Sirius Black passait ses dîners à garantir à Regulus tout le bien qu'il pensait de la formation de Mangemorts qu'il avait suivi dans la journée. Il avait insisté sur la qualité de l'enseignement de Crabbe, sur la gentillesse et les progrès fulgurants des Apprentis en matière de duel, sur l'autorité et la bonne gouvernance de Drago Malefoy, père de Lucius et Directeur de l'école de formation des Apprentis, choses dont il doutait sérieusement en son for intérieur.
Finalement, il s'était révélé si enthousiaste par ce qu'il avait fait dans ces dernières journées que Regulus finit par se laisser convaincre par la qualité de l'enseignement qui lui était dispensé. Sirius ne manquait aucun détail, et préparait les repas du soir avec son frère et sa mère toute la journée, rôdant son discours devant les Apprentis à l'heure du déjeuner, et glanant de-ci de-là des informations qui se voulaient intéressantes.
Les repas se passaient toujours de la même manière. Il arrivait généralement le dernier alors que Regulus expliquait à leur mère les dernières décisions de Voldemort, ses dernières conquêtes, ou ses dernières idées. Sirius retenait tous ses monologues dans l'espoir de surprendre quelque chose qui pourrait intéresser l'Ordre. Mais il ne s'agissait jamais de choses réellement intéressantes et Sirius douta de la réelle place de Regulus dans les prises de décision de Voldemort.
En fait, malgré ces quelques jours passés au plus près des Mangemorts, Sirius n'avait quasiment rien appris de leur fonctionnement, de leurs projets. Il n'aurait même pas su dire où il allait chaque jour rejoindre les Apprentis. Son frère continuait de l'amener tous les matins. Il n'avait qu'à le suivre dans son transplanage. Il avait bien posé la question, à plusieurs reprises, mais il n'avait jamais répondu avec suffisamment de précision pour que le jeune homme puisse situer l'endroit sur une carte. D'ailleurs, il ne savait toujours pas dans quel pays il passait ces journées.
Demeter ne posait que très peu de questions, tandis que Sirius tentait d'en savoir le plus possible, même si au final, ça ne servait décidément pas à grand chose.
Puis, Regulus se tournait vers son jeune frère lui lançant un de ses célèbres : « Et toi alors ? T'as botté les fesses de Crabbe ? ». Ce à quoi Sirius répondait un inévitable « Bien sûr, qu'est-ce que tu crois ? »
S'en suivait la critique dythirambique de Sirius sur l'Apprentissage. Là encore, Demeter intervenait le moins possible. Souvent, elle n'ouvrait pas du tout la bouche, malgré tous les efforts de Sirius pour connaître ce qui pouvait bien se tramer dans sa tête.
Lorsque le repas était, enfin, terminé, Sirius courrait se réfugier dans la chambre verte. Là, il retrouvait son petit univers : le bureau recouvert de numéros de la Gazette du Sorcier, son lit jamais fait, la fenêtre grande ouverte vers l'extérieur. C'était le seul moment de la journée où il pouvait réfléchir tranquillement. Il fermait soigneusement la porte, lui ajoutant des sorts de protection au cas où la curiosité de Kreattur, toujours méfiant, ne le pousse à entrer chez lui. Et s'effondrait sur le lit après avoir pris connaissance des gros titres de la Gazette. En fait, celle-ci n'annonçait jamais rien. A ce point-là, c'était de la mise en danger de la vie d'autrui. Pour le journal, le nouveau Ministère s'en sortait de toute manière très bien, ne prenait que des décisions, objectivement sans intérêt, très bonnes et de toute façon indispensables. Il y avait toujours quelques articles discréditant les Moldus et confirmant en ce sens la politique à ce sujet de Voldemort. C'était la marque la plus importante du changement de gouvernement dans la presse. Là encore, il ne lisait aucune critique, aucun recul, sur les opinions véhiculées par le journal : les Moldus étaient considérés comme indignes, et inférieurs. Selon lui, ils n'avaient pas de place dans la nouvelle société qu'il fallait fonder.
A chaque fois, Sirius Black avait la nausée. Il se promettait, dès qu'il en aurait l'occasion, de mettre son poing dans la figure du rédacteur en chef de la Gazette.
Il pensait souvent à ses amis. Il lui manquait terriblement. Il aurait aimé partagé ses impressions avec eux... Ses réelles impressions. Pas celles qu'il détaillait pendant des heures à son frère.
L'Apprentissage n'était pas exceptionnellement exigeant. Crabbe gueulait plus qu'il n'enseignait et ce n'était pas franchement encourageant. Les autres Apprentis, Malefoy fils en tête n'était pas très bons en duel. Sirius s'était tout de suite fait repérer comme le meilleur du groupe : la formation de l'Ordre avait peut-être été plus longue, mais portait plus ses fruits que tous les Apprentissages du monde. Malefoy père, quant à lui, était devenu totalement invisible. Probablement pour cacher son incompétence au poste qu'il occupait.
Bref, Sirius s'embêtait en formation. Au moins, avec ses amis, il se serait amusé. Là, il en était loin.
Installé sur son lit, le soir, il songeait à tout ce qu'il avait entrepris dans la journée pour retrouver Remedios Listerdale. Malefoy avait dit qu'elle était recluse dans une des chambres du Palais, vers le Parc. Il s'était aperçu rapidement que ce si grand endroit où il suivait sa formation était appelé le « Palais » par les Mangemorts. Tout aussi rapidement, il avait réussi à localiser un immense parc, qui faisait plutôt friche qu'autre chose, proche de sa salle d'entraînement. Depuis lors, il n'avait de cesse de chercher des prétextes pour avoir la possibilité de se promener, seul, dans les couloirs du Palais. Celui-ci était si grand qu'il n'avait rien trouvé. De temps à autres, il était entré dans des chambres, mais qui restaient vides.
Après quelques jours, il avait la sensation d'avoir ouvert, et plusieurs fois, toutes les pièces à proximité du Parc. Aucune trace de Remedios.
Il interrogeait discrètement ses petits camarades de classe, sans résultat pour le moment. Comme si tout le monde connaissait l'existence de ces pièces, mais que personne ne savait où elles se trouvaient précisément.
Il se désespérait de la trouver.
L'angoisse l'empêchait une nouvelle fois de trouver le sommeil. Il avait beau retourner le plan du Palais dans sa tête, voir où il n'était pas encore passé. Mais rien n'y faisait. Il avait l'impression désespérante d'avoir tout visité, et commençait même à manquer d'excuses pour visiter les alentours du parc. Il fallait qu'il la trouve dans les plus brefs délais.
Il se redressa d'un bond de son lit lorsqu'il eut une idée.
Il se leva rapidement, enfila une robe de chambre et sortit en trombe de la chambre verte. Il se précipita dans le couloir, descendit les escaliers quatre à quatre.
Il trouva Regulus là où il pensait le trouver : dans le salon à l'arbre archéologique. Peut-être qu'il ne serait pas si dur de savoir où étaient ces satanées chambres.
-« Regulus ?
-Tiens, Sirius ! Qu'est-ce que tu fais là ? Tu veux qu'on révise un sort ? »
En toute franchise, Sirius n'avait absolument pas besoin de l'aide de son frère dans ce domaine.
-« Euh... C'est gentil, mais non, ça ira. Il faut bien laisser Crabbe faire son travail, n'est-ce pas ?
-Bien sûr, je ne voudrais pas lui couper l'herbe sous les pieds. »
Sirius prit le temps d'aviser un fauteuil avant d'entamer la conversation.
-« Tu sais, j'aime beaucoup le Palais. C'est un chouette endroit.
-Mmh. » Répondit de sa manière si expressive Regulus.
-« Les salles sont bien équipées, c'est immense. Et encore, j'imagine que je connais pas tout !
-Ca, non, tu ne connais pas tout. Cet endroit est plein de ressources. C'est un précieux bien pour Voldemort.
-C'était quoi en fait, avant ?
-Un Palais. D'où le nom. Il était abandonné depuis très longtemps avant Voldemort ne mette la main dessus et ne l'amenage comme il se doit. Ca n'a pas été facile, l'endroit est bourré de magie noire.
-De la magie noire ? Elle a été retirée ?
-Souvent oui, mais pas toujours. Je sais qu'avec l'éducation que t'as donné ce farfelu de Dumbledore, tu dois être assez réticent à la magie noire, mais elle est très utile. En particulier dans la protection des bâtiments.
-Le Palais est protégé par la magie noire ?
-En partie oui. Comme ça, personne ne peut nous repérer, et personne ne peut venir sans y avoir été invité ou sans être accompagné. C'est très pratique.
-Y a-t-il d'autres choses protégées par la magie noire ? » Demanda Sirius qui sentait tenir une piste.
-« Oui, bien sûr.
-C'est tellement plus impressionnant que Poudlard ! »
Regulus parut amusé par l'enthousiasme de son frère. Il se plaisait à le voir suivre ses propres pas.
-« Ca tu l'as dit. Poudlard à côté, c'est de la vraie rigolade. Par exemple, y a-t-il des étages cachés à Poudlard ?
-Des étages cachés ? » Demanda Sirius de plus en plus intéressé. « C'est très impressionnant ! » Commenta-t-il se gardant bien de dire à son frère tous les mystères que recelait Poudlard à ce sujet.
-« N'est-ce pas ! Seules les personnes qui en ont connaissance peuvent les voir.
-Ca alors.
-Et ils sont où ces étages ?
-Il y en a un dans l'aile ouest, caché entre le troisième et la quatrième. Il y a quelques pièces secrètes dans la tour nord. Et il y a bien sûr, le couloir qui passe sous le parc.
-Il y a un couloir sous le parc ?
-Il est vide, mais oui, il existe bien. J'y suis allé une fois. C'est très impresionnant.
-Comment ça 'impresionnant' ?
-C'est grand. Et c'est richement décoré. Très bien entretenu. Vraiment bizarre.
-Et on y accède comment alors ?
-Lorsque j'y suis allé, Voldemort m'accompagnait. » Dit Regulus pas peu fier. « Il y a une porte derrière la statue d'un minotaure, qui ne s'ouvre que quand on sait avec précision qu'elle est là.
-Ca alors...
-Ca t'en bouche un coin, hein ?
-Carrèment... »
Sirius sentait bien que son frère était à cent lieues de se douter de ses réelles intentions. Il se faisait passer pour le parfait petit Mangemort, celui qui veut être introduit dans tous les secrets de Voldemort. Il tentait de paraître convaincant. Et apparemment, il l'était. Son investigation avait fait ce soir-là un bon de géant.
Il poursuivit pendant quelques minutes la conversation, puis regagna la chambre verte. C'était sa première bonne soirée depuis qu'il avait quitté les Maraudeurs, il était ravi.
Le lendemain après-midi, dès qu'il avait pu placer une de ses fameuses excuses bidons à Crabbe, il déambula dans les couloirs du Palais.
Il commençait sérieusement à bien les connaître, mais il n'avait pas vraiment souvenir d'une statue d'un minotaure. Pourtant, on ne pouvait pas vraiment dire que c'était le type de bestioles tellement discrètes et peu encombrantes.
Cette fois-ci, à l'affut de tout minotaure qu'il pourrait croiser, il fit particulièrement attention aux statues. Elles n'étaient pas si courantes : les couloirs étaient en général totalement vides. Ca ne découragea pas pour autant le jeune homme qui, infatigablement, et en en oubliant Crabbe, arpentait les couloirs et les escaliers.
C'est au détour d'un virage serré gauche, virage installé sans raison apparente, que Sirius flaira une bizarrerie.
Il regarda avec attention l'endroit et s'aperçut rapidement qu'une des pierres qui lui faisaient face représentaient sur sa surface un monstre.
De là à considérer qu'il s'agissait d'un minotaure, il n'y avait qu'un pas.
Il passa sa main sur la pierre froide, la poussa, mais constata qu'elle était solidement accroché à ses consoeurs. Il ne semblait y avoir aucune ouverture, aucune porte, pas même une petite chatière dans laquelle il aurait pu se glisser.
Il savait par son frère que l'endroit était protégé par de la magie noire. Elle ne pouvait donc céder facilement. Il se mit alors à réfléchir, tenté par l'envie de contacter Remus, qui aurait forcément une explication logique à lui fournir. Malgré ce besoin pressant, il ne voulait courir le risque de les contacter dans un endroit aussi sensible que le lieu d'entraînement des Mangemorts.
Il passa et repassa devant la pierre représentant un monstre, utilisant le même stratagème que la salle sur demande. Il compta le nombre de pas. Il prononça quelques formules magiques. Il compta le nombre de pierres pour actionner un éventuel passage secret.
Rien n'y fit.
Il ressassait depuis quelques minutes la conversation qu'il avait eue la veille avec Regulus. Peut-être trouverait-il la solution dans les détails qu'il lui avait fournis. Mais il avait beau se la passer et se lz repasser, il ne parvenait pas à comprendre ce qui lui permettrait d'entrer, si tenté qu'il ait été au bon endroit, chose dont il commençait à douter.
Soudain, son esprit se fixa sur quelque chose : seule une personne qui savait où elle allait pouvait ouvrir la porte. C'est son frère qui lui avait dit cela en évoquant la présence de Voldemort à ses côtés. La porte ne s'ouvrirait donc que si la personne voulant entrer savait où elle était et sur quoi elle ouvrait.
Il se concentra alors. Il visualisa une ouverture dans le mur derrière la figure du monstre jusqu'à ce que l'image soit parfaitement claire. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il s'approcha à nouveau du mur.
Il constata alors qu'une porte s'était dessinée exactement à l'endroit où il l'avait imaginé.
-« Fichtrement ingénieux » Ne put-il s'empêcher de murmurer.
Sans une seule hésitation, il s'engouffra de l'autre côté.
Il arriva alors dans un couloir qui n'avait strictement rien à voir avec celui qu'il venait de quitter. Comme Regulus Black l'avait décrit, celui-ci était richement décoré : une moquette rouge confortable recouvrait le sol, des teintures vertes soyeuses couvraient les murs. De nombreux chandeliers éclairaient agréablement l'ensemble. Il s'avança, prenant garde à ne pas être surpris. Mais l'endroit paraissait totalement vide.
En effet, la première porte, donnant sur une chambre, était vide. La seconde aussi.
Ainsi, il fit tout le couloir jusqu'à ce qu'il trouve porte close.
Sirius Black trouva légitimement ça étrange.
Il lança immédiatement un sort très efficace de Remus, appris quelques jours avant. Il entendit le loquet derrière la porte céder, et entra.
Il se fit le plus discret possible en posant le pied à l'intérieur de la pièce. Il s'agissait là encore d'une chambre. Une chambre bleue. Jolie d'ailleurs.
-« Ah quand même ! »
Sirius se retourna sur la voix qu'il venait d'entendre. Une jolie jeune fille aux cheveux longs le fixaient de ses grands yeux noirs.
-« Moi aussi ça me fait plaisir de te voir ! » Murmura-t-il ironiquement.
Remedios Listerdale se tenait devant lui, assise sur un grand lit à baldaquin installé au beau milieu de la pièce.
-« Meme... Je t'ai cherchée partout. »
Dire que Sirius était surpris de la trouver là, même s'il l'avait cherchée tout ce temps, n'était pas peu dire.
Mais c'était bien elle : son beau visage mat semblait inexpressif et il remarqua une nouvelle fois la grâce presque irréelle de ses gestes. La voir provoqua un effet considérable en lui. Il sentait qu'il se mettait à se liquéfier. Il avait tellement attendu ce moment, tellement travaillé pour l'avoir, que maintenant, il était bouleversé.
La Serpentarde se leva.
Sirius se précipita alors vers elle.
Il saisit son visage entre ses mains et s'empara de ses lèvres.
Le baiser qu'il lui donna n'avait réellement rien de timide ou de mesuré. C'était comme si le fait de la toucher, de la sentir, de la redécouvrir, le faisait revivre. Comme si depuis sa disparition, la vie n'avait été qu'une sorte de rêve. Maintenant, il sentait très exactement se réveiller toutes ses terminaisons nerveuses.
Lorsqu'il sentit Remedios répondre à son baiser, ses genoux se mirent dangereusement à trembler. Ses lèvres, en revanche, n'avaient aucune faiblesse. Elles voulaient s'approprier tout ce qui était Remedios. De la bouche de celle-ci, elles passèrent à son cou, à son menton, à ses sourcils. Sirius n'intervenait plus du tout dans ces gestes. Il se laissait guider par le merveilleux sentiment d'avoir retrouvé Remedios et de pouvoir à nouveau sentir sa peau contre la sienne.
Quelques minutes s'écoulèrent avant que le cerveau de Sirius ne daigne se remettre en marche. Il s'écarta alors d'elle, à contre-cœur.
Tout chamboulé, il avisa le lit à baldaquin pour éviter de tomber par terre et perdre la face par la même occasion. La jeune fille prit place à ses côtés.
La chambre qu'elle occupait était assez étrangement décorée. Elle n'avait qu'une fenêtre qui donnait sur le Parc, mais était étrangement confortable. Le lit était recouvert d'une couverture aux propriétés un peu inquiétantes, de nombreux tapis recouvraient de manière disparate le sol. En fait de meuble, il n'y avait qu'une armoire. Au fond, s'ouvrait une porte que Black supposait être celle de la salle de bain.
Pour ne pas perdre le contact, il prit les mains de Remedios dans les siennes et essaya de ne pas les serrer trop fort.
La jeune fille répondit avec un sourire à ce geste.
Aucun mot n'avait plus été échangé entre eux depuis un moment, lorsque Sirius finit par s'en rendre compte. Il déposa un léger baiser sur ses lèvres avant de commencer.
-« J'ai été très inquiet. » Dit-il simplement. « Et je me souviens pourtant t'avoir déjà demandé de ne plus disparaître comme ça.
-Désolée, j'ai vraiment pas fait exprès.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé Meme ?
-Qu'est-ce que tu sais ?
-Tu sais que ça ne se fait pas de répondre à une question par une autre question ?
-C'est qu'ici, on oublie un peu la politesse. Alors ? Qu'est-ce que tu sais ?
-Je sais que la dernière fois que je t'ai vue avant aujourd'hui, tu étais dans ton dortoir, à Poudlard. Après, je me suis rendu compte assez rapidement que tu n'étais pas là. Je me suis pas mal angoissé pour tout dire, les garçons pourront te le confirmer. J'ai essayé de voir où est-ce que je pourrais choper des informations. Finalement, personne, pas même Dumbledore n'a bien voulu me parler de toi. Les choses se sont débloquées lorsque je suis tombé sur un courrier destiné à Thornford.
-Qu'est-ce que tu faisais dans son bureau, tu l'espionnais ?
-Non, j'étais en retenue ! Et c'était parfaitement injustifié d'ailleurs !
-Mouais, c'est ça...
-Et en plus, sans toi, les retenues chez Thornford sont tout de même nettement moins intéressantes.
-Je le crois volontiers.
-Donc dans ce courrier, j'ai appris que tu étais chez les Mangemorts. Alors, je suis venu. Et me voilà !
-Bref, tu ne sais pas grand chose.
-Tu as tout compris... Oui sauf un truc, je sais ce que Rogue a fait. »
Remedios eut l'air surpris.
-« Ce que Severus a fait ? Quoi donc ?
-Il t'a dénoncé à Voldemort. C'est pour ça que tu es enfermée dans cet étage secret. »
Remedios eut alors un petit ricanement nerveux qui ne dit rien qui vaille à Sirius.
-« C'est fou ce que les Gryffondors peuvent être obtus. » Dit-elle après s'être calmée. « Qu'est-ce qui te fait dire que c'est lui qui m'a dénoncée ?
-Il savait que tu nous aidais. Et il me l'a laissé entendre. De toute façon, j'ai toujours douté de ses bonnes intentions à ton égard. Il a un reg...
-Bon, on n'a vraiment pas le temps pour ça. Severus ne m'a pas dénoncée, et jamais il ne l'aurait fait.
-Je sais que tu es déçue, Meme, mais il faut que tu regardes la vérité en face. Il n'y a pas d'autres...
-Tais-toi ! » Le coupa-t-elle abruptement. « Tu ne comprends décidément rien du tout. Severus ne m'a jamais dénoncé, il t'a même aidé à venir jusqu'ici !
-Hein ?
-Mais évidemment, qu'est-ce que tu crois ! Qu'on tombe sur des infos confidentielles des Mangemorts tous les quatre matins ! Tu n'as pas trouvé ça un peu facile ?
-Hé bien...
-Tais-toi et écoute. Severus est mon ami. Il ne ferait jamais rien qui pourrait me nuire en particulier vis-à-vis de Voldemort. Je ne te permets pas de remettre cela en doute ! Effectivement, il sait que j'aide Dumbeldore depuis qu'il nous a surpris toi, moi, et tes amis. Et à vrai dire, il a été moins étonné que ce à quoi je m'attendais. Je lui ai expliqué tout ce qu'il ne savait pas sur le rôle que je jouais dans l'Ordre.
-Mais tu es complètement...
-Ne dis pas ce que tu pourrais regretter ! » L'avertit-elle avec un air si menaçant que Sirius se dissuada aussitôt de terminer sa phrase.
-« Contrairement à ce que tu fais, il ne m'a pas jugée. Il a juste fait un constat : j'aide Dumbledore. Nous sommes suffisamment amis pour que l'idée même de me livrer à Voldemort ne lui ait pas même traversée l'esprit.
-C'est vrai que tu t'y connais en esprit...
-Arrête les sarcasmes, Sirius. J'ai visiblement encore pas mal de choses à te raconter et nous n'avons pas beaucoup de temps. Maintenant, là où tu as parfaitement raison, c'est que j'ai été dénoncée.
-Ah !
-Et c'est ce qui fait que nous nous parlons en ce moment même dans cette chambre. Crois-moi, je préférerais vraiment être ailleurs. Lorsque j'ai eu besoin d'aide pour te contacter, j'ai tout de suite pu compter sur le soutien de Severus. C'est lui qui a malencontreusement laissé un courrier sur le bureau de Thornford. J'imagine qu'il savait que tu pourrais le trouver là. Tel que je le connais, il a du juste le protéger de quels sorts faciles à déjouer, juste suffisants pour ne pas attirer ton attention, mais certainement pas avec le degré de protection porté sur les communications des Mangemorts. Heureusement que les Gryffondors n'ont pas que du mauvais en eux, tu as été assez malin pour réussir à venir ici, je sais que ça n'est pas facile. »
Sirius profita du compliment à sa juste valeur.
-« Tout à l'heure, je n'y croyais plus jusqu'à ce que je sente ta présence. Et je t'ai inspiré la solution pour ouvrir l'étage caché et la porte de cette chambre.
-Je me disais aussi... Ca n'avait pas été si dur. Et dis dont, tu n'aurais pas pu tout me souffler, parce que j'ai un peu galéré quand même dans cette histoire.
-Ca aurait été volontiers. Je ne pouvais pas. Je ne sais pas en quoi sont fait les murs de ce Palais, mais il ont des propriétés vraiment étranges. Ils ont limité mes pouvoirs. »
Sirius Black regardait Remedios Listerdale.
Il remarqua qu'elle portait une jolie robe qui lui allait sacrément bien.
Il serra un peu plus sa main qu'il tenait toujours dans la sienne.
Elle était bien là, près de lui. Elle lui était devenue si indispensable et il était si content de la revoir. Lui aussi n'y avait plus cru à un moment. Il loua sa nature gryffondoresque qui l'empêchait de baisser les bras malgré les difficultés.
Il ne put s'empêcher de l'embrasser une nouvelle fois. Il avait bien compris qu'il y avait des choses bien plus importantes sur le feu, mais pour le moment, la seule chose qu'il voyait, c'était définitivement elle, et personne d'autre. Il la poussa vers le lit pour s'allonger auprès d'elle.
-« Sirius, il faut vraiment qu'on parle. »
Sans le vouloir, il se sentit très seul. Toujours allongé, il croisa ses bras derrière sa tête. Il sentit la main de Remedios lui caresser le torse. Il n'osait lui dire d'arrêter de peur qu'elle arrête réellement.
-« Laisse-moi deviner. Tu vas me dire que les membres de l'Ordre vont mourir très prochainement dans d'atroces souffrances parce que Dumbledore nous a trahi et que le monde tout entier court à sa perte, non ?
-C'est à peu près ça. Sauf pour Dumbledore. Lui, il est d'une intégrité irréprochable.
-Les membres de l'Ordre vont mourir ?
-C'est une éventualité. Tu n'es pas au courant que la guerre, ça tue ?
-Si.
-Et aujourd'hui, la menace sur vous est encore plus grande.
-Surtout si Rogue se met à dénoncer à tout va. »
Agacée, Remedios serra de sa main le cou du Gryffondor.
-« Ah oui, quand tu disais que les membres de l'Ordre allaient bientôt mourir, j'avais pas pensé que ça voulait dire, 'allaient mourir maintenant' » Dit-il en riant.
-« Primo, Severus est mon ami, deuxio, pour des considérations très personnelles qui ne relèvent que de sa stricte vie privée, jamais il ne porterait atteinte à quelqu'un de Gryffondor, et tertio je sais qui m'a dénoncée, et c'est pour ça que c'est indispensable que tu sois là.
-Attends, attends, c'est quoi le deuxio ?
-Je viens de dire que ça relevait de la vie privée de Severus.
-En clair ?
-En clair, ça veut dire que même sous la torture, je n'en dirais pas plus.
-Et ce tertio alors ?
-Ah, je vois que tu as enfin saisi l'élément le plus important de mon énumération !
-Qu'est-ce que tu veux, les Gryffondors sont des génies. Je n'y peux rien, c'est dans les gênes. » Dit Sirius avec une modestie feinte qui eut l'effet immédiat de faire rire la jeune fille.
-« Et la modestie et la franchise aussi, non ?
-Je vois que tu as remarqué ! »
Remedios sourit. Les petits pics qu'ils s'envoyaient en temps qu'anciens membres de maisons ennemies avaient fini par lui plaire. Elle savait que dès qu'il aurait franchi la porte, ça, et tout le reste, lui manquerait. Pourtant, il faudrait bien qu'il la franchisse cette porte.
-« Meme, qui t'a dénoncée ?
-Meredith Funk. »
Sirius Black ne comprit pas d'abord. Certes, il connaissait bien ce nom et connaissait la personne qui le portait, mais il ne parvenait pas à associer ce nom, cette personne, et sa trahison.
-« Tu délires, Remedios ! Meredith est un membre de l'Ordre ! En plus c'est une Moldue, elle n'a rien à voir dans cette histoire !
-C'est ce que je pensais aussi. Mais je l'ai vue, Sirius. Elle confirmait à Voldemort devant moi ce qu'elle venait d'apprendre sur notre relation, sur toi et moi. Elle l'a dit à Voldemort. Il a dû être étonné de ne pas connaître quelque chose de moi. Alors d'abord, il a eu des doutes, puis j'ai eu droit à un test, à Poudlard, lorsqu'il m'a demandé de prendre la décision de la suspension de Dumbledore. J'ai dû hésiter trop longtemps, j'ai tenté de lire dans son esprit pour savoir ce qu'il attendait de moi et j'ai fait exactement ce que j'y ai lu. Ca devait bien être une sorte de piège, ça lui a permis de comprendre que je pouvais masquer la vérité, me servir des pensées des gens. Il n'a pas vraiment cherché à vérifier pour toi et moi. Je crois que de toute façon, ça lui est égal. S'il a appris que tu étais entré chez les Mangemorts, ça lui a d'ailleurs probablement fait très plaisir. Ce qui l'a effrayé, dans ce que lui a révélé Meredith Funk, et ce qu'il a compris du test qu'il m'a fait passer devant vous tous à l'école, c'était que je pouvais très bien me retourner contre lui à n'importe quel moment. Heureusement pour moi, pour le moment, il est trop occupé pour se demander si je l'ai trahi ou non. Je n'ai pas encore eu d'interrogatoires très serrés. J'ai juste eu droit à sa visite, accompagné de Meredith. De toute façon, je ne pense pas qu'il puisse me prendre en défaut, j'ai toujours fait extrêmement attention.
-Mais pourquoi... Meredith ?
-Je pense que ce n'est pas vraiment Meredith. J'ai l'impression qu'elle est sous Imperium : ce regard vitreux qu'elle avait, c'est vraiment très étrange. Et je ne m'explique pas autrement pourquoi elle ne m'a pas dénoncé avant.
-Pourquoi ? Elle savait déjà que tu étais agent-double ?
-Oui. Tu sais quand Voldemort a voulu éliminer les derniers représentants de sa famille Moldue ? C'est moi qui suis allée les voir pour leur dire de trouver rapidement un refuge. A moins qu'elle ne m'ait pas reconnue, et c'est peu probable, je ne vois que l'explication de l'Imperium pour qu'elle n'en ait rien dit à Voldemort. C'est très finement joué : il est certain que Dumbledore se méfie bien moins d'une Moldue que d'une sorcière.
-Et comment se fait-il qu'elle savait que nous étions ensembles ?
-Je ne sais pas. Peut-être lui as-tu dit en sa présence. »
Sirius fouilla dans ses souvenirs. Il se souvint alors de la dernière fois qu'il avait vue la Moldue, à Poudlard. Elle venait porter un message à Dumbledore en l'absence de Mademoiselle Jane.
Ils avaient un peu parlé.
Et ils avaient discuté de Remedios.
Ils n'avaient pas même pensé à cacher son nom. Meredith était tellement insoupçonnable. C'était alors sa faute ? C'était lui et ses amis qui avaient dénoncé Remedios ?
-« Je suis tellement désolé.
-Non, Sirius.
-C'est ma faute. C'est moi qui l'ai dit à mes amis et on en a parlé devant Meredith.
-Tu ne pouvais pas savoir.
-Pardon, Meme, pardon.
-Arrête, Sirius. Tu n'as pas à me demander pardon. Tu n'y es strictement pour rien. »
-« Il faut absolument faire quelque chose : à tout moment elle peut recueillir de nouvelles informations sur l'Ordre et les apprendre à Voldemort.
-Oui, j'ai pensé la même chose, c'est pour ça que je voulais t'en parler.
-Tu ne pouvais pas m'envoyer ce cher Rogue ?
-Parce que tu l'aurais cru ?
-... Pas faux...
-Même Dumbledore aurait réagi de la même façon. »
-« A vrai dire, je ne sais pas ce que Meredith sait de l'Ordre. Elle a dû donner son nom à Voldemort mais je ne sais pas si elle est capable d'en reconnaître les membres, même sur photos ou si elle sait où est placé géographiquement la Serna, notre QG.
-Oui, mais on ne sait jamais... Je vais quitter l'Apprentissage dès ce soir.
-Avoue que tu es déçu... » Le plaisanta Remedios.
-« A mort. » Répondit Sirius rentrant dans son jeu. « Mais que veux-tu, je vais prendre sur moi et aller de l'avant... Sans rire, je pense qu'il faut aller vite : l'Ordre doit prendre des mesures le plus rapidement possible : changement du lieu de réunion, modification des voies de communications entre membres, protection supplémentaire pour les personnes que Meredith a fréquenté. Mais attend...
-Quoi donc ?
-Elle me connaît très bien, Meredith. N'a-t-elle pas parlé de moi à Voldemort ?
-Je pense que pour le moment, Voldy s'attache à d'autres choses plus importantes. Un petit jeune comme toi ne doit pas être une priorité, donc peut-être n'a-t-il effectivement pas encore interrogé Meredith à ton propos. Et de toute façon, qu'est-ce qui l'empêcherait de croire que tu as changé d'avis sur la guerre surtout en sachant que nous nous 'fréquentons' ? Après tout, tu sembles avoir réussi les tests d'entrée chez les Mangemorts et je peux te dire que c'est assez difficile pour quelqu'un qui n'est pas sincère.
-Merci Remus... » Dit Sirius pour lui-même. « Je vais alors profiter de ma situation de traître pendant encore quelques heures pour sortir du Palais et de la maison de ma famille sans me faire trop remarquer. » Reprit-il.
Pour accompagner ses paroles, il se leva.
-« Allez, tu viens ? » Demanda-t-il comme une formalité en lui tendant l'autre main qui n'était pas dans la sienne.
-« Non, Sirius. Tu pars seul. »
Le jeune homme était abasourdi.
-« Comment ça ?
-Tu as parfaitement compris Sirius, je ne t'accompagnerai pas. C'est beaucoup trop dangereux. Si je te suivais, je pourrais te mettre en danger : tu peux aller et venir ici dans une semi-liberté en tant qu'Apprenti. En revanche, avec moi sur le dos, ce ne sera pas possible. Et il faut vraiment que tu quittes cet endroit sain et sauf pour mettre l'Ordre à l'abri. Alors pars seul, je me débrouillerai toujours.
-Hors de question, Meme.
-Ce n'est pas comme si je te laissais le choix Sirius. Je reste là, c'est tout. »
Elle s'était elle-même levée en disant ses mots. L'impassibilité avait totalement disparu des expressions de son visage. Il comprit alors rapidement qu'il ne pourrait en aucun cas la convaincre : son regard, son attitude volontaire, ne laissait la place à aucun doute : elle voulait rester ici et elle y resterait.
Sirius se sentit alors très mal.
Il ne se sentait pas capable de la laisser seul à la merci du fou sanguinaire qu'était Voldemort. S'il n'avait pas encore la preuve de sa trahison, le seul fait de la retenir dans son Palais laissait deviner qu'il ne lui voulait pas que du bien.
-« Sirius, crois-moi, j'ai eu le temps d'y penser en t'attendant, mais c'est la seule solution viable. »
Il se refusait encore à la croire. Il devait y avoir une autre solution. Celle qui arrangerait tout le monde et qui occasionnerait en outre beaucoup de torts à Voldemort.
L'angoisse était telle qu'il avait du mal à aligner deux pensées cohérentes dans son esprit. Tout se brouillait. Il prit une profonde inspiration et les choses s'éclaircirent.
Il devait retrouver l'Ordre, leur faire parvenir les informations qu'il venait d'apprendre. Remedios Listerdale ne faisait effectivement pas partie de ce plan.
Il serra alors encore un peu plus les jolies mains de la jeune fille dans les siennes, ne se résolvant pas encore tout à fait à ce qui allait arriver.
-« Je reviendrai te chercher. » Dit-il avec des accents de dévouement gryffondoresque.
-« Non. Ce serait bien trop dangereux. Je te l'interdis, Sirius. Tu m'entends ?
-Tu ne peux pas me l'interdire.
-Oh que si, je peux, et je te le répète : tu ne reviendras pas ici pour moi. Fais moi un peu confiance, je me débrouillerai bien toute seule ! Quitte à ce que je sois obligée de me cacher pour le restant de mes jours !
-Meme, promets-moi au moins qu'on se reverra. »
La sorcière resta silencieuse. Sirius, qui à ce moment, lisait en elle comme dans un livre ouvert, voyait bien qu'elle doutait, qu'elle ne savait absolument pas s'ils seraient amenés à se retrouver un jour.
-« Meme... Même si tu restes cachée pour le restant de tes jours, dis-moi que tu me feras signe.
-Tu sais, je suis pas très 'serment d'éternité' entre amoureux...
-M'en fous, moi si. Alors dis-moi que tu me feras signe, je t'en prie.
-D'accord Sirius. »
Il la serra alors dans ses bras le plus fort qu'il put.
Il ne savait pas vraiment si c'était la dernière fois qu'il pourrait la sentir si proche de lui. Il préféra ne plus y penser.
-« Je t'aime tellement, Meme. » Lui glissa-t-il au creux de l'oreille avant de se détacher vivement de son étreinte.
Il parcourut en quelques pas la distance qui le séparait encore de la porte.
En refermant le battant derrière lui, il entendit Remedios murmurer.
-« Je ne t'oublierai pas, Sirius. »
