Et merci aux Doors pour ce titre de chapitre !Merci Cuvette ! Chapitre 25 This is the end, beautiful friends

James accourut vers Lily qu'il serra dans ses bras comme si sa vie en dépendait. Remus et Peter, arrivés au même moment que Dumbledore, rejoignaient le couple. Sirius Black, quant à lui, ne réagissait pas. Il ne ressentait rien. Il se tenait debout, dans la même position avec laquelle il avait assisté au combat de Voldemort et Dumbledore.

Il regardait les gens autour de lui, ses amis, heureux d'être toujours vivants et ensemble.

Il regardait aussi Dumbledore qui, après avoir observé en quelques secondes, l'état de santé de Lily et des trois autres otages, se précipitait à l'extérieur de la pièce, probablement pour constater les dégâts de l'attaque des Mangemorts.

Il regardait enfin les otages qu'il ne connaissait pas remercier chaleureusement le courage de James et son courage à lui. Ils vinrent lui serrer la main. Ils se présentèrent brièvement. Sirius entendit comme un son lointain que le jeune homme brun portait le nom de Londubat. Il se souvint alors que Monsieur Londubat l'avait présenté comme son fils. Il ne retint pas le nom de la jeune fille qui ne le quittait pas. Il ne parvint pas à sourire aux compliments du troisième, un certain Kingsley.

Il se mit soudain à trembler comme une feuille.

Lily, presque étouffée par James, réussit on ne sait comment à se détacher de cette étreinte, pour s'approcher de Sirius. Il la vit bien avancer, comme dans un rêve. Il ne comprenait pas grand chose à ce qui arrivait. Arrivée à sa hauteur, la sorcière le prit dans ses bras et le serra fort contre elle.

Il se sentit alors littéralement fondre. Comme si tous ses muscles se relâchaient brusquement et qu'il s'étalait à l'état liquide sur le sol. Il ne sut comment, il parvint à rester juché sur ses deux jambes et à enlacer Lily.

Il ne sut combien de temps ils étaient restés dans cette position. Ce qui était certain, c'est qu'il entendit, dans le creux de son coup, plus tard, beaucoup plus tard, Lilly glisser :

-« Je crois qu'il n'y a plus que nous deux. »

Il s'écarta alors de la jeune fille pour constater qu'effectivement, dans les combles où il y avait à peine quelque temps plus tôt Dumbledore, les Maraudeurs, et quelques autres, étaient totalement vides.

-« Sirius... Je suis désolée. » Entendit-il encore.

-« Mais de quoi Lily ? » Articula-t-il lentement.

-« De t'avoir entraîné là dedans. Si on ne s'était pas fait prendre, tu n'aurais pas eu, avec James, à affronter directement Voldemort.

-Si tu ne t'étais pas faite prendre, tu serais morte à l'heure qu'il est. Arrête de dire des bêtises. »

Il glissa son bras autour du coup de la jeune fille et l'entraîna vers l'escalier.

-« Dis...

-Hum ?

-Je suis désolée... Pour Remedios, je veux dire... » Lily avait dit cela d'une voix hésitante. Elle ne savait pas du tout où elle mettait les pieds en lançant le sujet.

Sirius reçut comme un électrochoc en entendant parler de la Serpentarde.

Remedios.

Il ne savait que répondre à la douce Lily avec qui il commençait à descendre les escaliers. Elle attendait probablement une réponse.

-« Voldemort l'a tuée. » Dit-il pour bien comprendre ce que le Mage avait confié.

-« Je suis désolée. » Répéta Lily.

Il s'arrêta soudain sur le premier palier.

-« Je suis mort aussi, Lily. »

Il ne pleurait pas, ne semblait particulièrement triste. Il était juste immobile sur le premier palier.

Et il venait de constater qu'il ne pouvait imaginer sa vie sans Remedios Listerdale. Lily s'était tournée, très émue, vers le jeune homme. Elle ne savait comment réagir. Tout ça la dépassait trop. Tout ça les dépassait tous beaucoup trop.

Ils parvinrent au rez de chaussée. Il y avait là encore Kinsgley, Londubat, la jeune femme, James, Remus et Peter, ainsi que quelques membres de l'Ordre qui commençaient déjà à déblayer. Ils étaient dans ce qui avait été encore quelques heures plus tôt la salle de réunion de l'Ordre du Phénix. A cette heure, rien, si ce n'est les murs, ne tenait encore debout. Tout avait été détruit sur le passage des Mangemorts. Les tapisseries étaient éventrées, les chaises et tables en morceau, les tableaux, constituant potentiellement un excellent moyen de communication, avaient même commencé à être brûlés.

Sirius vit Cyprée Steevens, aidé d'un homme avec des grandes lunettes rouges, tenter de soulever une poutre. Il distingua, sous la lourde planche de bois, un corps inanimé.

Il se détourna alors brusquement. Il ne voulait pas savoir de qui il s'agissait. Pour rien au monde.

Il sortit alors précipitamment de la maison, se réfugiant dans la rue, un endroit neutre qui n'avait été le théâtre d'aucune défaite de l'Ordre du Phénix.

James le suivait de peu.

-« On savait à quoi s'attendre quand on est entré dans l'Ordre. » Lui dit-il.

-« Oui, je sais. J'espérais juste que jamais quelque chose comme ça ne pouvait nous arriver. »

-« James ?

-Hum ?

-Ils ont tué tout le monde ?

-On le sera avec plus de précision quand on aura réussi à rescencer les pertes. Mais je ne me voile pas la face, mon Patmol, beaucoup de membres de l'Ordre sont morts. Je ne sais pas dans le détail, et je n'ai pas envie de savoir, mais ne serait-ce que parmi nos amis...

-Clare ? » S'exclama soudain Black. « Et Farfadelle, et Denis, et Matheo, et George, et Jordan ? Ils sont où James ? Ils sont où ? »

Paniqué, Sirius était sur le point de courir en direction de la maison pour constater de ses propres yeux que ses amis l'attendaient, souriants d'être en vie.

James l'arrêta à temps.

-« Ils étaient présents au moment où les Mangemorts ont attaqué. Mais je ne veux pas en savoir plus. Et je pense que toi non plus. »

Remus arrivait, Peter sur les talons. Le premier était en pleurs, le second se tordait les mains de telle façon que Sirius pensa un instant que ses doigts allaient tomber.

-« Quittons cet endroit. » Ordonna plus qu'elle ne proposa Lily qui les rejoignit quelques instants plus tard.

-« On va où ?

-A la maison. »

La réponse de James leur parut à tous évidente. Evidemment, ils n'allaient certainement pas se quitter là. Ils connaissaient tous la grande maison des parents de James. C'était un peu chez eux.

Ils s'installèrent donc chez James.

La maison était suffisamment grande pour accueillir les Maraudeurs, Lily, une vingtaine d'invités, plus une famille de grizzlis. Le manoir ne paraissait pourtant pas si grand vu de l'extérieur. On n'apercevait que quelques tourelles sous une forêt de lierre grimpant, une accueillante véranda, et quelques larges fenêtres. De l'intérieur, les couloirs étaient interminables et les pièces bien plus grandes que nécessaires. Ce n'était pas franchement du goût de Madame Potter, mais ça l'était de son époux, à qui le luxe ne déplaisait pas totalement malgré ce qu'il faisait croire, et des quelques elfes de maison qui travaillaient à leur service.

Aujourd'hui, la maison paraissait bien vide sans eux.

Les Maraudeurs prirent des habitudes de jeunes gens en vacances. Contraints à aucune obligation, ils se laissaient vivre plus qu'ils ne vivaient. Remus entreprenait la lecture assidue de l'intégralité de la bibliothèque. Peter s'était découvert une soudaine passion pour le jardinage magique, et passait son temps à remettre en état le parc. Lily lisait assidûment la Gazette du Sorcier et était sidérée de ne jamais rien y trouver. James passait ses journées affalé dans les grands canapés du salon, dormant beaucoup et fomentant des complots le reste de la journée. Sirius, quant à lui, était tombé dans une sorte d'état léthargique duquel rien ni personne, pas même une bonne blague de James, ne pouvait le faire sortir.

La seule chose qui rythmait leur vie était de surveiller Dumbledore. Ils n'avaient pas pu lui parler depuis la trahison de l'Ordre. Ils l'apercevaient parfois sortant ou entrant à Poudlard d'un pas précipité. Pourtant, maintenant, il n'y avait plus personne à sauver.

C'est Lily la première, on ne sait comment, qui réussit à faire reprendre un peu du poil de la bête à ses amis. Lâchant pour une fois les colonnes dithyrambiques sur le nouveau ministère de la Gazette du Sorcier, elle se mit à parler. Les Maraudeurs n'avaient plus eu aucune conversation depuis quelques jours, et elle s'était rendue compte à quel point cela pouvait avoir des conséquences désastreuses chez ses amis. Elle les obligea à lui parler.

Elle parla théorie de la magie avec Remus.

Elle parla jardinage avec Peter.

Elle parla rébellion avec James.

Elle parla Quidditch ou Dumbledore avec les trois.

Le seul à qui elle n'osait encore s'adresser, était Sirius.

On voyait bien qu'il était depuis la dernière bataille beaucoup plus solitaire qu'il ne l'avait jamais été. Même si cette année avait marqué un tournant certain dans sa vie à ce niveau-là, il avait construit autour de lui des barricades tellement hautes et épaisses que ses amis ne songèrent pas même à l'en déloger. Ses amis sauf Lily.

Elle réfléchit beaucoup à la situation. Elle demanda d'abord à James d'aller lui parler.

-« Je voudrais, Lily, je voudrais le faire parler. Mais je n'y arrive pas. J'ai l'impression que ça me dépasse cette fois-ci. »

Elle demanda ensuite à Remus, sachant que le sorcier savait toujours trouver parfaitement les bons mots en cas de besoin.

-« J'ai essayé Lily. Pas moyen de sortir quelque chose. Il s'est fermé comme un bulbe à carpette en saison des pluies. »

Elle n'insista pas auprès de Peter, trop effrayé dès qu'elle lui adressait la parole.

Ne restait qu'elle.

-« Sirius ? »

Pas de réponse.

La chambre du jeune homme était dans une obscurité quasi totale. Les rideaux tirés empêchaient la lumière d'entrer. Il était assis sur son lit, contemplant d'une manière inquiétante ses genoux, les épaules légèrement recourbées.

-« Sirius ? » Insista la jeune fille. « Ca t'embête si je m'assois près de toi ? »

Pas de réponse.

-« Bon, je prends ça pour un oui. »

Pas de réaction.

-« Sirius, je te préviens tout de suite, je ne quitterai pas cette salle tant que tu ne m'auras pas dit quelque chose. N'importe quoi. »

Silence.

-« Le prends pas mal Lily, mais laisse-moi tranquille. » Répondit-il quelques instants plus tard.

C'était un début. Pas franchement ce qu'on pourrait appeler un bon début, mais un début tout de même.

-« On t'a déjà laissé tranquille quatre jours complets. Ton temps de tranquillité est donc aujourd'hui révolu. Désolée. Alors qu'est-ce que tu penses de tout ce qui s'est passé ? »

Silence.

-« De Voldemort ?

Silence.

-« De la disparition de l'Ordre ? »

Silence.

-« Celle de nos amis ? »

Silence.

-« De Remedios Listardale ? »

Silence.

-« J'ai pas envie de penser à ça, Lily. » Finit-il par lâcher.

-« Mais tu y penses déjà, Sirius. Tu passes tes journées à y penser. Il est largement temps d'en parler.

-Je n'ai rien à dire. L'Ordre a été trahi par Meredith Funk, prétendument la bonne samaritaine de l'histoire. Voldemort est venu faire le ménage avec ses Mangemorts. Nos amis sont très probablement morts, Clare, Jordan et les autres aussi. Je ne veux même pas savoir d'ailleurs. Il n'y a plus, ou pratiquement plus, d'Ordre du Phénix. Et Remedios est morte. »

Il avait dit tout cela d'une voix monocorde, qui, plus que l'énumération, inquiéta Lily.

-« Si tu n'en penses rien, je vais te dire ce que moi j'en pense. Je suis profondément triste, Sirius. Bien plus que je ne l'ai jamais été. Je suis triste en pensant à l'Ordre, en pensant que Voldemort a gagné cette partie. Je suis triste en pensant à nos amis. Je sais que je garderai toute ma vie cette tristesse, ce désespoir de ne pas avoir pu être suffisamment utile. Je me sens coupable d'avoir été là-bas et d'avoir survécu. Parce que je suis là, à te parler, alors que nos amis sont morts. Moi, je n'ai rien, pas même une égratignure. J'ai juste eu très peur. Eux, ils ont payé de leur propre vie. Je n'ai pas su leur venir en aide. Je ne devrais pas être là à te parler. Et finalement, je me sens de plus en plus en colère. Contre Voldemort et ses Mangemorts. Parce qu'en fait, ce sont eux les coupables. Jamais je ne laisserais à Voldemort ne serait-ce que l'apparence de sa victoire. »

Silence.

-« Je crois que j'en suis peut-être au même point que toi. » Dit enfin Sirius, toujours perdu dans la contemplation de ses genoux.

-« Sauf que moi, j'ai toujours James. Il est là, avec moi. »

Le sous-entendu à Remedios était trop gros pour que Sirius ne le remarque pas, malgré la grande fatigue qu'il ressentait soudain.

-« Je savais que je pouvais la perdre. Je lui ai demandé de me suivre, Lily, mais elle n'a pas voulu. Elle était là, dans mes bras, et elle m'a annoncé qu'elle ne me suivrait pas. Je n'étais pas d'accord, je savais qu'elle risquait sa vie. Que je laissais Remedios seule face à un Voldemort qui ne tarderait pas à comprendre quel rôle elle avait joué dans tout ça.

-Ce n'est pas toi qui a tué Listerdale. » Dit James, sur le seuil de la porte, qui les rejoignait.

-« Je sais bien. Mais aujourd'hui, elle est morte. Si vous saviez comme... »

Les mots lui manquaient.

-« Tu te souviens de ce que tu m'as dit à l'Ordre, lorsque Voldemort était parti ? » Demanda Lily. « Tu m'as dit que tu étais mort aussi... Avec elle, je veux dire... C'est réellement ce que tu penses ?

-Oui. »

-« Je suis mort avec elle. Exactement au moment où Voldemort nous a dit qu'il 's'était occupée d'elle'. Ou du moins une partie de moi est morte avec elle. Parce qu'après tout, je suis là. J'ai eu beaucoup plus de chance que Clare Dame ou que tous les autres. Mais je ne sais pas, c'est comme s'il n'y avait que du vide dans ma tête, dans tout mon corps. Je ressens tout comme s'il n'y avait plus d'intérêt à rien. »

-« Je crois que je n'arrive pas à réaliser. Je n'arrive pas à y croire. Elle est toujours là. Parfois, je la sens dans ma tête, comme si elle lisait mes pensées, comme si je la sentais penser à moi. Quand je me rappelle des paroles de Voldemort, tout s'écroule et je tombe encore plus bas. Je suis fou amoureux d'elle. Si on m'avait dit un jour... Mais je l'aime tellement. C'était déjà insupportable avant. Mais maintenant qu'elle n'est plus là, c'est invivable. Je ne pourrai pas vivre sans elle. »

-« Ca fait un peu mélodrame dit comme ça, non ? C'est que vous ne la connaissez pas comme moi je la connais, Remedios Listerdale. »

En prononçant son nom, des larmes lui montèrent aux yeux.

-« Elle est méprisante, elle est compréhensive, elle est drôle, elle est froidement belle... Elle est élégante jusque dans chacun de ses mouvements. Et puis... Je ne sais pas... Elle a tout qui fait que quand je pense à elle, je ne pense qu'à elle, quand je la vois, je ne vois qu'elle, quand je l'écoute, je n'écoute qu'elle. Il n'y a qu'elle. Et aujourd'hui, il n'y a plus rien.

-Il y a nous, Sirius. » Dit Remus qui venait d'entrer dans la pièce.

-Oui, il y a vous. Heureusement. »

-« Il y a vous, et il y a Voldemort. Je ne peux pas le laisser gagner. Je ne peux pas faire comme si la mort de nos amis et celle de Remedios n'avait servie à rien. Une partie de moi est morte, mais l'autre commence sérieusement à se mettre en colère. Il n'aura pas réussi à tout détruire ».

-«Meme, je t'aime tellement. » Dit-il enfin pour lui-même.

-« Je ne sais pas ce que je peux faire...

-Il n'y a rien à faire, James. »

Cette courte conversation changea l'ambiance de la maison. C'était comme si en quelques minutes, une sorte d'abcès avait crevé. Ils savaient à peu près ce que chacun pensait. Et cela allégea l'ambiance. Ils n'hésitaient plus, désormais, à se parler, à échafauder des plans et à attendre patiemment des nouvelles de Voldemort ou de Dumbledore.

Ce n'est que deux jours plus tard, alors que James élaborait un plan d'attaque du Palais armé de seules poêles à frire, que la montre qui les reliait à l'Ordre se remit, comme par magie, en fonctionnement.

On entendit alors un long hurlement dans la maison. Ce n'était pas franchement de la joie, mais ils ressentaient un intense soulagement à savoir que l'Ordre n'était pas définitivement et intégralement enterré.

Les habitants de la maison entrèrent alors dans une frénésie, bien que ne touchant pas même de loin Sirius Black, en vue de préparer cette si attendue réunion. Lily entreprit de faire une revue de presse des petites informations qui avait pu transparaître dans la presse. James envisageait sérieusement cette idée de poêles à frire, aidé d'un Remus qui contrôlait la faisabilité du projet. Peter, quant à lui, encore plus angoissé qu'il ne l'avait été jusque là, coupait à qui mieux mieux les roses fanées de la véranda.

Le matin même, les jeunes gens fébriles, passèrent un petit déjeuner comme ils n'en avaient pas eu depuis longtemps.

-« Rem' arrête de chacaliser les biscottes. Passe m'en un peu.

-C'est que c'est bientôt la pleine lune. » S'excusa Lupin.

-« Tu parles, en sept ans de vie commune, j'ai bien remarqué que tu piquais les biscottes à tout moment. » Lança James qui parlait apparemment de choses vécues.

-« Vous pensez qu'on va parler de quoi dans la réunion de ce soir ? » Demanda Sirius. Pour une fois qu'il ouvrait la bouche, tout le monde voulut lui répondre.

-« Des pertes subies par l'Ordre.

-De Voldemort.

-Des Mangemorts.

-De l'avenir de l'Ordre, aussi non ?

-Qui sait ? On verra bien. J'espère juste que ça ne sera pas trop dur.

-Je pense que t'en demandes trop, là. » Répliqua Lily en ouvrant la Gazette du Sorcier.

Les autres ne remarquèrent pas la surprise de Lily. Sauf Sirius.

-« Qu'est-ce qu'il y a dans le journal ? C'est grave ? »

Tous se retournèrent instantanément vers la jeune fille.

-« Euh... Je... Sirius, ce sont...

-Oui, quoi ?

-Ta mère et... Et ton frère...

-Demeter, Regulus ?

-Ils sont dans la rubrique 'carnet'. Ils sont...

-Morts ?

-Oui. »

Sirius prit le journal que lui tendait Lily.

Une petite colonne dans la Gazette faisait en effet un petit compte rendu des obsèques de la mère et du fils. Elles avaient eu lieu près du square Grimmaud, là où était déjà Gaderon. On apprenait pas grand chose sur les circonstances de la mort, si ce n'est qu'elle était intervenue « dans le cadre du juste combat qu'ils avaient embrassé ». Autrement dit, ils étaient morts en tant que Mangemorts. Et la coïncidence des dates laissait présager qu'ils étaient tombés à la Serna, lors de son attaque.

Sirius lâcha le journal que les autres ramassèrent pour le lire. Il pensa immédiatement à Remedios. Il avait en fin de compte beaucoup parlé avec elle de ses parents. Il ressentit un énorme manque. Puis il croisa le regard inquiet de ses amis.

-« Ca va. »

Et il était sincère.

Ses amis poussèrent un soupir de soulagement. On demanda à Sirius s'il voulait se rendre sur leur tombe. Il répondit que d'une, c'était trop dangereux, et que de deux, il leur en voulait encore beaucoup trop pour faire cette démarche.

Cette journée-là, contrairement aux autres, fut très occupée. Il s'agissait de préparer au mieux la réunion du soir et chacun, même Sirius, qui finit par se faire entraîner par ses amis, s'y concentra.

Le soir arriva rapidement. La montre leur envoya le lieu de rendez-vous et ils y transplanèrent aussitôt.

Ils arrivèrent devant un immeuble décrépi, quelque part dans une grande ville qui ne ressemblait pas à Londres. Ils suivirent les balises magiques jusqu'au troisième étage, frappèrent le nombre de coups convenus à la porte et entrèrent après avoir délivré le mot de passe au graffiti du couloir.

La pièce était assez petite. Une grande table, recouverte d'une toile cirée kitch, prenait quasiment toute la surface vide. Autour, des choses avaient été installées.

Sirius reconnut, lorsqu'il entra dans l'appartement, le jeune Londubat, Kingsley, et la jeune femme qui avaient été otages avec Lily. Il y avait deux ou trois autres personnes qu'il reconnaissait pour les avoir déjà vues, mais dont il ne connaissait pas les noms. McGonagall et Dumbledore arrivèrent peu de temps après.

-« Je vois que tout le monde est là. Nous allons pouvoir commencer. » Annonça le Directeur.

Commença tout le monde est là ? Pensa Sirius. Mais nous sommes qu'une petite dizaine. Ce n'est pas possible...

-« Monsieur Black ? Vous ne vous asseyez pas ? » Demanda McGonagall.

Il s'exécuta aussitôt. La salle de réunion de l'Ordre avait bien changé. Et le nombre des membres aussi.

-« Bien. » Commença Dumbledore. « J'imagine que vous vous doutez que les nouvelles ne sont pas bonnes. »

Un silence consterné l'accueillit.

-« Nous déplorons en effet de lourdes pertes : la quasi totalité des membres de l'Ordre sont aujourd'hui décédés ou suivis à Sainte Mangouste dans des états parfois très préoccupants. J'imagine que vous savez tous ce qu'il s'est passé ? »

Il lança un regard circulaire autour de la table et reprit.

-« Nous avons donc été trahi. Meredith Funk, que Voldemort utilisait depuis quelques temps, a délivré tous les détails nécessaires. J'ai eu dernièrement confirmation que Meredith était placée régulièrement sous Imperium. Probablement, Voldemort a du utiliser aussi un certain nombre de sorts d'« Oubliettes » sur elle pour qu'elle ne se trahisse pas. »

Sirius remarqua qu'à chaque fois que Dumbledore prononçait le nom du Mage, certains tressautaient, comme effrayés par la seule entente du nom. S'il avait fini par l'admettre venant de profanes, il trouvait cette peur irraisonnée très inquiétante chez les membres de l'Ordre.

-« Nous aurions dû être beaucoup plus vigilant sur sa sécurité. Elle n'avait pourtant pas beaucoup de liberté, mais c'était déjà trop dangereux pour elle. Nous avons aussi appris la mort du jeune Alvin. Voldemort l'aurait tué lui-même le soir de l'attaque de la Serna. »

Sirius repensa à ce petit monsieur qu'il aimait beaucoup, sans le connaître vraiment bien. Il n'avait rien demandé à personne, mais il était le dernier descendant de la famille Moldue de Voldemort. Autrement dit, il était condamné dès la naissance à une mort violente.

-« Comme je vous disais, l'Ordre a subi de nombreuses pertes humaines. Des membres de l'Ordre de la première heure ont trouvé la mort. Certains de mes jeunes étudiants de Poudlard aussi. Pour éviter toute manifestation de magie provocante ou dangereuse propre à notre ennemi Voldemort – je pense qu'on se souvient tous de l'enterrement de Monsieur et Madame Potter –, aucune grande cérémonie ne sera organisée. Ils seront enterrés par leur famille et leurs proches dans la plus stricte intimité. Je vous demanderai donc de ne pas vous y déplacer. »

Il se tourna vers les Maraudeurs pour ajouter :

-« Je dois vous dire aussi que Lena Langrova, George Bastold, Tristan Spencer et Farfadelle Dentry, on été admis à Sainte Mangouste. Même chose pour eux, je vous demanderais de ne pas vous rendre là-bas. Nous nous relayons avec Kingsley pour sécuriser au mieux le lieu, mais il serait particulièrement dangereux pour vous et pour eux de vous y rendre. »

Sirius se sentit soudainement extraordinaire soulagé. Certains avaient survécu. Il pensa aussi à ceux qui n'avaient pas été cités et qui avait donc trouvé la mort. Il pensa à Clare, qu'il aimait beaucoup. A son inséparable ami de Poufsouffle Denis. Il pensa aussi à Victoria, Matheo, Zachary, et Jordan pourtant digne hériter de l'idéologie et l'activisme maraudien. Il était profondément triste.

-« Bien évidemment, nous ne pourrons plus utiliser la maison qui nous servait de lieu de réunion. Elle a été totalement détruite par Voldemort et ses Mangemorts et serait de toute façon bien trop dangereuse pour nous. Pour le moment, nous changerons de lieu de rencontres à chaque fois. Par exemple aujourd'hui, ce sont Monsieur et Madame Ford qui, partis en vacances, nous laissent, à leur insu, l'usage de leur petit appartement. »

Sirius pensa quelques instants à ses pauvres Moldus chez qui on entrait sans prévenir, et chez qui en plus, on s'installait pour la soirée.

-« J'en arrive enfin à l'affaire qui nous préoccupe aujourd'hui. Minerva, vous voulez poursuivre ?

-Bien sûr, Albus. » Répondit McGonagall. « Comme on peut s'en rendre compte aujourd'hui, l'Ordre est, question effectif, réduite à l'état de peau de chagrin. Nous ne sommes en effet plus qu'une petite vingtaine. Albus Dumbledore m'a parlé en début de semaine de dissoudre ce qui restait de l'Ordre. »

Sirius sentit une bouffée de rage contre le Directeur monter en lui à cet instant.

-« J'ai insisté pour que l'Ordre survive à cette attaque. Nous sommes peu nombreux, c'est une réalité. Surtout que nous savons que nous ne pourrons probablement plus demander aux agents dormants de se joindre à nous. Cependant, je suis persuadée que l'Ordre peut toujours être utile, et je pense, Albus, que quoique vous m'en ayez dit, vous en êtes tout autant, sinon plus, persuadé que moi. »

Albus eut un petit sourire pour sa collègue et néanmoins amie. Il montrait ainsi sans le dire qu'elle n'avait probablement pas tout à fait tort.

-« Je pense que l'Ordre est utile déjà pour que l'information de ce qui se passe sous l'autorité de Vous-Savez-Qui soit diffusée. »

Voilà que McGonagall elle-même s'y mettait.

-« Nous devons savoir, dans les détails, ce qui arrive. Et une organisation telle que l'Ordre nous permet de récolter beaucoup d'informations. Individuellement, cette mission, pourtant essentielle, me paraît compromise. Par ailleurs, je pense que l'Ordre est aussi utile sur des missions ponctuelles. Nous ne sommes pas nombreux, mais nous sommes suffisants pour intimider les Mangemorts. Je crois qu'il est important que Vous-Savez-Qui sache qu'il n'a pas gagné, que nous, nous existons toujours et que nous ne sommes toujours pas d'accord avec lui. »

Sirius était d'accord. Il était cependant un peu déçu que McGonagall ne parle pas de revanche prompte, généralisée et efficace contre Voldemort.

-« Maintenant, je ne sais pas ce qu'il en est pour vous. Il est bien certain que l'Ordre ne survivra que si une majorité se détache parmi nous. Peut-être avez-vous des objections à formuler avant que nous passions au vote ? »

Sirius jeta un coup d'œil à ses amis. Ils avaient tous l'air fermement prêt pour le vote.

-« Je crois que vous avez tout à fait raison, Professeur. » Intervient Remus. « Nous nous devons de continuer le combat, ne serait-ce que parce que nous décevrions ceux qui sont déjà tombés pour cette cause. Nous nous devons à la survie de l'Ordre.

-Pourtant nous avons encore le choix, Monsieur Lupin. » Lui répondit Dumbledore. « Il n'est pas trop tard pour tenter de stopper les dégâts.

-C'est si nous stoppons tout maintenant que les dégâts seront importants. » Répliqua la jeune femme. « Nous devons continuer à sécuriser, à protéger. Si nous le faisons pas, combien y aura-t-il de morts ? »

-« Il y en a déjà eu beaucoup trop. » Répliqua le Directeur.

-« Justement. » Dit le jeune Londubat.

-« Jamais je n'abandonnerai. » Dit simplement Sirius.

Un silence s'en suivit où tout le monde eut l'impression que tout était dit.

-« Bien, nous allons donc procéder au vote. » Prévint McGonagall. « Qui est pour que l'Ordre du Phénix continue ses activités ? »

D'un bloc toutes les personnes présentes levèrent la main. Tous sauf Dumbledore. Qui ne leva sa main que quelques instants plus tard.

-« A l'unanimité des votants, l'Ordre continuera ses activités. Même s'il est probable que son mode de fonctionnement changera beaucoup à partir de maintenant. »

Tous se levaient de table quand Peter posa une question.

-« Monsieur ? Resterez-vous Directeur de Poudlard ?

-Plus que jamais. Je pense qu'à partir de l'année prochaine, Voldemort récupèrera Monsieur Thornford pour ses petites affaires et que Minerva pourra reprendre sa place auprès de moi. Je pense que malgré tout ce que Voldemort peut dire ou faire, il garde un très grand respect pour l'institution de Poudlard. Il n'ose, du moins pour le moment, trop s'y attaquer. Et de toute façon, quoi qu'il arrive, jusqu'à ma mort, je ne quitterai jamais Poudlard. »

Ses paroles rassurèrent Sirius encore plus que tout ce qu'il avait entendu jusqu'à maintenant.

Déjà, les membres de l'Ordre se levaient et formaient de petits groupes où ça discutait de magie, de Gazette du Sorciers ou de nouvelles toutes fraîches sur l'état des Mangemorts.

C'est alors que Sirius vit Dumbledore s'approcher de lui.

-« Monsieur Black ? Pourriez-vous me suivre ? »

Le dénommé monsieur Black se revit quelques mois plus tôt, à Poudlard, lorsqu'il avait été pris une fois de plus la main dans le sac, à lancer on ne sait quel sort blague à un Serpentard. Il suivit néanmoins sans broncher son ancien Directeur dans le couloir.

-« J'ai appris le décès de votre mère et de Regulus. Croyez bien que j'en suis désolé. »

Sirius eut envie de lui dire que lui n'était pas si désolé que ça, même si ça lui faisait une impression très étrange d'être devenu orphelin.

-« Je ne voudrais donc pas trop insister, mais il faut que je vous parle de quelque chose. Maître Smith, du cabinet Smith, Smith & Smith, le Gobelin, m'a contacté en vue de vous remettre votre héritage.

-Quel héritage ? Ca fait des années que mes parents m'ont déshérités.

-Vos parents, oui. Mais pas votre oncle. Il vous lègue la totalité de ses biens. »

Sirius se souvint de cet oncle un peu loufoque qu'il avait toujours beaucoup aimé. C'était bien le seul, mise à part sa cousine qui avait fait une mésalliance, qu'il aimait chez les Blacks.

-« Vous recevrez donc une somme important que Maître Smith pourra vous aider à gérer. Par ailleurs, vous héritez de votre maison de famille.

-Ma maison de famille ?

-Le 12 square Grimmaurd. Comme vous le savez peut-être, autant vos parents pouvaient vous déshériter de tout argent, autant il était impossible pour eux de vous déposséder d'une maison dont vous êtes le dernier représentant. L'elfe de maison, comme la maison, ne peut vous obéir qu'à vous. Vous en êtes donc aujourd'hui l'exclusif propriétaire. »

Dire que Black était surpris aurait été un euphémisme.

-« Je ne saurais toutefois que vous incitez, si vous décidez de vous installer là-bas à renforcer la protection de cette maison bien que je sache que la paranoïa de Gaderon en ait déjà fait un fort blindé. Voilà, c'est à peu près tout, vous avez des questions à ce propos ? »

Sirius n'avait pas de questions. Il était encore trop étonné pour ça. Il n'avait jamais pensé à ce que serait sa vie après Poudlard. Pourtant, il était bien évident qu'il ne pourrait pas vivre au crochet de James toute sa vie. Alors même si le 12 square Grimmaurd était peut-être le dernier endroit du monde dans lequel il aimerait vivre, il ne pouvait nier le fait qu'il lui serait peut-être utile plus tard.

Dans la soirée, les Maraudeurs l'avaient rejoint. Ils transplanèrent vers le maison de James, où ils s'affalèrent, comme un seul homme, sur le canapé du salon.

-« Alors, Sirius, tu vas aller vivre chez tes parents ? » Demanda Peter qui venait d'apprendre la nouvelle.

-« Je ne sais pas. J'irais peut-être y faire un tour un de ces quatre, mais je crois que je préférerais aller ailleurs. Au début en tout cas. Ou alors, je demande à refaire ma septième année à Poudlard. Finalement, on en a dit beaucoup de mal mais c'était pas si mal Poudlard.

-A qui le dis-tu... » Soupira Remus.

-« Et... Vous pensez quoi de Godric Hollows ? » Demanda James.

-« Godric Hollows ? Le bled de sorciers ? Pourquoi ?

-Hé bien, disons qu'avec James on en a parlé... » Répondit Lily.

-« ... Et on aimerait bien aller s'y installer. Jamais je ne pourrais continuer à vivre ici. Alors on a pensé qu'à Godric...

-Mmmoui. C'est joli par là-bas. On viendra passer des vacances chez vous.

-Parce que vous ne venez pas habiter avec nous ? » Demanda James faussement surpris.

-« Tu sais, mon chéri, » répliqua Sirius, « je crois qu'il est temps de couper le cordon entre nous.

-Quoi ?

-James, mon grand, sois fort. Mais nous vieillissons, et tu as Lily, nous ne pouvons pas continuer à vivre ensemble.

-Oh non, Sirius. Je t'en prie, ne me quitte pas.

-Je sais bien que tout peut s'oublier, mais je crois qu'il est temps. »

Les cinq jeunes gens partirent ensemble dans un grand fou rire. C'était la première fois qu'ils riaient depuis bien longtemps. Et c'était fou le bien que ça pouvait faire.

-« Je voulais juste vous demander... Si vous êtes d'accord je veux dire... Si vous pouviez. » Commença, hésitant, Black.

-Je n'ai aucune idée de ce que tu vas dire Sirius, mais c'est déjà ok pour moi.

-Si on pouvait ne plus jamais parler de Remedios Listerdale. »

Un ange ou deux passèrent.

-« Tu es sûr que c'est ce que tu veux ?

-Je ne pourrais pas m'empêcher d'y penser, mais je ne veux pas avoir à en parler.

-D'accord, Sirius. Tout ce que tu veux. Mais n'hésite pas à changer d'avis.

-Ok, James. »

Ils allaient se lever pour partir se coucher. Ils avaient compris qu'à partir de cette soirée, rien ne serait plus comme avant. Ils étaient devenus adultes et ils mèneraient une vie d'adulte entre vie professionnelle, vie conjugale pour certains, et lutte contre Voldemort.

Quelques instants plus tard, dans le couloir qui séparait la chambre de James à celle de Sirius, ils se croisèrent tous les deux sur la route du balcon du premier étage.

-« Dis dont, Sirius.

-Avec Lily, à propos de Godric Hollows, on a pensé qu'il serait plus sûr, peut-être plus tard, de choisir un Gardien du secret. Alors, je sais pas, mais est-ce que tu accepterais de...

-D'être votre gardien du secret ?

-Pas maintenant, hein. Plus tard, on ne sait jamais.

-Tu sais que ça serait très volontiers, James. Mais ne serait-il pas plus sûr de choisir quelqu'un de moins attendu que moi ?

-Quelqu'un à qui on s'attend moins, mais en qui j'ai autant confiance...

-Que penses-tu de Peter ? »

Et la boucle est bouclée...

C'est la fin ? Pas tout à fait...