DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Chapitre 4 – Et l'on n'y peut rien

« Comme un fil entre l'autre et l'un

Invisible, il pose ses liens

Dans les méandres des inconscients,

il se promène impunément »

(Jean-Jacques Goldman)

1er août 2014 – Appartement de Draco Malefoy, Central Park West, New York

Draco enclencha la bouilloire électrique, sélectionnant une température de 90 degrés, exactement ce qu'il fallait pour la préparation du thé noir. Il sortit du congélateur des bagels au sésame et des pancakes qu'il mit à réchauffer dans le grille-pain puis disposa sur le comptoir des pots de confiture et du sirop d'érable. Il se mit ensuite à couper des oranges en deux.

Depuis quelques années, il était devenu un farouche collectionneur d'appareils électro-ménagers moldus qu'il trouvait ingénieux, divertissants à utiliser et surtout jolis à regarder. Et peu importe si cela le faisait ressembler à Arthur Weasley…

Il déposait ses moitiés d'orange dans son tout nouveau presse-fruit électrique, ultra design, très beau et très cher quand il entendit le signal sonore annonçant l'arrivée de l'ascenseur privé. Il ne s'en inquiéta pas outre mesure. Seuls quatre personnes connaissaient le code de l'entrée : Kate – sa secrétaire, Blaise, Pansy… et tout récemment, Potter.

Il continua donc à vaquer à ses occupations alors que Blaise sortait de la cabine.

-Je n'en ai pas cru mes oreilles quand Kate m'a dit que tu étais chez toi, dit le métis en se dirigeant vers le comptoir de la cuisine.

- C'est l'avantage d'être le patron…

- Hm… oui mais de là à te trouver en pyjama un jour de semaine à dix heures passées…

Draco portait seulement un bas de pyjama en léger coton rayé bleu et gris sur lequel il baissa les yeux en haussant les épaules.

-Une tasse de thé ? demanda-t-il après que la bouilloire ait émis un « bip » sonore.

- Je veux bien, merci, répondit Blaise en déposant sa veste sur le dossier d'une chaise haute et en s'asseyant sur une autre.

Il fixa son ami qui versait consciencieusement l'eau frémissante dans une théière avant d'y plonger plusieurs cuillères de thé earl grey.

-C'est quoi cette profusion de nourriture ? Je croyais que le matin, tu te contentais d'un thé ou d'un café.

- Il faut croire que ce matin, j'ai décidé de me nourrir.

- Et tu n'es pas allé courir ? demanda encore Blaise en lorgnant sur sa tenue de nuit.

- Je me suis levé tard.

- Tu es malade ?

- Absolument pas, dit Draco en posant une tasse devant Blaise.

Celui-ci fronça les sourcils, un pli d'inquiétude barrant son front.

-Malefoy… à moitié mort, tu parviendrais encore à te lever à l'aube, à aller courir tes trois kilomètres et à être au bureau avant tout le monde. Qu'est-ce qui t'…

- Draco ? Tu peux me dire où tu ranges les… oh… Salut Zabini…

Blaise resta un instant interdit face à Harry Potter, vêtu en tout et pour tout d'un boxer bleu foncé. Ses cheveux étaient encore plus ébouriffés qu'à l'ordinaire et ses yeux encore un peu voilés de sommeil.

-Bonjour Potter, dit-il avec un sourire resplendissant. Comment vas-tu depuis avant-hier ?

- Heu… je… bien. J'allais… prendre une douche. Je cherchais les serviettes de toilettes…

- Dans le dressing, répondit Draco d'un air désinvolte tout en versant le thé dans la tasse de Blaise. Deuxième porte. Première étagère, les draps de bain, deuxième étagère les serviettes. Sinon, tu peux emprunter un peignoir de bain dans la penderie juste à côté.

- Je… merci.

Et Harry fila sans demander son reste.

Blaise prit sa tasse et avec application, y versa une cuillère de sucre, puis une deuxième. Il tourna méticuleusement la cuillère dans le breuvage, veillant à la faire cliqueter contre la porcelaine à intervalles réguliers.

-Arrête, grinça Draco. Tu ressembles à un psychopathe quand tu fais ça…

- Quoi ? dit Blaise d'un air parfaitement innocent. Je remue mon thé, c'est tout.

- Crache le morceau, qu'on en finisse.

Draco avait les deux mains posées à plat sur le comptoir, le corps légèrement penché en avant, manifestement prêt à en découdre. Blaise prit encore tout son temps pour faire trois tours de tasse, soulever la petite cuillère, attendre qu'elle dégoutte et la poser délicatement sur la soucoupe.

-Potter a passé la nuit ici, énonça-t-il finalement.

- Et alors ?

- Personne ne passe jamais la nuit avec toi.

- Tu dis n'importe quoi !

- Non, tu le sais très bien.

- On s'est endormi ! C'est un crime ?

Blaise se contenta de poser les coudes sur le comptoir et de joindre les mains sous son nez.

-Tu te rappelles, il y a cinq ans… quand tu es venu passer les fêtes de Noël dans ma maison de campagne en Ecosse ?

- Hm… oui ? Et quoi ?

- Tu es parvenu à foutre Théo dehors à cinq heures du matin alors qu'il faisait moins dix. Tu l'as mis dehors de ma propre maison. Parce que tu t'es réveillé et que tu l'as trouvé à côté de toi. Personne ne passe jamais la nuit avec toi…

- Merde… j'ai couché avec Théo ? J'ai vraiment fait ça ? Je ne m'en souviens plus…

- Il serait plus simple de te demander avec qui tu n'as pas couché.

- Toi.

- Salazar soit loué. Mais ne change pas de sujet. Potter a passé la nuit ici.

- Ouais. Et on a baisé à un point que ton petit cerveau d'hétéro coincé ne pourra jamais envisager… tu n'imagines pas tout ce qu'on a pu faire…

- Pas la peine de commencer à me noyer sous des détails salaces pour t'en sortir, coupa Blaise. Potter a passé la nuit avec toi. Vous avez partagé le même lit. Vous vous êtes réveillés ensemble. Comme un couple.

- ON N'EST PAS UN COUPLE ! JE L'AI TRINGLE TOUTE LA NUIT ET CA S'ARRETE LA !

Blaise eut un petit sourire suffisant.

-Bien sûr. Et pour l'aider à reprendre des forces, tu lui prépares un somptueux petit déjeuner. Sans compter que tu le laisses fouiller dans tes placards…

- Blaise… ferme-la.

Le métis porta sa tasse à ses lèvres et but une gorgée de thé.

-Ce refus de partager l'intimité de quelqu'un, c'est…

- Bordel, coupa Draco. Tu as entendu ce que je viens de dire ? J'ai couché avec Potter. Et je peux te dire que j'en connais maintenant un rayon sur son intimité…

- Je ne parle pas de ça et tu le sais. Je te parle de cette peur irrationnelle que tu as d'être proche de quelqu'un émotionnellement, de t'engager dans quelque chose de durable. Tu as peur de souffrir, d'être rejeté, de…

- Arrête ça Blaise ! siffla Draco. Je t'ai déjà dit de ne pas faire ça ! Garde tes talents de psychomage pour tes clientes londoniennes friquées et névrosées. Moi, tu me fous la paix, c'est clair ?

- Ok, soupira-t-il en levant les mains en signe d'abandon.

C'est ce moment que Harry choisit pour réapparaître, décemment vêtu cette fois.

-Bien, je vais vous laisser, dit Blaise en glissant en bas de sa chaise.

- Non ! protesta Harry. Reste ! Je dois y aller… je…

- Et tu partirais sans honorer le petit-déjeuner que Draco vient de préparer avec amour juste pour toi ?

Blaise ignora que son ami était en train de l'avadakedavriser d'un regard noir pour se repaître des rougeurs qui venaient d'apparaître sur les joues de Potter.

-Heu… je… c'est que…

- Ne t'embarrasse pas pour moi Potter, continua Blaise. J'étais seulement venu demander à Draco s'il nous accompagnait Théo et moi au terminal des portoloins. Nous rentrons à Londres en fin d'après-midi.

- Ah bon ? Moi aussi, dit Harry. Hermione et moi prenons celui de 18 heures 30.

- Ça alors, nous aussi ! s'exclama Blaise.

- Oooh, incroyable ! s'extasia faussement Draco, énervé qu'on fasse comme s'il n'était plus là.

- On pourrait prendre un verre tous ensemble juste avant ? Qu'en dis-tu ?

- Heu… oui… volontiers, dit Harry, étonné de l'enthousiasme de Zabini.

- Parfait ! Alors rendez-vous à 17 heures au Fly Wizz, c'est le café juste à l'entrée du terminal. A tout à l'heure Draco, dit Blaise en enfilant sa veste.

- Qui te dit que vos petits arrangements me conviennent ?

- Bien sûr qu'ils te conviennent, tu as pris ta journée, répliqua Blaise, pas déstabilisé par le ton vindicatif de son ami.

Il s'en alla en faisant un signe de la main. Quand les portes de la cabine d'ascenseur furent refermées, Draco soupira.

-Tu n'étais pas obligé d'accepter, tu sais… Blaise peut parfois être… collant.

- Comme il est là, il veut surtout coller Hermione… Ceci dit, il m'a plutôt l'air sympa.

- Oh Merlin, Potter… tu vas bien ? Tu sais que tu parles d'un Serpentard, là ?

Harry se mit à rire.

-Je pensais qu'avec ce qui s'est passé cette nuit, j'étais parvenu à te prouver que j'avais dépassé mes préjugés sur les Serpentards…

- Hm… j'admets en effet que tu t'es montré… coopérant.

- Coopérant ? J'aurais espéré un qualificatif un peu plus…flatteur. Epoustouflant, phénoménal, grandiose…

- Ne te surestimes pas trop Potter… même si j'admets aussi que tu étais vraiment à la hauteur. Et s'agissant de moi, ce n'est pas peu dire.

- Eh bien, je suppose que je n'obtiendrai pas mieux de ta part. Mais tu m'as fait un compliment, et je prends ça pour une grande victoire.

Draco fit une moue agacée mais la lueur qui brillait dans ses yeux démentait toute contrariété.

-Alors, comme ça, tu as préparé tout ça pour moi, dit Harry en prenant la place occupée par Blaise quelques minutes avant.

- Un conseil, Potter. N'écoute pas tout ce que Blaise raconte.

- A vrai dire, ça tombe bien, j'ai une faim de loup !

- Tu m'étonnes… certaines choses ne changent pas, dit Draco en posant une assiette couverte de pancakes et de bagels tièdes.

- Comment ça ?

Harry se servit directement d'un bagel qu'il tartina généreusement de confiture de fraise.

-Ton appétit d'ogre le matin. A Poudlard, il n'y avait que la belette pour parvenir à manger plus que toi.

- Faux, répondit Harry, la bouche pleine. Crabbe et Goyle. Eux, c'étaient de vrais morfales.

- Ouais… tu as sans doute raison.

Le regard de Malefoy s'était légèrement voilé à l'évocation de ses deux anciens gardes du corps.

-Ils te manquent ? demanda Harry.

Il avait assisté à la mort de Vincent Crabbe, lorsque celui-ci avait été dévoré par le Feudeymon dans la Salle sur Demande. Il avait appris celle de Gregory Goyle par la Gazette. Il s'était jeté d'une fenêtre de l'hôpital psychiatrique dans lequel il était interné depuis cinq ans. Depuis la mort de son ami.

-Qu'est-ce que ça peut te foutre ? jeta Draco avec agressivité.

- Rien, dit Harry en haussant les épaules et en continuant à manger son bagel.

Malefoy se servit une tasse de thé et prit un pancake dans le plat. Il en déchiqueta un petit morceau qu'il grignota du bout des lèvres. Il resta silencieux une longue minute avant de murmurer :

-Ils… la plupart des autres élèves à Poudlard, et même les Serpentards, ils les prenaient pour des idiots… Ils l'étaient sans aucun doute. Il fallait vraiment être con pour se faire bouffer par son propre sort ou se défenestrer… mais bon… ils étaient là… je m'étais habitué à eux…

Harry hocha la tête. Il pouvait comprendre mais il savait aussi que Malefoy n'en avait rien à faire de sa compréhension. Alors, il ne dit rien. Malefoy sembla apprécier qu'il se taise car la lueur dans ses yeux était revenue. Ils terminèrent leur petit-déjeuner en discutant de Quidditch et des chances qu'aurait le nouveau club de Harry de se hisser en quart de finale du Super Vif.

Harry vida son verre de jus d'orange.

-Bien… je… je pense qu'il est temps pour moi d'y aller, dit-il en glissant en bas de la chaise haute. Merci pour le petit-déjeuner et puis pour…

Il n'acheva pas sa phrase, stupidement embarrassé. Par Merlin, toutes les fois où il avait quitté le lit d'un homme au matin, il l'avait fait sans état d'âme… qu'est-ce qu'il lui prenait tout d'un coup ?

-Pas de quoi, répondit Draco sommairement.

Harry remercia silencieusement Malefoy de ne pas épiloguer. Il se détourna afin de masquer sa gêne et fit mine de chercher sa veste. Elle était là où il l'avait posée la veille : sur le dossier du canapé. En la récupérant, son attention fut attirée par la large cheminée qui trônait au milieu du mur du salon. Une luxueuse boîte en bronze ouvragé était posée sur le manteau, réplique exacte des boîtes à poudre de cheminette.

-C'est une cheminée sorcière ? demanda-t-il.

- Oui, je l'ai faite installer et raccorder dès mon arrivée.

- Ça alors… je croyais que les américains avaient abandonné ce mode de communication.

- C'est le cas. J'ai dû déployer des trésors de conviction pour que le département de la communication magique du Macusa accepte de la raccorder.

- Pourquoi t'en fallait-il une absolument ?

Draco eut un petit sourire en coin, se retenant tout juste de faire une remarque sur la curiosité de Potter.

-Pour ma mère, dit-il finalement. Elle veut pouvoir me joindre quand bon lui semble. J'ai bien tenté de lui faire accepter l'utilisation du téléphone mais elle ne veut rien entendre… Déjà qu'elle ne comprend pas que les sorciers anglais délaissent les hiboux…

- Réfractaire à la technologie moldue sans doute ? commenta Harry, un peu agacé.

- Hm… non. Effrayée surtout. Elle craint que la moldufication du monde sorcier fasse disparaître nos traditions.

- La moldufication ? s'étonna Harry.

- Oui. C'est comme ça que les américains parlent de l'ouverture du monde sorcier aux technologies et à la culture moldues. Apparemment, chez eux l'idée est déjà en place depuis les années quatre-vingt.

- Hm, il faut croire que la doctrine de Voldemort est encore tenace en Angleterre, dit Harry, amèrement.

- Ça n'a rien à voir avec les idées de Voldemort… La plupart des anciennes familles sang-pur anglaises réagissent de cette manière. Ce n'est pas réservé aux mangemorts. Et ma mère n'était pas une mangemort. Tu étais à son procès, tu sais bien qu'elle n'a pas reçu la Marque.

Draco avait dit cela d'un ton froid et le regard dur.

-Bien sûr que je le sais, répondit Harry avec une sorte d'urgence dans la voix. A ce propos, comment va-t-elle ?

Ce n'était pas une question de pure forme. Il voulait vraiment savoir.

-Bien, dit Draco sur un ton plus doux. Les quelques mois après le procès n'ont pas été faciles. Vivre toute seule dans le Manoir n'a pas été facile.

- Pourquoi n'est-elle pas venue s'installer ici avec toi ?

- Je te l'ai dit, ma mère n'aime pas les changements. Elle n'aime pas la nouveauté. Et surtout, elle a horreur de l'exubérance. Sincèrement Potter, tu l'imagines vivre ici ? Recevoir l'accolade de gens qu'elle ne connaît pas, qui après cinq minutes l'appelleront par son prénom et voudront échanger avec elle des recettes de cuisine, lui montrer des photos de famille et lui demander ce qu'elle pense de la liposuccion et des injections de Botox ?

Harry grimaça en imaginant la scène.

-Oh Narcissa… je peux vous appeler Narcissa, n'est-ce pas… Vous devriez peut-être envisager de faire repulper vos lèvres, elles sont bien trop fines. Le collagène fait des merveilles de nos jours !

- Narcissa, ne froncez donc pas les sourcils, ça donne des rides !

- Narcissa, êtes-vous ménopausée ?

Il se mit à rire.

-Non, en effet ! Je ne l'imagine pas du tout !

- Enfin, ça ne l'empêche pas de venir me voir une fois par an. Quand elle est ici, elle passe son temps à critiquer ces incultes de yankees, à se demander comment je parviens à aimer vivre ici et surtout, elle se lamente sur ma vie amoureuse… tu n'as pas idée de ce que c'est !

- Oh si. Tu as ta mère, moi j'ai Hermione. Harry, dit-il en adoptant à la perfection le ton moralisateur de sa meilleure amie, tu devrais essayer de te stabiliser. Ce n'est pas sain comme mode de vie ! Un jour tu trouveras l'homme de ta vie et tu ne voudras pas qu'il soit comme toi, n'est-ce-pas ? Comment est-ce possible ? Peter t'a quitté depuis trois semaines et tu ne t'en es même pas rendu compte !

- Quoi ? s'étonna Draco. C'est quoi cette histoire ? Ton mec te largue et tu ne vois rien ?

Harry haussa les épaules en faisant un geste négligent de la main.

-Peter est musicien. Il est parti une semaine à Paris avec son groupe… la semaine s'est transformée en trois… Je n'avais rien remarqué. C'est Hermione qui m'a dit qu'il m'avait quitté.

Draco se mit à rire avant d'esquisser une profonde révérence.

-Là, je dis chapeau Potter ! Je m'incline… C'est du grand art !

- Je sais, dit Harry d'un ton exagérément supérieur.

Ils se mirent à rire deux fois plus. Après quelques minutes, Draco récupéra suffisamment de souffle pour dire :

-Il y a deux mois, j'ai dit à ma mère que je sortais avec quelqu'un, vraiment. J'ai fait ça pour qu'elle me lâche la grappe… Salazar, quelle erreur ! Maintenant, elle me harcèle pour le rencontrer ! Elle m'a dit textuellement : Draco, je ne vois pas pourquoi tu t'obstines à ne pas vouloir me présenter mon futur gendre !

Draco avait aussi un certain talent d'imitateur car Harry pouvait voir d'ici l'air pincé de Narcissa Malefoy.

-Depuis, elle m'envoie chaque semaine des photos de compositions florales ou de gâteaux de mariage en me demandant mon avis ! Je crois qu'elle est déjà en train de redécorer tout le Manoir !

- Oh Merlin, dit Harry en riant de plus belle.

Finalement, leurs rires s'apaisèrent, les laissant un peu pantelants et les côtes douloureuses.

-C'est incroyable ce besoin qu'ont les femmes de vouloir nous caser à tout prix, dit Harry, un peu désabusé. Hermione ne parvient pas à comprendre que je ne veux plus rien de tout ça ! Mon mariage avec Ginny a été un véritable fiasco, je vois mes enfants à peine trois fois par an et c'est tout juste s'ils me parlent ! Elle était là, elle l'a vu, et pourtant, elle persiste à vouloir que je trouve le grand amour… Pffff, c'est fatiguant à la fin.

- Prie pour qu'elle ne rencontre jamais ma mère. Tu les imagines toutes les deux ?

Harry eut une expression absolument horrifiée, qui fit rire Draco.

-Ceci dit, reprit Harry, je suis étonnée que ta mère prenne ça aussi bien.

- Quoi donc ?

- Ton homosexualité. Après tout, la tradition voudrait que tu te maries, que tu aies un fils pour perpétuer le nom des Malefoy.

Le visage de Draco se ferma complètement et Harry craint d'avoir commis un impair. Cela ne dura toutefois qu'une seconde.

-On peut reprocher énormément de choses à ma mère. Sa façon d'être, son conservatisme, sa condescendance… alors c'est clair que ça n'a pas été facile pour elle quand elle l'a su mais quand elle a compris que rien ne pourrait jamais changer cet état de fait, elle m'a soutenu. Parce que c'est ma mère et qu'elle m'aime plus que tout.

Oui, Narcissa Malefoy aimait son fils. Ça, Harry en était convaincu. Il pensa à sa propre mère, se persuadant qu'elle aussi l'aurait soutenu.

-Hm… et… et ton père ? Il le sait ?

La question flotta entre eux quelques instants avant que Draco ne réponde.

-Non. Mais je pense que ça ne ferait aucune différence. Pour lui, je suis déjà un traître puisque j'ai refusé de lui livrer le Survivant quand j'en ai eu l'occasion.

- Tu vas le voir parfois ?

- Jamais. Ma mère me le reproche d'ailleurs. Elle, elle y va chaque mois depuis quinze ans.

- Je ne comprends pas… à ton procès, elle semblait tellement en vouloir à ton père d'avoir cédé aux idéaux de Voldemort, d'avoir accepté que tu sois marqué…

- Je sais. Elle lui en veut pour ça. Mais il est son mari, elle ne l'abandonnera jamais. C'est tout à son honneur. Moi, je ne suis pas comme ça… Je n'ai pas envie d'aller le voir pour l'entendre me dire combien il est déçu de ce que j'ai fait.

- Peut-être qu'Azkaban aura changé son discours, avança Harry.

- Azkaban n'a rien changé. Mère ne me l'a jamais dit ouvertement, mais je sais parfaitement qu'il n'a pas changé d'un iota.

Les deux hommes restèrent silencieux quelques instants, dans une ambiance quelque peu alourdie. Harry décida de les dérider.

-Je crois que tu devrais y aller quand même un de ces jours… Lui dire que tu vas te marier. Avec moi. Je veux bien t'accompagner si tu veux…

Draco cligna des yeux, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre, avant qu'une lueur malicieuse ne vienne les faire briller. Il eut un sourire un peu sadique alors qu'il se rapprochait de Harry.

-Mais c'est une putain de bonne idée, ça. On lui annoncerait notre mariage juste avant de se rouler une pelle… ça l'achèverait définitivement, souffla-t-il en prenant délicatement le visage de Harry entre ses mains. Qu'en penses-tu ?

- Je pense que c'est une putain de bonne idée, murmura Harry.

Draco sourit plus largement et l'embrassa avec ferveur. Harry ne put empêcher un gémissement de s'échapper de ses lèvres tandis qu'il enroulait ses bras autour du cou de Draco.

Mais aussi divin qu'était ce baiser, il le fit cesser, à son corps défendant.

-Je… je dois vraiment y aller. Hermione risque de s'inquiéter, dit-il en s'écartant.

Draco hocha la tête appuya lui-même sur le bouton pour actionner l'ouverture des portes de l'ascenseur.

-On se voit tout à l'heure ? demanda Harry d'un ton qu'il n'espérait pas trop suppliant.

- Peut-être.

Les portes n'étaient pas encore fermées que Draco n'était déjà plus dans son champ de vision.

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1er août 2014 – Hôtel St Regis, New York

De retour à l'hôtel, Harry appela Hermione. Elle était en train de faire du shopping sur la 5ème Avenue et ne semblait absolument pas inquiète pour lui. Ils décidèrent de se retrouver une heure plus tard dans un bar à sushis pour déjeuner et de continuer à faire les boutiques ensuite. Harry n'était pas un grand fan de shopping mais il avait tout de même envie de faire quelques achats, notamment dans certaines enseignes qui n'existaient pas à Londres.

Il remonta dans sa chambre pour se changer et préparer ses valises. Mais une fois passé la porte, une sorte d'abattement s'empara de lui. Il n'était plus certain d'avoir envie de faire du shopping, ni surtout d'aller prendre un verre avec les Serpentards avant leur départ. Non pas qu'il ne voulait pas revoir Draco… au contraire, il craignait plutôt d'être déçu s'il ne venait pas.

Pour tromper le silence et la solitude du lieu, il alluma la télévision sur une chaîne qui diffusait de la musique en continu. En vain. Il finit par se laisser tomber sur le lit en soupirant, incapable de repousser plus longtemps les images et le souvenir de ce qu'il avait vécu cette nuit. Il se doutait que Malefoy serait une affaire mais il n'imaginait pas que ce serait à ce point-là.

Après qu'Harry ait réuni assez de force pour se lever et suivre Draco dans la salle de bain, ils avaient remis ça sous la douche, un large espace en pierres naturelles agrémenté d'un muret faisant office de banquette. Alors qu'il y était agenouillé, Harry s'était demandé si Draco ne l'avait pas fait installer expressément pour ce genre d'activité.

Après s'être séchés, Draco avait décrété qu'il avait faim et soif. Il avait emmené Harry dans la cuisine et avait sorti une bouteille de vin, deux verres, des crackers au fromage et une grappe de raisins blancs. Leur collation nocturne avait pris un peu de temps, Draco s'évertuant à manger chaque grain de raisin à même la bouche de Harry. Puis il avait sorti du congélateur un pot de glace menthe chocolat… Harry n'avait jamais mangé de la glace de cette façon-là. Mais il apprenait vite… et il eut tôt fait de montrer à Draco qu'il n'était pas le seul à savoir se servir de sa langue.

Ils étaient ensuite retournés dans la chambre. Harry s'était dit qu'il serait peut-être temps pour lui de partir, en tout cas avant que Malefoy ne le lui demande. Il avait commencé à ramasser ses affaires, encore éparpillées autour du lit mais Draco l'avant retenu par le bras avant de le pousser sur le matelas et s'allonger tout contre lui. Harry était si bien qu'il avait senti ses yeux se fermer et le sommeil le gagner. Mais des lèvres douces et tièdes avaient recommencé à l'embrasser, avec une délicatesse inouïe, faisant renaître encore le désir entre eux. Cette fois, ils avaient fait l'amour face à face, langoureusement, presque avec paresse et cela avait été bon au-delà de toute mesure.

Epuisés, ils avaient fini par sombrer tous les deux dans le sommeil, leurs corps mêlés, imbriqués de la plus intime des façons.

Puis, il y avait eu le réveil.

Harry savait d'expérience que les matins pouvaient parfois s'avérer embarrassants lorsqu'on se réveillait dans le lit de son amant d'une nuit. Quand il avait senti Draco s'agiter à côté de lui, il avait prudemment ouvert les yeux, s'attendant à une remarque cynique ou bien à ce que Malefoy lui jette ses fringues à la figure.

En fait, il s'était attendu à beaucoup de choses sauf à ce baiser aérien sur son épaule.

-Je vais prendre une douche et préparer le petit-déjeuner, avait dit Malefoy en enfouissant le nez dans ses cheveux. Tu peux paresser encore un peu.

Le temps qu'Harry réalise ce qu'il se passait, Draco s'était levé et avait disparu dans la salle de bain.

Harry soupira une nouvelle fois, fustigeant sa propre attitude. Il connaissait les règles du jeu, il y jouait suffisamment souvent. Il savait qu'il avait vécu quelque chose d'exceptionnel qui ne se reproduirait pas. Malefoy était comme lui. Il ne voulait ni attache, ni engagement, ni prise de tête. Et Harry avait bien trop de fierté pour quémander une autre de ses attentions.

En colère contre lui-même, il se releva brusquement. Il prit sa baguette et se mit à empaqueter ses affaires rapidement. Plus que tout, il avait envie de quitter cette ville, de s'éloigner de Malefoy. Il n'aurait pas dû céder, il le savait. Il l'avait dit à Hermione. Depuis toujours Malefoy ne lui apportait que des ennuis et cette fois ne faisait pas exception. Malefoy était un poison. Un poison doux et suave auquel il avait malheureusement goûté.

O°O°O°O°O°O°O

1er août 2014 – 5ème Avenue, New York

-Alors, raconte. C'était comment ?

- Bonjour Hermione. Moi aussi je suis content de te voir.

- Harry !

Hermione roula des yeux pendant qu'Harry prenait place à côté d'elle à une table longue devant laquelle défilait toute une série de préparations japonaises sur un petit tapis roulant.

-Allez ! Ne te fais pas prier ! reprit-elle en se servant d'un assortiment de makis qui passaient à sa portée. Moi, je n'ai ramené personne. Ni hier, ni la veille. J'ai besoin de sexe par procuration !

- Je ne t'empêchais pas de conclure avec Tommy, répliqua Harry, en se saisissant d'un bol de ramen.

- Comme tu l'as très justement fait remarquer, je suis une jeune femme respectable qui ne couche pas le premier soir.

- Hé ! Qu'est-ce que je dois comprendre ?

- Comprends ce que tu veux pourvu que tu me donnes des détails !

- Je ne te dirai rien.

Hermione enfourna un maki qu'elle mâcha pensivement avant de stopper tout mouvement et de regarder Harry avec des yeux ronds.

-Merde, souffla-t-elle.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Harry, un peu inquiet.

- Il est aussi exceptionnel que ça ?

- Je ne vois pas ce qui te fait dire ça.

La jeune femme continua de fixer son ami.

-Je te connais bien Harry Potter, dit-elle en plissant les yeux. Plus ton coup est mauvais, plus j'ai droit à des détails. Si tu ne veux rien dire du tout, c'est qu'il était exceptionnel. Alors ? J'ai raison ou j'ai raison ?

Harry plongea ses baguettes dans le bol de nouilles et les agita nerveusement.

-Il a été exceptionnel, admit-il en soupirant. Vraiment exceptionnel.

- Ok, c'est un dieu du sexe mais il doit bien avoir un petit défaut ? Les dents de travers ? Une mauvaise haleine ? De vilains orteils ?

Harry réprima un éclat de rire.

-Ses dents sont parfaites, son haleine est enivrante et il a les plus beaux orteils qu'il m'ait été donné de voir. Et je ne te parle pas du reste.

- Wahou… je n'imaginais pas que tu puisses un jour te montrer si élogieux à propos de Malefoy ! Enfin… pour être honnête, je n'imaginais tout simplement pas que tu puisses un jour te faire Draco Malefoy…

- Pour tout dire, c'est plutôt lui qui s'est fait Harry Potter.

- Quoi ? s'étonna Hermione. Mais tu m'as toujours dit que tu n'aimais pas être en dessous !

- Je sais. Mais là, j'ai adoré. Par Merlin, j'en redemandais, dit Harry, dépité, en se prenant la tête entre les mains.

Hermione fronça les sourcils. Elle avait rarement vu son ami réagir de la sorte. A vrai dire, elle ne l'avait jamais vu réagir ainsi.

-Harry, dit-elle prudemment. Je comprends que tu sois… déstabilisé par ce que tu as vécu. Après tout, on parle de Malefoy… Lui et toi… c'est… enfin, c'est clair qu'il a changé mais…

- Où veux-tu en venir Hermione ?

- Ce que je veux dire, c'est que tu ne devrais pas te faire trop d'illusions à son propos.

- Des illusions ? Bon sang, tu me crois donc si naïf ? Oui, j'ai pris mon pied avec Malefoy d'une manière que je ne pensais pas humainement possible mais ça s'arrête là ! Je n'attends rien de lui et lui n'attend rien de moi.

- Ok, ok, dit-elle en levant les mains en signe de reddition. Ne t'énerve pas.

- Je ne m'énerve pas. Et je te rappelle au passage que c'est toi qui as insisté pour je retourne le voir !

Hermione jugea plus prudent de ne pas répondre. Harry, pour sa part, se rendit compte qu'il avait été inutilement agressif.

-Je suis désolé, dit-il. Je n'aurais pas dû te parler comme ça. Tu n'y es pour rien. Je suis à cran, c'est tout.

- Pourquoi ?

- C'est juste que… Si tout s'était passé comme prévu, à cette heure-ci, Albus et James arriveraient au terminal des portoloins. J'avais des tonnes de projets pour ce séjour. On se serait allé voir un match de base-ball, je les aurais emmenés visiter le stade des Fitchburg Finches à Salem… Maintenant, il ne me reste plus qu'à rentrer en Angleterre et me noyer dans le travail pour oublier tout ça.

Hermione posa sa main sur l'épaule de Harry en signe de soutien, et la caressa doucement.

-Mes enfants me manquent Hermione, murmura-t-il, les yeux humides. Ils me manquent tellement.

- Je sais.

Harry hocha la tête silencieusement en glissant sa main dans la sienne. Il remercia Merlin d'avoir auprès de lui la seule personne qui pouvait exactement comprendre ce qu'il ressentait.

O°O°O°O°O°O°O

-QUOI ?

- Hermione… on va juste boire un verre avec eux avant de prendre le portoloin ! Ce n'est tout de même pas si terrible que ça…

Ils venaient de récupérer leurs valises au St Regis, avec une heure et demie d'avance sur le programme convenu.

-Pourquoi me le-dis-tu seulement maintenant ?

- Parce que je ne voulais pas te laisser le temps de te défiler ! Maintenant, viens ! On va finir par se faire remarquer.

Il prit son amie par la main et l'attira dans un couloir isolé de la gare de Grand Central. Ils ouvrirent la porte d'un monte-charge sur lequel était accroché un panneau : « En panne. Danger ». Sitôt à l'intérieur, la plate-forme entama une lente descente et s'arrêta dans un soubresaut.

La grille métallique s'ouvrit alors sur un large espace, grouillant de monde, copie conforme du hall central de la gare au-dessus d'eux, sauf que les panneaux d'affichage ne renseignaient pas les voies de chemin de fer mais les salles d'embarquement pour les différents portoloins.

A droite du hall, se trouvait le Fly Wizz, un bar chaleureux et accueillant.

L'endroit était noir de monde et Harry dut scruter la foule pour repérer Zabini et Nott qui occupaient une table un peu en retrait. Le temps de contourner les autres tables, plusieurs clients avaient reconnu Harry et chuchotaient sur son passage en le montrant du doigt. Depuis le temps, il y était habitué et se contenta d'esquisser un sourire en continuant son chemin. Alors qu'Hermione et lui approchaient, Blaise et Théodore se levèrent pour les saluer.

Zabini était littéralement subjugué par Hermione. Elle lui semblait encore plus belle en tenue décontractée qu'en robe de soirée. Il faut dire que son petit short blanc laissait voir ses longues jambes bronzées et que son polo rose pâle apparemment très sage soulignait le galbe de sa poitrine généreuse.

-Hermione, dit-il en se penchant pour l'embrasser sur la joue, c'est un plaisir de te revoir.

- Bonjour Zabini, se contenta-t-elle de répondre. Théo, comment vas-tu depuis hier ?

Blaise prit sur lui pour ne pas se vexer de la cordialité dont elle faisait preuve à l'égard de Théo. Hermione n'était pas de ces femmes qui s'emballent à la moindre tentative de séduction. Elle lui donnerait du fil à retordre, il le savait. Et ça lui plaisait.

De son côté, Harry faisait un effort pour ne pas paraître déçu de l'absence de Malefoy mais son regard qui scannait la foule autour de lui n'échappa pas à Théo. Pour donner le change, il fit signe au serveur.

-Vous prenez quoi ? demanda-t-il à la cantonade.

Hermione commanda un thé au citron, directement imitée par Blaise. Théo et Harry demandèrent deux cafés.

-Vous venez souvent à New York ? questionna Harry pour entamer la conversation.

- Depuis que Draco y est installé, je viens le voir à peu près trois fois par an, dit Blaise.

- Je n'étais plus venu depuis au moins deux ans, dit Théo.

- Trois, corrigea Blaise. Ça fait presque trois ans que Draco a emménagé sur Central Park West. Avant il louait un loft dans Tribeca.

Harry s'agita un peu sur son siège. Il n'avait pas particulièrement envie de discuter de Malefoy.

-Et toi Zabini ? Tu vis à Londres ? demanda alors Hermione, qui avait remarqué l'embarras de Harry.

Le métis, trop heureux que la jeune femme s'intéresse à lui, s'empressa de lui expliquer qu'il habitait un appartement dans le centre de Londres mais que son rêve était d'habiter à la campagne parce que c'était bien mieux que la ville pour élever des enfants.

Hermione haussa un sourcil.

-Tu as des enfants ?

- Non, répondit Blaise en souriant. Pas encore. Il faut d'abord que je trouve leur mère.

- Donc, en gros, tu cherches un utérus.

- Quoi ? Non ! Je…

Théo et Harry ne purent s'empêcher de rire devant la mine déconfite de ce pauvre Blaise.

-Tu sais Zabini… on est plus dans les années vingt. Certaines femmes aspirent à autre chose que d'être des poules pondeuses. Elles travaillent, ont des carrières florissantes…

Alors qu'Hermione se lançait dans un discours enflammé sur les droits de la femme, Harry se pencha à l'oreille de Théo et murmura :

-S'il a dans l'idée d'épingler Hermione, il va galérer…

- Je le crois bien. Ceci dit, il aime le challenge. Il ne lâchera pas l'affaire de sitôt.

Heureusement, le serveur arriva avec leurs consommations, calmant momentanément les ardeurs d'Hermione. Harry allait en profiter pour changer de sujet lorsqu'il entendit :

-Monsieur ?

Il se tourna pour observer la personne qui l'avait interpellée. C'était un petit garçon d'une douzaine d'années.

-Vous… vous êtes Harry Potter ? demanda-t-il en se dandinant d'un pied sur l'autre.

- Oui, c'est moi.

- Vous voulez bien me signer un autographe ? S'il vous plaît ?

Cela allait faire dix ans qu'il avait mis fin à sa carrière internationale de joueur de Quidditch mais il n'était pas rare qu'on lui demande encore des autographes, y compris des enfants qui étaient pourtant bien trop jeunes pour avoir assisté à ses matches.

-Tu joues déjà au Quidditch ?

- Pas encore mais je passe les sélections dans mon école en octobre. J'espère devenir attrapeur comme vous !

- Comment t'appelles-tu ? demanda-t-il en prenant le magazine Souaffle ! que le gamin lui tendait.

- Harry.

- Harry ? Mais quelle horreur ! Dis-moi, tes parents t'ont appelé comme ça seulement parce qu'ils manquaient d'imagination ou bien ils voulaient vraiment te filer la honte pour le reste de ta vie ?

Harry se força à respirer calmement. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qui venait de parler.

-C'est certain que Draco est tellement plus facile à porter, répliqua-t-il en signant la couverture.

- Peut-être pas mais au moins je n'ai pas l'impression de faire partie d'un banc de sardines.

En disant cela, Malefoy se laissa choir sur la chaise libre à côté de celle de Harry et regarda le petit garçon de haut en bas avant de se pencher vers lui :

-Qu'est-ce que ça fait d'être la sardine numéro 338 ?

Le regard ahuri du gamin alla de Draco à Harry, sans comprendre.

-Ne fais pas attention à lui, dit Harry en lui rendant son magazine. J'ai été ravi de te connaître et je te souhaite bonne chance pour les sélections.

- Merci Monsieur, dit le garçon en s'éloignant.

Harry reporta son attention sur Malefoy qu'il fusilla du regard.

-Tu es le type le plus imbuvable que je connaisse.

- Ah vraiment ?

Quelque chose venait de s'allumer dans les yeux de Malefoy. Quelque chose de dangereux qui fit immédiatement regretter à Harry le choix de ses mots.

-Sans blague Potter… il faut que tu arrêtes de payer des enfants pour qu'ils viennent te demander des autographes. C'est carrément pathétique.

Harry ne releva pas le sarcasme, soulagé mais néanmoins étonné que Malefoy n'ait pas continué sur sa lancée, se privant de l'humilier par une quelconque allusion sexuelle embarrassante.

-Ne l'écoute pas Potter, dit alors Zabini en riant. Draco est jaloux.

- Jaloux de quoi ? Du fait que personne ne lui demande jamais d'autographe ?

- Non, du fait qu'il n'en a jamais reçu de toi !

Si Malefoy avait eu des baguettes à la place des yeux, Blaise serait mort sur le coup.

-Oh Malefoy, ça peut s'arranger, dit Harry sur un ton exagérément compatissant. Hermione, tu as de quoi écrire ?

- Bien sûr, dit-elle en riant et en sortant de son sac un stylo qu'elle lui tendit.

Harry prit une serviette en papier sur le présentoir et griffonna quelques mots.

-Pour Draco. Mon plus grand fan depuis 23 ans. Signé… Harry Potter. Voilà ! dit-il, content de lui.

Il fit glisser la serviette vers Malefoy, s'attendant à ce qu'il la déchire en mille morceaux. Au lieu de quoi, il l'observa, un sourire sarcastique sur les lèvres.

-Tu as une écriture de merde Potter.

Puis il prit la serviette, la plia soigneusement et la rangea dans la poche de son jeans.

-Ne te fais pas d'idées, dit-il encore en voyant l'air étonné de Harry. Je ne compte pas l'encadrer ou encore la mettre sous mon oreiller. Je me dis seulement que ça pourrait se revendre cher si un jour je suis dans la dèche.

Le rire méprisant de Zabini accueilli cette déclaration.

-Comme si tu allais un jour te retrouver dans la dèche Malefoy ! Plus les gens ont d'emmerdes, plus tu te fais des couilles en or !

- Ouais. Le malheur des gens, ça paie. Ce n'est pas toi qui va me contredire, n'est-ce-pas Blaise ?

- Tu es aussi avocat ? demanda Hermione.

Blaise jeta un sourire froid à Malefoy avant de reporter son attention sur la jeune femme.

-Non. Par Merlin, j'ai beaucoup de défaut mais pas celui-là. Je suis psychomage.

- Je n'échangerais pas mon métier contre le tien pour tous les gallions du monde, dit Théo. Passer ses journées à écouter des bonnes femmes dépressives qui se lamentent parce qu'elles se sont fait plaquer ou parce qu'elles sont cocues, très peu pour moi !

- Je te signale que je n'ai pas que des femmes dans ma clientèle…

- Noooon, bien sûr, sourit Draco. Je suis certain que tes clients se font aussi un plaisir de te raconter tous leurs petits malheurs, en espérant que tu les consoles !

- Je ne suis pas comme toi, Draco. J'ai une éthique professionnelle irréprochable, se défendit Blaise. Je ne baise pas tout ce qui bouge !

- Eh bien, moi si. Et je ne m'en porte pas plus mal.

Blaise leva les yeux au ciel, consterné.

-C'est un truc de gay de refuser toute idée de stabilité ? intervint Hermione. Harry est exactement comme toi.

- Hermione ! protesta l'intéressé.

- Enfin… il ne baise peut-être pas tout ce qui bouge mais il refuse de s'engager. Bon sang, qu'y a-t-il de mal à ça ?

- Je me suis déjà engagé, au cas où tu l'aurais oublié, dit Harry durement. Et tu as vu ce que ça a donné !

- Et toi Malefoy ? C'est quoi ton excuse ?

- Aucune, dit Draco avec hauteur. Je n'ai pas besoin de stabilité. J'emmerde la stabilité. Je ne suis pas une de ces tapettes ridicules qui pensent que vivre comme les hétéros va les rendre plus heureux.

Pour le coup, Hermione fut mouchée.

-Qu'est-ce que tu crois Granger ? reprit Draco avec véhémence. Que tous les homos ont envie d'une petite vie tranquille, avec une maison en banlieue, un jardin, un mari et un chien ? Qu'on veut tous adopter des enfants ?

- Je… je croyais… beaucoup d'entre vous se sont battus pour ça... et ils ont eu raison !

- Ils ont eu ce qu'ils voulaient mais c'est encore mon droit de ne pas vouloir leur ressembler !

Harry fixait Draco avec stupéfaction, ne comprenant pas d'où lui venait toute cette colère.

-C'est ton droit, dit Théo placidement. Mais ce n'est pas une raison pour mépriser ceux qui ont choisi cette vie-là.

Draco soupira longuement.

-Oh j'avais oublié… Théo est un devenu un homme respectable maintenant. Il a trouvé l'Amour avec un grand A !

- Si tu choisissais d'y croire, tu verrais que ce n'est pas une si mauvaise chose…

- Je ne crois pas à l'amour. Je crois à la baise. Et au fric. Deux choses que j'obtiens à profusion.

Hermione claqua la langue, exaspérée.

-Et ton honneur, ta crédibilité ? attaqua-t-elle. Comment tes clients, tes adversaires, les juges peuvent-ils te respecter sachant que tu les… baises au sens propre comme au figuré ?

- Je suis le meilleur, Granger. Et quand tu es le meilleur, les gens n'en ont rien à foutre de savoir ce que tu fais avec ta queue.

Harry sentait que la discussion partait en vrille mais ne savait pas vraiment quoi faire pour en sortir. Il fut sauvé par une voix magiquement amplifiée qui annonça :

-Les passagers pour le portoloin 7659 à destination de Londres-Chemin de Traverse sont priés de se diriger vers la salle numéro 12 pour embarquement. Seuls les sorciers en possession d'un titre de transport sont autorisés à accéder à la salle d'embarquement. Les passagers pour le portoloin 7659 à destination…

- Eh bien, je crois que c'est pour nous, dit Blaise en se levant.

Les autres l'imitèrent et ils se dirigèrent tous ensemble vers la salle numéro 12. Avant d'embarquer, Théo chercha d'abord les toilettes.

Tandis qu'ils attendaient, Blaise attira Hermione quelques pas plus loin.

-Hermione, je… je voulais absolument m'excuser pour ce que j'ai dit l'autre soir… c'était totalement stupide de ma part de…

- C'est bon, coupa-t-elle. Ce n'est pas la peine. Tu n'as fait que dire ce que tout le monde pensait de moi à Poudlard, toi y compris. Alors…

- Alors, ce n'est pas seulement ce que je pensais de toi. Je pensais surtout que tu étais vive, intelligente, brillante… et que j'aurais bien aimé être ami avec toi si seulement nos maisons n'étaient pas en guerre permanente, à cause de nos deux meilleurs amis.

Hermione fut plus qu'étonnée par ces propos mais elle n'en montra rien.

-Et maintenant ? dit-elle. Tu veux quoi ? Coucher avec moi, c'est ça ?

- Je… oui… enfin, non…

- C'est oui ou c'est non. Décide-toi.

Blaise soupira.

-Non. Pas comme ça. Ecoute, Hermione… je suis au courant pour toi, Weasley… et votre fille. Tu ne le sais peut-être pas mais je travaille également comme psychomage pour aider les unités d'Aurors après des missions difficiles. Je suis donc souvent au Ministère… Et malheureusement, ton ex-mari n'est vraiment pas discret à propos de votre situation…

- Stop ! dit-elle en levant la main, la colère se lisant sur son visage. La dernière chose dont j'ai besoin, c'est de ta pitié. Et je n'ai pas besoin d'un psychomage, j'en ai déjà un !

- La dernière chose que je souhaite, c'est être ton psychomage. La déontologie m'empêcherait de mener à bien mon entreprise de séduction… qui s'avère cependant totalement désastreuse, j'en ai bien peur.

Hermione ne put s'empêcher de sourire.

-Ma vie est compliquée. Je suis compliquée.

- Ça tombe bien, j'adore les complications.

- Je suis sérieuse, Blaise…

- Moi aussi. A notre retour à Londres, allons boire un verre quelque part. Manger un morceau. Sans arrière-pensée, juste pour parler, se connaître un peu mieux. Laisse-moi faire ce que je n'ai pas eu le cran de faire à Poudlard. Tu veux bien ?

- D'accord.

Blaise eut un sourire resplendissant. Tout n'était donc pas perdu.

Pendant ce temps, l'ambiance était un peu plus tendue entre Harry et Draco. Ils s'observaient en silence jusqu'à ce que Draco dise :

-Tu ne t'es pas rasé.

- Heu… je… non… je n'ai pas eu le temps, dit Harry, en frottant machinalement son menton avec sa main.

- Ça te va bien.

- Ah.

- Oui. Vraiment.

Harry se sentit à la fois gêné et étrangement content de cette remarque. Et ça l'agaça plus qu'autre chose.

-On dirait que Blaise vient de marquer un point, dit Draco qui regardait maintenant en direction de son ami et d'Hermione.

- On dirait, oui.

- C'est quelqu'un de bien tu sais.

- Je l'espère. Hermione en a déjà suffisamment bavé comme ça. S'il la fait souffrir, je lui pète les dents.

- Toujours aussi protecteur avec tes amis à ce que je vois…

- Avec Hermione seulement.

Draco ne releva pas. D'ailleurs, il n'en eut pas l'occasion car Théo était revenu et ils devaient maintenant embarquer. Il fit une accolade à ses deux amis en leur souhaitant un bon retour à Londres. Puis il se tourna vers Hermione :

-Tu as fait du sacré bon boulot avec les conventions de rachat. Théo ne tarit pas d'éloges sur toi, Granger. Les affaires de Potter sont entre de bonnes mains.

- Merci Malefoy. Venant de toi, ça me fait plaisir.

Finalement, il fit face à Harry.

-Salut Potter. Fais bon voyage.

- Merci. Si… si jamais tu viens à Londres, tu…

- Par Salazar, qu'est-ce que j'irais foutre à Londres ?

- Je ne sais pas, dit Harry, embarrassé… mais si c'est le cas…

- Potter… je t'aurai oublié sitôt que tu auras franchi cette porte. Et je te conseille d'en faire autant.

Un coup de poignard aurait été moins douloureux. Harry ferma brièvement les yeux, essayant de ne rien laisser paraître de sa peine. Merlin, était-il vraiment en train de souffrir à cause de ce que Draco Malefoy venait de dire ? Il se força à respirer calmement.

-Personnellement, je n'ai pas attendu de franchir de la porte, répondit-il en souriant largement.

Il tourna les talons et rejoignit Blaise, Théo et Hermione qui venaient de prendre place dans la file d'attente.

-Ça va Harry ? demanda Hermione. Tu n'as pas l'air bien.

- Si, ça va. Je suis…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Une main impérieuse s'était posée sur son épaule et le forçait à se retourner. L'instant d'après, Draco l'embrassait avec possessivité, sous les yeux médusés des trois autres.

-Prends soin de toi, Harry, murmura-t-il avant de s'en aller.

A suivre...