Bonjour, bonsoir & bienvenue !
Oh le joli chapitre 30 ! Punaise, déjà 30 chapitres de passés... On en a fait de la route ! Bon. Je vous avais laissés devant l'Auberge la semaine dernière. Il est temps de voir ce qui se trouve à l'intérieur et surtout... de voir ce qui se cache derrière ce nom.
Et sachez que si j'avais vraiment été méchante (ce que je ne suis pas, heureusement pour vous) donc si j'avais été méchante, j'aurai fini cette fic ici. Maiiiiiiis... Je voulais vraiment faire la suite alors, bon. Oh et au passage, ce chapitre fait plus de 4000 mots... Accrochez-vous ! Je vous rappelle que le raiting n'est pas M pour rien. Hem. Voilà.
Comme toujours, les personnages ne sont pas de moi, hein.
Enjoy ;)
~ L'Auberge du temps qui passe ~
~ chapitre trentième ~
choix
...
"Auberge du temps qui passe"
Pendant une longue minute, ni Robin ni Zoro ne parlent. Cette enseigne, elle est étrange. Elle leur serre le cœur et en même temps, elle les attire. Ils sont intrigués. Ils ont peur. Quel sentiment étrange que l'indécision. Et puis, ils se regardent. Leurs hésitations s'envolent. Ils ne se posent plus de questions. D'un même mouvement, ils poussent le rideau mité et pénètrent dans le bâtiment.
À première vue, l'Auberge n'en est pas une. Aux murs, des tas d'étagères remplies d'objets divers font ressembler le lieu à un musée. La lumière est basse et une forte odeur de poussière traine dans l'air. Le sol est en parquet qui craque à presque chaque pas. Au fond de l'unique pièce du bâtiment, il y a un autre rideau, dissimulant certainement l'escalier montant à l'étage.
Et juste devant, une chaise en bois.
Et sur cette chaise en bois, un homme.
Assis, immobile, silencieux, les deux yeux comme des fentes, des yeux de serpent.
Un homme les regarde.
Si Robin et Zoro ne montrent aucune expression, ils n'en sont pas moins surpris. Ils échangent un rapide coup d'œil, se demandant si l'homme est bel et bien vivant.
- Je vous attendais.
Les deux fantômes sursautent. La voix sombre, l'accent rude, l'homme semble porter sur lui un énorme poids.
- Je vous attendais, répète-t-il. Bienvenue à l'Auberge du temps qui passe.
Ils esquissent un remerciement du chef. D'un ample mouvement, l'homme se lève. Il s'approche à pas lents qui font à peine grincer les lattes du parquet. Lorsqu'il arrive dans la lumière, les deux anciens pirates l'observent en détail. C'est un homme sans âge, sans ride, mais aux cheveux blancs et à l'allure voûtée. Son visage n'exprime rien et son regard est éteint. Il fixe les deux nouveaux et esquisse un sourire.
- Vous saviez que nous arrivions ? demande Zoro en fronçant les sourcils.
Il effleure ses sabres du bout des doigts, ne sachant pas comment réagir avec cette étrange personne. Est-ce un ennemi ? Robin pose sa main sur son avant-bras, lui interdisant toute menace ou geste malhabile qu'ils pourraient regretter. Elle ose même le froncement de sourcil, lui intimant de rester à l'écart, de ne rien dire qu'elle maîtrise la situation.
Robin pose son regard sur l'homme et demande :
- Qui êtes-vous ?!
- Oh, qui je suis ne vous avancera à rien, Nico Robin. Je suis un homme sans histoire. Les objets autour de vous sont mille fois plus intéressants que moi !
- Je vois. Nous devons également avoir plus d'histoire que vous-même.
L'homme hausse les épaules.
- Je n'en suis pas si sûr. Vous savez, j'ai déjà vécu plusieurs vies alors que vous n'en êtes qu'à votre première.
Surprise, Robin tourne la tête vers Zoro, passionnément occupé à observer un globe terrestre prendre la poussière sur une table.
- D'où vous tenez tout ça, papy ?!
- M'appelle pas comme ça, Roronoa Zoro, j'aime pas qu'on me vieillisse.
- Désolé. Vieille habitude.
- Mouais…Et si tu veux savoir, ce sont des sortes de… souvenirs…
Les deux amis sont étonnés. Zoro arque un sourcil d'incompréhension.
- Euh… Ok. De toute façon, j'suis pas très bibelot. On peut savoir ce que vous faites ici avec vos vieilleries ?!
- Ne parle pas de ces trésors avec autant de désinvolture ! Et qu'est-ce que ça peut te faire que je sois d'ici ou d'ailleurs ?!
- Ça me titille. Et j'ai horreur des trucs qui me titillent.
Tout à coup, Zoro devient sombre. Il porte la main à un sabre sans le sortir de son fourreau et déclare :
- Ça fait un moment qu'on erre, Robin et moi. On a croisé pas mal de monde, toujours en notre faveur. Et là, on arrive sur une île paumée et vide où un seul homme nous annonce de but en blanc qu'il nous attendait. Désolé, mais moi, je trouve ça louche. Pas toi, Robin ?
- Si. Vous cachez forcément quelque chose. Mais quoi ?...
- Pff, on s'en fiche, Robin. Viens, on s'en va. Je crois qu'on n'a plus rien à faire ici.
Surpris de ce retournement de situation, l'homme lève le bras vers eux et s'exclame :
- Attendez !
Les deux se retournent d'un même mouvement. L'homme regrette aussitôt son intervention. Les deux regards noirs qui sont fichés sur lui le mettent mal à l'aise. Mais, il n'a pas le choix. Il doit leur dire.
- Excusez-moi de mon indélicatesse. Puis-je vous servir quelque chose ?! La nuit tombe, vous devriez vous reposer un peu.
Il allume une vieille lampe à huile et invite les deux étrangers à prendre place autour d'une petite table vide, au fond de la pièce. D'abord hésitants, Robin et Zoro n'osent pas s'approcher. Puis, l'historienne se laisse tenter par le mystère de cette demeure et le bretteur la suit, sans rien dire.
Ils auraient pu en décider autrement… Le hasard se joue parfois à peu de chose.
.
La nuit tombe soudainement, comme si le soleil était tombé dans l'océan. L'homme fait chauffer de l'eau dans une théière en inox posée sur un petit feu, au creux d'une étrange cheminée ronde. Robin étudie le système mais ne parvient pas à voir où passe le tuyau de la cheminée. Puis, l'homme prépare du thé et le verse dans les trois tasses ébréchées qu'il avait posées sur la table. Une fois la boisson servie, il repose la théière et s'installe auprès de ses deux invités improvisés.
- Je ne connais pas l'histoire de cette île. Cela fait longtemps que j'y vis et je n'ai jamais percé son secret. En vérité, je ne m'y intéresse plus depuis longtemps…
- Pour quelle raison ? s'indigne Robin. Toutes les histoires sont passionnantes !
- Je n'en doute pas mais, j'étais plus préoccupé par mon état que par celui de l'île.
- Votre état ? interroge Zoro. Vous êtes sûr que vous allez bien ?!
- Écoutez-moi et jugez vous-même…
Il prend une gorgée de thé, inspire profondément et commence à raconter son histoire.
- J'ai fait naufrage ici, il y a longtemps. À l'époque, j'étais antiquaire et je voyageais souvent pour assister à des ventes aux enchères. Je n'aimais pas spécialement acheter mais, j'aimais l'ambiance et l'odeur de ces lieux. Mon navire a coulé alors que je me rendais à l'une d'entre elle et j'ai échoué ici. J'ai d'abord essayé de repartir en me construisant un navire de fortune mais je rencontrais un gros problème.
Il désigne son ventre d'un doigt et déclare :
- J'avais, par inadvertance, mangé un fruit du démon.
- Sur cette île ?
- Oui. Il était dans un arbre sur la plage, beau, attirant. J'avais soif et faim, il fit son travail. Mais il m'empêcha à tout jamais de repartir d'ici. J'étais bloqué.
Zoro a très envie de lui demander quel fruit du démon il a mangé mais, il se retient, buvant son thé du bout des lèvres pour ne pas paraître mal élevé.
- J'ai maudit cette île avant de découvrir mon pouvoir.
Il pose sa main droite sur la table. Elle est gantée. Lentement, l'homme retire le tissu, dévoilant une main fripée et tâchée.
- Alors que je cherchais à manger une banane, le régiment tout entier disparut entre mes doigts tandis qu'au-dessus de moi, le bananier venait subitement de retrouver les fruits que je venais de retirer…
L'homme laisse couler un silence. De sa main nue, il touche sa tasse. Aussitôt, celle-ci se vide. Lorsqu'il la retouche, elle disparaît, reprenant sa place dans le placard.
- J'ai mangé un fruit du démon me permettant de renvoyer des choses dans leur passé.
- C'est assez impressionnant, commente Robin. Et vous pouvez remonter jusqu'à la source de l'objet en question ?
- Ça peut. Mais je n'ai cependant jamais réussit à remonter jusqu'aux matières premières…
Robin a un sifflement admiratif. Zoro, lui, est plutôt perplexe. Son regard passe de l'homme à Robin dans un mouvement lent. Robin semble en pleine réflexion. Son doigt sur ses lèvres, elle a le regard fixe sur un point de la table. Le bretteur pousse un soupir en reposant sa tasse. Aussitôt, l'archéologue sort de sa torpeur. Elle redresse la tête et s'exclame :
- Sacré pouvoir, dis donc ! Très intéressant. Merci pour l'histoire et pour le thé.
Elle se lève et pose son regard sur son compagnon.
- On y va Zoro ?
- J'te suis.
À son tour il se lève. Mais il remarque dans le coin de son regard que le vieux ne semble pas de cet avis. Lentement, les deux naufragés se dirigent vers la porte. La voix de l'homme les stoppe dans leurs intentions.
- Il n'y a pas que des objets que je peux renvoyer dans le passé…
Il laisse planer un silence religieux, scrutant l'expression des deux autres d'un air très sûr de lui. L'archéologue l'avait senti. Il ne leur dit pas tout.
- Pas… que des objets ? interroge Robin.
- Non.
Elle regarde son ami.
- Est-ce que…
- Des êtres humains aussi, oui.
- Mais…
L'homme a enfin toute leur attention. Il s'approche d'eux et semble presque se redresser, comme s'il luttait contre son dos voûté pour paraître plus imposant. Un sourire étrange étire ses lèvres et illumine son regard.
- Et oui. Monsieur, Madame. Avec ces mains, je peux vous renvoyer tous les deux… dans votre propre passé. Offre alléchante, pas vrai ?!
Alléchante, certes. Mais étonnamment, ni Zoro ni Robin ne semblent pour. Comme si l'homme leur cachait quelque chose. D'instinct, ils froncent les sourcils, se mettant en position de défense. L'homme les voit faire et éclate d'un rire bref.
- Vous ne me croyez pas ?
- Si ! s'exclame Zoro. Mais, compte tenu de notre situation, c'est trop beau pour être honnête.
- La méfiance donc.
L'homme soupire.
- Mais, vous avez raison. Mon pouvoir a un petit inconvénient.
L'homme se met à déambuler dans son musée personnel, continuant son histoire.
- Après la découverte de mon pouvoir, j'ai tenté diverses choses. Un jour, c'est en voulant attraper un rat que j'ai découvert la possibilité immense de mon pouvoir. J'ai poussé plus loin, notant précieusement mes observations dans un carnet.
- Et qu'avez-vous trouvé ? demande Robin très intéressée par le sujet. Est-ce que les animaux étaient chamboulés ? S'interrogeaient-ils ? Est-ce qu'ils…
- Ils ne se souvenaient de rien, gronde durement l'homme.
Le silence tombe comme une masse dans la petite pièce. Au dehors, quelques animaux nocturnes se font entendre. Robin et Zoro sont muets comme la mort. Lentement, ils se regardent. Qu'est-ce que cela signifie ?!
- Vous devez comprendre, vous n'êtes pas des idiots. Mais je suis un homme d'honneur, je vous propose à nouveau mon offre.
Il les regarde. Droit dans les yeux, sans équivoque, sans tour de passe-passe. Il les regarde au fond de leurs âmes.
- Souhaitez-vous que je vous renvoie dans votre passé, en sachant que vous perdrez à jamais la mémoire de ce que vous avez vécu jusqu'à maintenant ?
Les deux ne répondent rien pendant quelques instants. Puis, Zoro pose sa main sur l'épaule de Robin et déclare :
- Laissez-nous quelques heures.
- Un jour entier, ça vous va ?!
- La nuit. Ça sera amplement suffisant, réplique Zoro en faisant demi-tour, entraînant Robin avec lui.
Le silence tombe sur la nuit de cette étonnante île et un étrange sentiment plane dans le ciel noir.
...
Robin et Zoro marchent pendant de longues minutes, main dans la main, en silence, écoutant le vent, les criquets, la nuit. Soudain, ils entrent dans un bâtiment imposant. Au hasard. Ils se retrouvent dans un hall sombre et vide. En face de la porte qu'ils viennent de passer, un immense escalier semble leur tendre les bras. Lentement, les deux anciens pirates s'en approchent et commencent à monter les premières marches. L'escalier est recouvert d'une moquette rouge et grimpe sur deux ou trois étages. Une main sur la rambarde, Robin serre fermement les doigts de Zoro qui ne l'ont pas lâchée. Le regard vers le haut, l'archéologue est hypnotisée. Autour d'eux, il y a une légère lumière tamisée venant de nulle part qui les entoure d'une étonnante chaleur. Plus ils grimpent dans les étages, plus ils se sentent étrangement bien.
Arrivés sur le dernier palier, Zoro et Robin se regardent. Un long et puissant regard qui noie leurs cœurs au fond de leurs yeux. Le bretteur se met à rire et approche la main du visage de l'archéologue. Il attire son visage à lui et il embrasse le front de Robin. La jeune femme se laisse faire. Elle aime la sensation des lèvres de l'homme sur sa peau. Elle sourit. Elle est bien. Que souhaite-t-elle de mieux ?
Après cet arrêt, ils reprennent leur avancée. Juste en face de l'escalier, une porte est entrouverte sur une pièce doucement éclairée. Zoro pousse la porte, Robin la referme derrière elle. Dans cette pièce, il n'y a presque rien. Deux fenêtres, sur les murs en face à face, et au centre, un lit. Les draps sentent le propre, ils sont lisses et semblent doux. Il n'y a aucune tête de lit, pas de table de chevet, juste ce lit. Et cette lumière autour qui enserre les deux jeunes gens de ses bras ensommeillés. Les fenêtres n'ont pas de rideau. Zoro s'approche de l'une d'elle. Son regard se pose sur la nuit. Robin, fatiguée, défait le lit et s'y allonge en fermant les yeux. Elle soupire, elle inspire, elle expire. Lorsqu'elle rouvre les yeux, il fait noir autour d'elle.
Robin se redresse sur les coudes et observe son compagnon, en ombre chinoise devant la fenêtre. Au dehors, la lune se lève, lentement, presque pleine mais pas totalement. Robin se souvient. Le jour de la disparition de leurs compagnons, la nuit était totalement noire…
- Zoro, appelle-t-elle doucement. Que fais-tu ?
- Je ne sais pas, Robin. Et toi ?!
- Je t'attends, idiot.
Un sourire malin se dessine sur ses lèvres. Zoro se tourne vers elle et s'approche à petits pas. Lentement, deux petites mains apparaissent aux côtés du bretteur et commencent à défaire les boutons de sa veste. L'homme grogne.
- Robin… Je n'aime pas tes fausses mains.
Il repousse les membres fantômes qui disparaissent dans une pluie de pétales. L'archéologue, alanguie sur le lit, se met à sourire. Lentement, elle se redresse et se met debout, face à Zoro. Elle pose ses deux mains sur son torse et pendant une minute, il ne se passe rien.
Ils sentent leurs souffles, leurs respirations et leurs cœurs, qui battent au même rythme. Ils sont seuls, sur une île quasiment déserte. Ils peuvent se laisser aller, ils le peuvent, ils le savent. Zoro approche son visage de Robin qui capture ses lèvres avec les siennes.
Ils le peuvent, ils le savent.
Ils s'aiment.
Sans cesser leur baiser, ils se déshabillent. Ils apprécient de sentir sous leurs doigts le tissu des vêtements de l'autre. Et sous le tissu, la peau. Celle si douce et parfumée de Robin. Celle si rêche et forte de Zoro.
Lorsqu'il n'y a plus de tissu à retirer, les deux anciens pirates basculent sur le lit, sur le drap froissé et sur les oreillers frais. Zoro s'appuie sur ses bras pour observer Robin, juste sous lui. Il l'embrasse fougueusement mais elle coupe le baiser en prenant son visage. Ses mains glissent des joues jusque dans la nuque et plus bas encore.
- Je n'aime pas ça, murmure-t-elle dans le noir éclairé de lune.
- De quoi ?
- De paraître si faible.
- Je sais bien que tu ne l'es pas. Dans cette situation là, Robin, tu es au moins aussi forte que moi.
Il sourit, elle l'enserre contre elle, lui transmettant toutes les choses qu'elle ne lui dira jamais. Il dépose un baiser dans sa nuque et se redresse encore plus.
Demain, au petit matin, cette vie là ne sera plus. Demain, au lever du soleil, tout sera différent. Il faut profiter de l'instant présent au maximum.
Zoro sourit. Robin ferme les yeux et écarte doucement les jambes en donnant une impulsion avec ses mains dans le bas du dos de son compagnon. Il n'avait pas besoin de ça mais, d'avoir son accord, il se sent plus humain. Alors, il plonge son nez dans le cou de l'archéologue et offre à son sexe ce qu'il réclame depuis longtemps.
L'archéologue gémit doucement de plaisir. Sa tête tombe vers l'arrière. Elle se laisse aller. Elle est faible mais qui ne le serait pas dans les bras de cet homme là, si beau, si fort, si puissant. Robin sourit. Elle est bien là, avec lui. Elle saisit les cheveux de Zoro pour l'attirer à elle, plus fort encore plus fort. Zoro assouvit sa demande. Plus fort, toujours plus fort. Son rythme s'accélère, il commence à perdre pied. Il est là, en elle. Mais il se sent à égalité avec elle. Il est comme elle. Depuis longtemps, il le sait.
Ils s'aiment.
Au-delà de la mort, au-delà des mots.
Et même s'ils doivent tout recommencer, ils se seront aimés.
Au-delà du possible, au-delà de l'espérance.
Lorsqu'ils atteignent leur climax, ils expirent, la tête renversée, la peau ruisselante de sueur, les muscles gourds, le sourire léger.
Lorsque Zoro se retire, Robin a déjà envie qu'il revienne.
...
La lune est totalement pleine. Elle apparait toute entière à travers la fenêtre de la chambre. Robin et Zoro la regardent en silence, nus l'un contre l'autre, le calme de la pièce simplement entrecoupé de leurs battements de cœur. Ils sont encore un peu essoufflés mais ils sont bien.
D'un doigt absent, Zoro caresse les courbes généreuses de la jeune femme, appréciant sous son épiderme la douceur de la peau de Robin. Elle soupire d'aise, sentant ce doigt qui se promène sur l'étendue complète de son corps. Elle délaisse soudainement la lune et se passionne pour le visage du bretteur. Elle aime tout chez cet homme. Ses traits rudes, ses muscles saillants et forts, son visage serein… Ce dernier l'interpelle. Elle prend son visage à deux mains.
- Je ne connais pas ce regard, Zoro, souffle-t-elle.
- C'est le regard que je n'offre qu'à la personne qui compte le plus pour moi.
Elle sourit tendrement en lui caressant la joue. Le bretteur attend une réplique de sa camarade qui ne vient pas. Il fait une petite moue. Robin l'embrasse du bout des lèvres, ouvrant ses yeux pour plonger dans l'œil unique de Zoro.
- Désormais, moi aussi, je te regarde de la même manière, Zoro.
- Pour nos dernières heures ensemble, Robin.
Ils s'étreignent une longue minute. En silence, ils repensent à tout ce qu'ils ont vécu… La barque, Sabo, Koala, Dragon, leur navire, Rayleigh, Shakky, le voyage, Hancock, les Cujas, la nostalgie, le Nouveau Monde, l'amour, le sous-marin jaune, Law, les rencontres hasardeuses, Aokiji, les questions, la princesse Vivi, les regrets, l'errance, Mihawk, Perona, les livres, les silences, leurs paroles, Bartoloméo, les larmes, Shanks, le choix… L'archéologue murmure dans le cou du bretteur.
- Nous sommes toujours au point en ce qui concerne les questions inutiles, n'est-ce pas, Zoro ?!
- Oui. Tu sais ce que nous allons faire.
- Retourner dans le passé, murmure Robin en fermant les paupières.
- Et retrouver ce que nous avons perdu…
Zoro soupire en plongeant les doigts dans les cheveux de la jeune femme.
- Je le regrette un peu. Nous avons vécu de belles choses, toi et moi. Je regrette de ne pas être capable de m'en souvenir.
- Moi aussi, un peu, avoue l'historienne. J'aimerai au moins me souvenir de ton regard.
Le bretteur se redresse sur le lit, s'asseyant sur le matelas. Il passe une main dans sa nuque, le regard perdu au travers de la fenêtre, au travers de la nuit à la clarté lunaire. Il soupire.
- Tu sais, déclare-t-il de sa voix grave. J'ose espérer que, malgré le temps, malgré les évènements… malgré cette première vie qui semble nous échapper… J'ose espérer que je me souviendrai de toi, de ton corps tout entier.
L'historienne enlace le jeune homme à la taille avant de se hisser à la hauteur de ses lèvres pour l'embrasser langoureusement. Zoro la laisse faire, il la laisse l'allonger, il la laisse commander, il la laisse devenir maître de leur étroite et courte relation. Lentement, il se laisse aller. Il ferme les yeux et soupire.
- Encore, Robin.
Elle ne lui demande pas s'il sera capable de suivre, elle improvise. Elle ne s'est jamais sentie aussi vivante.
La première fois, leur première fois, était comme une naissance.
Ce soir, c'est comme un adieu.
Mais leur choix est fait.
À quoi cela leur sert-il de se poser la question ?
Entre leurs sentiments et leurs compagnons, ils n'ont pas longtemps hésité.
À leurs sentiments puissants, ils ont préféré la vie de leurs compagnons.
...
Ils s'éveillent aux aurores alors que le soleil n'est même pas encore levé. Ils s'étirent dans le noir. Ils se sont endormis l'un contre l'autre, sans s'en souvenir. Ils se regardent sans se voir et s'aiment sans se le dire. Dans l'obscurité, Zoro caresse la joue de Robin en murmurant :
- Allons-y à présent.
Robin fait "non" de la tête. Elle ne veut pas, pas encore. Elle veut profiter de cette odeur puissante de mâle, de cette figure si grave. Elle veut profiter de cet instant, indéfiniment. Comme un rêve.
- Encore, Zoro… Encore une fois, susurre-t-elle.
Ses mains glissent jusqu'au sexe de Zoro qu'elle caresse doucement.
- Encore, souffle-t-elle.
Zoro l'embrasse, encore et toujours. Et il retourne en elle, encore une fois, encore plus fort. Jusqu'à en avoir mal, jusqu'à en avoir envie de pleurer, de hurler.
Huit mois se sont écoulés depuis le tragique accident qui a couté la vie à leur navire et leurs compagnons de route. Huit mois durant lesquels il a fallu répondre aux questions, se relever et apprendre à continuer à vivre. Il leur aura fallu huit mois pour se découvrir l'un à l'autre et enfin se regarder dans les yeux avec sincérité. Au bout du compte, ces huit mois n'auront servi à rien. Puisque, dès à présent, ils vont laisser filer le fil de leur vie pour commencer à en broder une autre.
Lorsqu'ils arrivent à l'Auberge du temps qui passe, le soleil caresse paresseusement les cimes des arbres. Il est très tôt, la forêt s'éveille de mille bruits étranges. Le vieil homme attend les deux pirates, assis sur la même chaise que la veille, à fumer une longue pipe, éclairé par un reste de bougie englué sur un vieux chandelier.
- Vous avez fait votre choix, les jeunes ? interroge-t-il en relevant les yeux de sa pipe.
- Nous n'avons même pas eu besoin d'y réfléchir, réplique Zoro.
- Nous avions juste besoin de passer un moment tous les deux.
- Pour toujours…
Le vieux ne sourit pas. Il peut sentir une sorte de tristesse et d'impatience jaillir de ces deux là. Sans savoir si ce sont des larmes ou des cris de joie qui vont sortir. Il se lève de sa chaise, aussi courbé, aussi vieux que la veille. Il s'approche et déclare :
- Alors, si vous n'avez aucun regret, laissez-moi vous renvoyer dans votre passé.
Après cette formule très solennelle, le vieil homme se concentre. Robin et Zoro se tournent l'un vers l'autre. Leurs doigts s'emmêlent et soudain, Robin se love aux creux des bras du bretteur qui l'enserre fermement, comme s'il avait peur de la perdre.
- Je suis certaine, souffle-t-elle, qu'on se retrouvera, toi et moi. Je ne sais pas quand, je ne sais pas où, mais je suis certaine que notre aventure n'est pas due au hasard. Je sais bien que nous n'y croyons pas. Alors… Continuons à vivre et essayons de nous aimer, dans cette autre vie.
- Mon cœur reste à jamais prisonnier de toi, Robin. Peu importe quelle vie nous allons mener à l'avenir. Notre passé se transforme et se tord mais nous restons les même. Attendons le temps qu'il faut, Robin. Et aimons-nous encore…
Ils s'embrassent, comme des enfants. Le vieil homme lève ses deux mains vers les pirates. Robin et Zoro se séparent, se regardent dans le fond des yeux puis, ils tournent la tête vers le vieil homme de l'Auberge et déclarent :
- Merci infiniment…
Les deux mains se posent sur eux.
Et ils disparaissent dans un léger courant d'air qui fait rouler les moutons de poussière sur le plancher de l'Auberge du temps qui passe.
Ils ont disparus.
Pour toujours.
.
Ou presque…
NdZ *immense sourire aux dents blanches* Quoi ?! Elle vous plait pas cette fin ?! Ooooh, voyons. C'est une fin pour un renouveau, non ?! Donc, voilà. Le mystère est enfin levé sur cette fameuse Auberge. Vous comprenez mieux maintenant le titre de cette fic, mmmh ?! Voilà ce que je veux vous amener depuis le chapitre un. D'ailleurs... En parlant de chapitre un... Vous vous souvenez du chapitre un ?!...
Et pour les reviews, vous savez, hein. C'est juste dessous :)
