Je remercie, en passant, Jacques Dutronc pour l'inspiration du titre du chapitre (et Madgriffin pour ses revious qui me font toujours très plaisir ! (la fin, elle est effectivement déjà écrite (ou presque), mais je préfère ne rien dire... Happy end or not happy end ?)
Chapitre 17
Y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent, d'autres qui ne font qu'un seul geste, ils retournent leur veste
Sirius Black referma d'un geste rageur le énième grimoire de sortilèges qu'il avait sorti de son rayon de la bibliothèque. Il n'arriverait décidément jamais à trouver ce fichu contre-sort que le Professeur Flitwick, en guise de dernier devoir avant les Aspics, leur avait demandé de chercher.
Décidément il passait bien plus de temps qu'il n'était acceptable dans cette si silencieuse bibliothèque. Certes tous les septième années y passaient un temps considérable, c'est-à-dire la quasi-totalité de leur journée. Ils n'en sortaient qu'épisodiquement lorsque leur ventre criait famine et que, de la grande salle, émanait des odeurs encourageantes, ou lorsque Madame Pince finissait par tous les jeter dehors sans autre forme de procès.
A partir de ce moment-là, les septièmes années, qui n'avaient pas éprouvés une telle proximité entre eux depuis leur entrée à Poudlard et leur répartition par le Choixpeau magique, finissaient alors par se quitter toujours silencieusement, les bras chargés de livres et de parchemins de toute sorte pour poursuivre leur ardu travail de révision dans leur salle commune respective.
Et cette formule de contre-sort n'existait donc dans aucun grimoire répertorié et agréé par la confédération magique internationale à destination des élèves des écoles de magie. Sirius commençait à se demander si la Réserve ne pourrait pas le renseigner. Mais sa motivation n'était vraiment pas suffisante : affronter Madame Pince, chercher, au péril de sa vie faut-il le préciser, un contre sort dont il doutait de plus en plus qu'il existât réellement, et affronter de nouveau Madame Pince, tout ceci avant que la bibliothèque ne ferme, c'était trop. Il avait toujours été confiant en ses capacités à faire tout ce qu'il voulait faire, mais le contre-sort du Professeur Flitwick valait-il vraiment qu'on se donnât cette peine ?
Sirius Black laissa ses yeux glisser sur les lignes du parchemin sur lequel il avait inscrit quelques notes. Il doutait fortement qu'elles aient un sens.
Il abandonna donc le dernier devoir du professeur, comptant sur les talents de chercheur de Remus et Lily pour le tirer de ce mauvais pas, et commença à placer en vrac ses affaires dans un sac qui menaçait sérieusement de craquer à tout instant.
-« Tiens, Sirius ! » Entendit-il derrière lui.
Remedios Listerdale s'affala sur la chaise à côté.
-« Dis dont, je t'ai connu plus élégante, Meme.
-J'en ai marre !
-Je sais, c'est dur, mais dis toi que tu n'as plus que quelques semaines à vivre avec des Serpentards. Bientôt, tout sera fini, et tu pourras reprendre une vie normale.
-Et je n'aurais plus à supporter les Gryffondors… Le bonheur, enfin…
-Très drôle.
-Toi aussi. Non, je parlais de ces idiots d'Aspics. Et de Flitwick, qui, on ne sait pas pourquoi, nous a encore donné du boulot.
-Ah ? Vous aussi ?
-Et j'en ai marre de réviser tout ce que j'ai appris depuis la maternelle chez les Moldus. Jamais je n'aurais pu penser que j'avais appris autant de choses !
-Pour te détendre, il y a toujours les petites sauteries de Voldemort ! » S'exclama Sirius qui avait bien vérifié que personne ne pouvait les entendre.
-« Tout bien considéré, je ne sais pas si je ne préfère pas ces révisions…
-Moi, il y a quelque chose que je préfère faire encore plus que ces merveilleuses révisions. » Répondit Sirius avec un sourire.
-« Et je peux me joindre à toi pour faire ce quelque chose ?
-Peut-être bien… »
Il s'approcha lentement d'elle et finit par l'embrasser.
Il se fit la réflexion que jamais il ne pourrait se passer de ceci : la Serpentarde dans ses bras, ces lèvres si pressantes contre les siennes, la douceur de sa peau, l'inventivité de sa langue, la curiosité de ses mains sur son visage, ses cheveux, ou son dos.
Ce fut elle qui se rendit compte en premier du dangereux de leur situation. Malgré l'heure, il y avait toujours un nombre important d'étudiants dans la bibliothèque en ces veilles d'examen, et inutile de préciser que ces deux-là, quoiqu'ils fassent, ne passaient de toute façon pas inaperçus. N'importe quel première année qui était sorti de sa salle commune avait déjà entendu parler d'eux deux, et même lui aurait été grandement étonné de les surprendre en train de s'embrasser. Elle interrompit donc leur baiser de la plus délicate manière, ce qui n'empêcha néanmoins pas Sirius de sentir un grand vide l'envahir. Il ne voulut plus lâcher sa main.
-« Et sinon, qu'est-ce que tu fais ce soir ? » Reprit Sirius sur le ton de conversation en ayant de nouveau bien vérifié que personne ne s'était approché d'eux.
-« Pas grand-chose. Comme d'habitude j'imagine.
-C'est-à-dire ?
-Je vais aller retrouver Severus et Lucius. On va papoter. Severus va nous donner des bons conseils en potions. Lucius se préoccupera d'élaborer toute une série de louanges destinée à Voldemort. Et moi, je vais lire tranquillement un bon grimoire de défense contre les forces du mal devant la cheminée en écoutant attentivement et l'un et l'autre, tout ceci avant d'aller tranquillement me coucher lorsque je serai trop épuisée pour me concentrer sur mon si passionnant grimoire.
-Ca donne envie dis dont.
-Et toi ?
-Moi j'ai réunion de formation pour l'ordre. On va à Pré-Au-Lard avec Clare. Ca faisait longtemps, ça me manquait. »
Le visage de Remedios d'un coup devint sévère. Il se ferma complètement.
-« Quoi tu es jalouse ?
-Mais non idiot. Tu vas juste avoir une surprise.
-Laquelle ? » Demanda Black devenu soudainement extrêmement sérieux.
-« Tu sauras bien assez tôt. »
Sans un mot de plus, et ce malgré le désarroi visible du jeune homme, elle se leva et sortit du rayon.
Sirius Black était encore perdu dans ses pensées lorsqu'il alla rejoindre, après le dîner Clare devant l'entrée d'un des passages secrets qui rejoignaient l'école à Pré-Au-Lard. Il préférait de loin utiliser celui du saule-cogneur, mais il préférait éviter de révéler, même à sa Poufsouffle d'amie, sa nature d'animagus qui lui permettait de désamorcer l'arbre, et la raison pour laquelle ce chemin avait été construit, pour quoi, et pour qui.
Bref, il s'approcha de la statue qui marquait l'entrée du passage, et y trouva Clare Dame.
-« En retard, Black… » Dit-elle dès qu'il eut franchi le dernier virage.
-« Le temps de changer la couleur des cheveux de Rogue que je viens de croiser…
-Et ton choix s'est porté sur quoi ?
-Le rose. Je voulais faire ressortir la part féminine dans la personnalité de notre cher ami. Je trouve que ça lui va plutôt bien.
-Tu en as profité pour les lui laver aussi ?
-Ah zut! Je savais bien que j'oubliais un truc ! Attends, j'y retourne.
-Black ! » Le retint Clare hilare. « Rogue et ses cheveux attendront bien demain, même si je me faisais une joie d'aller observer le spectacle d'un Serpentard aux cheveux roses. Il faut y aller. »
Sirius marmonna sa déconvenue avec force « Ouais, mais quand même », « si près du but », « la prochaine fois, je l'aurais »… Il suivit pourtant Clare Dame derrière la statue. Ils s'engagèrent dans le passage secret et discutèrent avec animation sur les différentes nuances de rose qui pourraient convenir à la chevelure de Severus Rogue.
Ca faisait un petit moment qu'une telle réunion chez Cyprée Steevens n'avait pas eu lieue. Au début, ça avait été très régulier, puis les réunions s'étaient un peu espacées en raison déjà du nombre d'assemblées générales de l'Ordre qui avait sensiblement augmenté, ainsi que des missions de chacun. Sirius Black et Clare Dame étaient donc ravis de retrouver leur passage secret, de traverser Pré-Au-Lard le plus discrètement possible, de s'écarter un peu du village de sorciers pour finalement s'engager sur le petit chemin qui menait jusqu'à la demeure de Madame Steevens.
C'était la fin du printemps et il faisait encore jour à cette heure de la soirée. Il faisait chaud. Un petit vent rafraîchissait agréablement, balayant régulièrement les arbres qui s'alignaient sur les côtés du chemin. Mine de rien, le Gryffondor était bien content qu'il fasse encore jour, il n'avait jamais adoré prendre ce chemin en pleine nuit, lorsqu'il ne pouvait pas même se transformer en chien pour cause de présence d'un élément étranger : Clare, qui, malgré sa bonne humeur habituelle et la sympathie qu'elle lui inspirait, n'était pas encore prête de connaître ce secret-là.
Ils aperçurent enfin le haut toit de la maison. Les arbres s'écartaient faisant apparaître une clairière sombre, au bout de laquelle se trouvait l'escalier qui menait à la porte d'entrée. Clare toqua, la porte s'ouvrit, les jeunes gens entrèrent.
-« Ah mes petits lapins ! » Les accueillit Cyprée Steevens qui n'avait en rien perdu son côté maternalisant.
-« Bonsoir Madame.
-Venez donc ! Je viens de faire des muffins au chocolat dont vous me direz des nouvelles ! »
Joignant le geste à la parole, elle se précipita vers la cuisine, avec Sirius et Clare sur les talons, salivant à la perspective des petits gâteaux toujours délicieux de Madame Steevens.
-« Allez les petits, prenez tout ce qu'il vous plaira ! Attention c'est chaud, ça sort du four ». Dit-elle en leur tendant une plaque de four remplie à ras bord de cookies dégoulinant de chocolat.
D'un coup, les yeux des deux élèves s'éclairèrent. Et ils ne se firent pas prier deux fois pour engloutir les premiers gâteaux dans des grands bruits de mastication et d'admiration face aux talents de cuisinière de leur hôte.
Ils remarquèrent cependant, une fois que leur estomac fut plein à craquer, quelque chose d'assez étrange : alors que l'heure de la réunion était un peu dépassée, personne n'était venu sonner à la porte.
-« Ils sont tous déjà arrivés ? » Demanda Sirius, qui se résolut à ne pas éviter de manger préalablement à toute visite chez Madame Stevens.
-« Qui donc, mon chéri ?
-Hé bien les autres membres de l'Ordre. » Répondit étonnée Clare.
Cyprée Stevens ne leur répondit pas tout de suite. D'abord, elle se leva lourdement de sa chaise pour se tourner vers la fenêtre, le regard vitreux porté vers le jardin. Il s'écoula quelques très longues secondes au cours desquelles une soudaine angoisse prit Sirius.
-« Madame, qu'est-ce qu'il se passe ? » Demanda-t-il enfin pour accélérer la déclaration de la dame.
-« Pauvre de nous ! » Répondit-elle dans un murmure cherchant apparemment encore les mots.
-« Qu'y a-t-il ? » Demanda cette fois-ci beaucoup plus sèchement Clare.
-« Ah mes pauvres petits ! Je préférais vous annoncer cela chez moi plutôt que de vous envoyer un message. C'est si impersonnel les messages. Croyez-le ou non ma voisine, la si distinguée Madame de Rossy, s'est séparée il y a quelques années de son septième mari sur une simple beuglante. Je peux vous dire que je lui ai bien fait comprendre ma façon de penser. Un être charmant, son époux. Certes plus passionné par ses geraniums que par sa famille, mais un être charmant. Figurez-vous qu'après le coup de la beuglante, il serait parti quelque part en Terre de Feu…
-Madame Stevens ! » Cria presque Clare visiblement excédée.
-« Oui, oui, donc je disais… Oui, je préfère vous dire tout ça face à face. Les autres, on en avait déjà parlé entre nous.
-Madame Stevens… » Gronda Sirius, plus inquiet qu'agacé.
Madame Stevens prit une profonde inspiration, et finit par se lancer.
-« Nos réunions de l'Ordre ne se feront plus ici.
-QUOI ! » S'écrièrent les deux jeunes gens d'une seule voix.
-« Nos réunions de l'Ordre ne se feront plus ici.
-Mais… Pourquoi ?
-C'est devenu trop dangereux.
-De quoi ?
-Trop dangereux.
-J'avais compris, qu'est-ce qui est dangereux dans nos réunions ?
-Vous savez bien…
-Non, on ne sait pas. Vous nous dites que nous ne pourrons plus nous retrouver ici, nous aimerions savoir pourquoi. Ca me parait légitime comme question.
-On ne pourra plus se retrouver ici pour l'Ordre, parce que, comme une bonne partie de notre groupe, dont ce brave Monsieur Thompson qui me disait encore hier une blague amusante sur un troll, un gobelin, et un elfe de maison sur le Chemin de Traverse…
-Madame Stevens !
-Quoi, vous la connaissez ? »
Les gros yeux que lui firent les deux élèves rappela la conversation en cours à Cyprée.
-« Mes chers petits, c'est devenu trop dangereux, alors comme avec une bonne partie de notre petit groupe… Nous quittons l'Ordre.
-QUOI ! » S'exclamèrent de nouveau en hurlant presque les deux jeunes gens.
-« Je quitte l'Ordre. Ainsi que quelques autres. »
Jamais Sirius n'aurait pu penser, ou même aurait eu l'idée de penser, que des sorciers, sains d'esprit et engagés depuis le début au côté de Dumbledore dans une lutte qui lui paraissait juste, puissent être capables de retourner aussi soudainement leur veste.
Pourtant, le Directeur lui avait déjà proposé, cette option-là, quitter l'Ordre. Jamais il ne l'avait prise au sérieux. Et pourtant, d'autres le faisaient…
-« Et pourquoi quittez-vous l'Ordre. » Demanda Clare qui paraissait moins étonnée.
-« Enfin, vous comprenez bien.
-Justement, à dire vrai, on a peu de mal.
-Et je peux vous dire que pour que le grand Sirius Black reconnaisse qu'il ne comprend pas tout de suite quelque chose, ce quelque chose doit être vraiment incompréhensible. Alors soyez claire. » Surenchérit Dame.
-« Vous savez probablement ce dont tout le monde parle, même si ce n'est qu'à mot couvert !
-Et ils parlent de quoi au juste, les gens à mot couvert ?
-Les Détraqueurs ont rejoint les Mangemorts. »
La nouvelle eut à peu près l'effet psychologique qu'aurait eu une batte de Quidditch lancé à pleine vitesse dans une tempe comme effet matériel.
Les Détraqueurs ? Voldemort ? Les Détraqueurs et Voldemort ?
-« Mais Azkaban ? » Demanda Clare.
-« Il n'y a plus que quelques Détraqueurs là-bas. Plus vraiment de personnes détenues. Plus rien ne peut arrêter les Mangemorts maintenant. »
Sirius ne voulait pas comprendre la portée de cette surprenante information. Il repassait inlassablement dans sa tête les mots Détraqueurs, Mangemorts, ou Voldemort. Mais ça ne l'éclairait pas.
-« Vous comprenez bien que le monde sorcier va devenir bien plus dangereux maintenant. »
-« Ca fait combien de temps ? Ca s'est passé quand ? » Demanda enfin Sirius qui avait réussi à articuler trois mots miraculeusement.
-« C'est tout récent. Hier, ou avant-hier soir. On ne sait pas précisément. Dumbledore me l'a annoncé ce matin, je ne sais même pas s'il était au courant avant. Les Détraqueurs ne sont pas connus pour être très causants. Contrairement à ma voisine Madame de Rossy qui justement…
-Et c'est pour ça que vous partez de l'Ordre ? » La coupa Sirius. « Vous ne pensez pas que c'est un peu précipité comme décision ?
-Les Détraqueurs ne sont qu'un révélateur de ce que bon nombre de membres de l'Ordre savait déjà. Je pense qu'il s'agit juste du facteur déclenchant.
-Et avant cette nouvelle, qu'est-ce qui vous poussait à quitter l'Ordre ? » Demanda Clare.
-« Vous savez bien qu'en ce moment, il se passe beaucoup de choses contre les membres de l'Ordre ou ceux qui sont soupçonnés d'en faire partie.
-Si vous me permettez, ça n'a rien de surprenant.
-Je sais bien. Mais je ne pensais pas qu'il y aurait autant de choses si étranges.
-Etranges ?
-Ces disparitions. Je ne compte plus les personnes disparues dans d'étranges circonstances depuis le début de l'année. Regardez Meliane Banes. Je trouve nettement plus rassurant de combattre quelque chose que l'on voit, que l'on connaît. Pas contre, une sorte de menace fantôme, d'autant plus maintenant que les Détraqueurs ont choisi leur camp. Je suis bien sûr toujours du côté de Dumbledore. Je le soutiens totalement. Mais je ne peux pas me permettre de mettre en danger ma famille. Je quitte donc l'Ordre, comme nous l'a proposé récemment Dumbledore. La plupart des membres de notre groupe le quitte aussi. J'espère que vous pourrez comprendre notre position. Sachez bien que ça n'a absolument rien à voir avec vous, mais avec…
-Avec ?
-Avec… Enfin, Vous-Savez-Qui.
-Qui ça ? Voldemort ? » Demanda Sirius étonné d'entendre pour la première fois ce nom.
-« On préfère ne plus prononcer son nom maintenant chez les sorciers. On ne sait jamais.
-Qu'est-ce qu'il faut pas inventer… » Répondit Clare visiblement très choquée par cette nouvelle pratique.
-« Reprenez donc un petit cookie. » Proposa d'un ton enjoué Madame Stevens.
Les deux jeunes gens ne se firent pas prier. Ne pensant même pas que leur estomac était déjà largement plein.
Sirius était sidéré, et il voyait bien que son amie était dans le même état d'esprit.
Manger des cookies au chocolat lui donnait une certaine contenance. Et ça l'empêchait de hurler sa façon de penser à Cyprée Stevens. Il savait bien que tous étaient libres de faire leur choix. Que celui d'entrer dans l'Ordre était très lourd de conséquence. Il comprenait parfaitement que l'on puisse avoir peur. Mais avait du mal à mettre en lien toutes ces informations : l'Ordre rendait la vie de ses membres bien plus dangereuse. Et il était parfaitement légitime d'en être effrayé. Et de souhaiter le quitter. C'est d'ailleurs ce que leur avait déjà proposé Dumbledore.
Sirius ne pouvait toutefois pas s'empêcher de penser qu'il était inexcusable de faire un tel choix quand on savait très bien que si Voldemort prenait le pouvoir, on ne pourrait plus jamais faire de choix. Si c'était possible, cette nouvelle le conforta un peu plus dans sa décision de rester dans l'Ordre, quel qu'en fut le prix.
-« Ca va ? » S'enquit Cyprée qui s'inquiétait du silence prolongé de ses invités.
-« J'ai connu mieux. » Répondit Clare sincèrement.
-« Et vous ? Qu'allez-vous faire ? » Leur demanda-t-elle.
Sirius jeta un coup d'œil à Clare pour bien vérifier qu'elle pensait la même chose que lui.
-« Il n'est pas question pour nous de quitter l'Ordre. » Dit Sirius d'une voix sans appel.
-« Il a trop de besoin de nous, et nous de lui. » Compléta Clare.
-« Nous sommes parfaitement conscients des dangers. Nous avons d'ailleurs déjà fait pas mal connaissance avec eux, mais ça ne change rien. Nous voulons aider Dumbledore, quoiqu'il arrive, et nous ne nous arrêterons pas au milieu. Et ce même si les autres sorciers ont à ce point peur de lui qu'on ne peut même plus appeler Voldemort par son nom. » Annonça Sirius.
-« Mais c'est vrai que je n'ai pas de famille à protéger. » Admit-il.
Il reconnaissait par là même qu'il comprenait, enfin, que l'on puisse prendre une autre décision que la sienne.
-« J'insiste sur une chose, les enfants. » Dit Madame Stevens tandis que les enfants en question remplissaient leur poche de cookies au chocolat supplémentaires. « Vous pouvez revenir ici tant que vous voulez. Il y aura toujours pour vous un bon petit gâteau, ou tout ce dont vous aurez besoin. »
Sirius fut très touché par cette dernière déclaration. Qui disait à demi-mot que Cyprée continuerait à être présente. Ca le réconforta un peu plus qu'il n'aurait oser l'admettre.
C'est dans un silence recueilli que Clare et Sirius reprirent le petit chemin en sens inverse.
-« Ca te dit d'aller boire une petite bièreaubeurre ? » Proposa le jeune homme.
-« Je croyais qu'il fallait être discret pour traverser Pré-Au-Lard.
-Je ne pense pas que Nipheus soit étonné. Avec les autres, on est tous les quatre matins aux Trois Balais.
-Dans ce cas, je ne serais pas contre une bonne petite bièreaubeurre bien tiède. »
Les deux jeunes gens s'avancèrent vers le bar, bien décidés à calmer leur nerf et leur déception dans la boisson, si inoffensive fut-elle.
D'un geste machinal, perdu dans ses pensées, il tira la poignée de la lourde porte exactement de la même manière dont il avait l'habitude. Mais, cette fois-ci, la porte lui résista.
Quoi ?
La porte lui résista.
Et il dut tirer de nouveau la poignée pour parfaitement s'en convaincre.
C'était fermé.
En presque sept ans de fréquentation assidue des Trois Balais, visites autorisées ou non, jamais de mémoire de Pré-Au-Lardien n'avait-on vu un Maraudeur ne pas pouvoir entrer dans le bar au moment où ça lui chantait, quand bien même fut-ce le jour, la nuit, le week-end, les jours fériés, les jours de fête, les jours de deuil… Jamais au grand jamais Sirius Black, Gryffondor de septième année, n'avait trouvé le bar fermé. Quoi que ce ne fût pas très syndical, il avait toujours apprécié cette extraordinaire disponibilité de Nipheus, le vieux gérant des Trois Balais, qui avait vu passer des générations et des générations d'étudiants.
Or, ce soir-là, comme si une mauvaise nouvelle n'arrivait jamais seule, les deux élèves se retrouvaient coincés à l'extérieur. Sur la porte, aucune indication ne précisait le pourquoi du comment.
-« C'est bizarre… » Murmura-t-il.
-« C'est très bizarre. » Ajouta Clare.
-« Tu penses qu'ils ont perdu la recette de la bièreaubeurre et que c'est pour ça qu'il n'ose pas ouvrir ?
-Fallait pas ! Je me serais contentée d'un whisky pur feu. »
Ils se mirent à rire.
-« Ah je vois qu'il y en a qui trouve toujours matière à rire, de qui vient ce prodige ? Lala ou Sisi ? »
Sirius se tourna vers celui qui venait de parler, bien qu'il n'en ait pas besoin pour reconnaître la voix qu'il aurait reconnue entre toutes : James Potter était là. Accompagné de Peter, de Lily et de Remus. Ils arrivaient derrière eux vers la porte des Trois Balais.
-« Vous dérangez pas, c'est fermé. » Les prévint Sirius.
-« Oui, on sait, on en vient.
-On voulait se boire un petit quelque chose, pour tuer le temps, pour une fois qu'on avait du temps libre, et que Remus était disponible…
-Et comme ça on s'est dit que peut-être on pourrait vous attendre pour aller faire un tour, ou quelque chose comme ça.
-Et là, on tombe sur le bar fermé, puis vous.
-Mais bien plus tôt que prévu. D'ailleurs pourquoi êtes-vous libres, vous ? Vous n'étiez pas chez l'Ordre ?
-Plus tard. » Répondit lapidairement Black. Il voulait d'abord en venir à l'essentiel : « Pourquoi les Trois Balais sont fermés ?
-Question capitale s'il en est. » Commenta Peter.
-« Vous savez pourquoi ? » Insista Clare.
-« Nous savons très chère, nous savons. Mais j'aurais préféré ne pas savoir. » Répondit James. « En arrivant, on a donc trouvé porte close. On a demandé aux gens qui passaient. Nipheus a été arrêté. Les Détraqueurs sont venus l'enmener. Les Détraqueurs ont retourné leur veste.
-Ah ? Parce qu'ils portent une veste ? » Demanda innocemment Lily.
-Leur cape si tu préfères. Et ils l'ont déjà tellement retournée qu'elle doit être toute usée à l'heure qu'il est(*).
-Autrement dit, les Détraqueurs…
-… Sont passés du côté de Voldemort. » Finit Clare. « Nous venons nous aussi de l'apprendre. »
Les Maraudeurs, Clare et Lily ne voulaient pas trop insister là-dessus : la nouvelle était suffisamment effrayante comme cela. Le silence les gagna.
-« Tant pis pour les Trois Balais, allons demander à la cantine de Poudlard. » Proposa Peter.
-« Tu as raison, ne nous laissons donc pas abattre. »
Les six jeunes gens reprirent la direction de l'école sans ajouter un mot.
Sirius ne pensait pas que cette nouvelle du choix des Détraqueurs aurait tout de suite autant de répercutions dans leurs habitudes. Et pourquoi ils avaient arrêté Nipheus d'ailleurs ? Autant qu'il sache, il n'était pas membre de l'Ordre du Phénix, il n'avait pas de responsabilité au ministère. La seule chose un peu remarquable était qu'il était connu, très connu dans le monde sorcier, puisque gérant du bar le plus populaire de Pré-Au-Lard. Il pensa que ça devait presque équivaloir au poste de ministre de la culture chez les Moldus.
-« Et vous pensez qu'il est où Nipheus maintenant ?
-A Azkaban j'imagine. » Répondit Lily.
-A Azkaban… Ca rigole pas.
-C'est très grave que les Détraqueurs refusent l'autorité du ministère pour se ranger du côté de Voldemort, ils pourront tout se permettre maintenant. Il n'y a plus rien qui pourra retenir les Mangemorts.
-Vas-y renfonce le couteau dans la plaie, et tourne bien la lame.
-Il faut bien être conscient des dangers. Ils sont maintenant très importants. Et de plus en plus.
-Tu nous en apprends une bonne, Remus.
-Mais est-ce que tous les Détraqueurs suivent aujourd'hui Voldemort ?
-C'est grégaire comme peuple. Alors pourquoi pas ?
-Non, je ne pense pas. J'ai entendu dire de la brune à qui on a parlé tout à l'heure qu'une poignée restait fidèle au ministère.
-Pour combien de temps ?
-Et de toute façon, ça sert à quoi s'ils ne sont qu'une minorité ?
-Amis de l'optimisme, bonjour !
-Parce que tu as envie de rire toi ?
-Non, ça me fait juste penser qu'il va falloir que je révise mon patronus. »
A parler de cette manière à bâtons rompus, ce n'est que lorsqu'ils arrivèrent à sa hauteur qu'ils s'aperçurent qu'ils avaient passés la statue qui dissimulait le passage secret.
-« Je vais chercher les Bièreaubeurre aux cuisines ?
-C'est bien aimable Peter. »
Il s'apprêta finalement à rejoindre la tour Gryffondor après avoir raccompagné Clare jusque devant l'escalier qui conduisait à la salle commune des Poufsouffles et avoir laissé ses amis finir leurs conversations, étalés sur de confortables coussins, dans cette si utile salle sur demande.
Il faisait bien sombre cette nuit-là dans les couloirs, et il n'y faisait pas si chaud que la saison pouvait le laisser croire. Il se dépêcha donc de regagner la tour des Gryffondors le plus discrètement possible pour ne pas se faire alpaguer par les habitants des tableaux : ses nombreuses expériences de randonnées nocturnes avaient appris au jeunehomme qu'il valait mieux éviter de réveiller toute la maisonnée, en particulier lorsqu'il n'aurait pas dû se trouver en dehors de son douillet lit à baldaquin.
Sur ces constatations, il allait passer le panneau gardé par la grosse dame, lorsqu'il entendit une voix l'appeler derrière lui.
-« Monsieur Black ! »
Sirius savait très bien à qui appartenait cette voix, ça faisait des années qu'il l'écoutait très régulièrement et sur des durées qu'il avait toujours trouvées indécemment longues.
-« Professeur McGonagall ? » Dit-il en se retournant vers elle.
Il pensa instantanément que c'en était fini de ses petites soirées bien sympathiques : le Professeur lui donnerait à coup sûr un nombre considérable de retenue pour se balader à pareille heure dans l'école. Et d'un point de vue plus technique, il se demandait bien comment McGonagall avait réussi à le prendre sur le fait.
-« Monsieur Black, vous tombez bien, je venais vous chercher. »
Sirius ne cacha pas sa surprise, et ses deux gros yeux étonnés qui fixèrent intensément son professeur de métamorphose.
-« Savez-vous où est Potter ? J'imagine que si vous étiez de sortie ce soir, il ne doit pas être loin, je me trompe ? »
La perspicacité de son professeur, même si elle ne le surprenait plus depuis longtemps, avait toujours profondément agacé le jeune homme qui se contenta pour toute réponse de hocher vaguement la tête.
-« Voulez-vous aller me le chercher ? » Insista McGonagall devant le manque de réaction de son élève.
-« Bien sûr Professeur.
-Amenez-le aussi vite que possible dans le bureau du Dumbledore, c'est très important. »
Le ton dur du professeur en disait plus long que n'importe quel mot sur l'urgence et l'importance de la situation.
Et celle-ci convainquit immédiatement le brun, qui, sans prendre garde à sauver les apparences en laissant croire qu'il allait rejoindre James dans le dortoir de la tour Gryffondor, retourna sur ses pas.
Plus les tableaux défilaient, et plus il marchait vite.
Pourquoi donc McGonagall et Dumbledore voulaient-ils voir James à cette heure de la soirée, voire de la nuit ? C'était forcément extrêmement important. Sinon, d'une part le professeur de Métamorphose ne se serait pas privée de lui coller dans les pattes une retenue même avec la somme de révisions qu'il avait encore à faire, et d'autre part l'horaire laissait vraiment penser que voir James ne pouvait pas attendre. Et ces constatations ne laissaient rien présager de bon.
Ca y est, maintenant, Sirius courrait.
Il ne faisait plus attention à ne pas réveiller les portraits. Et bientôt des remarques, ou des cris, parvinrent jusqu'à ses oreilles.
A vrai dire, réveiller les portraits était bien le cadet de ses soucis. Il voulait juste rejoindre James le plus vite possible.
Enfin, il arriva dans le fameux couloir du septième étage, rassuré de n'être pas tombé sur Peeves qui ne manquait jamais de le retarder en lui demandant des conseils pour embêter un peu plus le concierge de l'école.
Justement, il y trouva Peter et Remus qui en sortait.
-« Où est James ? demanda-t-il précipitamment.
-« Qu'est-ce qu'il y a Patmol ? On dirait que tu as vu le diable ! » Dit Peter sans cacher sa surprise de retrouver Sirius ici.
-« Il est resté à l'intérieur, avec Lily. » Le coupa Remus qui devait bien sentir que quelque chose ne tournait pas rond.
-« Dumbledore et McGonagall veulent le voir. Maintenant.
-Tu veux qu'on y aille avec vous ?
-Non, j'irai. On aura qu'à se retrouver après dans la salle commune. »
Il avait à peine fini de dire cela que déjà, il posait un pied dans la salle sur demande dont Peter lui avait ouvert la porte.
Les coussins sur lesquels il s'était prélassé à peine quelques minutes auparavant, semblaient bien nombreux. Il n'y avait dessus plus que deux personnes, étroitement enlacés, qui ne semblaient pas l'avoir entendu entrer.
Sirius ne pensa même pas que ça n'était pas vraiment le moment idéal pour faire son entrée.
-« James ! Lève-toi ! Vite ! Et suis-moi ! »
James leva un regard surpris sur son ami. Lorsqu'il constata l'anxiété qui rongeait Sirius, il se dégagea avec tendresse de l'étreinte de Lily, et le rejoignit rapidement.
Tandis qu'ils courraient en direction du bureau de Dumbledore, Sirius exposa brièvement la situation. De toute façon, il ne savait pas temps de choses que ça, et bientôt, ils coururent l'un à côté de l'autre en silence. Silence absolument pas relayé par les tableaux, tout à fait réveillés et qui faisaient maintenant un boucan de tous les diables. Ils croisèrent Peeves, alerté par tout ce chahut, qui en profita pour jeter des pierres dans les escaliers, a priori sans raison.
Enfin, ils arrivèrent devant la célèbre gargouille.
La porte était ouverte.
Ils s'avancèrent sur l'escalier en colimaçon et le mécanisme s'enclencha : ils commencèrent à s'élever dans les étages.
Bientôt, ils se trouvèrent devant la lourde porte en bois, ouverte elle aussi.
Le feu dans la cheminée, les nombreuses lampes allumées, et la chaude décoration du lieu, apaisa soudainement Sirius, qui commençait à se demander ce qui avait donc bien pu le paniquer à ce point.
Le phénix avait l'air calme. Dumbledore et McGonagall aussi.
Essoufflé, ce fut pourtant lui qui prononça les premiers mots :
-« Faut-il que j'attende dehors ?
-Non, restez, c'est très bien que vous soyez là. » Répondit le Directeur.
Un silence s'ensuivit. Dumbledore s'était levé de sa chaise, contournait celle du professeur McGonagall, lentement. Il prenait tout son temps. Il n'était visiblement pas du tout pressé de dire le pourquoi de cette visite imposée nocturne. Et Sirius commençait légèrement à s'impatienter.
Enfin, Dumbledore haussa la voix.
-« James, une chose très grave est arrivée. Croyez bien que je suis profondément désolé d'avoir à vous l'annoncer. »
Sirius regarda son ami. Il se tenait toujours debout, juste devant le panneau de bois. Il paraissait étrangement calme. Peut-être savait-il ce que Dumbledore allait dire.
-« Nous venons d'apprendre que… Que Monsieur et Madame Potter, vos parents James… sont morts. »
C'était comme si une batte de Quidditch avait de nouveau frappé, mais de façon beaucoup plus violente sur sa nuque. Sirius ne comprenait pas cette douleur. Alors il regarda James. Lui, paraissait toujours aussi calme.
-« Comment cela est-il arrivé ? » Demanda James quelques secondes plus tard.
Dumbledore prit une profonde inspiration.
-« Très récemment, probablement aujourd'hui. Vous ne savez peut-être pas que les Détraqueurs…
-Ont rejoint Voldemort. Si, je sais.
-En gage de leur attachement à Voldemort, il semblerait que les Détraqueurs aient utilisé leurs puissants pouvoirs pour capturer vos parents qui suivaient, comme vous le savez, une piste sérieuse à propos de la disparition de Meliane Banes. »
Dumbledore observa un silence avant de reprendre.
-« Les Détraqueurs, d'après nos informations, ont amené vos parents à Voldemort.
-C'est lui qui les a tué ? » Coupa Potter.
-« Il semblerait, effectivement. J'imagine qu'on leur avait enlevé leur baguette. Et sans elle, même des sorciers de la qualité de vos parents ne peuvent faire grand-chose… Et, hum, pour preuve de leur décès, les corps nous ont été ramenés. »
Alors, James Potter se mit à pleurer. Doucement, calmement.
Sirius Black avait envie de hurler. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait rien de ce qu'il se disait. Il voyait juste la tristesse de son ami et ne pouvait le supporter.
-« Monsieur Potter, croyez bien que nous nous associons à votre douleur. Vous pouvez quoi qu'il arrive compter sur mon soutien, et le soutien de l'Ordre dans cette épreuve. Vous savez que ce n'est pas des paroles creuses. »
Il avait dit cela en regardant fixement James. Puis, il se tourna vers Sirius, resté immobile près de son ami.
-« Monsieur Black, il faudra que vous vous aidiez. »
(*) Bon, là, j'ai encore un peu pompé sur Jacques Dutronc...
NDA : Franchement, je voulais pas. Faire disparaître comme ça les deux parents (à la fois !) de James, je trouvais ça vraiment trop horrible. Mais après mûres réflexions, je n'avais pas vraiment le choix : si Harry ne connaît pas ses grands-parents (paternels), c'est qu'il y a bien une raison...
