Aussitôt c'était elle réveillée qu'elle avait bondit dans le couloir des détenus à la recherche de ce Sirius. Elle l'observa longtemps, il était recroquevillé au fond de sa cellule. Cette image était bien plus conforme à la vision que lui offrait sa vie habituellement. Elle se dit que ce n'était surement que son imagination, un vieux désir refoulé d'avoir un jour eu une vie. Elle commença à repartir faire sa ronde quand le fameux détenu revint à la raison. Il la salua brièvement, elle fit de même plus automatiquement que par convention sociale. Il était obstiné. Il voulait vraiment parler comme-ci cela pouvait lui faire garder son humanité.
_ « Vous n'êtes pas très bavarde » remarqua-t-il haletant en se relevant du sol crasseux de sa cellule.
Elle décida alors d'aller faire ce qu'elle n'avait encore jamais fait parler à l'un d'eux.
_ « Je n'existe pas pour parler » répondit-elle simplement, ne sachant quoi dire d'autre.
_ « Oui, c'est un fait. Vous savez au moins pourquoi vous êtes là ? » Demanda-t-il moqueur.
_ « Parce que je suis ici, parce que c'est ainsi. » Répondit la jeune femme sur un ton monocorde.
_ « Moi je suis ici à cause d'une injustice. Je suis innocent, je n'ai pas tué mes amis, vous devez me croire. » La supplia Sirius.
_ « Je ne peux rien pour vous, je ne suis rien ici. »
_ « Voyons soyez humaine, écoutez-moi ! » Cria le prisonnier alors que sa geôlière prenait déjà la fuite.
Justement humaine elle ne l'était plus. Pour elle, elle n'était qu'une coquille sans cœur. Elle était même intimement persuadée que si elle ne respirait plus, si elle ne mangeait et ne buvait plus, elle pourrirait juste sans mourir car elle était déjà morte de l'intérieur depuis longtemps.
De retour à sa chambre, elle consulta le dossier du jeune homme. Elle voulait savoir qui il était.
Il s'appelait Sirius Black, il avait été arrêté le 31 octobre 1981 et emmené ici seulement deux jours plus tard. Son procès ne dura pas plus de quelques heures. Il était accusé d'être un mangemort ayant révélé au plus célèbre mage noir du siècle la cachette de James et Lily Potter, évènement ayant entrainé leur mort et une tentative de meurtre contre leur fils mais également le meurtre d'un dénommé Peter Pettigrow en pleine rue tuant au passage plusieurs moldus présent dans cette même rue.
Elle ne comprenait pas. Ce mot : « mangemort » elle l'avait déjà rencontré mais sans savoir ce qu'il voulait dire. Elle lisait pourtant, mais jamais ce mot n'avait été porté à sa connaissance. Et tout cela n'expliquait toujours pas pourquoi cet homme était si différent !
Elle se décida à retourner le voir comme poussé par une puissance divine.
_ « C'est quoi un mangemort ? » Lui demanda-t-elle de but en blanc.
_ « Un mangemort ? C'est un monstre sans émotions et sans conscience » répondit-il plein de haine.
_ « Je n'ai peut-être pas l'habitude des conversations mais je sais qu'il n'est pas correct d'insulter celui qui vous parle » continua la gardienne en s'éloignant sans pour autant ressentir la moindre chose.
_ « Attendez ! Je ne voulais pas vous offensez ! »
_ « Vous l'avez dit vous-même, vous ne pouvez pas m'offensez, je ne ressens rien. Pas de sensations, pas d'émotions, pas de sentiments, pas de souvenirs ni d'humanité. »
_ « Je m'excuse quand même. Les mangemorts sont les partisans de celui qui se fait appelé Lord Voldemort, un puissant sorcier qui tue sans vergogne pour défendre sa cause quitte à utiliser la magie noire pour cela. Il se fiche de … » Dans la cellule d'à côté des cris se mirent à retentirent, ils n'étaient pas loin, ils venaient pour lui, le prochain sur la liste.
_ « Je dois les laisser faire leur travail ». Dit-elle naturellement en tournant les talons.
_ « Je vous en prie, ne les laissez pas faire ça ! Je vous ai dit ce que vous vouliez savoir ! Vous mentez, vous êtes curieuse, vous pouvez ressentir ça ! Mademoiselle ! »
Alors qu'ils s'étaient rapprochés, elle entendit Sirius tomber au sol en criant.
_ « Morgane, je m'appelle Morgane pas mademoiselle ».
Cette nuit encore elle avait rêvée, elle c'était vue enfant cachée sous un bureau à écouter ce que les adultes disaient, ouvrir une porte qui lui était interdite. Plus âgée, elle c'était enfuie dans la nuit explorer une immense forêt avec le même jeune homme de son rêve précèdent pour y apercevoir la licorne des légendes. Elle se rappelait avoir un cahier noir et avoir lu une adresse dedans et puis plus rien.
Si ces rêves étaient, comme elle le pensait, des souvenirs et non des fantasmes d'une vie qu'elle aurait voulu vivre, elle avait été curieuse. Et à croire son nouvel « ami », elle le redevenait.
Elle retourna le voir, il lui semblait que cet homme devait forcément être lié à ces étranges phénomènes. Il avait l'air bien plus mal que les autres fois, comme si tous les effets des détraqueurs ne s'étaient révélé que maintenant. Il semblait avoir pris 20ans.
_ « Je vous ai vu hier ! Cela ne vous fait rien de voir souffrir les gens ? Au fond vous aimez ça ! » Dit-il amère.
Aujourd'hui elle était déterminée à en savoir plus et décida de lui ouvrir ses pensées.
_ « Seriez- vous touché par le malheur des autres si vous-même n'avez jamais été malheureux et n'avez jamais pensé pouvoir l'être ? Je ne connais pas ses sentiments, je ne les ai jamais vécus. Je n'ai pas un seul souvenir de ce qu'il s'est passé avant ma venue ici … en tout cas jusqu'à il y a quelques jours. »
Le jeune homme oublia un instant toute la haine qu'il éprouvait pour sa tortionnaire, elle lui faisait de la peine, elle qui n'était rien, pas de passé, pas d'avenir. Certes, ici il revivait ses pires souvenirs, ses pires souffrances mais ils existaient parce qu'il avait eu des moments de joie et de bonheur et quand les détraqueurs n'étaient pas là, il pouvait y penser. Elle, elle n'avait rien à quoi se raccrocher. Il l'écouta attentivement, même si elle ne pouvait pas comprendre sa compassion, il était persuadé que parler l'aiderait à comprendre ce qu'elle vit.
_ « Depuis que je vous ai parlé pour la première fois, certaines choses reviennent : mon prénom, ma curiosité d'enfant, quelques souvenirs … Je ne comprends pas. Peut-être sommes-nous liés ? Vous me connaissez peut être ? C'est pour ça que je vous ai observé hier, je pensais que cela m'éclairerait, mais rien. Et jusqu'à hier les détraqueurs ne semblaient ne vous faire aucun effet, qui êtes-vous ? Comment faites-vous ? »
_ « Vous m'avez ouvert vos pensées Morgane, je vais faire de même. Je ne pense pas que je vous connaisse, pour commencer. Ensuite, comme je vous l'ai dit je m'appelle Sirius Black, je suis né dans une grande famille sorcière avec une prédilection pour la magie noire. A mon entrée à Poudlard, » Elle l'interrompue ne sachant ce qu'était Poudlard, il lui promit de lui expliquer tout ce qui aurait besoin de clarification dès le lendemain. « Je me suis rebellé contre ma famille pour rejoindre mes amis considérés comme des sangs de bourbes ou des traitres à leur sang. J'ai été rejeté par ma famille et mon meilleur ami James est devenu ma seule famille. Il a épousé sa copine de longue date, Lily, à la sortie de l'école et j'ai été le parrain de leur fils, Harry. Mais nous étions en guerre contre Voldemort et il en voulait à l'enfant à cause d'une prophétie. Il a donc essayé de les tuer et il a réussi sauf pour le petit. Tout le monde a pensé que j'étais le gardien du secret qui protégeait leur maison comme j'étais leur meilleur ami mais c'était Peter, c'est lui qui les a vendus et maintenant il est mort. On m'a trouvé dans les débris de leur maison, on a dit que mes larmes étaient dues à la culpabilité et on m'a accusé. »
_ « C'est eux que tu appelles, c'est la découverte de leur corps que tu revis. Et l'enfant ? » Demanda la jeune femme.
_ « Je ne sais pas. » Un moment passa avant le prisonnier ne puisse dire un mot de plus. « Et pour mon secret, il est simple, si j'arrive à réunir assez de force, je … » Aussitôt dit, il se transforma en immense chien noir. Elle comprit tout de suite qu'en tant que chien, il n'avait plus que des souvenirs et des sentiments animaux, les détraqueurs ne lui pouvait rien comme ça. Seul, le manque d'eau, de soleil et la faim lui faisait du tort. Il reprit sa forme initiale.
_ « Au final, tu es un peu comme moi » finit-elle en partant, ce qui provoqua un petit sourire à celui qui fut Patmole.
Cette nuit encore elle rêva. Elle revit la gifle de son premier rêve donnée par celui qu'elle identifia comme son père. Il lui hurla que jamais elle n'épouserait ce garçon qu'elle épouserait un Rosier quoi qu'il arrive et que sa famille n'avait pas de temps à perdre avec des arrivistes au sang impur ! Elle se vit dans un immense château de pierre grises dans un recoin sombre avec un jeune homme : « Ne te fais pas d'illusions Morgane, tu n'es rien pour lui, seule la cause compte, même si un jour il pouvait avoir des sentiments tu ne serais qu'au second plan » lui dit l'individu qui l'accompagnait. Elle se vit aussi caresser les cheveux d'un homme aux cheveux bruns endormis dans un grand lit, elle ne comprit pas ce dernier souvenir, elle sentit juste son cœur se briser au moment où celle qu'elle était quitta la pièce.
