Juste un petit mot avant d'updater : merci à Edith Piaf pour m'avoir soufflé l'inspiration du chapitre !

Chapitre 13

Il marchait en vainqueur

-« Et voilà comment j'ai remis ce matin ma lettre de démission au premier ministre britanique. » Thyrus Bown, Ministre de la magie démissionnaire, annonçait son départ aux membres de l'Ordre du Phénix rassemblés à l'occasion d'une réunion extraordinaire.

Il ajouta, alors que personne ne prenait la parole :

-« Madame Iris Fredon assurera l'intérim de ma fonction dans l'attente de la nomination, par le premier ministre, d'un nouveau ministre de la magie. J'espère qu'elle pourra compter sur votre soutien. »

La susnommée Iris Fredon affichait un sourire jusqu'aux oreilles, visiblement l'ambition de toute une vie venait de se réaliser.

Sirius ne comprenait pas bien tout cela. Ceci ne ressemblait qu'à une perte de temps : l'organisation du ministère l'importait peu. Lui, il voulait parler de la guerre, de Voldemort, certainement pas du départ du trop discret Thyrus Bown, dont personne ne se souviendrait vingt ans après son passage au ministère. Pourtant, il remarqua qu'il était bien le seul à ne pas être très intéressé par tout ceci.

Le départ de Bown n'était pas une grande surprise. Depuis l'échec de l'organisation ministérielle particulièrement cinglant au cours de la bataille d'Ecosse, la rumeur n'avait pas tardé à se confirmer. Il faut dire que le fait que l'Ordre n'avait pas pu compter sur l'aide du ministère pourtant promise avait beaucoup joué dans ce départ. Devant ces circonstances particulièrement sombres, il fallait quelqu'un dont les capacités organisationnelles soient importantes, et qui n'ait pas peur de prendre des décisions parfois lourdes de conséquences. Tout ce que n'était pas Thyrus Bown.

Prévenu très peu de temps après l'Ordre de la présence de Mangemorts en Ecosse, il s'était abstenu de fournir l'aide matérielle, et surtout humaine qu'attendait l'Ordre. S'il n'était de toute façon pas certain que même avec le soutien du ministère, l'Ordre aurait réussi à mettre en échec les Mangemorts, l'Ordre n'avait pas apprécié cette situation. Il n'était pourtant en aucun cas à l'origine de la soudaine démission de Bown. Les pressions au sein même du ministère et la mauvaise organisation générale avait eu raison de son mandat.

Quelques jours après la bataille, Bown annonçait donc son départ. Dans l'assemblée qui entourait Sirius, tous étaient tournés vers l'ancien ministre et à ses côtés, Iris Fredon. Autant l'un regardait ses pieds, autant l'autre profitait de son nouveau poste avec délectation.

Lorsque enfin, Madame Potter posa la question que tous voulait poser.

-« Quand choisirons-nous le prochain ministre ? »

-« J'assurerais la fonction pendant la durée qu'il faudra. Evidement, le choix d'un nouveau ministre devra se faire le plus rapidement possible. Cependant les circonstances actuelles vont poser un vrai problème dans cette nomination. »

Sirius cherchait désespérément dans ses souvenirs comment était choisi le ministre de la magie. S'il était bien nommé par le premier ministre, il croyait savoir que ce n'était qu'une procédure formelle.

Remus Lupin anticipa la question qu'il voulait lui poser. Il chuchota :

-« C'est un vote, comme chez les Moldus. En général, il n'y a qu'une personne qui se présente alors ça n'a jamais vraiment posé de problème.

-Mais qui vote ?

-Ni toi, ni moi, malheureusement. Remarque, ça empêchera les Mangemorts de voter. Ce sont les fonctionnaires du ministère, le directeur de Poudlard, ainsi que tous les représentants des organisations magiques qui sont électeurs.

-Il y a plus démocratique comme fonctionnement… » Remarqua Lily.

-« A vrai dire, le ministre n'ayant pas tellement de pouvoir, personne n'a trouvé utile de déranger tous les sorciers pour ça. Et comme les représentants des organisations magiques sont eux élus. » Lupin n'eut pas le temps de poursuivre son exposé que le débat dans la Serna s'enflammait.

-« Il faut nommer le nouveau ministre le plus rapidement possible ! » Hurlait quelqu'un.

-« Pas question ! Prenons notre temps, la décision est importante ! » Répondait un autre.

Finalement, Dumbledore fit le calme dans la salle.

-« A mon avis, Iris Fredon n'a pas tout à fait tort quand elle dit que les circonstances ne sont pas vraiment propices à une telle nomination. Nous devons craindre l'intervention de Voldemort et des siens dans une telle décision. Thyrus, vous partez, et c'est là votre liberté la plus absolue. Cependant, vous laissez un ministère encore plus fragilisé. Il faudra donc que les employés du ministère, et Madame Fredon en premier lieu, s'attachent à montrer que votre départ n'affecte en rien sa prise de position contre Voldemort, et que le ministère est mieux organisé que jamais. Autrement dit et pour répondre à la question, je pense qu'il faut effectivement que nous choisissions un ministre le plus rapidement possible, mais que notre combat n'en pâtisse d'aucune manière qui soit. Il faudrait que cette élection se fasse dans le plus grand consensualisme pour ne pas montrer à notre adversaire que nous sommes occupés à autre chose que lui.»

La déclaration de Dumbledore fut suivie d'applaudissements. Apparemment, elle faisait l'objet d'un accord général de la part de l'Ordre. Seul Thyrus Bown continuait de regarder avec attention ses pieds.

Certains crièrent : « Dumbledore au ministère ! » Ce à quoi il répondit avec un petit sourire qu'il n'en était absolument pas question. Lui, il était directeur de Poudlard, pas ministre, que ce n'était pas le même métier, et qu'il s'occuperait, tant qu'il le pourrait et qu'on lui permettrait, de Poudlard.

Ce n'était qu'approximativement la dix-septième fois qu'on lui proposait ce poste, et ce n'était pas encore la dernière.

Thyrus Bown finit par se lever, serra quelques mains, et quitta la Serna en transplanant aussi discrètement que les souvenirs qu'il laissa au ministère.

Minerva McGonagall entreprit de reprendre le débat :

-« Nous n'avons pas terminé de parler de certaines choses. Je sais bien que tout le monde est fatigué, alors nous allons essayer d'aller rapidement. En premier lieu, mais je pense que les personnes ici présentes le savent déjà, nous avons à déplorer de nombreuses pertes suite à la bataille d'Ecosse. Cette fois-ci les journaux n'ont pas encore relayé l'information, mais les pertes pour l'Ordre ont été très lourdes. Il faudra donc nous réorganiser, et surtout analyser ce qui n'allait pas. L'événement est encore trop frais pour que nous en fassions un bilan critique juste, mais nous pouvons déjà dire que les séances d'entraînement aux duels, comme les services de Médicomagie, et de recherche, nous ont été extrêmement utiles. Il sera donc question de les poursuivre, et même de les intensifier. Nous avons été obligés de nous rendre compte que les Mangemorts étaient très au point, il faut donc que nous continuions activement dans cette voie-là. Il faudra aussi que chacun de nous fasse très attention à notre sécurité à tous : gardez un œil ouvert sur tous les évènements, mêmes les plus anodins, et n'hésitez pas à consulter l'Ordre, dont une cellule permanente va être ouverte, ici même, avec l'aide de volontaires. Cet endroit sera donc ouvert à n'importe quelle heure du jour et de la nuit pour tout membre ou proche. Sécurité encore au sein du ministère et de toutes les administrations magiques. Sécurité toujours à Poudlard que nous savons particulièrement exposée, preuve en est l'intervention remarquée à deux reprises de Voldemort dans nos locaux. Que tous les volontaires, adeptes des sortilèges de non intrusion, se fassent connaître, nous aurons de toute façon besoin de toutes les bonnes volontés. Des questions ? »

Sirius, à ces mots, reconnaissait la voix autoritaire que McGonagall utilisait avec ses élèves. Il y a avait quelque chose de presque rassurant que de savoir que les élèves comme le monde entier était traité de la même manière.

D'ailleurs, le monde entier réagissait de la même manière que les élèves. Tous les membres de l'Ordre faisaient profil bas. Aucune question n'était soulevée.

-« Très bien, alors nous allons pouvoir passer à la troisième grande question de ce soir, quelle solution devrons-nous adopter concernant Alvin Jedusor ?

»

Les personnes concernées dévisageaient leurs voisins. A priori, tous préféraient éviter la question de McGonagall. A leur décharge, elle était assez délicate. Si l'Ordre se devait de protéger le petit Alvin dont la vie était incontestablement menacée, personne ne savait quelle attitude adopter d'une part pour mettre en échec Voldemort de toute tentative meurtrière et d'autre part en vue d'assurer à Alvin un équilibre afin qu'il puisse grandir le plus sereinement possible. Ce qui partait mal lorsqu'on savait que le garçon était orphelin, et n'avait aucune famille connue en vie, sauf le plus terrible sorcier que la terre n'ait jamais porté.

-« S'il le faut, nous pourrions l'accueillir chez nous. » Annonça Madame Potter. La première réaction de James fut un peu de frayeur : devenir le neveu de Voldemort ne l'enchantait pas plus que cela, il fallait bien le dire.

-« Ou il serait évidement le bienvenu à Poudlard. » Surenchérit Dumbledore sous l'assentiment des Professeurs présents.

-« Je ne sais pas » dit quelqu'un d'autre « s'il est très prudent de le cacher à Poudlard, ou chez les Potter. Il faut aussi penser à la sécurité de toutes les personnes concernées. Et à Poudlard qui s'occupera de lui ?

-La question la plus importante est effectivement celle-ci, il faut que Alvin garde un semblant d'équilibre. Alors c'est vrai que chez les Potter, pourquoi pas, mais il ne vous connaît pas du tout, au-delà du seul fait que vous serez encore plus exposés à Voldemort.

-De toute façon, quoique l'on décide, il sera perdu dans un nouvel environnement et éventuellement une nouvelle famille, sorcière qui plus est.

-Justement, à ce propos, il faut que je vous transmette une proposition. » Tous les regards se tournèrent vers Dumbledore qui venait de prononcer cette phrase.

-« Meredith Funk que certain d'entre vous ont déjà rencontré, voisine de Liam Jedusor et de son fils, s'est proposée pour se charger de l'entretien et de l'éducation d'Alvin. Autant vous dire tout de suite que je suis fermement opposé à cette solution, elle est beaucoup trop dangereuse. »

Tout le monde acquiesça cherchant désespérément une solution…

C'est la jolie Clare Dame qui la trouva quelques secondes plus tard.

-« Et si Meredith Funke acceptait de vivre dans un endroit où l'Ordre pourrait assurer sa sécurité et celle d'Alvin ? Il faudrait bien sûr que tous les deux soient d'accords, mais pourquoi pas ? »

Un silence interloqué accueilli la proposition de la jeune fille. Celle-ci en déduisit qu'elle devait avoir dit une bêtise, et que ça ne méritait même pas que quelqu'un y réponde quand un homme intervint :

-« Elle a raison. De cette manière, d'une part nous assurons un semblant d'équilibre pour Alvin avec la présence de quelqu'un qu'il connaît bien, et nous pouvons veiller à leur sécurité. C'est toutefois un lourd engagement pour Madame Funke qui sera très probablement contrainte de quitter sa maison, son emploi, et ses habitudes. »

Tous, convaincus, hochèrent la tête.

-« Très bien » poursuivit McGonagall, « je demanderai le plus tôt possible à Madame Funke si elle accepterait ceci. Si c'est oui, nous placerons aussi vite que possible Alvin Jedusor près d'elle, probablement sur le chemin de traverse, voire le ministère ou Poudlard, puisqu'il s'agit des deux endroits les mieux surveillés par la communauté sorcière depuis le début de la guerre. »

Personne n'intervint.

-« Dernier point à aborder ce soir » continua la Professeur de Métamorphose « nous n'avons toujours aucune nouvelle de nos disparus. Ceci est bien sûr extrêmement inquiétant, et les retrouver demeure une priorité pour l'Ordre.

-C'est certain » surenchérit Monsieur Potter « nous sommes très inquiets en particulier pour la vie de Madame Meliane Banes, l'employée du ministère. Nous la cherchons depuis maintenant octobre, et nous ne parvenons malgré des procédés magiques ou moldus très perfectionnés à obtenir ne serait-ce qu'un indice sur cette disparition. Pour Meliane Banes, dont nous parlons depuis un petit moment, comme pour les autres que nous recherchons tout aussi activement, nous vous prions de rester très vigilants à tout ce que vous pouvez entendre, ou voir. Vous savez que vous pouvez nous contacter à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. »

Les membres de l'Ordre du Phénix savaient déjà tout cela. C'est donc très préoccupés qu'ils sortirent de la Serna.

Le lendemain, Sirius parvenait enfin à sa classe de Métamorphose appliquée. Il avait dû pour cela traverser tout Poudlard en un temps record, tout en évitant les premières années qui, et nul n'aurait su dire pourquoi, traînaient toujours dans les couloirs de manière à ce que personne ne puisse circuler. Après avoir incendié ces jeunes gens, Sirius avait réussi à se dégager de la marmaille, et piquait le tout dernier sprint dans le troisième couloir du deuxième étage, en partant de la gauche.

Essouflé, il s'engoufra dans la salle. Il aperçut Brian Thornford en train de classer quelques affaires, prêt à commencer le cours, et se remémora brusquement pourquoi il avait prévu de sécher cette heure de cours-là, ce jour-là.

-« Salut Sirius. » Dit Remedios Listerdale en se retournant vers le jeune homme qui s'affalait sur une chaise derrière elle.

Pour toute réponse, il marmonna bien quelque chose, mais on ne sut jamais vraiment, pas même lui, ce qu'il avait voulu dire. La seule chose à laquelle il était capable de penser était qu'il aurait préféré être très loin de la chaise de Listerdale, voire même dans le couloir, ou dans le parc. Malgré l'assurance qui le caractérisait d'ordinaire, il était là beaucoup plus gêné qu'il ne l'avait espéré. Il était bien décidé à montrer à la Serpentarde qu'il était parfait pour elle, qu'elle ne pourrait pas trouver quelqu'un de mieux que lui, et certainement pas cet abruti de Malefoy. Bref, Sirius n'était pas franchement dans son élément et aurait préféré que le cours se termine le plus vite possible, remettant à plus tard, l'inévitable prochaine confrontation qu'il devrait avoir avec elle.

Comme s'il l'avait entendu, Monsieur Thornford entreprit de commencer son cours. Or, les Poufsouffles, autrement dit George, Clare, et Denis, ne l'entendaient pas de cette oreille, et étaient trop plongés dans leur conversation pour se préoccuper de ce qu'il se passait autour d'eux. Il faut dire que leur dernier cours de botanique, duquel ils sortaient avait été épique : la pauvre Bia Cryz avait été aspergée de pus de Gorgue, une plante inoffensive qui secrète une espèce de substance jaune à poids violet et qui a la propriété amusante de se coller à tout ce qu'elle touche.

Monsieur Thornford trouvait quant à lui cette histoire assez peu amusante, et fit sortir George du cours lorsque celui-ci répondit : « Vous êtes bien le seul ».

Sirius pendant ce temps, essayait de se tasser le plus possible sur sa chaise, dans l'espoir qu'une charmante brunette aux grands yeux noirs ne le remarque pas. C'était sans compter sur la manière avec laquelle Listerdale mettait toujours les pieds dans le plat.

-« Je suis désolée pour l'autre soir. » Entendit-il d'une petite voix, au même moment où George prononçait la phrase fatidique qui lui valut un ticket aller pour le couloir.

Black se dit d'abord qu'il ferait mieux d'éviter de répondre. Cependant, son côté « Gryffondoresque » le rattrapa plus vite qu'il ne l'aurait souhaité.

-« Pas tant que moi. » Répondit-il froidement.

Remedios le regardait avec un œil désolé.

Ca l'agaçait prodigieusement.

En même temps, il se sentait très flatté qu'elle s'intéresse à lui, même un peu. Alors il prit une profonde inspiration, et alors que George, après avoir regroupé ses affaires, passait la porte de la salle, il lui parla.

-« C'est moi qui devrait m'excuser. Je n'aurais pas dû… »

Remedios faisait 'non' de la tête, souriante. Sirius, soulagé, savait qu'il venait de tout arranger, au moins pour un temps.

Monsieur Thornford revint à son bureau. Il fit quelques annonces, puis commença à expliquer qu'elles seraient leurs activités pour cette après-midi. Black avait déjà décroché, et comptait bien rattraper un peu le sommeil qu'il avait en retard dans la douce quiétude de la salle de Métamorphose appliquée.

Au bout de quelques minutes, il se rendit compte qu'il ne plongeait pas du tout dans les bras de Morphée, mais plutôt dans la contemplation des longs cheveux de Listerdale.

-« Réagis Sirius » se disait-il. « Elle est juste là. Tu n'as besoin que d'elle. C'est le bon moment pour se lancer, tu n'as aucune excuse. Si tu ne réagis pas, tu n'es plus un Gryffondor. »

-« Euh… Listerdale ! » Chuchota-t-il vers la Serpentarde. « Ca va comment ces derniers temps ? » Demanda-t-il, sans discrétion.

Elle se retourna en souriant. Elle savait très bien ce qu'il essayait de faire. Elle joua son jeu, en se tournant ostensiblement vers lui.

-« Ma foi pas trop mal avant que tu ne m'adresses la parole.

-Arrête, tu vas me faire rougir, vraiment, c'est trop ! »

-« Monsieur Black ! Mademoiselle Listerdale ! Vous viendrez me voir ce soir en retenue ! » Hurla Thornford.

C'était trop facile.

-« Encore ? » S'exclama Remus. « Mais tu le fais exprès ou quoi ? » Poursuivit-il sans savoir qu'il s'approchait dangereusement de la réalité.

-« Je croyais que quand on n'était pas là, tu n'aimais pas les retenues ! » Dit, déçu, Peter, qui pourtant n'affectionnait pas particulièrement l'idée de passer ses soirées dans de grandes salles vides, même en compagnie de ses amis.

-« Ce Monsieur Thornford, il est vraiment terrible… » Jugea James.

Sirius Black venait de leur annoncer que, ce soir, il était pris. Il avait presque oublié que l'excuse était une retenue, mais ses amis se chargeaient largement de le lui rappeler.

-« Bon, c'est pas grave pour la petite fiesta de ce soir, on fera sans toi.

-Quoi, c'est quoi cette histoire de fiesta ?

-Avec Remus et Peter, on pensait à faire quelque chose ce soir : passer au cuisine, et refaire gentiment le monde jusqu'à ce que Peter tombe de sommeil.

-Je ne tombe jamais de sommeil ! » Se récria l'intéressé en ne convainquant personne.

Il se trouvait que Sirius Black adorait ce genre de soirée que les garçons avaient l'habitude d'organiser très régulièrement, mais qui se faisaient plus rares ces derniers temps.

-« Vous m'attendrez ? » Hasarda-t-il.

Les trois autres firent semblants de réfléchir.

-« Evidement Patmol. Tu nous rejoindras quand tu pourras. » Lâcha enfin James.

Remedios entrait dans le bureau de Monsieur Thornford lorsque Sirius arrivait dans le couloir. Il courut à sa suite.

-« Mademoiselle Listerdale, et Monsieur Black. Votre enthousiasme à me rejoindre ce soir me surprend un peu, mais me réjouit ! »

Sirius jeta un œil à a pendule : ils étaient tous les deux arrivés en avance. Ce qui n'avait effectivement rien d'habituel.

-« C'est que plus tôt nous aurons fini, plus vite je serai débarrassée de Sirius Black. » Répondit Listerdale.

-« Excellent état d'esprit, Mademoiselle ». Répondit Monsieur Thornford. « Vous irez donc très vite quand vous aurez fini de faire cette petite expérience pour moi. Je vous explique en quelques mots : il s'agit de transformer cette pierre que vous voyez là » dit-il en désignant une roche sombre qui gisait sur son bureau « en alouette. »

-« Mais enfin vous n'y pensez pas ! » S'exclama Listerdale.

-« Et pourquoi donc ?

-Tout le monde sait que personne ne peut transformer une pierre en être vivant ! » Répondit Sirius, hors de lui. « Nous n'y arriverons jamais ! »

-« Je vous croyais un peu plus combatif, Monsieur Black. Et je ne vous laisse pas le choix. Ou vous réussissez cette expérience ce soir, ou vous échouez, et vous reviendrez ici tous les soirs de cette semaine !

-Mais il n'en est pas question !

-Vous ne pouvez pas faire ça !

-Oh que si je peux, et je commence à en avoir plus qu'assez de votre comportement dans mon cours, peut-être que tout ceci vous fera réfléchir. »

Sur ces paroles, il sortit de la pièce, laissant ses deux élèves un peu perdus, face à ce petit bloc de pierre noire.

-« Nan mais je rêve là ! » Dit un Sirius Black abattu. « On est bon pour passer toute notre semaine dans cette foutue salle.

-Il n'en est certainement pas question.

-Je suis bien d'accord. J'avais plein de trucs de prévus : repeindre les murs du dortoir, trouver un bébé magyar à pointes pour allumer le feu de la grande salle sans avoir à remettre la main sur cette satanée baguette, compter le nombre de couloirs de Poudlard…

-Bon, t'arrête ! » L'interrompit Remedios, visiblement très agacée.

Il obtempéra immédiatement, en se faisant tout de même la réflexion que les gens à qui il obéissait au doigt et à l'œil ne courraient pas les rues.

Un long silence suivit : Remedios faisait les cent pas du fond de la salle au bureau du professeur, tandis que Sirius la regardait, assis sur l'une des tables. L'attitude de Remedios Listerdale sortait de l'ordinaire. Jamais Sirius ne l'avait vue inquiète comme elle l'était en ce moment. Son masque imperturbable était-il en train de tomber ?

-« Meme ?

-Hum

-Qu'est-ce qu'il ne va pas ?

-On a vraiment joué aux cons, Sirius.

-Jusque là, ça me change pas vraiment.

-Je ne te le fais pas dire. Mais toi comme moi, on a vraiment autre chose à faire cette semaine.

-J'ai entraînement, une réunion de l'Ordre, il faut que je passe avec Clare à Pré-Au-Lard, aussi. Une semaine banale…

-Moi, c'est un peu pareil. Je ne peux absolument pas rester coincée ici toute la semaine, c'est beaucoup trop dangereux, en plus avec toi.

-Sympa…

-Désolée, rien de personnel. Bref, tout ça pour dire que j'ai une obligation Voldemoresque de toute première importance en fin de semaine. Il faut que j'y sois. Tant pis pour les autres réunions, je me débrouillerais pour trouver une bonne excuse.

-Parce qu'être en retenue, ce n'est pas une bonne excuse ?

-Pas pour Voldy. »

-« T'inquiètes pas. » Commença Sirius qui commençait lui-même à s'angoisser de voir Remedios tourner en rond dans la salle de cours. « On ira voir Dumbledore, et il arrangera ça pour nous.

-Ne te fais pas plus bête que tu n'es. » Répliqua froidement Remedios. « Il n'est pas question qu'un autre professeur soit au courant de ce que je fais chez Voldemort. Moins de gens savent, mieux je me porte. Nous ne pouvons courir le risque de mettre ce Monsieur Thornford au courant de mes petites activités.

-Tu le soupçonnes… De trahison ?

-Sans aller jusque là, tu l'as beaucoup vu fréquenter l'Ordre ? Et tu ne t'étonnes pas du fait que sachant très bien combien tu es impliqué dans cette guerre, il te sanctionne de façon largement démesurée ?

-Dumbledore ne l'a pas licencié.

-Et il a probablement ses raisons. Moi, je me méfie. »

Sirius réfléchissait. Elle avait peut-être raison. Peut-être fallait-il laisser Dumbledore en dehors de tout cela. Elle commençait à l'agacer, elle et sa stupide perspicacité.

-« Alors nous changerons cette pierre en alouette. » Dit-il enfin.

-« Tiens ? Moi, j'étais plutôt partie sur l'idée de nous confectionner des doubles qui pourraient nous remplacer ici…

-Une potion d'ubiquité ? Laisse tomber, Thornford le remarquera tout de suite. Et là, on est bon pour passer toutes nos soirées avec lui jusqu'à la fin de l'année, sans parler de la mauvaise publicité que ça nous ferait. Et je ne suis pas très bon, en potions.

-On aurait pu demander à Severus…

-Impossible. » La coupa-t-il.

-« C'est notre seule solution pour sortir d'ici ?

-J'ai bien l'impression, ma belle.

-Je t'ai déjà dit que je n'étais pas ta belle ?

-Hum ? Ca ne me dit rien. »

-« Changer une pierre en alouette… Normalement, c'est impossible. McGonagall nous l'a toujours dit. Un être vivant ne peut se transformer en chose inerte, et inversement…

-Et nous y arriverons, Meme. »

Remedios Listerdale regardait son compagnon d'infortune sans montrer de réaction. Sirius se plut à penser qu'elle était impressionnée par sa détermination.

-« Ok, on commence comment ? »

La salle de Métamorphose appliquée n'était pas très grande. Les deux jeunes-gens en avaient vite fait le tour. Remedios essaya bien, à tout hasard, d'utiliser un charme basique pour transformer la pierre en alouette, mais force était de constater que McGonagall sur ce sujet semblait avoir eu entièrement raison.

-« On a pas trente six mille solutions, Black.

-Je t'écoute.

-A mon avis, Thornford a l'air de tout faire pour que nous puissions sortir de cette salle avant la semaine prochaine. Alors s'il existe vraiment un sort qui nous permette de faire cette métamorphose, ce n'est certainement pas ici que nous allons le trouver.

-Très bien. Allons à la bibliothèque.

-Je ne pense pas qu'on ait le droit de…

-Hé bien je le prends le droit ! » Répondit Sirius en sortant effectivement de la salle, la Serpentarde sur les talons.

Ils se dirigèrent, dans le silence, vers la bibliothèque. En fait, Sirius Black savait bien pour avoir pratiqué un certain nombre de fois les retenus du professeur de Métamorphose appliquée que Thornford ne se déplaçait jamais pour vérifier ce que faisait ses élèves pendant la retenue. Il était certain qu'ils ne craignaient rien à se rendre à la bibliothèque, sous réserve de revenir à une heure raisonnable dans la salle.

Quelques minutes plus tard, quelques couloirs plus tard, et quelques escaliers plus tard, Remedios Listerdale et Sirius Black faisaient leur entrée dans la salle de la bibliothèque : de grandes armoires en bois immenses qui s'élevaient jusqu'au plafond, une multitude de grimoires plus ou moins bien conservés y trônaient, et Madame Pince, qui observait scrupuleusement des élèves de Poudlard plus amusés par la compagnie de leurs amis plutôt que par celles des vieux manuels.

Listerdale se dirigea sans hésiter vers le rayon des Métamorphoses, au fond de la bibliothèque, suivie par un Black beaucoup moins habitué à la fréquentation de ce lieu.

-« Prends l'armoire de droite, je prends celle de gauche. » Prévint Remedios en feuilletant le premier livre qui lui était tombé sous la main et qui portait ce titre prometteur : « Métamorphoses et décadence ».

Sirius ne pensa même pas à contester l'ordre reçu et se mit aussitôt à la recherche d'un sort qui pourrait les aider. Il s'imaginait que le sort, s'il existait, ne devait pas être connu de beaucoup de monde, sinon ça se saurait. Il chercha donc vers les livres qui n'étaient jamais ouverts, ceux que la poussière recouvrait, et qui avaient des réactions étranges, bien qu'inoffensives lorsqu'on les ouvrait.

Black se rendait compte, au fur et à mesure de son étude, qu'il ne connaissait qu'une infime parcelle de tout ce que les métamorphoses pouvaient permettre, et il regretta de ne pas avoir été plus attentif que ça lors des cours de sa directrice de sa maison. Il disait parfois à Remedios les titres d'articles ou de livres qu'il trouvait amusant. Sinon, le silence régnait dans ce coin de la bibliothèque encore plus désert que le reste de la bibliothèque à cette heure tardive.

-« Meme !

-Mm…

-J'ai trouvé un truc intéressant ! » S'exclama enfin le jeune homme.

-Quoi dont ? » Interrogea-elle en se ruant vers lui.

-« Regarde cette note. »

Remedios prit le livre des mains du Gryffondor, et lut les quelques petites lignes figurant dans le bas d'une page en bien mauvais état « ici, voire la note de Monsieur le Professeur émérite Brifleape de l'école de magie islandaise, 1356-1570, sur la transformation d'une roche calcaire du sud de l'Angleterre, en colibri de Tasmani ».

-« Sans déconner !

-C'est pas génial ça ?

-Reste plus qu'à trouver le bouquin de ce cher professeur Brifleape…

-Si Thornford sait comment faire, c'est que ce bouquin doit se trouver ici.

-Ca fait un petit moment qu'on est là déjà, et franchement, je n'ai vu aucun document dont l'auteur portait ce nom-là.

-Ah. »

-« Tu sais quoi ?

-Mm…

-S'il n'est pas là, il eet peut-être à la réserve.

-Evidement, il serait inutile de te rappeler que l'entrée dans la réserve est formellement interdite, et ce pour tous les étudiants de Poulard ?

-Tu as raison, ce serait complètement inutile. Mais essayons. Laisse-moi seulement une demi-heure, ou je le trouve, ou je sors.

- Si même j'acceptais, je ne vois pas bien comment tu réussirais à berner Madame Pince.

-Ca, c'est mon affaire. Accepte juste d'aller lui demander quelque chose. »

Remedios avait beau être une Serpentarde typique, elle ne pouvait cacher la surprise que lui inspirait Sirius. Amusée, elle se dirigea vers Madame Pince. Elle savait parfaitement comment l'occuper. Elle demanda un livre, qu'elle savait introuvable.

Elle surveillait Sirius, dans son dos, qui paraissait flâner tranquillement vers la réserve. Puis, d'un coup, Sirius disparut. Remedios baissa les yeux. Sirius n'était plus là. A la place, il y a avait un chien. Un grand beau chien noir. Celui-ci lui fit un clin d'œil avant de s'engouffrer dans la réserve.

Remedios dut faire preuve de beaucoup de sang-froid pour ne pas hurler sa surprise. Elle se concentra autant qu'elle le put sur la discussion qu'elle entretenait avec Madame Pince.

Sirius pendant ce temps, reprenait son apparence humaine. Il se précipita vers des livres de Métamorphose, et en évitant de les toucher, il chercha n'importe quoi dont le nom rappelait le Professeur Brifleape.

Les minutes passaient, et Sirius ne trouvait rien.

Il commençait sérieusement à douter, quant il tomba sur un livre d'un certain sorcier « Breaflip », ancien président de la confédération magique de l'Altiplano, dont les travaux portaient sur les différentes propriétés amusantes de la roche calcaire du sud de l'Angleterre.

Il n'en revenait pas. Il prit le livre. Et se dirigea d'un pas pressé vers la réserve.

Là, il se transforma en chien, le livre dans la gueule, en espérant que celui-ci n'aurait pas de réaction étrange. Il passa le plus près possible du bureau de Madame Pince afin que celle-ci ne put le voir. De toute façon, elle était toujours en grande conversation avec une Remedios décidément très intéressée par une histoire d'ogres de Patagonie.

-« Excusez-moi, mais ça fait une bonne demi-heure que j'attends que Mademoiselle Listerdale ait fini de parler, alors est-ce que je peux vous couper ? Il me faudrait un livre. » Madame Pince se tourna vers lui. Elle ne l'avait pas vu arriver.

-« Monsieur Black ? Euh… Oui… Je crains que je ne me sois laissée emportée sur ce très beau sujet de dissertation avec Mademoiselle. Donc, ne vous inquiétez pas Miss Listerdale, je vous transmettrai les informations dès que j'aurais des nouvelles de la bibliothèque de Miramar sur les livres que vous cherchez. Monsieur Black ?

-Oui, moi, je cherchais 'Métamorphoses et décadence', je ne l'ai pas trouvé dans le rayon. »

-« Tu m'expliques là ?

-De quoi ? » Demande innocemment Sirius Black en emboîtant le pas de Remedios de retour dans la salle de Métamorphose appliquée.

-« Tu es un animagus non déclaré !

-Te sens pas obligée de le crier dans les couloirs de l'école. Et oui, merci j'étais au courant.

-Mais comment ça se fait ? » Reprit la Serpentarde interloquée qui montrait ostensiblement un intérêt soudain pour le jeune homme.

-« Comment ça se fait ? Par amitié.

-Par amitié ?

-Oui bon, on va pas en parler pendant toute la nuit, si ? » Répliqua sèchement un Sirius agacé.

Il n'aimait pas beaucoup qu'on se mêle de sa vie. Il était content que Remedios sache ça, mais il ne voulait vraiment pas qu'elle en fasse toute une histoire.

-« Evidement, je peux te faire confiance pour n'en parler à personne ?

-Evidement. »

Et le visage de Remedios Listerdale redevint d'une impassibilité désespérante.

Monsieur Thornford entra. Vit que ses élèves n'avaient pas touché à la roche sur son bureau, et les fit sortir en leur adressant un petit sourire que Sirius interpréta comme un 'vous êtes nuls, je le savais bien, alors à demain'.

-« Meme, tu fais quoi maintenant ?

-Je vais lire le livre que tu as trouvé à la bibliothèque, pourquoi ?

-J'ai d'autres projets.

-Lesquels ?

-Il faut que je te présente des gens. »

Remedios Listerdale ne discuta pas. Elle le suivit.

Elle ne se souvenait d'être déjà passée par cet endroit auparavant. Elle savait bien qu'elle se trouvait dans une tour de Poudlard, mais elle n'aurait su dire laquelle, et où précisément.

Ils arrivèrent devant le portrait d'une grosse dame, qui leur ouvrit la porte en grognant.

Elle comprit alors tout de suite où elle se trouvait. Dans un endroit où pas un Serpentard n'était entré depuis très longtemps, peut-être même que ça datait de Salazard Serpentard : la salle commune de Gryffondor. Une grande et jolie salle, avec des fauteuils on ne peut plus accueillant devant la cheminée, de grandes fenêtres donnant sur le parc, et des tables, dans le fond dont l'état pouvait laisser penser qu'il pouvait être difficile d'y travailler.

Dans cette grande salle ronde, il n'y avait quasiment personne. Remedios les reconnut instantanément.

-« Remus ! James ! Peter ! » S'écria un Sirius tout joyeux.

Peter ne cacha pas sa surprise de trouver dans le QG des Gryffondor une de leurs ennemies jurées. Remus et James, quant à eux, tout sourire, se levèrent pour saluer la nouvelle venue.

-« Salut Listerdale.

-Alors c'était bien la retenue de Thornford ? » Demanda James en adressant à Sirius un clin d'œil.

-« Plus compliqué qu'on ne se l'était imaginé. » Répondit la jeune fille.

-« Euh… Listerdale, je suis désolé pour tout ce qui s'est passé entre les Gryffondors et toi pendant toutes ses années. » Dit James avec difficulté en se resservant de la Bierraubeure.

-« Pourquoi ? On s'est bien amusés, non ?

-« Mais tu n'étais pas du côté de Voldemort ? » Demanda Peter.