DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Une fois encore, merci pour votre enthousiasme ! C'est un réel plaisir de lire tous vos commentaires ! J'espère que la suite sera encore à la hauteur de vos attentes.

Bonne lecture !


Chapitre 5 – Prendre racine

« Vouloir toujours cacher aux autres ses failles

Avoir l'envie que quelqu'un d'autre s'en aille

Avoir peur de revenir

Avoir peur de devenir »

(Calogero)

1er septembre 2014 – Gare de King's Cross, Quai 9 ¾

Le temps était maussade depuis quelques jours, oscillant continuellement entre grisaille, éclaircies et nuages noirs annonciateurs de pluie.

Ginny Weasley-Molkins jetait fréquemment des coups d'œil exaspérés vers le ciel comme si elle lui en voulait de ne pas parvenir à se décider. Cependant, le véritable motif de son exaspération était à quelques mètres d'elle.

-Harry, dit-elle assez fort pour qu'il l'entende, les enfants doivent monter dans le train… Le temps se couvre et ils vont attraper froid !

Son ex-mari fit comme s'il n'avait rien entendu et reporta son attention sur son plus jeune fils.

-Tout ira bien Albus. Tu verras, tu vas adorer Poudlard...

- Et si je vais à Serpentard ?

- Eh bien, tu t'y feras un tas d'amis et la Maison Serpentard gagnera un élève brillant.

- Mais ça voudra dire que je suis sournois, calculateur, que…

- Que tu es rusé et intelligent.

- Mais Filibert dit que…

- Filibert n'est pas allé à Poudlard. Il ne sait rien de cette école.

Albus soupira, pas vraiment convaincu.

-Ecoute, reprit Harry. Quelle que soit la Maison dans laquelle tu seras réparti, tu y seras à ta place et tu t'y feras des amis. Mais n'oublie pas une chose, Albus : les autres Maisons ne sont pas des ennemies. Ne commets pas l'erreur de rejeter une amitié parce que celui ou celle qui te la propose ne fait pas partie de ta Maison.

Plus loin, Ginny commençait à s'impatienter.

-Harry !

- Ça va ! s'emporta-t-il en se relevant et revenant vers elle avec Albus. Je n'ai pas vu mes fils de tout l'été, tu permets quand même que je passe quelques minutes avec eux, non ? Ou bien c'est encore trop demander ?

- Potter, vous vous donnez en spectacle, commença Filibert de ce ton moralisateur qui insupportait Harry.

- Vous, ne vous mêlez pas de ça !

Filibert Molkins était peut-être moralisateur mais il était surtout un pleutre de la pire espèce. Il ne put s'empêcher de faire un pas en arrière, ne voulant pas se frotter de trop près à cet homme qu'il jugeait instable et colérique.

-Harry, tu n'as pas à parler à Filibert de la sorte ! s'énerva Ginny.

- Et lui n'a pas à me dire ce que je dois faire ! Ce sont mes enfants ! J'ai…

- Arrêtez, s'il vous plaît, dit Albus d'une toute petite voix.

La colère de Harry retomba immédiatement. Il serra son fils contre lui et l'embrassa dans les cheveux. Des cheveux ébène, en bataille, comme les siens.

-Je suis désolé Albus. Fais bon voyage et surtout donne-moi de tes nouvelles. D'accord ?

- Les hiboux sauront où te trouver chez les moldus ?

- Bien sûr. Si tu leur donnes l'adresse de l'appartement, ils me trouveront.

- D'accord.

Harry mit fin à l'étreinte à regret avant de se tourner vers James. Il était resté près de sa mère et son beau-père et attendait visiblement de pouvoir rejoindre ses amis.

-Bon voyage à toi aussi, James.

- Tu es sûr que j'aurai mon Eclair de Feu IV avant le début des sélections ?

- J'en suis certain. Le fabriquant m'a promis qu'il serait prêt dans une semaine.

- Mouais… j'aurais quand même préféré avoir un ThunderBird ! Après tout, ceux-là, c'est toi qui les fabriques !

- James, on en a déjà parlé…

- Je sais, soupira le garçon. C'est un balai de professionnel et le Professeur McGonagall a refusé que j'en ai un parce que ça désavantagerait les autres joueurs.

- Exactement.

- Mais tu connais bien McGo… tu pourrais…

- Minerva McGonagall est la Directrice de Poudlard. Je n'ai pas à lui dire quoi que ce soit.

James gonfla les joues en levant les yeux au ciel pour bien faire comprendre à son père combien il trouvait cette explication débile. Harry préféra ne pas discuter davantage et s'avança pour le serrer dans ses bras à son tour.

-C'est bon papa, souffla-t-il en se crispant fortement. Tout le monde nous regarde.

Tout le monde les regardait en effet. Comme toujours. Parce qu'il s'agissait de Harry Potter, le Sauveur du monde sorcier, le célèbre joueur de Quidditch et désormais célèbre propriétaire de l'écurie de courses Hurricane.

Mais James voyait les choses autrement. Dans sa tête, son père n'était plus le célèbre international de Quidditch dont il était si fier étant enfant. Il était celui qui avait avoué au monde entier qu'il aimait les hommes. Son père était un foutu pédé et ça lui fichait une honte monumentale. A tel point que par moment, il aurait préféré s'appeler Molkins plutôt que Potter. Il s'en voulait de penser de telles choses car il aimait son père et il ne voulait pas lui faire du mal mais c'était plus fort que lui. Quand ses parents avaient divorcé, sa mère n'avait pas voulu lui expliquer la raison de la séparation, se contentant de fondre en larmes à chaque fois que James lui posait la question. Son père n'en disait pas plus, sinon une banalité telle que « parfois, les parents ne s'entendent plus » ou « ta maman n'était plus heureuse avec moi ». Puis il le rassurait sur le fait que même séparés, ils l'aimeraient toujours.

James s'en était accommodé jusqu'à ce jour de mai 2009 où son père avait convoqué une conférence de presse pour mettre fin aux rumeurs qui couraient sur sa vie sexuelle après qu'il ait été photographié main dans la main avec un écrivain connu. Oui, il était gay. Oui, il l'avait toujours été et oui, c'était la raison de son divorce. Mais pour autant, cela ne l'avait pas empêché d'aimer sincèrement son ex-femme et d'être fier de ses deux fils, ce qu'il avait de plus cher dans la vie. James avait été mortifié. Il avait appelé son père pour qu'il lui dise que c'était une blague, juste une mauvaise blague. Mais Harry ne lui avait rien dit de tout ça. Il lui avait dit que c'était vrai. Que ça ne changerait rien entre eux. Qu'il les aimait toujours autant, lui et Albus.

Mais pour James, ça avait tout changé.

Il se dégagea des bras de son père, embrassa sa mère et Filibert avant de grimper dans le train à la recherche de ses amis.

-Il faut que tu y ailles aussi Albus, dit gentiment Ginny. Le train va bientôt partir.

Le petit garçon hocha la tête, résigné. Harry eut un pincement au cœur en se rappelant combien lui avait été heureux d'embarquer dans ce train pour la première fois. Il aurait aimé qu'il en soit de même pour son fils.

-Tu te feras rapidement des amis, lui répéta Harry, conscient que c'était ce qui angoissait l'enfant.

- Ecris-nous quand tu seras arrivé, dit Filibert. Et sois poli avec tout le monde là-bas. Ne te fais pas remarquer.

Harry regarda l'homme avec mépris. De quel droit disait-il une chose pareille ? Albus était l'enfant le plus discret qu'Harry connaissait. Il ravala la remarque qu'il allait faire quand il croisa le regard de son fils.

-On se voit à Noël, lui dit-il alors, en lui ébouriffant les cheveux.

- Ok.

Albus souleva un petit sac dans lequel il avait rangé quelques livres pour le trajet. Il embrassa les adultes et monta dans le train à son tour.

Harry décida de ne pas s'attarder. Il fit un signe de tête à Ginny en lui souhaitant une bonne journée.

-Harry, dit-elle cependant. Attends. Je voulais te parler des vacances de Noël. Je…

- Non, coupa-t-il durement. Quoi que tu aies à me dire, c'est non. Je prends les enfants durant les deux semaines de Noël. C'est un juste retour des choses sachant que je ne les ai pas vu de toutes les vacances.

Ginny poussa un petit soupir exaspéré.

-Potter, commença Filibert. Je ne vous permets pas de…

- Vous, la ferme !

- Et la fête de Noël ? questionna Ginny avec humeur. Nous passons toujours Noël chez maman, tu le sais très bien !

- Tout à fait. Et j'en ai parlé à Molly. Je viendrai déposer les enfants le 24 décembre au matin. Ils logeront au Terrier et passeront les fêtes avec toi, ton mari, tes parents et les cousins. Je viendrai les rechercher pour le Boxing Day et nous partirons une semaine à la montagne. Je pense que c'est très équitable comme arrangement.

- Mais je…

- C'est à prendre ou à laisser. Mais sache qu'à partir de maintenant, pour chaque jour où je ne verrai pas mes enfants, je diminuerai la pension alimentaire en conséquence. J'ai demandé à mon avocat d'en aviser le juge sorcier aux affaires familiales.

- Quoi ? Mais Dean ne m'a rien dit ! C'est…

Harry eut un rictus mauvais.

-Dean n'intervient plus pour ce qui concerne la garde des enfants. Il y avait trop de… conflits d'intérêt. C'est mon nouvel avocat qui a déposé la requête.

- Tu n'as pas le droit, souffla-t-elle.

- Il me semble que si. Curieusement, Dean ne m'avait jamais informé de cette disposition du Code civil sorcier. Mais maintenant que j'en ai connaissance, je ne vais pas me priver de l'utiliser. Alors, à toi de voir. Mes enfants ou mon argent ?

Ginny blêmit. Elle pinça les lèvres de mécontentement mais ne répondit rien et Harry sut qu'il avait gagné. Durant leur mariage, ils avaient eu un train de vie auquel Ginny s'était rapidement habituée et qu'elle ne parvenait à conserver que grâce aux pensions alimentaires mirobolantes que Harry lui payait. Elle n'était pas prête à lâcher ça.

-C'est vraiment mesquin de ta part, Harry, dit-elle avec une moue dégoûtée.

- Ouais, je sais.

Harry n'attendit pas de réponse et s'éloigna. Il aurait voulu rester jusqu'au départ du train mais la présence de son ex-femme l'indisposait au plus haut point.

Il ne la supportait plus, elle et son air supérieur. Il se souvenait avoir épousé une jeune fille joyeuse, insouciante et sans complexe. Pour qui se prenait-elle maintenant, engoncée dans son tailleur de petite-bourgeoise bien-pensante, la jupe en-dessous du genou et le chemisier boutonné jusqu'au col ? Que dirait ce bon Filibert si Harry lui racontait qu'il fut un temps où Ginny se baladait seins nus sur les plages et adorait faire l'amour dans des lieux publics ?

Etait-ce lui qui l'avait fait devenir comme ça ? Etait-ce de sa faute si elle avait changé au point d'épouser ce médiocre personnage, sec comme une trique et de dix ans son aîné ?

Il décida d'arrêter d'y penser. Aucune réponse ne serait satisfaisante.

Il se dirigeait vers la sortie du quai quand il remarqua des volutes de fumée qui s'échappaient de l'arrière d'un pilier. Il avait arrêté de fumer il y a quelques mois – sans trop de difficultés grâce aux potions de sevrage – mais là, il crevait d'envie d'une cigarette. Peut-être pourrait-il en soutirer une au fumeur qui se cachait derrière le pilier.

-Excusez-moi, dit-il en arrivant à sa hauteur… Je pourrais vous demander...

Il s'interrompit, obnubilé par les yeux gris qui le fixaient.

-Malefoy ?

- Salut Potter.

- Mais… que fais-tu ici ?

- Je matte les petits garçons. Un en particulier.

- Ça n'a rien de drôle Malefoy ! s'insurgea Harry, contrarié qu'il puisse plaisanter sur un sujet pareil.

- Je ne ris pas, répondit l'intéressé en tirant sur sa cigarette.

Malefoy fit un mouvement de la tête vers la droite, tout en soufflant la fumée. Harry tourna la tête pour voir quelques mètres plus loin une très belle femme aux longs cheveux bruns et à l'allure distinguée. A côté d'elle, se tenait un homme grand, blond foncé et à l'air sérieux. Il se demanda un instant pourquoi Malefoy s'intéressait à ce couple avant de remarquer que la femme parlait à un petit garçon.

Pour Harry, ce fut comme d'avoir actionné un retourneur de temps. L'espace de quelques secondes, il se retrouva à onze ans, dans la boutique de Madame Guipure, debout sur un tabouret avec en face de lui un autre garçon, blond très clair, aux yeux gris.

-Merlin, souffla-t-il.

L'enfant était la copie conforme de Draco Malefoy au même âge. Le même visage pointu, les mêmes cheveux clairs et fins, la même peau pâle, le même regard. La seule différence était que l'air hautain que le garçon se donnait ne parvenait pas à masquer l'inquiétude dans ses yeux gris.

-Merlin, répéta Harry. C'est… C'est…

- C'est mon fils, oui, confirma Malefoy.

Harry resta silencieux, essayant de comprendre pourquoi Malefoy était là, presque caché derrière le pilastre au lieu d'être avec son fils. Ils le regardèrent tous les deux monter dans le train. Une minute plus tard, les portes se fermèrent et la locomotive se mit en mouvement, dans un concert de sifflements et de bruits de métal.

-Il s'appelle Scorpius, dit Malefoy. Scorpius Miller.

- Quoi ? s'étonna Harry en se tournant pour regarder Draco. Mais… comment…

- Il ne me connaît pas. Il ne sait pas que je suis son père. Officiellement, il est l'enfant d'Astoria Greengrass et Archibald Miller. Et c'est bien mieux comme ça.

En disant cela, Draco tira une dernière fois sur sa cigarette avant de la jeter au sol et de l'écraser du bout de sa chaussure.

-Je savais qu'il faisait sa rentrée à Poudlard aujourd'hui, expliqua-t-il. Je me suis dit que c'était ma chance de l'apercevoir. La seule fois où je l'ai vu, il avait quatre mois.

- Merde, Draco… je… je suis désolé.

Malefoy haussa un sourcil.

-Désolé pour quoi ? demanda-t-il sèchement. Je n'ai pas besoin de ta pitié, Potter. Cet arrangement, je l'ai accepté. Il n'y a pas de quoi être désolé.

- Si tu le dis, murmura Harry.

Il n'était pas dupe. Il avait parfaitement vu l'éclat de souffrance dans les yeux gris. Ce fut bref mais bien visible.

Malefoy leva alors la main et du bout de l'index, il caressa la mâchoire de Harry avec un sourire moqueur. La barbe de trois jours était légèrement piquante au toucher.

-Tu t'es laissé pousser la barbe à ce que je vois.

- Je… oui.

- Ça te va bien.

- Je sais. On me l'a déjà dit.

Harry fixa Draco intensément, comme pour lui montrer qu'il n'avait rien oublié. Qu'il ne l'avait pas oublié. Draco avait suivi le fil de ses pensées car il dit :

-Ce jour-là, à New-York, tu avais commencé une phrase…

- Laquelle ?

- Tu as dit que si jamais je venais à Londres…

- Oui, je m'en souviens.

- Eh bien, je suis là. Alors termine ta phrase.

Le sourire de Malefoy se fit plus carnassier et Harry put voir dans ses yeux le désir à l'état pur faire écho à ce que lui-même ressentait. Il ne lui en fallait pas plus pour se décider.

La seconde d'après, ils transplanaient.

O°O°O°O°O°O°O

1er septembre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres.

Ils atterrirent sans aucune douceur à l'entrée du salon. Harry trébucha contre Draco qui tituba en arrière, sa tête heurtant durement le mur derrière lui. Mais il n'en avait cure, tout ce qui importait à l'instant, c'était Potter qui l'embrassait comme si sa vie en dépendait.

Harry commença à défaire les boutons de la chemise de Draco mais ses doigts tremblaient tellement de fébrilité qu'il finit par ouvrir les pans d'un coup sec, envoyant voler les petits boutons à travers la pièce.

-Impatient Potter ? se moqua Malefoy qui, très maître de lui, était parvenu à déboutonner la chemise de Harry sans aucune difficulté.

-Ta gueule. Juste… ferme-la, siffla Harry en reprenant possession de sa bouche avec avidité.

Puis il posa ses mains sur le torse pâle et délicat qui s'offrait à lui. La sensation de la peau douce et soyeuse sous ses doigts lui arracha un soupir de soulagement, un peu comme s'il revenait chez lui après de longs mois d'absence. Mais loin de l'apaiser, ce ressenti le mit subitement en colère. Parce que depuis qu'il avait goûté au corps de Malefoy, plus rien d'autre n'avait d'intérêt. Il avait enchainé les coups d'un soir le mois dernier, dans l'espoir de retrouver cette même sensation d'ivresse, mais en vain. Et ça le rendait furieux. Parce que ce Serpentard de malheur avait réduit sa vie sexuelle à une succession de baises sans intérêt.

D'un geste brusque, il ôta des épaules de Malefoy sa veste et sa chemise abîmée tandis qu'il faisait de même avec la sienne. Puis il l'attira à lui et le fit avancer à reculons vers le canapé. Malefoy s'y laissa choir en plein milieu, ses yeux moqueurs levés vers Harry qui était en train de se débarrasser de ses chaussures et des chaussettes.

-Tu n'as pas peur d'abîmer ton luxueux canapé italien hors de prix ?

- Je vois que tu es connaisseur, répondit simplement Harry en déboutonnant son jeans.

- J'ai du goût Potter. J'en ai toujours eu. Contrairement à toi.

- Comme tu as pu le voir, certaines choses ont changé.

D'un coup de pied, Harry envoya valdinguer son jeans quelques pas plus loin.

La lueur moqueuse dans les yeux de Malefoy fit place à quelque chose de plus fiévreux quand Harry se laissa tomber à genoux entre ses jambes. Il sentit ses deux pieds être délestés en même temps des coûteux souliers qu'il portait. Il allait protester sur le fait qu'il était inadmissible d'enlever des chaussures sans défaire les lacets mais toute récrimination mourut sur ses lèvres quand ses chaussettes disparurent également et que des mains aériennes caressèrent ses chevilles et l'arrière de ses mollets. Par Salazar, se connaissait-il si peu pour découvrir seulement maintenant combien il aimait ça ou bien était-ce parce qu'il s'agissait de Harry Potter ?

Cette réflexion le contraria. Il n'aimait pas cette façon qu'il avait de toujours tout ramener à Potter. Depuis qu'il avait couché avec lui, il ne pouvait pas s'empêcher de comparer les performances de ses amants à celles de Potter et à chaque fois, c'était le même constat déplaisant qui s'imposait : ils étaient nuls à chier.

-Alors, Potter, t'as perdu le mode d'emploi ? ironisa-t-il pour masquer son trouble.

- Je ne te savais pas si pressé de te faire mettre Malefoy, répliqua Harry en débouclant la ceinture et l'agrafe du pantalon.

- Je croyais avoir été clair : je ne me fais jamais baiser.

- Bien sûr, dit Harry placidement. Ça, c'est ce qu'ils disent tous.

D'un seul geste, il abaissa le pantalon en même temps que le boxer, libérant un sexe indiscutablement prêt à l'action.

Draco écarquilla les yeux, pas sûr d'aimer ce qui allait suivre. Pourtant, il ne parvint pas à faire le moindre mouvement pour se rebeller.

Harry lui, était fasciné par quelque chose qui n'était pas là la première fois où il avait posé le regard sur l'entrejambe du blond : un petit dragon chinois qui serpentait du creux de son aine jusque sur son bas-ventre, la gueule ouverte en direction de son nombril. Compte tenu de la vitesse de cicatrisation, ce devait être un tatouage sorcier. Comme pour confirmer ses dires, l'encre bleue noire se mit à reluire, donnant l'impression que le dragon ondulait sur sa peau.

-Potter… qu'est-ce que tu fous ?

- Il… il est magnifique, murmura Harry en passant son index sur le dos de l'animal, un peu comme s'il le caressait.

Le toucher envoya un long frisson dans tout le corps de Draco, faisant palpiter son érection.

-Bordel, grinça-t-il. Il y a autre chose de plus magnifique encore juste à côté ! T'es aveugle ou quoi ?

Harry reprit ses esprits et fixa le membre turgescent qui se dressait devant lui, quémandant son attention. Il passa les doigts dans le nuage de boucles blondes qui l'entourait, étonné comme la première fois par leur douceur. Son cœur pulsa un plus fort dans sa poitrine alors qu'il entendait Draco soupirer d'anticipation. Il résista à l'envie de lui donner ce qu'il voulait et fit lentement glisser ses doigts vers le bas, pour venir se poster à l'entrée de son intimité.

-Potter, protesta Draco en se crispant brutalement. Je t'ai dit que…

- J'avais dit la même chose. Chacun son tour Malefoy.

Sans crier gare, il inséra un doigt à l'intérieur de Draco ce qui provoqua un sifflement mécontent de sa part. Harry n'y prêta pas attention et continua sa tâche.

Draco était furieux. Furieux contre Potter mais surtout contre lui-même. Parce qu'il savait qu'il lui suffisait d'un geste pour mettre fin à cette intrusion et qu'il n'en faisait rien. Il se sentait humilié, honteux d'aimer sentir ce doigt à l'intérieur de lui, honteux d'en vouloir davantage, honteux de s'entendre gémir de plaisir quand un deuxième doigt vint rejoindre le premier.

Mais quand Potter se mit à faire des mouvements de ciseaux, fouillant sans pudeur cet endroit inviolé, et quand il prit son sexe tout entier dans sa bouche, toute idée de honte le déserta. Plus rien n'avait d'importance excepté ces doigts inquisiteurs et cette bouche talentueuse. Et Draco n'en avait rien à faire si à cet instant, il devait ressembler à la dernière des catins, écartant les jambes et tortillant sa croupe pour que les doigts de Potter s'enfoncent encore plus profondément dans son cul en même temps que sa queue s'enfonçait dans sa gorge.

Il allait tout bonnement supplier Potter de le prendre quand tout s'arrêta. Il émit un son désespéré qui fit rire Harry.

-Ne t'en fais pas Malefoy. Je n'ai pas fini avec toi.

Harry le fit se relever. Il le retourna et le fit s'agenouiller sur le canapé. Il enleva son boxer, prit ensuite sa baguette et murmura plusieurs sorts.

Draco sentit quelque chose bouger désagréablement à l'intérieur de lui.

-Merde… c'était quoi ça ? demanda-t-il en tournant la tête.

- Un sort d'étirement, dit Harry. Je n'ai pas envie de te faire mal.

Draco agrippa plus fortement le dossier du divan. Lui-même était plutôt bien membré mais Potter l'était davantage. Il se souvenait parfaitement de l'épaisseur de sa queue dans sa bouche, de sa lourdeur dans sa main. Ce n'était pas pour rien qu'il l'avait surnommée Attila.

Il sursauta légèrement quand il ressentit la fraicheur du lubrifiant contre son entrée, avant de retenir sa respiration dans l'attente de la volumineuse intrusion de Potter.

Sachant qu'il n'y était pas habitué, Harry s'insinua à l'intérieur de Draco avec lenteur et précaution. Il se rappelait la douceur dont le blond avait fait preuve à son égard et voulait lui rendre la pareille. Il dut pourtant faire appel à toute sa volonté pour ne pas le pénétrer d'un coup et attendre que Draco se détende un peu.

Draco haletait. Potter s'enfonçait lentement en lui et c'était la sensation la plus incroyable qu'il ait jamais connue. Il se sentait écartelé, incendié de l'intérieur mais ses reins vibraient de désir. Il était prêt. Potter pouvait le baiser, le labourer, le ravager, il était prêt. Il le voulait. Il la voulait. Cette queue mouillée et brûlante. Il la voulait plus que tout.

Il ondula doucement. Harry y vit le signe qu'il attendait et commença à bouger à son tour, non sans soupirer de soulagement. Il entama un profond mouvement de va et vient, ponctué par le son rauque de ses gémissements, auxquels ceux de Draco faisaient écho.

-Par Merlin, c'est tellement bon, souffla Harry. Tu es divinement étroit, divinement chaud… Oh Merlin, répéta-t-il alors que son corps se couvrait de sueur.

Debout derrière Malefoy, il le pilonnait sans relâche, les yeux fermés et la tête rejetée en arrière.

-Dis-moi Potter, haleta Malefoy. Tu as baisé… beaucoup de mecs… sur ce divan ?

- Des tas. Pour… pourquoi ? hoqueta Harry, se demandant où l'autre voulait en venir.

- Je serai… le dernier. Plus… jamais… tu ne baiseras personne… sur ce divan… sans penser à moi…

- Ah vraiment ?

- Oui… vraiment…

A ce moment, Draco contracta tous ses muscles autour du sexe de Harry, du plus fort qu'il pouvait. Ce dernier laissa échapper une plainte longue et tremblante. Il se sentait sur le point de mourir, aspiré par le corps de Malefoy. Il ne savait plus où finissait son corps et où commençait celui de l'autre homme. C'était une sensation totalement grisante mais surtout totalement terrifiante.

Le corps de Malefoy se relâcha et Harry retrouva comment respirer. Il planta ses doigts dans les hanches fines et pâles, indifférent au fait qu'il y laisserait certainement des marques et se mit à bouger avec frénésie.

Draco soufflait, haletait sous l'effort et sous les coups de boutoir de Potter. Il sentait l'orgasme se construire à l'intérieur de lui comme une tempête qui gonfle et qui menace de tout détruire sur son passage. Il s'accrochait toujours désespérément au dossier du canapé, incapable de le lâcher pour se toucher.

-Potter… supplia-t-il d'une voix qu'il ne reconnut même pas. Potter… branle-moi…

- Nom de dieu Malefoy, éructa Harry, utilisant pour la première fois depuis longtemps un juron moldu. Ne dis pas… des choses pareilles… avec cette voix-là… Bordel, je ne vais pas tenir…

- Branle. Moi. Tout de suite.

Harry obtempéra et glissa sa main le long du ventre plat de Malefoy. Il empoigna son sexe sans ménagement et celui-ci lui parut bouillant dans sa paume.

Draco poussa un cri rauque au moment où un spasme le secouait de la tête aux pieds. Il sentit sa queue pulser dans la main de Potter à plusieurs reprises avant de se libérer en longues trainées blanches sur le coussin du divan. Il n'entendit pas Potter jouir juste après lui, tellement ses oreilles bourdonnaient et sa respiration était forte. Il le sentit seulement s'accrocher à ses épaules avec l'énergie du désespoir et un liquide épais s'écouler le long de ses cuisses.

Harry se retira aussi doucement que possible, s'emparant déjà de sa baguette pour lancer un sort de rafraîchissement. Ses gestes étaient brusques et saccadés car ses mains tremblaient encore de l'orgasme qu'il venait de vivre.

Malefoy s'étala sans cérémonie à un bout du canapé, Harry de l'autre côté.

-Les sorts de nettoyage ne fonctionnent pas bien pour ce genre de taches, dit Draco en pointant du doigt les traces de sa semence et celle de Potter qui étaient déjà en train de sécher sur le cuir alcantara couleur ivoire.

- Ne t'inquiète pas. J'ai trouvé une propriété supplémentaire au Nettoie-tout Magique de la Mère Grattesec et qui n'est pas mentionnée sur l'emballage : doux avec le cuir, impitoyable avec les traces de sperme.

- Hm, commenta Draco. Si ça tombe, elle a inventé sa mixture parce que le Père Grattesec en foutait partout…

- Il y a des chances, dit Harry en riant.

Il se leva et disparut du champ de vision de Draco pendant une minute. A son retour, il avait remis son boxer, et était muni de serviettes de toilette et d'un pot cylindrique en fer blanc.

-Tiens, dit-il en jetant la serviette à Malefoy. Tu sembles en avoir besoin.

- Trop aimable Potter. Mais tu pourrais au moins m'inviter à prendre une douche.

Harry s'assit sur les cuisses de Draco et l'embrassa paresseusement.

-Pas tout de suite, murmura-t-il d'un ton suggestif. Ça ne servirait à rien. Alors autant économiser l'eau…

- Ah oui ? Et en attendant qu'on remette ça, je dois rester tout collant de sueur ?

- Tu n'es pas en sueur. Je t'ai jeté un sort de rafraîchissement.

- Peut-être mais rien de tel que l'eau et le savon ! Et puis, j'ai l'impression de puer comme un maillot de Quidditch oublié dans un vestiaire.

- N'importe quoi, souffla Harry en embrassant son cou et son épaule. Tu sens bon.

C'était vrai. Draco sentait bon. Il avait une odeur d'homme. Pas très forte, délicate, à peine un peu musquée mais une odeur d'homme tout de même. Et Harry adorait ça.

Il sourit devant la mine un peu perplexe de Draco, qui semblait lui dire « t'es complètement malade, ma parole », et se releva. Il ouvrit la boîte cylindrique qu'il tenait toujours en main. Sur le couvercle, la tête bouclée et grisonnante d'une petite bonne femme souriait de toutes ses dents. Il prit la petite éponge contenue dans la boîte et préleva une petite noisette du produit vert pâle avant de l'étaler sur les taches. Le produit se mit à crépiter, puis à fumer dangereusement.

-Par Merlin, s'alarma Draco. Il y a quoi là-dedans ?

- Tu ne sembles pas très familier avec les produits ménagers Malefoy, se moqua Harry.

- Pour ta gouverne Potter, j'ai un elfe de maison. Je n'ai pas besoin de m'occuper de… ce genre de choses, répondit-il en agitant la main, la mine vaguement dégoûtée.

- Ah bon ? s'étonna Harry. Il était en congé le jour où je suis venu ? C'est pour ça que tu as été obligé de préparer le petit-déjeuner tout seul ?

- Il n'était pas en congé. Il était là où est sa place. Quant au petit-déjeuner, je l'ai fait parce que j'en avais envie ! Il se trouve que j'aime bien cuisiner.

Harry haussa un sourcil devant cette révélation plutôt inattendue.

-Draco Malefoy derrière les fourneaux, c'est quelque chose que je veux voir. Autrement que pour le petit-déjeuner, j'entends, dit Harry en agitant sa baguette là où il avait étendu le produit.

- Tu t'invites chez moi ?

- C'est une bonne idée. Ou bien, tu cuisines ici.

Il se recula pour examiner l'efficacité du produit, sans remarquer l'air complètement ahuri de Draco. Le canapé était comme neuf.

-Parfait ! s'exclama-t-il en referma la boîte et repartant la ranger à la cuisine.

Quand il revint, Draco semblait toujours tétanisé. Il reprit ses esprits quand Harry posa sur la table basse une bouteille de brandy et deux verres.

-Bon sang, Potter… tu sais quelle heure il est ?

- Treize heures, je crois. Pourquoi ?

- Tu ne penses pas qu'il est un peu tôt pour l'alcool fort ?

Harry haussa les épaules et s'assit par terre, dos contre le canapé.

-Arrête de râler et viens ici, dit-il en tapotant la moquette à côté de lui. Il n'y a pas d'heure pour les bonnes choses, tu ne crois pas ?

Draco se leva à son tour, récupéra son boxer qui trainait un peu plus loin et s'assit à côté de Harry. Ce dernier lui tendit un verre rempli au quart.

-A la tienne Malefoy !

- A la tienne Potter, répondit-il en choquant son verre contre le sien.

Il but une première gorgée qui lui brûla la gorge. Immédiatement, il en but une deuxième et ferma les yeux. Il pencha la tête en arrière, la posant sur l'assise du canapé et laissa l'alcool se répandre doucement dans son corps.

-Il est à ton goût ? demanda Harry.

- Il est parfait.

Draco rouvrit les yeux et regarda autour de lui. Il trouva ce qu'il cherchait sur la table : la baguette de Harry.

-Hé ! protesta-t-il en voyant que Draco s'en emparait.

- Du calme Potter. Il fut un temps où cette baguette m'appartenait. J'ai bien le droit de l'utiliser, tu ne crois pas ?

Harry remua un peu sur ses fesses, embarrassé. Il n'avait jamais rendu sa baguette à Draco. Bien qu'il ait réparé la sienne grâce à la Baguette de Sureau, contre toute attente, il avait continué à utiliser celle de Draco. Au point d'en délaisser sa baguette d'origine.

-Tu… hm… tu peux la récupérer si tu veux, se crut-il obligé de proposer.

- C'est bon Potter. Ça fait seize ans que j'en utilise une autre. Je n'en ai plus rien à faire.

Harry en fut soulagé. C'était plus fort que lui.

-Accio veston, dit-il en agitant l'artefact.

Aussitôt, la veste qu'il portait en arrivant et qui avait été abandonnée à l'entrée du salon, lui tomba entre les mains. Il fouilla la poche intérieure et en sortit un étui à cigarettes et un briquet argenté.

-Ça t'embête ? demanda-t-il à Harry.

- Non. Pas si tu m'en files une.

- Tu fumes, toi ?

- Tu n'as pas idée du nombre de mes vices, rigola Harry en prenant une des petites tiges soigneusement alignées.

Draco regarda Harry glisser la cigarette sensuellement entre ses lèvres.

-J'en ai une petite idée, dit-il en soulevant le capot du briquet et en l'approchant.

Harry se pencha par-dessus la flamme et tira longuement. Draco en fit autant. Il referma le briquet dans un claquement sec et le posa sur la table.

Ils restèrent silencieux quelques instants, fumant et sirotant leur brandy.

-Tu as envie d'en parler ? demanda finalement Harry.

- Je me demandais quand tu allais aborder le sujet, sourit Draco après avoir soufflé lentement la fumée.

- Je ne t'oblige à rien.

- Encore heureux.

Draco tira sur sa cigarette et soupira.

-Il y a douze ans, Astoria est venue aux Etats-Unis faire un stage dans un hôpital sorcier de New-York, après ses études de médicomagie. Elle savait que je vivais là depuis la fin de la guerre et elle a repris contact avec moi. On s'entendait bien à Poudlard et j'étais content de la revoir. On sortait souvent. Je lui faisais découvrir la ville, les endroits branchés, sorciers et moldus. Un jour, son fiancé, Archibald Miller, est venu la rejoindre pour quelques jours. Un ami à moi organisait une soirée privée dans l'East Village et on y est allé. Tout se passait bien au départ puis ça a dérapé. Un des invités avait amené du LSD.

Draco s'interrompit pour tirer nerveusement sur sa clope.

-Je ne sais pas ce qui s'est passé au juste. Tout ce dont je me souviens, c'est qu'on s'est tous retrouvé à poils en train de baiser tout ce qui passait à notre portée. A partir de là, je n'ai plus que des flashes. Je suis sûr d'avoir baisé Archibald et un autre type que je ne connais pas. Astoria… je ne m'en souviens plus. Je la vois seulement qui se penche vers moi et qui me dit qu'elle m'aime depuis toujours. Qu'elle n'est pas amoureuse d'Archibald mais de moi. Et puis, c'est le trou noir.

Harry écoutait attentivement, ne sachant pas s'il devait dire quelque chose ou pas. Apparemment pas, car Draco continua :

-Le lendemain, Archibald est rentré en Angleterre. Vu ce que je lui avais mis, il ne pouvait pas ignorer ce qui s'était passé. Avant de partir, il m'a fait jurer de ne rien dire à personne. Il m'a dit qu'il était un homme respectable lui, qu'il avait une réputation à tenir et qu'il n'était pas un foutu mangemort suceur de queue. Je lui ai mis mon poing dans la gueule pour qu'il la ferme et il est parti.

- Astoria n'est pas partie avec lui ? demanda Harry.

- Non. Elle avait encore quatre mois de stage à accomplir pour valider son diplôme.

- Quand as-tu appris qu'elle portait ton enfant ?

- Bien plus tard. J'étais rentré en Angleterre un peu avant Noël. J'étais sur le Chemin de Traverse afin de trouver un cadeau pour Blaise. Chez Tissard & Brodette, j'ai croisé Astoria. Elle portait un bébé dans ses bras. Bizarrement, elle a paniqué quand elle m'a vu. Elle a voulu se détourner mais pas assez vite. J'ai vu le visage de l'enfant, ses cheveux, ses yeux. Et j'ai compris.

Il agita sa cigarette à moitié consumée au-dessus d'un cendrier qu'Harry venait de faire apparaître puis se resservit une rasade de brandy.

-Qu'a-t-elle dit ? demanda Harry, désireux d'entendre la suite de l'histoire.

- Elle n'a pas nié. Elle m'a seulement demandé de ne pas chercher à entrer en contact avec son fils. Archibald était au courant de tout. Il avait accepté de reconnaître l'enfant à la seule condition qu'il ne sache jamais qui je suis. Astoria a accepté.

- Bordel ! De quel droit…

- Du droit qu'elle ne voulait pas d'un père mangemort et pédé pour son enfant ! coupa Draco, en colère. Et je la comprends ! Je n'ai rien à apporter à ce gamin ! En fait, je m'en fous complètement. C'est juste un chiard de plus sur terre…

Il vida son verre d'un trait.

-C'est faux Draco. Tu ne t'en fous pas. Si tu t'en foutais, tu n'aurais pas pris la peine de traverser un océan et te cacher derrière un pilier, juste pour le regarder monter dans un train.

- TA GUEULE POTTER ! TU NE SAIS RIEN !

- Si je sais, fit doucement Harry. Je sais ce que ça fait de ne pas voir son enfant. De le regarder grandir de loin. D'être seulement de passage dans sa vie.

Draco ne répondit pas. Il posa les coudes sur ses genoux, et enfouit sa tête dedans.

-Je l'ai pris dans mes bras, tu sais, murmura-t-il si bas que Harry dut faire un effort pour le comprendre.

- Quand ?

- Le lendemain. Astoria m'a envoyé un hibou en me demandant de venir la voir. Archibald était absent. Sans rien dire, elle l'a posé dans mes bras. Il était si petit. Si fragile. Je n'ai pas su quoi dire, ni quoi faire. J'avais tellement peur de lui faire du mal… J'ai juste approché mon doigt de sa minuscule petite main. Il l'a attrapé et l'a serré de toutes ses forces. Puis il m'a regardé. Ses grands yeux gris semblaient si sérieux, si… inquiets que je n'avais qu'une envie : lui promettre que tout irait bien, que personne ne le blesserait jamais.

Il se passa la main dans les cheveux en secouant la tête, consterné.

-Mais c'était des foutaises tout ça. Je n'étais pas le père de ce gamin, il n'attendait rien de moi. Ce n'était pas moi qui allait le protéger mais Archibald Miller, l'homme dont il portait le nom. Moi, je n'étais rien.

- Tu es son père Draco. Personne ne pourra t'enlever ça.

- Non, je suis seulement un foutu géniteur. Putain… quand je pense… la seule fois où je fourre une gonzesse, il fallait que ce soit productif… Merde !

Il écrasa rageusement sa cigarette dans le cendrier comme si elle était responsable de tout.

-Tu n'as vraiment pas envie de le connaître ? demanda Harry.

- La question n'est pas ce dont j'ai envie ou non. Astoria m'a fait promettre de ne pas l'approcher.

- Elle n'avait pas le droit de te demander ça ! s'énerva Harry. C'est injuste ! Pour toi mais aussi pour ton fils. Il a le droit de savoir qui tu es ! Il a le droit de savoir d'où il vient ! De connaître son histoire !

Il martelait chaque mot avec force.

-Son histoire ? Tu crois qu'il a envie de savoir que sa famille paternelle était du mauvais côté pendant la Guerre ? Pire encore, que son grand-père croupit en prison pour le reste de sa vie car il était le bras droit de Voldemort ? Que son propre père à ça tatoué sur le bras ? dit-il en tendant le bras gauche sous le nez de Harry. Tu crois vraiment qu'il serait fier de ça ?

- Ce n'est pas une question de fierté, dit Harry calmement, mais de racines.

Draco eut un rire méprisant.

-Par pitié Potter, ne me sors pas le couplet du petit orphelin. Scorpius n'est pas orphelin. Il a un père et une mère. Des racines. Une histoire. Dans laquelle je n'ai pas ma place. La vérité Potter, c'est que tout ça m'arrangeait bien ! J'étais trop jeune, je terminais à peine mes études, j'avais la vie devant moi et absolument aucune envie d'avoir des responsabilités familiales ! Le moins que je pouvais faire était de respecter ma parole !

Au ton de Draco, Harry comprit qu'il ne servait plus à rien de discuter.

-Quand repars-tu pour New-York ? demanda-t-il à la place.

- Demain. Pourquoi ?

- Parce que… susurra Harry, je ne suis pas encore rassasié de toi.

D'un mouvement souple, il se releva, obligeant Draco à faire de même. Il lui prit la main et l'entraina avec lui dans sa chambre.

-Tu n'as pas du travail Potter ? se moqua Draco.

- Sans doute que oui, dit Harry en le poussant au milieu du matelas. Mais par chance, je paye des gens pour le faire à ma place.

A la manière d'un félin, il rampa vers Draco. Il y avait des tâches qu'il ne déléguait à personne.

O°O°O°O°O°O°O

On était au milieu de l'après-midi. Le soleil avait fait sa réapparition, inondant la chambre d'une lumière vive et chaleureuse.

Harry n'avait pas envie de sortir du lit. Il était bien là, la tête calée contre l'épaule de Draco, allongé tout contre lui. Ce n'était pas lui qui avait initié ce rapprochement mais Malefoy. Il s'était contenté de rouler sur le dos, en essayant de reprendre souffle. Et contre toute attente, Draco avait passé son bras autour de ses épaules en l'attirant à lui sans un mot.

Harry caressait le torse de Draco du bout du doigt, retraçant le contour de ses muscles si fins. Il arriva à son bas-ventre, là où le dragon chinois était tatoué.

-Ça t'a fait mal ? demanda Harry très doucement.

- Beaucoup moins que l'autre.

- Tu l'as fait faire quand ? Il n'était pas là l'autre fois…

- Il y a quinze jours. C'est l'avantage des tatouages sorciers, ils ne doivent pas cicatriser.

- Il est beau. Celui qui te l'a fait est très doué.

- C'est un couple de gouines dans Chinatown. Elles sont douées en effet.

Etrangement, cette information rassura Harry. Il n'avait pas envie de savoir que Draco avait exposé cette partie-là de son corps à un homme avec lequel il aurait sûrement « approfondi » le sujet par la suite. Penser cela était pourtant risible. Les hommes qui avaient vu l'anatomie de Malefoy en gros plan devaient se compter par centaines, Harry le savait depuis le début.

Alors pourquoi ça le gênait subitement ? Il ne dit rien, ne voulant pas prendre le risque de briser l'instant. De toute façon, il était assez mal placé pour lui faire la morale sachant le nombre d'hommes qui étaient passé dans son lit à lui. Mais pour autant, il aurait aimé savoir où ils allaient. Ce qu'ils étaient exactement l'un pour l'autre.

-Potter ?

- Hm ?

- Ça tient toujours ton invitation à faire la cuisine ?

- Bien sûr !

- Ok… alors il faut que je bouge… parce qu'avant cela, j'ai promis de passer voir Blaise.

- Aucun problème, dit Harry en se redressant.

Draco en fit autant. Il lui adressa un sourire narquois.

-Je peux prendre une douche cette fois ?

- Fais comme chez toi. J'ai déjà préparé des serviettes propres.

En regardant Draco se diriger vers la salle de bain, Harry décida d'arrêter de réfléchir. Il ne savait pas où il allait avec Draco. Peut-être même n'allaient-ils nulle part. Mais peu lui importait. Il profiterait de chaque instant.

A suivre...