Et merci à Léo Ferré pour l'inspiration du titre de ce chapitre !
(Madgriffin, oui, oui, c'était bien ça la « surprise »)
Chapitre 18 : La tristesse a planqué ses yeux dans les étoiles
Sirius Black était profondément triste.
Les parents de James étaient morts, et c'était comme si le temps s'était arrêté. Ou peut-être au contraire avait-il brusquement accéléré. En tout cas, Sirius Black était totalement perdu.
Les gens passaient, parlaient, avaient des sourires contrits. Il n'y faisait pas attention. Non pas qu'il n'aurait pas apprécié, mais il était trop abasourdi.
Il n'avait jamais eu la prétention de comprendre ce que signifiait la mort de quelqu'un. La mort de son père, pourtant intervenue à peine quelques mois plus tôt, n'avait absolument pas eu le même effet sur lui. Cette mort-là, c'était une page qui se tournait. La mort des parents de James, c'était injuste, c'était inconcevable, et c'était de toute façon profondément triste.
Sirius avait toujours reconnu les liens particuliers qui l'unissaient à monsieur et madame Potter. Il se souvenait toujours avec beaucoup d'émotion et de gratitude l'aide si spontanée et si utile qu'ils lui avaient donnée.
Il leur était reconnaissant pour toute sorte de choses : leur gentillesse, leur accueil, leur formidable capacité à foutre la paix aux gens quand ils en ont envie.
Ce qui attristait aussi beaucoup le jeune homme, et ce qui le révoltait de plus en plus, c'était l'effet qu'avait eu la nouvelle sur son ami James.
Lorsqu'ils étaient sortis du bureau du directeur, James continuait de pleurer. Silencieusement, des larmes coulaient sur ses joues.
Sirius Black n'avait jamais eu à faire face à cette situation. Il avait déjà vu James très triste. En particulier lorsque Lily lui parlait durement. Mais jamais comme cela. Ca n'avait jamais été si… calme, si profond.
Alors, Sirius Black avait assez maladroitement mis sa main sur l'épaule de son ami, et il l'avait reconduit jusqu'à la salle commune. Remus, Peter et Lily qui attendaient toujours surent immédiatement ce qu'il s'était passé en voyant entrer les deux jeunes gens. Lily alla prendre instantanément son amoureux dans ses bras, tandis que Sirius, Remus et Peter observaient un silence de bon aloi.
Dès le lendemain, la nouvelle s'était répandue dans toute l'école, et dans tout le monde magique à en croire la une de la gazette des sorciers. Celle-ci ne semblait d'ailleurs prendre la nouvelle qu'avec beaucoup de précaution, puisque pas une fois n'était cité le nom de Voldemort pas plus que les circonstances de leur mort. Pourtant, il était assez étonnant, même en ces temps troublés, que des sorciers de cette qualité, et aussi reconnus, se fasse assassiner par le premier mage venu.
James n'avait pas regardé la gazette du sorcier.
Il répondait avec un petit sourire, presque timide, qui ne lui ressemblait pas, aux marques d'amitié que lui témoignaient les gens. Il prononçait éventuellement un petit « merci », puis s'éloignait rapidement. Sirius se doutait que James refusait qu'on le plaigne, qu'il refusait que leurs regards sur lui changent.
Sirius traita donc son ami exactement comme il en avait l'habitude. Il le charriait peut-être moins, le surveillait du coin de l'œil dès qu'il bougeait un orteil, et en oubliait Voldemort et l'Ordre du Phénix.
Mise à part cela, il voulait que James comprenne qu'il était là, comme il avait toujours été là. Et James avait l'air de le comprendre. D'ailleurs, celui-ci ne souriait franchement que lorsque c'était du fait de Sirius.
Remus avait aussi compris cela, même s'il avait du mal à ne pas regarder son ami avec tristesse. Quant à Peter, il avait d'abord été effrayé par la nouvelle, puis avait fait preuve d'une discrétion dont les autres lui étaient reconnaissants. Enfin, Lily se montrait avec lui peut-être un peu plus tendre.
Ce qui était certain, c'est qu'ils faisaient tous bloc. Avec et pour James.
Et pour les autres aussi. Ils étaient tous très attristés par la mort de gens aussi gentils et proches que les parents de James.
En particulier Sirius. En leur annonçant à tous les deux en même temps la nouvelle, Dumbledore avait en quelque sorte consacré une situation de fait : monsieur et madame Potter avaient presque adopté Sirius, une fois que celui-ci était parti de chez ses parents. Et ils ne s'étaient jamais défaussés de cette responsabilité.
Comme Dumbledore, James savait très bien tout cela. Et était rassuré de pouvoir compter sur Sirius, qui avait toujours été, et était toujours, comme un frère pour lui.
Il faisait encore un temps magnifique. Le ciel était parfaitement bleu, et malgré le fait qu'il était assez tôt dans la matinée, il commençait déjà à faire chaud.
Les Maraudeurs n'avaient pas l'habitude, pourtant, de se lever tôt. Ce jour-là était tout à fait particulier, et pas seulement à ce titre. Quelque chose de beaucoup plus grave les réunissait une nouvelle fois. Aujourd'hui, au cours de cette belle journée, ils partiraient à Londres, où ils devaient assister à l'enterrement des parents de James.
Sirius Black connaissait bien la grande ville pour y avoir passé toute son enfance, même si ses parents n'étaient pas franchement du genre à lui laisser le droit de se mêler aux Moldus. Mais ce jour-là, elle lui parut presque étrangère. Il y avait trop de mouvement, trop de gens, et il était perdu au milieu de toute cette activité, alors que c'était comme si sa vie à lui était sur « pause ».
James, lui, semblait assez content d'avoir une occasion de quitter Poudlard. Mais il ne pouvait pas cacher à ses amis que l'enterrement l'angoissait. Comme ses amis et Lily, il avait peur de ce qui allait se passer.
Sirius Black regardait pour la énième fois de la journée son ami et prenait exemple sur le courage de celui-ci. Il était effectivement impressionnant dans sa robe de sorcier sombre. Il regardait, et parlait aux gens avec une facilité presque déconcertante. Il remerciait et souriait juste ce qu'il fallait. Ni trop peu ni trop pas assez.
Sirius savait bien que sous cette façade, rien n'était vrai. Que la douleur de son ami était totalement incommensurable. C'est cela qu'il était justement en train d'admirer alors qu'une foule de sorciers et des personnes qui semblaient être Moldues s'amassaient vers les chaises laissées à leur disposition.
Le terrain sur lequel ils se trouvaient était très grand. En plein cœur de Londres, il était étrange, presque magique, d'avoir trouvé un espace aussi grand. Une large pelouse s'étalait jusqu'à perte de vue. Une petite estrade avait été montée en bas d'une petite descente. Des chaises avaient été installées, en nombre, juste devant. Et de là, c'est toute la ville qu'on pouvait contempler.
Sirius n'aurait pu imaginer plus bel endroit. Si tant est qu'un lieu d'enterrement puisse être beau. Il se souvenait en particulier de ceux qui avaient eu lieu dans sa famille, et auxquels il lui avait fallu se rendre, ce qui l'avait toujours révulsé. C'était là qu'il s'était rendu compte qu'il ne portait aucun intérêt particulier aux catacombes, contrairement à la passion que leur vouaient son père, et très probablement sa mère. D'ailleurs, leurs choix dans la déco du square Grimmaurd s'en ressentait.
Sirius aperçut Dumbledore et quelques autres professeurs de Poudlard arriver ensemble. Il reconnut aussi quelques personnes de l'Ordre. Le reste des invités, pourtant arrivés en grand nombre, semblait lui être inconnues.
James finit par s'asseoir à l'instar des invités présents. Sur une des chaises de la première rangée, face à l'estrade. Il pressa la main de Sirius, s'empressa d'attraper le bras de Lily et envoya un regard qui ne souffrait aucune contestation à Remus et à Peter pour que tous s'asseyent près de lui. Ce qu'ils firent sans un mot.
Un petit homme que Sirius ne connaissait pas, enrobé, le cheveu rare, s'approcha de l'estrade et finit par y monter lorsqu'il changea, sous le regard appréciateur de McGonagall, une fleur des gerbes installées à cet endroit, en petit marche-pied.
Le petit homme chaussa de petites lunettes à monture jaune, et déplia quelques feuilles. Il y jeta un coup d'œil, semblant avoir oublié qu'une multitude de personnes s'attendait, légitimement, à ce qu'il prenne la parole. Enfin, il leva le nez de ses paperasses. Et les fourra sans ménagement dans sa poche. Il agita sa baguette devant sa gorge, et soudain, sa voix, fortement amplifiée, se fit entendre.
-« Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs » Commença-t-il. « C'est avec une profonde tristesse que nous allons aujourd'hui commémorer la mort de monsieur et madame Potter, mais surtout nous souvenir de leur vie… »
Sirius n'en écouta pas plus.
Il entendit bien des « forces du mal », des « injustes », ou des « leur fils unique James Potter vers qui toutes nos pensées vont », mais il ne pouvait s'accrocher au sens des mots.
Il ne voulait pas écouter le discours, même inspiré, d'un proche.
Il voulait juste se souvenir de leur sourire quand il avait débarqué chez eux, presque sans prévenir, pour les vacances. De leur gentillesse quand il fallait rendre service à leur fils ou à l'un de ses amis. De leur profond et infaillible engagement auprès de Dumbledore, et surtout contre Voldemort et sa théorie de la supériorité de certains sorciers sur d'autres.
A ce moment, en pensant à eux de cette manière, il était toujours triste, mais heureux aussi, heureux d'avoir eu la chance de les connaître. Il aurait voulu que James pensât de même. Il se plut à dire que c'était tout à fait possible.
Le petit homme cessa enfin de parler, au grand soulagement des Maraudeurs. Le discours avait bien duré plus d'une demi-heure, et les compliments qu'il n'avait cessé de répandre, devenaient un peu fatigant et manquaient cruellement de franchise.
La cérémonie n'en était pourtant pas finie pour autant.
Une impressionnante fumée blanche se mit à sortir d'on ne sait où. Elle devint tellement dense, que bientôt, même les Maraudeurs qui étaient pourtant assis sur les premières chaises, ne purent plus distinguer l'estrade qui se tenait là à peine quelques secondes auparavant.
Puis, la fumée commença peu à peu à se dissiper. Pour finalement laisser entrevoir une grande pierre noire, qui s'enfonçait peu à peu dans le sol.
Dans un silence respectueux, les personnes présentes regardaient les parents de James entrer dans la terre.
Lorsque la pierre noire eut totalement disparue de la surface, la terre vint d'elle-même la recouvrir. Bientôt, il n'y eut plus qu'une pierre blanche au milieu de la pelouse, rappelant qu'ici reposaient deux très grands sorciers.
James se leva alors, bientôt suivi de ses amis. Et il eut de nouveau à discuter avec plusieurs personnes, dont beaucoup étaient particulièrement émues. Lui, n'en menait pas très large non plus, mais il se pliait volontiers à l'exercice.
Sirius, Remus, Peter, et Lily échangeaient, quant à eux, leurs impressions sur le déroulement de la cérémonie tout en gardant un œil protecteur sur leur ami.
Maintenant, tout le monde s'était levé, et discutait. Ils ne discutaient pas normalement, comme on pouvait discuter aux Trois Balais ou dans le Magicobus, mais à voix basse. Et ça avait le don d'insupporter Sirius qui aurait largement préféré que tout le monde se mette à hurler.
-« Tenez, regardez par là-bas, du côté de l'arbre tordu, Dumbledore avec Iris Fredon. Me demandent bien de quoi ils peuvent bien parler.
-Laisse-moi deviner… Voldemort par exemple ? »
Alors que Remus prononçait à voix haute ce nom, quelques personnes qui se tenaient à proximité se retournèrent brusquement vers eux, l'air terrifié. Remus les ignora, à l'instar de Lily, Peter et Sirius.
-« Il serait peut-être temps qu'on puisse pleinement compter sur le soutien du ministère. » Poursuivit Lily.
-« Le jour où le ministère arrêtera de tortiller du cul… les trolls se mettront à danser correctement la salsa.
-Et c'est la même chose pour les Serpentards ! Tout le monde sait bien que la maison a des opinions très… partagées sur Voldemort ! »
Les regards de l'assistance, toujours terrifiés, se portèrent une nouvelle fois sur eux.
-« Heureusement qu'il y a Tristan et Victoria, pour nous rassurer sur les Serpentards. » Ajouta Lily dans un souffle pour qu'elle ne soit entendue que par les intéressés.
-« On va finir par se faire remarquer. » Commenta Remus. « C'est quoi cette nouvelle lubie de paraître terrifié quand on parle de Voldemort ? »
Re-regards choqués en direction des jeunes gens.
-« C'est la nouvelle danse à la mode ». Répliqua Sirius. « C'est très expressif tu ne trouves pas ?
-Un peu ridicule, si tu veux mon avis. »
James semblait réussir laborieusement à se tirer d'une conversation interminable avec deux personnes que Sirius identifia comme bureaucratiques. Cela fit de la peine au Gryffondor, qui s'approcha de leur groupe et glissa à son ami suffisamment fort pour que ses interlocuteurs puissent entendre :
-« Excuse-moi, James, je viens de voir Madame Patmol-Lunard ainsi que Monsieur Queudver, ils tiennent absolument à te parler, ça avait l'air urgent. »
James fit alors la tête de quelqu'un de concerné.
-« Ah très bien. Justement, je tenais à m'entretenir avec eux aussi rapidement que possible. Si vous voulez bien m'excusez. » Ajouta-t-il à l'intention des bureaucrates.
Sans prendre réellement la peine de vérifier auprès des intéressés qu'il était bien excusé pour ce départ abrupt, il emboîta le pas à son ami.
-« Madame Lunard-Patmol ? Tu m'aurais caché des trucs sur ta relation avec Remus ?
-Ah ! Je suis fait ! Justement, je voulais te dire… »
Sirius constata que la plaisanterie avait provoqué un franc sourire sur le visage de son ami et s'en félicita intérieurement.
-« Ah merci, au fait. » Ajouta James alors qu'ils rejoignaient leur petit groupe. « C'était deux employés du ministère qui ne me lâchaient plus la grappe avec leurs commentaires larmoyants. Un peu plus et je les envoyais bouler méchamment.
-A ton service mon chéri. Tu penses que j'ai de l'avenir si je crée un groupe de lutte dont l'objectif serait d'éviter que James Potter envoie bouler tous les employés du ministère ?
-Un très grand avenir.
-Arrête, tu vas me faire rougir.
-Qu'est-ce qui va te faire rougir, Sirius ? » Demanda Peter alors que Sirius et James avaient rejoint le reste du groupe.
-« Toi, mon lapin. »
Sur ces paroles définitives, ou presque, la conversation s'engagea de nouveau vers la cérémonie qui venait de se finir.
Toutes les personnes présentes étaient restées. Sur la pelouse, des petits groupes s'étaient formés et discutaient avec plus ou moins d'animation. Dumbledore était toujours en grande conversation avec le ministre de la magie.
Les Maraudeurs et Lily commentaient tout ceci avec leur habituel recul.
Ils étaient totalement pris dans leur conversation lorsque soudain ils furent obligés de remarquer que les autres groupes observaient un silence surprenant.
-« C'est moi où il y a un truc qui cloche ? » Remarqua Remus en premier.
Les cinq jeunes gens tournèrent la tête de tout côté pour appréhender d'une manière plus globale la situation.
Les personnes étaient toujours bien présentes sur la pelouse, la pierre blanche était toujours en place. La seule chose remarquable n'était que ce silence… et le fait que tous avaient porté leur regard sur la ville qui s'étendait au loin.
-« Mais qu'est-ce que… » Commença Sirius.
-« Là-bas, regardez. » Lança Lily en pointant son index dans le ciel.
Ils remarquèrent alors ce que tout le monde observait. Il s'agissait de lettres, tracées dans le ciel bleu de cette belle journée. Des lettres bleues, pas spécialement voyantes, mais parfaitement lisibles.
Sirius dut calmer son angoisse avant de retrouver la capacité de lire ce que ces si étranges lettres dans le ciel disaient.
« Vous savez ce qui vous attend. »
Pas besoin de signature pour comprendre qui en était l'auteur. Voldemort voulait visiblement que l'on se souvienne qui avait commis ce double assassinat. Et qui il viserait la prochaine fois.
Pourtant, contrairement à ce que les Maraudeurs avaient déjà pu constater, il était assez étonnant que le mage ait choisi un mode de communication aussi peu voyant finalement. Avait-il eu du respect pour monsieur et madame Potter, ce qui aurait expliqué cela ?
Sirius se questionnait à ce propos, sans craindre une seule seconde ce que pouvait signifier cet avertissement. On lui avait dit et répété que Voldemort était dangereux, il s'était lui-même confronté un certain nombre de fois à son armée, alors ça n'allait pas être avec quelques petits mots écrits en lettres bleues dans le ciel, qu'il allait se faire impressionner. Voldemort comptait peut-être cependant sur de nouvelles démissions. Surtout qu'était présente une bonne partie du ministère.
Sirius avait raison de craindre cela, et il en eut la confirmation lorsqu'il vit la tête des invités. Apparemment, personne n'avait plus vraiment envie de s'attarder là.
James, dès qu'il vit l'inscription, lança un « finite incantatem » dont personne n'avait eu l'idée jusqu'à présent.
Les lettres s'effacèrent instantanément.
James alors envoya un sort qui traça une fumée d'or au même endroit. La fumée, avant de se dissiper inscrivit au-dessus de la ville : « nous vous attendons. »
-« Et de pied ferme en plus. » Compléta la douce Lily, dont le visage avait soudainement pris une dureté qu'on ne lui connaissait pas.
Les gens étaient partis un peu rapidement.
Ce qui ne déplut pas aux Maraudeurs en général, et à James en particulier. Cette matinée avait été longue, et ils n'aspiraient plus qu'à se retrouver tranquilles dans la salle commune de Gryffondor, voire sur le terrain de Quidditch pour l'un d'entre eux.
Bientôt, Dumbledore leur tendit un Portoloin dont il venait de fixer la destination et l'horaire. Il ne s'étendit pas en commentaire, ce qui les étonna. Mais Dumbledore avait ses raisons que la raison ignore.
Les jeunes gens saisirent le Portoloin et furent aussitôt emporté dans une spirale qui donnait immanquablement mal au cœur à Sirius Black. Il sentit donc avec un certain soulagement le sol revenir sous ses pieds, et se rattrapa juste au bon moment sur Peter quand la force du Portoloin le lâcha.
Ils étaient devant l'imposante grille de Poudlard.
Sirius Black avait un peu honte. Revenus dans la grande salle de Poudlard, pour le déjeuner, et devant les mines d'enterrement, et c'était le cas de le dire, de l'ensemble des élèves de l'école, il avait juste envie d'autre chose.
Il se trouvait justement que cette autre chose était assise pas loin, à la table des Serpentards.
James quant à lui ne laissait rien paraître de son état d'esprit, ce qui était en soi un événement exceptionnel. Lily lui faisait des sourires. Remus tentait d'expliquer à Peter comment une plume d'oiseau pouvait soigner l'urticaire, et à quelles propriétés intéressantes pouvaient encore servir la plume d'oiseau dans la recherche magique sur ce sujet. Peter regardait Remus avec une certaine envie et tentait désespérément de comprendre ce que lui disait son ami. Sirius, enfin, se lança dans une grande conversation avec James sur la plus belle blague qu'ils aient faites depuis leur entrée à Poudlard. Ils avaient beaucoup de mal à se décider, et ce n'est que l'intervention de quelques Gryffondors, puis de tous les Gryffondors, puis d'à peu près la moitié de l'école qu'ils se décidèrent pour un fait marquant en particulier.
Finalement, c'est McGonagall, à la fin du repas, qui eut le dernier mot.
-« Les élèves de la première à la sixième année sont priés de regagner leur salle de cours le plus rapidement possible pour ne pas être en retard.
-Mais justement, on était… » Commença un Serdaigle.
-« Pas de discussion, Monsieur Doyle.
-Moi, je continue à militer pour le coup de l'iguane ! » Lança une Gryffondor de troisième année avant de passer la porte.
-« S'il n'en tenait qu'à moi, je choisirai peut-être, le jour où vous avez glissé une potion d'endormissement dans le verre du ministre la fois où il est venu à Poudlard. Il n'est jamais revenu d'ailleurs. » Ajouta-t-elle plus pour elle-même que pour être véritablement entendue.
-« Hey ! Mais rien ne prouve que c'était nous, ce coup-là !
-C'est que vous êtes le seul à en être certain, monsieur Black. »
Et elle quitta elle-même la grande salle.
Les Maraudeurs, toujours attablés, et soudainement très seuls, partirent dans un grand éclat de rire. Jamais, décidément, ils ne pourraient prévoir les réactions de McGonagall. Et ce même après presque sept ans d'intense labeur.
L'après-midi promettait d'être aussi belle que l'avait été la matinée. Lily Evans et les Maraudeurs en profitèrent pour fuir Poudlard et se réfugier près du lac.
L'ambiance était bonne, malgré les circonstances. Réveillés très tôt dans la matinée, les jeunes gens se reposaient un peu sur la pelouse à l'ombre d'un grand saule. Et rien n'aurait pu les déranger. Pas même le souvenir de l'intervention discrète, mais remarquée, de Voldemort un peu plus tôt dans la journée. Le moment n'était plus à l'entraînement, ni même à la stratégie, mais bien à un certain recueillement, et à la détente.
Les jeunes gens discutaient de tout et surtout de rien, et ils étaient bien. Il n'y avait décidément qu'à Poudlard que ce genre d'état de grâce pouvait exister. Pourtant, ils n'avaient plus que quelques semaines à passer dans cet endroit. Après, il faudrait qu'ils volent de leurs propres ailes et peu d'entre eux auraient pu dire qu'ils étaient prêts pour cela. Surtout pas James ou Sirius. Mieux valait ne pas trop y penser et profiter de leurs derniers moments dans leur école, qui, ils en étaient sûr, garderait encore pour de nombreuses années les stigmates de leur passage.
Les minutes, puis les heures coulèrent plus vite qu'ils n'eurent le temps de s'en apercevoir.
Sirius Black pensait beaucoup à ses amis, à l'école, aux moments qu'il avait passé auprès des parents de James. Et ça le rassurait de pouvoir y penser en toute quiétude, de pouvoir en parler sans contrainte avec ses amis : leurs relations, la mort, Poudlard.
Il était tranquille, presque serein.
Mais plus la journée passait, et plus il lui manquait quelque chose. Déjà au déjeuner, alors qu'elle discutait avec cet ahuri de Malefoy, il avait ressenti ce manque. Maintenant qu'il était avec ses amis, et qu'il avait le temps d'y penser, il ne s'en privait pas, et il y pensait. Il aurait voulu que Remedios Listerdale, la Serpentarde, soit là, avec lui et les autres pendant cette journée. Il se rendait compte qu'il avait besoin d'elle dans des moments forts comme celui-ci. Mais il savait aussi que c'était impossible. Qu'elle soit là, avec eux.
Alors il se contentait, entre autre chose, de penser à elle. Tout en s'en voulant tout de même un peu parce qu'il ne s'en sentait pas vraiment le droit. Il y avait des choses bien plus importantes dans sa vie, et dans celles de ses amis, pour qu'il s'inquiète de savoir ce que pouvait penser, ou ce que pourrait lui dire, une digne représente d'une maison ennemie. Mais comment s'empêcher de tourner et retourner son image et sa voix dans la tête ? Et pourquoi penser à ce qu'elle pourrait lui dire et ce de quoi il pourrait lui parler, quand il pouvait faire exactement la même chose avec ses amis présents près de lui ? C'est que ce n'était pas pareil.
La fraîcheur commença à tomber. Sirius proposa bien qu'on rentrât, mais c'était sans compter sur James qui n'avait pas l'intention de laisser filer cette journée, sans sortir son balai du placard du dortoir. Il lança donc l'idée d'un petit match de Quidditch impromptu, et réussi à convaincre sans trop de peine Peter, Lily, puis Remus. Quand ils les eurent croisées, Farfadelle Dentry et Clare Dame vinrent se joindre à eux, ravies d'avoir une occasion de plus de contrevenir aux règles de l'école.
Sirius Black, quant à lui, se défila : non pas qu'il n'aimât pas le Quidditch, loin de là, mais il avait toujours préféré le commenter, et vue l'heure, il craignait que la pratique intensive d'un sport ne lui porte un tantinet à l'estomac. C'est en tout cas l'excuse qu'il donna pour retrouver la tour Gryffondor, plus particulièrement son dortoir, et son lit à baldaquin pour être tout à fait précis.
C'était le seul et unique programme qu'il avait prévu pour la soirée, et ce n'était pas même une partie de Quidditch qui promettait, avec ses meilleurs amis, qui allait le faire changer d'avis.
Il se sentait fatigué.
Il mit donc son plan à exécution et ne s'attarda pas, malgré les prouesses de Jordan Smith tentant vainement de montrer à tous qu'il était capable de sauter au-dessus de, non pas une, mais bien deux tables de la salle commune. Sirius eut tout de même un petit sourire lorsqu'il vit le brillant attrapeur s'étaler de tout son long sous un amas de chaise. Mais ne fit aucun commentaire, ce qui ne lui ressemblait pas vraiment, et s'engouffra dans l'escalier, alors que quelques cinquièmes années charriaient le malheureux cascadeur en l'aidant à se relever.
Une fois seul dans le dortoir, il se sentit bien. Finalement, hormis chez James, Poudlard avait été sa seule maison, et dès qu'il entrait dans cette pièce, ça le rassurait, plus qu'il n'aurait osé l'avouer.
Il s'allongea sur le lit et sentit tous ses muscles se décontracter les uns après les autres.
Les parents de James étaient morts. Ca faisait maintenant plusieurs jours qu'il le savait, mais il avait toujours du mal à comprendre la portée de cette information. Jamais plus il ne reverrait le sourire de madame Potter, ou ne sentira plus la tape amicale de monsieur Potter dans son dos.
Il sentit la tristesse l'envahir de nouveau.
Mais au moins, il avait ses amis. Peter, Remus, et James, ses frères s'il n'y avait cette sombre histoire de filiation.
Et il avait Remedios. Il avait du mal à la mettre sur le même plan que ses amis. Non pas qu'elle leur était supérieure ou inférieure, mais juste qu'elle était différente dans sa vie.
Et que c'était la seule personne à qui il avait envie de parler maintenant, là, tout de suite.
Tout en sachant que c'était difficilement réalisable, il tenta d'échafauder quelque plan pour aller la rejoindre là où elle pouvait être. James avait gardé la carte du Maraudeur pour le Quidditch de minuit au cas où. Sirius y aurait bien jeté un coup d'œil, juste pour voir où la belle Serpentarde pouvait donc traîner.
Très vraisemblablement, vue l'heure, il était très possible qu'elle soit dans un bon grand fauteuil de sa salle commune. Ce qui laissait présumer que la salle commune de Serpentard avait de bons grands fauteuils, ce dont il doutait fortement. Une autre possibilité aurait été qu'elle soit en train de prendre un pot chez Voldy, comme elle disait. Dans ce cas, il la plaignait vraiment, et l'imaginait, un verre de quelque chose dans les mains, en train d'écouter le long et ennuyeux discours du Mage qui avait pourtant commencé par un prometteur « je serai bref ». Puis, une image traversa son esprit : elle dans les bras de Malefoy, mais il la chassa rapidement. Ou alors, autre possibilité, elle cherchait à le contacter, pour le voir, parce qu'il lui manquait, et qu'elle voulait savoir comment il allait.
Il aurait aimé trouver cette hypothèse plus réaliste que les autres, mais revenait désespérément à la chaise de bois austère de la salle commune de Serpentard.
Il se demanda alors comment pouvait-il faire pour y entrer. Peut-être y avait-il un mot de passe comme à Gryffondor ? Ou une énigme à résoudre comme à Serdaigle ? Voire entonner une chanson comme à Pousouffle ? C'est là qu'il s'aperçut que malgré ses sept années de découvertes poudlardiennes en tout genre, jamais il n'avait eu la curiosité d'entrer chez les Serpentards.
C'est à ce moment qu'il entendit des bruits du côté opposé à la porte de l'escalier.
C'était assez étrange en soi, puisque de mémoire de Gryffondor, les seuls et uniques bruits arrivant jusque dans les dortoirs n'étaient que ceux de Maraudeurs au complet surexcités, dans l'escalier.
Mais il y avait vraiment des bruits, et cela ne venait vraiment pas de l'escalier, et encore moins des Maraudeurs au complet.
C'était des bruits de… De quoi au juste ? Comme si… Comme si on ouvrait les murs…
Sirius Black n'eut pas le temps de s'attarder à tendre l'oreille quand une chevelure brune sortit, du mur, du côté du lit de Peter.
-« Tu m'as appelée ? » Demanda-t-elle comme si tout était parfaitement normal.
-Meme ?
-Et bien oui ? Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? »
Il pensa d'abord que son imagination lui jouait de sacrés tours. Mais il fallait se résoudre à la réalité : Remedios Listerdale, pour une raison encore totalement inexpliquée, avait réussi à s'introduire dans le dortoir des Maraudeurs. Ce devait bien être la première fois, et très certainement la dernière, qu'un Serpentard entrait dans le sanctuaire de Gryffondor.
Remedios s'assit sur son lit, à ses côtés, tandis que Sirius, un peu perdu, gardait un silence surpris. Puis, son côté Gryffondoresque reprit le dessus, et il parvint à articuler, enfin, quelques mots.
-« Meme, je voudrais pas être désobligeant, ou te paraître quelque peu cavalier, mais comment réussis-tu à t'incruster aussi facilement dans mon pieu, sans déconner ?
-Grâce à Lupin. » Répondit-elle simplement.
-« Lupin ? Mon Lupin ?
-C'est pas lui qui a trouvé la formule pour creuser sans que rien n'y paraisse ? J'utilise souvent ce sort, c'est fou ce qu'il est utile.
-Le creuse-tout ? » S'exclama le jeune homme se souvenant brusquement qu'effectivement, il y a de cela quelques mois, son ami avait retrouvé cette vieille formule et lui en avait touché deux trois mots. « Mais comment… La dernière fois que j'en ai entendu parler, c'était encore à l'état d'expérimentation, et il n'avait pas de nom ! » Reprit-il.
-Lupin a fait quelques découvertes, depuis. Tu sais, tu devrais lire le rapport mensuel du groupe de recherche de l'Ordre, c'est en général très intéressant. » Répliqua-t-elle. « Et très franchement, je ne suis pas venue pour qu'on disserte pendant des heures sur les différents sorts qui permettent de passer d'une maison à l'autre. Physiquement, j'entends. Parce que ce n'est pas parce que je débarque à Gryffondor que je suis une Gryffondor, parle pas de malheur.
-Quoique appartenir à la maison Gryffondor était, est, et reste le plus grand honneur qu'on puisse recevoir dans le monde sorcier, la question me parait moins importante que la première que tu as indirectement posée.
-Qui était ?
-Qui était : qu'est-ce que tu es donc venue faire ici ? »
A dire vrai, il n'avait que faire de la réponse que pourrait lui donner la jeune fille. L'important était qu'elle était là, avec lui, qu'il allait pouvoir la sentir près de lui. C'était ce qu'il demandait à peine quelques minutes auparavant, et elle était apparue, comme par magie.
Il l'observa quelques secondes : il remarqua seulement alors qu'elle ne revêtait pas la tenue officielle de l'école. Elle portait, chose étrange s'il en était, une robe sombre. Qui ne lui allait d'ailleurs pas trop mal si on pouvait se fier à Sirius Black en matière vestimentaire. Niveau capillaire, elle avait relevé ses cheveux dans ce qui avait été, peut-être, quelques longues heures avant, un semblant de chignon. Le jeune homme n'entra pas plus dans les détails : la vue d'ensemble était tout à fait charmante.
-« Je voulais savoir comment ça allait. » Répondit quand même Remedios.
Sirius ne réagit pas tout de suite.
-« C'est toi qui me demande ça ? » S'exclama-t-il.
-« C'est si inconcevable que je m'inquiète ?
-Assez, oui. Pour une Serpentarde, je veux dire.
-Rends-moi service, lâche-moi avec ça, au moins pour ce soir. »
Sirius sembla la jauger. Et sembla se convaincre par ce qu'il voyait : il n'insista pas.
-« Ca va. Merci. Mais c'est plutôt à James que tu devrais demander. » Répondit-il enfin.
-« Et justement, c'est bien à toi que je demande. Ma vue n'est pas à ce point mauvaise que je vous confonde. De toute façon, très franchement, personne ne m'insupporte plus que toi en ce bas monde.
-Pas même James ?
-Pas même Potter.
-Waouw, merci du compliment.
-C'est avec plaisir… Alors, réponds-moi vraiment, comment te sens-tu depuis la mort des parents de James ? »
Il ne répondit pas tout de suite.
-« Mal évidement. Je vois mal comment je pourrais le prendre autrement. Même quand celle qui me pose la question a une aussi jolie robe. »
Surprise, Remedios porta son regard sur la robe en question.
-« Ah oui, c'est vrai, la robe… C'est que je viens d'une petite fête.
-Et qui a eu l'insigne honneur de te voir venir arrivée toute pomponnée ?
-Voldemort…
-Ah, évidemment.
-Aujourd'hui était organisée une sorte de … contre-manifestation de l'enterrement des parents de Potter.
-C'est-à-dire ?
-C'est-à-dire que Voldemort a voulu tous nous réunir pour bien nous montrer à quel point on pouvait être fort quand on voulait et du moment qu'on lui obéissait. Après, on a pu le voir envoyer un message aux gens présents à l'enterrement. Et tout le monde est venu le congratuler pour un tel esprit d'initiative.
-Mais c'est atroce ! » Articula avec peine Sirius.
-« C'est aussi ce que j'ai pensé. La mort des parents de Potter lui sera très utile. Très utile.
-Ce ne sont pas uniquement deux personnes formidablement exceptionnelles qui partent, mais aussi deux grands sorciers. Le fait qu'il ait pu déjouer leur plan ne peut que l'aider, et effrayer un peu plus l'opposition.
-Tu comprends vite… »
Et Sirius savait parfaitement que Remedios et lui-même avaient raison.
Sirius n'avait plus tellement envie de s'intéresser à la question : Voldemort, la mort des parents de James, le retournement de veste des Détraqueurs, la fuite de certains membres de l'Ordre du Phénix. Tout ça ne présageait décidément rien de bon.
Ce qui en revanche présageait du meilleur, c'était que Remedios Listerdale était bel et bien là, dans le dortoir des Gryffondors.
Elle était tout près, assise sur son lit, mais ce n'était pas encore assez. Il la prit délicatement dans ses bras, et la serra le plus fort qu'il put. Peu importe si cela l'empêchait de respirer. Elle se laissa faire puis enroula ses bras dans son dos. Il sentit alors qu'elle posait ses lèvres dans son cou. Il n'en fallut pas plus au jeune homme pour sentir des frissons lui parcourir le dos. Il ne voulait plus quitter sa bouche, et ses mains se détacher de son joli visage. Il sentit les mains de la belle se glisser sous le t-shirt qu'il portait. Il se retint de ne pas se mettre à trembler. Depuis quand un Gryffondor se mettait-il à trembler ? Il reprit une contenance en laissant glisser ses propres mains dans son dos à elle. Ses lèvres, sa langue, livraient un combat qui devint acharné avec celles de la Serpentarde. Elle mit tous son poids vers l'avant pour l'allonger sur le lit.
Lorsqu'ils entendirent la porte s'ouvrir avec fracas.
Sirius jeta un coup d'œil rapide dans cette direction : James Potter, Remus Lupin, et Peter Pettigrow venaient d'entrer. Ils étaient visiblement très surpris et le jeune homme mit un moment avant de comprendre ce que la situation avait de surprenant.
Il se tourna alors vers Remedios, qui, ni gênée, ni étonnée de cette entrée soudaine, l'embrassa rapidement, se releva, et repartit par le trou béat laissé par le sort près du lit de Peter.
-« Alors là, j'ai dû louper un épisode… » Commenta Remus.
