Bonjour, bonsoir & bienvenue !
Je vous avais laissé sur la corde raide dans le dernier chapitre (qui, accessoirement, était le premier. si vous ne l'avez pas lu... vous êtes très bête, malheureusement, je ne peux rien faire pour vous!) Ouiiii, je sais, je suis méchante ! Je vous soulage donc de tout ce stress et vous offre le second chapitre avec un grand sourire. Déjà là, on n'a plus aucune larmes.
Oda détient tout pouvoir sur les personnages. Mais ici, c'est tout de même moi qui les manipule dans l'ombre.
Enjoy ;)
L'Auberge du temps qui passe
~ chapitre second ~
barque
.
Ils se sont éloignés de la baie. La nuit est si noire, les enveloppant de ses ténèbres, qu'ils ont l'impression d'être morts. Mais ils savent bien qu'ils ne le sont pas. Ils ne se sentiraient pas si seuls s'ils l'étaient vraiment. Dans l'obscurité, à l'abri des rochers, ils ne voient rien, ne sentent rien, n'entendent rien. Ils n'entendent rien à part la respiration de l'autre, si proche, si rassurante.
- Zoro, souffle l'archéologue dans le noir.
- Oui ?
- Tu es là…
Ils ne se voient pas, mais ils se ressentent.
- Je suis là. Toi aussi.
- Oui. Moi aussi.
Ils se taisent. Ce sont juste quelques mots, comme une assurance, une présence toujours proche. Ils se connaissent, ils se connaissent bien. Ils savent que, pour l'un comme pour l'autre, les mots n'ont pas beaucoup de valeur. Ils sont assez plats, sans mouvement, parfois même sans émotions. Ce qui a de la valeur pour eux, ce sont les gestes et les expressions. Mais ce soir, seuls dans le noir, ils ressentent le mouvement et l'émotion dans leurs mots. Ils ne peuvent pas fermer les yeux, revivant l'horrible scène sans cesse derrière l'écran de leurs paupières.
- Il faut qu'on parte, souffle Zoro.
Elle lève les yeux au ciel en laissant son épaule échouer contre celle du bretteur.
- Pour aller où ? Et chercher quoi, Zoro ? Nous avons tout perdu... Avons-nous encore nos convictions lorsque les pirates que nous sommes n'ont plus ni navire, ni capitaine, ni drapeau, ni équipage ?
- Nous sommes en vie, Robin. À l'heure actuelle, c'est tout ce qui compte. Et je te jure que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que nous y restions.
- Tu me promets de ne pas mourir ?
- Je le promets. De toute façon, si je meurs, je t'emmène.
Un léger sourire se dessine sur les lèvres de l'archéologue. Elle ferme les yeux et elle bascule lentement dans un sommeil sombre, vide et monotone dans lequel le bretteur ne tarde pas à la rejoindre.
...
Le lendemain matin, le soleil est pâle, morne, absent presque, derrière la nappe de brouillard dont le rocher s'est nimbé. Zoro se lève et s'étire. Il ne fait pas froid, l'air est encore lourd de la quantité de magma déversée la veille. Il secoue la tête pour ne plus y penser. Il regarde Robin qui s'éveille lentement. Ils n'auraient pas été dans une telle situation de désespoir, sans doute l'aurait-il trouvé belle. Elle se lève, chancelant sur ses frêles jambes.
- Ça va ?
- Je ne sais pas trop. Que faisons-nous ?
La question ne trouve pas de réponse. Zoro soupire. Pendant de longues minutes, ils restent debout, silencieux, immobiles, invisibles aux yeux de l'autre, remuant mille pensées à la seconde. Que faire ? Vaste question. Ils n'ont plus rien à faire. Ils ont autant de motivation qu'une branche morte portée par les flots marins. Branche morte. Robin se souvient. Hier, en explorant l'île, elle a vu quelque chose de coincé dans les rochers. Elle tire sur la manche de Zoro et se met en marche. Le bretteur la suit, suivant son ordre muet et respectant son silence.
Ils marchent lentement sur les rochers humides et le sable crissant, murés dans leur mutisme. Ils avancent à petits pas, comme s'ils redoutaient quelque chose, comme s'ils avaient peur de réveiller quelqu'un. Soudain, l'historienne s'arrête et pose son regard sur un morceau de bois coincé dans les rochers. À y regarder de plus près, ce morceau de bois ressemble à la coque d'une barque. Les deux pirates se regardent. Une barque. C'est suffisant pour fuir. Zoro remonte ses manches et entreprend d'escalader la paroi. Elle est striée à de nombreux endroits et donc très facile à grimper. Il arrive auprès de l'embarcation. Il se stabilise et porte ses deux mains au petit navire. En tirant un peu, il remarque que le bois n'est pas pourri et que la barque tient bien le coup. Il lance un regard à Robin qui le comprend d'un coup d'œil. Elle croise les bras sur sa poitrine et aide le bretteur à décoincer la barque. Au bout de longues minutes d'efforts, le navire est libéré et tombe sur le sol sans se fracasser. Zoro redescend, il est en sueur et s'essuie le front du revers de la main. Ils n'auraient pas été dans une telle situation de désespoir, sans doute l'aurait-elle trouvé beau. Il s'étire et déclare :
- Ça tiendra le coup. Au moins jusqu'à ce qu'on trouve une terre habitée.
- Tu crois ?
Il pose son regard d'acier sur elle. Il sait de quoi elle a peur, à cause de son fruit du démon. Le bretteur affirme d'un signe de tête, son œil valide fermement campé au fond des siens. Soudain, un bruissement se fait entendre non loin d'eau. Par réflexe, Zoro sort un sabre, lançant une main en arrière qui vient effleurer la robe de Robin. Il fronce les sourcils, les sens en alerte, furetant dans toutes les directions. Alors, un tout petit crabe sort d'une fissure. Il traine dans une de ses pinces une longue algue sertie de coquillages qui produisent un concert de petits bruissements sur les rochers. Zoro souffle par le nez en rangeant son arme. Fausse alerte. Il empoigne la barque à pleine main, la retourne en la secouant pour la vider d'éventuels habitants indésirables et la tourne à nouveau sur sa quille. Robin fait jaillir des pieds sous l'embarcation et les deux pirates tentent de trouver une issue sur l'extérieur. Ils avancent, toujours dans ce même silence, l'un et l'autre gardant précieusement un œil sur son compère, histoire qu'il ne se perde pas, histoire qu'elle ne flanche pas.
Entre les rochers, ils trouvent un petit chemin naturel, à flanc de falaise, descendant sur une minuscule plage de galet. Ils s'accrochent prudemment à la roche et gagnent la plage en une demi-heure. Le silence planant toujours au-dessus d'eux. Zoro arrive le premier en bas. Dès qu'il a posé ses deux pieds sur les galets, il se retourne et tend les bras pour réceptionner la barque. Quelques mètres plus haut, Robin s'est stabilisée pour faire descendre tranquillement l'embarcation de bois. Une fois qu'elle est assurée que le navire est bien arrivé, elle se laisse glisser. Le bretteur la regarde faire en fronçant les sourcils. Il ne se fait pas de soucis pour elle, elle peut très bien s'en sortir. Simplement, il se dit que s'il la quitte des yeux une seule seconde, tout peut arriver. Lorsqu'elle est près de lui, il lève le bras pour l'aider à sauter. Elle prend sa main et se laisse tomber sur les galets. Ils se regardent. Les yeux de Robin soufflent un merci.
Le bretteur se tourne vers la frêle embarcation. Frêle, c'est le mot. Avec ça, à la moindre tempête, c'est retourné direct. Il pousse un soupir. De toute façon, ont-ils le choix ? Il pousse l'embarcation sur les flots calmes et paisibles de cette matinée étrange. Robin le regarde faire, debout, immobile. Elle ne croit pas à une destinée quelconque, au hasard. Elle pense que le futur n'est dessiné pour personne, et surtout pas pour elle. Pourtant, depuis qu'elle a rencontré son capitaine, elle a tendance à croire en quelque chose de supérieur qui les guiderait vers leurs buts. Elle y a cru, sans aucun doute. Jusqu'à hier où tout est parti en fumée. Et à présent, elle est là, à regarder cette barque fragile en se disant que, s'ils atteignent une île ou un endroit sécurisé avec ça, elle reverrait peut-être ses considérations sur le hasard. Zoro se tourne vers elle
- Allez, on embarque et on se barre de cet endroit maudit…
Robin affirme du chef en s'approchant. Pour le moment, la seule chose à laquelle elle croit, c'est à la force et aux trois sabres de Zoro. Le bretteur saute sur le petit navire qui chancèle sous son poids. Il bat des bras pour garder l'équilibre, perdant légèrement pied. Robin aurait pu rire de cette situation, ses compagnons l'auraient certainement fait. Elle soupire devant la tristesse de ses propres réflexions. Robin approche, Zoro lui tend la main et l'aide à se hisser sur l'embarcation. Ça tangue, l'archéologue croit perdre pied. Elle sent un bras fort la serrer fermement à la taille.
- Je ne te laisserai pas basculer. Quoi qu'il arrive.
Il a prononcé très distinctement les trois derniers mots. Elle souffle.
- Je te fais confiance sur ce point, Zoro. Je te connais. Quand tu as décidé quelque chose, tu ne laisse rien déborder.
Elle s'assied dans la barque. Zoro se penche à la poupe et ramasse une branche morte qui trainait là. Il pousse de toutes ses forces sur le bâton et le navire s'éloigne mollement. Ensuite, Zoro lance la branche sur les galets. Elle les a aidés à fuir, elle n'ira nulle part ailleurs. Il s'assied à son tour et regarde Robin. Ils n'ont ni rame, ni gouvernail, ni voile. Ils n'ont rien pour avancer ou se diriger. Rien que les courants, le vent et l'espoir. Si on peut encore parler d'espoir pour ce voyage qu'ils s'apprêtent à vivre. Ils se laissent porter par la houle, sans savoir où ils vont, sans même vouloir le savoir. Ils se regardent, ils n'ont plus rien qu'une vulgaire barque et le regard de l'autre auquel s'accrocher.
...
Ils tiennent le coup deux jours. Au troisième matin, la soif les tiraille terriblement. Ils ne disent rien mais leurs lèvres gercées et leur manie de saliver sans cesse les trahissent. Ils n'ont pas eu de véritable conversation depuis leur départ, échangeant quelques mots de réconfort qui n'ont, à leurs oreilles, aucune valeur. Ils sont juste là, serrés sur cette barque, écoutant le vent, la mer et leurs ventres criant famine. Ils ne pensent pas aux bons petits plats de leur cuisinier, se serait de la torture. Lorsque l'envie d'y penser devient trop forte, ils se regardent dans le fond des yeux, à se perdre dans des monologues visuels infinis. Puis, ils s'endorment.
Le lendemain matin, Robin ne se réveille pas. Zoro la secoue fortement, passe de l'eau fraiche sur son front, lui crie de s'éveiller. Elle respire toujours, son cœur bat faiblement. Le bretteur jure à voix basse. Et soudain, dans le tumulte de ses pensées remettant en place les milles précieux conseils de leur médecin, il entend une voix. Sa voix.
- Zoro…
- Robin, souffle le bretteur. Ça va ?
- Non, ça ne va plus…
Sa voix est rauque et sifflante. Il se penche sur elle et la protège comme il peut avec son propre corps. Elle est épuisée, elle a faim et soif, elle est au bout. Il la regarde s'accrocher à sa veste, s'accrocher à la vie comme une promesse qu'elle aurait faite elle aussi. Il caresse le haut de son crâne en soufflant que tout va s'arranger. Dans sa tête, il imagine des histoires qu'il pourrait lui raconter. Mais rien ne passe la barrière de ses lèvres. Sa langue est râpeuse, son palais creux, sa gorge sèche. Lui aussi, commence à lâcher prise. Robin perd connaissance le jour suivant alors que Zoro a vaguement conscience que son amie n'est plus dans la même réalité que lui. Il s'accroche à son corps pour la garder à lui, dans sa réalité, dans la vraie vie, et il lutte pour rester éveillé.
Soudain, c'est le drame. Il ne l'avait pas senti venir, il ne l'avait pas vu approcher. Quand il le voit, c'est déjà trop tard. Il y a un navire. Un gros navire. Un de ceux dont la Marine est fière de montrer aux autres. Zoro n'est plus que l'ombre de lui-même, meurtri par la déshydratation et la faim. Mais, il est Roronoa Zoro, le plus grand bretteur du monde. Et, fidèle à son titre, il tire l'une de ses lames, faisant écran devant Robin. Il voit flou, il n'entend plus rien. Il distingue seulement des voix et une vague silhouette qui pourrait lui être familière… ou pas. Il balbutie un :
- Ne vous approchez pas d'elle.
Ça sonne terriblement faux à ses oreilles. Il grimace. Il n'aime pas ce sentiment de faiblesse. Il remarque alors que la silhouette s'approche sur un petit navire ou quelque chose dans le genre. Cette silhouette se dessine plus fortement aux yeux de Zoro. Le bretteur fronce les sourcils, les doigts crispés sur sa lame. Il est obligé de cligner des yeux. Ce chapeau, ce manteau. Cette silhouette ne lui est pas inconnue.
- Mais dans quel état es-tu, Zoro ?!
La voix est étonnée, inquiète, terriblement émue. Et surtout, familière. Zoro se met à sourire en lâchant la prise sur son sabre. Il a reconnu cette silhouette. Et il a une confiance absolue en elle. Lentement, il ferme les yeux et se laisse plonger dans un long sommeil d'inconscience.
NdZ Ah oups ! Je vous laisse encore sur une fin bien mesquine, huhuhu ! Allez, allez, calmez-vous. Et je prends les paris ! Qui est donc cette étrange personne en qui Zoro a une confiance absolue ?! Mmh mmh, elle est rare, la confiance du bretteur... Je vous laisse décanter. Rendez-vous au prochain chapitre !
Et pour les reviews, c'est juste dessous :)
