La première fois, était après son rapt. Des jours après avoir eu peur pour Jane, chaque minute, le sort avait écroulé ses suppositions. Au milieu d'une nuit mélancolique, elle avait été volée à sa vie, terrifiée, figée par une peur suffocante. Soulagée d'une manière indicible, à cette idée absurde, que Jane n'était pas à sa place. Puis elle avait succombé aux vapeurs du chloroforme.
Des jours plus tard, passés à ressentir l'angoisse et toute l'obscurité de sa nature humaine, la liberté avait soufflé comme un air pur, dans cette lumière éthérée d'une porte qui s'ouvre.
Jane, dans l'embrasure, avait eu sur le visage toutes les fêlures, toutes les terreurs. Et dans ses bras convulsifs, la blonde avait ressenti dans l'épuisement terrassant, qu'elle n'avait été seule dans le calvaire.
Après le tumulte de la délivrance, et ces visages innombrables qui s'étaient succédés, elle avait enfin pu dormir. 18h d'un sommeil noir. Et un réveil d'un calme saisissant.
Cette nuit là, était la première fois.
Lorsque Jane, le corps dense, s'était allongée près d'elle, irradiant le désordre intérieur. L'obscurité avait semblé soudainement lourde. Trop lourde.
Maura s'était retourné, en suspendant son souffle. Avait regardé dans la pénombre, Jane, sentant dans ses yeux, comme un soleil que l'on fixe au Zénith. La subtilité d'une ombre illicite, aussi cinglante qu'une lumière trop forte.
Asphyxiée, elle avait effleuré le visage, tremblante.
Elle s'était redressée, au bout d'elle même et avait chevauché le corps tendu de Jane. En quête d'air, elle avait collé leur poitrine. En quête d'elle même, elle avait collé leurs lèvres.
"Jane..."
Avait-elle seulement murmuré.
Et en un murmure, elle l'avait avoué. Le pire secret si elle s'en tenait à la peur qu'elle avait eu de parler. Ou le plus beau pour toutes les autres raisons
La brune emprisonna son regard dans le sien, la confusion déchirante au fond de ses prunelles noires. Les lèvres scellées, elle avait certainement eu mille pensées, observé mille détails. Mais elle n'avait rien dit.
Contractant sa silhouette infaillible, elle colla de nouveau sa poitrine à celle de Maura maintenant serrée par l'angoisse. Et de ses lèvres hésitantes, elle s'était livrée sans être sûre de ce qu'elle avait à offrir.
Au premier souffle qu'elles exhalèrent, Maura sut, qu'aucun mot ne passerait ses lèvres. Qu'elle en était incapable tant que l'étreinte de Jane enlacerait son corps. D'ailleurs aucune parole ne fut dite, durant cette nuit.
Les cris, oui, avaient résonné, de plaisir, en même temps que ses ongles avaient tracé le corps de Jane, s'enfonçant dans sa peau, comme Jane entre ses cuisses. Elle avait inspiré son souffle, épousé chaque relief humide de la brune occupée à lui prendre son âme, irrémédiablement. A chaque va et vient, plein de révérence et de rage.
Jane, avait conquis son corps, comme elle possédait une scène de crime. Glorieuse, sans lui laisser la moindre chance, le moindre échappatoire. Les muscles saillants avaient poussé contre elle, encore plus sublimes qu'elle n'avait imaginé. Ses mains dans les boucles noires, elle avait eu, en sueur, besoin de ses yeux dans les siens. La tempête qu'elle y vit absorba la sienne, forgea le sens dans son chaos. Un sens qui crispa son coeur, aussi exigent que les doigts de Jane sur ses seins. Elle inspira les paupières closes, perdue. Diluée complètement pour la première fois dans un autre être. Et la jouissance perça sa chair, déchira tous les vides.
Sa voix écorcha sa gorge, et ses secondes de plaisir inconnu laissèrent le docteur pantelante, disloquée intérieurement.
Quand elle rouvrit les yeux, Jane, figée l'observait. Vibrante. Son regard captivé.
Maura sentit de nouveau le désir la mordre, à des endroits qu'il n'avait jamais mordu jusque là. Une découverte qui aurait pu la rendre anxieuse, aurait dû peut être. Mais elle la rendit seulement vulnérable et avide. Encore à bout de souffle, elle avait retourné leurs corps et du courage plein les veines, mêlé à autre chose qui la brûla de l'intérieur, elle avait de nouveau embrassé Jane. Plus exposée qu'elle ne s'était jamais sentie dans sa vie. Et elle se livra à sa propre conquête. La conquête la plus désespérée qu'elle n'ai jamais eue.
Elle sentit la force lui nouer la gorge, elle lutta contre les larmes qui lui montaient aux yeux, se plongea seulement à l'intérieur de Jane pour les fuir. Rattrapée souvent, en sentant Jane tressaillir contre elle, enveloppée dans la douceur du seul contact qu'elles n'avaient jamais partagé ensemble. Et que Maura eu l'impression de découvrir pour la première fois.
Ce n'était pas les autres femmes... ces autres n'avaient rien à voir. Aucune statistique, aucune expérience humaine n'effleurait ce qu'elle était en train de vire.
Sentir Jane jouir n'avait pas de correspondance. Aucun équivalent. Dans aucun registre.
Maura en imaginant, avait présumé. Elle avait sous-pesé vaguement les facteurs : l'attachement, l'admiration, le respect... la gratitude... et cet abandon qu'elle n'avait même pas vu venir. Elle avait bien compris que « connaître » Jane devait être hors cadre. Elle aurait dû penser : hors... norme. Hors contrôle. Hors limites. Hors... tout.
Jane s'arqua contre sa langue, et Maura sentit sa poitrine lui faire mal. De l'intérieur. A la sentir fondre dans sa gorge, s'écouler et se mêler à sa chair. Comme une offrande. Un sentiment de chance suffoqua son être plusieurs secondes, terrassant. Suivi par cette envie insensée d'être terrassée encore, à l'infini.
Le désir les perdit cette nuit là. Elle s'y jetèrent sans trêve. Sans pause inconfortable, ni silence suspendu. Sans un mot, elles épuisèrent leur force l'une dans l'autre jusqu'à ce que le sommeil les rattrape finalement.
