Chassé-croisé

Aïe ma tête ! Dur de se lever quand on était dans les vappes aussi longtemps…Et encore, là je suis juste assis ! Mais bon, c'est pas la mer à boire non plus, au moins, je n'ai plus mal qu'à un seul endroit…Finalement, le sol froid et humide de ce cachot aura au moins eu le mérite de me remettre sur pied. Car c'est bien la seule chose positive que l'on puisse trouver à cet endroit ; humide, d'un froid frigorifique et d'une couche de crasse impressionnante, j'avoue qu'il est difficile de faire pire. Enfin, peut-être que c'est pire, car après tout, je ne l'ai pas vraiment vu. Depuis que Kuro-pon est parti, c'est le noir complet : pas de fenêtres, pas de lampes. Ca veut donc dire, qu'il va falloir que je tâtonne pour trouver Shaolan…D'abord, se mettre à genoux : voilà ! Ensuite, poser les mains par terre…Si, si, tu peux y arriver petit mage, je t'assure, même si c'est sale, mouillé, crasseux, dégueulasse, gluant, répugnant, poisseux, anti-hygiénique et…Bref : allons-y. Si je me souviens bien, quand Kurorin était encore là, Shaolan était couché à ma droite, à environ un mètre. J'avance doucement (j'ai l'impression que les parties de mon corps en contact avec le sol ont du mal à se décoller du parterre tellement c'est poisseux…) et ma main gauche heurte quelque chose ; un pied !

« Shaolan ! je chuchote. Réveille-toi ! »

J'attends un peu, mais pas de réponse, encore moins de mouvement. Je me déplace vers le haut, et j'arrive au niveau de sa tête.

« Shaolan ! C'est Fye, ouvre les yeux ! »

Encore une fois, pas de réponse. Je pose alors une main sur son épaule et le secoue doucement, comme on réveillerait un enfant. Mais rien. Je vérifie…non, c'est bon, Kuro-pon ne l'a pas tué … On ne sait jamais avec cette grosse brute ! Non, je ne dois pas plaisanter, l'heure est grave. Je me demande pourquoi il ne se réveille pas…Je me positionne alors complètement derrière lui, de sorte à avoir sa tête juste devant mes genoux, puis je pose mes mains sur ses joues.

« Shaolan…Tu m'entends ? »

Le point négatif, c'est qu'apparemment non, il ne m'entend pas. Le point positif, c'est qu'il n'a pas de fièvre. Il est même un peu froid, mais ça c'est normal, cette cellule est un véritable réfrigérateur.

« Sha…o…lan…kun ? »

Non, il ne fait pas semblant non plus, sinon il aurait réagi. Bon, on va la jouer à la Kuro-sama. Pour ce faire, il vous faut :
-
un Shaolan comateux
-
et une main

Ensuite, c'est très simple : vous attrapez avec délicatesse le bras du Shaolan (pour ne pas le casser) et vous relevez la manche (qui n'est pas utile). Vous préparez votre main en frottant votre index contre votre pouce. Quand la main est suffisamment préchauffée, vous prenez le bras que vous n'avez pas lâché, et là, avec entrain et bonne humeur…

« On pince très fort ! »

Et là, ô miracle, le Shaolan se réveille !

Normalement…Non…mais…même…même si la méthode Kuro-sama ne fonctionne pas, comment je le réveille moi ?

Shaolan…Allez, quoi…Je pose à nouveau mes mains sur son visage. C'est peut-être un peu trop froid ? Attends, il l'a frappé où Kuro-wanko, au crâne, c'est ça ? Je passe alors mes mains dans ses cheveux, et doucement, je cherche la bosse. Je l'ai, juste à l'arrière, là où la tête reposait sur le sol poisseux. Sa tête aussi est poisseuse, mais malheureusement, ce n'est pas du tout la même consistance. Je porte une de mes mains pleine de ce liquide à mon visage et je la hume. Je devine ce que c'est, mais avant toute chose, il faut que je sois sûr. Je lèche doucement un de mes doigts et le goût du sang se dépose sur ma langue.

« Il faut sortir d'ici. »


« Voyez-vous, il n'est aucune véritable et rationnelle raison de s'alarmer : les serpents, s'ils ne sont pas affamés, si nous ne les dérangeons pas et s'ils sont d'une humeur plutôt joyeuse, n'ont aucune raison de s'en prendre à nous.

- Ca fait beaucoup de si…

- En effet, mais peut-être aurons-nous de la chance »

Pitié que la chance que j'avais aux dés marche aussi avec les serpents ! Mais qu'est-ce qui m'a pris de vouloir à tout prix rencontrer cet oracle à la noix ? Surtout que je ne sais même pas qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter (s'il ne nous tue pas tout de suite…). En plus, pourquoi il faut toujours que des trucs comme ça se passent la nuit ? C'est déjà assez stressant de nager au milieu de serpents comme ça, mais si en plus on ne peut pas repérer où ils sont et les éviter…Je crois que je vais vomir là…

« Bien, êtes-vous prête ?

- Non...Comment peut-on être prête pour ce genre de chose ?

- Allons, tout ira bien vous verrez, le tout est de ne pas faire de mouvements brusques ! Maintenant écoutez : nous allons sortir d'ici incognito, il ne faut pas que l'on nous voie, on se poserai des questions. Ouvrez la fenêtre.

- Vous êtes au courant que j'ai une jambe trouée ? Je ne peux pas sauter du premier étage, et même avec mes deux jambes valides, je ne sauterai pas du premier étage.

- Vous n'allez pas sauter voyons, ouvrez la fenêtre. »

Bon, ben j'y vais et j'ouvre cette fenêtre, puisque c'est demandé si gentiment. Ashta s'approche, escalade la rambarde et sans aucune hésitation, saute au sol. Il est juste devant la façade de l'immeuble, en pleine rue, sous un lampadaire… Et il appelle ça sortir incognito ? Il me fait signe de descendre : mais il était où quand j'ai dit que je ne sauterai pas ? Et il croit peut-être qu'il va me rattraper ?

« Vous êtes malade ! je dis ça suffisamment bas pour ne pas crier, mais suffisamment haut pour qu'il entende.

- Je vous ai portée des kilomètres durant, je vous rattraperai. Allez maintenant, nous n'avons pas toute la nuit non plus. »

D'accord, d'accord…Après tout, c'est lui qui aura mal, pas moi. Il faut juste que je le vise bien pour être sûre de tomber sur lui. Je passe une jambe au-dessus de la rambarde, puis l'autre, celle qui est trouée, je vise et je me laisse tomber.


Hyuuu ! Mokona rigole ! Mokona voit un nain se faire écraser par quelqu'un ! On dirait une fille ! Mais peut-être que les gens ne comprennent pas Mokona alors Mokona va tout ré expliquer depuis le début !

D'abord, Kurogané et Mokona ont beaucoup pleuré, et puis Kurogané s'est endormi parce qu'il était trèèèèèèès fatigué. Mais en s'endormant il n'a pas lâché Mokona et maintenant Mokona est coincé dans les bras de Kurogané ! Mais au moins Mokona a chaud ! Et après Mokona pourra dire à tout le monde qu'il a eu un groooooooooooooooooooos câlin de Kurorin ! Comme Mokona était coincé et qu'il s'ennuyait, il a d'abord essayé de dormir…Mais Mokona n'a pas sommeil parce que Mokona se fait trop de soucis pour ses amis. Alors après Mokona voulait appeler Yuuko, mais Mokona n'a pas réussi, parce qu'il y a une grande force qui bloque tout ici. Alors maintenant Mokona regarde la rue au bout de la ruelle, et Mokona a vu à l'auberge d'en face, un nain qui a sauté par la fenêtre ! C'était drôlement haut en plus ! Et puis après, il y a une fille qui a sauté sur le nain et qui l'a complètement écrasé parce qu'il n'a pas réussi à la rattraper ! Mokona a trouvé ça très rigolo ! Maintenant ils se sont relevés : la fille marche bizarrement, elle doit avoir mal à la jambe. Ils traversent la rue et sont presque en face de la ruelle de Mokona. Oh non, ils ont un peu tourné à droite et Mokona ne les voit plus ! Peut-être qu'ils vont passer devant la ruelle, Mokona aimerait beaucoup voir leurs têtes ! Ah ? Ouiiii ils sont là, ils sont là ! Ils passent devant Mokona ! C'est un nain et…

« Ah ! Kuro-pon doit se réveiller ! Mokona vient de voir passer Sakura ! »


« Sakura ?

- Du calme, Shaolan, c'est moi.

- Monsieur Fye ? Vous…vous êtes réveillé !?

- Oui, et toi aussi maintenant. Kuro-tan t'avait assommé, tu te souviens ?

- O…oui, vaguement. Ah ! Et ça c'est la prison alors ? Mais pourquoi est-ce que Kurogané nous a enfermé là-dedans ? On ne pourra jamais en sortir et…

- Calme-toi ! Tu as la tête qui saigne, il ne faut pas t'agiter comme ça ! »

Je touche ma tête et cela me fait faire une grimace : il n'y est pas allé de main morte, Kurogané ! Ca a dû beaucoup saigner parce que j'ai les cheveux tout poisseux, mais maintenant je crois que cela s'est arrêté. Si seulement je pouvais y voir quelque chose ! Je ne sais absolument rien de la cellule dans laquelle nous sommes ; je ne sais même pas où se trouve la porte !

« Monsieur Fye, comment voulez-vous sortir d'ici ? On n'y voit rien !

- Oh, mais nous allons sortir : j'ai un plan, et pour ça j'ai besoin de ton aide. D'accord ?

- Je…quoi comme plan ?

- Tu as toujours sur toi le cadeau du Dieu n'est-ce pas ?

- Euh…oui, la griffe est là.

- Bien ! Je pense que cette griffe est puissante, suffisamment puissante d'ailleurs pour pouvoir faire un trou dans la grosse porte blindée par laquelle nous sommes entrés. On essaye ? »

Je sens Fye qui m'attrape le poignet et on se relève tous les deux. Ensuite, il me guide dans le noir vers la porte.

« Comment savez-vous que la porte est là ?

- Je suis réveillé depuis que Mokona s'est débrouillé pour te dire qu'il y avait une plume ici.

- Alors pourquoi vous n'avez rien dit ?

- Parce que les gardes font moins attention aux cellules dont les occupants sont arrivés évanouis. C'est pour ça qu'il ne faut pas faire trop de bruit. Maintenant, tends la main. »

C'est dur et poisseux, un peu comme le sol sur lequel j'étais allongé. Puis je sens la main de Fye sur la mienne ; il pousse ma main vers la gauche et là, ça change de texture. La porte ! Mais…

« On dirait du métal…

- C'en est sûrement

- Et vous croyez que cette petite griffe va réussir à creuser le métal ?

- Tu vas voir : passe-moi la griffe. »

Je cherche dans mes poches et sors la griffe. J'attrape la main de Fye et je la lui donne. Mais je ne sais pas pourquoi, il ne la prend pas. Soudain, il referme mes doigts sur la griffe.

« Fye ?

- Je crois que c'est à toi de le faire.

- Hein ?

- Crois-moi, il faut que ce soit toi. »

Ok, s'il le faut. Je me place devant la porte et pose la griffe dessus. Et alors que je la bouge contre le métal une sorte de crissement se fait entendre dans la cellule : un bruit horriblement aigu et fort qui donne mal à la tête. Je me bouche les oreilles et tombe à genoux ; quelle horreur ! Comment une seule griffe peut-elle produire un tel son ?

« Shaolan, ça va ?

- J'ai mal à la tête…Et…Fye, toute la prison a du entendre !

- Je ne pense pas non…

- Mais vous avez entendu ce bruit !

- Justement, non…

- Quoi ? »

Là je comprends rien : il faudrait être mort pour ne rien entendre ! Et encore ! Pourquoi n'a-t-il rien entendu ?

« Comment vous n'avez pas pu entendre ça ?

- Cette griffe est puissante. Et magique. Je pense que ce son qui doit être assez désagréable est le prix à payer pour pouvoir l'utiliser. Tout comme le prix à payer pour Kurogané était de nous abandonner ici. Un laissez-passer en l'échange d'un abandon, et une griffe puissante qui ne peux être utilisée sans souffrir. Tout fonctionne comme chez la sorcière des dimensions.

- Mais je n'y arriverai pas, la porte est épaisse et ce bruit va me rendre dingue !

- La sorcière disait aussi que le hasard n'existe pas : si tu as eu cette griffe c'est que tu es capable de t'en servir, et toi seul. Et pour la même raison, Kurogané a eu le brassard. Si tu avais eu ce brassard, nous aurais-tu laissé dans cette prison ?

- Non…Je me serais battu contre les nains.

- Et nous aurions du nous cacher pour chercher Sakura, et cela nous aurait fait perdre du temps. Toi seul peux utiliser cette griffe, comme seul Kuro-pon a pu utiliser le brassard et comme moi seul pourrai utiliser cette fiole. Quant à la porte, regarde. »

Il me prend sous les épaules et me soulève du sol : puis il soulève mon bras et ma main touche la porte là où je l'avais creusée. Ou plutôt carrément explosée oui ! Sous ma main je sens une entaille énorme ! Je peux mettre ma main entièrement à l'intérieur ! Finalement, si tout cela va aussi vite, je peux supporter quelques sons désagréables. Je sers la griffe entre mes poings, prends une grande respiration, bien décidé à tout faire d'un coup. Mais avant…

« Fye ?

- Oui ?

- Forcez-moi à rester debout, s'il vous plaît.

- D'accord. »

Il se place alors derrière moi et place ses mains sur ma taille ; je sais très bien qu'il faudra qu'il me soutienne beaucoup plus fortement que ça, et je sais aussi qu'il fera ce qu'il faudra. Heureusement qu'il est réveillé et en forme, sinon je n'y serai jamais arrivé. Je me force à respirer lentement, je ferme les yeux, me concentre, puis je les rouvre. Je pose la griffe sur la porte et…

« J'y vais. »


« T'es sûr qu'elle est passée par là ?

- Oui ! Mokona est sûr ! »

Rhaaaaa pourquoi je me suis endormi ! Mais quel crétin ! C'était bien le moment pour me laisser aller…Mais bon, selon les dires de Mokona, ils ne sont passé que depuis deux minutes au plus (le temps que je me réveille, que le manjuu m'explique et que je me lève). Le pire, c'est qu'il y a une espèce de procession dans la rue là, avec un bonhomme tout barbu au milieu, entouré de gardes du corps, alors si je cours ils vont trouver ça suspect et m'arrêter pour me demander des « explications quant à mon comportement agité et saugrenu »…Voilà que je cause comme eux en plus…Galère ! Je me demande quand même où ils vont…En plus cette rue est trop éclairée à mon goût, tout le monde me voit, moi, l'ogre stupide. Ah et puis je m'en tape ! Il faut trouver la p'tite. Ca fait bien cinq minutes que je marche le long de la grande rue principale et je ne vois toujours rien devant moi. Pourtant, selon Mokona, la princesse boitait, donc elle ne marche pas vite, donc ça fait longtemps que je devrai la voir. A moins que…Je tourne dans une ruelle mal éclairée : il faut que je cause à Mokona.

« Mokona. Rassure-moi, la prison, ce n'est pas de ce côté, si ?

- Non ! Pour aller à la prison il aurait fallu tourner à droite en sortant de la ruelle. Et Sakura est partie par la gauche.

- Donc elle n'est pas en prison, c'est déjà ça : on n'aurait jamais pu la retrouver sans connaître le numéro de sa cellule. Mais qu'est-ce qu'il y a à gauche ?

- Mokona n'a pas pu beaucoup regarder…Mokona est désolé…

- Attends, quand on est entré ici on a descendu une sorte de grand escalier et après on s'est retrouvés dans la ville. On a marché un bout de temps et on est arrivé à la prison…Ensuite avec les nains nous sommes revenus sur nos pas et à peu près à mi-chemin entre la prison et la sortie, il y a l'auberge et la ruelle où nous étions cachés. Et vers la gauche, c'est vers la sortie. Donc, à l'entrée quand nous sommes venus. Il y avait un grand château, et…et quand on est passé à côté…

- Mokona a fait « Mekyo » !

- Bien, alors nous allons nous diriger vers la plume. Sakura, si ce nain ne l'emmène pas en prison, doit sûrement l'emmener au château. Allons-y. »

Mokona se planque à nouveau sous ma cape et je sors de cette impasse. Je tourne à gauche et je marche tranquillement, en attendant les instructions de Mokona.


Maintenant, tout est une question de chance. Shaolan a bien travaillé : il a complètement détruit la porte. Le problème maintenant c'est qu'il est de nouveau évanoui et que si un garde se promène par ici, on ne pourra pas se cacher. Alors avec Shaolan sur mon dos, j'attends le bon moment pour sortir. J'entends deux gardes discuter au loin : dès qu'ils ont fini, je sors. Et advienne que pourra. Un long grincement se fait entendre, tout au bout du couloir. Les portes de la prison ! Elles s'ouvrent ! Et ça c'est quoi, des trompettes ? Il y a de la musique…c'est pas normal. C'est une procession qui vient d'entrer là ? En tout cas ils font du bruit. Puis d'un seul coup, tout s'arrête, et quelqu'un annonce très fort :

« Que chacun vienne acclamer son roi ! »

Et soudain c'est un brouhaha immense qui emplit les murs de la prison ; tous les gardes quittent sûrement leurs postes pour aller voir leur roi. D'ailleurs, trois gardes passent devant notre porte béante et ne remarquent rien. Cependant, leur conversation est très intéressante.

« Que signifie donc la présence de notre souverain (que la grande plume le protège) en ce lieu ? Ne doit-il pas observer un deuil de trois jours, comme à l'accoutumée ?

- Certes, mais n'avez-vous donc point ouï la rumeur ?

- Grâce non ! Je ne tiens pas compte de ces commérages.

- Mais ceux-là sont très intéressants : la reine aurait été retrouvée morte dans la salle de l'oracle. Et comme c'est l'oracle qui a décrété le deuil de trois jours et que le roi (que le grande plume…) »

Maintenant, j'ai des informations dans ma poche : la reine est morte, sans doute tuée par cet oracle, et le roi n'obéit plus aux ordres de celui-ci…Cela peut être très intéressant pour la suite. Ensuite, ils ont parlé d'une plume, cela prouve donc bien que Mokona ne s'est pas trompé ! Et vu la façon dont ils citent la plume, elle doit être un objet très important pour eux, donc elle doit se trouver dans un endroit important. S'il y a un roi (et jadis une reine), c'est qu'il y a un château, non ? Ah, je crois que les bruits s'éloignent, ils doivent lui faire visiter les lieux ou quelque chose comme ça. Ou alors vient-il emménager une cellule pour cet oracle qu'il croit coupable ? Peu importe, en tout cas moi, ça m'arrange, j'ai la voie libre jusqu'à la porte d'entrée. Je sors de la cellule : ce couloir est plus long que je ne le pensais. Je passe au moins une vingtaine de cellules et j'arrive à un croisement. C'est pas vrai, ils sont tous dans le couloir sur ma droite. La sortie est à environ 50 mètres, droit devant moi, et les portes sont grandes ouvertes, et aucun garde pour surveiller. Je jette un coup d'œil discret à ma droite : ils se dirigent tous vers le fond de ce couloir, mais les derniers de la file ne sont qu'à un mètre de moi. Je peux passer inaperçu, à condition qu'aucun d'entre eux ne se retourne. De toute façon, c'est maintenant ou jamais. Je vérifie une dernière fois que tout le monde est tourné dans l'autre direction et j'avance. Je n'ai que quelques mètres à faire, cinq tout au plus, pour être hors de leur champ de vision. Pour l'instant tout va bien, mais il faut quand même pas traîner non plus, on ne sait jam…

« Hé ! »

Ca craint, ça craint, ça craint… Je me suis arrêté, il vaut mieux, et puis de toute façon je ne pourrai pas courir longtemps avec Shaolan sur le dos, j'ai encore mal à la tête, je n'irai pas loin.

« Hé ! Excusez-moi de vous apostropher ainsi mais… »

Je tourne la tête lentement vers le nain qui a parlé.

« Vous me marchez sur le pied.

- Oh, vous m'en voyez navré, je n'avais pas… »

Il ne me parlait pas à moi ! Je continue ma progression, soulagé comme je ne l'ai été qu'une seule fois dans ma vie (le jour où j'ai scellé Ashura, parce que…mais bref, il faut que je sorte). Je sors de la prison sans aucune difficulté et je me retrouve à l'air libre. Ca fait du bien. Je marche jusqu'à un pont et me cache en dessous. Shaolan est toujours évanoui. Je vais attendre qu'il se réveille, puis nous irons au château. Ce grand château noir qui se dresse à quelques centaines de mètres en face de nous.


Je suis au bord de l'eau avec Ashta et je crois que je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. J'ai l'impression de déjà voir les serpents grouiller dans l'eau : berk !

« Allons, ne faites pas cette tête là ! Je vous ai déjà dit que tout irait bien…

- Ouais…

- Allons, allons, changeons cette expression faciale morne et triste en une autre qui respire la détermination ! »

Il a raison : j'avais décidé de ne pas toujours attendre que l'on vienne me sauver, alors c'est le moment de faire mes preuves. Je vais nager dans ces douves, je vais entrer dans ce château, tirer les vers du nez de l'oracle à propos de ma plume et sortir d'ici sans avoir pleuré une seule fois.

« Je n'y arriverai jamais…

- Venez, il faut y aller. »

Des fois, j'ai l'impression qu'il n'écoute même pas ce que je dis. Mais bon, de toute façon il vaut mieux que je reste avec lui, plutôt que de me retrouver seule dans cet endroit assez peu accueillant. Il est déjà dans l'eau jusqu'à la taille et me tend la main en attendant que je vienne. Alors je rentre dans l'eau, mais je nagerai seule : il faut que j'arrête de toujours compter sur les autres. Je suis à ses côtés maintenant, et alors que je continue d'avancer, il m'arrête.

« Quoi ?

- Vous ne savez même pas dans quelle direction nager…

- Je suppose que nous allons tout droit.

- Pas exactement. Vous voyez ce pont sur notre droite ?

- Oui. C'est celui qui mène à l'entrée principale du château.

- Exact. Or, devant les portes du palais se trouvent des gardes, vous vous en souvenez ?

- Oui…

- Alors, nous allons effectivement nager tout droit dans un premier temps. Puis, une fois contre la paroi du château, nous longerons ledit édifice jusqu'à un point que je déciderai. Ensuite, comme ces chers gardes surveillent aussi les douves, il nous faudra nager sous l'eau jusqu'au pont, où nous serons hors de portée visuelle.

- Je comprends. Et c'est là qu'il ne faudra pas paniquer avec les serpents.

- A ce moment-là en effet, et après. Une fois sous le pont nous sortirons nos têtes de l'eau pour redonner à nos poumons l'oxygène nécessaire à notre non asphyxie, et c'est là qu'il faudra être vigilants : car si nous sommes hors de portée visuellement parlant, il ne faut pas omettre un petit détail important…

- Qui est ?

- Les gardes sont aussi pourvus d'oreilles.

- D'accord. Et ensuite ?

- Il y a une trappe sous l'eau juste en dessous du pont qui mène aux anciens cachots qui sont maintenant trop inondés pour être utilisés. C'est pourquoi nous avons construit une prison depuis quelques années. Mais peu importe. Nous reprendrons notre respiration et nous plongerons afin de pénétrer le château. Des questions ?

- Peut-on y aller maintenant ? Les serpents s'entassent autour de mes jambes.

- Certes. »

Je n'ai pas crié, je n'ai pas bougé. Pourtant cette sensation froide et glissante n'est pas franchement agréable. Nous nageons jusqu'au mur en face de nous et commençons notre progression vers le pont. Puis Ashta me fait signe que nous allons devoir plonger. Mais il est malade ! Je ne pourrai jamais retenir ma respiration sur une telle distance. Je lui attrape le bras.

« C'est trop loin, je chuchote. Je ne pourrai pas tenir aussi longtemps.

- Mais nous n'avons pas le choix ! reprendre notre respiration en cours de route compromettrait toute chance de réussite, et tout cela aura été vain !

- N'empêche que c'est trop loin, et …

- Chut ! Ecoutez. »

Je tends l'oreille et j'entends. Kurogané ! Kurogané est sur le pont et veut rentrer dans le château ! Je m'apprête à l'appeler mais Ashta me bâillonne sa main. J'ai failli tout faire rater. Mais c'est Kurogané…

« C'est mon ami, il voyage avec moi !

- Eh bien une fois tout ceci terminé vous pourrez remercier votre ami d'avoir fait diversion. Continuons de longer le mur le temps que votre compagnon occupe les gardes. »

C'est vrai que c'est une super diversion et qu'elle tombe juste au bon moment, mais j'aurai préféré pouvoir le prévenir que je suis là, et qu'il puisse venir avec nous. Nous sommes sous le pont, et Kurogané a arrêté de parler : il s'en va. Je fais signe à Ashta d'attendre encore un peu avant de plonger. Je le vois, marche le long de la rue qui borde l'eau. Si seulement il tournait la tête par ici, je pourrai lui faire signe ! Mais il ne me regarde pas. Alors je me retourne vers Ashta, je fais signe que je suis prête. Il me prend par la main afin de me guider sous l'eau, nous prenons tous les deux une grande inspiration et nous plongeons.


« Ca y est, chuchote Mokona. Sakura est passée.

- Tu crois qu'elle arrivera à rentrer dans ce château ?

- Le nain avait l'air sûr de lui.

- Hum…Espérons que tout se passe bien. En tout cas, heureusement que tu l'as vue dans l'eau le long du mur.

- Mokona a une super vue ! Il a tout de suite vu que Sakura et le nain voulaient rentrer dans le château !

- Oui…mais c'était risqué comme plan…Je me demande s'ils voulaient nager sous l'eau au départ…En tout cas on leur a évité ça…Maintenant, à nous de trouver un moyen d'entrer pour les aider.

- Qu'est-ce que Kurogané compte faire ? »

Je souris. Ces gardes ne sont que deux, et ça fait un moment que je ne me suis pas amusé. Mais d'abord, je dois attendre le bon moment. Le moment où leur vigilance faillira, le moment où je pourrai les surprendre…À moins qu'il n'y ait une autre entrée.

« Pour commencer, un tour du château s'impose. »


Auteur :
voilà ! Le chapitre 12 à temps (je ne pensais jamais le terminer !) Alors, alors, qu'est-ce que vous en pensez, hein ?

Sakura : Berk

Shaolan : Zzzzzzzz (aïe mes oreilles) Zzzzzzzz

Fye : je suis réveillé, je suis réveillé !

Kurogané : si tu dis à tout le monde que j'ai craqué, espèce de sale manjuu, je te fais cuire en fricassée !

Mokona : Kyaaa ! Kuro-pon est méchant avec Mokona, alors que sans Mokona il n'aurait même pas vu Sakura !

Auteur : bon, ben au moins tout le monde a un peu plus le moral qu'à la fin du chapitre 11 Rendez-vous samedi 27 janvier pour le chapitre 13 ! Reviewsss pleaaaase bye bye !!!

Et bonne année à tout le monde !!!!!!