Quand Reid se réveilla, il fut un peu surpris -mais ravi- de voir Morgan qui le regardait, les yeux mi-clos et l'air très heureux.
- Bonjour, murmura-t-il.
- Bonjour, répondit Morgan d'une voix toute aussi basse, avant de se pencher et de l'embrasser sur le nez.
Reid fronça le nez et les sourcils puis se mit à rire. Il pouvait sentir le bras de Morgan autour de lui, et la chaleur de son corps contre lui lui procura un frisson.
- Comment se fait-il que tu ne sois pas debout ? N'es-tu pas le « lève-tôt » typique ?
Morgan rit et Reid sentit le bras se resserrer un peu contre lui.
- Je n'aime toujours pas l'idée que tu sois la cible préférentielle de ce type. Je n'ai pas envie de te laisser seul.
Reid fronça les sourcils :
- Depuis combien de temps es-tu réveillé ?
Morgan réfléchit pendant une seconde puis répondit :
- Depuis sept heures.
- Quelle heure est-il ?
Morgan se tourna et Reid s'enveloppa de ses bras à la perte soudaine de chaleur.
- Dix heures, répondit son ainé.
- Tu es resté avec moi pendant trois heures ? demanda Reid avant de rouler sur le dos et étirer ses bras au-dessus de sa tête.
L'air était frais sur son torse nu mais la sensation sur ses muscles étaient délicieuse. En baissant de nouveau les bras, il surprit le regard de Morgan sur lui. Ses lèvres étaient entrouvertes et il semblait parti très loin. Reid ne put s'empêcher de croiser les bras, les mains sur ses côtes, gêné.
- Derek ?
- Hein ? Euh, ouais, je suis resté.
Reid fronça légèrement les sourcils. Morgan avait-il été distrait par les parties de son corps exposées ? Bien sûr, Morgan avait admis être bisexuel, mais même si Reid aimait les hommes il ne se retrouvait définitivement pas à fixer chaque type qui entrait torse-nu dans les vestiaires du BAU.
Pas si vite. N'importe quoi. Si, il le faisait.
Mais tout de même, ce n'était pas comme s'il avait quoi que ce soit qui vaille la peine d'être regardé, ou comme si Morgan n'avait jamais eu l'opportunité de le voir torse-nu avant ce jour.
Peut-être s'était-il simplement perdu dans ses pensées, se raisonna Reid, il ne pouvait pas avoir perdu le fil la conversation en le voyant…
Si ?
Reid s'assit d'un mouvement rapide et plia les doigts de ses pieds et ses mains pour s'assurer que rien n'était engourdi.
- Tout marche correctement ? le taquina Morgan en le voyant assis là à regarder ses mains comme s'il les voyait pour la première fois.
Le jeune agent lui lança un sourire sarcastique en plissant les yeux.
- Ha. Ha. Oui, tout fonctionne.
- Bien, tant mieux. Dans ce cas peut-être que tu peux faire le petit-déjeuner pour une fois ? fit Morgan avec un sourire narquois.
Reid lui tira la langue et Morgan éclata de rire devant le geste enfantin, avant de sortir de la chambre pour probablement se rendre dans la salle de bain.
Reid soupira et regarda par la fenêtre. Les nuages obscurcissaient le ciel et plongeaient dans l'ombre l'herbe et les arbres. Reid était sûr que s'il sortait, il pourrait voir sa respiration et il fut soulagé d'être à l'intérieur, dans le confort et la chaleur, avec un radiateur en chair et en os.
Qui n'était pas non plus désagréable à regarder.
Reid se sourit à lui-même et secoua la tête avant de passer une main dans ses cheveux. Il réalisa alors combien ils étaient emmêlés et il se mit pratiquement à rire en imaginant de quoi il pouvait avoir l'air.
Morgan s'en fichait, cependant. Il vous dirait que vous êtes agréable à regarder même si vous étiez sur votre lit de mort après un horrible accident. Parce qu'il était gentil à ce point-là.
Pas qu'il considère l'apparence importante, de toute façon.
Reid soupira, se leva, enfila un grand sweatshirt de Morgan et se rendit dans la cuisine.
Il se dirigea d'abord vers la cafetière et l'alluma, puis regarda désespérément autour de lui.
- Tu t'es perdu ? demanda Morgan, derrière lui.
Le jeune agent se retourna et secoua la tête :
- C'est seulement que je ne sais pas quoi faire pour le petit-déjeuner, avoua-t-il un peu honteusement.
- Que dis-tu d'une omelette ?
- Je ne sais pas faire une omelette, fit Reid avec contrariété.
- Peut-être, mais moi oui.
- Mais je suis censé te faire le petit-déjeuner.
- Détends-toi, je me payais ta tête en disant ça.
Reid se mordit la lèvre et regarda Morgan aller ouvrir le réfrigérateur pour commencer à sortir les ingrédients.
- Désolé de ne pas beaucoup contribuer.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? questionna Morgan en fronçant les sourcils.
- Je ne fais jamais le repas ni n'allume le feu ni quoi que ce soit.
- Spencer, sourit Morgan, tu as fait le ménage dans toute la maison. Et puis on n'est pas là depuis assez longtemps pour que ça soit un problème.
Reid haussa simplement les épaules et s'assit sur un des tabourets entourant l'îlot central. De sa place, il observa Morgan travailler et bientôt des odeurs d'oignons, de fromages ainsi que d'autres délicieux arômes envahissent la cuisine.
L'esprit de Reid se mit à errer et il remarqua à peine Morgan poser l'assiette avec la merveille d'œufs devant lui. Après quelques secondes, son ainé l'appela pour le tirer de sa rêverie.
- Spencer ? Ca va ? demanda-t-il, préoccupé.
Reid leva les yeux avec un sourire triste.
- Oui, désolé. Je pense que je suis fatigué d'être ici.
- Je comprends, acquiesça Morgan. Ca fait presque un mois qu'on est sur cette enquête.
Reid hocha la tête et fixa son assiette.
- Le BAU et mon appartement me manquent, tu sais.
- On n'a pas l'habitude de rester à un seul endroit si longtemps, confirma Morgan.
Ils restèrent ainsi pendant plusieurs secondes avant de commencer à manger, leur repas parfois ponctué d'un grognement appréciateur de Reid.
- Content que ça te plaise, gamin, sourit Morgan en prenant à son tour une bouchée.
Quand ils eurent tous deux terminé, le jeune génie prit leurs assiettes, la poêle et la planche à découper afin de les laver. Il pouvait entendre, dans le couloir, Morgan parler au téléphone avec ce qu'il supposait être un membre de l'équipe et quand l'agent revint dans la cuisine, douze minutes plus tard, c'était avec le sourire aux lèvres.
- A qui parlais-tu ? demanda Reid avec curiosité en regardant son collègue par-dessus son épaule.
- Hotch, répondit Morgan en rayonnant.
Il y eut un silence de cinq secondes.
- Et tu as un sourire digne du Joker parce que… ?
- Ah ! Oui, rit Morgan en ayant soudain l'air de se rappeler que Reid ne savait pas de quoi ils avaient parlé. On va simuler une relation sexuelle ce soir !
Le sourire de Morgan s'agrandit et il commençait à effrayer Reid avec ses airs de Chat de Cheshire, lequel lui avait toujours fichu la trouille.
- D'a…ccord, rit Reid. Je n'aurais jamais pensé t'entendre dire ça. Entendre qui que ce soit dire ça, pour ce que cela vaut. Ou que la personne en question serait aussi excitée à cette idée.
- Non, non, non, tu ne vois pas, on va se faire attaquer cette nuit !
- Très bien, cette conversation devient de plus en plus étrange, affirma Reid avec un petit rire incrédule.
Morgan soupira tout en affichant toujours son sourire.
- Non ! Ok, on va simuler une relation sexuelle, notre unsub va essayer de nous tuer et l'équipe va intervenir et nous sauver et on va épingler ce type et on va rentrer chez nous !
Reid fit semblant de réfléchir à la question.
- D'accord, je crois que je te suis, sourit-il avant de se rembrunir : et s'il ne vient pas, encore une fois ?
Morgan secoua la tête avec un tel sourire que son visage semblait menacer de se couper en deux.
- Je vais te ravir si intensément et passionnément qu'il ne pourra que laisser libre court à sa colère. Et puis on sera de ton coté du lit, comme ça il pourra nous regarder avec la caméra.
Reid ne put empêcher un frisson de lui remonter l'échine à la pensée de Morgan qui ravissait son corps.
- A…à quelle heure le fera-t-on ?
- Vingt heures, répondit Morgan en regardant sa montre. Ce qui nous laisse neuf heures.
Reid acquiesça et retourna à sa vaisselle.
- Tellement à attendre, soupira-t-il.
Morgan se mit à rire.
- Ouais, je peux imaginer que ce doit être un enfer pour quelqu'un avec un cerveau hyperactif comme le tien.
- Pas loin, murmura misérablement Reid.
- Tu sais quoi ? Je t'emmène à la bibliothèque aujourd'hui.
- Pardon ?
- Ouais, on va y passer la journée. Tu pourras t'asseoir là et lire pendant que moi je… je ne sais pas, je trouverai quelque chose. Et après on pourra aller dîner et revenir ici pour se préparer à rentrer chez nous.
Reid fixa son ainé pendant un moment :
- Tu va rester là à rien faire… pendant que je lis… toute la journée ?
- Bon, peut-être pas toute la journée, on pourra changer après quelques heures. Mais je sais qu'il n'y a pas des masses de livres ici et que tu les as déjà tous lus. Alors, pourquoi pas ?
Reid acquiesça vigoureusement. C'allait être une merveilleuse journée.
-o-o-o-
La bibliothèque de la ville était peut-être petite, mais Reid sourit comme un gamin en y entrant. Il y avait là des livres allant de ce qu'un enfant de cinq ans lirait à ce que quelqu'un comme lui pourrait chercher. Il savoura la vieille odeur familière et toujours agréable des vieux livres usés et se tourna vers Morgan, qui se tenait négligemment à coté de lui et le regardait avec intérêt.
- Par où vas-tu commencer, beau gosse ? questionna-t-il.
Reid se mordit la lèvre et alla droit vers le coin le plus reculé, où il semblait y avoir beaucoup de gros volumes. Du coin de l'œil, il vit Morgan secouer la tête.
Le jeune génie prit cinq énormes ouvrages et les posa immédiatement sur une table toute proche. Morgan, lui, erra un peu avant de revenir avec un petit roman. Reid ne tergiversa pas davantage et se retrouva bientôt immergé dans les pages qui remplissaient son cerveau d'informations.
Une demi-heure plus tard, alors que Reid terminait son deuxième livre, il leva la tête et fut un peu surpris de voir Morgan le fixer.
- Hum oui ? fit-il avec une certaine maladresse.
- Salut, répondit Morgan avec un petit sourire.
- Je… peux t'aider ? rit le jeune génie, bien que cela sonne comme un rire nerveux.
Morgan secoua la tête :
- Nan.
- Depuis combien de temps me regardes-tu comme ça ?
Morgan haussa les épaules sans détourner le regard :
- Cinq minutes.
- Pourquoi ?
- Tu es fascinant, tu sais ? Tu lis si vite et là, tu irradies pratiquement.
- J'aime lire, rougit Reid.
- Je sais que tu aimes ça.
Reid s'humecta les lèvres :
- Comment avance ton livre ?
Morgan regarda la couverture :
- C'est une histoire d'amour sur une fille de ferme qui tombe amoureuse du garçon d'écurie. Je suis passé directement à la scène de sexe et ce n'est plus intéressant maintenant.
- Pourquoi tu n'en prends pas un autre ?
- Qu'est-ce que tu me suggèrerais ?
Reid commençait à être sérieusement mal à l'aise. Morgan se conduisait bizarrement et il ne savait pas pourquoi.
Puis la réponse le frappa. Et effectivement, après avoir jeté un rapide coup d'œil autour d'eux, il vit leur type dans un coin de la zone de lecture de la bibliothèque.
Pas très discret, hein ? songea Reid en retenant un sourire narquois.
- Eh bien, vu que c'est une romance qui t'a attiré en premier lieu, pourquoi ne pas essayer un slash ? Voir si ça, ça t'excite.
- Un slash ?
- Oui, tu sais, un homme avec un homme.
- Mmh… fit Morgan en semblant réfléchir à la question. Je ne saurais pas où trouver ce genre de romans.
Reid se leva et traversa la zone où se trouvaient assemblées les tables. Ironiquement, l'endroit où il devait aller se trouvait directement derrière l'unsub. Vraiment juste derrière. De son point de vue, il semblait que Reid marchait vers lui.
Quand le génie fut à mi-chemin, l'unsub se mit à bouger sur place, mal à l'aise. Reid ne parvenait pas à déterminer ce qu'il allait faire. L'attraperait-il ? Non, cela ne faisait pas partie de son MO. Mais il semblait horriblement tendu et cela rendait le jeune agent nerveux. Il était cependant trop tard : s'il changeait de direction maintenant, l'unsub comprendrait. Au mieux, il penserait que Reid le rejetait et ça, ça ne risquait pas de bien se terminer.
Il se redressa donc et continua tout droit en gardant un regard égal et une posture naturelle.
Au moment où il passait à coté de leur homme, Reid put le voir se tendre et il supposa qu'il retenait sa respiration. Lui continua simplement et regarda l'étagère pendant cinq bonnes secondes avant de sélectionner un livre qu'il avait lui-même déjà lu auparavant. En se tournant, il donna accidentellement un coup dans l'épaule de l'unsub.
- Oh, désolé, fit Reid de sa voix la plus douce et la plus aimable. Je ne vous avais pas vu.
L'homme leva les yeux et Reid fut abasourdi par ses yeux sombres. Sa peau montrait des tons olive, comme s'il avait des racines grecques. Ou peut-être italiennes, c'était difficile à déterminer, même pour Reid.
- Pas de problèmes, répondit l'unsub d'un ton égal.
Sa voix était profonde et l'intensité de son regard rappelait presque celui de Hotch. S'assurant de ne pas trop s'attarder, Reid retourna à leur table.
- Voilà, dit-il en laissant tomber le livre devant Morgan.
- Qu'est-ce que ça raconte ?
Reid leva les yeux au ciel :
- C'est l'histoire d'un riche adolescent d'environ seize ans qui tombe amoureux de son jardinier, qui a le même âge et est là pour un travail estival. Sa famille, toutefois, est très religieuse alors il ne peut pas le montrer au grand jour. Une nuit, vers minuit, alors que le jardinier est en train de ranger ses affaires parce qu'il a terminé de réparer la grange, le héros sort et le confronte avant qu'il ne parte. Ils parlent pendant un temps et finissent par partager un baiser long et passionné avant de se séparer. Le reste du livre raconte comment ils se tournent autour avant que la famille ne se rende compte de la vérité par accident quand la mère les surprend pendant qu'ils ont une relation sexuelle dans la grange. Mais, comme tu le sais, l'amour triomphe toujours alors ça finit bien, conclut le génie avec un sourire narquois.
- Bien, alors pourquoi je devrais le lire si tu peux simplement me le réciter ? J'aimerai bien entendre la scène de sexe sortir de ta bouche.
- Derek ! rit Reid en donnant un coup dans l'épaule de son ainé.
Morgan lui attrapa le poignet et l'attira à lui pour un long baiser.
Ca, Reid ne s'en lasserait jamais.
- Allez, fit-il en se reculant. Lis-le. Je dois encore terminer le chapitre sur la guerre de 1812, termina-t-il en indiquant son propre livre.
Morgan resta à le fixer pendant encore cinq secondes avant de hocher la tête et ouvrir son roman.
Quarante minutes supplémentaires filèrent et Morgan claqua le livre sur la table.
- Terminé ? demanda Reid qui était lui-même à la moitié du livre suivant étant donné qu'il lisait moins rapidement pour que l'unsub ne se doute de rien.
- Je me suis retrouvé à passer la première partie pour aller directement à la scène de sexe. Très informative, mais en fin de compte, très peu réaliste.
- C'est aussi ce que j'ai pensé en le lisant, acquiesça Reid. Veux-tu faire quelque chose d'autre ? Ca me tue de lire si lentement.
- Ouais, soupira Morgan. Je n'y avais pas vraiment pensé en t'emmenant ici, désolé.
Reid balaya ses paroles d'un geste de la main.
- Inutile de t'excuser, ce n'est pas grave.
- Je crois qu'il y avait un pub sur la route. Tu as faim ?
- Pas particulièrement, je veux dire, il est seulement… midi trente, affirma Reid en consultant sa montre. Nous avons mangé il y a deux heures et demi, mais peut-être que ça nous donnera quelque chose à faire.
- Allons-y alors.
-o-o-o-
Il faisait chaud, dans le pub. Bien que Reid ai demandé à la charmante serveuse de baisser le radiateur, sa requête ne donna lieu à aucune modification de température. Reid retira son cardigan et défit les trois premiers boutons de sa chemise.
- Bon sang, qu'essayent-ils de faire ? Nous rôtir vivants ?
Morgan éclata de rire. Lui aussi avait retiré sa veste et ne portait plus que sa chemise bleu clair qui, Reid devait l'admettre, se mariait délicieusement à sa carnation.
Ils avaient partagé une assiette de frites et une autre de beignets d'oignon, mais aucun d'eux ne pouvait se résoudre à manger quoi que ce soit d'autre. Ils restèrent donc assis à siroter des boissons légères (« il est trop tôt pour boire de l'alcool » avait réprimandé Reid) et à parler, mais même cela devenait ennuyeux après un moment.
- Une partie, ça te dit ? demanda Morgan en indiquant la table de billard, de l'autre coté du pub.
- Ca fait une éternité que je n'ai pas joué, songea Reid.
- Eh bien, on peut toujours aller réveiller ces engrenages rouillés, pas vrai ?
- Premièrement, cette analogie n'a aucun sens, et deuxièmement, quand je dis « une éternité », je veux dire depuis la fête de remises des diplômes, quand j'avais douze ans.
- Tu es allé à la fête de remises des diplômes ? questionna Morgan.
Reid savait que la surprise de son collègue venait uniquement de la grande différence d'âge entre ses camarades de classes et lui.
- Uniquement pour leur filer une raclée au billard, rit Reid. Et ensuite, je suis parti.
- Mais tu as une mémoire eidétique, non ? Alors tu sais toujours comme donner des raclées au billard.
- Oh non, je joue comme un pied. C'est simplement qu'ils étaient encore pires, déclara Reid en haussant les épaules avant de se lever. Enfin, ça vaut le coup d'essayer, pas vrai ?
Ils installèrent le jeu assez rapidement et Morgan lança la partie.
Reid resta là où il se trouvait, l'air très nerveux, avant de se pencher sur la table et faire de son mieux pour retrouver les gestes du lycée. Après plusieurs secondes à étudier sa cible, il frappa la boule blanche qui roula sur elle-même avant de s'arrêter à deux bons centimètres de l'endroit où elle aurait dû se trouver.
Morgan eut l'air de se retenir de rire alors que Reid lui lançait son fameux regard assassin digne d'un chaton.
L'ainé des agents prit son tour et frappa la boule, mais manqua le trou. Il haussa les épaules en s'écartant afin que Reid puisse tenter à nouveau son coup.
Il rata complètement la boule blanche.
- Waouh, je ne devrais vraiment pas jouer au billard, soupira-t-il.
- Comment c'est possible, tu pourrais probablement apprendre à jouer du violon en moins d'une heure, mais tu ne peux pas frapper une balle avec une autre ?
- Dois-je te rappeler qu'il y a aussi une queue d'impliquée ? rétorqua Reid avant de grimacer. Ouah, parler billard ça fait vite pervers.
Morgan éclata de rire.
- Tu veux quelques tuyaux ?
- S'il te plaît, implora Reid.
Morgan fit le tour de la table et se pencha afin de montrer la position à prendre.
- Il faut que tu ais les yeux au même niveau, d'accord ? Et garde la queue de billard entre ton pouce et ton index.
Reid acquiesça.
- Concentre-toi sur la boule que tu veux faire entrer dans le trou, pas sur la queue.
Il donna alors un coup et remporta la bille qu'il visait.
- D'accord.
Reid alla se mettre en place et se pencha en imitant mal la position de Morgan. Après un instant à ajuster son mouvement, il leva les yeux.
- Comme ça ?
- Non, rit Morgan en secouant la tête en venant se mettre derrière lui. Comme ça.
Il se pencha contre Reid et mis ses mains autour des siennes.
Aussi stupidement cliché que ce soit, Reid ne put empêcher son cœur de faire un bond et sa respiration d'accélérer en sentant Morgan contre lui.
- Tu dois te pencher davantage, jusqu'à avoir le nez quasiment sur la table et les yeux au niveau de la boule.
Reid obtempéra mais se retrouva à rougir furieusement car le seul moyen d'y parvenir, c'était de pousser contre l'aine de Morgan avec ses fesses.
- Désolé, marmonna-t-il.
Morgan se mit à rire.
Le jeune agent ne l'avait pas réalisé avant, mais la bouche de Morgan se trouvait juste derrière son oreille et son rire envoya de l'air chaud sur la zone érogène. Il ne put retenir le frisson qui le parcourut littéralement, faisant trembler son corps fin contre celui, masculin, de Morgan.
- Ca va ? ronronna pratiquement Morgan dans son oreille.
- Oui, tenta de répondre Reid.
Sa voix, néanmoins, le trahit en sortant à deux bons octaves au-dessus de son ton habituel.
- Oui, répéta-t-il de manière plus satisfaisante avant de s'éclaircir la gorge.
Morgan rit de nouveau et Reid ferma les yeux. Soit pour réprimer la sensation, soit pour la savourer, il ne savait pas vraiment.
- D'accord, alors maintenant, concentre-toi sur la bille numérotée, pas sur la queue.
Reid rouvrit les yeux et suivit les instructions de Morgan, les yeux fixés sur la sphère violette qui le narguait.
- Bien. Détends-toi et mets tes mains comme ça, continua son ainé en entrelaçant les doigts de leurs mains gauches pour leur faire prendre la position qu'il souhaitait. Bien, maintenant recule la queue de billard pour que le bout soit à environ cinq ou six centimètres de la bille blanche. Voilà, essaye de tirer, et souviens-toi de suivre légèrement la bille.
Reid hocha brièvement la tête avant de jouer. Il parvint à toucher la boule violette avec la blanche, mais rata le trou de quelques centimètres.
- Bien joué, le félicita Morgan en se redressant.
- J'ai raté le trou, objecta le génie avec une moue boudeuse.
- Mais tu en étais bien plus proche qu'avant. Change juste un peu l'angle la prochaine fois.
Reid acquiesça et poussa les mèches de cheveux tombées devant son visage en se demandant si Morgan allait finir par y voir clair dans sa petite mascarade « je ne sais pas jouer au billard ».
-o-o-o-
L'horloge, sur le tableau de bord, indiquait dix-neuf heures quarante huit quand ils se garèrent dans leur allée. Ils savaient que s'il faisait bon dans la voiture, le temps, à l'extérieur, était loin d'être clément, c'est pourquoi ils restèrent ainsi pendant un moment. Simplement assis dans le véhicule, avec un accord silencieux sur le fait qu'ils ne souhaitaient pas quitter la chaleur de l'habitacle pour l'instant.
- Merci, pour aujourd'hui, fit Reid à voix basse.
Morgan se tourna pour le regarder :
- Pas de problème, sourit-il, c'était fun.
Reid hocha la tête et replaça une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle retomba bien vite à sa place et le jeune agent l'y laissa.
Morgan, cependant, tendit la main pour l'écarter à nouveau et il laissa ses doigts s'attarder sur le coté du visage de Reid.
Le génie leva les yeux et eu un petit sourire en voyant la tendresse dans les yeux de Morgan. Après une seconde à s'observer, l'ainé passa la main dans les cheveux de Reid et l'attira à lui.
Leurs lèvres s'écartèrent en allant à la rencontre de celles de l'autre, approfondissant le baiser avant même qu'il ne commence. Ils bougeaient en tandem, inclinant la tête d'un coté puis de l'autre pour tenter de trouver la position parfaite et, une fois que ce fut fait, ils la maintinrent pendant cinq bonnes secondes, leurs respirations mêlées.
Reid agrippa la nuque de Morgan alors qu'ils se lançaient de nouveau dans un tango fiévreux et, le temps que Morgan aille poser ses mains sur sa taille, Reid était déjà à bout de souffle.
Ce serait un euphémisme de dire qu'il ne s'attendait pas à être levé de son siège et installé sur les genoux de Morgan, ce qui le fit pousser une exclamation de surprise tandis que son ainé riait.
Ils reprirent là où ils en étaient restés et bien qu'une voix soit en train de crier du fond de son esprit « Ce n'est pas réel ! Ce n'est pas réel ! », Reid ne pouvait s'empêcher de coller ses hanches contre celles de Morgan en des mouvements qui ne pouvaient être désignés que comme allumeurs.
L'ainé gémit et arracha sa bouche à celle de Reid, la respiration haletante.
- On se calme, beau gosse, ou ça va devenir plus réel que c'est censé l'être.
- D-désolé, rougit Reid alors que son ainé suivait sa nuque. Je me suis laissé emporter.
- Ton collier est allumé, observa Morgan en suçant sa clavicule.
- Garcia aime écouter.
- Et tu la laisses faire ?
- Eh bien c'est ça ou je risque de me retrouver avec une vengeance quelconque de sa part.
Morgan hocha la tête d'un air absent avant de sceller à nouveau leurs lèvres et suçoter celle de Reid.
Avant que celui-ci ne puisse y réfléchir à deux fois, ses mains remontèrent le long de la chemise de Morgan, ses doigts courant le long des abdos avant que ses pouces n'aillent frotter ses tétons.
Les mains de Morgan attrapèrent les poignets de Reid comme pour essayer de les immobiliser - ce qu'il fit, mais les pouces de Reid continuèrent leur mouvement autour des petites proéminences, provoquant un grognement de son collègue contre sa bouche.
Reid ne savait toujours pas vraiment où son cerveau avait disparu alors qu'il tendait la main et ouvrait la portière.
L'air était effectivement frais et Reid resta collé à la bouche de Morgan en tirant celui-ci dehors par sa chemise. Ils se tinrent debout à coté de la voiture pendant quelques secondes avant que l'un d'eux (Reid n'était pas sûr de savoir qui) trouve la portière et la ferme. Ils se dirigèrent alors jusqu'à la porte en essayant de ne pas se faire trébucher mutuellement, sans jamais briser le baiser.
Une fois arrivé aux marches du porche, Morgan plaqua Reid contre la porte d'entrée, le serrant entre son corps et le bois, ce qui le fit grogner. Il sentit une des mains de Morgan chercher la poignée puis tenter de la tourner.
- C'est verrouillé, gronda-t-il contre la bouche de Reid.
- Je m'en occupe, fit le plus jeune dans un souffle.
Il se tourna dos à Morgan en sortant la clef de sa poche. Ses mains tremblaient alors qu'il tentait de la mettre dans la serrure, et le fait que Morgan glisse ses mains le long de ses hanches avant d'aller se poser sur ses fesses n'aidait pas non plus.
- Faut que ça soit réel, lui rappela Morgan alors qu'il tressaillait légèrement et se mordait la lèvre pour réprimer un gémissement.
Enfin, enfin, Reid parvint à ouvrir la porte et ils entrèrent en trébuchant à moitié dans l'obscurité jusqu'à la chambre.
- D-d-désolé, balbutia Reid en déboutonnant sa chemise.
Morgan alluma la lampe de chevet, qui projeta une lueur chaleureuse dans la pièce.
- Ca ne sera pas comme la dernière fois. Vu notre manière d'agir, il va falloir continuer en se montrant passionnés, acheva de s'excuser le jeune génie.
- Et c'est de ta faute ? questionna Morgan en retirant aussi son haut.
- C'est moi qui ai commencé à te chauffer dans la voiture.
Morgan sourit et se dirigea lentement vers lui en essayant de défaire rapidement le dernier bouton, ce qui s'avérait difficile :
- C'est sans doute mieux comme ça. Ca va l'appâter.
Morgan s'arrêta à quelques centimètres de Reid et, pendant un instant, ils restèrent simplement là, à se regarder, à vérifier que tout allait bien.
Puis, ils ne furent plus que bouches et bras et jambes et langues. Ils s'agrippaient l'un à l'autre comme si leur vie en dépendait et qu'ils tentaient de se souder l'un à l'autre avec chaque parcelle de leur corps possibles.
Il n'y eut que des halètements et des gémissements et, soudain, la ceinture de Reid disparut, rapidement suivie par le pantalon de Morgan.
Dès que le pantalon de Reid fut au sol, ils se séparèrent et s'entreregardèrent, un peu mal à l'aise, jusqu'à ce que Morgan brise le silence avec un petit rire.
- J'imagine qu'on y passe tous les deux, cette fois, observa-t-il.
- Pas d'hésitation, pas vrai ? fit Reid avant de se saisir du boxer de son ainé et le faire glisser le long de ses jambes pour ensuite pousser Morgan à s'asseoir au bord du lit, dos à la fenêtre.
Reid sourit et se laissa tomber à genoux. Morgan écarquilla les yeux.
- La caméra ne peut pas voir ce coté du lit, assura-t-il. Et nous devons lui offrir un spectacle qui le mette en rage. Il sera davantage en colère si je me plie à ta volonté que si c'est toi qui me donne du plaisir.
- C'est vrai, souffla Morgan.
Reid s'avança puis se recula légèrement en gardant toujours ses yeux dans ceux de Morgan afin de respecter son intimité.
Il fallut apparemment un peu de temps à Morgan avant qu'il paraisse en accord avec ce qui se passait. Il rejeta alors la tête en arrière en poussa un grognement de plaisir feint. Cela fit pratiquement rire Reid car de son point de vue, Morgan semblait agir sans la moindre raison. Il garda cependant son rire pour lui-même, sachant que cela pourrait blesser la fierté de son ami.
Après un moment, Morgan plaça sa main derrière la tête de Reid et prétendit guider ses mouvements.
- Ca doit le rendre fou, songea Morgan à haute voix.
- Fais comme si ça devenait vraiment bon.
Morgan obtempéra en faisant des mouvements haletants avec des expressions appropriées.
- Tu es plus doué à ça que moi, rit-il.
- A faire des fellations ou des grimaces ? le taquina Reid.
- Les expressions, confirma Morgan. Tu arrives mieux à faire croire que c'est réel.
- Prétends tout simplement que ça l'est, fit Reid en haussant les épaules.
Morgan redressa brusquement la tête, faisant légèrement sursauter son collègue.
- Tu prétends c'est réel ?
- De toute évidence, se moqua Reid. Maintenant, vu que tu as fais un mouvement brusque, je pense que c'est ici que la gâterie prend fin.
Il se redressa légèrement et poussa Morgan en arrière, le piégeant entre lui et le lit.
- Est-ce que tu, disons, ne bandes pas en faisant ça ? questionna Morgan.
- Tu ne prétends pas que c'est réel à ce point là, rit doucement Reid. Et puis, ça aura l'air plutôt bizarre si on est tous les deux en berne, non ?
Il pencha la tête et captura la bouche de Morgan alors que celui-ci riait.
Bon dieu, j'aimerais tant que ce soit réel, gémit pratiquement la voix dans sa tête. Il pouvait parfaitement s'imaginer faire courir ses mains le long de la peau de Morgan aux endroits les plus vulnérables, embrasser les endroits le plus sensibles. Il pouvait pratiquement imaginer les doigts calleux de Morgan errer sur sa cage thoracique et sur son estomac et…
Les sourcils de Reid se froncèrent et Morgan dut le sentir car il s'immobilisa et leva les yeux vers lui.
- Est-ce que ça va ?
- Ouais.
Le jeune agent avait l'impression qu'il allait se mettre à pleurer, seulement il ne pouvait pas, pas devant Morgan. Pas maintenant.
- Tu en es sûr ? insista Morgan dont l'inquiétude creusait les traits.
- Ouaip, répéta Reid.
Il savait que cela sonnait trop abrupt pour être rassurant mais, avant que Morgan puisse dire quoi que ce soit, il baissa la tête et l'embrassa passionnément.
- Il faut qu'on retire ton sous-vêtement, murmura Morgan.
Reid acquiesça.
- Alors, fais-le, toi.
Morgan s'en occupa rapidement et fit glisser le boxer avant de le retirer complètement.
Ouah, il n'avait pas réfléchi à la situation.
A présent que leurs deux vêtements étaient retirés, rien n'empêchait plus certaines parties de leur anatomie de se toucher, et la gravité n'aidait certainement pas.
- Euh… fit Reid, à court de mots.
Il manqua alors pousser un cri de surprise en sentant les mains de Morgan sur sa taille.
- Il n'y a pas vraiment de moyens d'éviter ça, accepta Morgan, il va y avoir des contacts embarrassants.
Il s'était déplacé de sorte à ce que sa bouche soit près de l'oreille de Reid afin que toute conversation ne semble pas étrange pour un regard extérieur.
- Permission d'agripper tes fesses ?
Reid dut réfléchir à cette demande. Si le faisait, cela signifierait que Morgan caresserait littéralement ses fesses nues. Cela signifierait aussi probablement qu'ils finiraient bel et bien avec leur attirail l'un contre l'autre. Jusqu'ici, il avait réussi à éviter que cela n'arrive en tournant ses hanches à un angle étrange et en gardant son aine plus basse que celle de Morgan.
Ca ne paraissait vraiment pas être une bonne idée mais, franchement, avait-il le choix ?
- Ouais, fit-il avec incertitude avant de répéter de manière assurée : ouais, tu peux.
Reid sentit les mains de Morgan serpenter le long de son corps et il frissonna quand elles atteignirent son fessier.
Les mains de Morgan parurent d'abord prudentes, hésitantes, jusqu'à ce que Reid se recule légèrement en affichant un petit sourire afin de l'encourager. Sa prise se fit alors plus ferme et il attira Reid contre lui. Le contact fut soudain, délicieux et ils fermèrent les yeux en dépit du fait qu'ils ne devraient sans doute pas agir de manière si « réaliste ». Une fois qu'ils sentirent tous deux la friction, toutefois, ce fut comme s'ils ne pouvaient plus arrêter.
Reid gémit et enfouit son visage contre le cou de Morgan en commençant à bouger inconsciemment ses hanches.
Ce n'est qu'une minute plus tard que les mains de Morgan le quittèrent pour aller se loger dans ses cheveux.
- Arrête, beau gosse, arrête, demanda-t-il, pantelant.
Seulement, Reid n'en avait pas envie. Il grogna contre sa gorge et continua ses mouvements de hanches contre celles de Morgan.
- Non, vraiment. Spence. Spence.
Reid amena ses lèvres à celles de Morgan pour le faire taire.
- Spencer ! s'exclama Morgan en se tournant pour l'empêcher de l'embrasser et en mettant les mains sur les hanches de son ami afin de l'obliger à arrêter.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Reid s'écarta et dévisagea Morgan, le souffle court. Les yeux de son ainé étaient fermés et sa mâchoire crispée.
Soudain, la température de la chambre grimpa. Beaucoup.
- Oh mon dieu, souffla Reid. J-je suis vraiment désolé, Morgan.
Celui-ci ouvrit brusquement les yeux.
- Hein ?
- Je suis allé trop loin, n'est-ce pas ?
- Quoi ? Non. Je veux dire, oui mais…
Morgan passa lentement la main dans les cheveux de Reid.
- Aussi blessant que ce soit pour ma fierté de l'admettre, si tu n'arrêtes pas tout de suite le… spectacle ne va pas durer bien longtemps.
Il fallut quelques secondes pour que Reid comprenne ce que son collègue voulait dire.
- Qu-quoi ? Vraiment ?
- Ouais, ne m'en tiens pas rigueur, veux-tu ? Ca fait un bail. Passons juste à…
Morgan laissa sa phrase en suspend et Reid acquiesça avant de l'embrasser à nouveau.
- Tu veux que je sois au-dessus ? murmura-t-il. Il aura une meilleure vue.
Reid aurait put jurer avoir vu Morgan rougir.
- Il va falloir aller de ton coté du lit, remarqua ce dernier.
Reid y réfléchit une seconde puis hocha la tête et se leva.
- Installes-toi sous les couvertures, commanda-t-il avant de se diriger vers la salle de bain.
Une fois à l'intérieur, il se plaça devant le miroir.
Bordel de merde…
Reid venait pratiquement d'avoir un rapport sexuel avec Morgan. Il venait pratiquement de faire jouir Morgan par la friction. Morgan, qui était maintenant allongé, nu, dans le lit et l'attendait.
Et, à présent, Reid devait retourner dans la chambre, entièrement nu et dur comme la pierre.
Meeeeeeeerde.
Il n'avait vraiment pas réfléchi à la situation.
Sentant les larmes venir à nouveau, il prit une profonde inspiration, déglutit et se mit de l'eau sur le visage en espérant que le rougissement qui semblait avoir définitivement envahi son visage disparaitrait.
Il retourna d'un pas lent dans la chambre, pour voir Morgan l'attendre, sous les couvertures.
- Salut toi, fit celui-ci avec un sourire.
- Salut, répondit Reid en marchant vivement vers le lit avec l'espoir que Morgan n'ait pas remarqué son érection, aussi évidente soit-elle.
Il s'empressa de se placer au dessus de Morgan, à quatre pattes et en s'assurant que les couvertures le recouvraient suffisamment.
- Je me suis préparé, on fait la pénétration maintenant.
Morgan hocha la tête et mit les mains entre eux avant que Reid ne se baisse contre son abdomen en prenant garde à grimacer et gémir au passage.
Une fois « entièrement assis » il se mit à bouger d'avant en arrière et croisa les bras sur la poitrine de Morgan. Il lui était difficile d'ignorer la hampe durcie de Morgan dans le bas de son dos mais il ferma les yeux, se mordit la lèvre et fronça les sourcils en gémissant.
- Bon sang, Spence. Tu vas finir par me tuer.
Reid sentit sa bouche s'étirer en un sourire timide :
- Désolé.
Morgan lui sourit simplement en retour et le cœur de Reid fit un bond.
Vraiment ? pensa-t-il. Après tout ce que tu as fait avec cet homme ces derniers jours, après tout ce que tu as fait avec cet homme cette dernière heure, tu es dans tous tes états à cause de son sourire ?
Cette pensée fut chassée par le bruit familier de la porte d'entrée.
Les yeux de Reid allèrent aussitôt se plonger dans ceux de Morgan. Voilà. C'était le moment.
Il ne réalisa combien il devait avoir l'air effrayé qu'à l'instant où Morgan écarta les cheveux tombés devant son visage avant de passer la main dans sa nuque et l'attirer à lui pour un profond baiser.
- Ne t'inquiète pas, murmura-t-il contre sa bouche. Ca va aller.
Reid hocha la tête. Sans prévenir, Morgan laissa alors échapper un cri passionné :
- Mon dieu ! Bébé ! Si serré ! s'écria-t-il et Reid comprit qu'il essayait de rendre jaloux leur unsub.
- Nnngh ! Si gros ! Uh ! gémit Reid.
Il se redressa et se pencha en arrière avant de poser les mains sur les jambes de Morgan, derrière lui, s'exposant face à l'autre homme en continuant ses mouvements.
- Oh ! Là ! Juste là ! J'vais exploser, bébé ! J'vais jouir ! s'écria-t-il en rejetant la tête en arrière.
Reid ne simulait pas quand la silhouette de l'homme apparut soudain dans l'embrasure de la porte, et il devait admettre que c'était une sensation terrifiante.
Il roula rapidement à coté de Morgan et rabattit le drap sur son aine. Morgan, de son coté, avait attrapé la couverture pour la draper autour de lui pour se lever et attraper son arme rangée dans la table de nuit.
En se tournant pour viser l'homme, il se rendit compte que celui-ci avait sa propre arme pointée sur Reid.
- FBI ! Lâchez votre arme ! s'écria Morgan.
L'homme ne lui prêta cependant aucune attention et fixa uniquement la silhouette à moitié couverte de Reid.
- FBI ? questionna l'homme. T'es du FBI ?
Reid hocha la tête, incapable de prononcer un mot alors que les yeux de l'homme semblaient transpercer son âme.
- Alors… alors tout ça n'était qu'une putain d'arnaque ? Vous pensiez que vous alliez me piéger pour m'attirer à vous ?
- Je ne le répèterai pas, posez votre arme ou je vous fais sauter la cervelle ! s'exclama Morgan.
L'unsub éclata de rire :
- Vous ne pouvez pas m'empêcher de tuer votre petit-ami, là.
- Ce n'est pas mon petit-ami ! cria Morgan et pour une raison quelconque, ces mots atteignirent profondément Reid.
Certes, ils n'étaient pas ensemble, mais il avait prononcé ces mots avec une telle brutalité.
- Alors vous faisiez semblant de vous taper ce type juste pour moi ? s'écria l'unsub.
- En effet, rit Morgan. Plutôt réaliste, hein ?
L'homme baissa les yeux :
- Votre pote à la trique.
- Ouais, eh bien ce n'est pas pour vous, ça je peux vous le garantir, rétorqua Morgan.
Une idée traversa l'esprit de Reid, rendu très mal à l'aise par la conversation.
Où était Hotch ? Où était l'équipe ?
- Vous croyez que je veux votre petit gigolo ?
- Hm, pardonnez-moi ?
L'unsub tourna brusquement la tête vers Reid.
- B-bonsoir. Euh… Ecoutez, monsieur…
- Cosey. Grant Cosey.
- Monsieur Cosey. Je pense… je pense que je vous comprends.
- Pardon ? Tu penses me connaître ?
- Non, mais je pense savoir pourquoi vous faites ce que vous faites.
- Oh, fit Grant avec dédain. Et pourquoi donc ?
- Votre père était sûrement très croyant, ou en tout cas très strict, je me trompe ?
- Qu'est-ce que cet enfoiré vient faire là-dedans ?
- Il vous a rejeté quand vous lui avez confié que vous étiez homosexuel, n'est-ce pas ?
- Je ne suis pas une tapette !
- Il vous a repoussé. Il ne pouvait tout simplement pas comprendre qu'il ne s'agissait pas d'un choix de votre part.
Grant eut l'air perdu.
- Vous ne pouvez pas renier vos sentiments, Grant. Tuer tous ces gens ? Ca ne rend pas votre situation plus facile à supporter, pas vrai ? insista Reid en se redressant pour s'asseoir.
- Grant Cosey ? Lâchez votre arme.
La tête de Grant se tourna vers le couloir, d'où la voix de Hotch venait de leur parvenir, et Reid soupira de soulagement.
Grant fit simplement un pas de plus dans la chambre, se mettant ainsi hors de portée de tir pour Hotch, et Morgan eut un léger mouvement de nervosité.
- Ecoutez, Grant, personne ici ne vous juge. Personne ici ne se soucie que vous soyez gay ou non.
- Tu penses que je suis attiré par les hommes ? Par les types comme toi ? Vous me dégoûtez !
Reid se leva brusquement du lit en laissant les draps tomber au sol.
- Vraiment ?
- Couvre-toi ! gronda Grant.
Reid secoua la tête.
- Regardez-moi et dites-moi que vous avez tué ces personnes parce que vous les détestiez. Dites-moi que vous ne me trouvez pas attirant.
- J-Je…
Grant tenta de répondre, seulement il ne pouvait empêcher ses yeux d'errer sur la silhouette nue de Reid.
- Tout va bien, Grant.
Les larmes montèrent aux yeux de l'unsub et il secoua la tête.
- Je… je ne suis pas… je ne peux pas…
- Ne vous trouvez pas d'excuses, Grant, acceptez de ressentir ce que vous ressentez.
Pendant un instant, il sembla que Grant allait abandonner ; il baissa son arme ainsi que sa tête.
- Voilà, sourit Reid en avançant lentement vers lui. Ca va aller.
- Non ! s'écria Grant.
Et soudain, son arme était de nouveau dirigée vers l'agent.
Un tir se fit entendre et Reid sursauta alors que Grant agrippait son estomac, là où la balle de Morgan venait de le toucher. Les épaules de Reid se relâchèrent à peine avant que le coup de feu suivant retentisse.
Une douleur. Une douleur vive et brulante envahi son bras gauche.
- Ah ! s'écria-t-il en trébuchant en arrière.
Ses jambes heurtèrent le lit et il tomba assis dessus, puis se recroquevilla sur lui-même, la main crispée sur la blessure sanglante.
- Reid ? fit la voix de Hotch alors que leur supérieur apparaissait finalement.
- Je vais bien, haleta-t-il, je vais bien.
Il attrapa le drap tombé au sol et s'en recouvrit le bassin en espérant que Hotch n'ait pas vu grand-chose.
Une fois le tissu en place, il leva les yeux, juste à temps pour voir Morgan enfiler son boxer puis se diriger vers Grant et le tourner sur le ventre afin de pouvoir le menotter.
Sans même demander à Reid s'il allait bien.
- Reid !
Le jeune agent eut un faible sourire en voyant Emily apparaître et venir droit vers lui.
- Oh mon dieu, Reid. Est-ce que ça va ? demanda-t-elle en voyant le sang couler entre ses doigts.
- Juste une égratignure, grimaça Reid. Ca ira.
- Je peux voir ?
Il acquiesça et retira sa main.
- Zut alors, c'est plutôt profond. Tu es sûr que ça va ?
- Sûr et certain, confirma-t-il. Nous pouvons rentrer, maintenant. Plus de Rossi râleur à supporter.
Emily éclata de rire, puis jeta un œil autour d'elle.
- Je peux t'apporter quelques vêtements ?
- Hm, il y a un pantalon de survêtements dans le deuxième tiroir, dit-il en indiquant la commode de son bras valide.
Après être allé chercher le survêtement gris, Emily l'aida à l'enfiler.
- Je ne regarde pas, promit-elle alors qu'il rougissait. Même si ça ne me dérangerait pas, ajouta-t-elle avec un clin d'œil.
Reid se mit à rire avec autodérision.
De sa place, il vit Morgan se lever. Un autre agent fit sortir Grant, et Morgan se tourna pour attraper son jean avant de simplement quitter la chambre à son tour.
Sans même lancer un regard vers Reid.
A présent, ces larmes qui avaient menacé d'apparaître toute la journée vinrent réellement. Une fois Morgan sorti, il se passa à peine quelques secondes avant qu'elles débordent et coulent sur son visage.
- Reid, est-ce que ça va ? Est-ce que c'est ton bras ?
Le jeune génie secoua la tête et déglutit :
- Je suis juste… fatigué et surmené. Et stressé aussi, je suppose.
Emily acquiesça et posa une main dans son dos :
- Allons à l'ambulance.
Reid eut à peine le temps de sortir de la maison avant d'être attaqué par une tornade blonde.
Garcia. Et JJ, non loin derrière.
- Mon petit Einstein ! Qu'est-ce qui s'est passé ? questionna l'analyste en regardant son bras.
- C'est juste une égratignure, Penny, la rassura Emily.
- Spence, tu pleures ? demanda JJ avec inquiétude.
Reid s'essuya furieusement les yeux et secoua la tête.
- Non, c'est la fatigue.
Bien qu'Emily sache qu'il ne s'agisse pas de la vérité, elle laissa tomber pour le moment.
- Allez les filles, laissez-le respirer, vous pourrez parler plus tard.
Une fois arrivé à l'ambulance, les auxiliaires médicaux se mirent aussitôt à nettoyer la blessure de Reid. Et, même si cela brûlait, le jeune agent n'y prêta pas vraiment attention.
Il regardait Morgan, de l'autre coté de la mer de policiers, de médecins et d'agents qui amenaient Grant dans une voiture.
Il ne l'avait même pas regardé depuis que Grant était apparu dans le couloir.
Tout avait été faux.
Bien joué, Spencer. Tu as laissé une personne de plus te faire croire qu'elle te souciait de toi. Ils ne se soucient jamais de toi. Mais tu n'apprends rien. Tu es un génie qui n'apprend pas.
- Reid, fit Emily à voix basse alors que l'auxiliaire s'éloignait pour aller récupérer du matériel supplémentaire. Est-ce que… est-ce que c'est Morgan ?
Reid se mordit la lèvre avant de hocher lentement la tête, le regard rivé au sol.
- Est-ce qu'il t'a fait du mal ? Est-ce qu'il t'a dit quelque chose ? l'interrogea-t-elle avec une agressivité qui surprit Reid. Parce que si c'est le cas je jure que je vais lui arracher la tête à main nues et…
- Em, arrête, murmura Reid. Il n'a rien fait. Pas volontairement.
Le médecin revient à cet instant. Cependant, Emily ne laissa pas son retour mettre fin à leur conversation.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- C'est seulement… il ne m'a pas… regardé une seule fois depuis… depuis qu'on…
La voix de Reid céda et les larmes redoublèrent.
- Ecoute, peut-on simplement partir ? Veux-tu bien venir avec moi ? demanda-t-il en essuyant les larmes silencieuses qui coulaient le long de ses joues.
- Oui, bien sûr, sourit Emily.
Elle se leva alors pour aller parler aux auxiliaires. Quand elle se fut éloignée, Hotch approcha à son tour et remarqua les reniflements et les larmes de Reid.
- Est-ce que tu vas bien ?
- Oui, ça ira. Em et moi allons à l'hôpital, est-ce que c'est d'accord ?
Hotch acquiesça :
- Bien sûr, fait tout ce dont tu as besoin.
Il commença à s'éloigner, puis s'arrêta soudain.
- Est-ce que c'est ton bras ? Est-ce pour ça que tu…
Hotch indiqua son propre visage en espérant que Reid comprendrait ce qu'il voulait dire.
- Ouais, répondit Reid. Ne vous inquiétez pas pour moi, Hotch. Je vais bien.
Le chef d'unité hocha la tête avec un sourire triste et s'éloigna.
Emily monta ensuite à l'arrière de l'ambulance et se mit à lui frotter le dos. Il lui fit un sourire de remerciement. Et, juste avant que les portes se referment, Morgan contourna la voiture et leva les yeux, rencontrant ceux de Reid. Celui-ci fit un sourire triste accompagné d'un petit signe de la main.
La dernière chose que vit Reid avant que les portes se ferment, ce fut Morgan qui détournait les yeux et continuait son chemin.
Oh, voilà donc ce que voulait dire « avoir le cœur brisé ».
AsSeryMoon : Merci beaucoup ! Quant au fait que Reid ne sorte pas trop bouleversé de cette enquête, euh… joker ?
Zangetsugaara : certes je peux comprendre ^^
CM-SRxDM : Oui j'avais oublié que le chapitre 10 était aussi court ! Heureusement, celui-là le rattrape bien avec ses 15 pages – et la moitié de « simulation » sur laquelle je me suis arrachée les cheveux, ha ha ha.
loveyaoi-15 : Wow, merci pour la correction, c'était bien « dévisager » que je voulais dire. Je ne trouve pas que tu fasse ton « emmerdeuse », je trouve ça génial au contraire qu'on me montre les fautes que j'ai pu faire, ça me permet de pouvoir les corriger – et m'améliorer !
val: ce n'est pas passé loin pour le fait de tuer Reid xD
tatinou : oui, je trouve aussi ^^ enfin, jusqu'aux dernières lignes de ce chapitre en tout cas, mouahaha
Angel-Sly : ahah merci ^^ et sans spoiler pour les autres, mais disons que vu la tournure des épisodes en ce moment, un peu d'amour, d'arc-en-ciel et de licornes ça ne fait pas de mal (bon certes, la fin de ce chapitre n'est pas toute rose, mais jusqu'ici cette remarque pouvait s'appliquer !)
tinetinetina : oui, je n'ai jamais vraiment compris comment on pouvait le décrire ainsi. Ce n'est pas parce qu'il n'est pas bâti comme un bodybuilder que cela lui donne des traits féminins pour autant.
