DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Remarque:

Comme toujours, c'est la musique qui guide mon écriture.

L'ensemble de l'histoire est construite autour du titre "Nothing else matters" de Metallica. Mais l'ambiance de chaque chapitre est associée à un couplet, un refrain ou même seulement une phrase d'une chanson bien précise.


Nothing else matters (Metallica)

So close no matter how far

Si proche peu importe la distance

Couldn't be much more from the heart

Ça ne pourrait guère être plus près du cœur

Forever trusting who we are

Croyons éternellement en ce que nous sommes

And nothing else matters

Et rien d'autre n'a d'importance

Never opened myself this way

Je ne m'étais jamais ouvert de cette façon

Life is ours, we live it our way

La vie est nôtre, nous la vivons comme bon nous semble

All these words I don't just say

Tous ces mots que je ne fais pas que dire

And nothing else matters

Et rien d'autre n'a d'importance

Trust I seek and I find in you

La confiance que je cherche et trouve en toi

Every day for us something new

Chaque jour est quelque chose de nouveau pour nous

Open mind for a different view

Nous ouvrant l'esprit à un point de vue différent

And nothing else matters

Et rien d'autre n'a d'importance

Never cared for what they do

Je ne me suis jamais préoccupé de ce qu'ils font

Never cared for what they know

Je ne me suis jamais préoccupé de ce qu'ils savent

But I know

Mais je sais

Never cared for what they say

Je ne me suis jamais préoccupé de ce qu'ils disent

Never cared for games they play

Je ne me suis jamais préoccupé des jeux auxquels ils jouent

And I know

Et je sais


Chapitre 1 – Mon fils, ma bataille

« Si j'avais su qu'un matin,

Je serais là, sali, jugé sur un banc

Par l'ombre d'un corps que j'ai serré si souvent,

Pour un enfant »

(Daniel Balavoine)

23 juillet 2014 – La City, Londres.

Le soleil de cette fin du mois de juillet entrait à flots par les fenêtres du dernier étage de l'immeuble situé à l'angle de New Change et de Cannon Street. C'était un bâtiment moderne, tout en verre et en acier comme il en existait des dizaines dans ce quartier de Londres. Il ne possédait aucune enseigne voyante si bien qu'il fallait entrer dans le hall de l'immeuble pour découvrir sur un panneau en plexiglas le nom des différentes sociétés qu'il abritait.

Branston & Associés, LGB Research, Caldwell Management, Finley Inc., Hatfield Accountants, London City Traders, Hartman Invest, Pearson Specter, Dobbins & Cudrow Trading, Sanders Biologicals. Et sur la dernière ligne, tout en haut, Potter Corp.

La journée était splendide et nul doute que d'ici une heure, les parcs entourant la Cathédrale Saint Paul allaient être pris d'assaut par les employés de la City, pour leur pause déjeuner. Mais l'homme assis au dernier étage, derrière son grand bureau en acajou, n'en profitait nullement. Il passa d'abord sa main dans ses cheveux ébouriffés en soufflant doucement, espérant se calmer un tant soit peu.

-Bordel, je le crois pas…

Se calmer était peine perdue. D'un geste las, il retira ses lunettes et se frotta les yeux. Pour la troisième fois, il relut le mail qu'il venait de recevoir.

-Elle ne peut pas faire ça… MERDE ! rugit-il en abattant son poing sur la table.

Avec hargne, il décrocha son téléphone et composa un numéro. Après ce qui lui sembla une éternité, une voix de femme répondit.

- Allô.

- C'est quoi ce bordel ? attaqua-t-il directement. Tu n'as pas le droit de faire ça ! Le jugement est clair, les enfants sont avec moi à partir du 1er août !

Seul un soupir agacé lui répondit.

- Il est hors de question que les enfants partent… en Australie, ou je ne sais où ! Et je n'en ai rien à foutre que ce soit dans le cadre du travail de ton mec ou de qui que ce soit d'autre, ils n'iront pas ! Ils partent à New York avec moi ! Tu entends ce que je dis Ginny ?

- Oui Harry, j'entends parfaitement bien. Mais si tu arrêtais un peu de crier, je pourrais t'expliquer…

- IL N'Y A RIEN A EXPLIQUER ! CE SONT AUSSI MES ENFANTS ! JE NE VAIS PAS…

- Tes enfants veulent y aller, coupa Ginny.

- Quoi ?

Nouveau soupir.

- James et Albus veulent aller à Brisbane.

- Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils en ont à faire du boulot de… de…

- Filibert.

- Ouais… Filibert. Ginny, si c'est encore une de tes ruses pour me priver de mon droit de voir les garçons, je te préviens que…

- Ce n'est pas une ruse ! réagit Ginny sur un ton blessé. C'est vraiment… Bon, attends.

Harry entendit des bruits étouffés et supposa que son ex-femme avait couvert le téléphone de sa main. Puis il entendit des bruits de pas et enfin une voix.

-Papa ?

Et merde, quelle garce, pensa Harry en posant son front dans sa main.

- James. Salut mon grand, dit-il d'un ton qu'il voulait enjoué.

- Salut Papa. Ecoute, pour New York, on est désolé. Sincèrement. Mais l'Australie, c'est vraiment une chance, tu vois… On n'y est jamais allé, alors que New York, tu nous y as emmené plein de fois.

- Bon sang, James, si tu voulais voir l'Australie, il fallait me le dire, on y serait allé ! On est bien allé à Hong-Kong, on aurait pu…

- Je sais Papa. Mais bon, voilà. L'occasion se présente, alors…Et puis, on ira voir le Salon des nouvelles technologies sorcières, ça promet d'être génial … T'es fâché ?

- Non, bien sûr que non, soupira Harry. Je suis juste déçu. J'avais vraiment envie de vous voir toi et ton frère… ça fait tellement longtemps.

- Bah, on se verra pour Noël. Et puis tu seras là au Poudlard Express, non ?

- Oui. Je serai là, évidemment.

- Super ! Bon, ben, à bientôt !

- A bientôt mon grand. Et fais attention à toi en Australie. Il y fait très chaud et…

- Papa ! C'est l'hiver là-bas !

- Je sais mais…

- Papa, c'est pas parce que t'as viré pédé que tu dois faire ta mère poule, ok ?

A chaque fois, c'était comme une gifle. James n'avait jamais vraiment accepté son homosexualité. Il le lui faisait savoir par ces petites phrases insidieuses, pas ouvertement méchantes mais qui faisait quand même un mal de chien. Et maintenant qu'il avait quatorze ans, Harry avait l'impression que c'était pire. Hermione disait que ça lui passerait, qu'il devenait adolescent et qu'il se posait sûrement des questions sur sa propre sexualité. Mais Harry en doutait.

- Tu es mon fils, James. Je t'aime et je m'inquiète pour toi. Ce sera toujours comme ça et ça n'a rien à voir avec le fait que je sois…

- Ouais, je sais, coupa James. Bon, faut que je te laisse.

- Embrasse ton frère pour moi, ok ?

- Ok. Au fait, je peux garder l'argent de poche que tu m'as donné pour New York ?

- Je... oui, bien sûr que oui.

- Génial ! Merci ! A bientôt Papa.

- Je…

Une tonalité lui répondit. James avait raccroché.

Harry se passa la main sur le visage et remit ses lunettes. Il avait une horrible envie de pleurer. A la place, il appuya sur le bouton de l'interphone.

- Peggy ? Annulez les deux portoloins que vous aviez réservé pour James et Albus.

- Il y a un problème ? Il est arrivé quelque chose ? demanda la secrétaire, inquiète.

- Non… ce n'est rien de grave. Juste un changement de programme.

- Oh.

Son « oh » voulait tout dire. Combien de fois n'avait-elle pas entendu son patron se disputer avec son ex-femme à propos de leurs enfants ? Combien de messages ne lui avait-elle pas transmis de la part de Ginny Weasley qui annulait une rencontre avec James ou avec Albus ? Elle avait de la peine pour lui car elle voyait bien que tout ça l'affectait profondément même s'il ne disait jamais rien.

- Je m'en occupe tout de suite, dit-elle. Vous partez toujours ainsi que Mademoiselle Granger ?

- Oui, nous partons toujours.

Peggy resta silencieuse quelques secondes avant de dire :

- Je suis désolée Monsieur Potter.

- Pas autant que moi mais merci.

- Vous avez besoin de quelque chose ?

Harry faillit répondre mes enfants mais il s'abstint.

-Non, ça ira.

Il coupa la communication et se renversa dans son fauteuil. Avec amertume, il contempla les photos sorcières qui occupaient le coin de la table. Des photos de James et d'Albus. Et une photo de lui, à 25 ans, alors qu'il venait de faire remporter la Coupe du Monde de Quidditch à l'Angleterre.

Sa dernière victoire avant que tout ne s'effondre. Par sa faute.

-Encore en train de ruminer tes souvenirs et de culpabiliser ?

Harry redressa la tête pour voir une jeune femme sur le seuil de son bureau. Il ne l'avait pas entendue entrer.

Il ne put s'empêcher de sourire. Décidément, son nouveau look lui allait à ravir. Ses cheveux bruns coupés très courts soulignaient la douceur des lignes de son visage. Son maquillage charbonneux mettait ses yeux noisette en valeur et la robe noire sans manche qu'elle portait épousait ses courbes féminines à souhait.

- Salut Hermione, comment vas-tu ?

- Mieux que toi apparemment. Je vais jeter cette photo. Elle te fait du mal.

- Non, elle me rappelle seulement comment j'ai gâché ma vie.

- Foutaises. La carrière d'un joueur de Quidditch n'est pas éternelle. Dis-toi que tu as seulement pris de l'avance dans ta reconversion.

- Ma reconversion… J'étais un joueur mondialement connu. Et maintenant, je suis quoi ?

- Un homme d'affaires mondialement connu.

Harry soupira.

- Un homme d'affaires. C'est vraiment un mot qui ne veut rien dire. Qu'ai-je fais sinon racheter une usine de fabrication de balais ?

- Tu l'as rachetée, tu l'as développée, tu l'as refinancée et maintenant elle crée deux des plus grands fleurons de l'industrie du balai volant. Les meilleurs joueurs de Quidditch du monde ne jurent que par le ThunderBird. Quant à l'Hurricane, dois-je te rappeler qu'il est sur le point de te faire gagner une nouvelle fois le Grand Prix de Formule Balais des constructeurs ?

La Formule Balais était l'équivalent sorcier de la Formule 1 moldue. Harry était arrivé un peu par hasard dans ce secteur d'activité et sans conviction aucune, il s'était laissé convaincre de créer sa propre écurie de balais de course. Bien lui en avait pris car en trois ans à peine, Hurricane avait raflé pratiquement tous les grands prix.

- Je sais Hermione. Mais à part injecter de l'argent, financer des projets, je ne fais rien. Ce n'est pas moi qui ait conçu l'Hurricane ou le ThunderBird. Ce sont mes techniciens !

- Peut-être mais sans toi et ton argent, l'usine serait au point mort et les techniciens au chômage. Et c'est pareil pour les équipes de Quidditch que tu as rachetées. Les Tornades de Tutshill étaient au bord de la faillite. Pareil pour les Pie de Montrose et les Faucons de Falmouth ! Et maintenant, regarde-les ! Ce sont les clubs les mieux classés du championnat !

La véhémence d'Hermione fit rire Harry. Dire qu'à Poudlard, elle savait à peine faire la différence entre un Comète 360 et un Eclair de Feu. Et maintenant, elle était capable de parler de technique aérodynamique avec les ingénieurs ou de commenter l'intérêt d'une passe de Plumpton par rapport à la Roulade du paresseux.

-Qu'y a-t-il de si drôle ? demanda-t-elle.

- Rien. Je me disais seulement que j'avais de la chance de t'avoir.

- Et comment !

Elle s'assit sur un des sièges qui faisait face au bureau de Harry et le regarda avec sérieux.

-Peggy m'a dit pour James et Albus. Que s'est-il passé ?

- Ils partent à Brisbane. Hubert participe à une connerie de salon des technologies…

- Filibert.

- Oui Filibert. Enfin bref, je ne les verrai pas du reste des vacances.

- Harry, tu ne dois pas laisser faire ça ! Le jugement…

- Je sais ce que dit le jugement. Mais James m'a dit qu'Albus et lui voulaient y aller… que voulais-tu que je fasse ? Les en empêcher, histoire que Ginny me donne encore le mauvais rôle ?

- Au lieu de s'en prendre à toi directement, elle instrumentalise vos enfants ! Et le pire c'est que ça fonctionne ! C'est ignoble !

- Evidemment que ça fonctionne ! s'énerva Harry. La dernière chose que je veux, c'est que mes enfants me détestent ! C'est déjà bien parti avec James, ajouta-t-il dans un souffle.

- James ne te déteste pas.

- Il a honte de moi, c'est encore pire.

Le cœur d'Hermione se serra à la vue de la tristesse qui se lisait sur le visage de son ami.

-Il n'a pas honte de toi Harry. Il est juste déboussolé. C'est la raison pour laquelle il est impératif que vous passiez du temps ensemble. Pour qu'il se rende compte que contrairement à ce que son idiot de beau-père raconte, tu mènes une vie normale. Enfin… du moins que tu essayes de mener une vie normale…

- Que veux-tu dire ?

La jeune femme connaissait Harry depuis suffisamment longtemps pour pouvoir lui parler franchement.

-Eh bien, disons qu'un peu de stabilité dans ta vie amoureuse ne te ferait pas de tort.

- Hermione, je fais des efforts !

- Ah oui ? Quand comptais-tu me dire que Peter était parti ?

- Peter ? Je ne sais pas… une semaine ? Il partait à… Paris, je crois, avec son groupe…

- Trois semaines Harry. Peter est parti depuis trois semaines et hier, il m'a envoyé un message pour que je lui renvoie le reste de ses affaires. Il t'a quitté !

Harry fixa Hermione d'un air interloqué mais pas vraiment affecté par la nouvelle.

-Je n'y crois pas, soupira Hermione en levant les yeux au ciel. Ton copain t'a largué et tu ne t'en étais même pas rendu compte ?

- Bah… pour ça, il aurait fallu que je me rende compte qu'on était ensemble.

Hermione secoua la tête, visiblement consternée.

-Ecoute Hermione, dit Harry avant qu'elle ne commence à lui faire la leçon, je sais que j'ai l'air immature, que je me comporte parfois comme un gosse qui ne veut pas grandir… mais ça n'a rien à voir !

- Harry…

- Non, laisse-moi finir. Je… je ne suis pas sentimentalement instable. C'est juste que… je n'ai pas les mêmes aspirations de fidélité que toi ! Je ne cherche pas un homme avec qui passer le reste de ma vie… et que j'imposerais à mes enfants comme… comme quoi, d'ailleurs ? Un second père ? Un troisième si je prends Robert en compte ?

- Filibert.

- Je ne cherche pas le grand amour, Hermione. Je passe du bon temps avec des mecs qui me plaisent, point barre. Pas d'engagement, pas de drames, pas de problèmes.

Hermione soupira.

-Si tu le dis. Jusqu'au jour où tu tomberas amoureux. Et ce jour-là, j'espère que ce ne sera pas d'un gars comme toi.

- Si on se mettait au travail ? répliqua Harry pour écourter cette discussion qui commençait à l'agacer.

Son amie lui jeta un regard peu amène et déposa sur son bureau le dossier qu'elle tenait en main depuis qu'elle était arrivée.

-Le contrat d'achat des Fitchburg Finches. J'y ai apporté les modifications dont on avait discuté la semaine dernière avec le président du club. Le document doit encore être relu par leur avocat mais ça ne devrait pas poser problème. A toi de me dire si ça te convient. Si tu pouvais le relire encore aujourd'hui, histoire que je puisse…

- Pas la peine de le relire. J'ai confiance en toi comme en personne d'autre.

Hermione sourit en reprenant le dossier. Diplômée en économie, elle travaillait avec Harry depuis le premier jour. Au départ, pour négocier ses contrats avec les équipes de Quidditch qui l'embauchaient et ensuite quand il créa Potter Corp. Elle était son bras droit, son bras gauche et même sa conscience. Harry ne serait arrivé à rien sans elle.

-Tout est prêt pour New York ? demanda-t-il.

- Arrivée le 29 à 10 heures, heure locale. Le 30, soirée privée au Blue Black avec les actionnaires du club et les joueurs. Le 31, rendez-vous à 16 heures avec l'avocat des Finches pour finaliser le rachat et signer les contrats. Et à 19 heures, je t'invite au Per Se, le meilleur restaurant de Manhattan, pour ton anniversaire !

- Hermione !

- Pas de discussion, répliqua-t-elle en se levant. J'ai toujours rêvé de goûter leurs langoustines au beurre poché. Ne me prive pas de ça !

- Ok, ok, capitula Harry en levant les mains et en riant. Tu es un vrai tyran quand tu veux ! Tu le sais ça ?

Pour toute réponse, Hermione s'empara d'un stylo sur le bureau qu'elle lança droit sur Harry. Il l'attrapa au vol en une seconde.

-Tu n'as pas perdu tes réflexes.

- Apparemment non, répondit-il en haussant les épaules. Tu seras là pour la réunion du Conseil d'administration demain ?

- Non, j'ai pris ma journée. Il y a l'audience pour…

- Oh merde, j'avais complètement oublié. Désolé ! Tu veux que je vienne ?

- Non, ça ira.

- Tu en es sûre ?

- Non… A la vérité, je suis morte de trouille. Mais je préfère y aller seule si ça ne t'ennuie pas.

- Bien sûr que non. Tu m'appelleras quand c'est terminé ?

Hermione hocha positivement la tête. Elle se leva, Harry aussi et il contourna son bureau en claudiquant légèrement.

-Tu as mal ? demanda-t-elle.

- Disons que c'est un jour sans.

- Harry…

- Ne t'occupe pas de moi. Concentre-toi sur l'audience de demain. C'est tout ce qui compte ok ?

- Ok. Mais fais attention à toi.

- Toi aussi.

Harry embrassa Hermione sur la joue avant qu'elle ne quitte son bureau.

O°O°O°O°O°O°O

24 juillet 2014 – Fulham, Londres

Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, le divorce entre Harry et Ginny n'avait pas été sanglant. Pour la simple raison que, sur conseil de son avocat, il avait accédé à toutes les demandes de son ex-femme. Pour Harry, ç'avait été le prix du silence.

Ginny avait donc gardé la maison familiale de Godric's Hollow et leur maison de campagne dans le sud de la France. Elle avait également reçu une compensation financière pour avoir mis fin à sa propre carrière de joueuse de Quidditch professionnelle afin d'élever James et Albus.

La seule chose pour laquelle Harry s'était réellement battu, était pour la garde de ses enfants. Le résultat fut décevant. La justice sorcière était très conservatrice sur les questions familiales et ne voyait pas l'homosexualité d'un œil favorable. Harry parvint néanmoins à arracher un droit de visite d'un weekend par mois et la moitié des vacances scolaires.

Afin de pouvoir accueillir ses enfants dans les meilleures conditions, il avait acheté un luxueux duplex à Fulham, un quartier calme de Londres en bordure de la Tamise. L'appartement faisait 160 mètres carrés, disposait de quatre chambres et trois salles de bain, d'une cuisine hyper équipée et d'une immense terrasse qui surplombait les berges du fleuve.

Malheureusement, ses fils y séjournaient rarement car dès le départ, Ginny avait trouvé tous les prétextes pour ne pas respecter leur accord.

A coup de procédures longues et éprouvantes, Harry obtint finalement un jugement obligeant son ex-femme à respecter les termes du droit de garde. Mais le temps que le jugement soit rendu, James était en âge d'entrer à Poudlard. Quant à Albus, Ginny et son nouveau mari, Filibert Molkins, avaient décidé de l'envoyer terminer sa scolarité primaire dans un pensionnat moldu dans le Sussex.

Harry avait tenté de contester cette décision, en vain. Le juge sorcier aux affaires familiales avait estimé que la mère d'Albus était la mieux placée pour prendre les décisions concernant l'éducation de l'enfant.

Affalé sur son divan, devant son écran plat géant dernière génération, il soupira en zappant sur une autre chaîne, puis une autre, puis encore une autre. Agacé, il finit par éteindre le téléviseur et jeta la télécommande sur la table basse.

Pour la vingtième fois au moins, il appela Hermione sur son portable. Il lui laissa un nouveau message, encore plus vindicatif que le précédent.

-Putain, Hermy, ça commence à bien faire ! Ça fait des heures que j'essaye de te joindre ! Si tu ne…

- La boîte vocale de votre correspondant a atteint sa capacité maximale. Veuillez…

- ET MERDE ! cria-t-il en raccrochant.

Il se leva et se rua sur la cheminée pour tenter de l'actionner une fois encore. En vain. Il ne pouvait pas non plus lui envoyer un hibou car, comme beaucoup de sorciers, il avait renoncé à ce mode de communication depuis longtemps, le trouvant trop archaïque et trop lent comparé au téléphone. Il allait finir par le regretter.

A bout de patience, il alla dans sa chambre, revêtit un sweat zippé et enfila des baskets. Il prit ensuite ses clés de voiture qui traînaient sur le comptoir de la cuisine, bien décidé à chercher Hermione dans toute la ville moldue et sorcière s'il le fallait.

Alors qu'il était dans l'entrée, des coups furent frappés à la porte. Il l'ouvrit sans attendre, soulagé de voir son amie sur le perron. Soulagement de courte durée quand il remarqua sa tenue chiffonnée, ses yeux rouges et gonflés, ses joues maculées de mascara noir.

-Hermione, souffla-t-il.

- Je peux entrer ? demanda-t-elle d'une toute petite voix.

- Bien sûr ! dit-il en s'écartant directement. Hermione, que s'est-il passé ? Tu ne répondais pas à mes appels, j'étais fou d'inquiétude !

- Je… je suis désolée… j'avais… c'était…

Elle se jeta dans les bras de Harry en pleurant à chaudes larmes. Il la serra contre lui en frottant doucement sa main dans son dos pour apaiser ses tremblements.

-Chut… ça va aller, murmura-t-il dans ses cheveux. Ça va aller. Tu vas aller prendre une douche, te changer et après on parlera ok ?

La jeune femme acquiesça mollement en s'écartant de lui. Harry passa son bras autour de ses épaules et l'amena dans sa chambre. Il la fit asseoir sur le lit pendant qu'il sortait de son dressing un t-shirt, un short et des serviettes propres. Dans la salle de bain, il actionna les robinets pour que l'eau soit à bonne température.

De retour dans la chambre, il fit face à Hermione, qui était toujours assise sur le lit, comme prostrée.

-Ça va aller ? Tu veux que je t'aide ?

- Juste… juste ma…, hoqueta-t-elle en montrant son dos du doigt.

Harry comprit. Doucement, il lui prit la main pour l'inviter à se relever et abaissa la fermeture éclair de sa robe. Elle tomba au sol dans un bruit un mou et Hermione l'enjamba. Elle abandonna ses escarpins dans la foulée avant d'ôter ses sous-vêtements et se diriger vers la salle de bain.

Harry ramassa la robe, la culotte et le soutien-gorge et leur jeta un sort de défroissage et de rafraîchissement. Il enleva son sweat et ses baskets, préférant marcher pieds nus. Il retourna ensuite au salon où il prépara deux verres de whisky pur feu.

Vingt minutes plus tard, Hermione réapparaissait, vêtue du short et du t-shirt de Harry qui étaient à peine trop grands pour elle.

-Merci, dit-elle en prenant le verre qu'Harry lui tendait.

- Ça va mieux ?

- Un peu. Désolée pour cette arrivée mélodramatique.

- Ne sois pas désolée. Raconte-moi plutôt ce qui s'est passé.

Harry s'assit dans un coin du large et confortable canapé. Hermione en fit autant de l'autre côté, ramassant ses jambes sous elle.

-C'était… vraiment… horrible, commença-t-elle. Ron a été odieux. Je n'imaginais pas qu'il était capable de… ça.

- Ah bon ? Personnellement, rien ne m'étonne plus de sa part. Qu'a-t-il fait ?

- Bien sûr, il est revenu sur… ce qui s'est passé il y a seize ans. Tu aurais dû le voir, les larmes aux yeux, raconter au Tribunal combien il avait souffert de ce que j'avais fait, combien il s'était senti trahi…

- Je l'imagine très bien, oui.

- Il… il a prétendu que je n'étais pas digne de confiance… que quelqu'un capable de ça ne pouvait pas être une bonne mère… que…

Elle s'interrompit pour faire refluer la boule douloureuse qui se formait dans sa gorge.

-Oh Harry, combien de temps va-t-on encore me le reprocher ? J'étais trop jeune, tout ce qui importait à l'époque c'était mes études, mon avenir ! Pourquoi personne ne veut comprendre que j'étais perdue, que j'avais peur ? Que je ne pouvais pas gâcher ma vie en devenant mère à dix-huit ans ?

Alors qu'elle venait d'entamer ses études d'économie, Hermione était tombée enceinte. Complètement paniquée à cette idée, elle avait pris la décision d'avorter. Sans en parler à personne, elle s'était rendue dans une clinique sorcière privée où l'intervention avait eu lieu en toute discrétion, et surtout en toute illégalité.

Après l'obtention de son diplôme, elle avait épousé Ron Weasley. Elle avait pris encore quelques années pour lancer sa carrière avant de décider finalement d'avoir un enfant. Rose était née en 2004. C'était un bébé magnifique, en pleine santé qui faisait la fierté de ses parents. Leur vie parfaite s'écroula pourtant quatre ans plus tard. Suite au décès d'une jeune fille de quinze ans, la clinique clandestine où Hermione avait avorté, avait été découverte et les locaux perquisitionnés. Le lendemain, deux Aurors s'étaient présentés au domicile des époux Weasley, leur présentant une liste de noms. La liste des patients de la clinique.

Hermione n'avait pu garder le secret plus longtemps.

Aussitôt, son mari avait entamé une procédure en divorce et demandé la garde exclusive de Rose sans droit de visite, ce que le Tribunal lui accorda immédiatement. Depuis lors, Hermione se battait bec et ongles pour continuer à exister dans la vie de sa fille.

Deux ans auparavant, elle était parvenue à obtenir à grand peine un droit de visite sous surveillance une fois par mois. Son avocat de l'époque avait considéré cela comme une grande victoire mais pas Hermione. Elle voulait la garde partagée de sa fille et elle n'aurait de repos avant de l'avoir obtenue.

-S'il y a bien quelqu'un qui peut te comprendre, c'est moi, répondit Harry. Merlin sait que j'étais trop jeune quand James est né. Ça a fait de moi un père épouvantable…

Il se servit un deuxième verre de whisky.

-Et ensuite ? Que s'est-il passé ? Il a forcément dû venir avec des arguments nouveaux.

- Oui, admit Hermione avec amertume. L'enregistrement de ma conversation avec Diego Mendez.

- Quoi ? dit Harry soudain très pâle. Celle où…

- Celle où je lui commande de la marijuana. Maintenant, il me fait passer pour une droguée.

Un lourd silence tomba entre eux avant qu'Harry ne se lève, en proie à une grande agitation.

-Mais c'est n'importe quoi ! cria-t-il. La marijuana était pour moi ! Je t'avais demandé d'appeler Diego à ma place pour…

- Je sais Harry, coupa Hermione. Et Ron le sait aussi. Mais il est soumis à un Fidelitas pour tout ce qui concerne l'époque où tu étais joueur de Quidditch et où il était ton agent. Qu'à cela ne tienne, il s'en sert contre moi.

- QUELLE ORDURE ! MAIS QUELLE ORDURE !

Harry se prit la tête entre les mains.

-Tout ça, c'est de ma faute ! Hermione, je vais témoigner… je vais leur dire que…

- Tu ne diras rien du tout. Ça ne sert à rien. Ce sera même pire que mieux.

- Pourquoi ?

- Parce que Ron me reproche aussi d'avoir une relation avec toi.

- Mais c'est grotesque ! Je suis gay, tout le monde le sait…

- Justement. Cela rajoute à l'ignominie de mon comportement et à mon flagrant manque de moralité.

- Comment peut-il prétendre une telle chose ?

- Des photos de toi et moi prises à la sortie d'une boîte de nuit, ou dans un magasin ou dans un restaurant…

Harry regardait Hermione avec effarement.

-Tu es en train de me dire que ce connard nous a fait suivre ?

- Apparemment.

- Ça ne va pas se passer comme ça ! Demain, je lui colle un procès !

- Harry, dit patiemment Hermione. Ton avocat, c'est Dean Thomas. Il ne va jamais oser s'attaquer à Ron.

- J'arriverai à le convaincre ! Quant à toi, tu devrais changer d'avocat ! Celui que tu as pris est une couille molle !

- Pas vraiment. Il est juste convaincu que ce que j'ai fait est ignoble et que je n'ai que ce que je mérite.

- Foutaises ! Je te jure que je te trouverai un avocat sans état d'âme qui lui fera bouffer la poussière à ce rouquin de mes deux !

Hermione était touchée par la véhémence de son ami même si elle doutait qu'il parvienne à l'aider. Voyant son air triste, Harry retourna s'asseoir auprès d'elle et la prit dans ses bras.

-Ne te décourage pas… tu vas la récupérer.

- Tu ne sais pas le pire, murmura Hermione.

- Quoi ?

- Rose… elle… elle appelle cette poufiasse de Lavande Brown… maman…

- Oh Hermy, souffla Harry, sincèrement peiné pour elle.

La jeune femme se laissa aller à pleurer contre l'épaule de Harry durant de longues minutes. Quand les larmes se tarirent, Harry souleva son menton et embrassa ses joues, effaçant les sillons humides qui les maculaient, puis ses yeux et enfin sa bouche. Le baiser se fit plus intense, plus pressant aussi. Harry se retrouva couché sur Hermione, sa main remontant le long de sa cuisse, se glissant sous le t-shirt pour finir par caresser un sein ferme et voluptueux.

-Harry… non, dit Hermione en se dégageant. On ne va pas faire la même erreur que l'autre fois… ça ne nous a mené à rien…

- Ce n'était quand même pas si catastrophique que ça...

- Parle pour toi. Tu étais bourré, tu bandais mou, tu m'as appelée Adam et je n'ai même pas joui.

- Ok… toi tu sais flatter mon ego, dit Harry en se redressant, vexé.

Hermione se contenta de hausser les épaules.

-Je ne sais toujours pas ce qui nous a pris de coucher ensemble ce jour-là…

- Je ne sais pas, soupira Harry. Tu l'as dit, j'étais bourré… Il y avait eu cette conférence de presse où j'avais fait mon coming out, puis le coup de téléphone de James en pleurs… j'ai sans doute voulu me prouver que je pouvais encore aimer les femmes, être… normal.

- Merde Harry ! Tu es normal !

- Je sais… mais sur le moment, j'avais l'impression que tout partait en vrille. Je suis désolé que tu aies eu à subir ça… Et je suis désolé pour ce soir. Ce n'était vraiment pas approprié de ma part.

- Ce n'est pas grave.

Harry embrassa Hermione sur le sommet du crâne et la serra contre lui.

-Tu as mis cinq ans pour me dire que tu avais simulé.

- Harry…

- Je n'en reviens pas… Dire que j'ai toujours cru que j'étais un bon coup.

- Ne fais pas ta diva. Tu es un bon coup ! Seulement, les femmes ont parfois du mal à en profiter pleinement quand elles ne sont pas amoureuses…

- Tu vois, répondit Harry avec aplomb, ça, c'est exactement la raison qui me fait préférer les hommes ! Deux mecs peuvent prendre un pied d'enfer sans se prendre la tête avec des sentiments. On baise, on dit merci et on passe à autre chose.

- Merlin, faites que je devienne un homme pendant la nuit, dit Hermione. Ça semble tellement reposant.

Elle fut gratifiée d'une gentille bourrade dans les côtes. Ils restèrent ensuite blottis l'un contre l'autre, en silence, pendant un long mais agréable moment.

-Harry…

- Hm ?

- Je peux dormir avec toi cette nuit ? En tout bien tout honneur ? Je n'ai pas envie d'être seule chez moi.

- Evidemment. Allez viens.

Harry lui prit la main et l'emmena dans sa chambre. Ils se glissèrent tous les deux sous la couette en se tenant enlacés. Ils sombrèrent dans le sommeil quasi immédiatement.

A suivre...