Bonjour, bonsoir & bienvenue !

Exit Vivi, bonjour la mer ! Aujourd'hui, un chapitre que j'aime particulièrement. Parce qu'on commence à discerner le vrai visage sous le masque de nos deux protagonistes.

Merci à tous, vous êtes des lecteurs exquis ! Je vous adore ! Punaise, nous sommes à 100 reviews, pile ! Holala, ce que je vous aime, bande de zoulous ! Merci beaucouuuup !

Pause réponse aux reviews

Loukarin : Merci pour ta review :) Tu sais, je me demande aussi ce que je ferai après cette fic x) J'aime beaucoup ces moments où Robin refuse de s'éloigner, et inversement. Merci encore et à la prochaine !

Zorobin-pm : Merci pour ta review :) Oui c'est triste au début mais ça va mieux après, non ?

Comme toujours, les personnages ne sont pas de moi, vous le savez pertinemment. Sinon, cette histoire aurait été le pire Arc de One Piece.

Enjoy ;)


~ L'Auberge du temps qui passe ~

~ chapitre vingtième ~

tempête

...

Ils naviguent en silence pendant un jour entier, n'échangeant pas un seul mot, juste des regards à la volée qui ont bien plus de signification que tous les mots du monde. Un œil jeté par-dessus l'épaule pour vérifier l'état du dîner, un regard lancé vite fait pour prévenir que la salle de bain est prise, un échange visuel pour se souhaiter bonne nuit. Pas une seule parole ne vient rompre ce fragile équilibre. Et pendant ce jour entier de silence, chacun de leur côté, Robin et Zoro songent. À rien et à plein de choses à la fois. Ils sont inquiets, anxieux. Ils ne savent pas comment le dire, comment l'exprimer. Mais demain… Demain que feront-ils ?

Après 24 heures de silence radio, leurs réflexions sont interrompues par un immense nuage noir qui monte en quelques secondes au-dessus de leur petit bateau. Ils sentent bien que ce n'est pas bon. Pour la première fois depuis bien longtemps, ils ont l'impression que cette chance qui les poussait jusque là vient de disparaître. En quelques minutes à peine, le ciel devient noir, comme si le soleil s'était couché en plein jour. Les deux pirates ont l'impression d'être perdus, abandonnés, seuls au beau milieu de l'océan. Le vent soudainement se lève, provoquant de grosses vagues qui viennent s'écraser contre la coque du Fantôme de Paille, secouant dangereusement ses occupants. Robin et Zoro n'échangent pas un mot. En cas de tempête comme ça, ils savent quoi faire. Il faut remonter les voiles et surtout garder le cap. Le bretteur grimpe aux cordages pour les resserrer tandis que Robin tient la barre, soutenant son ami de quelques mains. Une vague plus puissante que les autres vient balayer le pont du navire.

Et c'est en voyant l'eau ruisseler sur le plancher de bois que Zoro se dit que quelque chose ne va pas.

Mais il n'a pas le temps de formuler son interrogation. Un éclair zèbre le ciel, aussitôt suivi d'un coup de tonnerre rugissant. D'instinct, le bretteur rentre la tête dans les épaules puis, il lève le nez vers le ciel. Le déluge est instantané. Des trombes d'eau jaillissent des nuages et se déversent sur l'océan grondant, rendant tout humide et glissant. Zoro lance un juron vers le nuage noir et se dépêche de descendre du mât. En cas d'orage, il ne faut jamais rester très longtemps en hauteur.

Zoro retrouve Robin, agrippée à la barre, les phalanges blanchies par l'effort.

- Va te mettre à l'abri, je prends la suite !

L'archéologue laisse la barre à son ami et s'accroche au bastingage pour se remettre d'aplomb. Lorsqu'elle sent ses forces revenir dans les doigts, elle avise une corde sur le pont et la saisit afin de sécuriser toutes les choses qui pourraient passer par-dessus bord. Zoro ne la voit pas faire, pas tout de suite. Il la voit lorsqu'elle glisse sur le bois humide et qu'elle est emportée par un flot d'eau iodée qui la presse contre le mur du bâtiment au centre du navire. Le bretteur se met à hurler :

- Robin !

Il lâche la barre et s'empresse d'aller près de sa camarade.

- Robin, bon sang qu'est-ce que tu fiches là ?!

- Je… sécurisais… les trucs… qui pourraient… finir à l'eau ! souffle la jeune femme.

- Mais bordel, on s'en fout de ça ! C'est rien que des objets sans valeur ! File te mettre à l'intérieur avant que ce ne soit toi qui passe par-dessus bord !

- Je me suis… sécurisée… ajoute Robin en désignant la corde qu'elle a nouée autour de sa taille.

Éclair, tonnerre. Zoro grogne, Robin sursaute en se bouchant les oreilles. Le bretteur pose une main sur la tête de son amie.

- Arrête ces conneries, Robin. Même si tu es attachée, il y a toujours un risque que tu tombes à l'eau. Rentre à l'intérieur et n'y bouge sous aucun prétexte !

- Mais…

- Sous aucun prétexte, j'ai dit ! Je te rejoins dès que la tempête se calme !

- Mais…

L'orage s'intensifie. Zoro attrape Robin par le bras alors qu'une énorme vague vient engloutir le pont en grondant. L'eau de mer est glacée. Le bretteur sent ses pieds se geler sur place. Il ressert sa poigne sur le bras de Robin, sentant la jeune femme partir avec la vague.

Une fois la vague passée, Zoro épaule Robin jusqu'à la porte du bâtiment. Il ouvre et pousse l'archéologue à l'intérieur.

- Tu reste là ! Tu te sèches et tu restes calme, je reviens.

Il va pour fermer la porte mais la voix de Robin l'interpelle :

- Zoro !

Il la regarde. Elle plonge son regard dans le sien.

- Fais attention à toi, Zoro…

Ils ont toujours été d'accord sur le point des paroles inutiles. Cette phrase, prononcée à l'instant même, en est une. Mais, à ce moment précis, Zoro ne l'entend pas comme une phrase inutile. Il entend la détresse, il la voit dans le regard de l'historienne, il la ressent dans chacun de ses muscles. Ce ne sont pas des paroles en l'air, l'inquiétude est réelle. Aussi, Zoro se met à sourire et il répond une phrase toute aussi inutile. Ou du moins, inutile dans certains cas…

- Je serai prudent, Robin.

Il ferme la porte sur un nouveau coup de tonnerre.

À présent, Zoro est seul face aux éléments déchainés. La pluie ruisselle contre ses joues, lui roule dans les yeux et dans la bouche. À chaque vague, la mer semble vouloir entrer par tous les orifices de son visage. Le bateau tangue, sa figure de proue décrivant de grandes lignes verticales. Tantôt la tête en haut, tantôt la tête en bas, le Fantôme de Paille est balloté par les eaux mouvementées du Nouveau Monde. Zoro tient fermement la barre, hurlant au vent et à l'orage qu'il ne craint ni la pluie ni les éclairs. La foudre s'abat sur la mer dans une sublime traînée dorée. Zoro se met à rire, les mains fermement campées sur le bois de la barre. Il est seul pour diriger ce navire jusqu'à un endroit sécurisé. La dernière fois qu'il avait été seul à la barre, il n'avait rien à perdre, à part sa propre vie. Là, Zoro a une peur atroce qui lui tenaille le ventre.

Il n'est pas seul.

À bord du navire dont il tient la barre, il y a la femme qu'il se doit de protéger au péril de sa vie.

Zoro fronce les sourcils. Non, ce n'est pas ça. C'est encore pire. Le bretteur ferme les yeux.

Il n'est pas seul dans cette tempête. À bord du navire dont il tient la barre, il y a la femme qu'il protège et il y a sa dernière promesse.

Restez en vie.

Une énorme vague fait dangereusement tanguer le bateau. Zoro perd l'équilibre, glisse, se fait emporter les flots et se rattrape de justesse au bastingage, les deux pieds dans le vide. À la force des biceps, le bretteur se hisse à bord. Ses fringues lui collent à la peau, l'empêchant de faire certains mouvements. Zoro grogne en retirant d'un coup sec ses deux bottes qui lui enserraient les pieds et il retourne à la barre. En passant par-dessus le bastingage, il a distingué une ligne claire dans la noirceur des nuages. Elle est légèrement à bâbord. Il tire de toutes ses forces sur la barre pour diriger le Fantôme de Paille dans cette direction. L'orage ne cesse sa musique macabre. Zoro serre les mâchoires.

L'orage.

Il sait que Robin est forte, qu'elle a surmonté bien pire que lui. Mais, s'il y a une chose qu'elle aimerait éviter le plus au monde, c'est l'orage.

Robin est seule dans la pièce commune du navire. La vaisselle tinte dangereusement, des choses se baladent dans les placards, la table a valsé contre la porte de la salle de bain et une des chaises a faillit briser une vitre. Robin est seule dans cette pièce sombre. Par les hublots donnant sur l'extérieur, elle ne voit que la pluie qui ruisselle contre le carreau et les nuages noirs amoncelés au-dessus des eaux sombres du Nouveau Monde. L'orage gronde, l'orage tonne, l'orage se déchaîne. Robin a envie de pleurer. Lorsque Zoro l'a laissée, elle s'est adossée contre un mur, dans un coin de la pièce et elle s'est laissée tomber au sol. Là, elle a ramené ses jambes contre sa poitrine et elle a posé la tête sur ses genoux. Depuis, elle n'a pas bougé. Elle se contente d'écouter, de sursauter et d'imaginer n'importe quoi.

Et si une vague avait emportée Zoro loin du navire ?

Et si l'orage avait détruit le mât ?

Et si ? … Et si ?...

Robin a de plus en plus envie de pleurer. Pourtant, aucune larme ne vient mouille ses yeux. Elle a déjà trop pleuré les mois derniers, plus rien de sort. Elle se sent seule, abandonnée. Pourtant, elle sait que Zoro est là. Elle ressent sa présence, quelque part sur le navire. Elle est incapable d'utiliser son fruit du démon, épuisée par les vagues, mais elle est capable de sentir les convictions de Zoro. Ils ont une promesse à tenir, lui plus que personne d'autre. Alors, Robin ferme les yeux et se contente d'attendre que les éléments les lâchent enfin.

Cela doit faire des heures que Zoro lutte contre le vent, la pluie et les vagues. Ou peut-être que ça ne fait que 5 minutes. Le bretteur a perdu toutes notions temporelles, aveuglé par la pluie et l'obscurité. À l'horizon, Zoro guette la ligne claire qui, au fur et à mesure que les minutes passent, ne semble pas se rapprocher. Le bretteur commence à perdre patience. Est-ce que ce microclimat les suit exprès ? Zoro commence à fatiguer, ses bras sont lourds, ses pieds gelés. Il sait qu'il a déjà vécu des situations pires que ça. Mais là, là c'est différent. Il a l'impression que le hasard et la chance qui les avaient conduits jusqu'ici viennent de les lâcher. Zoro se sent abandonné. Et dans les gerbes d'eau et de pluie, Zoro croit voir son capitaine, immobile, muet. Mort.

Où est le Nord ? Où est le Sud ?

Il n'a même pas pris le Log à Robin pour savoir par où il faut aller.

Alors, il s'obstine. Cette ligne claire dans les nuages doit bien mener quelque part.

Oui. C'est certain.

Alors, Zoro redouble d'effort. Il songe à Robin, seule, à l'abri dans le bâtiment.

Est-ce qu'elle s'inquiète pour lui ? La réponse est 'oui' mais il n'en est pas certain.

Luttant contre les éléments, il se pose une question.

Est-ce que lui s'inquiète pour elle ?

La réponse est 'oui'. Il voudrait tellement que ce soit 'non'.

Petit, Zoro s'était juré de ne jamais dépendre de qui que ce soit. Son capitaine était la seule exception à la règle. Il faut dire aussi que, quand il l'avait rencontré, il ne savait pas à quel point ce gars attirait à lui toutes les malchances et les conneries du monde. Bon. Zoro avait donc décrété que son capitaine était la seule personne à laquelle il dépendait. Et encore. Il faut voir. Le bretteur a toujours été libre de ses mouvements et, quand il agissait pour un membre de son équipage, c'était souvent par pur réflexe. Son titre de second n'avait jamais joué en plus ou en moins dans la balance de son libre arbitre. Un camarade était en difficulté ? S'il le pouvait, il intervenait. Réflexe. Il n'avait besoin de personne pour l'aider et si l'un de ses compagnons lui prêtait main forte, c'était juste un réflexe de sa part. Il ne dépendait de personne et personne ne dépendait de lui. C'était aussi simple que ça.

Mais maintenant, il y a Robin. Il n'y a QUE Robin.

Zoro n'a jamais été dépendant d'elle et elle n'a jamais été dépendante de lui. On peut même dire que ces deux là étaient les plus indépendants des pirates au chapeau de paille.

Mais aujourd'hui, tout est différent, Zoro le sait, Robin aussi. Aujourd'hui, Zoro n'imagine pas sa vie sans Robin.

Il est pour lui impensable de se réveiller le matin après son entraînement à la vigie et ne pas sentir l'odeur du café que Robin vient de faire couler. Il est pour lui impensable de sortir de la douche et de ne trouver personne en train de lire dans un des fauteuils de la pièce commune. Il est impensable pour lui de descendre de la vigie le soir pour aller chercher un verre d'eau et de ne pas voir Robin endormie paisiblement dans le grand lit. Il est impensable pour lui de fermer les yeux et de ne pas sentir la présence simple et discrète de Robin.

Avant, sur leur navire, Zoro ne faisait pas attention à Robin. Pourtant, elle était tout le temps là. Discrète, silencieuse. Sur le Fantôme de Paille, désormais, Robin prend toute la place libre de sa présence muette et immanquable.

Toute la place libre. Il n'y a que Robin.

L'orage crache un ridicule éclair et un lointain coup de tonnerre. La tempête se calme. Le vent se fait plus fébrile, les vagues ne viennent plus balayer le pont, se contentant désormais juste de lécher docilement le parquet. Zoro n'a pas perdu de vue la ligne claire. Il la voit même s'agrandir. Alors, il se met à sourire et lâche la barre. Pendant un instant, il ferme les yeux et laisse le navire avancer sans un bruit, attentif au moindre bruissement autour de lui. Puis, il ouvre son œil valide et déclare :

- C'est bon ? Tu tiens tout seul ?

Il n'obtient que le silence pour toute réponse. Mais, il se met à sourire et il se rue sur la porte menant à l'intérieur.

Il ouvre à la volée en criant le prénom de l'archéologue. Il est ruisselant d'eau de mer, pied nu sur le plancher, glacé jusqu'à la moelle mais il est vivant.

- Robin !

Il l'a voit, recroquevillée dans un coin. Il s'approche vivement d'elle. Elle relève la tête au moment où il arrive au-dessus d'elle.

- Zoro, souffle-t-elle dans un maigre sourire.

Le bretteur se laisse aller au sol, enserrant l'archéologue dans ses bras. Dehors, le vent souffle toujours, ballotant le navire et l'écume. Robin sent les bras glacés de Zoro s'écraser contre elle. Mais derrière le froid, elle sent la chaleur du bretteur. Alors, elle délivre ses genoux et enroule ses bras dans la nuque de Zoro, plongeant le nez dans ses cheveux trempés. Zoro la serre plus fortement contre lui, s'autorisant même à tourner la tête pour déposer un baiser sur son front. On pourrait croire qu'il la rassure, qu'il lui dit "je suis là, tout va bien". Non. Il la serre fortement juste pour la sentir contre lui, il embrasse son front juste pour sentir la douceur de sa peau sur ses lèvres. Et Robin se laisse faire, portée par un sentiment de bien être absolu. Ses muscles se détendent, elle s'autorise même à soupirer d'aise. Zoro la sent se détendre. Il la soulève de terre, sans la lâcher. D'un coup de pied, il referme la porte extérieure qui grinçait dans le vide puis, il file à la salle de bain, dégageant la table du plat du pied. Là, il ouvre à fond l'eau chaude et pénètre sous la douche brûlante. Il n'a pas lâchée l'archéologue. Les deux pirates se retrouvent enlacés l'un contre l'autre sous le jet chaud de la douche… et intégralement habillés. Ils ferment les yeux, ils n'ont besoin de rien d'autre.

Ils sont vivants, ils sont bien.

Après, ils sont un peu dans le brouillard. Ils n'ont plus vraiment conscience de ce qu'ils font. Ils quittent leurs vêtements trempés et les troquent contre des serviettes sèches qui essuient l'eau sur leurs peaux réchauffées. Et sans rien ajouter, sans gestes superflus, sans paroles inutiles, les deux pirates se couchent, dans le grand lit de leur Fantôme de Paille.

Et ils s'endorment ainsi. Nus l'un contre l'autre, les cheveux encore humide et les muscles esseulés. Ils s'endorment sans rien dire, sans rien penser.

Ils sont biens.


NdZ Et non ! Pas de lemon pour aujourd'hui, les cocos !On était juste sur une scène d'inquiétude et d'angoisse puissance max ! Et puis, la semaine prochaine, on pensera peut-être à discuter un peu...

Et pour les reviews, c'est juste dessous :)