Deuxième épreuve : force

Un kilomètre à pied, ça use, ça use.
Un kilomètre à pied, ça use les souliers.
Pff…J'en ai marre de marcher ! En plus il fait de plus en plus noir, de plus en plus chaud, on marche de plus en plus vite et ce nain pue de plus en plus ! Bon d'accord, je transpire aussi, mais au moins je garde mes odeurs corporelles pour moi ! Et puis pourquoi il ne parle pas celui-là ? Peut-être qu'il ne me comprend pas parce qu'on est trop loin de Moko-chan, mais…c'est pas une raison ! On peut très bien ne pas parler la même langue mais parler quand même, c'est toujours mieux que ce silence pesant. Peut-être qu'il n'aime pas le bruit…Faut dire que j'ai quand même fait la causette toute seule pendant un bout de temps (pour ne pas dire que j'ai fait un monologue depuis qu'il m'a autorisé à marcher) et qu'il n'a pas bronché un mot…Il m'a même pas regardé ! Comme si j'étais pas là ! Alors je me demande, si il fait comme si je n'étais pas là, pourquoi il me traîne à tout prix derrière lui comme ça ! Il ne peut pas me lâcher que je fasse demi-tour, non ? Ca m'énerve tout ça…Il faut que je me calme…Où j'en étais moi déjà ? Ah oui :
Deux kilomètres à pied, ça use, ça use.
Deux kilomètres à pied, ça use les souliers.
Et puis, j'espérais qu'il serait gentil finalement, eh bien, non, j'espère plus : un nain antipathique comme ça, si il était gentil, je l'aurai su depuis le temps qu'on marche dans ce tunnel, ou souterrain, ou je sais pas ce que c'est. Bref, ce nain n'est pas sympa. Autant dire que je suis mal barrée. Il faudra que je compte uniquement sur moi-même si je veux me sortir de là…
Trois kilomètres à pied, ça use, ça use.
Trois kilom…
Oh et puis j'en ai marre de cette chanson aussi ! Pourquoi est-ce qu'il a fallu que Moko-chan me l'apprenne ? Maintenant je l'ai en tête et elle ne s'en va plus ! Oh mais j'ai une idée ! Il n'y a aucune raison que je sois la seule à avoir une chanson stupide en tête ! Alors allons-y à voix haute …1…2…3 !

« Un kilom…wha qu'est-ce que c'est que ça ! »

Eh oui, Sakura ne poussa pas plus longtemps la chansonnette car elle s'arrêta net lorsqu'elle vit l'imposante porte à quelques mètres de là. Cette porte était en bois rouge vernis et chacun de ses battants s'ornait du même dessin de plume que le poisseux portait en brassard. Devant elle se trouvaient deux gardes, encore plus sales que le nain que nous connaissons déjà (si si, c'est possible !). Ils s'étaient maintenant suffisamment approchés pour que Sakura remarque que eux aussi portaient le dessin de sa plume accroché à leurs bras. Un des deux gardes brandit alors sa lance à l'aspect plus que préhistorique et héla ainsi nos visiteurs :

« Halte ! Déclinez vos identités respectives, je vous prie.

- Je suis le commandant en chef Ashta, dit notre poisseux, de la garde impériale de ses majestés (que la grande plume les protège à jamais) et je reviens de mission avec cette remuante captive dans le but de la présenter séance tenante à ses majestés (que la grande plume les protège à jamais). Pouvons-nous entrer ?

- Vous m'en voyez navré, répondit le garde. Mais si les portes sont fermées cela signifie alors que le couvre-feu est passé et que nul ne peut plus pénétrer la cité avant que ses majestés (que la grande plume les garde !) ne sonnent l'ouverture ; ce qui, vous le savez aussi bien que moi, peut se produire…comment dire…n'importe quand demain matin (ou même un peu avant ou un peu après). Et maintenant, si vous voulez bien nous excuser mon collègue et moi, mais nous ne sommes pas censés faire fonctionner nos cordes vocales pendant l'exercice de nos fonctions, aussi vous serons-nous extrêmement reconnaissants si vous vouliez bien…comment dire…partir. Vous trouverez sur le sentier que vous venez d'emprunter des creux dans la roche qui vous feront d'excellentes niches pour la nuit.

- Certes, certes…Je savais bien que ma décision prise tantôt me plongerait dans de profonds regrets, mais puisqu'il en est ainsi, nous reviendrons alors une fois les portes ouvertes. Bonne veille, messieurs !

- Bonne nuit, Monsieur et … remuante captive. »

Alors là…alors là…alors là ! Ils parlent comme…comme…comme…je ne sais pas comme quoi mais…quel contraste avec leur…aspect ! Et moi qui prenais ce nain pour un être ignoble, sale, dégoûtant, mal élevé et analphabète ! Bon en fait j'avais juste tort sur un point…Il n'est pas analphabète…Il est juste tout le reste. Peut-être qu'il voudra bien me parler maintenant qu'il a parlé avec ce garde.

« Euh…Monsieur le nain ? Je me demandais si…

- Nous allons passer la nuit dans une de ces niches que ce fonctionnaire a eu l'obligeance de nous indiquer. En attendant, je vous saurais gré de bien vouloir faire silence, car je ne suis pas non plus censé faire fonctionner mes cordes vocales dans l'exercice de mes fonctions. Bonne nuit. »

Et Sakura fit silence (ce n'est pas comme si elle avait le choix, mais bon). Elle se recroquevilla dans le creux de roche que lui avait assigné son ravisseur et, malgré le fait d'être six pieds sous terre au milieu de nains grossiers mais très instruits (donc pas très en sécurité), elle s'endormit, pensant à Kurogané, Fye, Mokona et Shaolan…Shaolan.


Lorsque Shaolan rouvrit les yeux, sa première impression fut que les herbes hautes autour de lui avaient enfin pris une couleur normale (c'est-à-dire : jaune). Mais en se redressant, il se rendit vite compte qu'il ne se trouvait plus dans cette étrange place triangulaire, mais dans un tout autre endroit qu'il ne connaissait pas. Tout autour de lui, ce n'étaient qu'herbes jaunes à perte de vue, même pas un arbre, même pas un rocher. Seulement un immense tapis ocre. La chaleur avait un peu diminué, mais le soleil se réfléchissant sur ce sol clair l'aveuglait presque, et il ne pouvait s'empêcher de plisser les yeux.Voyons, comment ai-je atterri ici ? Ah oui, la statue du serpent a emmené Kurogané et après, je crois bien que c'est le lion qui m'a transporté ici…Donc Fye doit se trouver avec le dragon. Espérons que tout se passe bien pour eux, surtout Fye…Il avait vraiment l'air à bout de force. Bon…je crois que je suis censé passer une sorte d'épreuve…Reste à trouver qui va me la faire passer et surtout…pourquoi.

Le frissonnement des herbes hautes derrière lui le tira de ses pensées. Il se retourna alors, mais ne vit rien à part des herbes remuantes ça et là. Le vent. Soudain, il se remarqua qu'il n'y avait pas de vent. C'est donc quelque chose (un animal ?) qui fait bouger ces herbes. Peut-être ce lion. Essayons.

« Etes-vous le lion ? »

Le mouvement stoppa net tandis qu'une voix s'élevait, grondante, calme et agressive (La deuxième à avoir parlé dans le triangle rouge).

« En effet, je suis le lion Magnar, l'un des trois dieux de ce monde. Je représente la force, et toi, tu as été désigné pour faire preuve de courage. Seule une action héroïque pourra te faire sortir d'ici. As-tu des questions, petit homme ?

- Euh…

- Bien, alors commençons. »

Mais je n'ai même pas eu le temps de lui poser mes questions ! Je ne sais même pas ce qu'il faut que je fasse ! Tiens, c'est quoi ce bruit ?

Il tourna la tête vers sa droite et vit alors une chose qu'il ne s'attendait certainement pas à voir dans un tel endroit : une petite fille de peut-être 8 ans courait à perdre haleine à travers les herbes jaunes, poursuivie par ce qui ressemblait à un énorme éléphant. Ne réfléchissant pas plus longtemps, l'archéologue s'élança vers la fillette. Mince, elle est trop loin, je n'arriverais peut-être pas à temps ! Il faut que j'accélère le rythme, sinon elle va se faire dévorer ou piétiner ! Puisant alors dans ses dernières ressources, il accéléra autant qu'il le pouvait et, arrivé à la hauteur de la petite fille, il se jeta sur elle afin de la déporter sur le côté. L'éléphant les frôla dans sa course et, comme par enchantement, disparut. Bon, si cet animal a disparu alors je crois que cela signifie que je viens de passer mon épreuve. Ce n'était pas aussi difficile que ce à quoi je m'attendais. Il allait se relever pour voir si la fillette allait bien, quand il remarqua qu'elle avait disparu elle aussi. Et en regardant autour de lui, il vit que tout était vide et blanc, il ne restait plus rien du paysage qu'il avait vu quelques secondes auparavant. Tout était vide, sauf devant lui. A quelques mètres se trouvait le lion, droit et fier, tout aussi grand que la statue le représentant, mais le regard cruel ; son imposante patte gauche était posée sur la petite fille, inconsciente.

« Humain, tu as sauvé cette petite. Ton courage est grand. Aussi vais-je te laisser rentrer et retrouver ton premier compagnon qui a lui aussi réussi son épreuve.

- S'il vous plaît, se dépêcha de dire Shaolan (il avait peur de ne pas avoir le temps de parler comme avant). Magnar, qu'allez-vous faire à cette fille ?

- Peu importe, garçon, cela n'est pas important. Sache juste qu'ici, les humains ne vivent jamais très longtemps. Si ce n'est l'éléphant aujourd'hui, ce sera le lion ce soir qui la dévorera.

- Mais alors pourquoi me demander de la sauver ?

- Moi je n'ai rien demandé, c'est toi et toi seul qui a couru l'attraper. Au moins je n'aurais pas à chasser aujourd'hui.

- Mais…mais ne pouvez-vous pas l'épargner ? »

Le dieu le regarda alors fixement d'un regard mêlant maintenant cruauté, amusement et sadisme. Il planta ses énormes griffes dans le vêtement de la fillette et la souleva, juste à la hauteur de sa gueule qu'il ouvrit, découvrant des dents acérées et puissantes. Pourquoi fait-il ça ! C'est…c'est…

« C'est trop cruel ! »

Le lion s'arrêta dans son mouvement. Il s'apprêtait à rétorquer quelque chose, mais Shaolan ne lui en laissa pas le temps.

« C'est trop cruel ! Comment pouvez-vous prendre une petite fille de je ne sais où, la mettre en danger, lui donner un espoir alors que je la sauve et finalement après la dévorer quand même ? Si c'est ainsi que se comportent les dieux dans ce monde, alors je suis bien heureux de ne pas en faire partie !

- Que veux-tu, il faut bien que je survive moi aussi. Je suis un animal, et comme tous les animaux, j'ai faim. Alors je vais manger cette petite que cela te plaise ou non, et ensuite je te ramènerai à ton compagnon.

- Donc, reprit Shaolan, vous mangez cette fille uniquement parce que vous avez faim ?

- C'est cela.

- Dans ce cas…mangez-moi à sa place ! Je ne sauve pas des gens pour attendre sagement qu'ils se fassent dévorer sous mes yeux, alors…prenez-moi à sa place ! »

Le lion lâcha alors sa proie et s'avança majestueusement vers Shaolan. Toutes ses griffes étaient sorties, provoquant un petit grincement à chacun de ses pas. Sa gueule était fermée, mais laissait voir le bout de ses canines pointues. L'archéologue ne bougeait pas, attendant sa fin. Pardon, Sakura, mais je ne peux pas laisser faire une chose pareille. Tu es suffisamment éveillée maintenant pour te passer de moi dans la quête de tes plumes, et je sais que Kurogané et Fye veilleront sur toi. Et Mokona, bien sûr. Et puis…comme tu ne te souviens plus d'avant, plus de moi, ton chagrin ne sera pas très grand. Le lion était tellement proche maintenant qu'il pouvait sentir son souffle chaud sur lui. Tu m'as oublié…Ce n'est pas grave si je m'en vais. Magnar ouvrit grande sa gueule et engloutit Shaolan d'une seule traite.


Je sais. J'avais promis de chercher toutes tes plumes, jusqu'à la dernière…Mais tout ne se passe pas toujours comme on l'avait prévu. Je ne pouvais pas laisser ce lion manger cette fillette, surtout pas après l'avoir sauvée. Je suis désolé, Sakura, mais je ne verrais pas la fin de cette aventure ; je suis mort.

« Non, tu n'es pas mort. Tu es juste inconscient. »

C'est vous Magnar ? Je ne comprends pas…Vous m'avez avalé.

« Oui, mais non dévoré. Je n'ai pas le droit de te dévorer, puisque tu as réussi l'épreuve, la véritable épreuve. »

La…véritable…épreuve ?

« Oui. Il fallait sauver l'enfant, non pas d'un animal quelconque, mais la sauver des griffes d'un dieu, de mes griffes. En te sacrifiant pour cette fillette, tu m'as montré toute l'étendue de ton courage. Dis-moi maintenant, quel est ton souhait ? »

Un souhait ?

« Celui qui remporte une épreuve a droit à un souhait. Dis-moi le tien et je l'exaucerai »

Je souhaite…pouvoir…

« Accordé »

Merci.

« Shaolan ?»

Oui, qu'est-ce qu'il y a, Magnar ?

« Shaolan ! »

Oui je vous entends !

« Shaolan, réveille-toi ! »

Magnar… non, ce n'est pas sa voix…

« Shaolan ! »

Kurogané !

Alors il ouvrit enfin les yeux, et vit le ninja penché au-dessus de lui, l'air exténué et inquiet. Il remarqua aussi qu'il se trouvait à nouveau dans cette place triangulaire, juste en dessous de la statue du lion.

« Alors, je suis revenu, souffla le jeune homme.

- Oui. La statue du lion est devenue rouge et tu es apparu d'un coup. Mais tu as mis un de ces temps à te réveiller ! Comment tu te sens ?

- Bi…Bien…Juste…Fatigué…Je ne me suis pas réveillé…C'est parce que j'étais encore avec Magnar…C'est le nom du lion. Il m'a demandé… »

Il m'a demandé quel était mon souhait ! Est-ce que…

Shaolan inspecta alors ses vêtements, mais ne vit rien de changé, à part…À part cette chose dans sa poche. Il plongea alors sa main à l'intérieur sous le regard interrogateur de Kurogané et en sortit un morceau de griffe, une griffe de lion.

Fin du chapitre 5

Auteur : Ah là là, je crois que je suis dans le même état de fatigue que nos deux héros

Shaolan : Mais pourquoi est-ce que j'ai failli me faire bouffer ?

Auteur : Il fallait bien trouver quelque chose mdr j'espère juste que ça n'a pas fait trop naze !

Shaolan : Mouais, en tout cas c'était dur pour mes nerfs cette épreuve

Kurogané : Attends, je t'ai pas encore raconté la mienne.

Fye : (tremble dans son coin) Dis-moi, MuZuN, est-ce que mon épreuve sera dure elle aussi ? Non, parce que vu l'état dans lequel tu m'as mis…

Auteur : On verra tout ça…Et arrêtez un peu de vous plaindre, pensez à cette pauvre Sakura qui se retrouve seule face à des nains puants et érudits !

Sakura : C'est vrai ça ! Et même que Shaolan voulait m'abandonner…

Shaolan : (oups)

Auteur : Voilà, na ! Sinon j'espère vous a plu, que c'était assez long et surtout désolée pour le retard (gomen nasai !) Reviews please !