DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Chapitre 6 – Je ne suis pas un héros
« Je ne suis pas un héros
Mes faux-pas me collent à la peau »
(Daniel Balavoine)
1er septembre 2014 – Wolesley, Piccadilly, Londres
Comme à l'accoutumée, le café Wolesley était bondé. Moyennant un généreux pourboire, Draco était néanmoins parvenu à obtenir une table dans un coin du restaurant, un peu à l'écart de la foule.
Avec un sourire narquois, il regardait Blaise traverser la salle d'un pas assuré. Toutes les femmes ou presque le dévisageaient, chuchotant entre elles sur son passage. C'est vrai qu'il était bel homme. Grand, bien bâti, une peau café au lait, des yeux bleus, toujours habillé avec élégance, il faisait des ravages. Draco aussi aurait pu le trouver parfait s'il n'avait eu un défaut d'envergure : le métis n'aimait que les poitrines généreuses, les hanches rondes et les gazons bien taillés. Tout ce que Draco détestait.
Il se leva au moment où Blaise arrivait à sa table.
-Pourquoi tu souris comme ça ? demanda Blaise, suspicieux.
- J'admirais le calme avec lequel tu as traversé cette jungle de femelles en chaleur. J'ai vraiment cru qu'elles allaient te sauter dessus et te bouffer tout cru !
- Parle pour toi. Tu serais capable de me violer dans mon sommeil.
- Tsssst… Blaise, soupira Draco. Tu sais bien que je te veux soumis et consentant.
Blaise ne put s'empêcher de rire. C'était un jeu entre eux depuis qu'ils étaient adolescents. Un jeu qui avait eu le mérite de dédramatiser la situation lorsque Draco, du haut de ses quatorze ans, avait compris qu'il ne serait jamais attiré par les filles. Blaise avait été le premier à qui il en avait parlé. Le métis l'avait regardé sans ciller et lui avait dit avec un grand sérieux :
-Ça ne changera rien entre nous. Tu es mon meilleur ami. Mon frère. Je m'en fous si ton truc, c'est les mecs. Quoi que tu fasses, qui que tu te baises, je t'aimerai toujours. Mais si tu essayes de me mettre la main au cul, je t'étouffe avec tes couilles, ok ?
Draco l'avait regardé avec effroi avant d'éclater de rire. Et Blaise avait tenu parole : rien n'avait changé entre eux. Draco prenait un malin plaisir à lui faire croire qu'il voulait coucher avec lui et Blaise prétendait s'offusquer de sa vie sexuelle dissolue. Mais en vérité, ils se comprenaient, se disaient tout, partageaient tout.
La preuve.
-Alors, tu y es allé finalement, dit Blaise en ôtant sa veste et en s'asseyant en face de son ami.
- Oui. Je me suis décidé hier soir.
- Comment est-il ?
- Mon portrait craché, répondit Draco en haussant les épaules. Même de loin ça crevait les yeux.
- Si ta mère le croise, elle va…
- Elle ne le croisera pas. Astoria y veillera, tu t'en doutes.
- Tu as parlé à Astoria ?
- Non. Elle ne savait pas que j'étais là.
Blaise secoua la tête en soupirant.
-Quoi ? demanda Draco.
- Rien. Tu sais ce que j'en pense.
- Ouais, je sais. Merde, vous me gonflez tous avec ça.
- Qui ça « vous » ?
- Laisse tomber.
- Non, je ne laisse pas tomber. Qui est ce « vous » ?
Draco souffla lourdement en se prenant la tête à deux mains.
-Potter.
Un grand silence accueillit cette information, seulement troublé par le serveur qui venait leur apporter leurs consommations. Deux cafés, d'autorité commandés par Draco.
-Comment l'a-t-il su ? demanda finalement Blaise.
- Je te rappelle qu'il a deux fils qui vont à Poudlard. Il était sur le quai et il m'a vu.
- Et tu lui as parlé de Scorpius.
- Evidemment ! Que voulais-tu que je fasse ? Lui dire que j'avais une bouffée de nostalgie et j'étais venu me remémorer de bons souvenirs ? De toute façon, sitôt qu'il a vu Scorpius, il a compris.
- Je ne sais pas si c'était vraiment prudent de tout lui dire. Après tout…
- Tu m'emmerdes Blaise ! coupa Draco. Je n'ai pas besoin d'une leçon de morale ! Ce qui est fait est fait.
Vu son air exaspéré, Blaise jugea préférable de ne pas répondre. Il savait combien son fils était un sujet sensible pour Draco.
-Tu rentres demain ? demanda-t-il après avoir bu une gorgée de café.
- J'ai intérêt. Sinon Pansy va me tuer.
- Je vais préparer la chambre d'amis alors.
- Hm… ce ne sera pas nécessaire… j'ai… des projets.
- Des projets ? Tu comptes sortir en boîte toute la nuit ?
- Possible, oui.
Blaise fronça les sourcils. Draco était rarement aussi évasif quand il s'agissait de ses sorties. Il allait le questionner davantage quand il écarquilla les yeux.
-Salazar ! C'est quoi ce t-shirt ?
Draco baissa la tête et crut mourir quand il vit l'inscription en grandes lettres rouges qui était en train de se former sur le tissu : « Fan Club Officiel de Harry Potter ».
-Bordel de merde ! Potter, sale con sournois, tu vas me payer ça ! s'exclama-t-il.
- Qu'est-ce-que Potter vient faire là-dedans ?
- Ce connard m'a laissé prendre ce t-shirt dans son armoire sans me dire que c'était une foutue propagande pour son fan club de dégénérés ! Il a sûrement jeté un sort de dissimulation dessus pour me piéger !
Blaise croisa les bras sur sa poitrine et demanda dans un sourire ironique :
-Peut-on savoir pourquoi tu as eu besoin d'emprunter un t-shirt à Potter ?
- Ma chemise était déchirée.
- Voyez-vous ça. Et comment est-ce arrivé ?
Draco fusilla Blaise d'un regard noir.
-Tu te prends pour qui Zabini ? Pour un foutu Auror ?
- Ne détourne pas la conversation !
- On a baisé ! T'es content ? Après la gare, on est allé chez lui et on a baisé. Il s'est un peu emballé et il a déchiré ma chemise. Fin de l'histoire.
Cette fois, le métis sourit plus franchement.
-C'est pour ça que tu ne viens pas squatter chez moi ! Parce que tu comptes bien lui régler son compte encore cette nuit !
- Il y a intérêt, maugréa Draco. Avec tout ce que j'ai pris tantôt…
- QUOI ? éructa Blaise qui semblait avoir légèrement éclairci. C'EST LUI QUI T'A… ?
- Ne finis jamais cette phrase Zabini, coupa Malefoy d'un ton glacial.
Blaise était pratiquement en état de choc.
-C'était comment ?
- Enorme. Je marche encore les jambes écartées.
- Tu sais combien de fois tu m'as répété qu'il n'était pas encore né celui qui réussirait à t'avoir ? Tu te rends compte qu'entre tous, c'est Potter qui t'a pris ta virginité ?
- Arrête de t'exciter comme ça, tu vas mouiller ton caleçon.
- Après « le Garçon-qui-a-survécu », voici « le Garçon-qui-a-bourré-ton-cul », proclama Blaise avec grandiloquence.
- Parle plus fort, Zabini. On ne t'a pas entendu dans le sud de l'Angleterre.
- Merde, c'est absolument incroyable…
- Si tu ne la fermes pas rapidement, je te jure que je te jette un sort, grinça Draco. Peu importe qu'on soit au milieu de moldus.
Blaise prit la menace au sérieux car il se tut. Avant d'éclater de rire. Un rire énorme, grave et profond, qui lui attira quelques regards réprobateurs des tables voisines.
-On peut savoir ce qu'il y a de si drôle ?
- Toi Draco ! Toi et tous tes principes à la con qui sont en train de voler en éclat !
- Je ne vois pas de quoi tu parles, asséna Malefoy en croisant résolument les bras sur son torse.
- Hé bien voyons… Tu ne couches jamais deux fois avec la même personne, sauf avec Potter. Tu ne passes jamais la nuit avec personne, sauf avec Potter. Et surtout, tu n'as jamais parlé de Scorpius à personne… sauf à Potter, conclut Blaise avec plus de sérieux.
Draco expira brièvement, le visage fermé.
-Draco…
- La ferme.
Blaise se laissa tomber contre le dossier de sa chaise avec un soupire résigné.
-Comme tu veux.
Il termina son café, récupéra sa veste et se leva.
-Je te laisse l'addition. A un de ces jours Malefoy.
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1er septembre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Harry était en train de préparer du thé quand son portable vibra dans la poche de son jeans. Il jura en voyant le visage souriant de son correspondant affiché sur l'écran.
-Et merde… j'ai complètement oublié…
Il respira un grand coup avant de prendre la communication.
-Hermione chérie ! J'allais…
- Non ! Ne dis pas que tu allais m'appeler alors que ça fait des heures que j'attends !
- Je te jure que j'allais le faire mais j'ai eu un contretemps…
- Le même contretemps qui t'a empêché de te pointer au bureau de toute la journée ?
- Je suis désolé… Je ne me sentais pas bien et…
- Ça s'est mal passé à King's Cross ?
De contrariée, la voix de son amie s'était faite clairement inquiète et Harry se sentit mal de lui mentir.
-Ça aurait pu être pire. James était distant et Albus semblait porter toute la misère du monde sur ses épaules.
- Je te demande pardon Harry… Je te crie dessus alors que je me doute que ça n'a pas dû être facile pour toi.
- Ne t'inquiète pas… comme je te l'ai dit, j'ai connu pire. J'ai au moins eu la satisfaction de dire à Ginny que je n'allais plus me laisser faire dorénavant.
- Ah. Comment a-t-elle réagi ?
- Elle n'a pas dit grand-chose mais je m'attends à ce que le prochain coup vienne par derrière.
- Elle sait que c'est Nott ton avocat désormais ?
- Elle sait que j'ai changé d'avocat mais pas qu'il s'agit de Nott.
- Tu as parlé à Dean ?
- Non. Il refuse tous mes appels. Je crois qu'il m'en veut beaucoup, tu sais. Merde… c'était mon ami…
- Un ami n'aurait pas fait ce qu'il a fait ! Bon sang, il racontait tout à Ginny ! C'est une violation du secret professionnel !
- Je sais, soupira Harry. Je sais.
- Ça va aller ? Tu veux que je vienne ? Je peux amener…
- POTTER ! CA TE TUERAIT DE ME DONNER UN COUP DE MAIN ?
Harry sursauta. Il avait donné à Draco le code de l'entrée et ne l'avait pas entendu arriver. Il était dans le salon, les bras chargés de paquets.
-Je… heu… ouais… attends…
Il coinça le téléphone entre son épaule et son oreille et prit un sac qu'il posa sur le comptoir de la cuisine.
-Harry ? Je rêve ou c'est la voix de Malefoy que je viens d'entendre ?
- Hm… oui…
- Qu'est-ce qu'il fait là ?
- C'est une longue histoire… Ecoute, Hermione, faut que je te laisse…
- Je pense que ce n'est pas utile que je vienne tout compte fait.
La voix de la jeune femme ne semblait pas vraiment fâchée mais plutôt amusée.
-Ça devrait aller.
- Bon, ok. Mais Harry… la prochaine fois que tu veux prendre ton après-midi pour te taper Malefoy, tu peux me le dire, tu sais…
Cette fois, le ton était définitivement moqueur.
-Je te le promets…
- Hmm… donc, il y aura une prochaine fois. Ça devient sérieux, on dirait.
- Hermione ! protesta Harry, riant à moitié.
- Ok, ok ! Je me tais ! Passe une bonne soirée !
Harry raccrocha.
-C'était Hermione.
- Je l'avais deviné la première fois que tu as dit son prénom, se moqua Draco tout en sortant ses achats des sacs.
- Elle va se demander pourquoi tu es là…
Draco suspendit son geste.
-Potter… je te préviens que si tu lui parles de Scorpius, je…
- Je ne lui dirai rien tant que tu ne me l'auras pas autorisé.
- Ce qui n'arrivera jamais.
- Tu sais, dit Harry doucement… elle pourrait comprendre. Elle…
- J'ai dit non.
Harry jugea plus prudent de ne pas continuer cette discussion. A la place, il pointa le doigt vers Draco.
-Hé ! Qu'est-ce que tu as fait de mon t-shirt ?
- A ton avis ? Je m'en suis débarrassé dans la première poubelle que j'ai trouvée !
A peine sorti du Wolesley, Draco s'était précipité chez Brooks Brothers pour s'acheter une chemise, histoire de ne plus devoir porter ce maudit t-shirt.
-Bah, philosopha Harry… ce n'est pas grave… j'en ai encore toute une caisse. Souvenir d'une campagne promotionnelle quand je jouais avec les Flèches d'Appleby.
- Je comprends pourquoi j'ai toujours soutenu les Pies de Montrose.
Draco termina enfin de vider le dernier sac.
-Dis donc Malefoy… tu as dévalisé l'épicerie ? Tu sais qu'on est seulement deux à dîner ce soir ?
- La cuisine est un art subtil, qui nécessite bien souvent plus que deux ingrédients…
- Qu'est-ce tu vas préparer ?
- Tu le sauras quand ce sera dans ton assiette… maintenant, si tu pouvais aller ailleurs, ça m'arrangerait. Tu me gênes, là.
- Heu… Malefoy… tu sais que tu me mets dehors de mon propre appart ?
- Pas de ton appart… juste de ta cuisine. Allez, dégage !
Harry le fixa d'un air suspicieux.
-Qui me dit que tu vas vraiment cuisiner ? Tu vas peut-être appeler un elfe de maison sitôt que j'aurai le dos tourné !
- Bien sûr, dit Draco en levant les yeux au ciel, mon elfe de maison va transplaner depuis Manhattan ! Tu es affligeant de connerie Potter. Maintenant, si tu as si peu confiance, tu peux me regarder faire. Mais tu restes derrière le comptoir et tu ne touches à rien. Enfin, si : tu débouches cette bouteille et tu nous sers à boire.
Draco lui tendit une bouteille de vin rouge.
-Hmmm… un shiraz australien de la vallée de Mudgee… tu sais ce qui est bon, apprécia Harry.
- Je ne te savais pas connaisseur.
- Il y a tant de choses que tu ne sais pas à propos de moi Malefoy, souffla-t-il en débouchant la bouteille.
Le ton résigné, voire même un peu triste, surprit Draco. Il préféra cependant ne pas y faire attention.
-Ah bon ? Tout n'a donc pas été dit dans Sorcière Hebdo ou dans Quidditch Mag ?
- Tu lisais les articles me concernant ? Je suis flatté… moi qui croyais que tu aurais tout fait pour m'oublier.
- J'aurais bien aimé mais vu que tu faisais l'actualité à peu près toutes les semaines, c'était plutôt difficile.
C'était au tour de Draco de paraître résigné. Pour cacher son trouble, il tourna le dos à Harry, prétextant de se laver les mains.
-Eh bien, alors tu connais l'essentiel, dit Harry en versant le vin dans deux verres à pied et en s'asseyant sur un tabouret haut face au comptoir. Le reste n'a pas vraiment d'intérêt. Ce n'est que l'histoire pitoyable d'un gamin dépassé par le succès.
- Pas d'intérêt ? Allons Potter, rien n'est plus réjouissant qu'une bonne histoire pitoyable ! Surtout si elle te concerne ! plaisanta Malefoy.
Contre toute attente, Harry se mit à rire.
-C'est incroyable… Tu es un vrai charognard !
- Une créature incomprise et pourtant tellement nécessaire à l'équilibre écologique.
- Je dois te plaindre ?
- Sûrement pas. Je l'assume parfaitement.
Draco avait disposé autour de lui tous les ingrédients dont il avait besoin pour sa préparation. Harry le regardait maintenant aller et venir dans l'espace de travail, ouvrant les tiroirs et les armoires pour en sortir divers ustensiles. Il semblait parfaitement à l'aise, un peu comme s'il était chez lui.
En même temps qu'il posait ce constat, Harry sentit quelque chose gonfler dans sa poitrine. Un sentiment incongru qui mêlait joie et appréhension à la fois. Etait-il vraiment heureux que Draco soit dans sa cuisine en train de lui préparer à manger ?
-Ça va Potter ? Tu as l'air bizarre tout à coup.
- Non, tout va bien. Ce vin est délicieux.
Draco le regarda avec l'air de celui qui n'est pas dupe. Puis il étala sur une planche la chair d'un homard et la découpa soigneusement.
-Alors, cette histoire pitoyable ? Quand vas-tu te décider à me la raconter ?
- Je t'ai dit qu'elle n'avait aucun intérêt.
- De toute façon, dit Draco en haussant les épaules, j'imagine déjà parfaitement de quoi il s'agit… Le pauvre petit héros du monde sorcier, qui pleure ses morts et culpabilise d'avoir survécu une fois encore…
- Tu te trompes complètement Malefoy, répondit Harry sèchement.
Draco haussa un sourcil devant ce ton vindicatif. Il posa son couteau pour prendre son verre.
-Ah oui ? dit-il avant de boire une gorgée.
- Oui. J'ai fait la paix avec mes morts depuis longtemps. Et je ne culpabilise pas. Rien de tout cela n'était de ma faute. Mes parents sont morts quand j'étais bébé, ils voulaient me protéger, c'est ce que font les parents. Dumbledore lui, se savait condamné et avait planifié sa mort depuis longtemps. Maugrey, Remus, Tonks, Fred, Colin… ils sont morts en combattant. Ils connaissaient les risques. Pareil pour Rogue. Alors, non, je ne culpabilise pas.
-Wahou, commenta Draco. Il t'a fallu combien de séances de psychomagie pour en arriver à ça ?
Harry eut un rire désabusé.
-Aucune. Après avoir vaincu Voldemort, j'ai seulement pris une décision : celle de vivre. Pour moi. Je voulais rattraper le temps perdu. Et cela commençait par faire ce dont j'avais envie. Oubliée la carrière d'Auror, à dix-huit ans, je suis devenu l'Attrapeur vedette des Flèches d'Appleby. A partir de là, ma carrière de joueur de Quidditch a été fulgurante. J'ai été acheté par les meilleurs clubs d'Europe avant d'intégrer l'équipe nationale d'Angleterre. J'avais fait la paix avec mes morts mais aussi avec ma célébrité et je l'assumais parfaitement. Chacun de mes faits et gestes était photographié, commenté, approuvé... Je m'en foutais. Et plus je m'en foutais, plus le monde sorcier m'adulait.
Draco avait sorti une poêle et faisait rissoler les dés de homard dans une noisette de beurre. Il ne disait rien mais écoutait attentivement.
-Pour tout le monde, j'étais l'homme parfait, continua Harry, celui que toutes les femmes voulaient épouser, celui dont toutes les mères rêvaient pour leurs filles. Rêve illusoire puisque j'avais épousé Ginny Weasley en septembre 1998 et que nous filions le parfait amour. Enfin, c'est ce que disaient les journalistes.
En disant cela, Harry rigola nerveusement puis se tut. Tout en assaisonnant le homard, Draco lui jeta un coup d'œil. Il semblait triste, et perdu dans ses pensées. Il soupira et but une longue gorgée de vin.
Pendant ce temps, Draco fit flamber la préparation. Le rouf provoqué par la flamme sortit Harry de sa torpeur.
-En janvier 2000, James est né. Merlin, c'était de la folie, dit-il en passant une main lasse dans ses cheveux. Les journalistes piétinaient devant les portes de Sainte-Mangouste, ils se bousculaient, usaient de tous les stratagèmes possibles pour prendre une photo de Ginny et de James… C'était peine perdue parce que ma vie publique était entièrement gérée par Ron, mon cher beau-frère et accessoirement mon meilleur ami… Ron qui s'était auto-proclamé mon agent !
Nouveau rire, méprisant cette fois, que Draco n'aurait jamais imaginé entendre sortir de la gorge de Harry, surtout pas à propos de son frère siamois.
-Il a d'abord vendu les photos de mon fils à prix d'or avant d'orchestrer savamment la sortie de Ginny de la maternité. Ça été un véritable show.
Alors qu'il était en train de fouetter un mélange de beurre, de farine et de lait, Draco s'interrompit.
-Pourquoi as-tu laissé faire ça ? ne put-il s'empêcher de demander.
Harry expira lentement en fermant les yeux, comme si chaque mot allait lui coûter.
-Parce que j'étais incapable de faire autrement. Ce que personne n'a jamais su, c'est que le jour de la naissance de James, Ginny était seule en salle d'accouchement parce que je fêtais ma victoire contre les Aras de Moutohora dans les bras d'un de leurs joueurs remplaçants dont je ne connaissais même pas le prénom.
Médusé, Draco regarda Harry baisser la tête piteusement avant de continuer.
-Personne n'a vu le fier papa arriver à la maternité aux petites heures du matin, les yeux injectés de sang, puant le sexe et l'alcool, complètement dépassé à l'idée d'être père à vingt ans à peine. Tout comme personne n'a jamais su que je n'ai pas été présent pour le premier anniversaire de mon fils, pour ses premiers mots ou pour ses premiers pas.
Harry se resservit un verre de vin, histoire d'occuper ses mains, avant de chasser discrètement les larmes qui s'accumulaient sous ses longs cils. Draco fit comme s'il n'avait rien vu et ajouta méthodiquement du gruyère et des jaunes d'œufs à son mélange.
-La réalité, c'est qu'il ne m'a pas fallu longtemps pour succomber aux sirènes de la célébrité, expliqua Harry. Je fréquentais des soirées aussi huppées que décadentes, où l'alcool coulait à flots, où la drogue circulait librement, où des hommes et des femmes se donnaient à moi sans difficulté parce que j'étais beau, riche et célèbre.
- Comment… comment se fait-il que personne n'en ait jamais rien su ? questionna Draco.
D'un geste machinal, il agita sa baguette au-dessus d'un bol de blancs d'œufs pour qu'ils montent en neige.
-Argent et sorts d'oubliette. Deux outils indispensables qui m'ont permis de dissimuler ma vie de débauche pendant un certain temps. Jusqu'à un soir où on m'a vu sortir d'une boîte de nuit, défoncé jusqu'aux yeux. La presse a commencé à douter de mon image de gendre idéal. Ron est parvenu tant bien que mal à étouffer l'affaire en détournant notamment l'attention du public sur mon implication dans le financement d'un nouvel orphelinat… Puis, Albus est né et toute l'Angleterre m'aimait de nouveau.
- Jusqu'à l'EuroQuidditch en 2004, dit perfidement Draco en incorporant les blancs à la préparation.
Harry haussa les épaules, ne cherchant pas à le contredire.
-C'était la vérité alors ? insista-t-il. Tu étais dopé ?
- Ouais… mais une fois encore, Ron est intervenu. Depuis quelques mois, il avait intégré le Département des Sports Magiques. Il a intercepté le rapport d'analyse de sang et il l'a modifié. Il s'est offusqué publiquement qu'on puisse me soupçonner de dopage et l'opinion publique a suivi… aussi facilement que ça.
- Pfff… ça me dégoûte…
- Si tu veux savoir, moi aussi.
Il fit lentement tournoyer le liquide rouge profond dans son verre, n'osant pas lever les yeux sur Draco, de crainte de ce qu'il pourrait voir. Draco, lui, s'était arrêté de cuisiner et le regardait avec dédain.
-Et à Rio en 2005 ? Quand tu as gagné la Coupe du Monde ? Tu avais pris quelque chose ?
Harry soupira lourdement.
-Tu peux ne pas me croire, mais non. J'étais clean. Avec le scandale de l'EuroQuidditch, les contrôles allaient être renforcés et je ne voulais pas prendre de risque. Ce titre, je l'ai mérité. L'Angleterre l'a mérité.
Draco ne répondit pas, se contentant de disposer des ramequins sur une plaque de cuisson.
-Le reste de l'histoire, tu le connais, conclut-il avec lassitude.
- Non, Potter, dit Draco durement. Je connais l'histoire que les journaux ont bien voulu raconter. « Harry Potter, élu Meilleur Attrapeur du Monde et Sorcier le plus Sexy du siècle, a vu sa carrière brisée quatre mois après avoir offert le titre de champion du monde à l'Angleterre ! déclama-t-il comme s'il lisait la une d'un quotidien. Le 6 novembre 2005, alors qu'il disputait avec son club des Catapultes de Caerphilly le match d'ouverture du championnat contre les Frelons de Wimbourne, il n'est pas parvenu à redresser son balai à temps en réalisant une feinte de Wronski. Les témoins de la scène confirment tous que l'impact a été d'une violence effroyable ! Emmené d'urgence à Sainte-Mangouste dans un état critique, on lui a diagnostiqué une hémorragie interne, une fracture du crâne, du bassin et des jambes. Les guérisseurs sont parvenus à le sauver de justesse mais le verdict est sans appel : l'état de sa hanche droite et de sa colonne vertébrale ne lui permettra plus jamais de tenir sur balai le temps d'un match. Sa carrière de joueur international est terminée ».
Il avait débité toute cette tirade sur un ton coléreux, la voix légèrement tremblante et les poings crispés.
-C'est… c'est l'article paru dans la Gazette… mot pour mot, souffla Harry dont le cœur battait à tout rompre. Tu… tu le connais par cœur… Je ne comprends pas…
- Peu importe, coupa Draco, mal à l'aise. Ce que moi je ne comprends pas, c'est pourquoi tu n'as pas été foutu de redresser ton balai ! Pourquoi tu t'es crashé en effectuant une figure que tu avais réalisée des milliers de fois !
Un silence pesant s'installa entre eux. Draco ne lâchait pas Harry du regard, exigeant silencieusement une réponse.
-C'est de ma faute, murmura Harry. Juste avant le match, j'avais fumé de l'herbe. Ça a altéré mes réflexes, raison pour laquelle je ne suis plus parvenu à maîtriser mon balai.
- Merde, Potter… c'est… pathétique.
- Tu voulais une histoire pitoyable, non ? jeta Harry avec colère. Tu voulais te payer ma tête ? Hé bien, voilà ! Profites-en Malefoy ! Fais toi plaisir !
Il sauta pratiquement en bas de son tabouret et traversa le salon, laissant Draco seul dans la cuisine. D'un geste brusque, il ouvrit la porte-fenêtre et sortit sur la terrasse. L'air était un peu frais et il regretta de ne porter qu'un simple t-shirt. Pour autant, il ne retourna pas à l'intérieur, préférant s'accouder à la balustrade et observer le va-et-vient des bateaux sur la Tamise.
Pourquoi avait-il raconté tout ça à Malefoy ? Qu'espérait-il de sa part ? De la compréhension ? De la compassion ? C'était ridicule. Malefoy en était dépourvu de naissance.
Pourtant, il ne pouvait pas nier la sensation de soulagement qu'il ressentait à en avoir parlé. Il s'était toujours refusé à le faire. Hermione, la seule à être au courant, avait bien tenté de le convaincre de consulter un psychomage mais il n'avait rien voulu entendre.
Il repensa à ces mois de dépression qu'il avait vécus après l'accident. Des mois de souffrance physique mais morale aussi. Le Quidditch, c'était tout sa vie. Il ne savait faire que ça. Et désormais, il n'était plus bon à rien. Il était devenu impossible à vivre. Avec Ginny, avec Hermione, avec tous ceux qui essayaient de l'encourager. Il refusait même la rééducation.
Mais il avait tout de même fini par refaire surface, sans trop savoir comment. Il s'était seulement réveillé un jour avec l'envie de donner à ses enfants autre chose que l'image d'un homme qui a cessé de lutter. Alors, il avait fait ce qu'il savait faire de mieux après le Quidditch : se battre.
Il sortit de ses pensées, un mouvement à sa gauche lui faisant savoir que Malefoy était à ses côtés. Il ne prit pas la peine de le regarder.
-Les soufflés sont dans le four. On a une demi-heure devant nous et j'ai une brillante idée pour passer le temps. Alors, arrête de pleurnicher, ça me fait bander mou.
Harry eut un petit rire amer. C'était surréaliste. Il venait de déballer à son meilleur ennemi les détails les plus embarrassants de sa vie et l'autre lui parlait de bouffe et de baiser.
Draco souffla avec exaspération.
-Bon… Si tu t'attends à ce que je te plaigne ou une autre connerie du genre, ça ne risque pas d'arriver, dit Malefoy.
- Je ne te demande rien.
- Tant mieux car il n'y a pas matière à te plaindre. Tu as choisi ta vie Potter. Et franchement, vue d'ici, elle n'est pas si merdique que ça.
- De l'argent et un bel appartement ne font pas tout, Malefoy. Mes choix m'ont coûté mon mariage et mes enfants. Mes choix m'ont coûté mon métier.
- Un métier qui tu n'aurais plus pu exercer d'ici quoi ? Quatre ans ? Six maximum ? Ce qui compte, c'est ce que tu as aujourd'hui. Et ta société est des plus florissantes d'après ce que je sais. Quant à ton mariage, il était voué à l'échec de toute façon. La Weasley a beau être plate comme une sole limande, elle n'en reste pas moins dépourvue de la seule chose qui a un intérêt sur cette terre : une bite. Reste tes enfants. Tu ne les vois peut-être pas autant que tu le voudrais, ils sont peut-être en colère contre toi mais au moins ils savent que tu existes. Alors, tu vois Potter… il n'y a vraiment pas de quoi tailler une pipe à Merlin.
Harry se tourna pour faire face à Draco.
-Putain, tu es vraiment nul pour remonter le moral des autres, tu le sais ça ?
- Je trouve que je me débrouille plutôt pas mal… tu faisais la gueule il y a deux minutes et maintenant tu souris…
Il souriait, c'est vrai. Et savoir que c'était finalement grâce à Malefoy le perturba quelque peu.
-Pourquoi tu fais ça ? demanda Harry.
- Faire quoi ?
- Te cacher tout le temps derrière du cynisme, des moqueries et des remarques blessantes. Alors qu'on sait tous les deux que tu te préoccupes bien plus des autres que tu ne veux bien le montrer.
- Je ne me préoccupe de personne d'autre que de moi. Les autres peuvent bien crever, j'en ai rien à foutre !
- Je ne te crois pas.
Draco se mit à rire, d'un rire sans joie et même un peu cruel.
-Tu devrais, pourtant. Je ne suis pas comme toi, Potter. Je ne suis pas un héros.
- MOI NON PLUS JE NE SUIS PAS UN HEROS ! JE N'AI JAMAIS PRETENDU L'ETRE !
- Ah non ? C'est pas l'impression que j'avais le jour du procès…
- Tu me soûles à toujours revenir avec ça, soupira Harry en roulant des yeux. Je t'ai déjà dit que j'ai témoigné à ton procès parce que je trouvais injuste que tu sois condamné !
- C'est bien ce que je dis…
- Oh merde. Tu sais quoi Malefoy ? La vérité, c'est que j'en avais rien à foutre de sauver tes miches ! Ça me plaisait juste de savoir que tu me serais redevable jusqu'à la fin de ta vie !
Malefoy fixa Harry, les yeux écarquillés. Puis, un sourire étira doucement ses lèvres. Un sourire vrai. Sincère.
-Eh bien voilà. J'aime mieux ça comme explication… Là, ça me va.
- Tu es complètement dingue, souffla Harry.
- Alors Potter ? Que dois-je faire maintenant pour rembourser ma dette ?
Il s'était rapproché de Harry et avait posé ses deux mains sur sa taille. Il frottait doucement ses pouces sur le coton, juste en dessous des côtes et ce simple geste envoyait des frissons dans toute l'épine dorsale de Harry.
-Je…
Sa bouche s'assécha alors que le visage de Draco n'était plus qu'à quelques millimètres du sien. Il ressentait avec une acuité troublante son souffle sur ses lèvres et la caresse de son nez contre sa joue.
-Allons Harry… Les Malefoy paient toujours leurs dettes.
Entendre son prénom murmuré avec tellement de dévotion lui fit battre le cœur plus vite encore. Mais ce n'était rien comparé à ce qu'il ressentit quand Draco se décida enfin à l'embrasser. Le baiser était doux, à peine intrusif. Les lèvres de Draco étaient tièdes et veloutées, sa langue chaude et encore imprégnée des tanins du shiraz.
Harry enroula ses bras autour du cou de Malefoy pour l'amener plus près de lui, pour mieux sentir la chaleur de son corps contre le sien.
C'était la troisième fois que Draco l'embrassait de cette façon qui contrastait tellement avec son caractère, avec cette manière qu'il avait de consommer les hommes comme on s'attaque à un morceau de viande. Il n'y avait rien de sexuel dans ce baiser.
L'esprit de Harry était encore un peu à la dérive quand Draco cessa de l'embrasser.
-Il faut que j'aille surveiller mon plat, dit Draco en se reculant.
Harry le regarda s'éloigner, avec dans le cœur la même sensation qu'il avait ressentie plus tôt dans la soirée : une sorte de sentiment d'abandon, mélangé à de l'angoisse et à une joie démesurée.
Il était en train de tomber amoureux, plus sûrement qu'il ne l'avait jamais été auparavant. Et ça lui faisait peur. Parce que s'engager émotionnellement avec quelqu'un comme Draco, revenait à foncer tout droit dans un immense mur de glace.
-Potter ? C'est prêt ! entendit-il appeler depuis l'intérieur.
Il veilla à se recomposer un visage serein avant de retourner dans l'appartement.
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Harry n'avait fait qu'une bouchée de son soufflé au homard et avait bien dû admettre que Draco avait de réels talents culinaires.
Ils avaient passé un très agréable dîner, discutant de sujets légers comme la vie à New York, les meilleurs endroits où sortir ou les pays qu'ils avaient visités.
Un petit moment de silence s'installa, bienvenu et reposant, avant que Draco ne dise :
-Théo m'a dit que tu l'avais contacté.
- Oui, confirma Harry. Hermione estimait qu'il fallait que je change d'avocat. Dean Thomas est très compétent et il a rendu de fiers services à l'entreprise. Le problème, c'est qu'il est ami avec Ron et Ginny, bien plus qu'il ne l'est avec moi et… je le soupçonne de leur raconter un peu trop de choses.
- Je voulais te rassurer à ce propos… Comme nous travaillons ensemble, il n'est pas rare que Théo me demande conseil dans certains de ses dossiers. Mais si tu ne veux pas qu'il le fasse en ce qui te concerne, il n'y a aucun problème. C'est un type réglo, il respectera ton souhait.
- Je sais. Il me l'a dit. Mais je n'y vois aucun inconvénient. Hermione non plus.
Draco haussa un sourcil, assez étonné.
-Bien. Merci de ta confiance. Tu verras, Théo est quelqu'un de brillant. Vraiment.
- C'est aussi ce que pense Hermione. Il lui a fait forte impression lors de notre réunion à ton cabinet. Par ailleurs, il a été d'excellent conseil concernant la garde de mes enfants… En une semaine, il a été plus efficace que Dean ne l'a jamais été en six ans.
- Pas sûr que ton pote Thomas voulait vraiment être efficace…
Harry ne répondit pas. Il avait du mal à admettre qu'il s'était trompé sur le compte de Dean. Il savait qu'après une séparation, il était souvent difficile pour les amis du couple de ne pas prendre parti mais il avait sincèrement cru que Dean, lui, y était parvenu.
Draco avait dû suivre le fil de ses pensées car il demanda, un sourire ironique sur le visage :
-Alors, ça fait quoi de se faire baiser par un Gryffondor ?
- Je te retourne la question Malefoy.
- Ça n'a rien à voir. Tu n'es pas mon ami, se contenta-t-il de répondre en haussant les épaules.
- Je suis quoi alors ?
La question lui avait échappé. Il le regretta immédiatement quand il vit Draco détourner les yeux.
-Tu…
- Peu importe, coupa-t-il. C'est… peu importe.
Harry se leva et emporta avec lui leurs assiettes vides. Draco le suivit avec le saladier et les verres.
-Tu ne m'as pas tout dit, Potter. Comment ça s'est terminé entre la rouquine et toi ? demanda Draco d'un air parfaitement dégagé, faisant mine de ne pas remarquer le malaise de Harry.
Celui-ci le remercia silencieusement de ne pas épiloguer sur ce lamentable élan sentimental qui n'avait pas lieu d'être.
-Rien de très original, je le crains, dit-il en rangeant les assiettes dans le lave-vaisselle. Ginny devait passer la semaine à la mer, chez Bill et Fleur. Elle est rentrée plus tôt que prévu et elle m'a trouvé en train de faire sa fête à un moldu que j'avais rencontré dans un bar.
- J'aurais bien voulu voir sa tête, se régalait Draco.
- Oh, pour être bouleversée, elle l'était ! Tu n'aurais pas été déçu. J'ai eu droit aux cris, aux larmes, aux cris de nouveau et puis aux menaces de faire de ma vie un enfer et de me prendre le moindre de mes gallions… Elle m'a traité de pervers, de monstre… Ah oui, elle m'a aussi dit qu'elle n'avait jamais vu dans sa vie quelque chose de plus répugnant.
- Ah, ces petites bourgeoises coincées… tellement impressionnables.
Harry se mit à rire en ouvrant le frigo pour y ranger le reste de salade.
-Je crois que ce qui l'a surtout choquée, c'est de voir combien j'y prenais du plaisir. Bien plus qu'avec elle… Il faut dire que ce moldu était doué dans son genre. Il était…
- Plus que moi ?
Deux bras venaient de se nouer autour de son torse, le serrant fort, tandis que des dents mordillaient la peau tendre de son cou.
-Je…
Les dents venaient de migrer du cou vers le lobe de l'oreille et deux mains baladeuses se frayaient un chemin sous le t-shirt.
-Merlin, sûrement pas… souffla Harry.
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Le bruit de la chasse d'eau résonna dans tout l'appartement et Draco craignit un moment que cela ne réveille Harry. Il ouvrit la porte de la salle de bain et tendit l'oreille. Le bruit de la respiration de Potter indiquait qu'il dormait toujours profondément.
Il était trois heures et demi du matin. Draco resta sur le seuil de la chambre, regardant la lumière de la lune éclairer doucement le profil de l'homme allongé dans le lit. Il se dit qu'il pourrait prendre ses affaires et partir maintenant. Le terminal des portoloins fonctionnait 24 heures sur 24 et avec un peu de chance, il trouverait une place libre sur une bottine pour Washington, Boston ou toute autre destination de laquelle il pourrait ensuite transplaner sur New York.
Oui, c'était la meilleure solution. Partir sans dire au revoir. Rentrer chez lui. Reprendre le cours de sa vie. Oublier Potter. Avant qu'il ne soit trop tard.
Il est déjà trop tard, murmura une petite voix sournoise dans sa tête.
Le voir allongé ainsi dans ce lit fit surgir en lui une image du passé, une image qu'il ne parviendrait jamais à oublier : Harry couché dans un lit d'hôpital, le corps complètement immobilisé par des sorts le temps que les potions fassent effet. Les guérisseurs de Sainte-Mangouste l'avaient plongé dans un comas artificiel car il n'aurait pas pu supporter la douleur que provoquait le Poussos. S'il n'y avait pas eu ce sort qui permettait de visualiser et d'entendre les battements de son cœur, Draco aurait pu le croire mort. Et cette idée lui avait été tout bonnement insupportable.
Il avait appris l'accident comme la plupart des gens : par la presse. C'était en première page du New York Wizzard qui titrait : « Harry Potter, l'Attrapeur vedette de l'équipe d'Angleterre, entre la vie et la mort ». Indifférent au décalage horaire, Draco se souvenait avoir débarqué chez Blaise en plein milieu de la nuit, le suppliant de l'emmener le voir. A l'époque, Blaise n'avait pas encore de cabinet privé et il exerçait à Sainte-Mangouste. Il avait donc accès à la chambre de Potter.
Ce que Draco lui demandait était ni plus ni moins que d'enfreindre le règlement mais pourtant Blaise n'avait pas protesté. Il l'avait simplement regardé avec une infinie tristesse dans les yeux avant de lui dire « allons-y ». Usant de sorts d'impassibilité et de son charme naturel, Blaise était parvenu à l'introduire en cachette dans le service où Potter était soigné.
C'est ainsi que Draco s'était retrouvé à observer Harry dans l'obscurité, exactement comme maintenant. Il n'avait pas osé approcher mais il se souvenait avoir pleuré. Un temps indéfini plus tard, Blaise l'avait rejoint et lui avait dit qu'ils devaient partir avant de se faire repérer. Draco était rentré à New York le matin-même et ni l'un ni l'autre n'en avait plus jamais reparlé.
La seule chose que Blaise avait faite avait été de lui envoyer quelques jours plus tard un article découpé dans la Gazette du Sorcier avec cette simple note : « il est hors de danger ». Il avait soupiré de soulagement avant de lire et relire l'article, jusqu'à le connaître par cœur.
Draco soupira en appuyant son épaule contre le chambranle de la porte, incapable de détourner son regard de Harry. Finalement, la décision s'imposa d'elle-même. Il traversa la chambre et retourna se glisser entre les draps, tout contre Harry. Celui-ci bougea légèrement dans son sommeil, se collant plus confortablement contre lui. Draco passa un bras autour de sa taille et enfouit son nez dans ses cheveux.
-Alors, ça fait quoi de se faire baiser par un Gryffondor ?
- Je te retourne la question Malefoy.
- Ça n'a rien à voir. Tu n'es pas mon ami.
- Je suis quoi alors ?
Draco ferma les yeux.
-Tu es tout, Harry, murmura-t-il dans la nuit.
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2 septembre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Avant même d'être complètement réveillé, Draco sut qu'il était seul dans le lit.
Il s'étira longuement, bâilla à s'en décrocher la mâchoire et finit par ouvrir les yeux. Le réveil moldu indiquait 7 heures 30.
Du bruit parvenait jusqu'à lui, accompagné d'une délicieuse odeur de café et de bacon cuit.
Un petit-déjeuner anglais, pensa Draco en souriant comme un enfant. Cela faisait des mois qu'il n'avait plus eu droit à un vrai petit-déjeuner anglais. C'est vrai qu'habituellement, il ne mangeait pas beaucoup le matin mais il ne pouvait pas résister à du bacon croustillant et des œufs brouillés.
Il sortit du lit et se dirigea vers la salle de bain pour se doucher. Quand il revint dans la chambre, il trouva son veston, sa chemise et son pantalon soigneusement suspendus à un cintre, soumis à un sort de défroissage et de rafraîchissement. Harry avait également déposé sur la commode un boxer et une paire de chaussettes propres.
-Un vrai petit elfe de maison, murmura Draco pour lui-même.
Il s'habillement rapidement avant de prendre sa veste et de plonger sa main dans la poche intérieure. Le t-shirt « Fan Club Officiel de Harry Potter » miniaturisé s'y trouvait toujours. Il sourit et sortit de la chambre.
-Salut, dit Harry quand il l'entendit approcher. Bien dormi ?
- Pas trop mal, dit Draco en s'asseyant sur un tabouret face au comptoir de la cuisine.
Comme il l'avait deviné, il trouva en face de lui une assiette d'œufs brouillés au bacon. Dans un ramequin séparé, il y avait des haricots blancs à la sauce tomate.
-Tu veux un café ? demanda Harry en approchant avec une cafetière remplie d'un liquide noir, fumant et délicieusement odorant.
- Volontiers.
Harry versa le café dans le mug avant de lui tendre une panière remplie de toasts au pain de mie.
-J'espère que tu as un peu de temps, dit Harry. Je ne sais pas à quelle heure part ton portoloin.
- Dans une heure. Si je peux prendre ta cheminée, ça devrait aller.
- Pas de problème.
Ils mangèrent en silence. Un silence pas forcément désagréable mais un peu triste. C'est en tout cas comme ça que Harry le ressentait. Il n'avait aucune idée de quand il reverrait Draco. Ou même s'il le reverrait.
Un toc toc régulier le sortit de sa réflexion. Le bruit provenait d'un hibou grand-duc posé sur la terrasse. Il tenait une enveloppe dans son bec.
Harry ouvrit la porte-fenêtre et laissa le rapace approcher. Il prit l'enveloppe et lui donna un morceau de bacon que le volatile engloutit voracement avant de s'envoler.
-Je pensais qu'on n'utilisait plus les hiboux ici ? dit Draco.
- A Poudlard, ils sont toujours très prisés, répondit-il en revenant vers la cuisine et en décachetant la missive.
- Ah. Une lettre de tes enfants ?
- Albus seulement.
Draco laissa Harry lire la lettre de son fils tranquillement et termina son café.
-Il est à Serpentard, dit Harry après un temps.
- Quoi ? Un pur produit Potter-Weasley à Serpentard ! Tu es sûr qu'il est de toi ?
Pour toute réponse, Harry prit un des cadres qui se trouvaient sur le buffet et le plaça devant Draco. La photo sorcière montrait un jeune garçon aux cheveux noirs en bataille et aux incroyables yeux verts.
-Hm… ouais. Il est de toi. Ça ne fait aucun doute, consentit Draco. Ça va ? Tu vas survivre à l'idée que ton fils baignera désormais dans un chaudron de magie noire ? C'est bien ce que vous croyiez tous à l'époque, non ?
Le ton était plus vindicatif qu'il ne l'aurait voulu mais il ne parvenait pas oublier les préjugés dont sa Maison avait été l'objet.
-C'est ce que je croyais Malefoy, c'est vrai. Mais ce n'est plus le cas. Peu importe la Maison à laquelle Albus appartient. Tant qu'il y est heureux.
Draco ne répondit rien. Il eut une pensée pour son fils, se demandant où lui avait été réparti.
-Il s'est déjà fait un ami apparemment, dit encore Harry en poursuivant sa lecture. Un garçon qu'il a rencontré dans le train et qui est à Serpentard avec lui… Par Merlin, je ne l'ai jamais connu aussi expansif à propos d'un autre enfant. Albus est plutôt solitaire dans son genre et se lie difficilement. Il est… ça alors ! s'exclama-t-il.
- Quoi ?
Harry releva les yeux du parchemin pour fixer Draco.
-Son ami… il s'appelle Scorpius !
Draco écarquilla les yeux.
-Alors… mon fils est à Serpentard, souffla-t-il.
- Oui… sauf si un autre garçon porte le même prénom, ce dont je doute.
- Mon fils est à Serpentard, répéta Draco.
Une bouffée de joie explosa à l'intérieur de lui à l'idée que son fils partagerait un peu de ce qui avait été sa vie à lui pendant sept ans. Le dortoir, la salle commune, la table dans la Grande Salle.
-Un Potter à Serpentard et ami avec un Malefoy ! Mais où va le monde ? plaisanta Harry.
- Ton fils est ami avec Scorpius Miller, pas Malefoy, souligna Draco.
- Ton fils est un Malefoy.
Draco se leva, exaspéré.
-On ne va pas encore avoir cette discussion.
- Malefoy, je…
- C'est bon, Potter. Il faut que j'y aille sinon je vais rater mon portoloin. Merci pour… tout, dit-il en agitant négligemment la main.
Harry alla jusqu'à la cheminée et prit la boîte de poudre de cheminette qu'il tendit à Draco.
-J'aurais bien voulu t'accompagner jusqu'au terminal mais je dois absolument aller au bureau. J'ai…
- Potter, je n'ai pas besoin que tu me tiennes la main. Tu n'es pas mon mec, tu n'es pas mon ami, tu…
- Je sais, coupa Harry durement. Je ne suis rien. J'ai bien compris. Fais bon voyage Malefoy.
Draco mit un pied dans la cheminée avant de se raviser et de retourner vers Harry.
-Potter, je ne suis pas franchement doué pour les relations humaines et je n'aime pas que mon mode de vie soit catégorisé. Ça rassure peut-être les autres mais moi, ça m'emmerde. Je ne me suis jamais défini comme étant célibataire ou en couple, j'ai horreur des mots « petit-ami » ou pire « compagnon »… et de toute façon, je n'ai jamais connu personne qui puisse répondre à cette définition. Alors, j'ai peut-être du mal à qualifier ce que tu es réellement… mais une chose est sûre, tu n'es pas rien.
Le cœur de Harry gonfla d'un coup dans sa poitrine. Ce n'était certainement pas la réponse qu'il attendait mais venant de Malefoy, c'était bien plus qu'il ne pouvait espérer.
-Si jamais tu viens à New York… dit Draco en souriant.
Il laissa sa phrase en suspens à dessein puis se pencha et embrassa Harry avec tendresse.
L'instant d'après, il disparaissait dans une nuée de flammes vertes.
A suivre...
