L'obsession très souvent est comme le sommet d'un iceberg. Le symptôme culminant, quand déjà tout le reste se noie sous la surface.
Se battre alors... cette lutte là, arrive déjà trop tard. Et Maura pouvait le sentir, sans vouloir l'admettre. Ne lui avait-on pas dit tellement de fois, de se laisser vivre ? D'abandonner ce contrôle permanent ?
« Est-ce que tu n'as pas déjà senti en toi... que tu étais faite pour accomplir une mission ? Que de tous les chemins que tu pourrais prendre... un seul, celui LA était le TIEN ? »
Elle avait soupiré, vulnérable. Triste, en désordre.
« Non Ian, je n'ai pas l'habitude d'envisager ce genre de paramètres...
-Des paramètres ? Maura ! Sentir dans quel but tu es née n'est pas une expérience qui se mesure !
-Je pense en perpétuation de l'espèce... je pense en fusion des patrimoines génétiques, en phénotype et génotype ! Tu me parles de révélation..et je... je m'extasie devant le spectacle d'une méïose. Tes miracles... tes miracles ne sont pas les miens. »
Un silence s'abattit entre eux. Maura débarrassa nerveusement pour retenir ses larmes. Devant l'évier elle rassembla ses forces pour se retourner et sourire.
« Je ne m'interposerai pas... entre toi et ton miracle. J'espère que tu le sais »
Ian Faulkner la regarda encore avec cet air indéchiffrable, désagréable presque, partagé entre ce que Maura identifiait comme de la pitié ou de la tendresse. Plus ? Elle n'arrivait jamais à savoir.
« Peut-être que nos miracles ne sont pas incompatibles Maura... peut-être que si tu regardais les choses avec un peu de hauteur, tu découvrirais qu'ils sont liés...
-Ce qui me retient à Boston est terre à terre... ces liens là sont tangibles et je ne peux pas les ignorer»
Ian eut envie de répondre, mais il se tut.
« Je t'enverrai un message à l'atterrissage... » dit-il seulement, prenant son sac, il s'avança vers elle, la serra et l'embrassa sur le front. Soupira l'espace d'une seconde.
Puis il passa la porte.
De la hauteur ?
Maura pensa que Ian n'avait peut-être pas tort. Et qu'elle n'était, à ce moment là, simplement pas encore prête. Aujourd'hui, avec Jane... était la bonne occasion d'essayer. De s'éloigner des faits, des angoisses.
Elle ignora les souvenirs de leurs nuits en sortant pour courir. Continua de s'occuper, en rangeant sa bibliothèque. En vain. La sensation naissait dans son ventre, et parcourait sa peau, tarissait son souffle.
Son regard aimanté par son téléphone portable , elle se dit plus d'une fois qu'elle n'avait qu'à céder, comme à chaque fois. Elle n'avait qu'à baisser la garde, une seconde.
Et un message plus tard, à peine quelque mots, Jane, radieuse, serait sur le pas de sa porte, et, bientôt, enfoncée au fond d'elle.
Un frisson électrisa son corps.
Et ce fut la reliure, qui l'alerta. Une réponse cognitive ressurgie du passé. Elle sourit et sortit le recueil, caressant le cuir usé. Elle ouvrit au hasard et incapable de s'en empêcher, lut.
Au fil des secondes, son sourire s'étira d'abord... puis se fana. Son cœur acculé au fond de sa poitrine. Elle remarqua à peine ses yeux mouillés par les larmes. Et ses mains tremblantes, bouleversées par les mots.
Elle referma le livre.
Etait-ce vraiment ça ? Etait-ce vraiment possible ?
