Reid essayait de ne pas ouvrir les yeux.

Il ne voulait vraiment pas avoir à affronter cette journée, mais il semblait que la lumière du soleil qui passait à travers ses paupières allait persister à être aussi douloureuse que possible. Il prit plusieurs inspirations profondes et plissa les yeux, cependant la lumière ne disparut pas et il eut l'impression d'avoir des courbatures aux muscles du visage.

Lentement, il ouvrit un œil. Pour le refermer aussitôt.

Ah, si, ça pouvait être plus douloureux.

Il resta ainsi pendant plusieurs minutes, avant d'entendre de faibles bruits de pas venir du couloir. Alors que les bruits de pas devenaient de plus en plus forts, le martellement dans sa tête sembla s'accentuer et prendre le même rythme. Les bruits devinrent plus forts et s'approchèrent jusqu'à se retrouver très rapidement juste derrière lui. Là, ils s'arrêtèrent.

Reid grogna et mit une main sur son front, conscient que Morgan affichait sans doute un sourire narquois dans son dos.

- Salut beau gosse, alors, comment tu te sens ?

Reid pouvait entendre le rire dans la voix de Morgan.

- J'ai vraiment envie de t'insulter à l'heure actuelle, grommela Reid entre ses dents.

- Ne te gêne pas, rit Morgan.

Alors qu'il répondait d'un simple hochement de tête, il entendit Morgan venir juste derrière lui. Il eut soudain un doigt humide dans l'oreille.

- Morgan ! gronda Reid en lui donnant un coup sur la main.

L'énergie que ce geste lui demanda lui arracha un gémissement.

- Allez gamin, sourit Morgan en lui donnant de petits coups dans le dos avec son doigt. On se lève.

- Va. T'en.

Morgan rit de nouveau et vint s'allonger derrière Reid, pressé contre lui et la main sur sa hanche.

- Debout, ou tu vas le regretter.

- Non, geignit Reid.

- Comme tu veux, fit Morgan en déplaçant sa main sur ses fesses. A quel point te souviens-tu d'hier soir ?

Reid réfléchit à la question. En vérité, il ne se rappelait pas grand-chose.

- Vire ta main de mes fesses, gronda-t-il.

- Ou quoi ?

- Ou je te tue.

- Un peu radical ça, rit Morgan en le taquinant avec une petite tape sur les fesses.

- J'ai dis vire ta main de mes fesses ou je jure devant dieu…

- Que tu vas me frapper ? se moqua Morgan.

- Casse-toi.

- Eh bien, Spencer. Que de violence, continua Morgan en commençant à le masser bien trop sensuellement.

- Je te préviens.

- Ah oui ?

- Dernière chance.

- Dernière chance avant quoi ? demanda Morgan en déplaçant la main jusqu'à ce qu'elle soit trop proche de l'aine de Reid.

Le jeune agent se tourna brusquement et immobilisa Morgan sous lui, le visage baissé tout près de celui de son ainé.

- Avant que je te mette une raclée.

- J'aimerais bien te voir essayer, sourit Morgan avant de se redresser et l'embrasser rapidement sur les lèvres : bonjour.

Reid grogna et roula sur le coté :

- Je te déteste.

- Je sais, rit Morgan avant de se redresser : comment va ta tête ?

- Très mal.

- Tu m'étonnes, fit Morgan en sortant. Il y a du café pour quand tu en voudras.

Reid redressa aussitôt la tête. On ne fait pas attendre le café.

Lentement, il s'extirpa des couvertures entortillées et se rendit dans la cuisine habillé de son seul boxer et du t-shirt moulant de la veille. Il se sentait étrangement nu à être ainsi près de quelqu'un en portant si peu de vêtements, seulement il fallait qu'ils aient l'air d'un couple. Morgan se tenait lui-même devant le grille-pain avec rien d'autre que son boxer.

- Ca ne t'aura pas pris bien longtemps, sourit Morgan.

- La ferme, sourit à son tour Reid en allant droit vers la machine à café.

- Hmm hmm, fit Morgan en indiquant un verre d'eau et des antidouleurs, ça d'abord.

- Merci, marmonna Reid.

Il attrapa le verre et l'avala avec le Tylenol.

Le pain que Morgan faisait griller sauta de la machine pendant que Reid était en train de faire son café, et il se tourna vers son collègue avec un regard curieux.

- Qu'est-ce qui s'est passé du coup hier soir ?

- Pardon ?

- Tu m'as demandé à quel point je m'en souvenais et, pour être honnête je ne me souviens pas de grand-chose, mais qu'est-ce qui s'est passé ?

Morgan le fixa d'un air songeur :

- Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ?

Reid haussa les épaules :

- Le bar et le rhum.

- Oh, fit Morgan avec une expression quelque peu suffisante.

- Quoi ? demanda prudemment Reid.

- Disons simplement qu'il y a eu plusieurs shots et qu'il y a définitivement eu plusieurs… hum…

- Plusieurs quoi ?

- Danses indécentes.

Reid eut l'air sceptique.

- S'il te plaît, dis-moi que tu plaisantes.

Morgan secoua la tête et Reid se mit à rire avec autodérision.

- Oh. Oh mon dieu.

- Ouais.

- Est-ce que je… je veux dire, je n'ai pas…

- Pris les devants ? Oh si.

- Oh merde. Je suis vraiment désolé.

- Pas la peine, rit Morgan. Je dois admettre, tu es un sacré danseur quand tu es bourré.

- C'est ce qu'on m'a dit oui, grimaça Reid.

Il se retourna vers son café et en prit une gorgée alors que Morgan s'approchait et l'entourait de ses bras.

- Notre type est là ?

- Oui, il nous a suivi jusqu'à la maison la nuit dernière, et j'ai parlé à Hotch de ta théorie quand on est rentré.

- Ma théorie ?

- Ouais, quand on dansait tu as dit que tu pensais que notre gars pourrait être lui-même gay, expliqua Morgan avant de marquer une pause et ajouter : entre autres choses.

Reid fit une grimace.

- C'est étrange comme pensée.

- Je sais, rit Morgan. Mais c'est logique d'une certaine manière.

- J'imagine, fit Reid avant de froncer les sourcils. Qu'est-ce que j'ai dit d'autre ?

- Rien qui ne vaille la peine de t'inquiéter, cela dit il y a eu une session de roulage de pelle assez intense.

- Oh.

Reid s'immobilisa brusquement. Lentement, les souvenirs de la soirée revenaient, et Reid se souvint s'être soudain écarté quand il avait été pratiquement excité par Morgan qui lui suçait le cou. Après quelques secondes, il soupira :

- Désolé, marmonna-t-il.

- Pour quoi ? demanda Morgan en frôlant du nez la peau du cou de Reid, ce qui le fit frissonner.

- Que tu sois obligé de… tu sais… danser avec moi, et que tu doives m'embrasser, et le reste. Je sais que tu n'es pas vraiment à l'aise avec ça alors je voulais que tu saches que je suis désolé. Surtout pour quand il va falloir que nous…

Reid laissa mourir la fin de sa phrase, espérant que le ton de sa voix soit un indicateur suffisant de ce pour quoi il s'excusait.

Il sentit Morgan hausser les épaules.

- Ce n'est rien.

Puis, après une courte pause, il ajouta :

- Tu n'es pas le premier homme que j'ai embrassé.

- Quoi ? questionna Reid en tournant la tête pour le regarder dans les yeux.

La proximité qui s'ensuivit fut trop grande pour lui mais il ne s'écarta pas. Morgan haussa de nouveau les épaules et posa le menton sur son épaule :

- J'ai eu … une période de… d'expérimentation à l'université.

- D'expérimentation ? demanda Reid, un peu surpris.

- Ouais, en fait je suis bi, acquiesça Morgan en riant. J'espère que ce n'est pas trop bizarre ?

Reid secoua la tête, toujours stupéfait.

- Non, répondit-il en retournant son attention vers la tasse, devant lui, avant d'ajouter dans un souffle : je ne savais pas.

- Je ne l'ai pas dit à beaucoup de monde, admit Morgan. Je pense que même ma mère l'ignore, à moins qu'elle soit une sorte de télépathe.

Reid porta la tasse à ses lèvres et but une gorgée.

- Est-ce que Garcia le sait ? demanda-t-il en se tournant face à Morgan.

Celui-ci secoua la tête, ce qui prit Reid par surprise.

- J'ai trop peur de ce qu'elle me ferait, fit Morgan en riant.

Reid limita.

Il avait du mal à croire que Morgan soit bi. C'était tellement improbable que Reid était pratiquement certain qu'il s'agissait d'une histoire pour qu'il ne se sente pas trop mal à l'idée de leur mission. Reid n'avait jamais vu Morgan flirter avec des hommes comme il flirtait avec les femmes. Il ne l'avait jamais vu flirter avec des hommes, point. Malgré tout, il semblait sincère et Morgan ne lui mentirait probablement pas sur un tel sujet.

Tu te berces d'illusions, fit une ennuyante petite voix dans son esprit. Tu veux qu'il soit bi, c'est tout. Qu'est-ce que ça peut faire qu'il « semble sincère » ? Il « semblait sincère » aussi quand il t'embrassait et te suçait le cou.

Devant ce conflit, Reid commença à avoir la tête qui tourne. Il secoua la tête pour s'éclaircir les idées, mais cela ne fit qu'accroître le martellement.

- Je hais les gueules de bois, marmonna-t-il.

- Comme tout le monde.

- Ouais, mais ce n'est pas « tout le monde » qui a un marteau-piqueur dans la tête en cet instant.

- Pas faux, rit Morgan en se reculant.

Il commença à se diriger vers la salle de bain quand Reid l'arrêta :

- Hé Derek ?

- Oui ?

L'agent se retourna pour lui faire face et Reid aurait pu se frapper pour toujours se retrouver perdu dans ces yeux.

- Merci de me l'avoir dit, dit-il doucement. Que tu étais bi, et le reste, ajouta-t-il.

- Je ne veux vraiment pas que tu sois mal à l'aise, sourit Morgan, tu es certain que cela ne te dérange pas ?

- Oui, j'en suis certain, confirma Reid.

Morgan sourit à nouveau avant d'entrer dans la salle de bain. Reid entendit la douche s'allumer quelques secondes plus tard et il secoua la tête.

Pourquoi n'as-tu pas dit à Morgan que tu étais bi toi aussi ?

Il se pinça l'arrête du nez.

Imbécile.

Reid se dirigea lentement vers le canapé et s'assit au milieu. Tout cela lui donnait mal au crâne.

Pas qu'il n'ait pas déjà mal au crâne…

Toujours les doigts sur l'arrête du nez, il se pencha en arrière pour s'étendre sur le dos. Juste à cet instant, le téléphone se mit à sonner.

Si le bruit était perçant, par chance, le téléphone se trouvait juste à coté de lui, il n'eut donc pas à le subir très longtemps. Il tendit simplement la main et décrocha :

- Bonjour ?

- Reid ? C'est Hotch.

- Oh, bonjour, répondit-il avec une certaine maladresse.

Cela faisait deux jours qu'il n'avait pas parlé à son chef d'unité.

- Morgan est-il là ?

- Non, il est sous la douche.

- Oh, bon je dois m'occuper de certaines choses au commissariat donc j'imagine que tu n'auras qu'à lui relayer le message.

- Quel message ?

- Notre homme attaque entre vingt-quatre heures et une semaine.

Reid fronça les sourcils.

- Et donc ?

- Et donc ce soir Morgan et toi vous allez voir si vous pouvez l'attirer dans la maison.

Il fallut à Reid bien plus longtemps qu'il n'aurait dû pour comprendre toutes les implications de ce que Hotch venait de dire.

- Vous voulez dire, qu'on… ?

- Oui.

- Mais…

- Pas de « mais », l'interrompit Hotch. Nous voulons tous rentrer chez nous et Rossi est en faire une crise parce qu'il n'y a rien à faire et qu'il ne veut pas rester coincé là à vous écouter tous les deux. Vous le faites ce soir.

Reid se mordit la lèvre.

- Mais je ne sais même pas comment je vais pouvoir… le faire.

Il put presque voir Hotch hausser les épaules.

- Morgan saura. Parles avec lui.

- Mais vous l'avez déjà fait. N'avez-vous aucune idée de ce qu'il faut faire ?

- Si, bien sûr, seulement c'était avec une femme. C'était plus simple. La meilleure chose que vous puissiez faire, lui et toi, c'est en parler pour savoir ce avec quoi vous êtes à l'aise ou non. Je compte sur vous pour le faire et sortir de cette affaire en étant toujours capables de travailler l'un avec l'autre, penses-tu pouvoir réussir ça ?

Reid déglutit péniblement :

- Oui, je pense que je peux, dit-il sans grand enthousiasme.

- Bien. Avec de la chance, on se voit cette nuit. Nous avons tous des récepteurs pour vos anneaux d'alarme et nous serons connectés avec Garcia en tout temps. Nous serons placés autour de la maison mais nous ne pouvons pas faire quoi que ce soit tant qu'il n'agit pas. Il est plus que probable qu'il attaque, mais s'il ne le fait pas on se reparle demain.

- D'accord, acquiesça Reid.

- Parles avec Morgan. Ca va aller. Au revoir.

- Au revoir.

Reid raccrocha et poussa un grognement. Comment était-il censé avoir cette conversation avec Morgan juste après que celui-ci ait dit à Reid qu'il était bi ?

Il était empli de crainte quand la douche s'arrêta, et plus encore quand il entendit Morgan entrer dans le salon. Il fut tenté de se lever et sortir, mais Morgan apparut derrière le canapé et lui sourit.

- Tu te sens mieux ? ricana-t-il.

- Il faut qu'on parle, dit Reid avec raideur en se rasseyant.

Bien que ce soit en lui lançant un drôle de regard, Morgan s'assit à coté de lui :

- Est-ce que tout va bien ?

- Hotch a appelé, fut la seule réponse de Reid.

Le malaise de Morgan sembla augmenter :

- Qu'est-ce qu'il voulait ?

- On va le faire cette nuit.

- Faire quoi ? demanda Morgan.

Reid savait néanmoins qu'il jouait volontairement les idiots.

- Le faire, répéta Reid en insistant sur ses mots. L'équipe sera dehors pour voir si on « peut attirer notre homme dans la maison », cita Reid.

- D'acc…ord, fit Morgan en le regardant toujours avec méfiance.

- Il faut qu'on parle sur ce qu'on va faire, continua Reid, tendu.

- Comme quoi ?

Le malaise inhérent de la conversation semblait atteindre son paroxysme à chaque nouveau mot prononcé.

- Comment cela va-t-il fonctionner ? questionna Reid en s'humectant les lèvres. Je veux dire, nous allons devoir nous toucher et bouger et donner l'impression que c'est réel.

Morgan acquiesça.

- Je peux faire ça, mais je ne veux pas que tu sois mal à l'aise. Je sais que je suis un homme et que j'ai la personnalité la plus dominante…

- Morgan, je pourrais faire ça avec Emily, JJ ou Garcia et je serais tout aussi mal à l'aise. Ton genre n'a rien à voir avec ça, c'est simplement ma personnalité. Ne t'en fait pas pour moi.

Morgan hocha la tête, l'air perdu dans ses pensées.

- J'imagine qu'on devrait juste faire comme ça vient. Je veux dire, il ne faut pas que ça ait l'air scénarisé.

- C'est vrai, acquiesça Reid, peut-être que c'est ce qu'il y a de mieux à faire.

Il y eut un silence qui sembla s'étirer pendant une éternité avant que Morgan prenne de nouveau la parole :

- Déjà simulé un orgasme ?

- Q-quoi ? bafouilla Reid. Non ! s'exclama-t-il avec indignation.

Avant que Morgan puisse dire quoi que ce soit, il ajouta :

- Et, oui, j'ai déjà eu des relations sexuelles.

Morgan hocha lentement la tête.

- Eh bien tu ferais mieux d'apprendre à simuler avant cette nuit, dit-il en descendant du canapé. Parce que tu vas devoir le faire.

Reid était sur le point de répondre quand Morgan le coupa :

- Aucun livre ne peut t'apprendre à faire ça, sourit-il.

Il s'éloigna alors en laissant derrière lui un génie très rouge et très frustré.


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