Reid passa presque le reste de la journée à nettoyer la maison, accompagné par de nombreux rires de Morgan qui regardait un match de football à la télévision.

- Beau gosse, tu sais que tu n'as pas à faire le ménage, pas vrai ?

- Et qu'est-ce que je suis censé faire jusqu'à dix-sept heures, Derek ?

Morgan tapota la place à coté de lui :

- Viens regarder le match avec moi.

- Quoi ? M'asseoir là sans rien faire ? Regarde ces géants avec leurs énormes protections pour épaules et leurs pantalons trop serrés courir sur un terrain et se jeter une stupide balle en se plaquant au sol les uns les autre pour satisfaire leurs violence refoulée ? Non merci, fit Reid en levant les yeux au ciel.

Il vit alors l'expression de Morgan et cela fit tilt.

Morgan avait définitivement joué au football.

- Oh mince, Derek, fit-il en mettant une main devant sa bouche. Je suis vraiment désolé ! Je n'avais pas l'intention…

Le visage de Morgan se fendit d'un sourire et il éclata de rire :

- Je te fais marcher, Spence. Je m'en fiche.

- Oui mais je n'avais quand même pas l'intention de t'offenser, grimaça Reid.

Morgan haussa les épaules.

- Je suis sûr que tu étais très doué quand tu jouais, continua Reid. Je pense simplement qu'ils gagnent bien trop pour ce qu'ils font. Je veux dire, nous sauvons des vies. Tu fais en gros la même chose qu'eux, sauf que les personnes contre qui tu fais des plaquages doivent être arrêtées. Je trouve ça agaçant.

- Tu n'as pas tort, sourit Morgan. Mais je dois admettre que c'est quand même assez distrayant.

Il fronça les sourcils et ajouta :

- Tout ce que j'ai en commun avec ces gars-là, c'est ce truc de tacler les autres… et peut-être mes muscles ravageurs, plaisanta-t-il en contractant les muscles du bras avant de faire un clin d'œil.

Reid se mit également à rire et le regarda de haut en bas :

- Et tu pourrais te permettre de porter des pantalons plus serrés, aussi, plaisanta-t-il avant de se diriger vers la cuisine pour la nettoyer, laissant Morgan avec une expression quelque peu sidérée.

Dix-sept heures arriva trop rapidement. Reid se changea pour mettre le jean qu'il avait acheté l'autre soir, car il ne pouvait nier que cela mettait incroyablement ses jambes en valeur. Il nota mentalement de s'acheter davantage de jean de ce genre quand il rentrerait. Quand il le mettait, cela lui donnait pratiquement envie d'aller trouver ses anciens partenaires et s'exhiber devant eux en disant « vous voyez ce que vous aviez ? Eh bien vous pouvez tirer un trait dessus, salaud. »

- Ooh, pas mal, beau gosse, sourit Morgan quand il sortit de la chambre. Prêt à y aller ?

Reid acquiesça et tous deux quittèrent la maison puis montèrent dans la voiture. A mi-chemin, Morgan se tourna vers Reid :

- S'il te plait, peux-tu juste me dire ce que veux dire UST ?

- Tu n'en as toujours pas la moindre idée ? rit le génie.

- Je ne sais pas, rit Morgan. Unité… de Sport… Technique ?

Reid haussa un sourcil avec un sourire narquois :

- Quoi ?

- Je ne sais pas ! Je t'ai dit que j'en savais rien ! Tu ne peux pas juste me le dire ?

Reid eut un sourire :

- C'est unresolved sexual tension, ou tension sexuelle non résolue.

L'expression de Morgan montra sa compréhension soudaine, avant qu'il ne fronce les sourcils :

- Pourquoi Garcia te parlerait de tension sexuelle non résolue ?

- Parce qu'elle aime me rappeler que je n'ai pas eu de relation sexuelle depuis un bon moment, soupira Reid.

Morgan haussa les épaules, puis sembla réfléchir pendant un instant :

- A ton avis, qu'est-ce qu'Emily et Garcia sous-entendaient quand elles disaient que je ne savais pas ce que c'était parce que je n'avais pas à m'en soucier ?

- Probablement que, pour toi, l'UST n'existe pas puisque tu obtiens toujours ce que tu veux, rit Reid.

- Alors ça, ça n'est pas très logique.

- Ouais, c'est ça, fit Reid avec bref éclat de rire narquois. Quand as-tu eu une relation sexuelle pour la dernière fois ?

Morgan haussa les épaules.

- Il y a trois mois, peut-être. Peut-être bien un peu plus longtemps.

- « Peut-être bien » ?

- Ouais, tout le monde n'a pas une mémoire eidétique tu sais ?

- Ah. Ah. Hilarant, fit Reid avec sarcasme. Cela semble un temps assez long pour le « dieu du sexe » pour lequel Garcia te fait passer.

- Ouais bah j'ai peut-être l'habitude de fanfaronner mais je parie que je n'ai pas été avec autant de personnes différentes que ce que tu penses.

- Quoi, moins d'une centaine ? plaisanta Reid.

- Oh oui et de loin, rit Morgan.

Reid haussa les épaules :

- Eh bien je suis heureux que tu ne brises pas tant de cœurs que je le pensais.

- Oh, allez, sourit Morgan, je m'assure toujours que les personnes que je ramène à la maison soient conscientes que c'est sans lendemain.

Reid remarqua l'utilisation du mot « personnes » pour la deuxième fois et fronça les sourcils :

- Tu as ramené chez toi des hommes aussi ?

- Hein ?

- Tu as dit « les personnes », pas « les filles » ou « les femmes ».

Morgan sourit :

- Oui, j'ai déjà ramené des hommes à la maison.

Reid acquiesça.

- Tes goûts pour les hommes sont-ils similaires à tes goûts pour les femmes ? demanda-t-il, sa curiosité piquée.

- Hmm Euh… Non… Enfin, peut-être… Je ne sais pas vraiment. Quand je vois quelque chose que j'aime, je tente de l'avoir, mais je n'ai pas vraiment de préférences.

Le reste du trajet se passa en grande partie dans le silence. Quand ils arrivèrent au restaurant, Morgan fit rester Reid dans la voiture pour qu'il puisse la contourner et lui ouvrir la portière.

- Très chevaleresque, songea Reid. A quoi je le dois ?

- Au fait que je t'aime, offrit Morgan en passant son bras autour de la taille de Reid.

- Ooh, je t'aime aussi, rit Reid.

Morgan fondit sur lui et leurs nez se frôlèrent. Bien que le geste soit chaste, le cœur de Reid eut un drôle de sursaut.

L'intérieur du restaurant était chaleureux et dégageait une délicieuse odeur. L'estomac de Reid se fit clairement entendre et Morgan rit avant de se tourner vers l'hôtesse :

- Une table pour deux s'il vous plaît.

- Par ici, acquiesça-t-elle en leur envoyant un sourire que Reid était certain que ses amies avaient dû lui décrire comme « un sourire à tomber ».

Une fois qu'ils furent tous deux assis et avant même que Reid puisse prendre le menu, Morgan prit la parole :

- Puis-je voir vos Merlots ?

La serveuse tira rapidement la carte des vins de sous son bras. Morgan désigna simplement quelque chose sur la fiche et la jeune femme hocha la tête avant de s'éloigner.

- Ooh, j'adore quand tu prends les choses en main, flirta faussement Reid.

Morgan éclata de rire et prit son menu, rapidement imité par Reid.

- Le steak a l'air bon, commenta Morgan.

- Laisse-moi deviner, de l'aloyau ? demanda Reid avec un sourire narquois.

- Tu me connais si bien, sourit Morgan.

- Oui, mais à voir si c'est une si bonne chose, plaisanta Reid, ce qui fit sourire Morgan.

- Qu'est-ce que tu veux prendre ?

- Je ne sais pas, fit Reid en fronçant les sourcils. Peut-être les brochettes de poulet.

Morgan hocha la tête et ils attendirent plus ou moins en silence jusqu'à ce que leur serveuse revienne avec le vin.

- Merci beaucoup, sourit Morgan une fois servi.

La jeune femme hocha la tête puis prit son bloc note :

- Etes-vous prêts à commander ?

Morgan acquiesça :

- Je vais prendre le steak d'aloyau avec des pommes de terre en purée plutôt que rôties, et il va prendre les brochettes de poulet.

La serveuse sourit et nota leur commande avant de prendre leurs menus et s'éloigner.

A ce moment, Reid sentit son téléphone vibrer. Il le sortit de sa poche et vérifia l'identité de la personne qui essayait de le contacter.

- Garcia m'a envoyé un message, informa-t-il Morgan avant d'afficher le sms. Elle dit qu'elle est dans la maison et qu'elle a trouvé l'appareil. Ca ressemble à une caméra mais elle ignore s'il y a un microphone. Elle nous dit qu'elle nous préviendra en cas de nouvelles informations.

- J'espère qu'il n'y a pas de micro. Ca va rendre la situation bien plus compliquée.

- Cela va tout rendre plus compliqué, acquiesça Reid, peu importe ce que c'est.

Morgan haussa les épaules :

- Si c'est derrière la plante, alors c'est de ton coté du pied du lit, ça ne va pas être un si gros problème.

- C'est vrai, approuva Reid.

Quelques instants plus tard, le jeune génie se redressa sur son siège.

- Notre homme vient d'entrer, fit-il d'une voix plus ou moins étouffée.

Morgan hocha la tête et fit un léger mouvement de la tête pour voir l'unsub du coin de l'œil avant de se retourner vers Reid.

Ils étaient tous deux conscients de sa présence alors qu'il traversait la salle et s'asseyait près du mur opposé. Ils pouvaient sentir son regard sur eux mais ils prirent soin de discuter de manière décontractée et en se tenant la main sur la table afin qu'il ne suspecte rien.

C'était étrange, pour Reid, de s'asseoir là avec sa main tendue en travers de la table pour que Morgan puisse la prendre dans la sienne, et de le regarder dans les yeux pendant qu'ils plaisantaient et riaient en sirotant leur vin. Cela semblait naturel tout en envoyant des vagues de frissons à travers tout son corps. Morgan était si drôle et il était facile de se perdre dans le gouffre de son regard ; comparé à lui, Reid avait l'impression d'être ennuyeux. Malgré tout il continua de jouer son rôle du début à la fin de leur repas et, quand ils sortirent du restaurant, ils s'assurèrent de parler suffisamment fort de ce qu'ils comptaient aller voir au cinéma.

Puisqu'il se trouvait seulement à deux pâtés de maison du restaurant, ils s'y rendirent à pied, Reid agrippant le bras de Morgan tout le temps du trajet.

Une fois arrivés, Morgan indiqua rapidement le film d'action qu'on y diffusait et, même si Reid aurait préféré voir le documentaire sur l'Amazone, il accepta d'opter pour le film que Morgan souhaitait voir.

Celui-ci, en parfait gentleman, leur acheta des boissons et du popcorn et ils s'installèrent au fond de la salle.

- Tu sais, commença Reid alors qu'ils s'asseyaient, c'est assez rare pour une petite ville comme celle-ci d'avoir un Cineplex. La plupart des petites villes ont généralement un ou deux petits cinémas qui peuvent être à plus d'une demi-heure de route l'un de l'autre et…

Morgan lui donna un petit coup de coude et indiqua la porte d'un signe de tête. L'unsub venait d'entrer et il détaillait à présent la salle.

- C'est un rapide, hein ? songea Morgan en se retournant vers l'écran qui affichait des questions à choix multiples de culture générale. C'est quoi la réponse de celle-là, Spencer ?

Reid jeta un œil à l'écran.

- B, répondit-il. Les mouches domestiques bourdonnent en clé de Fa.

- Comment tu sais ça ? questionna Morgan en lui lançant un drôle de regard.

Reid haussa les épaules et ouvrit la bouche pour répondre mais Morgan l'interrompit :

- Peu importe, je ne veux pas savoir, rit-il en alors que les publicités commençaient, que les lumières diminuaient d'intensité et que leur unsub prenait un siège une ou deux rangée derrière eux.

Reid se surprit à apprécier sincèrement le film, bien qu'il semble plutôt insensé de courir en tout sens en tuant des gens comme une sorte de justicier obéissant à ses propres règles, la cinématographie s'avérait incroyable et Reid ne pouvait s'empêcher de ressentir un frisson d'excitation à chaque explosion superflue.

Evidemment, il y avait aussi le personnage féminin. Et comme il s'agissait du vingtième siècle, la demoiselle était plus attirante et rusée qu'en détresse. Et, bien entendu, quand le héros partageait l'écran avec elle, ils avaient des discussions très dynamiques et sarcastiques, tout particulièrement lors des fêtes mondaines, pendant lesquels sa robe plongeait tellement qu'on voyait pratiquement son nombril.

Ils venaient de terminer le popcorn et de poser le pot vide sur le sol quand Reid sentit une main s'aventurer sur sa cuisse. Il leva les yeux pour voir que Morgan fixait l'écran avec ce qui semblait être un petit sourire en coin.

Reid plissa les yeux et se tourna de nouveau vers l'écran en essayant d'ignorer le frottement sur sa jambe. Et il y parvenait sacrément bien avant que la main se déplace plus haut. Reid regarda de nouveau Morgan et en voyant que celui-ci n'affichait pas la moindre réaction, le jeune génie décida qu'ils pouvaient être deux à jouer à ce petit jeu.

Jusqu'à ce que Morgan le prenne quasiment à pleine main à travers son jean.

- Derek !

Reid attrapa son poignet et leva les yeux juste à temps pour voir Morgan fondre sur lui pour un baiser chaotique auquel il répondit volontiers. Soudain, les mains de Morgan furent partout et le cerveau de Reid eut un court-circuit, et il n'aurait pas vraiment pu ressentir davantage d'indifférence envers la raison pour laquelle le héros du film pointait une arme sur son meilleur ami.

Reid agrippa la nuque de Morgan et l'attira plus près de lui qu'il ne l'était déjà. Une des mains de Morgan se trouvait dans ses cheveux, l'autre entre ses jambes et à ce stade Reid se fichait totalement que cela provoque une réaction ou non.

Tout l'acte était spontané. Ils auraient pu regarder la totalité du film sans se rouler des pelles et cela aurait eu l'air réel malgré tout, alors pourquoi Morgan paraissait si déterminé à l'embrasser maintenant ? Tout ce que Reid pouvait dire, c'est que c'était agréable et qu'il ne voulait pas que cela s'arrête.

Une des employés semblait d'un avis différent.

- Excusez-moi, fit sa voix timide derrière eux alors que Morgan était pratiquement sur Reid et collé à lui.

Morgan s'écarta et se tourna vers elle. Elle devait avoir environ seize ans et rougissait violemment.

- Mon patron m'a dit que je devais vous jeter dehors si vous n'arrêtez pas, leur dit-elle avant de s'éclaircir la voix. Mais je n'ai pas envie de le faire alors vous pouvez me rendre service s'il vous plaît ?

Morgan lui sourit en acquiesçant et elle s'éloigna, l'air un peu moins nerveux.

Tous deux se remirent correctement sur leurs sièges pendant les quinze dernières minutes du film, ni l'un ni l'autre ne comprenant le retournement de situation du scénario, mais tous deux avec la respiration assez saccadée.

Alors que le générique défilait, ils ramassèrent leurs vestes et Reid se tourna vers Morgan :

- Alors, chez toi ou chez moi, plaisanta-t-il.

Morgan éclata de rire et lui donna une claque sur les fesses, ce qui le fit pousser une exclamation de surprise.

- Tu les adores vraiment, hein, taquina Reid.

- Tu aimerais bien le savoir, pas vrai ? gronda Morgan.

Ils sortirent du cinéma et se dirigèrent vers la voiture. Il faisait frais et Reid tremblait, mais Morgan jeta un bras chaud et confortable autour de lui et le tint impossiblement près de lui. Reid agrippa le t-shirt de son ainé et soupira en posant la tête contre son épaule, inspirant son odeur. C'était parfait.

Absolument parfait.


NdT : attention, le Rating de l'histoire va bientôt changer pour "M" - j'aurai déjà dû le faire pour les chapitres 6 et 7, mais j'ai un peu de mal à déterminer la frontière entre les ratings. Je ferai le changement en publiant le chapitre 11, lundi prochain, pour donner le temps au plus de personnes possibles de voir cette note. Attention donc, cette histoire n'apparaîtra plus dans la liste par défaut, il vous faudra soit changer les paramètres de tri afin d'inclure les textes de rating M, soit venir directement la chercher sur mon profil.


val : oui en effet ils n'avaient pas pensé sur le coup que l'unsub aurait pu mettre des caméras ailleurs que dans la chambre. C'était assez imprudent de leur part

Guest : ahah, ce n'est pas moi qui décide, et je resterai muette comme une tombe quant à ce qui se passe dans la suite :p enfin, question rapprochement de la part de Morgan, je crois que la fin de ce chapitre est assez révélatrice de toute manière xD

Zangetsugaara : C'est sûr qu'ils sont mal s'il y a un micro... ils vont être obligé de le faire "pour de vrai" !

EmpressOfBlood : non pas d'inquiétude, on vient juste de dépasser la moitié de la fic, il reste encore quelques chapitres à venir :)

Angel-Sly : D'ailleurs, je me demande si Hotch est au courant du comportement des trois filles le soir de la "simulation". Utiliser les images termiques et la bande son pour leur plaisir personnel, ce n'est pas très pro tout ça. J'aurai bien aimé voir la tête de Hotch en l'apprenant !

CM-SRxDM : c'est vrai qu'il était assez court, mais on repart de plus belle !