Et l'inspiration du chapitre vient de... ??? BB Brunes !

(Et merci encore à vous Madgriffin et LunaCleaver !!!)

Chapitre 15
Dis-lui, s'il doit partir ou pas

Les Aspics approchaient dangereusement, et les Maraudeurs ne s'en étaient pas encore préoccupés. Plus l'année scolaire avançait, meilleur le temps à l'extérieur était, et plus la menace Voldemoresque était insistante. Deux facteurs qui les amenaient soit à flâner sur les pelouses de Poudlard, soit à rester cloîtrés dans des salles d'entraînement ou dans des conférences qui n'en finissaient pas.

La vie des Maraudeurs avait vraiment changé. Qui aurait dit, ne serait-ce qu'un an plus tôt que ces quatre garçons-là, seraient aussi responsables ?

Albus Dumbledore refusait toujours de suspendre le déroulement des examens, et ce n'était pourtant pas faute de le lui avoir réclamé à cor et à cri.

Les examens approchaient donc, et les Maraudeurs n'y pensaient même pas. Jusqu'à une petite réflexion insidieuse de Lily Evans, dérangée par un James Potter qui n'avait aucune intention de la voir travailler.
-« C'est dans moins d'un mois, quand même. »

James, Sirius, Peter, et Remus ne purent pas plus longtemps ignorer cette réalité-là, même si elle n'avait rien de passionnant.

-« Dans moins d'un mois ? Mais comment ça se fait ?
-Et il faut réviser quoi ?
-'Réviser' ? Apprendre, tu veux dire…
-Pfffffff. Un si beau soleil, deux heures de liberté, et voilà à quoi on va en être réduit. » Conclut Peter.

Il regardait avec un incommensurable ennui la pile de livres qui s'étaient accumulée sur une table de la salle commune de Gryffondor, les Maraudeurs ayant toujours évités le plus possible de se rendre à la bibliothèque, dont le silence les angoissait. La salle commune n'était pourtant pas forcément le meilleur endroit pour étudier, surtout lorsque Jordan Smith montait sur les tables pour se mettre à chanter à tue-tête des titres moldus.
Sirius Black et ses amis préféraient cette ambiance-là. On s'y amusait plus, même si on y travaillait moins.

Potter, Pettigrow, et Lupin se plongèrent alors dans la lecture quasi-intensive des livres en question, minutieusement sélectionnés pour eux par Lily Evans. De temps à autres, ils levaient le nez pour regarder Jordan Smith dont ils commençaient à se demander si celui-ci n'allait pas leur voler la vedette avant la fin de l'année, pour papoter quelques instants avec des Gryffondors de passage, ou pour échanger quelques commentaires sur la masse de travail qui leur restait à abattre.

Black en était aussi, et louait chaque instant la bonne volonté de Lily qui avait laissé quelques messages dans les livres afin, soit de noter les passages importants, soit de glisser quelques histoires rigolotes dans les pages austères des grimoires.

Pourtant, il avait un mal fou à tenter de se concentrer sur ce qu'il lisait et essayait vainement d'apprendre. Jusqu'à maintenant, il n'avait eu aucune difficulté à suivre les cours dispensés à Poudlard, et même à y briller. Après tout, il ne lui avait fallu qu'à peine un an pour devenir un Animagus. Alors ce n'était pas des petits Aspics de rien du tout qui allaient lui faire peur.

Néanmoins, l'angoisse le pressait de plus en plus, alors que les heures passaient et que son regard ne parvenait pas à se poser tranquillement sur une ligne pour la lire. Il était encore loin d'apprendre quelque chose. Et les heures continuaient à défiler à une vitesse vertigineuse.

En début de soirée, les frasques de Jordan Smith ne l'amusaient même plus. En revanche, il angoissait de plus en plus, surtout lorsqu'il surprenait les rires de ses amis, quand il ne pouvait que constater que, eux, n'éprouvaient aucune difficulté particulière à étudier.

Ceci expliquant cela, il était vrai que Sirius Black était le seul au courant d'un événement survenu la veille : Severus Rogue, futur Mangemort de son état, avait appris à l'insu de tous que Remedios Listerdale, proche déclaré de Voldemort, jouait en fait un double jeu et qu'elle entretenait qui plus est des relations proches, qu'on pouvait qualifier d'amicales, avec les ennemis jurés depuis bientôt sept ans de l'ensemble de la maison Serpentard.

Inutile de préciser que la position de la très belle Remedios était soudainement devenue encore plus délicate qu'elle ne l'était. Même si elle pouvait compter sur le soutien et la protection de Dumbledore et de l'Ordre, Rogue et a fortiori Voldemort prendraient certainement assez mal la nouvelle. Les conséquences pour la jeune fille pouvaient être très graves.

C'était à peu près les seules pensées cohérentes que Sirius pouvait tenir lors de cette après-midi et soirée de révisions. Il n'avait obtenu aucune nouvelle de la Serpentarde et commençait sérieusement à se demander s'il ne lui était pas arrivé malheur. Pourtant, il pouvait difficilement aller demander à Rogue comment il prenait la nouvelle. Et Dumbledore semblait injoignable.

Sirius avait déjà fait l'épreuve de l'angoisse et pensait fermement que sa santé cardiaque requérait une rupture pure et simple de tout attachement sentimental le liant à Listerdale. Cette mesure impliquerait, et il en était complètement convaincu, une grande plaie nette de son cœur.

Puis, il pensa qu'il ressassait vraiment beaucoup trop, et qu'il ferait mieux de faire quelque chose d'un peu concret pour se changer les idées.

Chanter avec Jordan Smith ne lui disait trop rien. Parler avec les Maraudeurs pouvait toujours se reporter. Dormir, il s'en sentait présentement bien incapable.

Ne restait pour lui qu'à déambuler dans les couloirs.

Il se leva donc, et passa le portrait de la grosse dame, non sans avoir précisé préalablement à ses amis qu'il partait pour une petite balade digestive, ce que personne ne crut.

Ses pas le conduisirent vers la grande salle. Puis, instinctivement, comme pour ressasser non plus par la pensée, mais par les gestes, il se positionna exactement là où Rogue les avait observé, eux cinq, entrant dans le hall après avoir lancé le sort de Bérézina.

De cette place, on avait donc vu sur le parc, sur la grande salle, derrière au fond, sur les escaliers, et devant, sur le hall et sa grande porte.
A cette heure-ci, c'est-à-dire après le couvre-feu, il n'y avait pas foule dans le hall. Rusard avait une fois de plus quitté sa loge pour traquer Peeves, l'esprit frappeur, dans on ne sait quels coins du château, et Miss Teigne vadrouillait près de la tour d'astronomie. C'est en tout cas ce que la carte du Maraudeur apprit à Black.

Il s'assit en haut des marches, et contempla l'immense porte de Poudlard. Il ferma la carte du Maraudeur « Méfait accompli », et la roula dans sa poche. Tant pis s'il tombait sur Rusard, ça lui était bien égal.

Quelques minutes s'écoulèrent. Qui devinrent bientôt peut-être une heure, peut-être deux. Lorsque l'immense porte de l'école, que Black avait sous les yeux, s'ouvrit discrètement pour laisser entrer… Listerdale.

La première réflexion du jeune homme fut bien évidement le soulagement, mais il se demanda aussi comment il était possible pour ces futurs Mangemorts de rentrer aussi facilement à Poudlard que l'on vienne de chez Voldemort ou du cours de botanique. Listerdale ne semblait pas prendre de mesures de discrétion particulières si ce n'est qu'effectivement, elle évitait visiblement de faire grincer la porte.

Listerdale semblait seule lorsqu'elle s'avança dans le hall.
De loin, Sirius put constater qu'elle ne portait pas l'uniforme de l'école, mais une grande et longue robe sombre. Ses cheveux bruns coulaient dans son dos. Il aperçut aussi des dessins formés sur ses élégantes mains.

Il se dit qu'elle était vraiment belle.

Lorsqu'elle s'approcha, il se rendit compte qu'elle avait de nouveau abandonné son masque d'impassibilité. Elle semblait inquiète. Certes, c'était difficilement remarquable, mais visible. Ces derniers temps, la belle Serpentarde changeait, ça se voyait.

Elle le vit tout de suite. Et courut presque à sa rencontre.
-« Black ! Il faut absolument que…
-Qu'est-ce qui est arrivé avec Rogue ? » Coupa le Gryffondor.
-« Plus tard. Il faut d'abord que je te dise : Voldemort est assez... fâché depuis hier soir ! Il prépare sa revanche, ça ne fait aucun doute. Et j'ai peur que cette fois-ci on ne puisse l'arrêter . » Reprit-elle rapidement. « Il ne sait pas qui l'a repoussé. Mais j'ai l'impression qu'il veut se venger, et contre n'importe qui. C'est là qu'il m'a dit qu'il avait pensé à commencer à faire peur aux élèves de Poudlard. S'ils quittent l'école,…
-Les parents retirent les élèves de Poudlard. Dumbledore est totalement décrédibilisé. L'école ferme.
-Exactement. Ce qui fait qu'il arrive exactement au même résultat, mais de manière beaucoup plus subtile, tu lui accorderas.
-Ok, il veut se venger, et alors ?
-En fait, c'est ta mère.

-Ca fait des mois qu'elle tente de convaincre Voldemort de faire quelque chose. Elle ne supporte pas l'idée que quelqu'un de la famille Black ne soit pas à sa totale dévotion. Elle pense que si Voldemort réussit à te ramener chez lui, ce sera d'abord la fin de Poudlard, mais aussi la rentrée du vilain petit canard dans la giron familial, et surtout un formidable symbole pour tous : un fervent défenseur de la cause Dumbledoresque qui rejoint les rangs Voldemoresques. Tu imagines le truc ?
-Vaguement.
-Sirius, je te connais, il ne faut pas que tu prennes cette menace à la légère. Tu es très attendu là-bas. Ils veulent que tu les rejoignes, ça ne fait pas de doute. Fais attention à ce que tu fais. Tout peut être très dangereux.
-Si tu parles de me terrer ici jusqu'à la fin de mes jours, il n'en est certainement pas question. Je ferai comme tous les élèves de cette école, et comme tout membre de l'Ordre qui se respecte.
-Typiquement Gryffondor…
-Il ne me fait pas peur. Je l'attends. »

Les yeux noirs de Remedios le fixaient toujours avec inquiétude, celle-ci devenait grandissante au fur et à mesure qu'ils parlaient. Sirius n'avait pas l'intention d'inverser la tendance. Tant pis si elle s'inquiétait, c'était chacun son tour, et il n'était pas prêt à faire des sacrifices tout ça parce que Voldemort était vexé.

-« Sirius… Je t'en prie… » Dit Remedios d'une petite voix. « Je te demande juste de faire de attention.
-Ne compte pas sur moi pour devenir paranoïaque.
-Là-dessus, je savais que c'était perdu d'avance. »

Et Remedios Listerdale sourit. Ca ne lui arrivait pas si souvent, en fait. Sirius le nota.

-« Et Rogue alors ? »
Le visage de la Serpentarde s'emprunta alors d'une douceur que Black ne lui avait jamais vue. Ce qui l'agaça prodigieusement.
-« Quand il nous a vu contre les Mangemorts ?
-Evidemment.
-« Je suis allée lui parler, après.
-Et tu lui as jeté un sort d'oubliettes ?
-Non.
-Hein ?
-Dumbledore me l'a bien proposé, mais ça ne sert à rien. Je n'ai pas l'intention de lui faire subir ça.
-Hein ? Mais… C'est Rogue tout de même !
-Justement.
-Que lui as-tu dit ?
-Tout.
-Tout ?
-Le rôle que je joue dans cette histoire depuis le début, ma rencontre avec toi, et avec les autres, Voldemort, Dumbledore… Tout quoi.
-Il sait que tu travailles pour Dumbledore ?
-Oui. Ca ne l'a pas beaucoup surpris d'ailleurs.
-Il n'a rien dit à Voldemort ?
-Non, pas pour le moment, et je sais qu'il ne le fera pas.
-Mais tu parles d'un futur Mangemort ! Dés que tu auras le dos tourné, il balancera tout pour entrer dans les petits papiers de Voldemort ! Il faut absolument que Dumbledore lui envoie un petit oubliette !
-Ce n'est pas la peine. Il ne dira rien. Crois-moi, Sirius. Severus n'est pas aussi bête et méchant que tu te plais à le croire.
-S'il a réussi à te faire croire qu'il était de ton côté, je n'irais certainement pas dire qu'il est bête !
-Sirius, tu m'embêtes. Ouvre grand tes oreilles, je ne le répéterai pas deux fois : Severus n'a peut-être pas fait un choix très judicieux dans cette guerre, mais c'est quelqu'un de bien. Ne l'oublie pas.
-Permets-moi d'en douter, pendant au moins quelques dizaines d'années. »

Remedios, dont la douceur commençait sérieusement à désespérer son interlocuteur, semblait vouloir partir. Elle lui adressa un petit sourire et commença à redescendre pour prendre la direction des cachots. A mi-marches, elle se tourna vers lui.

-« Au fait, Severus m'a demandé de me méfier de toi.
-Qu'est-ce que je te disais !
-Il parait que tu as essayé de le tuer, l'année dernière... »

A l'évocation de ce souvenir, dont il n'était pas particulièrement fier, Sirius baissa les yeux. Et tenta de se justifier.

-« Tu ne sais pas ce qu'il avait fait…
-Et je ne veux pas savoir ! James l'a sauvé…
-James a toujours été le plus lucide de nous deux. Tu sais, je reste persuadé que Rogue est à moitié fautif dans cette histoire. Après, il a essayé de me faire renvoyer de Poudlard. Imagine s'il avait réussi… »

-« Il m'a dit qu'il fallait que je cesse de te voir. Que tu étais dangereux pour moi. » Reprit la Serpentarde. « Ce qu'il dit compte beaucoup, mais je tiens trop à rester ton amie. »

Les mots de Remedios firent à Sirius l'effet d'une douche d'eau glacée.

Et encore, c'était peut-être une douche de neige carbonique.

Elle disait ça avec un petit air qui pouvait laisser penser qu'elle voulait lui faire plaisir. Rien de tout cela n'eut l'effet voulu.

-« Pour la première fois de ma vie, je suis d'accord avec Rogue. » Annonça-t-il froidement.
La Serpentarde ne cacha pas son étonnement.

-« Il n'est pas question que je sois ton ami. » S'expliqua Sirius. « Je suis bien trop attaché à toi pour ça. Ca fait des mois que je passe mes journées à penser à toi, à t'attendre, à m'inquiéter. Et de ton côté, ce n'est que de l'amitié ? Non merci. Très peu pour moi. Je préfère n'être rien du tout.

-« Tu ne peux pas me traiter comme ça, c'est insupportable. C'est trop dur. Je ne veux plus. » Reprit-il, ému.

Remedios le laissait parler.
Plus il parlait, et plus son visage qui pourtant avait été expressif quelques minutes plus tôt se refermait. Sirius assistait à une transformation totale de la belle brune. Bientôt, elle avait repris l'impassibilité qui la caractérisait.

-« Sirius, je ne peux pas te traiter autrement. » Dit-elle enfin avec distance.
-« Bien sûr que si. Mais j'ai bien compris que tu ne voulais pas.
-Les choses ne sont pas aussi simples, aussi tranchées qu'un Gryffondor les perçoit.
-Peut-être parce qu'une Serpentarde les complique. Ne te fatigue pas Meme, j'ai bien compris que je perdais mon temps. » Dit-il en se retournant pour partir.

-« Les choses sont compliquées. » Répéta Remedios.

-« Tu parles de Malefoy ? » S'exclama soudain Sirius, revenant sur ses pas, qui avait trouvé là un parfait bouc émissaire. « Cet abruti congénital ? Mais qu'est-ce que tu lui trouves à ce prétentieux ? Il est plus beau ? Il est plus intelligent ? Il est plus Mangemort ? Il te fait l'amour comme un dieu ? »

Sirius savait parfaitement qu'en disant cela il blessait Remedios. Il en aurait rajouté volontiers s'il n'était pas tombé sur ses yeux, vides, sans réaction.
Il se tut alors brusquement.
Tout ça était vain. Il le comprenait parfaitement.
S'il réussissait à faire du mal à Remedios que pouvait-il y gagner ? Absolument rien.

-« Sirius, je ne veux pas qu'on se fâche.
-Trop tard. » Répondit-il froidement. Et inspirant profondément, il continua : « Meme, je ne veux plus te voir, je ne veux jamais plus te parler. J'éviterai de te croiser dans les couloirs de cette école. Si tu as quelques infos sur Voldemort, va voir directement Dumbledore. Je resterai totalement indifférent si jamais tu m'adresses la parole. J'abandonne. Je ne veux plus te voir… »

Sur ces mots, il tourna les talons. Laissant sur les marches du hall la Serpentarde et son impassibilité intacte.

Au fond de lui, il espérait avoir créé chez elle un semblant de réactions. Il ne voulait pas se l'avouer, mais sa seule ambition avait été là de la faire réagir.
Et elle n'avait pas réagit. Tant pis, il comptait bien l'oublier aussi vite qu'elle était entrée dans sa vie cette année-là. Il avait bien d'autres choses à faire que de s'accrocher à cette histoire qui finalement n'en était pas une.

Ses pas le conduisirent sans surprise vers la tour Gryffondor. La grosse dame le laissa passer en maugréant, mais le laissa passer tout de même. Dans la salle, fait extraordinaire s'il en est, se trouvaient encore de nombreux cinquième et septième années plongés dans des parchemins et des grimoires imposants.

-« Alors que revoilà Black. » Lança Peter, assis à l'une des tables proches de la cheminée.

Ils durent s'apercevoir que quelque chose n'allait pas étant donné la tête que tirait leur ami. Pourtant, aucun ne voulait insister. Après tout, il serait toujours temps de savoir lorsque Black se déciderait.

Ce dernier s'affala sur l'un des fauteuils, dos à ses amis. Et entreprit d'observer avec attention le foyer. Il avait sommeil. Il n'avait pas beaucoup dormi la nuit dernière, comme les nuits précédentes. Le souvenir de la soirée lui indiquait pourtant qu'il ne réussirait pas plus à dormir.

James, Remus, et Peter, quant à eux, avaient l'air de s'amuser comme des petits fous à réviser une solution de potions en se remémorant ce qui s'était passé dans le cours au cours duquel il l'avait apprise. Malefoy et Rogue en avaient bien pris pour leur grade.

Ils s'arrêtèrent soudainement lorsque l'entrée de la salle commune s'ouvrit… sur Minerva McGonagall. Il était extrêmement rare que leur professeur de Métamorphoses, directrice de leur maison, entrent dans cette salle. Cela justifiait donc pleinement le soudain silence qui y s'installa.

-« James ? Monsieur le directeur demande à vous voir.
-Tout de suite ?
-Oui.
-Seul ?
-Oui. Veuillez me suivre, s'il vous plaît. »
James Potter se leva, assez inquiet il faut bien le dire, et suivi McGonagall.

Ses trois amis, ainsi que Lily, restèrent sans voix, ce qui là encore, était exceptionnel. Quelques minutes plus tard ils échangeaient toutes les possibilités qui pouvaient justifier l'événement.
-« Peut-être que les aliens ont débarqué et qu'ils réclament James pour faire des tests ?
-Ou alors McGonagall est secrètement tombée amoureuse de James et n'en pouvant plus est venu le chercher ici pour tout lui avouer !
-Beurk…
-J'y suis ! Dumbledore a décidé de créer un nouvel Ordre et veut que James en prenne la tête !
-Waouw ! La classe ! »

James mit du temps à revenir. La conversation les avait bien amusés, même Sirius se surprenait à ne plus penser à sa Remedios. Enfin, James revint.

-« Alors ? » Lui lança sans autre forme de préambule Sirius.
James faisait grise mine. Il n'avait a priori pas le cœur à rire. Et les autres s'en aperçurent assez vite. Il s'écroula dans le fauteuil aux côtés de Sirius, le teint pâle, un air grave inscrit sur le visage.

Les autres commençaient à comprendre qu'il venait de se passer quelque chose de grave. En tout cas d'important. Les fois où James ne souriait pas étaient rares.

-« Je suis monté chez Dumbledore ». Entreprit de raconter le jeune homme. « Avec McGonagall. Là-haut, il y avait mes parents. C'est Dumbledore qui a parlé. Vous vous souvenez de Meliane Banes ?
-L'employée du Ministère qui a disparu ? Bien sûr !
-L'Ordre la cherche depuis plusieurs mois. Ils auraient enfin une piste, quelque part en Albanie.
-Et ?
-Mes parents partent à sa recherche. Les informations paraissent crédibles. Ils se sont portés volontaires pour la ramener.
-Tous les deux ?
-Tu les as déjà vu faire quelque chose séparément ?
-Oui, tous les deux. Ils partent très prochainement. Ils voulaient me le dire avant de partir. C'est une mission très dangereuse comme vous pouvez l'imaginer.
-Ne t'inquiète pas, James, tes parents sont de très grands sorciers. Quoi qu'il se passe, ce sont les seuls à pouvoir mener à bien ce genre de mission.
-Je sais bien. Permets-moi de m'inquiéter tout de même.
-Bien sûr.
-En tout cas, je leur fais confiance pour ramener Madame Banes, et éventuellement les autres disparus. Il faut bien que quelqu'un y aille. » La voix de James mourut. Lily se leva pour venir le prendre dans ses bras tandis que les autres observaient un silence inquiet.
-« C'est certain. » Conclut Remus.

En fait, les Maraudeurs étaient bien plus inquiets qu'ils ne le laissaient paraître. Ils comprenaient tous combien la mission dont les parents de James s'étaient chargés était périlleuse. Malgré cela, ils restaient convaincus qu'ils étaient les seuls à pouvoir mener à bien cette mission.

Ils dormirent mal cette nuit-là. Sirius commençait à se demander quand il pourrait dormir tranquillement : une bonne et entière nuit de sommeil… Ca ne lui était plus arrivé depuis combien de temps ?

La semaine qui suivit était aussi occupée que les précédentes.
Les réunions générales de l'Ordre se faisaient plus sporadiques, mais les réunions parallèles d'entraînement avaient toujours lieu. Et une fois par semaine, voire plus, Black rejoignait Clare Dame. Ils allaient ensemble chez Cyprée Stevens qui les couvrait de petits cookies et autres sucreries chocolatées délicieux. C'était d'ailleurs l'un des meilleurs moments de sa semaine.
Sinon, il avait entrepris, à l'instar des autres Maraudeurs, l'apprentissage le plus exhaustif possible de l'ensemble du programme de septième année qu'il avait largement ignoré jusque là ainsi que la révision de tout ce qu'il avait appris dans les années précédentes, Aspics obligent. Chose à laquelle il n'était pas du tout habitué mais à laquelle il se pliait volontiers. Cela le sortait des Voldemort et Consorts. Cela le sortait aussi de Listerdale, même s'il avait du mal à accepter que la jeune fille ait dans sa vie autant d'importance.
Dans ses grimoires, submergés de parchemins, les mains noires d'encre, et la baguette magique à proximité, il se sentait bien mieux qu'il ne l'avait été ces derniers temps. Il pensait même avoir trouvé un certain équilibre dans ses intenses révisions. Maintenant, il était plus préoccupé de sorts scolaires et de plantes aux propriétés étranges, que tout ce qui l'avait passionné au début de l'année : la guerre contre Voldemort essentiellement. Non pas qu'il ne s'y intéressait plus, mais il voyait les choses avec moins d'enthousiasme et saisissait mieux le danger que le mage représentait.

Quant à Remedios, il préférait écarter le sujet. Il lui avait dit au revoir, ou adieu, et il n'allait pas revenir sur le sujet avant un bon moment. C'était peut-être la femme de sa vie, mais si elle ne voulait pas, c'est qu'il n'était pas fait pour elle, un point c'est tout.

Il avait donc entrepris, au cours de toute cette semaine, de l'ignorer superbement.

Ils étaient bien sûr obligés de se croiser régulièrement au détour d'un couloir ou à l'intérieur d'une salle de cours. Il la voyait toujours, et ne lui adressait pas la parole. Il s'était bien aperçu qu'elle tentait parfois de renouer le contact, en disant bonjour ou en lui adressant un charmant petit sourire contrit qui en aurait fait changer d'avis plus d'un. Sirius Black tenait sa ligne de conduite, et ne bronchait pas. Il passait son chemin ou ne répondait pas lorsqu'en classe de Métamorphose appliquée, elle lui parlait. Il réagissait si peu que Monsieur Slughorn ne trouva pas même une seule occasion de lui donner une retenue de plus. Pour la première fois depuis que le professeur et Sirius Black se connaissaient.

Malgré tout, le jeune homme tentait régulièrement de déceler dans l'attitude de la Serpentarde quelque chose qui pouvait laisser présager ce qu'elle pensait. Mais il ne voyait rien.

Et continuait d'observer un mutisme qui ne lui ressemblait décidément pas.

Potter, Lupin, et Pettigrow, s'ils s'étaient aperçus de quelque chose, n'insistèrent pas.

Sirius Black avait bien l'intention de clôturer cette bien étrange semaine de manière toute aussi inattendue : en passant tout le vendredi soir, au minimum, à la bibliothèque, y étudier… Les potions. La dernière matière à laquelle il n'avait pas encore osé s'atteler.

Il entreprit ce soir-là d'ouvrir le « traité des potions pour sorciers de bas étage », bien décidé à tout recommencer depuis le début. Il prit un parchemin et une plume, et commença à saisir quelques notes en se faisant la réflexion qu'il aurait dû peut-être écouter un peu plus Slughorn.

Quelques heures plus tard, il sentit quelqu'un s'asseoir près de lui et le regarder avec insistance.
Il n'avait pourtant aucune envie de se départir de la lecture de son « traité des potions à destination des sorciers un peu lents mais sympathiques ».
Il en fut bien obligé lorsqu'une main visiblement mal intentionnée aplatit le grimoire sur la table sans autre forme de procès.

Il allait sortir deux ou trois injures bien senties, quand il reconnut la main si mal intentionnée.

Une main, longue, fine, élégante, pas de doute sur son propriétaire, ou plutôt sur sa propriétaire.

-« Sirius, il faut absolument que tu me parles !
-C'est que je n'ai rien à te dire, Remedios.
-Je préfère que tu m'aimes, ou que tu me détestes, mais surtout, ne sois pas indifférent ! S'il te plait !
-Tiens ? C'est toi, la reine de l'indifférence, qui dis ça ? »

La reine de l'indifférence ne trouvait rien à redire au Gryffondor qui constatait avec soulagement qu'il était capable de résister à l'envie de se mettre à genoux devant elle et de lui baiser les pieds.

Pourtant, la reine de l'indifférence ne portait pas si bien son nom ce soir-là. Elle paraissait inquiète, triste aussi. C'était bien la première fois qu'elle laissait transparaître ça. Elle avait dû remarquer qu'il n'y avait plus personne, à part eux deux, dans ce coin-là de la bibliothèque et peut-être même dans toute la bibliothèque. Il devait être tard.

Sirius n'avait aucune intention de parler à Remedios, et ce même si c'était la dernière personne encore présente à la bibliothèque ce soir-là. Il fallait en plus qu'il termine de lire ce traité de potions le plus rapidement possible. Bref, elle tombait mal.

Remedios, quant à elle, ne voulait visiblement pas lâcher.

-« On ne se connaît pas bien tous les deux, non ? Et puis, on s'est détesté pendant longtemps.
-Et si tu ne veux pas que je te déteste encore un peu plus, je serais toi, je n'irais pas plus loin. »

Si Remedios n'avait pas encore tout à fait saisi le message, elle ne pouvait plus vraiment faire comme si l'antipathie de Sirius était ordinaire.

-« Ecoute Sirius. J'ai bien compris que tu m'en voulais…
- "Et c'est pas peu dire. » Coupa Black.
-« Arrête ! Je mérite peut-être la manière dont tu me traites, mais ça n'est pas une raison pour ne pas m'écouter !
-Parce que tu as quelque chose à me dire ? Ce jour est à marquer d'une pierre blanche ! »

La seule envie de Black était de s'enfuir le plus loin possible. Il n'avait aucune envie de l'écouter. D'un autre côté, il était trop curieux de ce qui allait se passer pour ne pas rester.

-« Les choses sont un peu plus compliquées qu'elles ne paraissent, tu sais. » Entreprit d'expliquer la Serpentarde.
-« J'ai déjà entendu ça.
-Et c'est vrai. On ne devrait même pas être amis.
-Ca tombe bien, on ne l'est pas. » Répondit le jeune homme brusquement, de plus en plus agacé de l'emploi de ce mot.

-« Le terme n'est peut-être pas le bon, mais tu vois ce que je veux dire.
-Pas vraiment.
-On n'aurait jamais dû être proche, alors imagine si on tombait amoureux l'un de l'autre ! Il faudrait se cacher ! Il faudrait sans cesse vérifier si l'on n'est pas seuls ! Il faudrait faire comme si de rien n'était ! Comme si tu n'occupais pas toutes mes pensées et moi les tiennes ! Ce serait invivable !
-Désolé, mais c'est déjà ce qu'on fait : personne ou presque ne sait qu'on se parle autrement que pour s'envoyer des insultes… Enfin de temps en temps. Et c'est déjà invivable… Alors un peu plus ou un peu moins…
-Ce serait trop dangereux. Imagine que…
-… Que quoi Voldemort nous tombe dessus ?
-Ou que Lucius nous tombe dessus. »

-« Est-ce que tu ne pourrais pas me dire directement et simplement que tu as déjà quelqu'un et qu'il ne se passera jamais rien, au lieu de me faire perdre mon temps ? Je te préviens qu'il faut que j'aie fini de lire ce traité avant que la bibliothèque ne ferme.
-J'ai déjà quelqu'un. Entre nous, il ne passera jamais rien... Et je suis complètement folle de dire ça. »

Le visage de Remedios, autrefois si froid et méprisant, était de plus en plus déconcerté.

Sirius reconnaissait à peine la jeune fille. Mais plus elle changeait, et plus il l'aimait. Il ne pensait pas que c'était encore possible. Il en avait marre de toute cette histoire, de toute cette discussion sans queue ni tête. Ca n'avait aucun sens.

Il voulait juste la prendre dans ses bras et emmerder le reste du monde.

-« Folle ? Pourquoi folle ? » Répéta-t-il simplement bien incapable de dire autre chose.

Sauf que Listerdale n'avait pas envie d'expliquer. Elle avait plongé ses grands yeux noirs dans les siens et attendait visiblement un peu de coopération du Gryffondor.

-« Et il ne se passera jamais rien entre nous, c'est bien ça ? » Articula avec peine Sirius en se levant enfin de la chaise qu'il occupait depuis le début de la soirée.

Il ne comprenait pas.

Il se tenait maintenant devant elle. Ils étaient toujours seuls.

Il renonça alors à comprendre quoi que ce soit.

Il s'apprêta à sortir du rayon de la bibliothèque d'un pas décidé.

La quitter.

Partir très loin, ne plus jamais la revoir comme il se l'était promis, sans lui jeter un seul regard.

-« Sirius, tu oublies ton traité ! » Prévint Remedios avant qu'il n'ait quitté le rayon.
-« Tu sais bien que ce n'est pas le traité que je veux. » Dit-il en se tournant. « C'est toi. » Avoua-t-il dans un souffle.

Il allait repartir.
Il voulait repartir.
Il avait la ferme volonté de repartir.
Pourquoi ses pieds étaient-ils donc vissés au sol ?

Lorsqu'il vit qu'elle s'approchait, il n'hésita pas une seconde de plus.

Il saisit sa taille, alors qu'elle s'emparait de sa nuque. Il posa ses lèvres sur les siennes. Il les toucha à peine, les frôlant simplement, mêlant son souffle au sien. Puis les reprit de la même manière, voulant savourer chaque millième de seconde de cette félicité inattendue.

Ca n'avait pas du tout le même goût que la dernière fois.
C'était même le contraire de la dernière fois.
Jamais il n'aurait pu imaginer qu'un baiser pouvait éveiller en lui autant de sensations que celui-ci : il sentait la chaleur l'envahir. Bien au contraire, Remedios semblait avoir autant envie que lui, si c'était possible, de ce contact.

Ils se séparèrent.
Leurs lèvres se retrouvèrent quelques secondes à peine plus tard. Un baiser plus profond, beaucoup plus exigeant, qui bouleversa un peu plus un Gryffondor chancelant qui tenait pourtant fermement la Serpentarde.
Il avait trop peur qu'elle lui échappe. Sa crainte s'évapora avec les gestes de la jeune fille. La manière qu'elle avait de caresser son dos, sa nuque, ses cheveux, ses bras, laissait vaguement deviner qu'elle ne souhaitait pas que cela s'arrête tout de suite. Ce à quoi le Gryffondor obtempéra sans poser de question, lui laissant à peine le temps de reprendre un peu son souffle avant de l'embrasser de nouveau.

Listerdale le repoussa soudainement brusquement. Et fit mine de lire les titres des grimoires disposés à côté d'elle.

Lui, ne comprenait pas à sa réaction. Lorsque Madame Pince, dont il finit par entendre le pas, apparut à l'entrée du rayon.

-« Ah, je me disais bien que je n'avais pas vu des élèves sortir. Monsieur Black, Mademoiselle Listerdale, je ferme la bibliothèque. Alors si vous voulez bien sortir…
-Oui, bien sûr. » Répondirent confusément les deux élèves en rangeant tant bien que mal les grimoires à leur place.
-« Vous révisez les Potions ? » S'intéressa Madame Pince qui avait l'air d'humeur à papoter.
-« Oui, oui. » Répondirent-ils tout aussi vaguement.
Enfin, Sirius ramassa ses sac, parchemins, et plumes et suivit Listerdale vers la sortie de la bibliothèque.

Arrivés dans le couloir, ils étaient à nouveau seuls. Ils entendirent la porte se refermer derrière eux. D'un pas machinal, en silence, ils commencèrent à marcher.

-« Meme, il ne s'est pas rien passé. Je ne supporterai pas que tu m'ignores ou que tu n'assumes pas je ne sais quoi.
-Sirius, nous nous sommes bien embrassés. Et je ne supporterai pas un jour de plus ton indifférence. »

Tout sourire, le jeune homme se pencha pour reprendre possession de ses lèvres.