Sirius ne savait franchement plus où se foutre.
Ses amis l'encerclaient afin qu'il ne puisse s'échapper : James était à gauche, Peter, sur le côté droit, et Remus lui faisait face. Ils avaient tous les trois un petit sourire en coin qui n'était pas fait pour rassurer Sirius. Mais alors pas du tout.
Il commençait à regretter de ne pas avoir pensé à demander à Remedios un peu plus de détails sur cette fameuse formule bien pratique qui permettait, sans que ça se voit, de creuser des chemins dans à peu près tout et n'importe quoi. A l'heure qu'il était, il serait en train de se balader dans les entrailles du château, chose qu'en plus il n'avait jamais faite.
Il regretta encore plus cette petite balade nocturne, lorsque Peter éleva enfin la voix.
- « Sirius, tu nous expliques ? »
Y avait-il réellement quelque chose à expliquer ? En plus, en quoi ça les regardait ?
- « Sirius, il serait peut-être temps que tu nous parles, non ? » Surenchérit Remus.
Ce garçon était décidément particulièrement doué lorsqu'il s'agissait de se confronter à la réalité.
- « Sirius, si tu ne nous dit rien, c'est moi qui invente ce qu'il en est, et à ma sauce, si tu vois ce que je veux dire... »
En fait, Sirius ne voyait pas vraiment ce que James voulait lui dire, mais ça sentait vraiment le roussi pour lui. Il connaissait bien l'incroyable imagination de son ami et le savait parfaitement capable de monter une histoire de toute pièce pour expliquer la scène qu'il venait de surprendre.
Et justement, Sirius ne voulait pas que James explique à sa façon la réalité. Parce que cette réalité devenait trop importante pour lui.
- « Hé bien... » Commença-t-il presque fébrilement.
Aussitôt, ses trois meilleurs amis, s'assirent comme d'un seul homme sur son lit, en prenant des airs de midinette qui arracha un sourire au jeune homme.
- « J'imagine que vous vous êtes rendus compte, à un moment ou à un autre, que Listerdale n'est pas franchement ce que les autres croient qu'elle est. Enfin, non, je ne devrais pas commencer par là. Oh et puis si... Enfin je ne sais pas.
-Fais au plus simple. » L'aida Remus.
Sirius entreprit de suivre les conseils de son ami et prit une profonde respiration avant de se relancer.
-« Hé bien, c'est assez compliqué justement Remus. Enfin, ça commence de manière très simple. Vous connaissez d'ailleurs tout ça : Remedios, ce connard de Malefoy, ou cheveux-graisseux-man. Bref, toute la clique. En fait, il faut que je reconnaisse aujourd'hui que peut-être, je suis allé un peu vite pour juger Listerdale. A cause de ses amis justement. Enfin bref, je vais essayer de faire court.
-Pas besoin, j'ai toute ma soirée. Et ce genre d'histoires, c'est souverain pour se changer les idées » Prévint James qui s'installait confortablement, calé par un bon gros oreiller.
-« c'est moi qui n'ai pas franchement envie de m'étendre pendant des heures sur le sujet, si tu veux bien, squatteur d'oreiller !
-Ouais l'autre, hè ! » Répliqua le squatteur.
-« Donc, j'en reviens à mes moutons. Enfin, à Listerdale. Il se trouve qu'on a commencé à sympathiser un peu par hasard à cause de Thornford.
-Ah ! C'est pour ça que tu étais en retenue tous les quatre matins ? » Comprit Peter.
-« Peut-être. » Répondit évasivement le jeune homme. « En tout cas, on a sympathisé assez vite quand on s'est rendu compte qu'on luttait du même côté. Je pense qu'elle s'est d'abord méfié de moi, et surtout moi d'elle. Elle à cause du nom que je porte et moi à cause de la maison à laquelle elle appartient. Je sais, c'était pas super malin comme raisonnement : Tristan et Victoria sont là pour nous le rappeler, Ok, j'ai compris. J'imagine que vous avez compris assez vite, vous aussi, qu'elle n'était pas comme Malefoy, ou Rogue, qu'elle était bien plus proche de l'Ordre et de Dumbledore que des Mangemorts et de Voldemort.
-Il faut dire qu'après le coup du bal du nouvel an, tu sais, lorsque tu l'as cachée avec nous, derrière la tapisserie quand Voldemort et ses petits copains ont débarqué, ça ne laissait pas beaucoup de doute sur ses opinions.
-C'est gentil de me faire confiance comme ça.
-Sirius, tu es notre ami. Si tu estimes quelqu'un digne de confiance, nous la lui accordons volontiers.
-Et si on avait encore des doutes, le soir où on a repoussé les Mangemorts dans la forêt interdite avec le sort de Bérézina, les a totalement levés.
-Ah oui, il y a eu ça aussi. Donc vous savez déjà tout, pourquoi m'enquiquiner à me demander des détails ?
-Parce qu'entre repousser des méchants en dehors de notre école avec quelqu'un qui nous aide, et surprendre notre ami dans le dortoir en galante compagnie et sans que cela puisse laisser de doute sur le type de relation qu'ils entretiennent, tu m'excuseras, mais il y a une marge...
-Pas tant... » Fit remarquer Remus. « Il paraît que chez certains très vieux auteurs moldus ou dans une littérature plus... contemporaine et accessible, au contraire, la haine et l'amour entretiennent...
-Remus, la ferme. » Trancha Peter en envoyant un oreiller bien senti à la tête de son ami.
-« Je crois que tu n'as pas fini la jolie histoire que tu étais justement en train de nous raconter.
-Oui, pardon, nous sommes toute ouïe, Sirius.
-C'est que je n'ai pas grand chose à raconter.
-Comment, ça pas grand chose ? Je trouve l'ellipse de 'en fait, elle est du côté de Dumbledore avec nous' à la scène que nous venons de surprendre un peu raide !
-Ouais, Lunard a raison !
-Pfff... Vous êtes chiants...
-On sait, et c'est ce qui fait tout notre charme.
-Remarque qu'avant ce soir, on t'a quand même foutu une paix royale ! »
Sirius ne pouvait pas franchement dire le contraire, c'était la stricte vérité. Il avait d'ailleurs beaucoup apprécié que aucun de ses amis ne posent des questions trop lourdes sur Remedios Listerdale. Aujourd'hui, il pouvait difficilement en réchapper.
-« Donc, on est devenu assez proches avec toutes ces histoires de Voldemort et tout ça. Et j'ai bien été forcé de me rendre compte qu'on s'entendait quand même très bien tous les deux. Puis, ça a été compliqué... ou très simple, en fait j'en sais rien du tout.
-Je sais pas si les autres partagent cette opinion, mais je ne te trouve pas très clair Patmol.
-Quand vous avez décidé de m'embêter, vous...
-Oui, mon Siri, et c'est pour ça que tu nous aimes !
-Mouais, alors, bof...
-Bon, et alors qu'est-ce qu'il s'est passé lorsque tu t'es enfin rendu compte qu'elle ne t'était pas indifférent ?
-Rien.
-Comment ça rien ?
-Ben rien.
-Alors là, je ne te reconnais pas : tu n'es pas allé lui parler directement ?
-Non. Et je pense que l'idée ne même pas effleuré l'esprit.
-Et qu'est-ce qu'il s'est passé après ?
-J'ai finalement admis l'idée que peut-être il serait éventuellement intéressant, si les conditions de température et de pression étaient idéales, et si le prix du pétrole était à un certain niveau, de lui faire savoir tout le bien que je pensais d'elle.
-C'est quoi le pétrole ?
-Rappelle-toi les cours d'Etudes des Moldus, Peter ! Tu sais un machin tout visqueux, noir, dont on ne sait pas bien si les Moldus s'en servent pour allumer leur véhicule, ou pour décorer les belles plages !
-Bon, vous arrêtez de toujours faire dévier la conversation ! » Les interrompit Remus, qui faisait très bien la midinette lorsque ça devenait intéressant. « Vas-y, reprends, Sirius.
-Je suis passé petit à petit de l'éventualité éventuelle à la nécessité absolue. Et je me suis lancé.
-Quelle a été sa réaction ?
-Catastrophique.
-Tant que ça ?
-A peu près pire.
-Ah ouais, quand même.
-Le grand Sirius Black se prendre un rateau... Je regrette de ne pas avoir fait partie du public.
-Et qu'est-ce qui l'a décidée alors ? Parce que vu la scène de tout à l'heure, elle avait l'air très consentante.
-Elle a fini pas changer d'avis. » Explique Sirius.
-« Pourquoi ?
-Ca, il faudrait lui demander.
-Et ça date d'il y a longtemps ce soudain revirement ?
-Quelques temps. »
Ses trois amis accusèrent le coup de la nouvelle.
-« Ca alors... Listerdale et Black, si un jour on m'avait dit...
-Clare Dame, ça paraissait normal, mais Listerdale...
-Bon, je vous aime bien les mecs, mais il faut pas trop pousser non plus, alors vos commentaires, j'aimerais autant pas les connaître. Sur ce, j'apprécierais assez dormir un peu, pour une fois qu'on en a l'occasion.
-Surtout que la journée n'a pas été très facile, je te l'accorde. » Admit James. « Mais heureusement que tu es là pour l'égayer !
-Je sais pas trop si c'est une bonne nouvelle pour moi... »
Finalement, Sirius ne se sentait pas aussi mal qu'il pensait qu'il le serait après ce genre de révélations. Il n'aimait pas tellement parler de lui. Enfin, si, quand même, mais pas comme ça.
-« Dis Patmol ?
-Oui James. » Répondit dans un soupir le jeune homme désespérant qu'on puisse un jour le laisser tranquille, alors que son ami montait sur son lit derrière les rideaux du lit à baldaquin.
-« Pourquoi Listerdale ?
-Pourquoi Listerdale ? Elle veut dire quoi au juste ta question ?
-Pourquoi elle et pas une autre ? »
La question était intéressante. En fait, il ne se l'était jamais posée. Il fallait toujours que James pose les bonnes questions, celles auxquelles on ne songe jamais.
-« Tu n'envisagerais pas par hasard une carrière à la rubrique 'potins' de la Gazette du Sorcier ? » Demanda Sirius pour toute réponse.
-« Tu penses que j'ai mes chances ?
-Sans aucun doute.
-Alors pourquoi elle ?
-Parce qu'elle est insupportable. » Répondit Black honnêtement. « Elle est tout ce qu'il y a de plus angoissant, de plus étrange, et de définitivement plus insupportable chez tous les êtres humains, ou autres, que j'ai rencontrés jusqu'à maintenant. Elle est changeante, surprenante. Elle est froide, méprisante, impassible. Elle est sûre d'elle-même, et en même temps pas du tout. Elle est obscure. Elle est franche, dure parfois. Elle ignore superbement le concept même de compromis...
-...
-Mais je t'embête avec tout ça.
-Pas du tout. Je suis surpris, c'est tout. »
A cette affirmation, qui tombait sous le sens, Sirius se sentit immensément coupable de n'avoir rien dit à son ami. Il se fit la réflexion que jusque là, il ne lui avait jamais rien caché, ou jamais très longtemps. Et pas pour un truc qui lui tenait autant à cœur. Et il s'en voulait pour tout ça.
-« Pourquoi nous l'as-tu cachée aussi longtemps, Patmol ? » Demanda James qui prenait de plus en plus ses aises avec les oreillers et couvertures du lit de Sirius.
-« Pfff... J'en sais rien... Je veux dormir moi !
-Allez, arrête de mentir, tu ne m'aurais pas caché quelque chose d'aussi important sans une bonne raison. L'air de rien je te connais bien mon petit Sirius ! »
Ledit Sirius jeta un coup d'œil en direction de son ami, affalé de tout son long sur le lit, la tête sur un oreiller, et le regard particulièrement attentif.
-« En fait... J'ai cru que ça te décevrait.
-Toi et Listerdale ?
-Oui.
-Et tu le crois toujours ?
-Un peu.
-Et je peux savoir pourquoi je suis censé être déçu ?
-Hé bien, parce qu'il s'agit de Listerdale quand même. Tu sais Listerdale, la pote de Rogue et consorts, qu'on peut pas blairer depuis notre plus tendre enfance, et dont on s'est toujours méfié ! Tu dois bien te souvenir de cette fille-là, non ? Alors, je suis désolé, James, parce que oui, tu es mon ami, et oui, j'aurais adoré t'en parler franchement plus tôt, mais j'avais la frousse de ta réaction.
-C'est bien la première fois que Sirius Black, le Gryffondor, a la frousse.
-Quand il s'agit de mes amis ou de Remedios, finalement, ça arrive bien plus souvent que ce que ce que tout le monde pense, et de ce que je préférerais. Et si tu t'avises de répéter ça, tu comprends bien que je me trouverais alors dans l'obligation de te tuer. »
James eut un petit rire qui détendit un peu Sirius.
-« Sirius, jamais tu n'aurais dû, ne serait-ce qu'une seconde, avoir peur de ce que je pouvais penser de tout ça. Je te fais suffisamment confiance pour savoir que si tu choisis quelqu'un ce n'est pas pour rien. Alors, si tu as choisi Listerdale, c'est que Listerdale est quelqu'un de bien. Et si tu as choisi de ne pas m'en parler, c'est que ça n'était pas le moment pour m'en parler. C'est tout. Et tout à fait entre nous, qui n'a pas rêvé de réussir à séduire un jour la très belle, mais glaciale, Remedios Listerdale ?
-Je me demande si elle pourrait entrer en concurrence avec Rogue à ce niveau...
-Pas comparable. » Trancha instantanément Potter. « Le seul fait d'être dans la même salle de cours que Rogue est insupportable. » Précisa-t-il d'une voix qui ne souffrait aucune contradiction.
-« Alors tu n'es pas déçu ? » Demanda Sirius pour confirmation.
-« Ca ne m'aurait pas même effleuré l'esprit. »
En disant cela, James regarda intensément son ami avec un sourire fraternel.
D'un coup, Sirius se sentit beaucoup mieux. Il commençait à sentir combien le fait de ne pas parler à James et aux autres de tout cela l'avait gêné. Il avait soudainement la conscience tellement tranquille qu'il avait la sensation de pouvoir voler jusqu'à la plus haute tour de Poudlard. Sans balai.
James, quant à lui, ne semblait pas montrer une quelconque envie de quitter le lit de Sirius. Alors même que ça faisait quelques temps déjà que Remus et Peter avaient rejoint les bras de Morphée. Les yeux fixant le plafond, la tête sur le douillet oreiller, Black commençait même à se demander si James n'était pas en train de s'endormir doucement. Pourtant, juste à cet instant, il reprit la parole.
-« Sirius ?
-Voui, mon lapin ?
-Je voudrais pas poser la question qui fâche, mais elle sortait pas avec Lucius Malefoy, Remedios Listerdale ?
-Si. » Répondit Sirius sur un ton qui se voulait neutre.
-« Comment tu le vis ? » S'enquit James après quelques secondes de réflexion.
-« Je ne sais pas. » Répondit Black sincèrement. « C'est pas comme si j'avais le choix.
-C'est ça ou rien ?
-Tu comprends vite. » Déclara Sirius amèrement.
-« Je suis content, alors.
-De quoi ? Que je sois obligé de partager la seule personne que jamais je n'aurais voulu partager avec le plus grand imbécile que Serpentard n'ait jamais compté ? Sympa le pote, merci beaucoup de ton soutien !
-« Non, que tu sois capable de concéder ça pour quelqu'un. »
Sirius Black regarda, très étonné, son ami.
-« Hein ? » Demanda-t-il.
-« Je suis content que tu ais trouvé quelqu'un à qui tu tiennes suffisamment pour accepter ça. Je ne t'en croyais pas capable pour toutes les filles avec qui je t'ai vu ces dernières années. Mais je vois qu'il suffisait que tu tombes sur Listerdale. Et puis de toute façon, du moment que tu ne portes pas ton dévolu sur Rogue, tout me va.
-Justement, James, il fallait que je te dise... » Répliqua immédiatement Sirius avec un sourire timide feint.
Les deux amis éclatèrent ensemble de rire, provoquant un grognement de Remus qui, jusque là, dormait du sommeil du juste.
-« Pfff... Qu'est-ce qu'il est embêtant à cette période de la lune. » Râla James en quittant finalement le lit de Sirius.
-« Enfin, je suis bien content de notre petite discussion. » Ajouta-t-il en grimpant sur son propre lit. « Cette journée était pas top, mais la fin était assez amusante, et définitivement très instructive. » Commenta-t-il en tirant les rideaux.
Ca y est.
Enfin seul.
Heureusement que c'était la seule chose qu'il attendait depuis le début de la soirée. Vu l'état d'avancement de cette même soirée, il commençait presque à désespérer qu'un jour, on puisse lui foutre la paix. Mais ça y est, il y était. Il était bien content d'avoir pu parler à ses amis finalement, le secret, ce n'était pas tellement son truc. La seule chose qu'il lui manquait était de pouvoir en parler à toute l'école. A quand le jour où il pourrait prendre la Serpentarde dans ses bras, à la vue de tous ? Il voyait déjà le large sourire de Dumbledore s'afficher, McGonagall détourner pudiquement les yeux, ou Slughorn crier au scandale. Il entendait aussi les applaudissements de toute l'école, touché par la grande déclaration que lui et sa belle venaient d'échanger, et les hurlements de ses amis, qui n'avaient jamais réussi à être discrets. Il riait déjà de la surprise des Serpentards, des sourires de certains, et du cri de désespoir que ne manquerait pas de pousser Malefoy. D'un geste, Sirius l'aurait désarmé, sans même détourner son attention de la jeune fille toujours dans ses bras...
Hep !
Stop !
Arrêtez tout !
C'est quoi ça ?
Sirius prit peur en se rendant compte qu'il tournait vraiment fleur bleue. Cette relation ne lui apportait décidément rien de bon. Il ne pouvait donc pas penser aux derniers modèles de balai qui venait de sortir chez Balais & Co à Lhasa ? Non, justement, il pouvait pas vraiment.
Finalement, à force de constatations décevantes, il s'endormit, dans les bras de Remedios, volant à bord d'un balai tout neuf.
-« C'est formidable !
-Quoi dont ? » Demanda Sirius alors qu'il allait bientôt se noyer dans son bol de chocolat chaud.
-« Meliane Banes !
-Hé bien quoi Meliane Banes ?
-On l'a retrouvée !
-QUOI ! » Hurlèrent Peter, Sirius, et James d'une seule voix, soudainement très réveillés.
-Perdue dans la forêt amazonienne. Attendez, je vous lis. »
Remus s'approcha du numéro de la gazette du sorcier qu'il lisait ce matin-là, et lut d'une voix forte : « Des sorciers ont vu et entendu des sorts de détresse jetés visiblement du fin fond de la forêt d'Amazonie, non loin de Manaus. Ne connaissant pas l'endroit exact d'où avait été lancé les sorts de détresse, une équipe de sorciers, du ministère la magie sud américain, a mené des investigations poussées. Quelques heures plus tard, l'équipe trouvait une femme, seule, et apparemment perdue. En état de choc, elle était incapable de communiquer avec ses sauveurs. Ceux-ci l'ont ramenée à Manaus, puis à Cusco, où elle a été prise en charge par le département de recherche des sorciers disparus. Ces services ont alors pris contact avec le département de la coopération internationale, et ont pu reconnaître, sur photo, celle que le ministère de la magie cherche depuis maintenant plusieurs mois : Meliane Banes. Une délégation britannique est venue confirmer hier l'information, et l'a ramenée sur notre sol, où elle a pu retrouver ses proches. La Gazette du Sorcier a voulu en savoir plus sur ce qu'elle avait vécu pendant sa disparition, mais elle n'accorde pour le moment, sous les indications du ministère de la magie, aucune interview, ce que bien évidemment nous déplorons. Il est indéniable que depuis la disparition d'Elianore Kivala, directrice de la publication de notre journal,... »
-« Et gagnagna... » Abrégea Remus. « Là, on a à peu près deux pages sur la liberté d'expression et le rôle castrateur du ministère de la magie. Ah, ça y est, ça redevient intéressant: « Il semblerait selon des sources proches du ministère que Meliane Banes aurait bien été retenue par Celui-Dont-On-Ne-Dit-Plus-Le-Nom, pendant toute la période qui a suivi sa soudaine disparition. Il était en effet possible que Madame Banes ait été détentrice de certaines informations sur le fonctionnement de notre administration, et sur la sécurité de tous les lieux fréquentés par les sorciers (Pré-Au-Lard, Poudlard, Chemin de Traverse...). Nous ne savons pas encore en quelle mesure Meliane Banes a délivré ce type d'information à Celui-Dont-On-Ne-Dit-Plus-Le-Nom, ce qui est sûr, c'est que le service sécurité du ministère est à sa plus haute alerte, et ce depuis le jour où nous avons appris que les Détraqueurs rejoignaient ceux qu'on appelle désormais les Détraqueurs. La question qui reste enfin à poser porte sur les circonstances qui ont provoqué cette soudaine libération. D'après nos informations, la baguette de Madame Banes ne serait pas à l'origine des sorts de détresse. Une tierce personne serait donc, selon toute vraisemblance, intervenue. C'est en l'état actuel de nos connaissances, tout ce que nous pouvons dire sur le sujet. Soyez assurés cependant, chers lecteurs, que nous ne manquerons pas de vous tenir informés de la suite de cette affaire, et ce malgré la rétention de renseignements organisée par le ministère. »
Remus releva ses yeux du journal. Toute la table de Gryffondor s'était approchée de lui, et déjà, un Poufsouffle lui prenait le journal des mains pour en faire la lecture à sa table.
-« Sans déconner ? Elle est libre ?
-Il semblerait, si je peux me permettre de paraphraser la Gazette. » Confirma James.
-« Ah ben ça alors...
-J'aimerais bien savoir pourquoi ils l'ont libérée ? Elle n'était plus intéressante pour eux ? Etrange qu'il ne l'ait pas tuée.
-Et qui a lancé les sorts de détresse ? C'est bizarre cette histoire-là aussi.
-Oh ça ? C'était moi ! » Annonça Sirius. « Comme cette histoire n'avançait pas vraiment, je me suis permis d'aller jeter un coup d'œil chez Voldemort. Comme je l'ai trouvée, je l'ai libérée. Tout le monde aurait fait pareil !
-Et alors, il est sympa Voldemort ? » Demanda James.
-« En fait, on n'a pas eu tellement le temps de discuter. J'étais à peine entré chez lui que déjà, il m'agresse. Bon tu me connais, j'essaie de régler le problème par le dialogue. Mais très vite, il se montre très hargneux. J'ai pas eu d'autre choix que de me défendre. Là, un sort mal placé, et bam, je le touche. Et il tombe raide mort. Inutile de dire que les Mangemorts, se rendant compte comme d'une évidence de mon indiscutable supériorité magique, et intellectuelle, n'ont pas fait long feu. Je suis alors allé chercher Meli, qui est littéralement tombée d'admiration dans mes bras. Elle a été tellement subjuguée par ma beauté et mon élégance, sans parler de mon incommensurable modestie, qu'elle n'a plus prononcé un seul mot.
-Waouw ! Comment t'es trop fort Sirius !
-Oui, je sais, je t'apprendrai quand tu seras plus grand mon petit Jamesou.
-Et après, t'es allé faire la révolution au Guatemala, non ? » Demanda un Remus très amusé.
-«Tiens, oui, comment tu sais ? Et je suis allé libérer nos camarades au Kenya, dans la foulée.
-C'est fou tout ce qu'on peut faire en l'espace de vingt minutes !
-Ah ça, tu l'as dit, Peter ! »
Les quatre amis s'esclaffèrent. Avec une bonne partie des Gryffondors encore présents à leur côté.
-« Oh regardez ! » S'exclama soudainement Peter Pettigrow, couvrant les rires de ses camarades.
Aussitôt, comme un seul homme, ils tournèrent la tête vers l'indication montrée par le doigt de Peter.
Sirius, James, et Remus se levèrent alors d'un bond.
Venaient de passer devant la grande salle, alors que l'on en était qu'à la fin du petit déjeuner, Meredith Funk, accompagnée du petit Alvin Jedusor.
-« Meredith !!! » Cria Sirius dans le couloir.
La femme se retourna sur eux.
-« Tiens, salut les garçons !
-Vivin !!! » Cria de nouveau Sirius. En prenant dans ses bras le jeune Alvin, qui se laissa faire avec un grand sourire, bien qu'il se permit un petit « moi, c'est Alvin » pour être tout à fait au clair avec le jeune sorcier.
Les garçons gardaient une profonde amitié pour Meredith et Alvin. Ils étaient reconnaissants à Meredith pour être restée auprès d'Alvin, et l'existence de l'avant dernier Jedusor, était tellement un miracle en soi, qu'ils étaient forcément très impressionnés quand ils se tenaient devant le petit garçon.
-« Alors comment ça va, l'école ? » Demanda Meredith simplement.
-« Au poil. » Lui répondit James. « Et on est bien content de vous voir ! Qu'est-ce qui vous amène donc par chez nous ?
-Dumbledore !
-Meredith, tu ne trouves pas Dumbledore un tantinet trop vieux pour toi ? Je sais bien que l'amour rend aveugle, mais tout de même, pense à Al ! » Plaisanta Sirius.
Meredith se mit à rire.
-« Non, Dumbledore et moi avons décidé d'un commun accord de cesser notre relation, ça devenait trop compliqué avec mon prochain mariage avec Minerva McGonagall.
-Ah oui, je comprends. J'en suis désolé. » Répondit-il l'air faussement concerné.
-Et sans rire ? » Demanda Peter.
-« Sans rire, Mademoiselle Jane, qui s'occupe de la communication entre le ministère et l'ordre est très occupée, et c'est pas peu de le dire, en ce moment. Je viens lui filer un coup de main, en venant apporter les dernières nouvelles à Dumbledore. Moi, ça m'occupe, et finalement, ça arrange tout le monde. Et comme ça, ça me permet de vous retrouver ! »
Sirius Black tenait toujours le jeune Alvin Jedusor dans ses bras. Ravis, ils s'étaient tous les deux lancés dans un bras de fer chinois endiablé où le jeune sorcier ne se cachait même pas pour tricher.
-« Dis donc, t'as un bon contact, avec les enfants ! » Fit remarquer Meredith.
-« Oui, ça je lui ai dit il y a longtemps déjà : Sisi, tu serais un parrain génial pour les nombreux enfants que j'aurais avec Lily !
-Houlala, on n'y est pas encore, mon canard en sucre ! » Répondit instantanément Sirius même s'il était ravi de la déclaration de son ami. « A moins que... Tu me caches des trucs James ?
-Je te rassure, moins que tu ne m'en as cachée !
-Ouah l'autre hè, ça compte pas Listerdale d'abord !
-Comment ça, ça compte pas !
-C'est qui Listerdale ? » S'enquit le petit Alvin toujours dans les bras de Sirius.
-« Un démon ou un ange, c'est pas encore bien défini. » Répondit-il instinctivement.
-« C'est l'amoureuse de tonton Sirius. » Compléta James.
-« Ooooh ! Sirius a une amoureuse ! Sirius a une amoureuse !
-Oui, bon Al, je crois qu'on a bien compris le concept, là. » Le coupa Meredith. « Il faut qu'on aille trouver Dumbledore, sinon, il serait capable de s'inquiéter.
-A ton avis, ça le fait si on t'accompagne ?
-Et pourquoi pas ? Vous faites partie de l'Ordre non ?
-OUI ! » Crièrent les garçons en même temps.
-« Alors c'est parti ! » S'exclama Sirius en emboîtant le pas à Meredith.
Dumbledore ne parut pas très surpris de voir débarquer une bande de jeunes gens bruyants avec Meredith Funk. Sirius commençait même à le soupçonner d'avoir installé une installation de vidéo surveillance dans l'école pour épier les moindres faits et gestes de chacun.
-« Meredith, quelle bonne surprise ! » Se crut-il obligé de s'exclamer. « Et Alvin ! Qu'est-ce que tu as grandi ! Pour un peu, je t'aurais pris pour l'un de mes étudiants.
-Oui, alors on n'y est pas encore. » Répondit Meredith d'un ton dubitatif. « Je viens de la part du Ministère. » Annonça-t-elle.
-« Et Messieurs Black, Potter, Pettigrow, et Lupin aussi, je présume ?
-Presque. Je viens de les trouver errants dans un couloir, je n'ai pas eu le cœur de les abandonner à leur sort. » Répondit-elle sur le ton de la plaisanterie, ce qui provoqua un large sourire chez le directeur d'école.
-« Alors vous avez eu raison en les gardant auprès de vous. Et tout à fait entre nous, je doute qu'ils tiennent vraiment à repartir. » Dit Dumbledore.
-« Vous doutez bien, Monsieur. » Répondit Black.
-« Alors quelles sont les nouvelles, Meredith ? » Demanda Dumbledore en se rasseyant à son bureau.
-« Le ministère vous confirme que c'est bien Meliane Banes qui a été retrouvée en Amazonie. Pour le moment, ils tentent de lui soutirer des informations, mais elle n'est pas très bavarde. Ils pensent que son état s'améliorant, elle sera d'ici quelques heures plus à même de nous aider.
-Et à l'heure actuelle, que savons-nous ?
-Elle se souvient très bien d'avoir été enfermée dans une chambre pendant un certain temps qu'elle ne parvient pas à quantifier.
-Une chambre ? » S'exclama James. « Que de luxe chez Voldemort ! »
-« Dans une chambre en effet. Elle n'a à aucun moment parlé de salle de torture ou de cave insalubre. Elle aurait donc passé tout ce temps dans une chambre, et comme vient de le suggérer la dernière remarque de James, cette chambre se situerait dans le domicile de Voldemort. On l'y aurait fait passer un certain nombre d'interrogatoires. Elle ne peut nous donner de précisions sur ce qu'elle aurait pu dire aux Mangemorts. Enfin, elle se souvient d'être ressortie à l'air libre dernièrement, aidée par elle ne sait plus qui, mais aidée par des sorciers.
-Les Potter... » Murmura Dumbledore.
Ces mots résonnèrent dans la tête de Sirius, qui fut quelque part rassuré de ce rebondissement : si l'affirmation de Dumbledore était vraie, les parents de James avaient, avant de mourir, menés à bien leur mission.
-« Et savons-nous si elle a pu faire l'objet d'un sort d'oubliettes, sur l'essentiel de ce qui s'est passé là-bas ? » Demanda Remus.
-« C'est effectivement assez probable. » Lui répondit Dumbledore. « Peut-être qu'il ne s'agit que du choc de sa libération qui l'empêche de nous révéler le contenu de ces fameux interrogatoires, mais il est aussi très possible qu'on lui ait fait oublié certaines choses. Il faudra donc être sur nos gardes le temps d'apprendre les informations qu'elle avait en sa possession lorsqu'elle a été enlevée, et donc les informations qu'elle a pu délivrer aux Mangemorts.
-Le ministère partage votre analyse des choses. Il est en ce moment même en train d'analyser les sorts qu'a pu subir Madame Banes dans les derniers mois. » Répondit Meredith.
-« Quand pourrons-nous connaître leurs conclusions ?
-Ce soir dans le meilleur des cas. Ils tentent de faire vite, mais l'opération reste compliquée. »
Les Maraudeurs sortirent quelques instants plus tard du bureau de leur Directeur, encore abasourdis par la nouvelle de la libération de l'employée du ministère et les conséquences désastreuses que cela pourrait avoir sur le monde des sorciers.
Cependant, la belle journée au fur et à mesure de l'écoulement du temps, eut raison de leur inquiétude.
Et bientôt, pour ne pas changer, on pouvait trouver les garçons plus ou moins en train de réviser des choses qu'ils connaissaient déjà, affalés à l'ombre des arbres bordant le lac. Meliane Banes, malgré la situation préoccupante, ne venait qu'en troisième position de priorité, après la farniente et l'échange de bons mots. Ils continueraient leur entraînement pour l'Ordre plus tard, ils fignoleraient les révisions des Aspics d'ici les quelques semaines qui leur restaient avant les épreuves, ils avaient bien le temps.
Ses amis étaient partis dans la conception d'un roman de science fiction à destination des Moldus, lorsque Sirius Black vit Remedios Listerdale à proximité de la forêt interdite. Alors même que les autres en étaient justement au moment le plus palpitant de l'histoire en construction, lorsque le héros, le prince Aoilpé, se battait contre les ignobles Toutabillés, peuplade obscure oubliée dans la nuit des temps, et très très méchante. Sirius, persuadé de la victoire prochaine de Aoilpé sur les infâmes Toutabillés, était totalement libre d'aller retrouver la Serpentarde. Il prétexta une lourdeur dans le mollet gauche pour se lever, et partir en petite foulée vers la forêt interdite.
A peine arriva-t-il à sa hauteur, qu'il l'entraîna derrière les premiers arbres de la forêt interdite, sans avoir oublié de jeter un coup d'oeil sur les éventuels témoins de la scène. Aucune personne en vue, si ce n'était des premières années, près du hall, et les Maraudeurs près du lac. Etonnant d'ailleurs qu'il n'y ait personne dehors avec un temps pareil.
Remedios le suivit sans protester. Dès qu'ils furent à l'abri des regards indiscrets, Remedios posa sa main sur sa nuque et l'attira à elle. Clairement, Sirius ne se fit pas prier, et enroulant ses bras autour de sa taille, goûta aux lèvres qu'elle lui tendait.
Elle avait un goût délicieux cette bouche. Sirius se sentait soudainement très vide, proche de la liquéfaction. Il adorait l'embrasser, la tenir comme ça dans ses bras, la sentir près de lui, et, dans le même temps, il avait peur de ce vertige, mais il lui manquait tellement quand elle n'était pas là, qu'il tentait de passer outre cette sensation.
-« Alors, comment tes amis l'ont pris lorsque je suis partie de ton dortoir la dernière fois ? » Demanda Remedios entre deux baisers.
-« Ce serait mentir que de dire qu'ils n'ont pas été surpris. Parce qu'ils ont été surpris. Mais ils étaient contents.
-Contents ?
-C'est l'impression qu'ils ont donné. Et je ne peux pas t'en dire plus sur la longue conversation que nous avons eue, en particulier avec James : si je venais à te dévoiler son contenu, je serai alors dans l'obligation de te tuer. Tu m'en vois désolé.
-Et à propos de Voldy, moi, et ces trucs-là ?
-Je suis resté dans le vague. Ils avaient déjà compris que tu étais du côté de l'Ordre, je n'ai pas insisté. Ils ne diront rien. En revanche, pour ce qui concerne Rogue, je suis beaucoup moins certain qu'il se taira. Surtout si ça lui permet une promotion importante chez Voldemort.
-Ne t'inquiète donc pas pour Severus. Je lui fais confiance.
-Et je me demande bien pourquoi. »
L'heure passa, et bientôt, il fut largement temps de regagner la Grande Salle pour le dîner. Le Parc désert, ils remontèrent ensemble vers le château à une distance sans équivoque l'un de l'autre.
Toute l'école était déjà entrée. Sirius vola un dernier baiser à Remedios derrière le battant de la porte, et ils allaient entrer lorsqu'ils furent bousculés par ce que Sirius identifia comme étant Iris Fredon, la vice-ministre de la Magie, qui annonça à l'école la voix essoufflée magiquement amplifiée :
-« Le Ministère de la Magie vient de tomber sous le contrôle de Voldemort ! »
Comme par un réflexe de survie, Sirius se raccrocha à la main de Remedios, qui la serra le plus fort qu'elle put.
