Et voici le 7ème thème de "24 morceaux d'heures", bonne lecture à tous !
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7) Le bruit des cloches
La dernière balançoire est prise. Dudley, comme d'habitude, a couru aussi vite que le lui permettaient ses jambes trop petites pour son ventre trop gros. Harry ne court pas, parce que tante Pétunia le tient fermement par la main. Ne va pas te perdre et nous attirer des ennuis. Harry comprends bien que ce n'est pas par affection, mais pour le moment il s'amuse à faire semblant. Comme si c'était sa vraie maman qui lui serrait bien fort sa petite main dans la sienne pour le réchauffer.
La main de tante Pétunia n'est pas chaude.
Harry prends un bâton et dessine dans le sable des chiens et des chats, des lions et des dragons, des cerfs et des rats...
Un corbeau croasse et s'envole dans le ciel, lentement, au dessus des massifs de fleurs qu'un enfant s'amuse à arracher. Et Harry entend le bruit.
Le bruit des cloches qui résonne dans la tête même après qu'elles se soient arrêtées. Le bruit des cloches qui est sourd et profond, qui sonne encore et encore, ne cesse jamais.
"C'est quoi ?, demande Dudley d'une voix pâteuse.
-C'est un enterrement."
Harry ne comprend pas trop le sens, mais sait déjà qu'il n'aime pas le mot. Peut-être à cause de la façon dont le prononce tante Pétunia.
"On rentre.", dit-elle en attrapant Dudley doucement par la main, Harry un peu plus brusquement.
C'est un enterrement... Se répète Harry, alors que dans ses oreilles bourdonne encore le bruit des cloches.
ooOoo
Le noir a envahi la Grande Salle et il a du mal à croire que trois ans auparavant elle rayonnait sous les couleurs de Gryffondor et leur joie innocente d'avoir protégé et gagné quelque chose.
Le rouge est parti, avec son sang que Voldemort a volé. Le jaune s'est dispersé dans l'espace, en même temps que le Priori Incantatum se terminait. Le bleu des yeux chaleureux de Dumbledore est devenu gris terne. La vert a illuminé une seconde le corps de Cédric avant de s'évaporer...
Seul reste le noir, omniprésent, le noir froid et vide comme celui des yeux de Rogue, comme ses robes noirs et le froid des cachots. Le noir de la mort.
Les murmures disparaissent, des mots censés consoler et rassurer sont prononcés. Les larmes coulent discrètement, indésirables. Un son résonne de plus en plus fort dans la Grande Salle. Harry n'entends plus que le bruit des cloches.
C'est un enterrement...
ooOoo
Il voudrait crier, hurler sa détresse et renverse les artefacts de Dumbledore mais celui-ci ne semble même pas réagir. Ce n'est pas juste.
Non, ils n'avaient pas le droit de lui prendre Sirius, ils n'avaient pas le droit.
Il voudrait que tout s'arrête, il voudrait que Sirius vienne le serrer dans ses bras pour le réconforter... Si tout cela ne pouvait être qu'un rêve.
Il voudrait juste que tout s'arrête. Maintenant.
Il voudrait juste un retourneur de temps, il a bien le droit de le sauver à nouveau n'est-ce pas ? Comme lors de leur rencontre en troisième année. Il faut le faire, parce que Sirius a besoin de lui, et qu'il a besoin de Sirius aussi. Et peut-être, oh oui, peut-être n'est-il pas vraiment mort ?
Le bruit sonne, sonne dans ses oreilles. Et Harry se demande si le doute et meilleur que la certitude. S'il vaut mieux abandonner et se dire que c'est fini ou continuer à espérer.
C'est encore un enterrement...
ooOoo
Harry se rendit compte que, malgré tout, il n'avait jamais encore assisté vraiment à un enterrement, seulement la veille de celui de Dumbledore.
Entre ses envies de rire et de pleurer, son dégoût pour le ministère, il se raccrochait presque désespérément à sa mission, aux Horcruxes, pour ne pas songer ne serait-ce qu'une seconde à se laisser aller, à vouloir abandonner.
C'est une horrible chose que de comprendre qu'on ne verra plus jamais une personne qu'on a connu. Harry enfant ne s'en serait jamais douté lorsqu'il cherchait le soir des fragments de souvenirs de ses parents, tout seul dans le placard, parce qu'il pensait que se souvenir d'eux l'aiderait.
Maintenant... et bien maintenant, il n'avait pas vraiment le temps de s'attarder à penser à la douleur.
Le médaillon, la coupe, le serpent, un objet ayant appartenu à Serdaigle ou Gryffondor... Comme la veille, cette liste défilait lentement dans sa tête, au rythme de la marche funèbre.
Lorsqu'il expliqua à Ginny qu'il ne pouvait pas rester avec elle, le bruit des cloches résonnait douloureusement dans ses oreilles, comme pour le dissuader d'avoir la faiblesse de l'emmener avec lui. En se retournant vers la tombe blanche il ravala définitivement ses larmes destinées à tous ceux qui étaient morts pour lui.
Encore, encore un enterrement...
ooOoo
"Harry, ta cravate est parfaitement mise alors maintenant dépêches toi, ce ne serait vraiment pas bien vu d'arriver en retard à...
-Je sais, Ron. Maintenant arrêtes", répliqua l'autre garçon en enlevant un grain de poussière de son costume noir à l'aide de sa baguette.
Grognements amusés.
"Alors, tu va nous faire un discours ?, reprit le rouquin en tapotant son propre costume de sa baguette.
-Un discours ? Je ne vois vraiment pas pourquoi.
-Pour faire bonne impression, et puis pour leur expliquer que l'amour a vaincu... encore une fois. Le truc mielleux habituel quoi.
-Laisse moi deviner, c'est Hermione qui a eu l'idée ?
-Pour les bienfaits de l'amour, oui. Le discours c'est moi !", acheva-t-il dans un grand sourire
Harry faillit lui répliquer que c'était un événement sérieux, comme toujours, mais les mots se noyèrent dans sa bouche. Le souvenir de la destruction du médaillon lui semblait soudain bien proche. Après tout, Ron était du genre a dissimuler ce qui lui faisait mal derrière son air joyeux et un peu immature qui agasse parfois tant Hermione.
Et le tour de Fred ne remonte pas à bien loin, songea Harry avant de jeter un coup d'oeil à Ron qui semblait ne pas savoir où poser son regard dans la pièce, mais gardant un sourire serein et naïf collé au visage.
Il est plus doué que toi pour cacher ce qu'il pense, ricana une petite voix dans sa tête.
Le survivant soupira en se répliquant mentalement que ce n'était justement pas une bonne chose, avant de se faire tirer hors de la tente par Ron.
"C'est l'heure, c'est l'heure !", s'exclame le dernier fils Weasley avec un sourire forcé.
"Ron... dans un sens, tu es vraiment pire que moi..."
Laissant son ami, un air de totale incompréhension plaqué sur le visage, il s'engage dans l'allée, tressaillant sans le vouloir au son grave et profond des cloches. Le bruit lui semble toujours autant désagréable...
Un léger sourire étire finalement ses lèvres.
C'est un mariage...
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Ouf, c'est fini ! Et finalement je n'en suis même pas satisfaite. En plus j'ai tellement mal à écrire Ron et Harry (je crois bien que j'ai du mal à écrire tous les personnages), surtout que après sept tomes, on est quand même censés les connaître !
En fait je crois que je n'aime que la partie sur Harry enfant (même si les dessins dans le sable c'est un peu exagéré de ma part, j'avoue), et aussi un peu la fin avec le dialogue entre Harry et Ron même si j'ai eu du mal à l'écrire. Par contre la partie sur l'enterrement de Dumbledore est juste... nulle.
Une petite review quand même ?
