Oh là là, tout le monde s'agite : )
L'espoir est un puissant sentiment !
Spéciale dédicace aux mousquetaires :
Paige0703 (tu vises les genoux ?), Jade181184 (merci pour le sursis capitaine !), Nourann (endormie avec Lulu : ), Coljayjay (du calme !), CoolMhouse (tu fais bien de garder le moral) et Val81 (mais non pas de frayeur)
Et à tous ceux qui me lise en général
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Quelques heures plus tard, John entra dans la bibliothèque avec une certaine appréhension mais plus de détermination encore.
-« Bonjour Finch » lança t-il en s'avançant vers lui. Il déposa les gobelets et la boite de gâteaux près du clavier comme à son habitude. L'informaticien se tourna vers lui et le dévisagea un instant.
-« Bonjour M Reese » dit-il finalement. « Il faut que nous parlions » ajouta t-il après quelques secondes.
-« Je sais. C'était mon intention si je vous avais trouvé en me réveillant »
Finch ne releva pas.
-« Je pense que ce qui s'est passé cette nuit était juste… disons, un moment d'égarement. Je ne sais pas pourquoi j'ai réagi de cette façon. Cela ne se reproduira plus »
Reese se demanda combien de fois depuis son départ il s'était répété ce petit discours pour le rendre bien réel et surtout se convaincre que c'était le bon choix.
-« C'est votre point de vue ? » demanda t-il
-« Oui. Je suppose que c'est aussi le votre ? »
-« Non » répondit tranquillement l'ex agent. Son associé lui lança un regard interloqué.
-« Pas du tout » ajouta t-il. Il s'approcha et posa la main sur la joue de son partenaire « Je me suis trompé Harold. Lourdement trompé. Je vous demande pardon »
L'informaticien repoussa sa main et se leva brusquement.
-« Non » répliqua t-il durement « Je ne sais pas à quel jeu vous jouez mais ce sera sans moi » affirma t-il.
-« Je ne joue pas Harold » plaida Reese, surpris par la violence de sa réaction. Il tendit la main pour saisir son bras mais l'informaticien s'écarta de nouveau.
-« Vous avez dit que vous vouliez tout arrêter et maintenant vous prétendez vous être trompé ? Et quoi d'autre ? Reprendre où nous en étions ? Comme si de rien n'était ? »
-« Finch, écoutez moi… »
-« Non. John, au début de notre relation je vous avais demandé si vous étiez sur de vous et vous m'aviez juré que oui. Avant finalement de tout briser sur un coup de tête »
-« Je sais. Je regrette mais j'avais de bonnes raisons » répondit Reese cherchant à se rapprocher de lui. Finch leva la main pour le stopper.
-« Raisons que vous n'avez pas daigné me donner » constata Finch « Savez vous ce que j'ai ressenti alors ? Il m'a fallu du temps pour accepter ce mauvais tour. J'ai vu trop de fois mon monde s'effondrer. Je ne revivrais pas cela une fois encore juste parce que vous avez changé d'avis et jusqu'à ce que vous changiez d'avis à nouveau. C'est trop me demander »
-« Harold cette fois je suis sûr de moi ! » protesta Reese.
-« Jusqu'à quand ? » répliqua l'informaticien.
-« Définitivement. J'ai conscience d'avoir laissé trop de chose me détourner de nous. Vous aviez raison pour Benson. Je me suis laissé influencer »
-« Je vous avais proposé d'en parler »
-« Je sais, mais je ne voulais pas vous entrainer là dedans »
-« De toute façon j'étais avec vous John »
-« Je n'aurais pas dû réagir comme je l'ai fait et vous laisser à l'écart. Mais j'ai compris et je veux que nous recommencions. Cette nuit… »
-« Non » l'interrompit l'informaticien, secouant la tête. « Oubliez tout cela John. Oubliez cette nuit. Je vous ai pardonné votre erreur mais je vous pardonnerais pas de la réitérer » Il se détourna et se réfugia dans une pièce voisine. La porte claqua derrière lui. John eut l'impression de recevoir une gifle. Il resta interdit, debout au milieu de la salle avec l'impression d'avoir cette fois réellement tout perdu. Bear s'approcha de lui et lécha sa main doucement comme pour le consoler. Après un instant il se reprit et décida d'emmener le chien. Il avait besoin de réfléchir et marcher l'y aidait toujours.
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Finch s'était enfermé dans la petite salle d'eau, guettant les bruits, retenant son souffle de peur que John ne décide de forcer la porte. Il fut presque soulagé d'entendre le bruit de ses pas comme il s'éloignait vers la sortie. Il se passa un peu d'eau sur le visage, la tension en lui retombant peu à peu. Son cerveau lui repassait en boucle chaque mot de la pénible scène qu'ils venaient de vivre. Il avait laissé sa colère l'emporter devant l'attitude de son agent. Pourtant il lui semblait sincère dans ses regrets « Mais la première fois il l'était aussi, cela ne l'a pas empêché de changer d'avis brusquement, sans même me dire pourquoi. Et s'il l'a fait une fois il recommencera » jugea t-il. Et c'était un risque qu'il ne voulait pas courir. Quel que soit l'amour qu'il éprouvait pour lui il était décidé à tourner la page pour se préserver. « J'avais de bonnes raisons » se rappela t-il. Il aurait beaucoup aimer les connaître enfin après avoir échafaudé tant d'hypothèse au cours de ces nuits qui avaient suivies leur séparation, lorsque le sommeil le fuyait et qu'il souffrait de son absence.
Il finit par rejoindre la salle et retourna s'asseoir devant ses écrans. Mais le cœur n'y était pas, il était avec Lui…
Deux heures plus tard John ramena le malinois. Il se tint un instant dans la pièce sans rien dire et Finch sentait la tension en lui. Il l'interrogea finalement :
-« Pas de numéro ? »
-« Non M Reese. Pas pour le moment » répondit l'informaticien sans lever les yeux.
John hésitait. Devait-il s'excuser ? Devait-il se taire ? Non. Il avait envie de lui faire connaître son opinion. Il devait lui transmettre un message, juste un…
-« Dans ce cas je vais aller marcher un peu. Appelez-moi si une mission vous parvient »
-« Entendu M Reese »
John s'approcha et posa la main sur l'épaule de son associé.
-« Finch, je suis désolé de notre accrochage de ce matin. Mais sachez au moins deux choses »
-« M Reese… » L'interrompit Finch
-« Non. Laissez-moi parler Harold » le stoppa l'ex agent. « D'abord sachez que je regrette mes paroles. Je me suis trompé et j'en paye le prix. Ensuite sachez que je ne regrette pas cette nuit ni tout ce que nous avons partagés ces quatre derniers mois. C'est peut être votre cas ? Moi ça ne le sera jamais. Et si un jour tout pouvait recommencer je n'hésiterais pas »
Devant le silence de son partenaire il finit par retirer sa main et par se diriger vers la sortie. Il atteignait le seuil de la pièce lorsque Finch l'interpella.
-« John » Il se retourna, craignant la suite.
-« Je ne regrette pas non plus ces mois passés ensemble. Mais je ne veux pas recommencer » ajouta t-il fermement sans toutefois oser lever les yeux vers lui. Reese se contenta d'hocher la tête pour montrer qu'il avait compris puis quitta le bâtiment.
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-« Salut John. Qu'est ce que tu fais ici ? »
L'ex agent était si concentré à résister à la tentation constitué par le verre posé devant lui qu'il n'avait même pas prêté attention à qui l'entourait. La machine ne les avait pas contactés. Il avait passé sa journée à errer dans les rues de la ville avant d'échouer dans ce bar où il se battait contre l'envie de vider quelques bouteilles, suffisamment pour arrêter enfin de penser pendant un moment. Cela n'arrangerait rien mais pourrait éventuellement endormir sa peine quelques heures.
-« Salut Lionel. A priori on vient ici pour se détendre. Et toi ? »
-« Je file un gars » répondit l'inspecteur en désignant un grand type blond au fond de la salle. Il s'assied à côté de son comparse.
-« Qu'est ce qu'il a fait ? »
-« Trafic. Enfin je le soupçonne mais je n'ai pas trouvé grand-chose »
-« Même sur ses comptes ? »
-« J'ai obtenu la copie. Ils sont nets »
-« Tu avais demandé à Finch ? »
-« Non. Je les ai obtenu par la voie officielle »
-« Alors tu n'as pas tout » trancha Reese.
-« J'ai bien fait de te croiser dans ce cas. Tu pourrais lui demander d'enquêter ? »
John hésita.
-« Tu peux l'appeler toi-même tu as son numéro »
Fusco le regarda fixement. Reese se sentit gêné par le poids de ce regard.
-« T'as pas l'air en forme » jugea t-il
-« Je n'ai rien bu si c'est ce que tu veux savoir » répliqua l'ex agent.
-« C'était pas ma question. Finch sait que tu es là ? »
John tressaillit.
-« Pourquoi demandes-tu ça ? »
-« Juste parce que je sais qu'il n'aime pas te savoir dans ce genre d'endroit. Et puis tu ne veux pas l'appeler. Vous vous êtes disputé c'est ça ?»
Reese haussa les épaules sans répondre.
-« J'ai raison pas vrai ? » insista Fusco « De toute façon il n'y a que lui pour te mettre dans cet état là »
-« C'est sans importance » éluda Reese.
-« On dirait pas. D'ailleurs pour que tu sois venu ici c'est que ça ne va pas. C'est bizarre ces derniers temps vous aviez l'air encore plus proche que d'habitude. Je me demandais même… »
John l'interrompit brusquement :
-« Finch et moi… on est de la même terre mais pas du même monde » il repoussa brutalement son verre, qui alla en choquer un autre sur le comptoir, et se leva.
-« Attends ! Tu veux qu'on en parle ? » Demanda Fusco inquiet de son attitude.
-« Laisse tomber Lionel »
-« Où tu vas ? »
-« Nulle part ! » lança John en s'éloignant.
-« T'es drôlement pressé pour quelqu'un qui va nulle part ! » protesta l'inspecteur
-« J'ai besoin de marcher un peu. A plus tard Lionel »
Fusco le suivit des yeux, contrarié. Il ne se rappelait pas l'avoir vu si mal. Il saisit son téléphone et décida d'appeler l'informaticien.
-« Salut Finch. Ca va ? » Demanda t-il dès que celui-ci eut décroché.
-« Bonsoir inspecteur Fusco. Que puis-je faire pour vous ? »
-« J'aurais besoin d'une recherche » commença prudemment Fusco.
-« Je vous écoute »
Lionel lui retraça rapidement son enquête.
-« Très bien inspecteur. Je vais chercher si votre client possède quelques comptes cachés »
-« Merci Finch. Et… » Fusco hésita, ne sachant comment aborder le sujet qui le préoccupait
-« Oui inspecteur ? Autre chose ? »
-« En fait je viens de croiser John »
-« Ah ? » murmura Finch ne sachant que dire.
-« Il était au Charly's bar. Mais il n'a rien bu » ajouta précipitamment Lionel.
-« John… » Commença Finch « John fait ce qu'il veut en dehors de nos missions inspecteur » articula t-il difficilement.
-« Mouais. Vous êtes vraiment fâché alors ? » Constata Fusco.
-« Pardon ? » répliqua Finch étonné de sa réflexion.
-« J'ai senti tout de suite que quelque chose marchait de travers. John avait pas l'air bien et il m'a dit de vous appeler moi même. Qu'est ce qu'il a fait ?»
-« Mais rien inspecteur » répondit l'informaticien troublé par la perspicacité de son interlocuteur.
-« Vous ne seriez pas brouillés s'il n'avait rien fait Finch. Ou alors il est encore frustré ? »
-« Frustré ? » répéta Finch « pourquoi frustré ? » ne put s'empêcher d'interroger l'informaticien.
Fusco soupira.
-« Ben parce qu'il se sent comment dire ? Moins bien que vous ? »
-« Moins Bien ? » Finch tombait des nues. « Je ne comprends pas ce que vous voulez dire inspecteur, expliquez vous. »
-« Vous allez trouver ça bête. Parce que vous n'êtes pas snob au fond Finch. Enfin pas trop »
-« Hum. Merci inspecteur » répondit celui-ci sans trop savoir s'il devait prendre cela pour un compliment.
-« Vous voyez l'autre fois, on était ensemble pour interroger ce type, le directeur d'agence qui voulait se débarrasser de sa femme »
-« Je m'en souviens »
-« Dans les couloirs il y avait plusieurs tableaux plutôt sympa. En attendant que l'autre nous reçoive John s'est mis à m'en parler. Il savait des tas de trucs. J'aurais pas crû. En tout cas j'ai bien aimé ses explications, j'ai vu les toiles différemment. A la fin il m'a dit fièrement qu'il savait tout cela grâce à vous. Bon j'avoue, je me suis moqué de lui un peu mais il avait l'air si content de ses connaissances parce qu'il disait qu'elles le rapprochaient de vous. Je n'ai pas pu résister »
Finch buvait les paroles de l'inspecteur, envahit par un étrange pressentiment.
-« Et ensuite ? » questionna t-il
-« Y'a quelques semaines par contre, je l'ai croisé un matin, il n'était pas en forme. Il a fini par me dire que la veille vous étiez allé à une expo, un truc sur des vieilles civilisations »
-« L'exposition sur l'art précolombien ? » suggéra Finch.
-« Possible » approuva Fusco « Bref il avait été dépassé ce soir là, il m'a dit qu'il avait admiré l'aisance avec laquelle vous en aviez discuté toute la soirée avec les gens du musée, mais je sentais que lui était déçu. A la fin il m'a dit « quoi que je fasse je ne serais jamais à son niveau ». Moi je lui ai dit qu'on avait chacun ses compétences mais il a continué à dire qu'il n'était pas assez bien pour vous. A bien y réfléchir, depuis ce jour là il n'est plus d'aussi bonne humeur » jugea Fusco perplexe.
Finch réfléchissait. Peu à peu les pièces du puzzle s'emboitaient pour lui. L'exposition, c'était tout juste avant la crise qui avait mis fin à leur liaison. Ses mots lui revenaient en mémoire.
« Au contraire. C'est vous qui êtes trop bien pour moi, pour ce que j'étais… » « C'est juste…nous sommes trop différents. Je pense que nous ne pouvons pas être ensemble »
Et il comprit enfin les raisons qui avaient poussé John à s'éloigner de lui. Ce n'était pas le manque d'amour qui était cause de leur séparation, c'était juste leurs différences et la trop grande importance que Reese leurs accordaient. L'affaire Benson n'avait servi que de déclencheur. Le détail de trop.
-« Finch ? Vous êtes toujours là ? » Demanda Fusco étonné de son silence.
-« Oui inspecteur. Je réfléchissais. Je crois que vous venez de me donner la clé que je cherchais »
-« Ah bon ? » interrogea Lionel perplexe
-« Je crois qu'il est temps que nous discutions John et moi »
-« Pour lui faire comprendre que vous n'êtes pas snob ? » suggéra Fusco
-« Par exemple » répondit Finch « Inspecteur, vous aurez vos relevés demain »
-« Merci Finch. Bonne soirée » ajouta t-il, sentant que son interlocuteur cherchait à abrégé la conversation.
-« Bonne soirée inspecteur »
Fusco resta un moment dubitatif à se demander s'il avait bien fait de dire tout cela à l'informaticien. Puis finalement il décida qu'avec eux il était toujours difficile de savoir à quoi s'attendre. Il saurait bien assez tôt s'il avait fait une gaffe. En attendant il choisit de se concentrer à nouveau sur sa surveillance.
Finch raccrocha et se mit au travail pour trouver les relevés. Il agissait machinalement, presque par réflexe, son esprit entièrement absorbé par sa découverte. En fait, il passa la nuit à y réfléchir et au matin il avait acquis la certitude que c'était cette stupide impression d'infériorité éprouvée par son agent qui était à l'origine de leur séparation.
Autant, après l'affaire Benson, il avait lutté auprès de lui pour l'aider à chasser ces ombres venues de son passé et qui le tourmentait tant parfois. Il avait tout fait pour le rassurer, lui faire comprendre que cela ne comptait plus, et il avait réussi à l'apaiser. Enfin il le croyait. Il savait maintenant que l'affaire l'avait touché plus qu'il ne l'avait laissé voir comme il l'avait redouté. Et il s'en voulait de n'avoir pas su le deviner, de n'avoir pas réalisé combien il était perturbé. Il approuvait un sentiment d'échec. Reese avait toujours su le protéger, il l'avait aidé, soutenu, préservé de tout ce qui aurait pu le blesser et lui en retour n'avait pas été capable de chasser ces fantômes venus de son passé pour le briser, lui voler son bonheur présent. Même si, visiblement, Reese avait tout de même tourné cette page, ce n'était sans doute qu'un répit. Sans doute reviendraient-ils le hanter chaque fois qu'une chance d'être heureux se présenterait à lui. L'informaticien serra les poings. Quelque soit leur lien il devait continuer à l'aider, ne serait ce que pour tout ce qu'il avait fait pour lui. Il ne laisserait pas les ombres gagner la partie !
Autant il n'avait rien deviné des pensées inquiètes de son partenaire. Tout simplement parce qu'il n'aurait jamais imaginé qu'il puisse être atteint par de pareilles considérations, jamais il n'aurait songé qu'il puisse être touché par de semblables idées ! Il savait que John ne l'avait jamais considéré comme inférieur, lui, et pourtant, physiquement, il aurait pu. Mais John ne s'était jamais attaché à ce genre de détail en ce qui le concernait. Mais pourquoi pensait-il différemment pour lui-même ? « Et surtout comment peut-il croire que moi je pourrais avoir de telles pensées ? » songea t-il agacé. Non, il ne s'était douté de rien. Il s'en voulait de n'avoir rien vu venir là encore. Et aujourd'hui John l'aimait toujours, il en était persuadé, mais il préférait le tenir à l'écart que d'essayer d'aplanir leurs différences. « Je ne l'ai peut être pas assez rassuré pour le convaincre de le faire » songea t-il. Il serait bon qu'ils aient une discussion à ce sujet, et le plus tôt serait le mieux. Cela ne renouerait pas leur lien, mais ils pourraient au moins retrouver une meilleure ambiance au quotidien.
Mais avant tout il lui fallait s'assurer que cette hypothèse était la bonne et pour cela il savait comment tendre un piège a son associé.
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Le lendemain, John entra dans leur repaire petit déjeuner en mains comme à son habitude. Voyant Finch concentré sur son ordinateur il l'interrogea aussitôt :
-« Nous avons un numéro Finch ? »
-« Non pas encore M Reese »
-« Ah. Vous sembliez si concentré »
-« Juste une réparation d'un fichier système » répondit tranquillement l'informaticien.
-« Pensez à votre thé quand même. Il va refroidir »
-« Bien sur M Reese » Finch continua un peu puis finit par saisir son gobelet. John avait pris un beignet et laissait son regard errer dans la pièce, ne sachant comment s'occuper. Il pourrait toujours emmener Bear après son repas. Il fit quelques pas et remarqua alors l'enveloppe posée au milieu de quelques autres documents. « L'exposition Modigliani » réalisa t-il « C'est ce soir » Il se rappelait l'enthousiasme de son compagnon lorsqu'il avait commandé les entrées et lui s'était réjouit à l'idée de l'escorter. Il saisit l'enveloppe, en retira les billets et se tourna vers son associé.
Finch était debout près de son bureau reclassant une pile de livre.
-« Je passe vous chercher ce soir ? » tenta John.
Etonné, Finch leva les yeux vers lui et vit les billets.
-« Non merci M Reese. Ce ne sera pas utile » répondit-il en reprenant son classement.
-« Vous comptez vous y rendre directement ? » demanda l'ex agent un peu déçu mais se forçant à ne pas le montrer
-« Je n'ai pas l'intention d'y aller »
-« Pourquoi ? Cela fait trois mois que vous attendez cette exposition »
-« J'ai changé d'avis »
-« C'est à cause de moi ? » l'interrogea alors son agent « Si vous voulez y aller seul… »
-« Non. Je n'ai plus envie d'y aller c'est tout » l'interrompit Finch d'un ton brusque.
Reese se rapprocha de lui.
-« Vous ne devez pas vous priver de cette sortie pour moi »
L'informaticien eut un geste d'agacement.
-« Je vous ai dit que vous n'étiez pas en cause M Reese »
-« Je suis sur du contraire » murmura John.
Finch se tourna vivement vers lui.
-« Et bien, admettons que vous ayez raison ? Cela ne changera rien » affirma t-il
-« Vous pouvez y aller seul, je ne m'imposerais pas »
« Le moment de vérité » songea Finch décidé à obtenir sa vérité
-« Mais c'est peut être justement pour cela que je ne veux pas y aller ? Parce que je ne veux plus me rendre seul à ces expositions ? » lança t-il, nerveux
-« Je ne comprends pas…. » Commença Reese
Finch l'interrompit à nouveau :
-« Vous voulez que je sois franc ? Très bien ! Si je prenais autant de plaisir à ces sorties c'était autant pour l'art que pour votre présence à mes côtés »
John lui lança un regard choqué.
-« Contrairement à ce que vous pensez, vous n'étiez pas juste mon chauffeur lors de ces soirées » faisant mine de reprendre son classement pour cacher son trouble
-« Je ne vous étais pourtant pas très utile non plus » jugea l'ex agent « Mes connaissances… »
-« Ce sont bien améliorées et étaient bien suffisantes à mon sens » trancha Finch en relevant la tête
-« Je ne pouvais pas soutenir les conversations comme vous le faites »
-« Et alors ? Nous y allions pour admirer des œuvres M Reese, pas pour y donner une conférence ! »
-« Je sais mais… »
-« Mais quoi ? »
-« Je pensais… Je croyais que vous pouviez être gêné que je ne puisse pas toujours vous suivre » avoua John.
Finch pinça les lèvres. Fusco avait donc raison et grâce à sa petite ruse il avait réussi à en obtenir confirmation. Il fit un pas et posa la main sur le bras de son partenaire.
-« M Reese, si un jour nous avions un interlocuteur qui choisisse de parler armement ou autre technique de combat, je ne pourrais certainement pas suivre la conversation, auriez vous honte de moi pour autant ? »
-« Bien sur que non » répondit spontanément l'ex agent.
-« Et pourquoi ne pourrait-il en être de même pour moi ? »
-« Parce que vous… vous êtes… » Reese cherchait le meilleur terme.
-« Serais-je devenu snob ou prétentieux sans m'en rendre compte ? » interrogea Finch comme pour lui-même, faisant semblant de réfléchir
-« Non ! Pas du tout ! » Protesta John « Vous êtes plus brillant que moi »
-« Dans certains domaines et vous me surpassez dans d'autre. C'est un équilibre M Reese » Finch soupira « je regrette que nous ne l'ayons pas trouvé. Cela aurait sans doute changé bien des choses » jugea t-il. Il retira sa main et se détourna. Reese le retint à son tour.
-« S'il n'était pas trop tard ? » demanda t-il d'une voix pressante.
Finch secoua négativement la tête. Il lui prit les billets et les déchira en deux avant de les laisser tomber dans la corbeille puis de s'éloigner vers la petite cuisine. Officiellement pour se préparer un autre thé. En réalité il avait besoin de calmer les battements de son cœur, besoin de retrouver son calme. Il se demandait comment il avait pu tenir tête ainsi à son partenaire, même pour la bonne cause. Mais Reese avait toujours eu le don de lui faire dépasser ses limites.
Reese le suivi des yeux sans bouger. Ce signe de refus, ce geste pour déchirer les tickets. C'était comme un renoncement. Pourtant par ses paroles il lui avait fait comprendre combien il tenait à lui avant et, il le sentait, encore maintenant. Et puis il y avait leur dernière nuit dont le souvenir le hantait. Ce qu'ils avaient partagés alors ne pouvait pas être que faux semblant.
« Auriez-vous honte de moi pour autant ? » « Et pourquoi ne pourrait-il en être de même pour moi ? » Ces mots tournaient dans sa tête. Depuis quand avait-il si peu confiance en lui ? Depuis qu'il aimait un homme brillant qui lui avait longtemps paru inaccessible au commun des mortels. Et pourtant il s'était laissé apprivoiser par lui, il était devenu sien. Pourquoi n'avait-il pas pensé à cela lorsqu'il se sous estimait au point de tout gâcher entre eux ?
Quelques minutes s'écoulèrent puis Finch comprit que son agent s'éloignait, quittant la bibliothèque. Lorsqu'il revint dans la salle principale, celle-ci était vide. Le tout était maintenant de savoir où le conduirait ses réflexions. Il s'installa devant son écran mais resta un moment sans bouger à échafauder des scénarios, essayant de deviner ce qu'il allait décider.
A midi il ne se manifesta pas. De son côté la machine restait muette ce qui étonna l'informaticien et surtout ne l'arrangeait pas !
Le temps s'écoula lentement. A 18H30 Finch commença à guetter les pas de son associé dans l'escalier, espérant son retour. Mais seul le silence régnait dans la salle.
A 19H Il se demanda s'il devait rentrer chez lui. Il décida d'attendre une demi heure de plus puis il se rendrait chez lui. Il s'interdisait de penser à son partenaire sans grand succès. Il avait espérer que Reese s'entêterait, ce qui a ses yeux, prouverait que ses déductions étaient exactes.
A 19H30 il se décida et éteignit son ordinateur « Il ne reviendra pas » songea t-il. Cela résonnait comme une fin. Pourtant leur histoire s'était déjà achevée quelques semaines plus tôt. Mais c'était comme une confirmation. Il réalisa alors qu'il n'avait peut être pas complètement assimilé leur rupture. « L'espoir est un sentiment trop bien enraciné parfois » songea t-il. Il aurait aimé être capable d'arrêter de penser ne serait ce qu'une heure pour retrouver un peu de tranquillité. Un peu de ce sentiment d'apaisement qu'il éprouvait toujours près de lui…
Finch enfilait son manteau lorsqu'il entendit des pas précipités dans l'escalier. Le cœur battant il se tourna vers l'entrée s'efforçant de garder un air impassible alors qu'un étrange sentiment de soulagement l'envahissait, comme celui qu'on éprouve lorsqu'un rêve se réalise.
John se tenait sur le seuil, une housse à la main.
-« Je n'avais pas récupéré votre smoking au pressing » déclara t-il « J'ai bien fait de l'oublier finalement » Il fit un pas en avant « «Vous avez juste le temps de l'enfiler » ajouta t-il en lui tendant la housse d'un geste un peu incertain.
-« Vous n'êtes pas décidé à renoncer ? »
-« Non. Pas cette fois »
-« J'ai déchiré les billets »
-« Je les ai recollé. Nous dirons qu'il y a eu un accident »
Finch ne bougeait toujours pas. Alors John s'approcha de lui
-« Venez » murmura t-il « Que je n'ai pas enfilé ce costume pour rien » ajouta t-il cherchant à désamorcer la tension
-« Je ne vois pas pourquoi vous le détestez autant » Jugea Finch « Il est à vos mesures »
-« Je ne peux pas le porter sans ce maudit nœud » marmonna John avec un haussement d'épaules agacé. Finch ne put se retenir d'esquisser un sourire.
-« Très bien » concéda t-il en tendant la main pour saisir la housse. « Laissez-moi dix minutes »
Reese eut un sourire timide mais soulagé.
-« Je vous attend »
Lorsque Finch le rejoignit il capta une fugitive lueur d'admiration dans son regard. Comment Reese pouvait-il l'admirer lui avec ses blessures et ses limites ? C'est cet amour inconditionnel qui lui avait donné confiance au début de leur liaison. Il s'en voulu une nouvelle fois de n'avoir pas su deviner que son partenaire lui aussi pouvait douter de lui. Que l'imperturbable agent Reese pouvait lui aussi avoir ses failles. Il n'avait pas su le comprendre, le soutenir, mais il se promit de remédier à cela.
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Reese gara son véhicule sur le parking, un peu à l'écart. Après en être descendu il le contourna pour ouvrir la portière à son associé. Celui-ci était resté absorbé par son portable durant tout le trajet et John s'était demandé s'il était réellement occupé ou s'il voulait juste éviter toute tentative de discussion. L'informaticien ferma son ordinateur et quitta la voiture.
-« Merci » murmura t-il en réajustant sa veste. Il leva les yeux vers son agent et fronça les sourcils. Avant de réaliser ce qu'il faisait il s'était rapproché de lui et redressait son nœud. Lorsqu'il se rendit compte de son geste il était trop tard pour reculer. Il rougit puis se détourna.
-« Allons-y » marmonna t-il mécontent de s'être trahi. Reese ne dit rien mais ne put s'empêcher d'apprécier ce moment de spontanéité à sa juste valeur.
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L'hôtesse examinait les billets d'un air perplexe
-« Ils sont authentiques. J'ai juste été maladroit » plaida Reese un peu hésitant.
-« Les numéros de série correspondent. Enfin je crois » admit la jeune femme.
-« Le scotch était un peu… récalcitrant » estima l'ex agent.
La jeune femme l'observa. Il tenta un sourire auquel elle répondit spontanément.
-« C'est bon allez y. On voit bien qu'ils sont vrais »
-« Merci. Je ferais plus attention la prochaine fois » affirma l'ex agent. Ils firent quelques pas.
-« Heureusement qu'elle était compréhensive ! » commenta t-il tout en avançant vers l'entrée de la salle principale.
-« Je n'avais pas de doute là-dessus » marmonna Finch « Elle aurait sans doute préféré noter votre numéro plutôt que celui des billets » ne put-il se retenir d'ajouter plus bas sans pouvoir dissimuler son agacement. Il n'avait rien manqué de l'attitude de la jeune hôtesse, visiblement sous le charme, et peinait à dissimuler totalement sa jalousie. Ce qui l'énervait encore plus puisqu'il n'était pas censé éprouver pareil sentiment.
-« Désolé pour elle, mais je n'ai pas de ligne pour mes appels particuliers » répliqua Reese qui percevait son trouble.
Finch comprit l'allusion et traduisit le message caché. Dans une circonstance similaire, n'avait-il pas assuré à son agent qu'il n'avait aucune raison d'être jaloux ? John ne faisait que lui retourner sa réflexion. Même s'il n'était pas tenu de le faire. Une certaine tension flottait entre eux et Reese se demanda comment la dénouer. Il suivit son associé, examinant les tableaux en même temps que lui.
Au troisième, Finch se pencha vers la toile pour l'examiner de plus près. John fut prit d'une impulsion.
-« Vous le décryptez pour moi ? » demanda t-il
Finch tressaillit et se tourna vers lui.
-« Soyez mon guide » invita John avec un regard appuyé.
-« Si vous voulez » concéda finalement l'informaticien. Il lui expliqua le sens caché du tableau. John soutint la conversation. Ces trois derniers mois, depuis que Finch avait acheté les billets avec un enthousiasme visible, il avait discrètement mené quelques lectures. Il voulait pouvoir le suivre pour cette exposition qui lui tenait tant à cœur. Même si depuis leur situation avait changé, il comptait bien utiliser ses études. D'abord surpris, Finch se laissa prendre au jeu. Doucement, la magie opéra. Après une demi-heure et trois œuvres, la complicité qui les unissait toujours lorsqu'ils partageaient un moment de détente était revenue, intacte. Chacun s'en aperçu sans oser le dire, profitant de cette impression d'être eux même à nouveau, le temps d'une soirée.
Il était presque une heure du matin lorsqu'ils quittèrent le musée. Reese observait les traits tirés de son partenaire « Il est resté debout trop longtemps » songea l'ex agent. Son besoin de le protéger l'emporta et il glissa son bras sous le sien pour le soutenir. Finch voulu protester mais il croisa le regard déterminé de son associé et cela le stoppa. Il se laissa faire et ne put retenir un soupir de soulagement lorsqu'il prit place dans le véhicule.
-« J'ai passé une excellente soirée » affirma Reese.
-« Moi aussi » Répliqua spontanément l'informaticien.
-« Vous aviez raison. Cette exposition valait vraiment la peine d'être vue »
-« Cet artiste n'est pas souvent exposé »
-« Vous faite toujours le bon choix »
Finch ne releva pas.
-« J'ai apprécié vos observations » répondit-il à la place.
-« J'ai apprécié vos explications » rétorqua John « Je ne trouverais jamais meilleur guide » affirma t-il d'un ton léger.
-« Vous faites un bon élève M Reese » répondit son associé sur le même ton.
-« J'espère que vous m'accorderez d'autre leçons ? » tenta Reese.
Finch hésita. Le « avec plaisir » qui lui était venu spontanément lui semblait déplacé.
-« C'est envisageable » dit-il finalement.
John, qui avait retenu son souffle devant son hésitation, se contenta de cette réponse, se promettant de créer d'autre occasions comme celle-ci pour profiter de sa présence et peut être les rapprocher ? Il se gara devant la bibliothèque.
-« Vous n'aurez pas de problème pour rentrer ? »
-« Non. Tout ira bien merci. A demain M Reese »
-« A tout à l'heure Finch » Il le suivit des yeux comme il regagnait sa voiture. Il mourrait d'envie de le rattraper et de le tenir contre lui « Un jour » murmura t-il « Un jour nous nous retrouverons » se promit-il à lui-même. L'espoir est un sentiment puissant pour guider un cœur…
