Un long chapitre qui pourrait être frustrant à bien des égards mais il reste encore 2 chapitres^^

bonne lecture!!


La sonnerie du réveil ne retentit qu'à peine une seconde, une main ferme venant s'abattre sur le bouton marche/arrêt. D'ordinaire, il l'aurait fait valser par terre, sauf que là, Tony était resté éveillé une partie de la nuit, le sommeil ne voulait pas venir. Angoisse typique de la reprise? Certainement. Aujourd'hui, il reprenait le travail après huit semaines d'arrêt. Tony se passa une main sur le visage, maugréant sur le fait qu'il aurait dû accepter la prolongation que son médecin voulait lui donner, mais c'était reculer pour mieux sauter. Tôt ou tard il devra reprendre le boulot... Etrange, d'ordinaire, jamais il n'aurait essayer de se dérober, Tony affectionnait trop son travail, d'ailleurs n'avait-il pas anticipé son retour lorsqu'il avait attrapé cette fichue peste? Rester chez lui à ne rien faire le rendait dingue, il préférait mile fois plus l'euphorie que lui procurait son travail. En temps ordinaire, oui.

Après s'être une fois de plus motivé, Tony finit par enfin s'asseoir sur le lit, et comme chaque matin depuis plusieurs semaines, il prit le tube d'anti-douleurs à côté de son réveil et avala un cachet. Puis d'un pas las, légèrement boitillant, il se leva et se planta devant son armoire pour sortir ses vêtements de la journée. Pour une fois, son choix se fit rapidement : un costume noir et une chemise bleue coordonnée d'une cravate de la même couleur feront l'affaire. Le temps que le café coule, le jeune Italien se rendit dans la salle de bain. Le temps passant avait fait ses preuves, chaque matin, il pouvait observer une amélioration. Son visage était presque redevenu comme avant, il ne restait plus que quelques ecchymoses ici et là, presque atténuées.

- « Je ne ressemble plus à Quasimodo au moins. » fit-il pour lui même en se passant une main sur l'ovale de son visage.

A sa sortie de l'hôpital, Tony avait attiré les regards curieux, tous les passants, ses voisins le dévisageant sans la moindre discrétion, certaines personnes osant le questionner pour savoir ce qui lui était arrivé. A chaque question, Tony prenait un malin plaisir à inventer une nouvelle version sans jamais leur donner la véritable, il n'en avait ni le droit ni l'envie.

Bientôt il n'en paraîtra plus.. sauf que la cicatrice sur sa cuisse et celle sur son abdomen, résultat de son opération de l'ablation de la rate, ne cesseraient de lui rappeler cette histoire.

Ces huit semaines avaient un vrai calvaire pour Tony, un temps suffisant pour réfléchir et se demander où ça avait déraper. Aux yeux des autres, il se montrait fort, comme si cet épisode ne l'avait pas ébranlé; la seule personne avec qui il aurait pu se montrer sincère n'avait pas daigné lui rendre visite. Pas une seule fois, même à l'hôpital. Ce n'est pas faute de l'avoir appeler, mais elle n'avait pas répondu à ses appels. Silence radio depuis huit semaines. L'éloignement de Ziva le peinait énormément, c'était certainement la raison pour laquelle il avait mis plus de temps à se remettre de ses blessures. Ne dit-on pas que le moral joue énormément dans le rétablissement?

Pour ne pas attirer la puce à l'oreille des autres, Tony s'était montré discret, ne demandant que rarement des nouvelles de Ziva, espérant secrètement qu'on lui dise pourquoi elle ne venait pas le voir. Mais on ne lui avait jamais répondu clairement, certainement pour le préserver ou car ses amis l'ignoraient également. Pendant un temps il avait pensé à passer directement chez elle, mais courir après les filles n'était pas son genre, et surtout, planté devant la porte il n'aurait pas su quoi dire. Que lui reprochait-elle?

Tony avait songé que la jeune femme lui en voulait de l'avoir entrainer dans toute cette histoire, d'avoir risqué sa peau. Mais la connaissant suffisamment, il avait vite rejeté cette idée en bloc pour ne se focaliser que sur la mort de Lucciano. Elle l'avait abattu alors qu'il venait de se rendre. Bien sûr, il avait protégé ses arrières en alléguant qu'il s'agissait de la légitime défense, bien qu'une balle en plein coeur puisse apparaître disproportionnée, mais ça avait suffit à Gibbs. D'ailleurs, peut être s'en doutait-il un peu, mais pour lui l'affaire était classée. Quoi qu'il en soit, Tony ne comprenait pas l'attitude de Ziva, cette ignorance à son égard comme si elle se fichait de son sort. Il pensait compter plus pour elle...

C'était peut être ça le hic, il comptait bien trop. Tony se souvenait parfaitement de son visage crispé par l'effroi lorsqu'elle l'avait vu ravagé par les coups; il se souvenait parfaitement de la haine dans ses yeux quand Ziva avait face à Lucciano. Il avait eu beau la supplier de ne pas tirer, peine perdue, rien ni personne n'aurait pu lui faire ôter de la tête ce qu'était devenue une obsession pour elle : tuer cet homme à tout prix. Tel qu'un tueur à gage abattant froidement sa victime. Voilà ce que Ziva était redevenue à ce moment là, une tueuse, un titre qu'elle se glorifiait de ne plus porter depuis qu'elle travaillait au ncis. Le fond du problème se trouvait certainement là, elle avait peur que ses émotions interagissent dans le travail, de ne plus être un bon agent car sa peur de perdre l'être aimé pourrait de nouveau lui faire perdre les pédales. Admirable mais faux. Elle pourrait s'éloigner de lui, faire comme si elle ne l'aimait pas, il est impossible de faire le sourd en n'écoutant pas ce que son coeur cri. Tony le savait par expérience, par deux fois même, l'amour est là, c'est lui qui dicte ses règles. D'ailleurs, si Ziva avait peur que ses émotions se répercutent sur le travail, n'en était-il pas de même pour lui? Sauf qu'on est plus fort à deux, une idée qu'il faudra rentrer dans sa petite tête de caboche, en espérant qu'elle lui laisse le temps de plaider leur cause. Qu'une histoire entre eux n'est pas impossible.

A plusieurs reprises, Tony avait été tenté de rebrousser chemin et de se faire porter pale pour la journée, mais à chaque fois, il se giflait en se disant que ce n'était pas la solution. Seule chose positive: le message que Megan lui avait envoyé sur son téléphone alors qu'il se rendait au travail. Son ancienne amante lui souhaitait bon courage pour la reprise et qu'en cas de besoin, elle sera toujours présente pour lui.

Enfin quelqu'un sur qui je peux compter !

Personne ne sembla surpris en voyant Tony entrer dans le bâtiment, un peu comme si son absence était passée inaperçu aux yeux de tous. Ce n'était pas plus mal, être scruté comme une bête de foire ne l'enchantait guère bien qu'en temps ordinaire il aimait attirer l'attention. Attirer l'attention des gens oui, mais pas la pitié.

Au moment où les portes de l'ascenseur allaient se refermer, une main vint s'immiscer, empêchant leur fermeture. Un demi sourire au coin des lèvres, Gibbs pénétra dans la cabine, sans un mot, lui tournant le dos. Pour la majorité des gens, l'absence d'intérêt de l'ancien marine pour le retour d'un de ses agents aurait pu passer pour du je-m'en-foutisme, mais ça ne choqua pas Tony. Ce n'était pas inhabituel chez Gibbs, c'était sa façon de lui souhaiter la bienvenue.

- « Alors qu'est ce que j'ai manqué patron durant ces huit semaines? »

- « Comme si Abby ne t'avais pas déjà tout raconté »

Tony hocha légèrement de la tête. En effet, pendant tout le temps de son arrêt maladie, la jeune gothique passait chez lui au moins deux, voire trois soirs par semaines afin de s'assurer qu'il ne manquait de rien et pour lui tenir compagnie, lui racontant alors les derniers potins. Abby n'était pas la seule à s'être occupée de lui, Mcgee venait aussi régulièrement chez lui, ainsi que Ducky et Gibbs de temps à autre. C'est d'ailleurs lui qui avait tenu à le ramener de l'hôpital, au grand étonnement de Tony qui s'attendait d'un moment à un autre de recevoir une claque derrière la tête pour lui avoir menti une fois de plus. Mais rien. Il n'avait reçu que la sympathie de son patron. Après tout, Gibbs était bien placé pour comprendre que parfois on a pas forcément envie de parler de son passé, et ce, même aux gens qu'on apprécie énormément, des personnes qu'on considère presque comme sa propre famille. N'avait-il pas garder jalousement secret l'existence de Shannon et de Kelly? Comme le mot l'indique, c'est le passé, on préfère l'oublier plutôt que de le ressasser encore et encore. Bien que pour son cas, Tony avait toujours su qu'un jour ou l'autre cette histoire avec Lucciano viendrait de nouveau lui pourrir la vie, sauf qu'il ne pensait pas autant.

- « Tu es sûr de vouloir reprendre aujourd'hui, tu as une tête de déterré. »

- « Merci, moi aussi je suis content de te revoir, patron. Mais je vais bien, il est temps que je revienne. Que ferais-tu sans moi encore une semaine de plus? »

- « Mcgee et David travailleraient en toute tranquillité. »

L'ascenseur se stoppa, et au moment où les portes s'ouvrirent, Gibbs se retourna un bref instant juste le temps de dire à son agent:

- « Bon retour parmi nous, Dinozzo »

OoO

A chaque ouverture de porte de l'ascenseur, Ziva sursautait, redoutant que ce soit Tony qui arrive. Elle s'était préparée à son retour, elle avait d'ailleurs eu huit semaines, espérant qu'il ne l'anticipe pas, ce qui n'aurait pas été surprenant venant de lui. Mais pour son grand soulagement, il n'était pas revenu plus tôt, certainement car ses blessures ne lui permettaient cet excès de zèle. Pas une seule journée n'était passée sans qu'elle ne requière à Abby des nouvelles de Tony. Comment se portait-il? Avait-il mal? Peut-il se déplacer sans ses béquilles? Un intérêt purement professionnel, il était son partenaire après tout. Bien que la jeune laborantine ait du mal à concevoir que Ziva ne prenne pas de son temps pour se rendre compte par elle même de l'état de Tony, elle lui répondait en toute sincérité, lui parlant des hauts et des bas dans sa guérison. Ziva avait donc pu suivre pas à pas le rétablissement de l'italien sans qu'elle n'ait besoin d'aller le voir ou de lui téléphoner. Elle se sentait honteuse, pour qui la prenait-on? Pour une personne sans coeur, se fichant du sort de son partenaire et incapable de trouver une minute pour lui rendre visite.

C'était tout le contraire en réalité. Entendre Abby parler des coups de déprime de Tony lui fendait le coeur, car elle savait être en partie responsable. Combien de fois n'avait-elle pas décroché le téléphone sans jamais composer le numéro? Combien de fois n'avait-elle pas fait le pied de gru devant son immeuble sans jamais monter?

C'était mieux ainsi.

Sauf que l'éloignement n'avait pas eu le mérite d'étouffer ses sentiments pour lui, au contraire, elle ne cessait de penser à lui. Tony peuplait ses rêves et ses songes. Il faisait parti intégrante de la jeune femme au point qu'elle se sentait seule comme jamais. Il lui manquait terriblement. Finalement, refouler ses sentiments ne serait pas chose aisée, son amour pour cet homme, elle ne l'avait ni recherché ni demandé. Elle devrait donc faire avec, vivre sans que cet amour n'aboutisse car, quel que soit le chemin emprunté, leur relation ne pouvait mener qu'à une impasse, à un dénouement catastrophique pour lui comme pour elle. Un fait imparable. Une présomption irréfragable. De leur histoire il ne pourrait en sortir que de la souffrance et des larmes.

Pourrait-il au moins accepter son refus de poursuivre leur relation? Saurait-il percer en elle le vrai du faux?

Face à l'entêtement de Tony, Ziva savait que le mieux à faire serait de lui mentir en lui disant que ses sentiments pour lui n'étaient rien d'autre qu'une profonde amitié, voire une lien quasi fraternel. Elle avait d'ailleurs tout un discours en tête, préparé avec soin, une brève litanie n'ayant pour but que de lui briser le coeur, une fois de plus. Comme si elle ne lui avait déjà pas fait assez de mal en jouant l'indifférence durant ces dernières semaines...

- « Il te manque aussi? »

La question de Mcgee fit sortir Ziva de ses pensées, elle réalisa alors que son regard dans le vague fixait le bureau vide de Tony.

- « En fait... en fait, je regardais ce magnifique bouquet. »

En sachant que Tony revenait aujourd'hui, Abby avait eu la délicate intention de lui offrir un bouquet de roses noires. Une délicate intention? Il était assez difficile à concevoir que des roses noires puisse symboliser de l'amitié alors que pour la majorité des gens, c'était plutôt un symbole de mort ou d'amour impossible.

- « Oui... c'est touchant » grimaça Mcgee avant de remarquer une carte noire accrochée dans le bouquet.

Piqué par la curiosité, Tim se leva de son fauteuil et fit quelques pas en direction du bureau de Tony pour lire la carte.

- « Je ne ferai pas ça si j'étais toi » lui souffla Ziva.

- « Elle a raison Mcgo, bas les pattes. » s'exclama une voix derrière elle.

A l'entente de cette voix, son thorax se bloqua, comme paralysée, elle ne put se résigner à se lever les yeux sur Tony lorsqu'il entra dans l'open space pour arracher la carte des mains de Mcgee.

- « Désolé.. Tony » bafouilla Mcgee.

- « De quoi? De violer ma vie privée? C'est comme ça qu'on me souhaite la bienvenue?! » fit Tony sur un ton théâtral.

- « Comme si tu ne le faisais pas avec nous » lui rétorqua Tim, outré mais ravi de retrouver l'humour douteux de son ami.