Trois jours.
Cela faisait trois jours qu'ils étaient revenus après avoir coincé Grant. C'était le premier jour de retour au travail.
Ils ne faisaient que s'occuper de paperasse, et Morgan comme Reid s'étaient vu offert des congés supplémentaires. Toutefois, aussi têtu l'un que l'autre, ils se montrèrent au bureau à dix minutes d'intervalle.
Morgan entra le premier, le pas nonchalant, présentant la même apparence que d'ordinaire, et il leva sa tasse dans une salutation générale. Cela semblait si normal que personne ne s'attarda sur son arrivée.
Puis vint Reid.
Il ne s'était pas rasé, ses cheveux étaient en pagaille, sa chemise à moitié sortie du pantalon, et les poches sous ses yeux si prononcées qu'il donnait l'impression de s'être battu. Il leva à peine les yeux vers son équipe.
Hotch fut hors de son bureau en un temps presque record.
- Reid, je pense que tu devrais prendre quelques congés suppl…
- Je vais bien, Hotch, marmonna-t-il.
- Reid, je pense vraiment…
- Hotch, rétorqua Reid en haussant suffisamment la voix pour montrer sa détermination. Je suis là, d'accord ? Je reste.
La mâchoire du chef d'unité se crispa, puis il fit un bref hochement de tête et retourna dans son bureau, laissant derrière lui tout un groupe de personnes surprises qui échangèrent des regards avant de retourner au travail.
Ce n'est qu'une demi-heure plus tard que Morgan se leva et s'étira :
- Tu veux un café, Emily ? demanda-t-il.
Elle secoua simplement la tête et regarda Morgan s'éloigner sans avoir jeté le moindre regard vers Reid.
Les sourcils froncés, elle tourna son attention vers le bureau de ce dernier. Le jeune génie était replié sur lui-même et frottait ses points de suture en regardant ses documents comme s'ils lui faisaient du mal.
Bon sang, trop c'est trop.
Elle se leva, suivit la silhouette de Morgan qui disparaissait dans la salle de pause, '- attrapa la porte juste au moment où elle se refermait, ce qui fit lever la tête à l'homme présent à l'intérieur de la pièce.
- Changé d'avis ? questionna-t-il en souriant légèrement dans sa tasse.
- A quoi tu joues, Morgan ?
Les sourcils du métis se rejoignirent et il abaissa sa tasse :
- Excuse-moi ?
- Je me fou que ce soit toi ou moi ou George Clooney mais être traité comme tu traites Reid doit faire mal.
Morgan se tendit au nom de Reid plutôt qu'aux paroles d'Emily.
- Je… Je ne…
- Ne me sors pas une connerie du genre « je ne vois pas de quoi tu parles », Morgan. Tu as passé la semaine à être extrêmement proche de Reid et maintenant que tu es libre tu agis comme si tu ne le connaissais pas. Comme s'il n'existait même pas !
Derek posa son café et sa posture se fit défensive :
- Je ne…
- Quoi ? Tu ne pensais pas que ça le blessait ? Tu ne pensais pas qu'il avait besoin d'être rassuré quant à votre amitié ? Dieu sait que la vie qu'il a eu a déjà été assez difficile comme ça ! Il a peur de l'abandon et tu penses que si son meilleur ami arrête de lui parler il va juste…
Emily marqua une pause, luttant pour trouver les bons mots :
- …aller marcher un peu et oublier ?
- J'essaye ! s'écria Derek en jetant les mains en l'air.
- Tu « ESSAYES » ? Ca fait des jours qu'il en est malade et là tu essayes ?
- Il y a certaines choses auxquelles je dois réfléchir, Emily ! J'ai besoin de temps !
- Oh, vraiment ? Eh bien je suis désolée d'avoir interrompue ton petit moment d'apitoiement sur ton sort, Morgan, siffla-t-elle d'un ton dégoulinant de sarcasme. Je pensais que tu aurais envie de savoir que notre adorable petit génie est en train de se ronger les sangs là-bas en essayant de comprendre ce qu'il a pu faire ou dire de mal ! Il questionne sa confiance en toi !
- Ne t'avise pas de me parler de Reid comme si je ne le connaissais pas ! Je suis son meilleur ami, bordel !
- Alors agis comme tel !
- Je t'ai dis que j'essayais !
- Et ça ne t'es pas venu à l'esprit que peut-être Reid avait besoin de savoir que tu essayais ?
Il y eut un silence pendant lequel Morgan détourna le regard de celui d'Emily, lequel était passé de sévère à interrogatif.
- Qu'est-ce que tu sais ? demanda-t-il soudain en levant les yeux.
Emily put entendre la question sous-jacente.
Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
- Derek, souffla Emily. Je suis une profileuse. Une bonne profileuse. Je sais que Reid est bisexuel, et je sais qu'il était vraiment nerveux à l'idée de se rapprocher de toi dans cette maison. Il m'a dit qu'il avait admis sa sexualité auprès de toi et de ce qu'il m'a rapporté, je pensais que tu l'avais assez bien pris. Alors est-ce que tu es en train de me dire que tu lui as menti en prétendant que cela t'étais égal uniquement parce qu'il fallait que tu tiennes jusqu'à la fin de la semaine ?
- Non ! Ca ne me dérange vraiment pas ! Il peut faire ce qu'il veut !
- Oui, eh bien lui il n'est pas au courant. Il pense qu'il a fait quelque chose de mal et qu'il t'a contrarié. Que c'est de sa faute si tu ne lui parles pas.
Morgan soupira puis secoua la tête :
- Ce n'est pas ça. Ce n'est pas ce que je voulais.
- Qu'est-ce que tu voulais ?
- Un peu de temps pour réfléchir.
- Réfléchir à quoi ?
Morgan lança à Emily un regard acéré.
- A ce que je dois dire à Reid.
- Morgan, je t'aime de tout mon cœur, mais je t'en prie… réfléchis plus vite.
Elle s'avança vers lui et le prit dans ses bras dans une étreinte rapide mais expressive ; étreinte qu'il lui rendit et tous deux s'accordèrent sur le fait qu'ils n'étaient pas en colère contre l'autre. Elle lui fit ensuite un petit sourire puis ressortit de la salle de pause.
Reid semblait plus que confus quand elle revint dans l'open-space.
- Qu'est-ce qui a pris si longtemps ?
- Oh, la cafetière faisait à nouveau ce truc, quand elle ne filtre pas correctement les grains et qu'on se retrouve avec un café vaseux.
Reid hocha la tête, puis fronça à nouveau les sourcils :
- Mais tu n'en voulais pas en fin de compte ? interrogea-t-il en regardant les mains vides d'Emily.
- Non, j'avais remarqué qu'elle faisait ça ce matin après avoir pris le mien, mais j'ai eu un accès de fainéantise et je l'ai laissée comme ça.
- Et tu pensais que Morgan ne pouvait pas arranger ça tout seul ?
Emily haussa les épaules et sourit :
- Ma conscience me pesait et je me suis dit que je pourrais au moins l'aider.
Reid eut un sourire. Emily avait cependant remarqué son tiraillement lorsqu'ils avaient parlé de leur collègue.
Et maintenant, on attend.
Il était huit heures et, en levant les yeux de son rapport, Reid fut extrêmement surpris de constater que Morgan et lui étaient les seuls encore présents dans l'open-space. Il baissa de nouveau le regard sur son document et se mordit la lèvre avant de décider que cela ne valait vraiment pas le coup de rester plus longtemps. Il se leva donc et, à peine eut-il terminé de ranger ses affaires, qu'il entendit Morgan l'appeler, derrière lui.
- Hé, Reid ?
Le génie se tint immobile pendant un court instant, avant de se tourner lentement vers son collègue, qui était désormais debout et le regardait avec nervosité.
- Oui ?
- Comment… Comment va ta blessure ?
Reid ne put s'empêcher d'hausser les sourcils.
- Elle, euh… mieux qu'avant. Elle guérit normalement, de ce que je peux dire.
- Tant mieux.
Ils restèrent ainsi à ne faire que se regarder pendant un long moment.
- Ecoute, Reid…
- Non, Morgan, laisse-moi. Tu n'es pas obligé d'essayer de continuer cette étrange conversation qui ne mène nulle part. Je vais bien.
- Non, Reid, ce n'est pas ça. Je pense vraiment que je devrais au moins essayer de faire en sorte que tout redevienne comme c'était avant.
- Comme c'était avant ? Quoi, tu veux juste effacer ce dernier mois de ta mémoire ? Prétendre que nous n'avons jamais travaillé sur cette affaire ? Vraiment, c'est tout simplement… tout simplement…
- Non, je voulais dire que je veux retrouver notre amitié, je ne veux pas de ce malaise entre nous.
Reid se mit à rire à gorge déployée.
- C'est drôle car à notre arrivée au chalet pour le début notre mission sous couverture je me rappelle que tu disais quelque chose qui ressemblait à « ne t'inquiète pas, je ne vais pas laisser quelque chose comme ça se mettre entre nous ». C'est un comble, tu ne trouves pas ?
- Oh mon dieu, non, Reid, je…
- Oh je t'en prie, ne te fatigue pas, l'interrompit Reid en levant la main pour le faire taire. Je n'ai vraiment pas besoin d'une fausse explication de pourquoi tu ne pouvais pas prendre le foutu risque de me demander si j'allais bien avant aujourd'hui. Je comprends. J'ai simplement une question : est-ce que je suis si peu désirable que tu as réalisé que flirter ouvertement avec moi même quand tu n'y étais pas obligé était une erreur et qu'à la première opportunité qui se présentait tu as décidé d'ignorer jusqu'à ma simple existence, ou as-tu tout simplement menti sur le fait d'être bisexuel uniquement pour voir ce que je ferai ?
Reid marqua une courte pause pour observer l'expression stupéfaite de Morgan.
- Peu importe. Je ne pense pas avoir besoin d'une réponse. Je ne pense pas que ça ait de l'importance, désormais, conclut Reid en baissant le regard sur ses mains et en riant avec amertume.
- Non, Reid, ne…
- S'il te plaît, le coupa Reid en levant vers lui un regard qui l'implorait littéralement de garder ses excuses pour lui. S'il te plaît, non. Je ne pense pas que je puisse supporter davantage de coups portés à ma confiance en moi. Tu veux revenir à l'amitié ? Très bien. Je peux faire ça. Mais quand tu rentreras chez toi, ce soir, peux-tu me faire une faveur ? Demande-toi si tu as pris peur et t'es dégonflé, et si me faire du mal valait vraiment le coup.
Sur ces mots, Reid redressa la lanière de son sac sur son épaule et passa devant Morgan pour sortir. Il était à mi-chemin quand il se retourna à nouveau :
- Tu sais, je ne pense pas que ce soit le fait que tu ne m'ais pas parlé qui me blesse tant. Je pense que c'est parce que tu as menti, peut-être pas avec tes mots mais avec tes actes. Et, à présent, je sais que ce genre de mensonge fait bien plus mal.
A l'instant où la porte de l'appartement de Reid se referma sur lui, il s'effondra. Il n'avait pas pleuré, jusqu'ici. Il n'avait pas le sentiment que pleurer sur cette situation était approprié. Mais à présent, c'était fait. Il ne pouvait arrêter les larmes qui coulaient et les sanglots qui l'étranglaient.
Il marcha droit vers sa chambre et se jeta sur son lit en attrapant un oreiller contre lequel pleurer.
Il avait essayé d'encaisser avec dignité. De montrer que cela ne l'affectait pas. Mais il était trop difficile d'ignorer son cœur qui se brisait.
Quand il était plus jeune, Reid avait vu certains des jeunes avec lequel il allait à l'école passer par des ruptures pleines de larmes. Il s'était alors promis qu'il ne pleurerait jamais une fille ni un garçon. Il s'était promis de ne pas gâcher de larmes pour un partenaire parce qu'une relation se terminait, que tout ne se passait pas toujours comme prévu, et que pleurer s'avérait donc du gaspillage d'émotion. Jusqu'à cette affaire, il avait tenu cette promesse.
Mais pas avec Morgan.
Soudain, Reid ne put continuer seul. Il devait parler à quelqu'un.
Il attrapa son téléphone et tapa un numéro qu'il connaissait par cœur.
- Qui est-ce et que puis-je faire pour vous ?
- Garcia ? renifla Reid.
- Spencer ? Tu pleures ? fit la voix inquiète de l'analyste.
- Est-ce que tu as du temps pour parler ?
- Oh, sucre d'orge, absolument. Qu'est-ce qui ne va pas ?
Reid s'essuya les yeux mais ne put retenir le sanglot qui arriva.
- M-Morgan.
- Oh, mon ange, Emily m'en a parlé. Il est simplement perdu, junior, il ne sait pas ce qu'il veut.
- Il vient d'essayer de me confronter, au bureau.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Il voulait que tout redevienne comme c'était avant d'avoir cette affaire.
- D'accord… et qu'est-ce que tu as fait ?
- J-J'ai plus ou moins… crié.
- Crié ?
- Je…
Reid céda et les sanglots redoublèrent :
- Je ne pouvais pas simplement rester là à l'entendre essayer de tout régler d'un coup de baguette magique !
- Je comprends. Redis-moi juste la conversation exacte.
Avoir une mémoire eidétique se révéla utile alors que Reid racontait toute sa conversation avec Morgan – en modifiant les passages concernant la sexualité de Morgan – pendant que Garcia écoutait avec attention.
- Tu as fait ce qu'il fallait, mon cœur. Maintenant, il faut juste attendre de voir ce que Morgan va faire. C'est à lui de jouer.
- Oh, quel intérêt ça peut bien avoir, maintenant ? J'ai gâché notre relation en laissant tomber mes inhibitions, sanglota Reid. Je me suis détendu à ses cotés et je lui ai dit que j'étais bisexuel. J'aurais du savoir qu'après ce qui est arrivé entre lui et Carl il me détesterait pour ça ! J'étais stupide et téméraire et je mérite d'avoir cette douleur intense dans ma poitrine à chaque fois que je pense à lui, pleura-t-il en agrippant les vêtements au niveau de son cœur.
- Ne dis pas ça, Spencer. Tu sais qu'il ne pourrait jamais te détester.
- Oui et bien s'il ne me détestait pas encore ce matin, maintenant c'est le cas.
- J'en doute, mon ange. Je pense qu'il ne sait juste pas ce qu'il veut.
Reid s'essuya le visage avec sa manche :
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ce n'est pas nécessaire d'être profileur pour voir que, de toute évidence, Morgan est perdu par rapport à ce qu'il ressent pour toi, et qu'il te voit comme plus qu'un ami.
- Je n'en suis pas si sûr.
- Crois-moi, les femmes naissent avec le savoir instinctif d'où se situe un homme sur l'échelle de Kinsey.
Reid eut un rire triste :
- Ah oui ? Qu'en est-il de Hotch ?
- Oh, il est à deux, c'est certain.
- A deux ?
- Bien sûr, il joue les durs avec son attitude à la « ne me cherchez pas » mais je suis plutôt certaine qu'il a au moins pensé à être avec un homme.
- Tu es folle. Tu ferais tout pour qu'un type soit gay, hein ?
- Que puis-je dire ? J'adore les slashs.
Reid rit de nouveau en ce qui ressembla à une sorte de reniflement.
- Ne me dis pas que tu n'as jamais pensé à Hotch de manière non-professionnelle ?
- N'allons pas par là, tu veux bien ?
- Désolé junior. J'essaye juste de te changer les idées.
- Oui, soupira Reid, mais je vais bien devoir faire face un jour ou l'autre.
- Donne-lui un moment. Il va finir par revenir vers toi.
- Oui, et j'ai peur de ce qu'il dira.
La maison était froide.
Il ne pouvait dire si c'était parce qu'il avait oublié de mettre le chauffage ou parce qu'il ne s'était plus senti au chaud depuis plusieurs jours.
Il fut accueilli par le cliquetis des griffes sur le parquet alors que son golden retriever tournait à l'angle du mur en battant de la queue.
- Salut Clooney, soupira Morgan en s'agenouillant pour caresser la tête du chien. Tu as faim ? Ouais, tu as sûrement faim. Tu me manges toujours tout du sol au plafond quand je suis au boulot.
Clooney se montrait extrêmement câlin et collant depuis que Morgan était revenu. Ce n'était pas souvent qu'il restait loin de son chien pendant tout un mois.
Morgan se rendit dans la cuisine et rempli le bol vide de Clooney avant de regarder autour de lui, à la recherche de quelque chose à faire.
En vérité, il ne faisait qu'essayer de gagner du temps.
Il savait qu'il allait devoir s'asseoir et réfléchir sérieusement. S'il était honnête avec lui-même, toutefois, il ne voulait vraiment pas le faire. Et puis, il ne savait toujours pas comment il allait faire. Devrait-il écrire ? Parler à voix haute ? S'enregistrer ? Tout cela semblait plutôt stupide, bien qu'il sache que c'était ce que n'importe quel thérapeute dirait de faire.
Ce qu'il voulait vraiment, c'était boire quelque chose de fort. Il voulait se perdre dans l'alcool. Il savait cependant que ce serait irresponsable et que toute conclusion à laquelle il parviendrait pourrait être attribuée à la boisson et non à ce qu'il pensait ou ressentait vraiment.
Il regarda Clooney dévorer sa nourriture et soupira.
Peut-être qu'il devait en parler à quelqu'un. Mais qui ? Qui resterait là à l'écouter sans le juger ou formuler une opinion qui compromettrait ses sentiments ?
Eh bien, à quoi sert d'avoir une mère ?
Le téléphone sonna quatre fois avant que Mama Morgan décroche.
- Bonjour ? fit sa voix chantante.
- Maman ?
- Derek ? Oh, bonsoir, c'est si agréable d'avoir de tes nouvelles !
- Salut maman.
- Comment vas-tu ? Comment va le travail ?
- Hum, bien. Le travail… ça va.
- Der ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu as l'air tendu. Est-ce qu'il est arrivé quelque chose ? Pourquoi est-ce que tu appelles ?
Morgan laissa échapper un petit rire :
- Bon sang, ma. Je ne peux pas appeler juste comme ça ?
- Derek, fit Fran d'une voix sceptique. Cela fait des années que tu ne m'as pas appelé « juste comme ça ». Qu'est-ce qui se passe ?
- Je, euh… je crois que j'ai fait une erreur et… et cette erreur-à, je ne sais pas comment la réparer.
- Raconte à mama ce qui se passe.
- Tu te souviens de Spencer ?
Il y eut une courte pause, puis :
- Le Docteur Reid ? Oh bien sûr ! Charmant jeune homme. Très beau garçon. Pourquoi ? Quelque chose lui est arrivé ?
- Hm, oui et non, soupira Morgan.
Il alla s'asseoir sur son canapé et Clooney sauta quelques secondes plus tard sur lui pour poser la tête sur ses genoux. Il posa les pieds sur la table à café.
- On était sur une affaire en Illinois et…
- Illinois ? Tu étais là et tu ne me l'as pas dit ?
- On était loin de Chicago, maman. Et puis est-ce que tu ne préfèrerais pas l'ignorer s'il y avait un tueur en série dans le même état que toi ?
- Je suppose, grommela Fran.
- Bref, ça faisait plusieurs semaines qu'on traquait un type qui suivait et tuait des couples gays et lesbiens et on n'arrivait pas à mettre la main sur lui. Notre profil était lacunaire et chacune de ses actions nous faisait nager un peu plus dans le brouillard, alors ils, euh… ils nous ont demandé de… enfin, Reid et moi, nous, euh…
- Vas-y Der. Crache le morceau.
- Nous nous sommes fait passer pour un couple gay dans l'espoir de l'attirer à nous.
- Vous… quoi ?
- On était installé dans une maison et on est allé dans des bars pour attirer son attention pour qu'il se mette à nous suivre et on espérait ainsi pouvoir l'attraper quand il nous attaquerait, expliqua Morgan en passant rapidement une main sur sa tête. Reid et moi, on a dû être assez, enfin, assez intimes pendant toute l'opération.
- D'accord, fit Fran d'une voix légèrement confuse.
- Mama, je suis bisexuel.
Il y eut une pause. Puis :
- Oui. Oui, je sais.
- V-vraiment ? Tu le savais ?
- Derek, je suis ta mère. Je n'en ai jamais parlé parce que, eh bien, tu peux te mettre facilement sur la défensive parfois et ensuite j'ai appris ce qui s'était passé avec Carl, et… je savais que tu m'en parlerais quand tu serais prêt.
Derek avala une grande goulée d'air.
- D'accord, alors, je lui ai dit. Et là il… euh, il m'a dit qu'il avait… la même… condition.
- Derek, qu'est-ce que tu essayes de dire ?
- Je ne sais pas, ma. Ca allait si bien entre lui et moi. Comme si… comme si nous étions vraiment un couple. Il a fallut… qu'on devienne en quelque sorte… physiquement intime et… enfin, je pense que je pourrais avoir des sentiments pour lui.
- Alors, dis-lui, bébé. Pourquoi tourner autour du pot si tu sais ce que tu veux ?
Morgan sentit presque les larmes menacer et il pressa le bas de sa paume contre ses yeux.
- Notre unsub avait des sentiments homosexuels refoulés et il avait… reporté son affection sur Reid. Quand il est entré dans la maison pour nous tuer, Reid l'a confronté en lui montrant ses torts. Mais le type… a tiré sur Reid, fit Morgan en prenant une inspiration tremblante. Maman, il y a eu un moment où j'ai cru qu'il était parti. Où j'ai pensé que je l'avais perdu après m'être tant rapproché de lui. J'avais cette image où j'assistais à ses funérailles…
Morgan fut horrifié alors que sa voix se brisait et que la boule dans sa gorge le brulait.
- Et, je… j'ai cru devenir fou. Je n'aurais pas pu, maman. Je ne peux pas, insista-t-il en secouant la tête tandis qu'une unique larme coulait sur sa joue. Je ne peux même pas imager l'avoir pour ensuite le perdre en une fraction de seconde.
- Oh, bébé. Tu l'aimes.
- Il se met toujours en danger. Comme s'il essayait de faire ses preuves ou je ne sais quoi. Il est jeune, maman, si jeune, et parfois ça semble si inapproprié. Et si… et s'il mourrait en essayant de nous prouver qu'il est compétant ?
- Derek, vous prenez tous des risques dans ton travail. Ne penses-tu pas qu'il s'inquiète pour toi exactement de la même manière ?
- Ca n'a pas d'importance, de toute façon maintenant il me déteste.
- Pourquoi dis-tu ça ?
- La, hm, la balle lui a éraflé le bras et il a… eu des points de suture. Mais, maman, j'étais tellement bouleversé que je… je l'ai ignoré.
- Tu… quoi ? Pourquoi ?
- J'étais en état de choc et j'avais besoin de faire le point et à chaque fois que je le regardais, je ne pouvais qu'imaginer sa mort, alors je ne lui ai pas parlé. Je l'ai ignoré.
- D'accord… pendant combien de temps, bébé ?
- Pendant quatre jours.
- Quatre jours ? Der, il y a une différence entre avoir besoin de temps et être ridicule !
- Je sais ! Je sais bien ! Mais une fois que j'avais arrêté de lui parlé, je ne savais pas comment recommencer !
- Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?
- Tu te souviens d'Emily ?
- Elle est venue chez nous avec Spencer ?
- Oui.
- D'accord, oui, je me souviens d'elle.
- Elle m'a remis les idées en place. Elle m'a montré l'erreur que j'étais en train de faire, alors j'ai essayé de lui parler aujourd'hui. Il est devenu tellement furieux. Il m'a demandé des comptes sur tout ce que j'avais fait de travers. Mais il a aussi… il pensait que je lui avais menti sur ma bisexualité juste pour obtenir une réaction de sa part.
- Lui as-tu tout expliqué ?
- Il ne m'en a pas laissé la chance ! Et j'étais tellement choqué. Je ne savais pas quoi dire ! Je ne savais pas quoi faire ! Et maintenant, il me déteste.
- Derek, tu dois lui dire ce que tu ressens.
- Il ne me croira pas. Le truc, avec Reid, c'est qu'une fois qu'il a une idée en tête, son cerveau part à cent à l'heure, et elle peut être déformée jusqu'à ce qu'il en vienne à la pire des conclusions possibles.
- Tu dois essayer, n'est-ce pas ?
Cela le coupa dans son élan. Oui. Il devait essayer. Il se mentait à lui-même en disant qu'essayer serait inutile. On ne peut connaître la conclusion qu'une fois qu'on est devant, pas vrai ?
Il devait essayer.
- Tu as raison, mama. Tu as toujours raison.
- Est-ce que ça va aller ? Je ne t'ai pas entendu pleurer depuis la mort de ton père.
- Ouais, rit Morgan. Ce gamin m'a bien atteint, c'est vrai.
- Dis-le lui, bébé. Tu mérites d'être heureux et si cet homme fait ton bonheur, alors va le retrouver.
- M-maintenant ?
- Quand tu sentiras que c'est le bon moment, bébé. Et seulement à ce moment là.
- Merci, ma.
- De rien. Merci à toi de m'avoir confié, tu sais, que tu es bi.
- Oui enfin apparemment tu le savais déjà. J'imagine que tu peux le dire à Des et Sarah aussi.
- Ca ne fera que confirmer leurs soupçons à elles aussi, Der. Je t'aime.
- Je t'aime davantage, répondit Morgan avant de raccrocher.
Et maintenant ?
L'alarme de son réveil fut comme une balle qui lui transperçait le cerveau et il grogna avant de frapper le bouton pour l'éteindre. Il fit courir une main sur son visage, et attendit une bonne minute avant d'ouvrir les yeux.
Clooney était assis et le fixait.
Morgan ne put s'empêcher de sourire, bien que ce geste soit douloureux. Après avoir mis fin à la conversation avec sa mère, la veille au soir, il avait en effet décidé de ne pas suivre son propre conseil et avait bu une demi bouteille de rhum. Il se disait qu'il était parvenu à prendre une décision finale concernant Reid et était donc libre de se perdre dans la brume de l'alcool.
Et la gueule de bois qu'il ressentait à présent s'avérait une punition plus que suffisante.
Il se doucha et s'habilla rapidement, pour finalement être dehors moins d'une demi-heure après. Alors qu'il se garait dans le parking du FBI, il se sentait nerveux et resta assis dans son véhicule un moment.
Il s'était dit qu'il allait parler à Reid. Sauf que ce n'était pas l'endroit approprié pour ce faire. Il ne pouvait pas amener Reid à l'écart et lui parler là, car il n'était pas certain de ce que dirait le gamin. Sans mentionner à quel point ce serait non professionnel de déclarer ses sentiments à son collègue pendant qu'ils étaient au travail.
Il allait donc devoir passer la journée entière autour de Reid et la tension entre eux serait élevée à cause de leur dispute de la veille.
Génial. Vraiment, génial.
C'est lentement qu'il traversa le hall et il supplia silencieusement l'ascenseur de prendre le plus de temps possible. Le temps vint cependant où les portes s'ouvrirent et Morgan dut faire face à son destin.
Il entra dans l'open-space, où Emily et Reid se trouvaient déjà. Tous deux levèrent brièvement la tête avant de retourner à leur paperasse.
- Bonjour tout le monde, lança Morgan en tentant de garder un ton léger.
- Salut, répondit la voix d'Emily.
Reid garda simplement la tête baissée. Si ce comportement fit mal, il n'y avait rien que Morgan puisse y faire.
Alors il mit à exécution la seule idée qui lui traversa l'esprit.
- Je vais aller me prendre ma première tasse de jus, quelqu'un veut que je lui en apporte ?
- Oui s'il te plaît, sourit Emily.
Ils se tournèrent tous deux vers leur jeune collègue.
- Reid ? demanda Morgan après quelques secondes de silence.
Le génie secoua simplement la tête dans un geste de refus. Cela aussi fit un peu mal, mais Morgan ne fit que regarder vers Emily, hausser les épaules puis s'éloigner.
Il lui fallut moins de cinq minutes pour faire les deux cafés tels que leurs propriétaires les préférait et il venait de sortir dans le couloir quand une certaine analyste technique blonde et pétillante approcha.
- Hé, douceur chocolatée, l'interpella-t-elle avec un grand sourire que Morgan ne put que lui retourner.
- Bonjour beauté. Tu es délicieuse aujourd'hui.
- Mmh, et tu es succulent, comme toujours. Mais voilà, j'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Parle à Reid.
Morgan soupira. Comment les femmes arrivaient-elles à toujours tout savoir ?
- J'essaye, petit cœur. Il ne réagit pas.
- Vraiment ? s'enquit Garcia en fronçant les sourcils. Hm. D'accord, eh bien, continue d'essayer.
- C'est prévu, sourit Morgan avant de se diriger dans l'open-space.
En regardant par la vitre, cependant, il surprit une scène inhabituelle. Emily et Reid semblaient discuter au-dessus des séparations de leurs espaces de travail. En vérité, non, ils ne discutaient pas, ils semblaient davantage se disputer en murmurant. Reid semblait frustré et Emily donnait l'impression de marchander.
Morgan se sentit soudain mal à l'aise car il sentait que la dispute le concernait. Il attendit donc une minute supplémentaire. Quand ils eurent l'air de se calmer, il passa les portes.
Tous deux arrêtèrent aussitôt de parler et Emily sourit avec gratitude quand il posa la tasse en face d'elle. Il retourna ensuite à son bureau, s'installa sur sa chaise et prit le premier dossier en essayant d'ignorer l'impression que les yeux d'un certain génie transperçaient son crâne.
Il était environ onze heures trente quand Reid décida finalement qu'il avait besoin de plus de café. Du coin de l'œil, Morgan le regarda s'étirer puis se lever pour se diriger vers la salle de pause.
Il ne savait pas vraiment quoi, mais quelque chose capta son attention et lui fit lever les yeux pour regarder Reid s'éloigner de son bureau et passer la porte.
Le jean. Il portait le jean. Celui qu'ils avaient acheté tout spécialement pour aller en boite. Le jean qui enveloppait les jambes de Reid d'une manière oh-si séductrice.
Et voilà qu'il le portait au bureau.
Il fallut à Morgan dix bonnes secondes pour réaliser la quantité de salive accumulée dans sa bouche et il avala difficilement.
- Tu as vu quelque chose qui te plait ?
La voix d'Emily sortit brusquement Morgan de sa transe et il leva la tête pour voir son sourcil haussé. Il n'essaya même pas de nier ou confirmer ce qu'elle venait de dire, il retourna simplement à sa paperasse pour tenter de penser à autre chose qu'au fessier de Reid. Ce qui s'avéra très difficile.
Quand Morgan entendit la porte s'ouvrir, il attendit et regarda Reid entrer dans son champ de vision. Il ne put s'empêcher fixer le jeune génie alors que celui-ci s'asseyait et cherchait une position confortable.
La journée allait être plus longue que ce qu'il imaginait.
Il était neuf heures, et Reid était extrêmement fatigué. Ce n'était pas qu'il avait particulièrement envie de dormir, mais son corps et son esprit semblaient simplement éreintés. Il se laissa tomber sur son canapé avec un bol de popcorn, des restes de nourriture chinoise réchauffée et un verre de vin blanc, complètement exténué. Il avait lancé Benny and Joon et il se lova sur le canapé. Il avait la ferme intention d'attendre la nuit avec de quoi manger et de bons films afin de ne pas avoir de temps libre pour réfléchir à… eh bien, à d'autres choses.
Il avait terminé le chinois et avait vidé la moitié du popcorn quand son regard s'attarda sur le vin. Jusqu'ici, il le sirotait peu à peu, mais il réalisa que le film et le grignotage n'allaient pas réussir à faire entièrement sortir un certain homme de son esprit. Il plissa le nez à la perspective de vouloir une sorte de « coma » artificiel, provoqué par un produit, mais franchement, il était plus ou moins désespéré. Aujourd'hui n'avait pas vraiment été un très bon jour. Même si Morgan avait essayé de lui parler, et bien qu'il ait été un peu malpoli en l'ignorant la majeure partie du temps (ce que Prentiss s'était assurée de lui faire remarquer) il restait assez contrarié.
Alors, avec un petit haussement d'épaule, il prit le verre à pied et le vida de l'alcool qu'il contenait. Ce n'était pas comme si celui-ci était particulièrement fort, mais il brûlait malgré tout et faisait picoter son nez.
Insatisfait, il regarda le verre vide avec un froncement de sourcils, puis se leva et alla prendre la bouteille.
Il se versa un autre verre complet et l'entama à longues gorgées en regardant Johnny Depp faire le ménage sur un pouf à roulettes. Il avait à moitié vidé le second verre quand sa sonnette retentit.
Reid soupira et se redressa sur son canapé. Il resta à cette place pendant un instant à décider s'il voulait vraiment voir qui se trouvait à sa porte ou s'il devait simplement feindre d'être absent, mais après plusieurs secondes il décida que ce serait assez stupide et se dirigea vers la porte. Il ne prit pas la peine de regarder par le judas ; il avait de toute manière découvert que l'effet déformant l'ennuyait plus qu'autre chose, alors il ouvrit la porte d'un geste sec, puis poussa une exclamation de surprise.
Morgan.
Merci Zangetsugaara, tatinou, CM-SRxDM, val, tinetinetina et Angel-Sly pour toutes vos reviews !
deryous50 : merci beaucoup ! la suite et fin arrivera jeudi
JustWritten7 : merci :) oui après celui-ci il reste encore un chapitre
