Tu es là, debout à l'écart des autres fondus. Tu es dans un état épouvantable. Lentement, je m'approche de toi. Tu me fixes d'un air sauvage. Dans ton regard, je vois de la folie. Si tu savais à quel point ça me fait souffrir...je me rappelle encore quand l'homme-rat a annoncé que tu n'étais pas immunisé. La douleur m'a fait plié en deux. Alors que toi, tu ne désespérais pas et tu restais debout, à me dire que ce n'est pas grave, que de toute façon tu savais que tu finirais fou. Je déglutis difficilement avant de te dire :

"Hé, Newt. C'est moi, Thomas. Tu te souviens de moi ?"

Et si tu ne te souviens pas de moi ? Soudainement, je vois dans tes yeux que tu es lucide. Tu me reconnais.

"Oh oui, Tommy, je me souviens. Tu es passé me voir à l'Hôtel des Fondus, histoire de remuer le couteau dans la plaie. Je n'ai quand même pas complètement perdu la boule."

Les larmes me montent aux yeux et j'ai du mal à les retenir de couler. Ce ton de reproche dans ta voix me fait mal. Très mal.

"Alors, qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi es-tu avec...eux ?"

Pourquoi n'es-tu pas avec moi, plutôt qu'avec ces fous ?

Tu jettes un coup d'oeil vers les fondus, occupés avec les poubelles, puis tu te retournes vers moi.

"Ça va, ça vient, mec. Je ne saurai pas l'expliquer. Par moments, je n'arrive plus à me contrôler et j'ai à peine conscience de ce que je fais. Mais la plupart du temps, c'est plutôt une sorte de démangeaison dans le cerveau, juste ce qu'il faut pour m'embrouiller les idées et me foutre en rogne.

-Tu as l'air d'aller bien, là.

-Oui, si on veut... La seule raison pour laquelle je traîne avec ces tarés de l'Hôtel, c'est que je ne sais pas quoi faire d'autre. Ils se battent sans arrêt, mais ils forment quand même un groupe. Alors que tout seul, je n'aurais aucune chance. "

Je te supplie de venir avec moi. Je te dis qu'on t'emmenera en lieu sûr et j'ai presque envie d'y croire. Mais tu t'esclaffes.

"Tire-toi d'ici, Tommy. Dégage. "

Avant, quand tu m'appelais de cette façon, tu le disais avec douceur, tendresse. Maintenant, j'ai presque l'impression que tu m'agresses. Je te supplie encore mais tu t'énerves. Ton visage se durcit et tu me craches :

"Va te faire voir, enfoiré de lâcheur ! Tu n'as pas lu mon mot ? Tu ne pouvais pas faire ça pour moi ? Il a fallu que tu joues les héros, comme toujours. Je te déteste ! Je t'ai toujours détesté !"

Ma gorge se noue, j'ai envie de pleurer. J'espère que tu ne le penses pas vraiment, qu'au fond de toi tu ne me détestes pas. Mais toute la haine que je ressens dans ta voix me persuade que tu ne m'as jamais aimé. J'empêche avec peine mes larmes de couler et je dis, la voix cassée :

"Newt..."

Prononcer ton prénom me fait du mal. Comme si je n'en avais pas le droit, parce que tu me détestes...

"Tout ça, c'est ta faute ! Tu aurais pu tout arrêter après la mort des premiers Créateurs. Tu aurais pu trouver un moyen. Mais non ! Tu as voulu absolument continuer, sauver le monde, être un héros. C'est pour ça que tu as débarqué dans le Labyrinthe. Tu n'as jamais pensé qu'à toi. Admets-le ! Il faut toujours que tu sois sur le devant de la scène, que tous les regards soient braqués sur toi ! On aurait dû te balancer au fond de la Boîte !"

Je m'en veux déjà assez pour avoir travaillé pour le WICKED, mais te l'entendre dire rend la chose encore plus horrible. J'ai tellement envie de te dire que le seul regard que je veux sur moi, c'est le tien, mais Lawrence m'interrompe.

"Je vais le descendre ! Écarte-toi !"

Je me retourne vers lui.

"Non ! C'est entre lui et moi. Ne vous en mêlez pas !"

Puis je me retourne vers toi et j'essaye de te parler le plus doucement possible :

"Newt, arrête. Écoute-moi. Je sais que tu as encore ta tête, au fond. Suffisamment pour m'entendre.

-Je te hais, Tommy !"

Tu commences à me faire peur, je recule de quelques pas. Tu n'es plus très loin de moi et je sais qu'à cause de la Braise, tu serais capable de me tuer. J'espère de tout mon coeur que ce que tu dis est faux, que réellement tu ne me hais pas. Mon coeur bat fort dans ma poitrine, tellement fort que j'en ai mal, ça me donne envie de vomir. Newt, si tu savais ce que je ressens pour toi...alors que toi, tu me détestes...Tu me répètes encore que tu me hais, plusieurs fois, et je me rends compte que mes larmes ont coulés.

"Après tout ce que j'ai fait pour toi, et ce qu'on a traversé ensemble dans ce foutu Labyrinthe, tu n'as pas eu le courage de faire la seule chose que je t'aie jamais demandée ! Je ne veux plus jamais voir ta sale gueule !"

Je continue de battre en retraite. Tes mots me font souffrir, les larmes ne s'arrêtent pas de couler. Je vois à peine ce qui m'entoure. Tout ce que je vois, c'est toi, toi et tes paroles de colère, toi qui me déteste. Toi que j'aime tellement.

"Newt, n'avance plus. Ils vont te tirer dessus. Arrête-toi et écoute-moi ! Monte dans le van, lasse-moi t'attacher. Donne-moi une chance !"

Tout ce que je veux, c'est une chance ! Que tu m'en donnes une ! Je veux que tu restes avec moi, je refuse de te tuer ! J'en suis incapable ! Tu pousses un hurlement et te jettes sur moi. Lawrence a tiré mais il t'a manqué. Je reste figé sur place et tu me plaques au sol. Tu m'immobilises au sol et je m'efforce de respirer, sans bouger.

"Je devrais t'arracher les yeux. Ça t'apprendrait à être aussi débile. Qu'est-ce que tu croyais, hein ? Qu'on allait se tomber dans les bras ? C'est ça ? Qu'on allait s'asseoir et discuter du bon vieux temps au Bloc ?"

J'aurai presque espéré ça ! Que tu te réfugies dans mes bras, qu'on parle calmement.

Terrifié, je secoue la tête. Ma main s'approche de mon pistolet, même si je sais que je ne serai jamais capable de tirer.

"Tu veux savoir pourquoi je boite comme ça, Tommy ? Je te l'ai déjà raconté ? Non, je ne crois pas."

Je te demande ce qui t'es arrivé, j'essaye de gagner du temps. Mes doigts de refermèrent sur la crosse de mon arme. Est-ce que j'arriverai à le sortir et à te tirer dessus ? Non...ça serait mieux que tu me tues. Au moins, je n'aurai pas de remords.

"J'ai voulu me suicider dans le Labyrinthe. J'ai escaladé l'un de ces foutus murs, et une fois à mi-hauteur, j'ai sauté. Alby m'a retrouvé et ramené au Bloc juste avant la fermeture des portes. Je détestais cet endroit, Tommy. J'en ai détesté chaque seconde, tous les jours. Et tout était... ta... faute ! "

Horrifié, je respire difficilement tout en sanglotant. Tu prends ma main qui tient le pistolet et tu colles le canon de l'arme contre ton front.

"Maintenant, il faut payer ! Tue-moi avec que je ne devienne un de ces foutus cannibales ! Tue-moi ! C'est à toi seul que j'avais adressé ma lettre. Alors, fais-le !"

Non. Non, j'en suis incapable. Je t'aime trop pour te tuer ! C'est insupportable de t'entendre me répéter de te tuer, j'essaye de me dégager, mais tu es trop fort pour moi. Tu trembles de tout ton corps, ça me fait peur. Je te répète que je ne peux pas, mais tu insistes.

"Tue-moi, espèce de dégonflé. Fais quelque chose de bien, pour une fois. Abrège mes souffrances. "

Et allez, les larmes coulent de plus belle.

"Newt, on pourrait peut-être...

-Ta gueule ! Ferme-la ! Je te faisais confiance. Alors, vas-y !

-Je ne peux pas.

-Fais-le !

-Je ne peux pas !"

Je ne peux pas te tuer ! Je ne peux pas, je ne pourrai jamais ! Je ne peux pas exécuter l'un de mes meilleurs amis...surtout toi !

"Tue-moi, ou c'est moi qui te règle ton compte ! Tue-moi ! Vas-y !

-Newt...

-TUE-MOI !"

D'un coup, ta voix s'adoucit et ton regard s'éclaircit :

"J'en t'en prie, Tommy. Je t'en prie. Fais-le pour moi. "

Tu te penches vers moi et dépose délicatement tes lèvres sur les miennes puis tu redresses et me regarde, suppliant.

Je sais que c'est ton dernier regard envers moi. Et que je ne te reverrai pas. Alors je te dis :

"Je t'aime. "

Tu m'adresses un faible sourire puis murmure :

"Moi aussi. "

J'appuie sur la détente en fermant les yeux. Je sens ton corps s'écrouler à côté de moi. Je me relève, sans ouvrir les yeux ni essuyer mes larmes. Je cours et là seulement, j'ouvre les yeux. Je monte dans le van en larmes, dévoré par le chagrin, l'horreur, la culpabilité. Je tremble comme une feuille. Je t'ai tué, mon dieu, je t'ai tué. J'ai tiré. Je t'ai tué. Tu me l'a demandé, mais peu importe ! Je t'ai tué ! Pourquoi j'ai fais ça ? Toute ma vie je m'en voudrais...Putain...

"Qu'est-ce que j'ai fais ?" je bredouille.

Je ne pense qu'à toi. Je t'ai tué. Je t'ai tué. J'ai appuyé sur la détente.

Je t'aimais et je t'ai tué.

Je fixe le pistolet que je tiens dans la main. Celui avec lequel je t'ai assassiné. Pendant un instant, je pense à mettre fin à ma vie. Sans toi, la vie n'est rien. Mais je me dois de rester en vie pour les autres. Pour Teresa et Brenda, même si je ne pourrai jamais leur donner l'amour qu'elles souhaitent. Pour Minho et pour les autres blocards.

Toujours en larmes, je pose la tête contre la vitre en essayant d'oublier, le coeur meurtri.

Mais l'écho de ta voix résonne encore dans ma tête.