Il était de bonne heure ce matin là :
Un meurtre, une victime fichée dans 5 états et en Europe un palmarès plutôt impressionnant. Vol, recel, traffic d'Antiquités...
Et une affaire manifestement qui avait mal tourné.
Un cas d'école, une coordination avec Interpole qui n'était jamais simple, mêlée à ce sentiment absurde, inévitable, de devoir faire ses preuves. Les heures avaient passées, tendues certes, mais la police de Boston malgré tout savait gardé la tête froide.
Avec le temps chacun avait appris ce qu'il avait à faire.
Il suffisait de trouver le point de départ de la dernière transaction, quelque soit sa place sur le globe. Et remonter le fil jusqu'au panier à crabes qui se cachait derrière. Ensuite, passer la main à Interpole sûrement, mais après avoir fait du bon boulot. Question d'orgueil, d'intégrité.
Et Jane avait ses deux choses, à profusion.
Tout allait bien se passer, comme prévu. Chacun en était sûr.
Jusqu'à ce Korsak sorte de son bureau le regard trouble. Ses mains nerveuses.
Jane avait froncé le regard, senti l'adrénaline courir dans son corps. Debout, droite, une seconde, jusqu'à ce que tout s'effondre.
"Frankie... une descente à mal tourné... il a été touché..."
Tout s'était transformé en brume. Avec ses mots, Jane Rizzoli sentit son être se fendre.
"Où il l'ont emmené ? demanda-t-elle.
-Au Massachusetts Hospital...
-Préviens Ma"
Avec ses mots, elle prit sa veste, tout le reste insignifiant pour elle, et fulmina vers la sortie. Quand elle ouvrit la porte, elle recula d'un pas. La présence de Maura passa devant elle et s'avança jusqu'à la voiture.
Le gyrophare, la sirène. Des feux rouges qui ne voulurent rien dire. Et ce hall trop blanc, et cette odeur désagréable. Et Martinez défait, qui affronta le regard de Jane Rizzoli en se sentant l'assurance d'un enfant de 3 ans.
La brune le visage fermé s'approcha :
"Qu'est-ce qui s'est passé ?
-On attendait un signal...
-Mais ? demanda Jane les dents serrées.
-Le signal n'est jamais venu... et Frankie a voulu vérifier que notre contact était ok..."
Un piège, compris Jane en pestant les poings serrés.
"A quoi servent les putains de gilets par balles ? cracha-t-elle en se tournant vers lui.
-Frankie n'aurait pas dû être sur le théâtre. Il devait rester à l'arrière... mais...dès que le plan à commencer à capoter... il a vu rouge...
-Putain !" murmura-t-elle, en colère contre elle même. Elle aurait fait pareil. Bien sûr qu'elle aurait fait pareil...
Silencieuse, elle leva de nouveau ses yeux dans le regard de son ex collègue. Martinez déglutit, happé par sa présence grave. Une présence qu'il avait étrangement toujours réussi à comprendre d'une manière ou d'une autre. Il répondit à la question inscrite dans son mutisme.
"3 balles... il a perdu pas mal de sang. Il est au bloc, ils se battent pour le garder..."
Jane sentit le sol se dérober sous ses pieds, elle baissa les yeux, ses doigts tremblant parcourant son visage.
"Je vais voir où est-ce qu'ils en sont"
Cette voix. Ces yeux. Sûrement les seules choses encore palpables dans ce néant. Jane fixa Maura, s'accrocha à elle comme au bord d'un gouffre, puis hocha la tête.
La blonde se rendit au standard, mit moins d'une minute avant de passer l'accès au personnel.
Jane la regarda partir, et une fois disparue, alla s'asseoir. Vide.
"Mon fils, où est mon fils !"
Angela Rizzoli surgit à l'intérieur de la salle d'attente, l'émotion rauque dans sa voix. Vince à ses côtés, impuissant. Perdu sans doute lui aussi dans l'angoisse.
La mère se précipita vers Martinez, lui agrippa les épaules, de rage. De désespoir.
"Il est... en train d'être opéré... il font tout pour le tirer de là
-Pas mon fils ! rétorqua Angela, folle de peur. Pas mon fils ! J'ai déjà cru perdre ma fille, encore et encore. Pas Frankie ! Pas lui..."
Jane en retrait grimaça. Qui s'attend à des entailles pareilles...
Elle s'avança.
"Ma..." murmura-t-elle.
Sa mère se précipita dans ses bras. Jane devait être un roc n'est-ce pas ?
"Maura est allée voir, elle va revenir avec des nouvelles" rassura-t-elle doucement.
Un coma artificiel, pneumothorax aux deux poumons et une hémorragie résorbée dans l'urgence.
24h d'attente, une nouvelle opération possible. Beaucoup de chance d'échec si on devait en arriver là. De l'espoir... et encore trop d'invocations à mettre en prière.
Ils mirent des heures à pouvoir s'extirper des lieux. Décidèrent de le faire pour le bien d'Angela. Vince resterait avec elle, Tommy était en route.
Jane, plus près de l'hôpital, rentrerait chez elle, au cas où.
Sur le chemin, Maura sortit son téléphone et vit les 4 messages en attente, qu'elle avait entendu arriver les un après les autres.
"Tu devais voir Michael ce soir" se souvint Jane.
La blonde resta silencieuse.
"Je vais reporter à plus tard.
-Non... vas-y encouragea Jane. Aucun de nous ne peut faire quoique se soit Maur... tu seras tout aussi bien à te changer les idées..."
La blonde fronça les yeux.
"S'il y a quoique se soit, je t'appellerai..." offrit la brune.
Et si Jane voulait rester seule ?
Cette pensée se fraya un chemin lourde dans la poitrine de la blonde et serra son cœur. Et sans plus rien dire elle continua à marcher.
