand nombre. Déjà, la soirée ne s'annonçait pas très bonne. Je passe sur les détails des discours aussi longs que le Chemin de Traverse en plein brouillard, pour en venir directement au moment où Voldy nous annonce qu'il a commandité des Mangemorts pour attaquer des villages Moldus. Ceux-ci devaient déjà être en train de charger. Pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre qu'il faut que je me rende sur place pour prévenir les Moldus. Le problème, c'est que Vodemort a cru utile de me tenir la jambe pendant quelques minutes. Remarque, c'est là que j'ai appris qu'il avait 'des raisons personnelles' pour attaquer spécialement là-bas. Et le temps passait. Enfin, j'ai prétexté qu'il fallait que je parle à Malefoy. Alors, il m'a laissée partir. »

Sirius, à ces mots, se tendit.

-« J'ai alors prévenu l'Ordre le plus rapidement possible, même si c'était déjà tard pour organiser une défense correcte. J'ai transplané dès que j'ai pu là-bas. Je n'ai trouvé personne, ou presque. J'ai vu des gens à qui j'ai dit de sortir du village et de se réfugier ailleurs. Je ne croyais plus trouver personne quand je suis tombée sur les Moldus en question. Ils m'ont dit qu'ils savaient où se cacher, alors je les ai laissés, et je suis retournée chez Voldy dans l'espoir qu'il n'ait pas remarqué pas mon absence. Et je suis restée toute la nuit et cette journée là-bas pour montrer ma bonne volonté, et lui cirer les pompes. »

La question de la nature des relations de Remedios Listerdale avec Voldemort restait brûlante. Mais Sirius n'osa pas la poser.

Le silence s'installa de nouveau.

-« Au fait, tu n'as pas répondu à ma question. » Dit-elle.
-« Laquelle ? » Demanda Black les yeux dans le vide.
-« Ca va ? »

Là encore, Sirius n'avait pas tellement envie de répondre. Comment lui dire que ça n'allait pas du tout ? Voldemort se mettait à gagner, Remedios lui plantait un couteau dans le cœur, et pouvait le retourner à tout moment.

Son silence était pourtant peut-être plus révélateur que toute explication.

-« Qu'est-ce qui ne va pas ? » Demanda-t-elle directement, en s'approchant du Gryffondor. « Ce n'est pas la fin de l'Ordre pour autant. Nous avons perdu des alliés, encore une fois, mais nous ne lâchons pas l'affaire. Il ne faut pas.
-Je sais bien. Je suis encore plus convaincu, si c'est possible, maintenant que nous avons perdu. C'est vrai, je suis déçu. Mais il va voir de quel bois on se chauffe par chez nous ! »

Remedios la Serpentarde le regarda en souriant.

Sirius se dit que ça aurait fait fondre tout l'Arctique, et que lui n'en sortirait pas indemne.

Puis, il se souvint de la journée qu'il venait de passer et que cette discussion lui faisait presque oublier. Il savait bien qu'il ne supporterait pas une journée de plus comme celle-là.

-« Ca ne va pas du tout, en fait. Je suis tellement fatigué. J'ai eu tellement peur. »

Difficile de faire plus vague, Sirius ne savait comment amorcer la discussion.

-« Toi et tes amis devant une armée de Mangemorts, c'est tout sauf étonnant.
-C'est pas seulement ça. Toute la journée, j'étais mort de peur. Tu n'étais pas là. Toute la journée, je t'ai attendue, tu n'étais pas là ! Tu n'imagines pas tout ce que j'ai pu imaginer comme histoires horribles. Enfin, tu débarques… Dans les bras de Malefoy… »

Listerdale était devant. Elle lui faisait face. Elle l'écoutait avec attention. Ce que disait Sirius n'était pas très clair, mais elle ne pouvait pas ne pas remarquer la souffrance du Gryffondor. Son visage restait pourtant imperturbable.

Sirius, quant à lui, ne savait comment faire comprendre tout ce qu'il avait à dire à la Serpentarde. Il avait l'impression de s'être déjà beaucoup confié avec ces quelques mots. Il repensa à Lucius Malefoy. Il refusait catégoriquement une quelconque relation entre Remedios et lui. Dans sa tête, tout se mélangeait, la guerre, le rôle de chacun, l'attachement indéniable qu'il portait à Remedios…

Soudain, comme si sa tête avait explosé, il ne pensa plus à rien. Il vit simplement le visage impassible de Remedios Listerdale. Il aurait tout donné pour qu'elle montre à cet instant une once de compassion, de colère,…

Quoique ce soit qui aurait pu guider le jeune homme dans un sens ou dans un autre.

Mais Remedios était toujours impassible. Pas un cil ne bougeait. Elle le regardait avec attention.
Il pouvait constater que ce qu'il lui disait en cet instant l'intéressait. En revanche, il était dans l'incapacité de comprendre ce à quoi elle pouvait bien penser, ce qu'elle pouvait ressentir à ce moment précis.
Sirius Black se demanda finalement s'il n'allait pas partir de la salle en courant pour ne plus affronter cette impassibilité. Ou alors il aurait pu tout casser dans cette salle de cours. Ou alors il aurait pu être plus clair avec elle : lui dire qu'il pensait sans cesse à elle, qu'elle était pour lui une vraie obsession, qu'il lui demandait son aide pour apaiser tout cela.

Puis, le vide se fit de nouveau dans son esprit tourmenté. De nouveau, il ne vit que l'impassibilité de son visage, de son attitude. Cela le révolta. Il ne voulait plus qu'une chose, qu'elle lui montrât tout ou n'importe quoi, mais en tout cas, quelque chose.

Il s'approcha rapidement d'elle.

Pris sa jolie tête dans ses mains.

Et plaqua ses lèvres contre les siennes.

Il ressentit instantanément la froideur des lèvres de la Serpentarde. Il voulut aussitôt absolument lui communiquer toute la chaleur qu'il sentait s'emparer de lui. Mais les lèvres tant voulues restaient imperturbablement froides et inertes.

Elle ne l'enlaçait pas, elle ne le repoussait pas non plus. Rien. Il ne se passait rien.

De la colère, le Gryffondor passa à la rage. Cette rage était plus dirigée contre lui-même qui n'avait pas su se faire aimer de cette personne qui comptait tant à ses yeux, que contre elle qui n'avait pourtant pas caché sa préférence pour un blond maigrichon.

Il n'insista pas plus longtemps. Il ne voulait rien imposer à personne. Il voulut se détacher de ses lèvres toujours aussi froides alors que son sang bouillait dans ses veines. Il était incapable de calmer la rage qui l'envahissait de plus en plus. Il enfuit alors sa tête dans son coup, pour se réchauffer. De rage, quelques larmes coulèrent sur l'épaule de la belle Remedios.

Elle eut alors un geste. Celui de l'entourer de ses bras. Sirius ne pouvait se tromper sur la nature amicale du geste. Il en fut touché. Mais cela ne fit qu'accentuer le désarroi qu'il ressentait de ne pas avoir leurre de plaire à la Serpentarde.

S'arrachant de ses bras, qui de toute façon, ne le serrait pas, il s'enfuit brutalement vers la porte. Détournant le visage pour qu'elle ne voit pas ses yeux rougis.

Ses jambes ne le portaient que par habitude. Il sentait bien qu'il ne pourrait aller jusqu'à son dortoir dans cet état-là.
Un violent mal au cœur le prit soudain.

Quelques heures plus tard, il était de retour dans sa salle commune. Il était déjà tard, et malgré la nuit sans sommeil qu'ils avaient déjà passées, Remus, lisant des parchemins, et James contemplant le feu, étaient toujours debout.
-« Tiens, Sirius où t'étais encore ? » Demanda James.
-« Of... rien… » Répondit l'interpellé juste pour n'être pas le dit de ne pas répondre.
Remus, et James ne réagirent pas. Ils étaient pourtant tous les deux très inquiets. Sirius monta directement au dortoir tant bien que mal, et s'affala sur son lit.

-« Tu vas peut-être me détester Sirius, mais j'aimerais qu'on se parle un peu ». Ces paroles venaient d'être prononcées par Potter, qui l'avait suivi jusque dans le dortoir. « Avec les autres, on s'inquiète. Tu voudrais me parler ?
-De quoi ?
-De ce qui a l'air de te bouffer la vie ces derniers jours.

-Je sais bien que tu es libre, que tu n'as aucun compte me rendre, mais je ne peux pas te laisser comme ça. C'est pas possible.
-Je vais très bien, merci. » Interrompit Sirius sèchement.
-Vas-y, fous-toi de ma gueule. »

Sirius était crevé. Il n'avait pas envie de dormir pour autant. Et il n'avait pas vraiment envie de parler avec James Potter. La seule chose dont il avait besoin en cet instant était de s'effondrer en larme, et de s'apitoyer sur son sort de pauvre petit Gryffondor refoulé par une méchante Serpentarde qui ne comprenait rien à rien.

Rien que James ne veuille connaître. Jamais le digne représentant de la maison rouge et or n'admettrait que son ami se détourne de la lutte, et jamais il n'admettrait que la raison de tout cela était l'incroyable passion qu'il éprouvait pour une digne représentante de la maison ennemie.

Bref, Sirius n'avait pas envie de parler, et malgré le fait qu'il soit son ami, n'avait pas envie de parler à James Potter particulièrement de tout ce qui se passait de top secret dans sa vie ces derniers temps.

Cependant, James Potter, le digne représentant rouge et or en question, ne l'entendait pas de cette oreille. Il voyait bien qu'il fallait faire quelque chose, et que ça n'allait très probablement pas venir de quelqu'un d'autre. Quoi que soit le sujet de préoccupation de Black, et sans vouloir forcément en connaître tous les détails, il voulait aider le jeune homme, et ce même si l'intéressé n'était pas consentant.

-« Bordel Patmol, mais réagit ! Dis quelque chose ! Fais quelque chose ! Casse quelque chose ! Fous moi une baffe si ça peut te libérer, mais communique ! »

Il avait appuyé sur ces derniers mots. Black le regardait, surpris. Ce n'était pas qu'il n'avait pas de réaction, il ne voulait pas en parler, c'est tout.

-« Arrête d'être comme ça, ça me fait peur.
-Il n'y a pas de raison. Tout va bien. » Mentit Sirius une fois de plus.
-« Je te préviens, la prochaine fois que tu dis ça, sans ouvrir la fenêtre que tu vois là, je te jure que je te fais passer au travers. »

Sirius Black comprenait bien qu'il n'arriverait pas à déloger son ami de la position qu'il avait adoptée. Il était de plus en plus fatigué et savait qu'il aurait de plus en plus de mal à tenir tête.

-« Ca a quelque chose à voir avec une histoire d'amour. C'est ça, hein ? » Potter avait repris sa voix calme. Il semblait avoir perdu tout énervement. Black, quant à lui, était, comme on peut l'imaginer, extrêmement surpris.
-« Quoi ?
-Tu m'as très bien entendu. »

Quelques secondes de silence passèrent.

-« Ca se voit tant que ça ? » Trouva juste à demander Sirius, bouleversé, et enfin décidé à rendre les armes.
-« Non, pas tant que ça.
-Alors comment…
-Des petites choses.
-Tiens, j'avais oublié, ça. »
De nouveau, les garçons se turent.

-« Alors ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda encore Potter.
-« Oh, rien de très important.
-C'est ça…
-C'est juste que… comment dire ?
-Que tu crèves de trouille quand elle n'est pas là et tu ressens un grand vide, que tu crèves de trouille quant elle est là, mais en même temps un intense sentiment de joie… Ou quelque chose comme ça, non ?
-Quelque chose comme ça, peut-être.
-Sirius, je connais bien ça. Je ne vais pas te faire un dessin pour t'expliquer de quoi il s'agit Et je me souviens qu'on en a déjà parlé il n'y a pas si longtemps que ça. »

Sirius jaugea son ami. Il savait bien que s'il devait en parler à une personne dans cette école, ce serait James, éventuellement Peter ou Remus, mais ils n'étaient pas présents. Ne restait que James, et peut-être qu'effectivement, le moment était venu de demander un conseil extérieur, même si ce n'était pas forcément l'habitude du jeune homme.

-« Je peux pas vraiment te raconter tous les détails.
-C'est pas grave, je m'en passerai.
-A vrai dire, jusqu'à cette année, j'avais pas vraiment fait attention à elle. Et puis, une chose en amenant une autre… Elle est vraiment sympathique. A l'écoute. Belle. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, et ça a l'air anodin, mais ça veut dire beaucoup… Elle est parfaite.
-Rien que ça...
-Au départ, je n'ai pas bien compris que j'étais en train de m'attacher à elle. Je rejetais complètement l'éventualité.
-C'était reculer pour mieux sauter ?
-Exactement. Quand j'ai admis qu'elle me plaisait, j'étais le premier surpris. Et C'était grâce à toi en fait. Aujourd'hui, ça a été particulièrement horrible. Je l'ai cherchée toute la journée.
-Voilà donc ce que tu faisais dans les couloirs…
-Oui, je la cherchais. Lorsque je l'ai enfin trouvée, elle était avec un autre.
-Ah...

-Je ne savais pas qu'ils étaient ensemble. Je peux te dire que je ne l'ai pas très bien pris.
-J'imagine…
-Et tout à l'heure, elle est venue me parler.
-Et ? » Encouragea Potter.
-« Et, rien du tout. J'ai voulu l'embrasser. Elle m'a fait comprendre qu'elle n'était pas intéressée. Alors je suis au sixième dessous, et je devrais atteindre le septième d'ici peu. » Conclut-il les larmes au bord des yeux.
-« Ce serait bien la première fois que tu te laisserais marcher sur les pieds par un autre… » Murmura James.
-« T'as toujours le mot qui fait plaisir !
-Hum ?"

James, perdu dans ses pensées, ne semblait plus s'intéresser à son ami, qui lui, commençait sérieusement à douter de l'intérêt que lui portait ce soir James Potter.

-« Euh… Je te dérange là ? » Demanda-t-il enfin.
-« Hein ? Ah excuse. » Dit James. « Ecoute Sirius » reprit-il « de deux choses l'une. Ou tu te fais une raison et tu reviens à la normale. Ou tu passes à la contre attaque. Mais ne fais pas ce que tu fais en ce moment : pas de statut quo. Ca te rend trop malheureux, et ça, même Trelawney sans lunette pourrait le voir.
-Tant que ça ?
-Tant que ça. Alors tu choisis quoi : l'abandon ou la bagarre ?
-Depuis quand tu simplifies les problèmes, monsieur-j-ai-été-amoureux-de-lily-pendant-une-éternité-avant-de-me-décider-à-lui-parler-franchement ?
-J'ai pris des cours auprès de Remus.
-Ce serait donc ça… »

-« Je ne peux pas répondre. » Annonça Sirius après quelques secondes de réflexion.
-Pourtant il faudra bien.
-Mais tu ne te rends pas compte Potter. Elle est tellement… Tellement extraordinaire, indépendante, si elle a choisi un autre, je n'ai aucune chance de la convaincre.
-Qui me parle ? Serait-ce le brillant Sirius Black qu'en général rien n'arrête surtout pas la difficulté ? »

-« James, je vais te décevoir, mais j'abandonne. » Dit-il enfin. « Je n'ai aucune chance, ça ne sert à rien tout ça. Toute à l'heure, elle était tellement froide avec moi. On s'entend bien tu vois, ça, même elle ne pourrait pas dire le contraire, mais on est différent, ou je sais pas quoi, mais ça colle pas. Il faut que j'abandonne. De toute façon, tout ça, ça ne sert à rien. On a d'autres choses à faire de bien plus utiles. »

-«Mon lapin ? » Reprit Sirius quelques temps plus tard. « Tu n'es pas d'accord ? Je te déçois, c'est ça ?
-Tu ne me décevras jamais, Sirius, quoique tu fasses… Je suis étonné, c'est vrai. Mais ça ne fait que confirmer l'attachement que tu lui portes. Franchement, est-ce que tu aurais pensé une seconde, il n'y a de ça pas si longtemps, qu'un jour tu laisserais t'échapper une fille ?
-On ne parle pas d'un jeu, là. On parle de quelqu'un. »

-« Je peux savoir pourquoi elle ne m'est pas tombée dans les bras toute à l'heure ? Pourquoi je me sens si mal ? Pourquoi je suis le plus gros nul de tous les temps ? Pourquoi j'ai mal au cœur ? Pourquoi elle n'est pas allée voir sur le champ l'Autre pour lui annoncer leur rupture ? Pourquoi elle m'a laissée partir sans réagir ? Pourquoi d'ailleurs elle ne réagit jamais ? » Demanda Sirius en colère.
-« Probablement parce que beaucoup de facteurs sont à prendre en compte. » La voix réconfortante de Remus Lupin posa ses quelques mots.

Les deux autres avaient oublié qu'il s'était trouvé pendant tout ce temps là dans la salle commune, et qu'il paraissait normal qu'il rejoigne à un moment ou à un autre, même s'il était habitué à ne pas dormir beaucoup, son lit. Il était à la porte du dortoir, il entra dans la pièce.

-« Pardon d'intervenir, apparemment je tombe mal. J'ai entendu ce que vient de dire Sirius, et je suis peut-être un peu maladroit » Dit-il constatant que deux paires d'yeux le regardaient étonnées.
-« Pas du tout, Lunard, au contraire, tu tombes bien. » Le rassura Sirius. « J'essayais d'expliquer à cet entêté de Potter que jamais je ne pourrais persuader une jeune fille que je suis la personne qu'il lui faut. Alors j'ai beau lui porter un intérêt sans cesse renouvelé, je ne lui courrai pas après pendant des années, ça ne sert à rien.
-Tu disais qu'elle n'avait pas réagi, elle ne t'a pas repoussé non plus. » Remarqua James.
-J'aurais préféré…
-Tu sais, Sirius » dit Lupin « je voudrais expliquer ce que je disais tout à l'heure. Peut-être que l'Autre lui plaît. Mais cette fille a l'air beaucoup plus compliquée que ça. »

-« Vous essayez de faire quoi là ? » Demanda Sirius.
-"T'aider à prendre la bonne décision. Celle qui fera que tu te sentiras mieux» Répliqua James immédiatement. Remus était d'accord.

-« Alors il faut que je fasse quoi ? » Demanda Sirius que la conversation épuisait.
-« Ca n'est pas à nous de dire, ça. » Répondit Remus.

-« Alors ce sera la bagarre ! » S'exclama Sirius.

En prononçant ses paroles, il se sentit soudainement beaucoup plus léger que ces derniers temps. Il avait beau porter une admiration sans borne à la belle Serpentarde, il ne se laisserait pas marcher sur les pieds pour autant. Tant pis s'il la décevait, il décidait, ce soir, de tout faire pour la faire changer d'avis sur Malefoy, et sur lui. Il inverserait les rôles. Ca n'avait plus rien à voir avec l'idée de ne pas perdre une occasion d'écraser la maison Serpentard. Ca ne regardait que lui, avec lui-même. En tout cas, il ne se laisserait plus porter, ça ne pouvait que le rendre malheureux.
Il ne serait plus témoin, il voulait être acteur.

- « Hè, Patmol ? Tu nous diras, un jour, qui est cette mystérieuse jeune fille ?
-J'espère, James. »