Reid se réveilla alors qu'un rayon de soleil lui chatouillait le visage. Lentement, il ouvrit les yeux, et vit Morgan qui se tenait devant la fenêtre à observer l'extérieur de « leur propriété ». Il ne portait rien d'un autre qu'un jean, comme si quelque chose l'avait distrait pendant qu'il se changeait. Il avait une main dans la poche de son pantalon et la deuxième tenait une tasse de café au niveau de sa poitrine, preuve qu'il était levé depuis au moins dix minutes.

- Quelque chose d'intéressant dehors ? marmonna Reid d'une voix ensommeillée.

Morgan se tourna avec un grand sourire.

- Enfin réveillé, à ce que je vois. Bonjour, bel endormi.

Reid se tourna sur le dos et s'étira, ce qui fit remonter son t-shirt bien trop haut sur son estomac pour qu'il soit à l'aise. D'ordinaire, en tout cas, car à l'heure actuelle il n'en avait pas grand-chose à faire.

- C'est du café ? demanda-t-il.

- Oui c'est du café, et il y en a encore dans la cuisine.

- Waouh, cette maison est bien équipée.

Morgan s'éloigna de la fenêtre et vint s'asseoir sur le lit, du coté de Reid et près de celui-ci.

- Ne regarde pas, mais notre gars nous a espionnés par la fenêtre toute la matinée.

- Comment pouvait-il nous voir ? demanda Reid, perplexe.

- Je pense qu'il utilise une paire de jumelles, mais puisque je ne peux pas regarder directement vers lui je n'en suis pas certain.

- Comment sais-tu qu'il est dehors ?

- Je l'ai vu marcher dans les bois quand je me suis levé. Mais lui ne m'a pas vu, donc pas d'inquiétude. Tu as vu la taille de la propriété ? C'est gigantesque.

- Nous sommes bel et bien au milieu de nulle part, rétorqua Reid en haussant les épaules. Je ne serai pas surpris que le terrain fasse bien un demi-hectare.

Morgan acquiesça, le regard fixé sur l'oreiller de Reid sans le voir.

- Tu vas bien ? demanda le jeune agent.

Morgan hocha la tête.

- Je vais t'embrasser, là tout de suite, fit-il avec une certaine réserve.

- Q-quoi ? balbutia Reid.

- Que fait un couple ordinaire au réveil ? Les deux partenaires se saluent l'un l'autre, et si notre gars observe toujours par la fenêtre, il faut que ce soit réaliste.

- D'aa…ccord, hésita Reid.

Il mit ses mains au niveau de la nuque de Morgan.

- Comme ça, demanda-t-il en essayant de faire en sorte que ça ressemble à une plaisanterie.

- Ouais, ça le fait, sourit doucement Morgan avant de s'avancer vers lui.

Reid tenta de ne pas se crisper, mais c'était difficile quand l'homme de vos rêves était sur le point de vous embrasser parce qu'il le devait.

Et non parce qu'il le voulait.

Etrange de voir comment, dès que les lèvres de Morgan touchèrent finalement celles de Reid, le cerveau du génie se mit en veille. Jusqu'à ce jour, jamais encore il n'avait eu le sentiment de n'avoir qu'une seule pensée à l'esprit, et cette pensée se résumait à « oooooooh moooon dieeeeeeeeeeu ! »

Reid ne put empêcher sa respiration d'avoir un raté quand ces lèvres parfaitement arrondies et roses s'ajustèrent aux siennes sans le moindre heurt. C'était tellement surréaliste et en cet instant, un bourdonnement semblait parcourir le moindre de ses nerfs.

Je suis en train d'embrasser Derek Morgan.

Le baiser n'était pas qu'une simple bise non plus. Morgan s'attarda pendant environ trois secondes, les lèvres écartées de sorte que ce soit presque sensuel.

Reid inclina le menton vers le haut pour que l'angle permette à leurs lèvres d'être plus fermement l'une contre l'autre, mais laissa Morgan s'écarter quand celui-ci initia un mouvement de recul. Il souriait doucement et Reid eut du mal à continuer de le regarder dans les yeux. Il se rappela néanmoins que s'il détournait le regard, cela indiquerait non seulement à l'unsub qu'ils faisaient semblant mais révèlerait aussi à Morgan la vérité sur ses émotions. Il garda donc son regard là où il était, c'est-à-dire plongé dans celui de son collègue.

- Je vais te faire du café, murmura Morgan avant de se pencher pour l'embrasser sur le front.

Puis, il se leva du lit et quitta la chambre.

Reid soupira doucement, un sourire de bonheur s'attardant sur son visage. Bien sûr, Morgan l'avait embrassé parce qu'ils jouaient un rôle et le baiser était faux, mais tout de même.

Il venait d'embrasser Derek Morgan.

Il se redressa puis se dirigea vers la penderie pour prendre un pantalon, un gilet gris et une chemise bordeaux. Il faillit flancher en se souvenant que l'unsub le regardait probablement par la fenêtre, mais acheva de se déshabiller sans incident. C'était déstabilisant de savoir que les yeux d'un total inconnu étaient posé sur lui alors qu'il se mettait nu, mais Reid ne pouvait pas montrer qu'il savait que l'unsub était là.

Reid se rendit en flânant dans la cuisine et Morgan contourna le plan de travail.

- Je n'étais pas certain de la quantité de sucre à mettre… fit-il un peu maladroitement.

- Je vais le faire, ne t'inquiète pas, sourit Reid.

Il s'approcha du plan de travail devant lequel se tenait Morgan et montra son torse nu :

- Distrait pendant que tu te changeais, ou c'est seulement pour frimer ?

Morgan eut un sourire en coin.

- J'étais en train de me changer quand je me suis rappelé que la plupart des couples ne se pressent pas pour s'habiller, le matin. Mais j'ai pensé que ça aurait l'air bizarre de redéfaire le pantalon.

- En effet, sourit Reid avant de se tourner de nouveau vers le plan de travail.

- Notre gars se déplace pour avoir une meilleure vue, marmonna Morgan en regardant par la fenêtre. Je n'arrive pas à croire qu'aucun de ces couples n'ait remarqué qu'il paradait autour de chez eux.

- La plupart des couples sont trop absorbés l'un par l'autre pour remarquer quelqu'un à leur fenêtre, déclara Reid en haussant les épaules.

- C'est vrai, soupira Morgan.

Il vint alors se mettre derrière Reid et passa ses bras autour de lui. Reid se raidit un infime moment, avant de se décontracter. Il allait falloir qu'il s'y habitue.

Pile à cet instant, le téléphone sonna.

Morgan haussa un sourcil.

- C'est probablement Garcia, suggéra Reid.

Morgan acquiesça et pressa le bouton du haut-parleur.

- Salut, tu es sur haut-parleur.

- Bonjour les garçons. Bien dormi ?

- Oui, merci, répondit Morgan. Et toi, petit cœur ?

- Moi ? Oh, je ne dors pas.

- Ce n'est pas bon pour la santé, remarqua Reid en fronçant les sourcils.

- L'UST n'est pas bonne pour la santé. Moi je peux m'en sortir sans dormir.

- UST ? demanda Morgan avec confusion.

- C'est…

- Rien, coupa rapidement Reid. Ce n'est rien.

Morgan n'eut pas l'air très convaincu mais il n'insista pas.

- As-tu quelque chose sur notre gars ? demanda-t-il à la place.

- Rien pour l'instant, mais je suis sûr que c'est l'homme qu'on cherche.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- J'ai installé des caméras thermiques très puissantes en haut de votre petite maison et sur quelques arbres, et je l'ai vu faire des allers-retours entre une petite cachette et ce que je pense être sa camionnette.

- Pas mal, fit Morgan, l'air impressionné.

- Ouais, mais tu sais ce qui est bizarre ? Il se trouve que je regardais les caméras la nuit dernière vers trois heures et j'ai vu deux gars serrés l'un contre l'autre dans un petit lit double. On m'explique ?

Reid sentit ses jours chauffer et Morgan répondit à sa place :

- Ouais, je crois que je pourrais bien avoir fait flipper notre petit Reid.

- Dis-moi je te prie, pourquoi jouer les sangsues ?

- On joue notre rôle, petit cœur.

- Ouais, bon, d'accord, fit Garcia d'une voix boudeuse. Prentiss veut vous dire bonjour.

Ils attendirent un moment avant d'entendre une deuxième voix féminine :

- Salut les gars !

- Bonjour Emily, salua Reid.

- Reid, pourquoi Garcia parlait d'UST ?

- Aucune raison particulière, Emily, soupira Reid.

- Je demanderai à Garcia de m'expliquer.

- Garcia, ne t'avise pas…

- Je crois qu'il me menace, gloussa Garcia.

- Mais bon sang c'est quoi UST ? questionna Morgan, troublé.

- Wow, je n'arrive pas à croire qu'un dragueur comme toi n'ait aucune idée de ce qu'est la UST… rit Prentiss.

- C'est parce qu'il n'a pas à s'en soucier justement, répondit Garcia en riant à nouveau.

- Et c'est quoi ?

- T'occupe, Roméo, t'occupe.

- D'accord, bon et bien si vous avez terminé, je raccroche.

- Ouais, ouais. On a terminé. Je t'aime, ciao.

Une fois qu'ils entendirent le bruit distant de la ligne ayant été coupé, Morgan en fit de même.

- Ces deux là vont finir par avoir ma peau, grommela Reid.

- Est-ce que toi tu vas me dire ce que c'est ?

Reid secoua la tête.

- Non.

- Dès que je rentre à la maison, je cherche sur Google.

- Si tu veux, rétorqua Reid en haussant les épaules.

Morgan lui lança un regard de travers puis haussa les épaules.

- Je vais aller me mettre quelque chose sur le dos. Tu veux te balader après ?

- Pourquoi pas, acquiesça Reid.

Il regarda Morgan quitter la pièce et une idée lui traversa soudain l'esprit.

- L'unsub va probablement nous suivre de près si nous sortons ! dit-il suffisamment fort pour être entendu de Morgan.

- Ouais, et alors ?

- Alors, il va falloir que nous fassions attention à ce que nous disons ! Nous ne pouvons pas nous mettre à parler de lui s'il est à quelques mètres de nous !

- C'est vrai, confirma Morgan alors qu'il revenait en passant un t-shirt. Mais je ne veux pas rester enfermé là toute la semaine. Allons-y, il faudra juste faire attention à ce qu'on dit.

Reid acquiesça.

Ils enfilèrent des vestes et une paire de chaussures, puis sortirent dans l'air frais automnal.

- 'fait frisquet, souffla Reid en tremblant et en serrant davantage sa veste contre lui alors qu'ils descendaient la longue allée.

- Ah, tu as froid ? fit Morgan en mettant un bras autour de lui. Je vais te garder au chaud.

Reid leva les yeux au ciel.

- Oh j'en suis sûr.

- Tu sais, tu gagnerais à prendre un peu de poids.

- Quoi, et perdre ma belle silhouette ? rétorqua Reid en battant des cils avec un mouvement vers son torse, ce qui fit rire Morgan.

- Non mais sérieusement, pas étonnant que tu ais toujours si froid. Tu pèses combien ? Vingt kilos tout mouillé ?

- Ce n'est pas très sympa, remarqua Reid en fronçant les sourcils. Pour ton information, je fais 61 kilos.

- Ouah, on a pris un peu de muscle à ce que je vois ?

Reid envoya à Morgan un regard qui n'aurait pas intimidé un enfant de trois ans.

- Je te taquine, beau gosse.

Ils marchèrent en silence jusqu'au bout de l'allée, où Morgan reprit la parole :

- Tu as parlé à ta mère récemment ? demanda-t-il en les guidant tous deux vers la droit, plus près de l'endroit où l'unsub se cachait, et plus loin de Garcia.

Reid fut surpris par la question. Morgan n'avait jamais été le premier à évoquer sa mère à moins que cela soit amené par le contexte. Il supposa toutefois que c'était un des quelques sujets qu'ils pouvaient aborder sans crainte si jamais on les écoutait, ce dont Reid ne doutait pas.

- Oui, je suppose, répondit-il en remettant ses cheveux derrière son oreille. Je continue de lui écrire tous les jours mais je n'envoie pas les lettres aussitôt. J'attends généralement d'avoir une semaine de courrier avant de tout envoyer.

- Que lui racontes-tu ? demanda Morgan avec un sourire. Tu ne peux pas penser à quelque chose de nouveau à dire tous les jours sans trop donner de détails sur t-…notre vie.

Reid haussa les épaules, un sourire triste aux lèvres.

- Je lui rappelle généralement combien je l'aime et de croire que le monde est empli de bonté, pas de malheurs.

Il baissa un moment les yeux sur ses pieds, avant d'ajouter :

- Je lui écris aussi de la poésie.

- Tu écris de la poésie ? répéta Morgan, stupéfait.

- Uniquement pour elle.

Morgan hocha la tête.

- Tu pourrais me réciter quelque chose ?

- Eh bien, oui, je peux, fit Reid avec un sourire narquois.

- Le feras-tu ? rit Morgan.

Reid fut silencieux pendant plusieurs secondes, puis :

- Je ne sais pas.

- Pourquoi pas ?

- Tu vas te moquer…

- Non, je ne moquerai pas, contredit Morgan en fronçant les sourcils.

Reid secoua alors la tête :

- Ce n'est pas si bon, je ne suis pas Edgar Allan Poe.

Morgan haussa les épaules :

- D'accord, tu n'es pas obligé. Une question, cependant.

- Oui ?

- C'est quel genre de poésie ?

- Des vers libres. Je ne pourrais pas mettre les formes même si ma vie en dépendait.

- Ca je peux comprendre, rit Morgan.

Le silence tomba pendant un long moment, les deux hommes semblant perdus dans leurs pensées.

- « Que signifie la vraie beauté,
Quand mort et désespoir m'entourent ainsi ?
J'ai le sentiment d'avoir plus d'une fois rencontré la bonne personne
Comme dans une plaisanterie cruelle orchestrée par le destin.
J'ai appris à regarder ma vie droit dans les yeux,
Peu importe à quel point je peux être différent.
Et quand je songe à la vraie beauté
C'est vers toi que se dirigent mes pensées.
Si jeune de cœur mais empli de sagesse ;
La quintessence du courage.
Je t'aime chaque jour, chaque instant.
Je suis fier de toi.
Je suis fier de nous.
Vraie beauté. »

Il y eut un long silence et Reid sentit son visage devenir rouge.

- Tu… tu as écrit ça ?

- Ouais, je sais. Ce n'est pas très…

- C'était sensationnel ! Je suis sûr que ta mère était ravie quand elle l'a eu. Elle l'a probablement montré à tout le monde à l'hôpital, ajouta-t-il avec un grand sourire.

- Oui, probablement, rit à moitié Reid.

- Sérieusement, continua Morgan en prenant la main de Reid dans la sienne. Tu devrais en vivre.

Reid se mit à rire.

- Je ne gagnerai pas beaucoup.

- Moi j'achèterai.

- Tu ne comptes pas.

- Je ne compte pas ? répéta Morgan en s'arrêtant et en obligeant ainsi Reid à en faire de même.

- Enfin, si tu comptes, mais tu es…

- Trop impliqué ? demanda Morgan en se rapprochant, le visage à quelques centimètres de celui de Reid.

- Hm, fit Reid en s'humectant les lèvres alors qu'il avait de réelles difficultés à se concentrer. Oui.

Morgan sourit et joignit leurs bouches pour la deuxième fois. La délicieuse sensation le réchauffait et il aurait vraiment voulu que ce soit réel.

Il commença à écarter les lèvres, oubliant que ce n'était pas sincère, mais il se reprit avant d'approfondir le baiser et se recula. Morgan sembla confus par son geste mais il sourit quand Reid rougit et détourna le regard.

- Nous sommes en public, Derek, le réprimanda Reid en savourant la sensation du prénom de Morgan entre ses lèvres.

- On a le droit de l'être, tu te souviens ?

- Mais tout de même, marmonna Reid.

Morgan se mit à rire en lui attrapant la main pour le mener plus loin sur la route.

- Qu'est-ce que tu veux faire aujourd'hui ?

Reid haussa les épaules et se pencha pour murmurer à son oreille :

- Que font les couples ordinaires quand ils ne travaillent pas ?

Morgan sourit comme si Reid venait de faire une plaisanterie et il se pencha pour répondre :

- Ils ont des relations sexuelles.

Reid fit une grimace, le visage de nouveau rouge.

- Ouais, d'accord, à part ça.

Morgan haussa les épaules en affichant toujours un sourire de chat de Cheshire.

- C'est juste que j'adore quand tu réagis ainsi.

- Sadique, marmonna Reid dans sa barbe.

Morgan éclata de rire.

- Ne devrait-on pas sortir ce soir ?

- Où ? questionna Reid.

- Il y a une boîte de nuit en ville…

- Non.

- S'il te plaît ? insista Morgan en faisant la moue. Je voudrais vraiment aller danser !

- Vas-y tout seul alors, rétorqua Reid en haussant les épaules.

Morgan fronça les sourcils.

- Je ne te laisse pas tout seul à la maison, marmonna-t-il d'une voix si basse que même une personne cachée dans les buissons n'aurait probablement pas entendu. S'il te plaît ? Je ne vais rien faire de stupide, je te le promets !

- Avec qui vas-tu danser ? Pas toutes ces femmes qui vont s'accrocher à toi comme des parasites, j'espère.

- Non, bien sûr que non ! Je vais danser avec toi.

- Je ne danse pas.

Morgan tenta de paraître contrarié mais il ne put empêcher un sourire de passer ses défenses :

- D'accord…

Reid soupira. Pour une raison ou une autre, il avait le sentiment que la bataille était perdue d'avance.

Et il ne voulait vraiment pas danser.


Merci tatinou, Zangetsugaara, CM-SRxDM et Angel-Sly pour vos reviews !