Questions cruciales

"C'est là! s'écria Mokona.

- Quoi, c'est cette bicoque toute pourrie?

- Kurogané n'est jamais content! Kurogané est un gros râleur!

- Allons voir."

Je les ai encore interrompus, mais je commence à ne plus supporter leurs chamailleries incessantes : une fois ça va, deux fois ça devient lassant, mais au bout de la je-ne-sais-même-plus-combientième-fois comme maintenant, eh bien moi j'ai envie de commettre un double meurtre. Pourtant je tiens beaucoup à Kurogané et à Mokona, mais là je n'en peux plus! Cela fait une heure qu'on est sorti de ce fossé, mais j'ai l'impression que cela fait trois mois tellement ils commencent à me taper sur le système. Et heureusement que Fye est encore évanoui sur le dos de Kurogané, parce que même dans les vappes il s'en serait mêlé, et là je ne sais pas si j'aurais été capable de me retenir...Sans doute que je suis à cran...C'est ça, je suis sur les nerfs, je suis fatigué, et surtout je commence à désespérer de retrouver un jour Sakura...Enfin, Mokona nous assure qu'il sent la plume dans cette...cette...cette chose qui a dû jadis ressembler à une cabane. J'entre dans cette ruine en me baissant afin d'éviter les planches qui pendent dangereusement du plafond et j'avance vers ce qui me semble être le milieu de la pièce. Il n'y a aucune autre porte, et les fenêtres sont condamnées, donc si la plume est ici, c'est forcément dans cette salle, il n'y en a pas d'autre ; mais je ne vois rien, aucune lueur particulière.

"Alors, tu vois quelque chose? me demande Kurogané, encore à l'extérieur.

- Non...Mokona, tu peux venir et me dire précisément dans quelle direction se trouve la plume?

- J'entre de toute façon." répond Kurogané.

Kurogané-san est tellement grand qu'il doit carrément se plier en deux pour entrer. Mais c'était sans compter Fye sur son dos, et lorsqu'il se relève, malheureusement, une planche un peu plus basse que les autres heurte bruyamment la tête du magicien comateux. Kurogané grimace, et Mokona lui fait une remarque stupide, comme d'habitude, avant de se concentrer (enfin) sur la plume.

"On a traîné quelqu'un par terre ici."

Kurogané avait parlé en montrant le sol, à environ deux mètres de moi, vers le fond de l'abri. Je m'avance, repère les traces et les suis...Mais elles semblent s'arrêter net devant quelques branches posées n'importe comment au sol. Mokona saute sur ma tête.

"Mokona n'est pas sûr, mais Mokona croit que la plume n'est pas ici.

- Comment ça? s'énerve Kurogané. Tu nous as traîné jusqu'ici pour rien ou quoi?

- Mokona n'a pas fini! Mokona veut dire qu'il fallait passer par ici pour atteindre la plume. Shaolan, je crois que la plume est sous terre.

- Quoi?"

Je suis surpris, mais en y réfléchissant bien, cela explique peut-être pourquoi les traces s'arrêtent brusquement : il doit y avoir un passage! Je me penche et écarte les branches posées au sol, et je trouve...une trappe, pas tellement poussiéreuse, signe qu'elle a été utilisée récemment. Je me tourne vers Kurogané qui me lance un regard approbateur, et je descends.


"Ah! Vous voilà enfin sortie de cet état que je qualifierai d'évanoui que j'ai malheureusement provoqué. Puis-je tenter un redressement corporel ou vous sentez-vous encore trop faible?"

Je le regarde d'un air qui veut dire "tout ce que je veux, là, maintenant, c'est que tu vires de cette chambre et que tu n'y mettes plus jamais tes pieds poisseux", mais lui prend ça pour un oui et me relève. J'ai encore la tête qui tourne, et ça commence à m'énerver. Ce nain aussi commence à m'énerver...Je n'ai pas encore récupéré de souvenir où j'étais vraiment malade, mais je crois que je devais être une malade difficile à supporter...

"Ma chère, j'ai une excellente nouvelle à vous annoncer quant à votre petit problème circulatoire (car il s'agissait bien de cela) : votre jambe droite ayant reposé de tout son poids pendant une durée indéterminée mais suffisamment longue sur votre cheville gauche, laquelle n'était déjà plus bien irriguée du fait de ce trou qui orne votre mollet, cela a provoqué une coupure de votre circulation sanguine, qui elle-même a du provoquer fourmillements et enfin une désensibilisation de la zone concernée. D'où votre effroi à votre réveil de ne plus sentir vos charmants petits orteils. Mais le mal étant réparé, vous devriez à nouveau, et d'ici peu, être en pleine possession de votre sensibilité. Sur ce, finissons votre petit-déjeuner je vous prie.

- Plus...faim...

- Je vois, sans doute que ce surplus d'émotion vous aura fait perdre tout appétit. Peu importe de toute façon, car le déjeuner sera prêt dans deux tours de cadran, vous ne mourrez pas d'inanition d'ici là. Je vous reverrai donc à l'heure dite. Bon repos, vous en avez besoin, cette fièvre semble tenace..."

Et il sort de nouveau. Et puis...J'avais remarqué toute seule que la fièvre était tenace, merci! Comme si on avait besoin de me le préciser. Bref, je crois que ce n'est pas la fièvre, mais ce nain qui aura ma peau : à force d'essayer de me concentrer pour comprendre au moins un petit mot dans chacune de ses phrases, je me fais plus mal à la tête qu'autre chose...C'est lancinant et cela met beaucoup trop de temps à mon goût pour partir. Je voudrais tant que les autres soient là, pour sortir d'ici, pour entendre parler normalement, pour serrer Moko-chan dans mes bras...Je ne leur aurais même pas dit quelque chose de gentil si jamais ils ne me retrouvaient jamais. La dernière chose que j'ai dite, c'était pour rouspéter contre Fye et Kurogané qui voulaient encore s'entretuer. Pourtant ils sont tous si gentils avec moi, et la dernière chose que je leur dis, ce sont des reproches. Pire, je n'ai même pas parlé à Shaolan quand nous sommes arrivés dans ce monde, lui qui fait tant d'efforts pour rassembler ma mémoire...Je suis vraiment trop nulle ; en plus je me fais embrocher par un subalterne érudit...Sans compter cet oracle qui "décidera de ma vie ou de ma mort"...Avec la chance que j'ai, il décidera de ma mort bien sûr ; et Shaolan et les autres, ne sachant pas que je suis morte, continueront à me chercher en vain, jusqu'à ce que, des années après, ils meurent aussi à leur tour, et je serai responsable de leurs morts à tous les quatre. Je suis une fille tellement cruelle...

Je crois que je ne vais pas bien du tout, mon esprit divague trop...Bientôt j'aurai des hallucinations, puis je deviendrai folle, et là l'oracle ne décidera pas de ma vie ou de ma mort, mais plutôt dans quel asile il faudra m'envoyer. Et si je deviens une folle furieuse, ils me mettront une camisole et je baverai à longueur de journée en regardant d'un air vide les murs blancs de ma cellule. D'ailleurs, je crois que ça commence, je perds la tête...Ce n'est peut-être pas plus mal après tout, comme ça je ne serai pas consciente de ce qui m'arrive, et que je vive ou que je meure, cela ne fera aucune différence. C'est ça, je ferai mieux de devenir maboule, dans mon propre intérêt. Tiens, Ashta revient déjà...

"Déjà?

- Je vois que ma présence ne vous enthousiasme pas vraiment, mais voyez-vous, si j'ai l'audace de me présenter avant l'échéance énoncée précédemment, c'est juste dans le but de vous faire avaler cette pilule au fort pouvoir guérisseur...Ainsi votre fièvre sera totalement annihilée avant que vous n'ayez eu le temps de prendre conscience du fait que vous avez avalé ladite pilule.

- Non...

- Qu'entendez-vous exactement par cette réponse monosyllabique à forte connotation négative?

- Pas...pilule...

- Certes...Et avez-vous une bonne raison à énoncer pour justifier ce refus de soins?

- Je...veux...devenir...folle...C'est tout..."

J'ai dit cette dernière phrase en souriant et en regardant Einstein droit dans les yeux...Il a l'air surpris, pourtant mon raisonnement est logique, il devrait le comprendre, lui qui adore les hypothèses et les problèmes. Mais il n'a pas l'air. Alors, comme j'ai décidé d'être sympa, je prends une grande inspiration, bien déterminée à tout lui expliquer, mais alors que j'ouvre la bouche, il lance la pilule dedans, puis avec sa main poisseuse et puante, m'empêche de la recracher puis je ne sais pas comment, un verre d'eau apparaît dans sa main (comme par magie, ce nain est aussi magicien!) et me force à boire. Je ne veux pas, moi je veux devenir folle, mais je sens la pilule qui descend...Tant pis, la prochaine fois, je saurai qu'il ne faut pas que j'ouvre la bouche. Le nain magicien sourit, il a l'air content. Alors je souris aussi, parce que je ne suis pas contente, et je ferme les yeux : je ne suis pas fatiguée. Je ne sens plus la pilule, elle est déjà dans mon estomac, mais peut-être que bientôt elle remontera. Et quand elle reviendra, je la mettrai sous l'oreiller, pour la petite souris. Elle passera, et posera un piège à souris en échange de la dent. Il faudra que je fasse attention de ne pas me coincer les yeux dans le piège. Je le prendrai et je le poserai sur la cheminée, comme ça il chauffera et on aura du fromage fondu. Le fromage chaud, ça coule, et quand ça coulera, ça éteindra la fenêtre. C'est mieux les fenêtres éteintes, ça fait moins mal aux bras. Parce qu'on a besoin des bras pour faire le lit. Ah ! Et il faut que j'attrape des sauterelles pour les fixer sur le drap, sinon c'est trop mou. Je rouvre les yeux et je regarde Houdini.

"Je voudrais...des...sauterelles...Fais...Fais-les...apparaître...comme...comme l'eau!"

Ashta regarda sa captive avec un air aussi étonné qu'inquiet, puis lui répondit qu'il n'y avait pas de sauterelles dans ce monde, mais qu'il essayerait de trouver quelque chose pour les remplacer et qu'en attendant, elle devait dormir. Elle sourit en disant que oui, elle allait dormir, parce qu'elle aime bien le fromage. Il prit le verre d'eau qu'il avait en fait pris sur la table de chevet et sortit de la chambre.

"Comment se porte notre hôte?"

Ashta sursauta : le roi se tenait en face de lui. Il n'était pas prévu qu'il vienne aujourd'hui, pourquoi est-il là?

"Eh bien, avez-vous perdu l'usage de la parole depuis notre dernière entrevue?

- Certes non. Mais le fait de vous voir ici alors que je ne m'y attendais assurément pas a provoqué une sorte de petite absence de ma part que je vous prierai d'excuser.

- Vous serez tout excusé dès que j'aurai réponse à ma question : comment se porte notre hôte?

- Pour être tout à fait franc, je crains fort qu'elle ne soit en train de succomber à une folie passagère que la fièvre aura contribué à faire apparaître.

- Cela est fort fâcheux, fort fâcheux. Qu'en dit notre honorable homme de médecine?

- Il n'en dit rien pour l'instant, pour la simple et bonne raison qu'étant physiquement absent de sa demeure, il n'a donc pas pu être en mesure d'ausculter notre jeune captive.

- Soit. Alors je vous demanderais ceci, Ashta. Que notre médecin ausculte cette petite dès son retour, c'est une priorité. Pour ma part, je m'en retourne à mes royales fonctions. Adieu!

- Que la grande plume vous protège, vous et votre royale épouse."

Une fois le roi partit, Ashta soupira un grand coup et descendit l'escalier.

Le roi ne m'avouera donc jamais pourquoi il m'a envoyé quérir cette humaine. Ses desseins restent bien flous pour mon simple esprit. Peu importe finalement, car ce que roi désire, roi obtient. Même si je ne saisis vraiment pas pourquoi prendre cette humaine, qui était la plus faible du groupe. Assommer le grand brun aurait été plus judicieux : c'est le plus fort. Le petit est fort aussi, mais pas suffisamment, malheureusement pour lui, quant au blond, il semblait déjà affaibli. Et ce n'est même pas la peine de mentionner cette hideuse et turbulente créature immaculée, qui doit sans doute être la mascotte du groupe, rien de plus important. Je me demande ce que mijote l'oracle...Lui qui ne se trompe jamais, j'espère que ses capacités ne sont pas en train de décroître. Après tout, chacun fait ce que bon lui semble. N'empêche que son ordre n'était pas dicté comme à son habitude. Cette fois-ci, aucun description, ni figure de style d'aucune sorte...Son discours était plat, morne, presque...humain...Comment avait-il dit déjà? Ah oui :

"Il me faut la fille qui se trouve à l'entrée sud de la forêt."


Dans le palais des majestés de ce monde souterrain, la reine se dirigeait vers une pièce très spéciale, dans l'aile sud. Cette salle récente accueillait depuis trois mois environ l'oracle...Personne ne savait d'où il était venu, qui il était, ni pourquoi il était là ; mais depuis son apparition, il fit nombre de prédictions qui se révélèrent exactes, ce sur quoi il fut engagé au palais en tant que consultant (mais tout le monde le nommait "oracle"). Quant à sa vraie forme, nul ne la connaissait : il se matérialisait aux yeux de cette naine peuplade sous l'apparence d'une flamme gigantesque, mais bleue. La reine ouvrit la porte et s'engagea dans cette salle.

"M'entends-tu, oracle?"

La flamme bleue jaillit au centre de la pièce, à quelques mètres de la souveraine. Grande, froide et imposante, elle dépassait la reine en taille d'au moins un mètre, mais celle-ci ne scilla pas, habituée à ces apparitions soudaines et fantastiques.

" Je suis tout ouïe, ma reine. Qu'y a-t-il pour votre service?

- Il est une question que je me pose depuis quelques temps et je ne saurai y trouver solution sans ta précieuse contribution.

- Je vous écoute.

- Pourquoi désires-tu la jeune humaine?

- Elle sera d'une grande aide pour une tâche importante

- Quelle est cette tâche?

- Une tâche d'une importance capitale, dont je ne saurai ici vous expliciter le détail en quelques mots malheureusement.

- Ne peux-tu point, ou ne veux-tu point me l'expliciter?

- Ma reine est fort perspicace.

- Soit, puisque tes lèvres semblent scellées sur ce sujet...Il est encore un autre point que je souhaiterai aborder, puis j'en aurai fini.

- Tout ce que vous voudrez.

- Habituellement, tes prédictions se fondent uniquement sur des évènements à venir, qui n'ont pas encore eu lieu : ainsi tu as annoncé une grande période de sécheresse quatre mois à l'avance, puis ce fut la mort de notre ancien roi, là aussi plusieurs mois auparavant. Et lorsqu'une fois je te demandais de m'éclairer d'une de tes visions pour un évènement présent, tu me répondais que seul l'avenir était ouvert aux visions et que le présent devait être vécu et non pas vu. Alors voici ma question : comment as-tu su qu'il se trouvait une jeune fille à l'orée de la forêt alors que c'était un évènement présent?"

Sur cette question de la reine, la flamme sembla vaciller un instant, puis, d'un bleu profond elle vira au vert, puis au jaune pâle. La reine, affolée mais restant stoïque face à cet imprévu (comme son rang l'exogeait), reposa sa question.

" Comment as-tu su?"

L'oracle alors entra dans une fureur telle que, du jaune pâle, la flamme pris une teinte jaune éblouissante, tellement lumineuse que la reine du fermer les yeux.

Elle ne les rouvrit jamais.


Sakura se réveilla en sursaut. Elle était seule dans sa chambre, la fièvre était tombée.

Quel cauchemar...Une sauterelle géante essayait de me faire avaler une pilule avec du fromage dessus...La fièvre devait vraiment être forte. Maintenant je me sens mieux, je crois même que d'ici peu de temps je pourrai essayer de me déplacer sans tomber dans les pommes. Et...J'ai faim. J'ai du dormir longtemps et sauter un repas. Ah, j'entends des bruits de pas.

"La pilule que vous refusiez d'absorber a-t-elle fait son effet?

- Oui...Ah, j'ai moins mal à la tête.

- Je pense que votre estomac doit crier famine après ce jeûne prolongé et forcé, je m'en vais chercher votre plateau."

Ashta s'apprête à ressortir, mais il faut que je sache et il le faut maintenant. Allez, Sakura, lance-toi!

"J'ai une question.

- Alors il faut la poser.

- Qu'est ce que l'oracle?"

Fin du chapitre 9

Auteur : Voilà le chapitre 9 (même pas en retard)...En revanche pour le chapitre 10, je ne promets pas qu'il arrivera samedi prochain. J'essayerai, mais avec la reprise des cours, j'ai moins de temps pour me casser la tête sur la suite des évènements.

Reine : suite que je ne verrai plus...

Kurogané : de toute façon, t'avais pas un rôle important.

Shaolan : bon, on avance dans ce tunnel oui ou non, Kurogané-san?

Mokona (chuchote à l'oreille de Kurogané) : je crois que Shaolan est de mauvaise humeur.

Fye : zzzzz (aïe ma tête)...zzzzz...zzzzz...

Sakura : eh ben, quelle équipe

Auteur : c'est sûr que là ça craint (faudrait peut-être que les choses s'améliorent...)

Tous : OUI !

Auteur : d'accord d'accord je verrai ce que je peux faire! En attendant reviews please!