Dans le château
Mokona n'a vraiment pas de chance ! La seule fenêtre ouverte du château est celle des toilettes. Snif…En plus ça pue, et Mokona a envie de vomir. Le sol est touuuuuut sale, les petites poupouttes de Mokona sont grises maintenant. Mokona n'aime pas être sale. La porte est entrouverte aussi, comme la fenêtre. Mokona avance doucement, comme un inspecteur dans un film (Yuuko adore les films d'action !)…sauf que Mokona n'a pas de beau pistolet pour se défendre et arrêter les méchants ; Mokona a mieux, Mokona a 108 techniques secrètes (Mokona est plus fort que l'inspecteur Gadget ! C'est Yuuko qui l'a dit !). Mais Mokona a quand même un peu les chocottes. La voie est libre ; en face de la porte, il y a trois couloirs. Celui à gauche est un escalier qui descend. Celui en face de Mokona va tout droit et est tout sombre. Et celui à droite est tout éclairé : il y a plein de fenêtres. Mokona doit se concentrer : où est la plume ?
Mokona ne sait pas…En tout cas, il faut prendre le couloir de gauche, parce que Mokona a dû grimper touuuuuut haut pour arriver à la fenêtre des toilettes sales qui puent, alors Mokona va commencer par descendre, comme ça il a plus de chances de tomber sur Sakura, et aussi sur Kurogané.
Mokona sort prudemment de derrière la porte et va vers les escaliers. Brrrrrr ! C'est tout noir en bas ! Ce n'est pas très rassurant, mais Mokona va y aller, Mokona veut se rendre utile, parce que tout le monde est fatigué. Ils auront tous besoin de Mokona, ça c'est sûr. En plus c'est un escalier qui tourne (Mokona ne sait plus le nom)…Mokona a très envie de chanter « mawaruuu ! » en descendant, mais il ne faut pas, Mokona se ferait repérer.
Les pattes de Mokona font « ploc », « ploc », sur chaque marche et ça résonne un peu. Ah ! Mokona voit de la lumière ! Mokona est bientôt arrivé ! Il y a du bruit en bas : des gens marchent…beaucoup de gens…
« Soldats, vous pouvez regagner vos postes respectifs.
- A vos ordres, Sire, et que la grande plume vous protège ! »
Il y a plein de gens qui ont répondu en même temps, ça a fait beaucoup de bruit d'un coup et Mokona a sursauté ! Oh non ! Des soldats montent dans l'escalier ! Vite ! Vite ! Une technique secrète de Mokona !
La super invisibilité…
« A vos ordres, Sire, et que la grande plume vous protège ! »
Là ça craint, il faut que je me fasse le plus petit possible, et que je me cache dans un coin, sinon ma couverture risque d'être foutue. Tous les nains obéissent à l'ordre du roi partent dans des directions différentes ; il faut que je bouge moi aussi. Je suis un petit groupe de soldats qui se dirige vers une grande salle à ma droite. J'aurai préféré prendre l'escalier en colimaçon, là, juste à ma droite : je ne sais pas pourquoi…une sorte d'intuition. Mais aucun soldat ne va dans cette direction, je me ferai trop remarquer. Et ce n'est vraiment pas le moment, je viens à peine d'entrer.
La salle où je me trouve est grande. Très grande. Il y a plusieurs piliers qui soutiennent le plafond, et de grandes ouvertures dans le mur de gauche font de gigantesques fenêtres ; cela ressemble un peu à la salle du trône du palais de Clow. Mais au pays de Clow, le paysage que l'on peut observer par les « fenêtres » est un peu plus réjouissant. Ici, on ne voit que l'intérieur du château : une sorte de cour centrale, sans aucune trace de verdure nulle part. Normalement chaque château possède des jardins. Peut-être que comme nous sommes sous terre, aucune plante ne pousse…Pourtant sur le talus de tout à l'heure, sous le pont, il y avait bien de l'herbe qui poussait. Ah, il ne faut pas que je rêvasse trop ! Les gardes sont déjà à l'autre bout de la salle, et entrent par une porte qui semble mener plus haut. Peut-être vers une des tours que l'on voit de l'extérieur ? Je traverse moi aussi la salle et prends l'autre issue possible, celle qui n'est pas du côté des fenêtres. Un couloir étroit et sombre s'ouvre devant moi ; il y a plusieurs portes sur les murs de côté. Mes yeux ne sont pas encore complètement habitués à l'obscurité, mais je sais exactement où je vais aller. Tout droit, vers la porte du fond. C'est la seule qui m'intéresse.
Car sur cette porte est dessinée une plume de Sakura.
Arrivé juste devant, je pose la main sur la poignée. A ce moment précis, j'entends que l'on parle près de moi : ça vient de derrière. Je me retourne : personne. Sûrement que quelqu'un se trouve derrière une de ces portes et s'apprête à sortir. J'abaisse la poignée que je n'avais pas lâchée, et j'avance rapidement dans cette nouvelle salle avant de me faire remarquer.
J'ai juste le temps d'apercevoir un nain sortir avant de refermer la porte.
Et de la verrouiller.
« Monsieur Ashta ?
- Qu'y a-t-il pour votre service ?
- J'ai une question…
- Je suis tout ouie.
- Est-ce qu'on est perdu ? »
Sans blague, ça fait au moins une demi heure qu'on se promène dans ce château sans trouver le moindre oracle. Pourtant d'après Môôsieur, ça ne devrait pas prendre plus de temps que ça, il suffit de, je cite : « trouver la grande salle, que dis-je, l'immense salle du trône »…Ben elle doit pas être si immense que ça…Parce qu'on ne la trouve pas…
« Je répète ma question, vu que vous ne répondez pas…Sommes-nous perdus ?
- Je dois admettre que ce couloir ne me dit rien MAIS…cela ne veut pas signifier pour autant que ce dédale aura prit le dessus sur ma capacité à élaborer une représentation mnésique vraie de ce château.
- Hein ?
- Je retrouverai le chemin. »
Même chez les nains alors, les hommes ne veulent pas admettre qu'ils sont perdus…Et heureusement qu'on est ici incognito, sinon il aurait fallu demander notre chemin…tâche impossible pour les hommes apparemment.
« Monsieur Ashta, est-ce que…
- Chut, on vient. »
Je me rapproche doucement du poisseux et écoute. On dirait un grondement sourd, comme quelque chose de grand et lourd qui roule. En plus il y a de l'écho, je n'arrive pas vraiment à distinguer d'où cela vient exactement…Soudain les bruits deviennent plus clairs ; le brouhaha s'estompe. Ce sont des bruits de pas. Une foule marche dans le couloir qui se trouve juste derrière cette porte. Une immense foule. Ashta tourne la tête vers moi et pose un doigt sur ses lèvres. Je hoche la tête, même si il commence à m'énerver : comme si j'allais me mettre à parler tout haut alors que des « ennemis » se promènent à quelques centimètres de nous, et que la seule chose qui nous cache est une espèce de vieille porte en bois. Bien sûr ! Tout le monde sait que Sakura est aussi discrète qu'un Mokona pompette !
Ah, « ils » se sont arrêtés de marcher. Le silence s'installe et une voix s'élève : je ne comprends pas ce qu'elle dit mais apparemment tout le monde l'écoute attentivement. Puis le bruit recommence, mais fort cette fois. En plus j'ai comme l'impression que ça s'éparpille un peu dans toutes les directions. Au bout d'un moment, tout est de nouveau silencieux, et Ashta ouvre la porte. Nous arrivons dans un couloir assez large, et trois possibilités s'offrent à nous : une escalier en colimaçon qui monte, une porte droit devant nous ou un couloir à notre droite…
« C'est par là, annonce Ashta.
- Vous êtes sûr ? On ne sait jamais…
- Oui, oui, certain. Nous sommes arrivés dans le hall principal du premier étage. Les escaliers tournicotant à votre gauche mènent aux cuisines et aux appartements des domestiques. La porte en face de nos humbles personnes conduit aux jardins et nous, nous nous rendons à droite, vers la salle du trône. Mais hâtons-nous, nous ne voudrions pas nous faire surprendre ici n'est-ce pas ?
- Non. »
Et nous prenons à droite. La salle du trône ressemble à celle de mon palais, ça me fait une impression bizarre. Je regarde autour de moi, et je ne me suis même pas rendu compte que j'avais ralenti. Soudain, je vois Ashta qui court vers moi et me cache derrière un des piliers de la salle. Il m'intime le silence et s'en va. Je jette un coup d'œil : un autre nain est là.
« Et l'ami !
- Plaît-il ? répond Ashta.
- Est-ce vous qui tantôt avez pénétré la salle de l'oracle ?
- Non, je viens juste d'entrer cette salle-ci. Y a-t-il eu quelque évènement étrange ?
- Je ne sais pas si cela est étrange, mais cela n'est pas commun : alors que je remontais des salles de tortures, je m'arrêtais juste avant d'ouvrir la porte menant au couloir car il me semblait avoir entendu quelque bruit inconvenant. J'ouvre la porte, et je ne vois rien mis à part la porte de la salle de l'oracle que l'on referme et, je l'ai entendu, que l'on verrouille de l'intérieur. Ayant moi-même encore quelques choses à régler je suis redescendu vers l'endroit d'où je venais et en remontant je vous trouve ici. Alors je vous demande si c'était vous, mais puisque vous m'affirmez que non, il doit s'agir de quelqu'un d'autre.
- Oui, quelqu'un d'autre effectivement. Soit, en tant que garde principal je vais m'assurer que tout se passe bien pour l'oracle. Vous pouvez retourner à vos affaires l'esprit serein. Au revoir. »
Puis l'autre nain s'en va et je contourne le pilier pour qu'il ne me voie pas. Quand il est sorti, j'avance vers Ashta.
« La porte est fermée alors ?
- C'est ce que nous allons vérifier de suite. Venez. »
Je le suis à travers la grande salle et nous prenons une petite porte qui mène à un couloir. Dans ce couloir se trouvent de nombreuses portes, mais Ashta ne les regarde même pas, il va directement vers celle tout au fond. Celle qui a une de mes plumes dessinée dessus. Il abaisse la poignée : sans effet. La porte est bien verrouillée. Ashta se tourne vers moi…
« Nous allons devoir contourner »
Il fait demi-tour dans le couloir et ouvre la première porte à gauche.
« Où mène cette porte ? je demande.
- A l'armurerie. Une fois là-bas il y a un passage souterrain dont la plupart des personnes de ce château ignorent l'existence. Nous prendrons ce passage. Maintenant, en route. Le chemin nous fait faire un long détour. »
Je m'engage dans ce nouveau couloir et Ashta ferme la porte derrière nous.
Les serpents autour de moi n'ont pas l'air de vouloir bouger, même quand je les frôle. Mais bon, au moins ils sont calmes…je ne sais pas si une de leur morsure peut-être mortelle, alors autant qu'ils restent comme ça. Je longe le mur du château en ne sortant que rarement la tête de l'eau : les soldats sont sur la berge. Un mouvement trop brusque et je suis repéré. Je vais mettre longtemps, très longtemps à arriver sous le pont à ce rythme-là, mais tant pis. Il faut que j'entre là-dedans. Shaolan, Sakura et Mokona sont déjà à l'intérieur, et peut-être même que Fye aussi. Comment a fait Sakura pour ne pas devenir dingue au milieu de tous ces serpents ? Même moi j'ai du mal à supporter leurs corps froids qui se heurtent à mes bras, mes jambes et mon visage. Je prends une longue respiration et je plonge, afin d'avancer un peu plus vite.
Sous l'eau, j'ouvre les yeux. C'est tellement sale que tout est brun. Je commence à nager doucement, veillant à bien rester en dessous de la surface. Le problème, c'est que les plus gros serpents sont au fond, justement. Et si je bats trop fort des jambes pour avancer je vais en frapper un, voire même plusieurs. Et si ceux-là me mordent, même s'ils ne sont pas venimeux, ça risque de faire mal. Je n'ai plus tellement d'air.
En sortant doucement la tête des douves, je remarque que je ne suis plus qu'à environ deux mètres du pont. Je plonge à nouveau.
En ouvrant les yeux je me retrouve nez à nez avec un serpent, un gros. Qu'est-ce qu'il fait en hauteur ? Je reste immobile, attendant de voir comment cet animal va réagir. Mais il ne semble pas me voir, et retourne vers le fond en passant entre mes jambes. J'attends encore quelques secondes pour être sûr, puis je nage.
Une dernière respiration avant d'aller chercher l'entrée que Sakura a empruntée, et c'est parti.
Le trou est béant dans le mur, on ne peut vraiment pas le rater. Ca ressemble à une porte : peut-être une ancienne issue. Je m'engage dedans. C'est une sorte de couloir avec un escalier complètement inondé depuis pas mal de temps, vu son état. Je monte en nageant : il y a encore des serpents ici. Je crois que la surface n'est pas loin.
Je peux enfin respirer normalement, sans me retenir. Ca fait du bien, même si ça sent très fort le moisi. Cette eau était très froide, j'espère que j'en ai fini maintenant. Je suis dans une espèce de bassin. Je jette un regard au-dessus du petit muret : il y a encore de l'eau, mais je pourrai sans doute marcher. Je commence à escalader le rebord de ce bassin quand je sens que l'eau derrière moi s'agite anormalement. Je me retourne juste à temps pour voir un énorme serpent se dresser, puis fondre sur ma jambe et me mordre. Alors que je sors mon sabre et que je lui tranche la tête, l'eau se teinte de rouge. Il ne m'a pas raté ! J'escalade donc le muret et continue ma progression dans ce tunnel.
Heureusement que je ne suis pas tellement fatigué, parce que ces jardins sont loin ! Je crois que j'aurai préféré les douves finalement. Oui, mais Kuro-pon n'aurait pas pu courir, en tout cas pas aussi vite que moi maintenant.
Apparemment les gardes ne m'ont pas vu partir, personne n'est en vue derrière moi. Il faut croire que j'ai de la chance. Mais après le petit pont noir, le seul problème, c'est que les jardins se trouvent de l'autre côté des douves : aucun moyen d'accès n'est visible. A part les grosses chaînes qui sont fixées au château et qui vont jusqu'à la berge. Mais si je monte là-dessus, je me ferai repérer. Il faut que je trouve…une barque ?
Là, une barque, seule, abandonnée, et qui n'attends que moi ! Je ne réfléchis pas deux fois : je descends au bord de l'eau et je largue les amarres. En une dizaine de coups de rame tout au plus je serai de l'autre côté.
Un coup de rame : ces jardins sont un peu bizarre, j'ai l'impression qu'il n'y a pas vraiment d'organisation. Comme si en fait toutes les plantes avaient poussé comme elles voulaient.
Deux coups de rame : en plus, il n'y a aucune fleur. On dirait qu'il n'y a que des plantes grimpantes, comme du lierre. D'ailleurs, le lierre monte sur tout le mur du château de ce côté-ci.
Trois coups de rame : finalement je vais beaucoup plus vite que ce que j'avais prévu. Je suis déjà à la moitié du parcours.
Quatre coups de rame : des bruits se font entendre du côté du pont noir. Les gardes doivent faire le tour du château. Peut-être qu'ils ont enfin compris qu'on s'était séparés, Kuro et moi. Il faut que j'accélère.
Cinq coups de rame : des cris s'élèvent. Ils m'ont vu.
Six coups de rame, puis sept : je suis de l'autre côté. Je laisse la barque et m'en vais en courant. Je me réfugie derrière un bosquet et attends de voir ce que vont faire ces nains. Ils sont tous entassés de l'autre côté en train de concerter. Je ne vais pas attendre qu'ils traversent.
Je reste à quatre pattes et me dirige vers la façade du château la plus proche. Il y a une porte, juste là, cachée derrière le lierre. J'attrape la poignée et je l'abaisse : ce n'est pas fermé, elle s'ouvre. Mais le lierre m'empêche de l'ouvrir complètement. Je tire le plus fort que je peux, histoire d'arriver à passer quand même. Mais elle résiste, et j'entends des bruits d'eau qui bouge. Alors je place un de mes pieds contre le mur et je tire du plus fort que je peux. La porte s'ouvre suffisamment, mais moi je me retrouve par terre. Je me redresse en vitesse et entre, en refermant doucement derrière moi. Les nains sont arrivés de mon côté, et je peux les voir par les interstices entre les planches de la porte. Ils ne m'ont pas vu ! Ils passent tous devant moi sans s'arrêter ! Je m'autorise un soupir de soulagement et je me retourne…
…pour me retrouver face à une lance qui pointe dangereusement vers mon cou.
J'ai refermé la porte juste avant que ce nain ne tourne la tête. C'était juste ! J'espère seulement que cette porte ne mène pas à un cul-de-sac. Je me retourne et observe la pièce dans laquelle je me trouve.
Tout est noir. Il n'y a pas de fenêtre et la seule lumière qui existe ici est celle qui filtre par-dessous la porte que je viens de fermer à clef. Je me dirige prudemment vers le centre afin d'avoir une vue d'ensemble. Mais je n'ai alors fait que deux pas qu'une immense flamme bleue jaillit devant moi.
« Qui va là ? »
C'est cette flamme qui parle ? Il faut croire, il n'y a personne d'autre ici.
« Es-tu muet ?
- Ah…euh, non.
- Qui es-tu ?
- Je suis Shaolan. Et vous qui êtes-vous ?
- Je suis l'oracle. »
L'oracle ? C'est quoi encore cette histoire ? Moi je veux la plume, c'est tout.
« Euh, monsieur l'oracle ? Vous n'auriez pas vu une plume magique dans les environs par hasard ?
- Et que voudrais-tu en faire ?
- Je pense que ça ne vous regarde pas, mais je suis dans mon jour de bonté alors je vais vous le dire : je compte la rendre à sa propriétaire.
- Et cette « propriétaire » ne peut-elle pas venir elle-même chercher son bien ?
- Où est la plume ? »
A cet instant la flamme prit des proportions gigantesques et, d'un seul coup, disparut complètement. Pourquoi est-elle partie ? Je m'avance vers le centre de la salle, là où est apparue la flamme. C'est bizarre, il n'y a aucun trou dans le sol, ce feu ne peut donc pas venir de là. A moins que ce ne soit de la magie ! Après tout, on ne sait rien sur ce monde, à part que les nains y sont aussi sales qu'intelligents. Peut-être qu'ils ont aussi des pouvoirs magiques. J'aurai dû demander à Fye quand j'étais encore avec lui.
Soudain, le sol se met à trembler juste en dessous de mes pieds. Je me redresse, mais c'est tout ce que j'arrive à faire. Mes jambes refusent de bouger, tout comme le reste de mon corps. Un rire s'élève et emplit la salle : froid et cruel.
« Tu n'auras pas cette plume. »
Oh que si je l'aurai, je dois la rendre à Sakura.
« Je suis sûr que tu es en train de me répondre, mais c'est inutile. Tout le monde sait bien que les statues ne parlent pas…Et je ne sais pas lire dans les pensées. Ce qui est fort dommage d'ailleurs, cela m'aurait évité quelques désagréments. Sur ce, je te laisse. Profite de ta solitude et de ce silence pour faire le point sur ta vie : car elle s'achève bientôt. »
Puis l'oracle disparut, provoquant une bourrasque. Je suis immobilisé, mais pas fixé au sol, et ce coup de vent est si puissant qu'il m'envoie à l'autre bout de la pièce. Maintenant, même si quelqu'un rentre, il ne me verra plus : le rire de l'oracle résonne à nouveau dans ma tête avant de s'éteindre doucement…
Qu'est-ce que je fais maintenant ?
Saleté de souterrain ! Déjà l'eau m'arrive assez haut, je ne peux pas avancer vite, et en plus il y a un énorme trou au milieu ! J'ai déjà failli me noyer…Enfin, je me suis aussi fait mordre par un serpent, j'aurai pu me douter que cette ascension était mal partie. En plus l'air commence à se faire rare : je respire difficilement. Mais restons positif : je n'ai pas vu Sakura, donc elle a réussi à aller plus loin.
Ma main suit les contours bizarres de ce mur ; parfois je sens des drôles de choses, des trucs pointus qui sortent du mur. Je n'ai pas assez de lumière pour voir ce que c'est, mais ça ne me dit rien de bon. Ah, le couloir tourne vers la droite. Peut-être qu'il y aura plus de lumière après ce virage. Mais bien sûr, avant d'y arriver je trébuche encore une fois. Mon pied vient de glisser sur une pierre apparemment trop lisse, et je me retrouve de nouveau dans l'espace du milieu, entre les deux murs, qui ne semble pas avoir de fond. Je bats des bras pour me ramener à la surface, mais je suis bloqué : mon pantalon est resté accroché à un de ces trucs pointu qui sont dans les murs. Je remue un peu, mais pas moyen de se dégager. Calme : pour l'instant j'ai encore suffisamment d'air. Je me penche sur mon membre prisonnier et le libère doucement du mur. Je sens l'air dans ma gorge qui veut sortir, et mes poumons qui commencent à se compresser. Je nage vigoureusement vers la surface. Mais elle me semble loin, très loin. Je n'en peux plus, et tout l'air que je retenais s'en va dans une succession de bulles plus ou moins grosses.
Je tends la main vers le haut, dans un dernier espoir.
Tous les nains sont partis et Mokona a pu enfin enlever la super invisibilité. L'escalier est maintenant derrière Mokona, et il y a une grande salle. Mais Mokona sait où il doit aller, parce que Mokona sent l'aura d'une plume. Oui, si Mokona va tout droit, il se rapprochera de la plume de Sakura.
Mokona court le plus vite qu'il peut pour traverser la pièce et arrive enfin dans le couloir. Il fait noir et c'est tant mieux, parce que comme ça personne ne verra Mokona passer.
Au bout du couloir, il y a une graaaaaaaande salle, tellement grande que Mokona se sent touuuuuuuuuuut petit. Alors Mokona se dit que les nains aussi doivent se sentir tout petits dans cette salle. Hu hu ! Mokona n'est pas le seul petit ! Mokona est content ! En plus Mokona est utile et va aller trouver la plume, et peut-être que Sakura sera déjà là aussi, alors elle fera un grooos câlin à Mokona ! Et Mokona adore les câlins de Sakura, même si Mokona pense qu'elle devrait plutôt faire des câlins comme ça à Shaolan.
Mokona court de pilier en pilier et se cache bien à chaque fois : on ne sait jamais, si un nain arrive, il pourrait voir Mokona si Mokona traverse toute la salle d'un seul coup.
Ah, Mokona est arrivé au dernier pilier. Maintenant il faut aller par la porte là, juste en face de Mokona. Un regard à droite, un regard à gauche, un en arrière et c'est parti ! Heureusement il n'y a personne ici, Mokona est arrivé à la porte sans problème.
Maintenant Mokona marche dans le couloir. Il y a plein de portes ici, mais la plume est derrière celle du fond. Oui, c'est là que va Mokona, parce que Mokona est courageux et que Mokona veut aider ! En plus, Mokona est le seul à pouvoir sentir les plumes de Sakura. Et peut-être Fye aussi, mais comme il ne veut plus faire de magie, c'est Mokona qui a le rôle de trouver les plumes.
Mokona arrive enfin devant la porte qui l'intéresse. Sur la porte, il y a un graaaand dessin : Mokona ne s'est pas trompé.
C'est un dessin d'une plume de Sakura.
Ma main s'agrippe à une pierre qui heureusement a l'air solide et je m'extirpe hors de l'eau, le souffle court. Il me faut quelques minutes pour que ma respiration redevienne normale. Mais voilà que j'ai la tête qui tourne : sûrement le manque d'oxygène. Je continue à avancer malgré tout, et bientôt toute l'eau qui reste dans ce tunnel se résume à quelques flaques par-ci, par-là. Ca fait du bien de ne plus avoir à avancer dans de l'eau glacée et puante (même si l'odeur est encore présente sur mes vêtements). Au bout des petits escaliers, il y a une porte. De la lumière passe en dessous. Je me demande bien où je vais pouvoir atterrir cette fois-ci.
Je pousse de toutes mes forces sur le panneau de bois. Il bouge à peine. Ou alors c'est moi qui suis vraiment à bout de forces, ou cette porte est sacrément résistante. C'est vrai que ces nains ont une force particulière : le nain qui accompagnait Sakura n'a sûrement eu aucun mal à ouvrir cette porte. Je pousse encore une fois, et cette fois ça s'ouvre suffisamment pour que je puisse me faufiler de l'autre côté. Tout serait parfait sans ce mal de crâne.
Quelques dizaines de minutes plus tard…
Je crois que je me suis perdu. J'ai pourtant essayé de faire attention aux couloirs que je prenais. Il faut croire que ce n'était pas suffisant. Peut-être que ce mal de tête m'empêche un peu de réfléchir. En plus, j'ai l'impression que mes jambes tremblent. Pourtant quand je les observe, elles ne semblent faire aucun mouvement. C'est comme si…comme si elles avaient du mal à supporter le reste de mon corps. Je ne sais pas ce qui se passe, mais à mon avis ce n'est pas très bon.
Ca fait maintenant au moins cinq minutes que je suis ce couloir. Il va tout droit, mais j'ai l'impression de ne pas avancer. Peut-être qu'une fois arrivé au bout, j'aurai plus de chance que jusqu'à maintenant : peut-être que je trouverai Mokona, Shaolan ou Fye. Ou même Sakura et ce nain. Je serai même content de croiser Igor et Grieschka tellement je suis perdu !
J'arrive enfin au bout du couloir. A ma droite, un escalier en colimaçon monte vers je ne sais où. En face de moi, une porte conduit quelque part. Et à ma gauche, un couloir mène vers un endroit inconnu…Comment choisir ? Je m'avance jusqu'au centre de la pièce, histoire de pouvoir mieux comparer mes possibilités.
Soudain, ma gorge me gratte. Si je tousse maintenant, je vais me faire repérer. Mais c'est impossible de me retenir. Allez, je tousse deux ou trois fois, et puis ce sera bon, ce sera passé. Mais non, la toux empire au fur et à mesure. Et ça fait mal. Tellement mal que je me retrouve à genoux, au centre de cette pièce. Je n'aime pas être aussi vulnérable, mais je ne peux pas m'arrêter de tousser. J'ai l'impression que mes poumons et ma trachée se déchirent, et que je n'arriverai plus jamais à aspirer de l'air. Mais après une quinte encore plus forte que les précédentes, ça s'arrête enfin. Je respire de nouveau, mais je suis toujours à genoux : je n'ai plus de forces. Je relève la tête, mais tout ce que je vois, ce sont des petits points noirs, qui bougent de plus en plus vite et qui prennent de plus en plus de place. Je lance un regard vers le couloir de gauche : il y a du bruit. Quelqu'un arrive, il faut que je m'en aille. Mais mes jambes ne répondent plus, et tous mes efforts font que finalement je me retrouve couché par terre, complètement incapable de me relever, ni même de bouger ou parler. Je sens que je commence à perdre connaissance sans que je ne puisse rien y faire. Une silhouette se profile au bout du couloir. Je tente alors une dernière fois de me relever, mais j'arrive seulement à mettre une main à la hauteur de mon visage.
Et en voyant le sang sur cette main, je me dis que, peut-être, ce serpent était venimeux…
Au bout de la lance se trouve une imposante armure qui n'a pas vraiment l'air sympathique. Une armure de nain, heureusement vide. Je dois être tombé dans la salle des armes. Je contourne avec précaution la lance acérée sur laquelle j'ai failli me blesser tout seul et observe la pièce. A ma droite, une porte en bois, l'air assez vieille. En face, une immense cheminée, si grande que Kuro-tan pourrait se mettre debout dedans sans se contorsionner. Et enfin, à ma gauche, un escalier qui monte. Pour le reste de la pièce, les murs sont remplis d'arcs, d'arbalètes, d'épées et de lances. Ces nains n'en ont pas l'air, mais ils sont très bien équipés, et si une guerre devait se déclarer, ils ont déjà pas mal d'armes et d'armures en réserve. Je regarde à nouveau à ma droite. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai comme une intuition. C'est cet escalier que je dois prendre. Avant d'y aller, je décroche un poignard (on ne sait jamais) et je commence à me diriger vers la droite. Soudain, des bruits de pas résonnent derrière la porte de gauche. Soit les gardes qui me couraient après sont entrés par un autre endroit, ou alors c'est quelqu'un d'autre qui vient prendre une arme. Dans tous les cas, il ne faut pas que l'on me voie. Je gravis alors l'escalier quatre à quatre, jusqu'à être sûr que le danger est bien derrière moi.
« Vous n'avez pas entendu un bruit ? »
Ashta ne répond pas, mais je sais qu'il a entendu comme moi. Sinon, il n'aurait pas porté la main à la dague qu'il porte au côté. Il ma fait signe de rester derrière lui, et ouvre doucement la porte. Je l'entends marcher un peu, puis plus rien. J'allais demander ce qu'il se passait lorsqu'il prit la parole.
« Vous pouvez venir, il n'y a personne ici. »
Je passe la petite porte en bois moisi et me retrouve dans une salle remplie d'armes du sol au plafond. A droite, une armure assez effrayante pointe sa lance juste vers une autre porte en bois. Si quelqu'un entre par là, il risque de se retrouver avec une lance dans la gorge. En face, un escalier, et à gauche, une imposante cheminée sous laquelle se trouve Ashta.
« L'individu que nous avons entendu a dû monter par l'escalier.
- Ou sortir par cette petite porte, j'ajoute
- Non, non, dit Ashta. Cette porte ne peut être ouverte que de l'extérieur. Donc notre étrange visiteur n'a pu que s'enfuir par l'escalier. Cela m'aurait étonné qu'il connaisse le passage secret que nous allons emprunter. »
Ashta se met alors à trifouiller dans les cendres de la cheminée avec ardeur. Soudain, il pousse un petit cri de victoire et je le vois appuyer de toutes ses forces sur quelque chose qui se trouve par terre. Peut-être un levier ou un mécanisme, parce que soudain le fond de la cheminée se met à tourner. Il pivote sur lui-même, et s'arrête lorsque l'ouverture est assez grande pour laisser passer un nain. Ashta se tourne vers moi, triomphant.
« Bien, jeune demoiselle, allons-y. »
Et il s'engage dans l'ouverture noire de suie. Je le suis, et une fois arrivé de l'autre côté, je remarque un escalier assez vertigineux. Tellement raide à vrai dire, qu'on se demande si c'est un escalier ou un mur d'escalade. Ashta allume une torche et referme le passage secret.
Tout en haut de l'escalier, je me retrouve dans une immense salle dans laquelle se trouvent plusieurs imposants piliers. Il y a aussi un trône à ma gauche…C'est sûrement la salle qu'occupe le roi habituellement. A ma droite se trouvent d'énormes ouvertures : il fait clair dehors, même si nous sommes sous terre. On pourrait dire que c'est le matin. Mais c'est une lumière artificielle. Je traverse la salle sans trop savoir où je vais.
Soudain, j'entends tousser. Cela vient du couloir tout à fait à l'autre bout de la pièce. Je me dirige prudemment dans cette direction, alors que les bruits de toux redoublent d'intensité. Quelqu'un, de l'autre côté de ce couloir, est malade. Même très malade, à en juger par ce que j'entends. J'arrive en face du couloir, et je vois un homme couché à terre. Il lève une main vers son visage et s'évanouit. Ami ou ennemi, je ne peux pas laisser cet homme comme ça : je m'approche donc.
Au fur et à mesure de ma progression dans ce couloir, je distingue de mieux en mieux l'homme à terre. Quand je reconnais Kurorin, je me mets à courir sans même m'en rendre compte. Je m'agenouille à côté de lui et le secoue doucement. Il est trempé.
« Kuro-pon ! »
Rien à faire, il est vraiment bien évanoui. Est-ce que c'est l'eau des douves qui l'ont rendu malade ? J'enlève mon manteau et le recouvre avec : et là je la vois. Sa main est pleine de sang. Et maintenant que je regarde mieux, le coin de sa bouche est rouge lui aussi. Ce ne sont pas les douves qui l'ont rendu malade. Un peu d'eau n'a jamais fait cracher du sang. Je pose une main sur son front : il a un peu chaud. En plus, je crois que quelqu'un se rapproche. Je n'ai pas le choix.
Je dois utiliser ma fiole…pour la troisième fois.
L'ascension est difficile, d'autant plus que me jambe me fait de nouveau mal. Je préviens Ashta qui m'explique que ce sont sans doute les anti-douleurs qui ne font plus effet. Heureusement pour moi, il a pensé à tout. Sa main se penche vers moi : il a emmené des médicaments ! J'avale les comprimés comme je peux, étant donné qu'Ashta n'a pas pris d'eau. Je le remercie et nous continuons de monter cet escalier…nous sommes à quatre pattes tous les deux. On ne peut pas avancer autrement de toute façon.
« Ashta ?
- J'écoute ?
- Où allons-nous arriver exactement ?
- Cet escalier aussi abrupte que vertical va nous mener tout droit sous une trappe qui se trouve juste derrière la porte que vous avez vu tantôt, avec la plume dessinée dessus.
- Et l'oracle sera là ?
- Il est toujours présent.
- Pourquoi voulez-vous le voir, vous ?
- Pardon ?
- Oui…moi je sais pourquoi je veux le voir, mais vous ? Allez-vous le remettre en question à propos de ce que j'ai dit à l'auberge ?
- Oui…mais je voudrai également le questionner sur la mort de la reine et sur les raisons qui ont motivées sa décision de vous faire kidnapper.
- Alors l'oracle vous a demandé de m'enlever et vous ne savez même pas pourquoi ?
- J'avoue que non, et que vu la tournure qu'a prise la situation, je m'en trouve fort contrit. Mais j'espère avoir réponses à mes interrogations. Tout comme j'espère que vous aurez réponses aux vôtres. Ah ! Voilà la trappe… »
Ashta me confie la torche et pousse sur la dernière planche qui nous sépare encore de l'oracle. Au début, elle semble ne pas vouloir bouger, mais Ashta insiste et finalement la trappe se soulève, et tombe au sol dans un grand fracas. C'est vrai que maintenant que nous sommes arrivés, il n'y a plus besoin d'être discrets. Ashta passe le premier, puis récupère la torche. J'escalade les quelques marches qui restent et je referme la trappe : ce serait trop bête de tomber dans ce trou.
J'observe un peu la salle : tout est vide, excepté un grand carré tracé au sol. Ashta me dit que c'est dans ce carré que l'oracle apparaît. Mon nain avance de quelques pas et invoque l'oracle. Rien ne se passe pendant plusieurs minutes.
« Peut-être qu'il dort ? je propose.
- L'oracle ne dort jamais…l'oracle est une entité, ce n'est pas un être vivant.
- Alors pourquoi ne se montre-t-il pas ?
- Je n'en ai malheureusement aucune idée. »
Je sens une rage monter en moi : je n'ai pas fait tout ce chemin, avec les serpents, les nains et tout et tout pour me retrouver ici, devant un carré dans lequel l'oracle n'a pas apparemment envie de se montrer ce soir. Je serre les poings.
« Et, l'oracle ! J'ai fait du chemin pour venir ici alors montre-toi ! En plus, c'est toi qui voulait me kidnapper, non ?
- Calmez-vous, il n'est pas très prudent que de le mettre dès maintenant en colère.
- Ashta a raison. »
Enfin il se montre. Sa voix a résonné dans toute la salle, mais aussi dans ma tête, comme s'il me parlait par télépathie en même temps. Une grande flamme bleue se met à danser au milieu du carré, et je suis tellement abasourdie que je n'arrive à articuler que ces quelques mots :
« Ma…plume… »
Auteur : désolée pour le retard ! Mais ce chapitre était très compliqué à écrire…
Kurogané : et à vivre aussi…Pourquoi il faut toujours que tu tortures quelqu'un ?
Fye : pour une fois, c'est pas moi ! Pour une fois, c'est pas moi !
Auteur : calme ta joie Fye…la fin de cette histoire sera dure à vivre pour toi, je peux te le dire.
Fye : pourquoi toujours moi ? Pourquoi pas Sakura ?
Sakura : je te rappelle que j'ai la jambe trouée…
Fye : c'est vrai…Shaolan alors ?
Shaolan : oups…
Auteur : de toute façon, c'est moi qui décide, na !
Donc voilà, c'était le chapitre 14 de Fatigue (mon dieu, tellement de chapitres déjà…) et une bonne nouvelle pour vous : MuZuN a des vacances alors le chapitre 15 sera publié le samedi 3 mars ! Environ une semaine d'attente, j'en connais à qui ça va faire plaisir ! Voilà, rendez-vous le 3 alors ! Reviews pleassssssssssse !!!!
