Merci déjà à Noir Désir pour l'inspiration du titre du chapitre.

Merci aussi à Cuvette pour sa review.

Merci enfin à Briseis Black pour ses remarques : je suis d'accord avec toi, ce que je cherche avant tout c'est une cohérence, avec les personnages des Harry Potter originaux, mais aussi dans la fic' elle-même, et je me rends compte que ça n'est pas facile. Alors, merci pour tes remarques (bien sûr que non, je ne me vexe pas, bien au contraire) ! En revanche, je ne partage pas tout à fait ton avis sur Lily. Même si sa réplique est loin d'être parfaite, l'intention ne me paraît pas si éloignée que ça de son personnage : c'est tout de même un personnage qui meurt pour ses idées (« d'accord mais de mort lente... ») (et aussi pour sauver son fils, ok). Je ne l'imagine pas franchement comme une frêle jeune-fille qui se laisse entraîner par ses amis.

Avec ce chapitre, on en apprend plus sur Remedios. J'espère que ça vous plaira, et que vous ne trouverez pas ça trop... facile.

Chapitre 20 Son coeur saigne et s'accroche en haut de ses bas

Sirius Black ne sut jamais comment la main de Remedios avait quitté la sienne. Ce qui était certain, c'était qu'à peine quelques secondes plus tard cette fracassante nouvelle, elle n'était plus à ses côtés, et sa main se sentait soudainement toute froide, toute seule.

Il en tira son profit, et alla rejoindre ses amis, tout en scrutant la table des Serpentards où il aperçut la jeune fille.

Ils étaient tous les trois, avec le reste de la table de leur maison encore sous le choc. Un silence avait recouvert toute la salle. Personne ne parlait, et il semblait à Sirius que personne ne pensait plus à reprendre sa respiration. Il s'assit à côté de Peter, dont la main tremblait un peu, tandis que tous les élèves encore debout, regagnaient sans un bruit leur table. Bientôt, toutes les têtes se tournèrent vers Dumbledore, qui présidait toujours la salle, et remplissait copieusement son assiette de carottes râpées.

Pour ne pas changer, il n'avait pas l'air spécialement surpris, et semblait avoir bon appétit. Le regard de l'intégralité des personnes présentes dans la grande salle posé sur lui ne semblait pas beaucoup le soucier. Si l'existence de l'Ordre du Phénix n'était connue, hormis ses membres, que par très peu de gens, tout le monde savait en revanche que Dumbledore avait refusé de manière remarquable l'invitation de Voldemort à le rejoindre et qu'il comptait au nombre de ses farouches opposants.

La nouvelle de la chute du Ministère, même si pour l'heure les détails n'en étaient pas tout à fait connus, devait donc avoir conséquence l'entrée en clandestinité de Dumbledore, ainsi que de tous les opposants de Voldemort.

Sirius avait du mal, à cet instant, à organiser correctement ses idées. Mais une chose retenait son attention, si ce n'est la main d'un blond squelettique qui recouvrait, aux vus et aux sus de tous, la jolie main de Listerdale : Dumbledore était encore plus en danger maintenant. Et si Dumbledore était en danger, l'école l'était aussi.

Et toutes les personnes présentes dans la grande salle avait bien compris cela.

Dumbledore attrapait sa fourchette pour la planter d'un air gourmand dans les carottes râpées, lorsque quelqu'un entra.

Une grande cape noire le recouvrait presque complètement, mais tous l'avaient instantanément reconnus : Voldemort était là.

-« Tiens, mais c'est Tom qui vient nous rendre visite ! » S'exclama Dumbledore toujours pas surpris en avalant ces carottes râpées.

N'en tenant pas compte, l'homme s'avança dans la grande salle, entre les tables des Serpentards et des Poufsouffles. Sa simple démarche en imposait tellement que même Sirius eut un frisson dans le dos. Il avançait tout droit, il fixait Dumbledore, qui ne semblait pas s'inquiéter outre mesure.

-« Ca fait tellement longtemps que j'attends ce moment... » Dit-il simplement lorsqu'il fut proche de la table des professeurs. « Mais ça y est, c'est fini, Dumbledore. J'ai gagné. »

Le regard bleu perçant du Directeur se fit alors sérieux. Il jaugea son adversaire.

-« Comment es-tu entré ? » Demanda-t-il, comme si c'était une chose prioritaire.

-« J'ai détruit les protections de l'école qui se trouvaient au Ministère. Les seules protections qui restaient encore ici m'ont donné quelques fils à retordre, je dois l'avouer. Heureusement, Madame Fredon, que je devrais remercier pour sa collaboration, certes involontaire, et néanmoins précieuse, est passée pour rendre une petite visite : je n'ai eu qu'à la suivre discrètement. »

Sirius Black, ainsi qu'un certain nombre d'élèves de Poudlard, fusillèrent du regard Iris Fredon, la vice-ministre de la Magie.

-« Et que puis-je donc faire pour toi, Tom ? » Reprit Dumbledore en remplissant son verre de jus de citrouille.

-« J'hésite sur ce que je vais faire de vous. » Dit Voldemort entreprenant de faire les cent pas, devant la table des Professeurs.

-« Si je peux t'aider en quelque matière que ce soit à trancher la question, tu peux compter sur moi. » Lui répondit le Directeur tranquillement.

Sirius commençait sérieusement à s'inquiéter pour la santé mentale du vieux sorcier.

-« J'hésite entre vous destituer purement et simplement, ou vous laisser en place. La tutelle du Ministère sur le contenu des enseignements de Poudlard suffirait à vous contrôler. » Plongé dans ses réflexions, il poursuivait ses cent pas, les élèves et Professeurs pendus à ses lèvres. Son regard balaya rapidement les tables pour se poser finalement sur la table des Serpentards.

-« Remedios ? Remedios Listerdale ? » Appela-t-il soudainement.

Sirius, dont le cœur s'était brusquement arrêté de battre, suivit le regard de Voldemort, et tomba sur la jeune fille. Elle se leva et le rejoignit. Elle avait repris le visage de marbre que Black lui connaissait bien, comme si à cet instant, plus rien ne pouvait l'atteindre.

Une fois qu'elle fut à ses côtés, il lui posa la question.

-« Ma chère Remedios, toi qui es toujours de bon conseil, que ferais-tu à ma place ? Laisserais-tu Dumbledore en place ou le remplacerais-tu par quelqu'un d'autre ? »

Sirius n'avait aucune idée de là où voulait en venir son ennemi. En tout cas, il avait dores et déjà été extrêmement clair sur deux points : d'une part, il était urgent de savoir quels liens entretenaient Remedios et Voldemort, d'autre part, ce dernier voulait sans équivoque que tout le monde sache que la jeune fille était de son côté. Comme pour marquer son territoire. Quoi que Sirius trouvât la technique des chiens bien plus saine.

La jeune fille ne prit la peine de répondre tout de suite. Son impassibilité ne laissait rien présager de sa décision.

Toute l'école attendait sa réponse. Sans conteste, Black espérait qu'elle choisirait le maintien de Dumbledore dans ses fonctions. Même sous contrôle du ministère, il serait toujours présent, informé, et en sécurité.

Enfin, elle donna une réponse.

-« Je pense qu'il faudrait nommer Brian Thornford au poste de Directeur. »

Elle l'avait dit sans montrer une seule émotion. Juste comme un fait totalement banal. Elle venait de décider de la destitution de Dumbledore, probablement le Directeur le plus compétent que Poudlard n'ait jamais connu, sans sourciller. Comme si elle avait dit qu'elle préférait le café au chocolat chaud au petit déjeuner.

Black était persuadé qu'il venait de prendre un coup de cognard derrière la nuque. Elle avait proposé quoi ? Que Dumbledore s'en aille ? Impossible ! Il en allait de sa propre sécurité. Pour nommer qui à sa place ? Le professeur de Métamorphose Appliquée ? Celui qui leur avait mené la vie dure ces derniers mois, et dont elle-même pensait qu'il était peut-être plus proche de Voldemort que de l'Ordre ?

-« Le Professeur Thornford ? Et pourquoi pas ? »

Il reprit sa marche devant la table des professeurs.

-« Mais je ne suis pas d'accord avec toi, Remedios Listerdale, je laisse Dumbledore en place. Maintenant que je suis enfin son chef, et que lui ne m'est qu'un subordonné, je ne vais pas m'en priver. Cependant, suivant ton conseil, je nommerai Monsieur Thornford au poste de Directeur adjoint. Vous aurez en particulier la charge, » expliqua-t-il en s'arrêtant devant le concerné, « de faire appliquer les mesures que j'inspirerai au Ministère dans cette école. Vous m'avez bien compris ?

-Oui. » Bredouilla Thornford.

-« Très bien. L'école continuera à fonctionner puisque votre Directeur y tient tant. Je précise toutefois que ma décision est révocable à chaque instant. Voilà. Comme nous sommes tous d'accord, et comme Albus Dumbledore a bien compris qui avait gagné, je n'ai plus qu'à vous quitter. Listerdale, merci pour ton aide. Et reste donc ici, il est possible que Monsieur Thornford ait besoin de toi dans les jours qui suivent. »

Tout Voldemort qu'il était, et quoique Sirius Black n'ait probablement jamais ouvert « L'histoire de Poudlard » qui lui aurait pourtant offert une explication satisfaisante à ce fait, il sortit par la voie normale : la grande porte, traversa rapidement le hall, et transplana une fois sorti de l'enceinte de l'école.

Abasourdis, personne ne parlait dans la grande salle.

Dumbledore se servit une belle aile de dinde, qu'il recouvrit avec précaution de moutarde. Il avait son petit air sérieux, mais n'accordait aucune attention aux Professeurs, ou aux élèves. Les regards devenant tellement pesants sur lui, il finit par lever les yeux. Et sembla comprendre l'inquiétude ambiante, que seul Brian Thornford et peut-être Remedios Listerdale ne partageaient pas.

-« Chers élèves et chers Professeurs, ne donnez pas la satisfaction à Tom Jedusor d'être effrayés. Il serait vraiment ravi de tous vous voir dans cet état-là. Poudlard restera ouverte et vous y serez toujours en sécurité. N'ayez donc pas peur. Et mangez tant que c'est encore chaud. »

Les Maraudeurs, comme libérés par l'intervention de Dumbledore, livrèrent leurs premières impressions.

-« Ca lui donne un petit air distingué, quand même, cette cape noire...

-Oui, c'est la mode cet été.

-Les mecs, dites-moi si je me trompe, c'est obligé le point 'fashion' ?

-Et une cape rouge, ce serait pas mieux ?

-Ah non, ça ne ferait pas ressortir convenablement son teint livide de malade sanguinaire ! » Conclut James Potter.

-« C'est moi ou Dumbledore est, contre toute attente, encore Directeur ?

-A priori, ce n'est pas toi. Dumbledore est toujours Directeur.

-Il a fumé quoi Voldemort ? Parce que j'en veux !

-Ca se comprend comme décision. »

Tous les regards se tournèrent vers Remus qui venait de prononcer cette dernière remarque.

-« Quoi ?

-Il est très prétentieux. Avoir Dumbledore sous ses ordres, même indirectement, c'est une consécration pour lui.

-Peut-être bien...

-En tout cas, je suis bien soulagé qu'il reste avec nous. Je n'ose pas imaginer Poudlard sans lui.

-C'est vrai que c'est mieux. Mais Thornford en vice-directeur, ça me sidère...

-Ce n'est qu'un tout petit prof. Il fait cours à peu d'élèves, sur des options que personne ne choisit jamais. Sauf toi, évidement, Patmol.

-Et surtout, » surenchérit ledit Patmol, « c'est l'un des seuls Professeurs de Poudlard qui n'appartiennent pas à l'Ordre. Remarquez qu'avant on ne savait pas de quel bord il se situait et qu'aujourd'hui il y a peu de doute.

-Peut-être qu'il n'était réellement pas un Mangemort jusqu'à ce soir.

-Possible.

-Sirius, pourquoi Listerdale l'a choisi, lui ?

-Je n'en sais fichtrement rien, mais je trouve la question vraiment intéressante. J'étais persuadé qu'elle interviendrait pour Dumbledore.

-Elle n'était pas dans l'Ordre, Listerdale ?

-Si, en principe. »

Black répondit plus pour lui-même que pour Peter qui avait posé la question.

Il la chercha des yeux. Elle était là où elle s'installait ordinairement, à parler, toujours ordinairement, avec Malefoy. Il crevait d'envie de primo l'arracher à cet abruti de première, et secundo, lui parler. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Pourquoi avait-elle choisi Thornford, quitte à se passer de la protection, pourtant indispensable, de Dumbledore ? Et pourquoi Thornford ? Pourquoi Voldemort lui avait-il demandé son avis ? A elle, une jeune fille de 17 ans encore étudiante ?

Vus leurs têtes, les autres devaient se poser exactement les mêmes questions.

Peu à peu, les élèves sortaient de la grande salle. Les Professeurs avaient eux aussi désertés le lieu.

Lorsque les Maraudeurs s'apprêtèrent à rejoindre leur salle commune, leurs montres se mirent à vibrer : une assemblée de l'Ordre était imminente.

-« Je vais aller chercher les autres. » Dit James en pensant aux membres de l'Ordre présents dans l'école. « On ira tous ensemble, c'est plus sympa. »

-« Ok, on te rejoint dans le hall dans cinq minutes.

-Euh... M'attendez pas les mecs. »

Aussi sec, Peter, Remus et James se retournèrent comme un seul homme vers leur ami.

-« Quoi ?

-Je ne viens pas avec vous, je vais rester là, ce soir.

-Quoi ? » Répéta James abasourdi. « Mais c'est une réunion de l'Ordre, Sirius, tu n'en as jamais loupé une seule !

-Non, vraiment, ce soir, je préfère pas. De toute façon, que va-t-on apprendre de plus ?

-Ce qu'en pense les autres membres, quel pantin a été nommé ministre, quelles sont les premières mesures adoptées, et surtout, comment combattre ? Quand est-ce qu'on passe à l'attaque ? » Récapitula Remus.

-« N'insistez pas. Ce soir, je reste. »

-Ok. » Finit par acquiescer le loup-garou comprenant sans doute que la décision de son ami était irrévocable.

Juste avant de quitter les lieux pour aller à la rencontre de Lily et Farfadelle qu'ils avaient aperçus au bout du couloir, James ajouta quelques mots.

-« Dis dont, ton désistement, ça ne concernerait pas de près ou de loin Listerdale ?

-Ca la concerne de très près, en fait. Il faut absolument que je lui parle.

-Et tu comptes la trouver comment ? Elle doit être dans sa salle commune à l'heure qu'il est. » Demanda Remus.

-« J'ai entendu dire qu'à ce propos tu pourrais éventuellement m'aider... Dis m'en plus sur ce sort que tu as découvert et qui permet de creuser facilement toutes les surfaces, j'en ai entendu dire beaucoup de bien. »

Ses amis partis, Sirius Black rejoignit son dortoir déserté. Il avait encore bien en tête l'explication succincte mais précise que Remus venait de lui fournir. Il se sentit pourtant très ridicule lorsque pointant de sa baguette le coin par lequel Remedios Listerdale était déjà entrée dans son dortoir, il fit des mouvements amples de la main tout en marmonnant des paroles incompréhensibles.

Le geste et la parole eurent aussitôt l'effet escompté.

Avec un petit bruit, un tunnel commença à s'ouvrir devant lui. Il n'était certes pas large, mais suffisant pour que Sirius s'y faufile.

Quelques minutes plus tard, le jeune homme put jeter un œil à la salle commune de Serpentard. Il y avait encore quelques personnes dans de grands fauteuils austères. Il parcourut rapidement la salle des yeux et en vint vite à la conclusion que Remedios n'y était pas.

Il pointa alors sa baguette vers la porte qu'il estima être celle du dortoir des filles, et fit ainsi bon nombre de chambres avant de reconnaître une jolie brune sur son lit.

Il pensa alors qu'on devrait lui bâtir une statue et lui vouer un certain culte pour avoir été le premier garçon à être entré dans une chambre de filles à Poudlard, sans faire un seul tour de toboggan.

Il douta toutefois être réellement le premier connaissant un certain James Potter, qu'il savait n'être jamais à cours d'initiatives.

Il vérifia avant de sortir du tunnel qu'il n' avait personne en vue. Chose confirmée après quelques secondes d'une observation méthodique.

-« Meme ? » Appela-t-il alors qu'il montait déjà sur le lit de la jeune fille.

-« Tiens, Black, tu es déjà là ? »

Elle était assise en tailleur sur la tête du lit. Il fit de même, face à elle, à l'autre bout du lit.

-« Comment ça se fait que tu n'aies pas de camarade de chambrée ?

-« Les autres ont déserté. Je crois qu'elles n'ont plus très envie de dormir à côté d'une fille à qui Voldy adresse la parole.

-Comme je les comprends.

-Qu'est-ce que tu fais là alors ?

-Ca me plaît d'être une espèce en voie de disparition. »

-« Meme, qui es-tu ? » Black en posant la question, fixa intensément la jeune fille.

Celle-ci s'allongea sur les oreillers, regardant le plafond de son lit à baldaquin.

-« As-tu vraiment envie de savoir ?

-Je ne sais pas si j'en ai envie. Ce qui est certain, c'est que j'ai besoin de savoir. »

Elle tourna la tête pour lui faire face.

-« Je ne t'ai jamais menti, Black. Tu as toujours su que je jouais les apprentis Mangemorts.

-Je voudrais savoir pourquoi tu fais tout ça, pourquoi toi, pourquoi Voldemort s'adresse à toi quand il doit prendre une décision, pourquoi toi et moi, pourquoi Malefoy ?

-Ca fait beaucoup de choses... »

Elle ne paraissait pas pressée de répondre aux questions. Tranquillement, elle s'installa un peu plus confortablement dans tous ses oreillers.

-« Disons que...

-Oui ? » L'encouragea le Gryffondor.

-« Disons que je suis la personne idéale pour jouer les agents double chez Voldemort.

-Pourquoi ?

-J'ai une sorte... de... don.

-Un don ? Tu es une sorcière, c'est pas inclus dans le package, les 'dons' ?

-Pas celui-là.

-Pourquoi ?

-As-tu déjà entendu parler de l'occlumancie ? »

Sirius prit le temps de réfléchir quelques instants.

-« Hum, ça me dit quelque chose. Ce serait pas le machin qui permet d'éviter que quelqu'un ne lise dans tes pensées ?

-Je n'aurais pas utilisé le terme de 'machin', plutôt celui de 'sciences', mais c'est effectivement à peu près ça. Théoriquement, l'occlumancie s'apprend. C'est d'ailleurs quelque chose d'extrêmement compliqué.

-Bon c'est génial tout ça, Remedios, mais viens-en aux faits...

-J'oubliais qu'un Gryffondor s'endormait vite...

-Arrête deux secondes tes vannes pour une fois.

-En termes clairs, compréhensifs pour tous, même pour un Gryffondor attardé, il se trouve que mon 'don' c'est de pratiquer l'occlumancie naturellement. »

Sirius Black aurait pensé à une nouvelle plus frappante que celle-ci. Il s'était attendu à quelque chose d'un tantinet plus scandaleux ou amusant, ou pratique. Non, il ne s'agissait que d'une science qui lui était inconnue et qui, rien qu'au nom, l'ennuyait déjà.

-« C'est-à-dire ?

-Je ferme mon esprit facilement, sans l'avoir jamais appris. Quand Voldemort ou un autre veut savoir ce que je pense, il ne peut pas.

-C'est assez pratique.

-Assez, oui. Ca m'a évité la mort un certain nombre de fois. »

Le ton adopté entre les deux jeunes gens s'était largement durci.

Remedios, la tête toujours posée sur ses oreillers, tournée vers Sirius, lui jetait un regard dur. En fait, ils s'en voulaient terriblement : Sirius parce que Remedios lui avait caché quelque chose d'a priori important, et la jeune fille pour la manière dont il la traitait.

Lorsque le jeune homme prit conscience de ceci, son ton s'adoucit aussitôt. Il ne voulait pas jouer au plus idiot avec elle, surtout qu'avec un Serpentard, il savait de longue date que le jeu pouvait durer très longtemps.

-« Bien sûr, Meme, je comprends.

-Je n'en doutais même pas. » Répondit la jeune fille, s'adoucissant elle aussi.

-« Ce n'est pas tout », poursuivit-elle quelques instants plus tard. « D'une part je ferme mon esprit, mais je peux inventer quelque chose, de manière à ce que Voldemort soit convaincu de mon allégeance à sa cause : lui faire croire que je pense à certains trucs.

-Ah carrèment.

-Et dernier petit truc, je peux aussi tout aussi facilement lire dans les pensées des autres. Je suis legilimens. »

Sirius en resta bouche bée.

-« Concrètement, ça veut dire que tu peux lire dans les pensées de Voldemort ?

-En général, non. Il est assez fort comme occlumens.

-Et ça veut dire... Que tu peux lire dans les miennes ? »

La jeune fille prit quelques temps pour contempler Sirius, assis en tailleur devant elle. Ses cheveux noirs mi-longs encadraient un visage fin et gracieux. Ses grands yeux bleus la dévisageait. Il avait laissé tomber la robe de sorcier, ce soir-là : il portait un simple t-shirt et un vague pantalon retrouvé froissé au fond d'une valise. Ce qui, le connaissant, était du simple désintérêt pour ce genre de détails, aurait pu être compris comme une provocation tant ses vêtements le mettaient en valeur : la finesse de ses bras et de ses jambes, la robustesse de son torse.

Remedios Listerdale avait déjà compris qu'il était beau. Elle en pris un peu plus conscience ce soir-là.

- « Je pourrais, oui, lire dans tes pensées. Mais en général, je n'en ai pas besoin. Tout est clair, tout est évident chez toi. Tu n'arrives pas à cacher quelque chose. Il suffit de lire tes attitudes, tes yeux, ta manière de parler...

-Evidemment... Tout le monde ne peut pas être un monstre d'indifférence comme toi. » Assura un Sirius un peu vexé.

-« Je te rassure : tu n'en restes pas moins une énigme pour moi. Ce n'est pas parce que parfois je surprends ce que tu penses que je sais pourquoi tu penses ça. »

Sirius était partagé.

Il comprenait bien que le don dont lui parlait Remedios était un avantage indéniable, et qu'elle avait raison de l'utiliser, surtout sur d'aussi bonnes raisons que la lutte anti-Voldemort. D'un autre côté, il détestait l'idée qu'à n'importe quel moment elle pouvait lire en lui comme un livre ouvert. Il se sentait mal : il avait la terrible sensation que leur relation était déséquilibrée.

- « Tu vois, c'est typiquement pour ce genre de réaction que j'hésitais à te raconter tout ça ! Le fait que j'ai ce pouvoir ne change strictement rien dans notre relation : je n'ai certainement pas une longueur d'avance. Ca ne me rend pas meilleure, et encore moins supérieure.

-Dis dont, ça te saoulerait d'éviter de lire dans mes pensées dans un moment pareil ?

-Je te l'ai dit, avec toi, je n'en ai pas besoin.

-C'est pas une raison. » Bouda Sirius qui tenta vainement de fermer son esprit.

-« Et puis, il y a un immense avantage à la legilimencie.

-Avoir découvert les relations étranges qu'entretiennent Dumbledore et McGonagall ?

-Ah non, ça, je préfère oublier.

-Ah parce que... » S'écria Sirius très choqué.

- « Mais non, ne t'inquiète pas. McGonagall n'est pas franchement le genre de Dumbledore.

-Ah parce que... » S'écria Sirius extrêmement amusé.

-« Peu importe. » Coupa la jeune fille. « L'immense avantage de tout cela, c'est que je peux trouver facilement les gens que je cherche. Il me suffit de penser à eux. »

L'information mit un peu de temps à être intégrée et comprise par Black.

-« Tu veux dire... Qu'à chaque fois qu'on se croisait par hasard...

-Ca n'était pas franchement du hasard. Poudlard est très grand, tu ne t'es jamais étonné qu'on se retrouve à tous les coins de couloir ou presque ?

-Il y a aussi eu des fois où tu t'es laissée surprendre : par exemple par Rogue alors qu'on venait juste de mettre en déroute, avec ton aide, l'armée de Voldemort à l'entrée de Poudlard.

-C'est pratique, mais je ne suis omnisciente non plus ! » Précisa-t-elle.

Sirius Black sourit. Il doutait que ce fait était connu de beaucoup de personnes : mais Meme Listerdale l'amusait. Il se rapprocha sensiblement d'elle pour la contempler.

-« Et... euh... tu entretiens quel genre de relations avec Voldemort ?

-On s'entend pas trop mal. Il m'aime bien, je crois. En tout cas, j'ai tout fait pour. Ce qui m'inquiète vraiment, c'est son intervention de tout à l'heure.

-Quand il t'a demandé conseil ? Il ne le fait pas habituellement ?

-Si. Mais jamais de cette manière-là, devant plein de monde. Toute à l'heure, j'ai eu l'impression qu'il me mettait à l'épreuve, et ça, ce n'est pas son comportement normal.

-Peut-être avait-il vraiment besoin d'un avis extérieur. Et il te fait confiance visiblement.

-Peut-être bien. »

Elle avait l'air un peu inquiète.

Sirius l'observait avec toute son attention : le fait qu'elle soit si douée pour l'occlumancie n'avait en fait rien d'étonnant. Malgré tout, parfois, son visage laissait transparaître une émotion, il l'avait déjà remarqué. A cet instant, elle avait quitté son masque glacial. Toute inquiétude disparut lorsqu'elle regarda Sirius et sourit.

-« Et pourquoi tu as choisi de devenir une sorte de... d'espion chez Voldemort ?

-Parce que je déteste les idées qu'il défend, ou qu'il prétend défendre devant ses Mangemorts. C'est aussi simple que ça. »

La réponse n'avait rien de surprenant. Il n'y avait pas derrière cet engagement de raisons vengeresses ou de luttes familiales, c'était une question de principe que défendait la jeune fille.

-« Tu viens d'où, Meme ? » Demanda Sirius.

La question lui brûlait les lèvres depuis la cérémonie de répartition de leur première année. Le Choipeaux Magique et la relation compliquée qu'il entretenait avec les Serpentards, et Remedios, ne lui avait pas permis de se renseigner.

Listerdale sourit en entendant la question.

-« Tu sais, ce n'est pas très passionnant...

-Je n'y crois pas une seule seconde. »

L'assurance du jeune homme la fit rire.

-« En fait, je ne connais pas mes parents. J'ai été élevée dans un orphelinat, quelque part dans le Devon. D'ailleurs, c'est ce qui m'a rapproché de Voldemort.

-Pourquoi, il a une villa secondaire dans le Devon ?

-Non ». Rit Remedios. « Parce qu'il passé lui-même toute son enfance dans un orphelinat. Je crois qu'il se reconnaît en moi.

-Alors ça, c'est fou. Je n'avais encore jamais pensé au fait que Voldemort a été, un jour, un petit bambin, avec des petits camarades, des batailles de polochon, et tout ces trucs-là.

-Il n'était pas vraiment de ce genre. Moi non plus d'ailleurs : les batailles de polochon, je connais pas vraiment.

-Sans déconner ? » Demanda le jeune homme avec un sourire en coin qui laissait présager ce qui ne tarda pas à arriver.

Sans que Remedios n'ait le temps de s'écarter, il s'empara de l'oreiller sur lequel sa tête était posée, et le lui jeta en pleine face. Ce qui eut pour effet immédiat de la faire éclater de rire. Elle se fit tomber du lit pour chaparder le traversin de sa voisine de dortoir, et roua de coup un Sirius hilare qui se défendait tant qu'il pouvait.

Enfin, grâce à une longue expérience de ce type de batailles, il parvint à neutraliser le traversin, et du même coup la jeune fille.

-« J'avais encore une question, ma belle.

-Je ne suis pas ta belle.

-Est-ce que tu es amoureuse de Malefoy ? »

Le sourire de la belle disparut aussitôt. Elle se rassit sur son lit de manière à être plus proche de lui.

-« Arrête de faire l'idiot. Tu sais parfaitement ce qu'il en est.

-Ah non, Meme, ce n'est pas vrai ! Je ne sais absolument pas ce qu'il en est ! Tu m'as juste dit un jour entre deux portes que tu n'avais pas vraiment le choix. Qu'il ne fallait pas que je te demande de le quitter. Et c'est ce que j'ai fait. Je ne te demande pas de le quitter, je veux juste savoir ce qu'il en est de votre relation. Un peu pour savoir où on est, nous. »

La question le faisait plus souffrir qu'il ne l'aurait voulu. Il sentait une boule d'angoisse dans son ventre, tout en s'efforçant de fermer son esprit à son éventuelle intrusion.

La jeune fille, avant de répondre, déposa un léger baiser sur les lèvres du jeune homme, et prit une profonde respiration. Comme si elle se jetait à l'eau.

-« Lucius me sert d'alibi. J'ai réellement besoin de lui. Si tu savais comme j'ai honte de l'utiliser comme je le fais !

-Tu l'utilises ?

-Avec Lucius, on est ami de longue date. Depuis le premier jour de la première année. Avec Severus, on n'a jamais eu de disputes, j'ai toujours pu compter sur eux deux, en toute circonstance. »

Elle fit une pause avant de reprendre.

-« L'année dernière, il m'a avoué que ses sentiments avaient changé à mon égard. On s'entendait toujours aussi bien, mais ça n'a plus jamais été pareil. J'imagine que c'est ça de grandir. Heureusement, avec Severus, rien n'avait changé. Lucius, quant à lui, est devenu plus pressant de jour en jour. Il voulait qu'on sorte ensemble.

-Et toi ? Tu voulais quoi, toi ? » Demanda-t-il fébrilement.

-« Moi, je n'en savais rien. Il me plaisait bien, et en même temps, ça ne me disait pas grand chose. On est resté dans cette situation pendant des mois jusqu'à cette année. Voldemort a tout bouleversé, aussi à ce niveau-là.

-Il t'a demandé de...

-Non, rien de ce genre. C'est moi qui ai pris la décision. J'y étais obligée.

-Obligée ? Depuis quand on est obligé pour ce genre de truc ?

-Depuis qu'on parle de moi. »

-« Je suis bien une occlumens, mais il y a un petit truc que j'ai du mal à cacher. Plus les sentiments que l'on éprouve sont forts, plus ils sont difficiles à cacher. Enfin, ça tu dois t'en douter.

-Vaguement, oui.

-Jusqu'à cette année, j'avais réussi à tout cacher. Sans éprouver une seule difficulté. Mais cette année, il a fallu que je cache quelque chose à Voldemort. Et je me suis rendue compte assez vite que ça n'était pas possible. Lucius, par sa seule présence me permet, sans la cacher, d'arranger la réalité.

-Mais pourquoi lui ?

-Parce que je savais qu'il était intéressé par moi. Et qu'il s'apprêtait à devenir un Mangemort. C'était le candidat idéal, en fait. »

Sirius se sentait un peu rassuré. Elle ne donnait pas l'impression de l'avoir réellement choisi. Soudain, alors que jusque là, la curiosité l'avait obnubilée, il éprouva l'envie irrépressible de la toucher. Il se pencha doucement vers elle pour embrasser son front, puis son arcade sourcillière.

-« Et qu'est-ce que tu avais de si sérieux à cacher, jolie Remedios ? » Lui glissa-t-il à l'oreille en en embrassant le lobe.

Listerdale, voulant apparemment faire traîner l'aveu le plus possible, mit un long moment avant de répondre.

-« L'attachement que j'éprouvais pour quelqu'un d'autre. »

Sirius se redressa en entendant la réponse de la jeune fille.

C'est d'une voix bien plus tremblante qu'il ne l'aurait souhaitée qu'il lui demanda :

-« Et... C'est qui 'quelqu'un d'autre' ?

-Tu le sais très bien, Sirius. »

Le jeune homme se figea. Il doutait de ce qu'il devait si bien savoir. Pourtant, elle le regardait avec son air « arrête-de-faire-celui-qui-a-le-QI-d'un-troll-c'est-pas-crédible-deux-secondes ». Mais lui était totalement perdu. Cette conversation lui échappait complètement. Il hésitait entre s'enfouir en courant, demander un peu plus de précisions, éclater de rire, ou en sanglot. Il opta pour le seconde de ces solutions, et, affrontant le regard inquisiteur de son interlocutrice, réfléchit deux petites secondes : il n'osait penser qu'elle pouvait parler de lui, or, la seule personne, mis à part lui, à sa connaissance, de sexe masculin, relativement proche de la jeune fille, était :

-« Rogue ?

-Quoi, Severus ?

-C'est lui à qui tu portes un attachement tel qu'il faut le cacher à Voldemort ? »

Elle leva les yeux au plafond avec un air de profond découragement.

-« Pense ce que tu veux, ça m'est égal. » Dit-elle froidement.

Elle ne semblait pas trouver nécessaire de développer plus le sujet.

Elle se leva du lit et tourna le dos à Sirius pour ranger quelques livres et feuilles de cours qui traînaient ça et là au pied de son lit. Elle lui donnait par là même congé.

Mais Sirius ne l'entendait pas de cette oreille. Si elle était amoureuse de près ou de loin de Snivellus, une bonne partie de son monde était en train de se casser la figure à la vitesse grand V.

Alors, il se mit debout et alla rejoindre Remedios. D'un mouvement brusque, il lui arracha les papiers qu'elle tenait à la main, et les jeta sur le lit de l'une de ses camarades de chambre.

-« Meme, écoute-moi. »

Elle resta silencieuse. Son petit air agacé ne l'avait pas quitté.

-« Tu vois, je ne suis pas un as du décodage de sentiment, en particulier pour moi-même. Alors imagine pour les autres ! J'ai mis un temps infini à comprendre que James était amoureux de Lily Evans, alors qu'il me l'a fait clairement sentir pendant des... »

L'expression du visage de Remedios le dissuada de s'aventurer sur le terrain glissant de l'anecdote.

- « Je vais aller à l'essentiel, Meme. Je sais que je peux être très lent parfois, mais il y a une chose dont j'ai pleinement conscience et dont je t'ai déjà parlé : je t'aime tellement... Tu as pris une si grande importance dans ma vie, je t'en prie, fais attention, où tu vas me ramasser à la petite louche à potions dans les deux secondes qui vont suivre la réaction que tu vas avoir, ou l'absence de réaction que tu vas avoir... Meme, je ne supporterais pas que tu en aimes un autre que moi. »

Il avait dit ceci rapidement, évitant de trop analyser l'état d'esprit de Remedios. Il pensait tellement ce qu'il avait dit, tout en sachant aussi que la jolie brune et ses super-pouvoirs connaissaient tout cela déjà, qu'il en espérait beaucoup.

-« Tu sais, jamais je n'aurais pensé qu'un Gryffondor, qui plus est un Sirius Black, ait aussi peu confiance en lui que ça.

-Je suis plein de contradictions.

-Ca me paraît pourtant évident, Sirius.

-Oui, mais toi, tu lis dans les pensées des gens, ça compte pas.

-Alors, je vais être très claire : ouvre grand tes oreilles. Certes, nous n'avons pas toujours eu des rapports... faciles. Mais j'ai dû reconnaître que je m'étais trompée peut-être, sur toi et tes amis dès qu'on a fait un peu connaissance, dans les retenues de M. Thornford. Et lorsque j'ai appris que tu sortais avec Clare Dame, la Poufsouffle, j'ai été incapable de me mentir à moi-même. Et donc de mentir à Voldemort. Le truc, c'est que, comme tu sais, il ne te porte pas franchement dans son cœur. Il faut donc que je lui cache. Sirius, je ne comprends même pas que tu puisses en douter, mais il n'y a que toi que j'aime. Le fait que tu ais toute une vie sans moi, qu'on se voit si peu, que j'ai tellement peur pour toi, ça me fait tellement mal que tu ne peux même pas l'imaginer. J'aurais tellement voulu éviter ça. Mais c'est beaucoup trop tard maintenant. »

Sirius sentait l'émotion qui lui serrait l'estomac à peine quelques secondes plus tôt, remonter dans sa gorge.

Il s'approcha alors de la jeune fille et l'embrassa.

Certes, il ne se souvenait pas de tous les baisers qu'ils avaient échangés, mais au moins de la plupart. Et il se souvenait parfaitement qu'aucun n'avait encore égalé l'exigence de celui-ci. Il avait sa main posée sur sa taille, et l'autre sur sa nuque. Dès que ses lèvres touchèrent celles de Remedios, il approfondit le baiser pour en savourer chaque instant intensément. Il se sentait si bien à cet instant, si vivant, qu'il en aurait volontiers pleuré. Chacune de ses terminaisons nerveuses ne vivaient que pour ce moment où il pouvait goûter à ses lèvres, à sa langue, à sa peau. Les gestes de Remedios étaient si précis, si ardents, que très vite, il voulut beaucoup plus.