DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Vous êtes de plus en plus nombreux à suivre cette histoire, et je vous en remercie vivement !
Bonne lecture !
Chapitre 7 – This night
« There are things
I have done
There's a place
I have gone
There's a beast
I let it run
Now it's running my way"
(Black Lab)
25 Septembre 2014 – Cabinet M&P Associates, Park Avenue, New York
Draco referma le dossier d'un coup sec en jurant copieusement.
-Kate ! dit-il en appuyant sur l'interphone. Dites à Colin Tuckle de venir dans mon bureau ! TOUT DE SUITE !
- Oui, Monsieur.
Une minute plus tard, on frappait à la porte.
-Entrez !
La porte s'ouvrit sur un jeune homme au visage rubicond et à la coupe au bol qui pénétra dans le bureau avec reluctance.
-Vous avez demandé à me voir Monsieur Malefoy ? dit Colin d'une voix tremblante.
Il semblait sur le point de fondre en larmes ou de faire dans son froc. Ou bien les deux.
-Qu'est-ce que c'est que ça Colin ? demanda Draco d'une voix doucereuse en pointant son doigt sur le dossier devant lui.
- C'est… hm… c'est la demande de brevet pour MagicalOne Pharmaceutics.
Le regard de Draco n'avait pas lâché le jeune collaborateur et celui-ci commençait à transpirer à grosses gouttes.
-Non, Colin, murmura presque Draco. Je vais te dire ce que c'est. C'EST DE LA MERDE !
Colin sursauta. Ses yeux balayaient la pièce comme ceux d'un lapin pris dans les phares d'une voiture.
-Je… je…
- Je je quoi ? singea Draco. Si ce dossier était parti tel quel, c'était la ruine assurée pour le client ! Comment se fait-il qu'il n'ait pas été supervisé par un associé senior ?
- Monsieur Armitage n'était pas disponible. Je pensais que…
- Arrêtez de penser alors, sombre crétin ! Vous faites baisser le QI de tout l'immeuble !
- Je vais corriger le dossier Monsieur, je le fais tout de suite !
- Hors de question ! Je vous transfère au département faillites. Vous semblez avoir des prédispositions pour cette matière…
- Mais Monsieur, je…
- Vous préférez peut-être être renvoyé ? demanda Draco en lui jetant un regard glacial.
- Non Monsieur, souffla Colin piteusement.
- Maintenant, disparaissez. Allez ! Hors de ma vue !
Colin Tuckle disparut sans demander son reste, bousculant au passage la femme qui arrivait en sens inverse.
-Je croyais qu'on s'était mis d'accord pour que tu arrêtes de terroriser les collaborateurs juniors…
Pansy Parkinson avança résolument à l'intérieur du bureau, ses cheveux noirs et lisses coupés au carré effleurant sa mâchoire à chaque mouvement. Cette coupe adoucissait un peu son visage, tout comme son maquillage détournait l'attention de son nez court et un peu relevé qui, autrefois, lui donnait l'air d'un pékinois.
Comme à son habitude, elle portait un tailleur-pantalon ajusté qui soulignait sa silhouette androgyne.
-Celui-là l'a mérité ! plastronna Draco.
- A t'entendre, ils le méritent tous.
- Pansy, épargne-moi la leçon de morale, je ne suis pas d'humeur.
- Oh… Tu as tes règles ? demanda-t-elle en s'asseyant sur le siège qui faisait face au bureau.
Avec nonchalance, elle posa les deux pieds sur le bureau en croisant les chevilles.
Draco gratifia son amie et associée d'un regard noir, à elle autant qu'aux semelles rouge vif de ses Louboutin.
-Alors ? insista-t-elle face au mutisme de Draco. C'est quoi le problème ?
- Ce… Tuckle est un abruti fini. Il a complètement bâclé le dossier de…
- Tu sais comme moi que Tuckle n'a rien à voir là-dedans. Alors ? Qu'y a-t-il ?
Malefoy souffla péniblement et jeta son stylo sur le bureau tout en se renversant au fond de son fauteuil.
-Rien.
- Draco…
- Je ne plaisante pas ! Le problème est là : il ne se passe plus rien ! J'ai l'impression que ma vie est un couloir vide, balayé par les courants d'airs…
- Comment ça ? Et hier ? Je croyais que tu allais te faire ce type, l'employé de banque que tu avais croisé au matin…
- Ouais ben… pfff… il était d'un ennui ! Je m'en suis débarrassé après une heure. Puis, je suis sorti au Stone, et c'était pareil : rien ! Pas un seul mec qui en valait la peine. Bordel, j'étais tellement désespéré que je suis allé au Masquerade !
- La boîte gay de Greenwich Village ?
- Exactement ! Salazar, je me faisais l'effet d'une vieille drag-queen en manque ! s'exclama Draco, horrifié par son propre comportement. Je ne sais pas ce qui m'arrive, soupira-t-il.
- Et le Blue Black ?
Malefoy soupira derechef.
-Non, dit-il en faisant un vague signe de la main. Le Blue Black ne m'intéresse plus vraiment…
- Bon, eh bien, il te reste les femmes…
- Merci du conseil Pansy mais je ne suis pas encore désespéré à ce point là !
Pansy regarda Draco avec un mélange d'amusement et de tristesse. Et comme à chaque fois, elle se demanda quand elle cesserait d'aimer cet homme.
Probablement jamais.
Certains la trouvaient pathétique à s'accrocher de la sorte à quelqu'un qui ne l'aimerait jamais autrement que comme une sœur. Mais ça lui était égal. En fait, elle ne s'accrochait pas. Cela faisait très longtemps qu'elle s'était faite une raison, qu'elle avait admis qu'elle ne serait jamais la prochaine Madame Malefoy. Et si elle en avait été très malheureuse sur le moment, ce n'était plus le cas aujourd'hui. Pour tout dire, elle était même soulagée. Parce que s'il y a bien quelque chose que la vie lui avait apprise, c'est que, gay ou pas, Draco était inconstant et infidèle. Et ça, elle ne l'aurait pas supporté.
Finalement, elle n'enviait pas les amants de Draco. Au contraire. Elle les plaignait de tout son cœur, tous ces hommes qui avaient cru un jour pouvoir le rendre heureux. Aucun n'avait compris que c'était une tâche impossible, qu'ils rêvaient tous de lui alors que lui ne rêvait que d'une seule personne.
Alors, c'était un éternel recommencement. Ils tombaient amoureux, ils souffraient, puis ils partaient. Parce que s'il était facile de tomber amoureux de lui, ça l'était beaucoup moins de l'aimer depuis son lit, là où tant d'autres passeraient après eux.
-Pansy ? Tout va bien ? demanda Draco avec inquiétude.
Sa sollicitude n'était pas feinte. C'était une des raisons qui faisaient que Pansy ne regrettait rien : Draco se préoccupait vraiment d'elle, il l'avait toujours fait.
-Ça va, je suis juste fatiguée. Cette réunion de conciliation m'a lessivée.
- Tu as pu éviter le procès ?
- Malheureusement non. Elles sont encore plus agressives des Magyars à pointes !
Pansy était spécialisée en droit de la famille et absolument redoutable. Quand elle croyait en quelque chose, elle allait jusqu'au bout, se battait avec férocité et ne reculait devant rien. A tel point qu'elle était parvenue à bouleverser les mentalités en faisant admettre par la Cour Suprême Sorcière de l'Etat de New York que les couples homosexuels devaient bénéficier des mêmes droits que les couples hétérosexuels.
Le dossier opposait une mère et un père quant à la garde de leur enfant. Peu après le divorce, la mère s'était mise en couple avec une autre femme. Le père avait crié au scandale, avait réclamé la garde exclusive de l'enfant et l'avait obtenue. Pansy avait porté l'affaire devant la plus haute juridiction sorcière de l'Etat et elle avait obtenu un jugement qui faisait dorénavant jurisprudence dans tous les tribunaux sorciers new-yorkais et même dans certains autres Etats.
-Dire que je me suis battue pour elles ! Pour qu'elles puissent vivre ensemble, avec leur fils au même titre que n'importe quel autre couple ! Et maintenant qu'elles se séparent, elles sont sans pitié l'une avec l'autre…
- Il n'y a pas de raison que les choses soient différentes pour un couple homo que pour des hétéros, philosopha Draco. L'être humain n'est pas fait pour la monogamie, pas même les lesbiennes. Non mais tu imagines ? Brouter le même gazon pendant toute ta vie ? C'est comme si tu me demandais de sucer la même queue jusqu'à la fin de mes jours !
- Tu es tellement poétique Draco, dit Pansy en levant les yeux au ciel.
- Tu sais que j'ai raison.
- Non. Tu…
Le bourdonnement de l'interphone les interrompit.
-Oui, Kate ?
- Monsieur Malefoy, Harry Potter demande à vous parler d'urgence.
- Potter ? Heu… oui, passez-le-moi, dit-il en soulevant le combiné du téléphone.
Draco fit à Pansy une moue interrogative.
-Potter... Non, pas du tout… Vas-y, je t'écoute…. Hm… Oh ! Potter, calme-toi, je ne comprends rien à ce que tu dis ! Recommence depuis le début ! … Hm… hm… oui, je vois… hm… hm… je ne pense pas mais tout dépend de la manière dont le brevet a été rédigé…. Hm… oui… hm… Tu en as parlé à Théo ? … Ah oui, j'avais oublié, il est en France pour le moment… …. …. Potter, calme-toi ! Tu ne vas pas faire faillite ! A moins que ton brevet n'ait été rédigé par Colin Tuckle… quoi ? Non, rien… juste une blague, je me comprends… … Oh ça va, détend-toi !...
Pansy fronça les sourcils. Elle n'entendait pas les propos de Potter mais celui-ci semblait vraiment énervé.
-Je ne peux pas te répondre comme ça, continua Draco, il faut que je voie le dossier… mais oui, il y a urgence à agir… Je ne pense pas qu'une conciliation fonctionnerait, à ta place, j'irais directement au procès… … hm… je peux te conseiller un confrère à Londres, il est… QUOI ? Bon sang, tu n'y penses pas ? Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?
Draco soupira et posa son front dans la paume de sa main.
-Ok, ok, calme-toi. Je vais voir ce que je peux faire et je te rappelle. En attendant, ne fais rien de stupide, d'accord ?
Il raccrocha.
-Que se passe-t-il ? demanda Pansy.
- Potter est dans les ennuis. Un concurrent s'apprête à vendre un balai identique en tous points au ThunderBird et trois fois moins cher. Potter ne sait pas comment ils ont fait. Peut-être un ancien employé mécontent… Enfin, peu importe. Il faut absolument retirer le balai du marché et empêcher le concurrent de continuer à le fabriquer.
- Et que viens-tu faire là-dedans ?
- Il sait que c'est mon domaine et…
- Et Potter ne veut personne d'autre que toi pour le défendre, conclut Pansy avec un sourire entendu.
- En résumé, c'est ça.
Elle se leva et lança à Draco un regard qui en disait long.
-Je suppose que tu pars directement ?
- Je… oui, il n'y a pas de temps à perdre.
- Bien.
Pansy s'apprêta à quitter le bureau. Sur le seuil, elle s'arrêta un instant.
-Tu reviendras ? demanda-t-elle.
- Quoi ? Evidemment ! s'offusqua Draco. Pourquoi dis-tu ça ?
- Draco, soupira-t-elle. Ne me fais pas l'injure de faire semblant de ne pas comprendre…
Avant que Draco ait le temps de répliquer, elle avait disparu. Il décida de ne pas essayer de comprendre ce qu'elle avait voulu dire et actionna l'interphone.
-Oui Monsieur Malefoy ?
- Kate, réservez le premier portoloin qui part pour Londres. Contactez ensuite Richard Armitage pour l'informer qu'il gérera tous mes dossiers jusqu'à mon retour.
- Combien de temps serez-vous absent ?
- Je n'en sais encore rien. Plusieurs semaines certainement mais j'essayerai de faire des aller-retour.
- Dois-je réserver un hôtel ?
- Hm… non. Ce ne sera pas nécessaire. Je m'en occuperai sur place.
Un quart d'heure plus tard, tout était en ordre. Draco rassembla ses affaires. Il avait tout juste le temps de transplaner chez lui pour préparer ses bagages avant de prendre son portoloin.
Mais avant de partir, il décrocha son téléphone et forma un numéro. Son interlocuteur répondit après seulement une sonnerie.
-Potter. Je serai là dans deux heures.
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25 septembre 2014 – Potter Corp., La City, Londres
Harry faisait les cents pas dans son bureau, nerveux comme il ne l'avait jamais été auparavant.
-Harry, veux-tu bien t'asseoir ? supplia Hermione pour la vingtième fois. Tu vas finir par creuser une tranchée dans le sol.
L'intéressé obtempéra et se laissa lourdement tomber sur sa chaise de bureau. Immédiatement, il sortit une cigarette du paquet qu'il gardait dans la poche de son pantalon et l'alluma avec fébrilité.
-Et arrête de fumer ces saloperies ! s'énerva son amie. Tu veux vraiment finir avec un cancer du poumon ?!
- Hermione, fiche-moi la paix, dit-il en soufflant la fumée. J'ai besoin de me calmer, pas de me faire réprimander comme un gamin.
- Tu m'avais promis d'arrêter…
- Je l'ai déjà fait. Et je le referai. Avec les potions, c'est du tout cuit. Mais pas maintenant, ok ?
- Les potions ne font plus d'effet si tu en prends trop souvent.
- Hermione, par pitié… Je ne suis vraiment pas d'humeur à…
On frappa à la porte du bureau et Peggy apparut. Harry fit un bond d'un mètre sur sa chaise et se précipita pour accueillir son visiteur.
-Ah… c'est toi, dit-il sans parvenir à masquer sa déception.
- Ooh… cache ta joie Potter, dit Zabini, un brin vexé. Je ne sais pas qui tu attends, mais j'ai bien compris que ce n'est pas moi…
- Désolé, dit Harry. Je suis un peu à cran…
Derrière le dos de Harry, Hermione roula des yeux, l'air de dire « non, tu crois ? ». Blaise dissimula un petit sourire et se pencha pour embrasser la jeune femme sur la joue. Depuis presque un mois et demi, son entreprise de séduction avançait lentement mais sûrement.
-Je tombe mal, peut-être ? demanda-t-il néanmoins.
- Harry a un problème assez sérieux avec un concurrent qui commercialise un balai contrefait, expliqua Hermione. Malefoy doit arriver d'une minute à l'autre.
- Draco vient ici ? s'étonna Blaise. L'enfoiré, il ne m'a rien dit !
- Parce que ça s'est décidé il y a seulement deux heures, dit Harry.
Blaise était stupéfait.
-Tu es parvenu à le convaincre de tout laisser tomber à New York pour venir ici s'occuper de ton dossier ? Tu lui as promis de tripler ses honoraires ou quoi ?
- A vrai dire, on n'en a même pas parlé… mais bon, peu importe son prix, du moment qu'il me sort de ce pétrin !
A ce moment précis, la porte du bureau se rouvrit sur Peggy qui s'écarta pour laisser entrer le nouveau visiteur.
-Monsieur Malefoy, annonça-t-elle inutilement, les joues un peu roses et le sourire rêveur.
Draco entra dans le bureau, la tête haute et le pas conquérant, vêtu d'un costume trois pièces anthracite absolument impeccable malgré le voyage. A cet instant, un inexplicable sentiment de sécurité s'empara de Harry. Tout irait bien désormais, furent les premiers mots qui lui vinrent à l'esprit. Il se reprit, tentant de faire disparaître le sourire idiot qu'il avait senti apparaître sur son visage.
-Merci d'être venu si vite Malefoy, dit-il en tendant la main devant lui.
Draco la serra en retour.
-J'ai cru comprendre que c'était urgent, répondit-il seulement avant de se tourner vers Hermione. Granger, la salua-t-il d'un bref mouvement de tête.
- Bonsoir Malefoy.
Seul Blaise eut droit à un salut plus chaleureux, ponctué d'une étreinte.
-Tu es venu apporter ton soutien psychologique ? plaisanta Draco.
- J'étais seulement venu inviter Hermione à dîner.
Draco eut un petit rictus, accompagné d'un petit reniflement moqueur. Le regard grave de son ami le dissuada toutefois de faire un commentaire désobligeant.
-Mais ce n'est peut-être pas le moment, ajouta Blaise en regardant Hermione.
- Je ne sais pas, répondit-elle en haussant les épaules. Ça dépend si Malefoy a besoin d'aide.
- Ça devrait aller, dit celui-ci. Et puis, sans vouloir te vexer, je préfère travailler seul.
- Aucun problème.
- Au fait Draco, reprit Blaise. Où vas-tu te loger ?
- Ce soir, j'irai à l'hôtel et j'appellerai ma mère demain matin pour qu'elle fasse préparer mes appartements au Manoir.
Blaise fit une grimace éloquente.
-Le Manoir ? Par Salazar, Draco ! Avec tout le respect que j'ai pour ta mère, je ne te donne pas une journée avant que tu ne veuilles l'étriper ! Pourquoi tu ne viens pas chez moi ?
- J'apprécie ton offre, Blaise. Mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée… je ne voudrais pas te gêner, répondit-il avec un sourire entendu.
Le métis se contenta de répondre par un sourire crispé.
-Bien, dit-il pour reprendre contenance. Hermione ? Nous y allons ?
La jeune femme se tourna vers Harry.
-Tu es sûr que ça ira ?
- Absolument sûr. Profite bien de ta soirée.
- Ne te tracasse pas, Granger… Potter est entre de bonnes mains, ajouta Draco d'une voix suggestive.
- Je n'en doute pas une seule seconde, sourit-elle. Allez viens, Blaise. Allons-y.
Ils quittèrent tous les deux le bureau, laissant Harry seul avec Draco. Celui-ci se dirigea vers la table de réunion sur laquelle Peggy avait classé tous les documents dont il aurait besoin. Il enleva sa veste, la posa sur le dossier d'une chaise et se mit directement à parcourir ce qu'il voyait devant lui.
-Tu vas t'y mettre directement ? demanda Harry. 19 heures… Il n'est pas un peu tard ?
- Détrompe-toi Potter. Pour moi, avec le décalage horaire, il est seulement 14 heures… Je peux facilement travailler trois ou quatre heures encore. J'aurais le temps de rédiger la requête et je pourrai ainsi la déposer demain matin devant le Magenmagot, en même temps que ma demande d'inscription provisoire au registre sorcier des avocats anglais. Dans ce genre de situation, chaque minute compte.
- D'accord, dit Harry vivement.
Il était ragaillardi par la manière dont Malefoy semblait maîtriser la situation.
-Tu as faim ? Je peux nous faire livrer quelque chose à manger…
- Pas pour moi, merci. Quant à toi, tu ferais mieux de rentrer chez toi te reposer. Les prochains jours seront éprouvants.
- Tu es sûr que tu n'as besoin de rien ?
- A vrai dire, si… ta secrétaire peut-elle me trouver une chambre dans un hôtel pas loin d'ici ? J'aurais également besoin de pouvoir transplaner directement à l'intérieur de tes bureaux.
Harry se dandina d'un pied sur l'autre tout en mordillant nerveusement sa lèvre inférieure.
-En fait… je me disais… plutôt que d'aller à l'hôtel ou au Manoir, tu pourrais loger chez moi…
- Chez toi ? répéta Draco en haussant un sourcil.
- Tu l'as vu, mon appartement est grand... il y a quatre chambres, tu aurais ta propre salle de bain… Il y a un bureau aussi, où tu pourras travailler tranquillement…C'est vraiment très calme, tu seras…
- C'est bon, rigola Draco. N'en jette plus ! J'accepte. Je déduirai ça de mes honoraires.
- A ce propos, dit Harry, ton prix sera le mien. Peu importe ce que ça me coûte, pourvu que tu me sortes de là.
- C'est bien pour ça que tu m'as appelé, non ?
Harry hocha la tête. Draco lui sourit. C'était un petit sourire, à peine esquissé… une légère courbe à la commissure des lèvres mais qui reflétait une telle douceur que Harry en fut stupidement ému. On était si loin de son sempiternel rictus moqueur auquel il avait eu droit durant toute sa scolarité…
Draco prit son attaché-case duquel il sortit sa baguette magique et plusieurs livres miniaturisés. Harry le regardait faire, admirant au passage sa carrure large et anguleuse, soulignée par le gilet qu'il portait. Il s'étonna de voir Malefoy chausser une fine paire de lunettes rectangulaires cerclées de métal qui lui donnait l'air d'un professeur d'université.
-Qu'y a-t-il Potter ? demanda Draco en relevant les yeux vers lui.
- Rien, dit Harry en riant. Je me disais simplement que je n'étais plus le seul binoclard à présent.
Draco bougonna pour la forme en faisant un geste agacé de la main.
-Ne t'ai-je pas dit de rentrer chez toi ?
- D'accord, d'accord ! capitula Harry en levant les mains. Mais avant ça…
Il prit sa baguette, la pointa sur Draco et murmura un sort. Draco sentit comme un crépitement parcourir son corps de haut en bas.
-Qu'est-ce que tu as fait ?
- Rien d'inquiétant… C'est juste le sort qui te permettra de transplaner directement dans l'appartement sans activer les protections magiques.
- Hm… c'est dangereux, ça, dit Draco avec un air lubrique. Imagine que je débarque en plein milieu du salon et que je te trouve en fâcheuse position… sur ton joli canapé…
- Pfff… ça ne risque pas, lâcha Harry. Ma vie sexuelle est un vrai désert ces derniers jours…
Il se tut brusquement, mortifié, se demandant comment il avait pu dire dit une chose pareille à Malefoy. Bien que ce soit la stricte vérité, il n'avait pas besoin de le savoir.
Draco le détailla bizarrement, comme s'il était choqué par ce que Harry venait de dire.
-C'est curieux que tu dises ça, Potter, commenta-t-il en pesant ses mots. J'ai le même problème… à croire qu'il n'y a plus un seul beau mec potable dans tout New York… Finalement, j'ai bien fait de venir ici.
- Oh là Malefoy ! N'oublie pas que tu es ici pour travailler, pas pour baiser tout ce qui bouge !
- Hé ! Enchaîne-moi à ce bureau tant que tu y es !
- Ne me donne pas des idées, répliqua Harry avec une indiscutable note de luxure dans la voix.
Des idées, ils en avaient. Tout les deux. Et la manière dont ils se bouffaient des yeux ne laissait aucun doute sur la nature de celles-ci.
Harry se reprit le premier, dissipant la tension quasi électrique qui venait de s'installer entre eux.
-Je ferais mieux de rentrer, dit-il plus bas. La zone de transplanage se trouve à côté des ascenseurs. En partant, tu ne dois t'occuper de rien. Les bureaux se verrouillent tous seuls dès qu'ils sont vides.
- Ok.
- Bon… ben, à tout à l'heure.
Draco regarda Harry quitter le bureau avant de se plonger dans son travail.
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25 septembre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Draco transplana chez Harry un peu avant minuit. Il était assez content de lui. La requête était prête et il avait déjà bien avancé dans l'étude du dossier.
L'appartement était totalement silencieux.
-Potter ? appela-t-il.
Pas de réponse. Peut-être qu'il dormait déjà ou bien qu'il était sorti.
Draco ôta sa veste qu'il posa sur une chaise de la salle à manger. Il desserra sa cravate et se dirigea vers le couloir où se trouvait la chambre de Potter. La porte était entrouverte et de la lumière filtrait par l'interstice.
-Potter ? Tu pourrais répondre tout de même, dit-il en poussant le battant.
Harry était bel et bien dans sa chambre, allongé sur le lit, tout habillé, portant encore ses chaussures. Le regard de Draco passa du lit à la table de nuit où se trouvaient plusieurs fioles de potions entamées.
-Qu'est-ce que c'est que ce bordel, murmura-t-il avec inquiétude.
Il s'approcha vivement du lit. Potter semblait dormir. Il prit deux des fioles et lu attentivement les étiquettes. Ses cours de potions étaient loin mais il avait encore suffisamment de connaissances pour comprendre qu'il s'agissait d'une potion antidouleur et une autre anti-inflammatoire. La troisième consistait plus que vraisemblablement en un mélange pour soigner les rhumatismes.
Draco poussa un soupir, remarquant seulement qu'il avait retenu sa respiration jusque là. Manifestement, il s'agissait du traitement que Potter devait prendre pour soigner les séquelles de son accident de balai. Et vu leur dosage, ces potions devaient être assez fortes pour assommer un hippogriffe.
Il reboucha les flacons et les remit sur la table de nuit. Il débarrassa Harry de ses lunettes et des chaussures puis lui jeta un sort qui transforma ses vêtements en un confortable pyjama en coton. Il fit enfin apparaître une douce couverture en laine avant d'éteindre la lampe et de sortit silencieusement de la chambre.
Draco retourna au salon. S'il avait vu juste, les chambres des enfants de Harry et la chambre d'amis devaient se trouver à l'étage. Il allait emprunter l'escalier qui donnait dans le hall d'entrée quand il remarqua sur le comptoir de la cuisine, une assiette de sandwiches variés et une bouteille de vin rouge. Il sourit en lisant l'étiquette : un shiraz australien de la Vallée de Mudgee.
Il s'installa sur un tabouret et s'en servit un verre qu'il dégusta lentement, laissant les tanins se répandre sur sa langue et la chaleur du breuvage envahir sa bouche. Il choisit ensuite un sandwich saumon concombre qu'il commença à grignoter sans conviction car il n'avait pas très faim. La première bouchée lui arracha cependant un petit gémissement de plaisir et l'en-cas fut rapidement englouti. Il en prit un deuxième, poulet à l'estragon cette fois, qui s'avéra encore meilleur que le premier. Finalement, il décida qu'il avait faim. Il se resservit un verre de vin, prit le journal du jour qui trainait sur le coin du comptoir et se mit à lire les dernières nouvelles en mangeant les délicieux sandwiches jusqu'au dernier.
-Tu veux que je t'en prépare d'autres ?
Draco sursauta en entendant la voix derrière lui.
-Merde Potter ! A-t-on idée de faire peur aux gens comme ça !
- Désolé. Je pensais que tu m'aurais entendu arriver.
- Eh bien, non. Je croyais que tu dormais !
- Oui… désolé pour ça aussi. Parfois, ces potions me cassent complètement.
- Tu les prends tous les jours ?
- La potion pour soulager les rhumatismes oui. Les deux autres seulement quand la douleur est trop forte. J'essaye de ne pas en prendre trop souvent pour ne pas m'y habituer et devoir augmenter le dosage. Aujourd'hui, c'était un jour sans… alors j'ai dû prendre les trois à la fois.
- Hm… je comprends. Ça va mieux ?
- Ouais… ça peut aller.
Il contourna le comptoir et Draco nota qu'il boitait légèrement. Il ne dit rien mais n'en pensait pas moins.
-Au fait, merci pour ça, dit Harry en prenant le devant du pyjama entre ses doigts. Et pour la couverture aussi. C'est gentil de prendre soin de moi.
Draco grogna quelque chose qui ressemblait à « je ne prends soin de personne » mais Harry décida de ne pas relever.
-Alors ? Je te prépare d'autres sandwiches ? demanda-t-il.
- Non merci. Ils étaient délicieux.
Harry prit un verre à pied dans l'armoire et se servit un peu de vin.
-Et la requête ? Ça été ?
- Elle est prête. J'irai la déposer demain. Enfin… tout à l'heure, dit-il en regardant sa montre.
- Tu crois que nous avons des chances ?
- Si je ne gagne pas cette affaire, je jure de faire abstinence pendant trois mois ! Autant dire la mort en ce qui me concerne.
- Merci de défendre mon dossier au péril de ta vie, rigola Harry.
Draco fit une grimace éloquente avant de rire à son tour.
-Bon, dit-il après quelques instants. J'ai intérêt à aller me coucher si je veux être au Magenmagot à la première heure.
- La chambre d'amis est à l'étage. La dernière porte à droite. Le bureau est juste en face.
- Parfait.
Draco descendit du tabouret et reprit sa veste et son attaché-case dans lequel se trouvait une partie de ses affaires miniaturisées.
-Dis-moi Potter, tu aurais une potion de sommeil ? Je suis encore à l'heure de New York et il n'est que 19h30. Je crains d'avoir du mal à m'endormir.
- J'en ai, confirma Harry.
Disant cela, il s'était approché de Draco. Il passa un doigt dans le nœud de sa cravate pour la desserrer davantage et approcher le visage de Draco plus près du sien.
-Mais j'ai aussi de quoi te fatiguer autrement, murmura-t-il en déposant un baiser dans son cou.
- Je croyais que tu avais mal au dos, souffla Draco.
- Ces potions sont miraculeuses…
Il n'en fallut pas plus à Draco qui jeta sa mallette et sa veste sur le canapé avant d'embrasser Harry avec fougue. Il en avait eu envie à la minute où il avait mis le pied dans son bureau et seule sa maîtrise de lui-même l'avait retenu de renverser Harry sur la table de réunion.
Harry se détacha de lui, le temps de l'entraîner dans sa chambre d'où Draco ne sortit pas de la nuit.
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17 octobre 2014 – Starbucks, St Paul's Church Yard, Londres
-Alors ?
- Quoi alors ?
- Trois semaines Harry !
- Je ne comprends pas de quoi tu parles.
Hermione soupira brièvement en pinçant les lèvres. Elle avait horreur quand Harry jouait les idiots.
-Ça fait trois semaines que Malefoy a emménagé chez toi ! Trois semaines que vous vivez ensemble !
- On ne vit pas ensemble ! Il… il… c'est… un hébergement temporaire !
- Oh… ça veut dire qu'il s'est enfin installé dans la chambre d'amis ?
Harry détourna les yeux en buvant une gorgée de son cappuccino avec supplément caramel.
-Non, dit-il enfin. Il… on dort ensemble. Ses costumes sont à côté des miens dans le dressing.
Hermione croisa les bras sur sa poitrine, avec l'air éminemment satisfait d'elle-même. Et comme ce genre de chose a beaucoup plus de saveur quand on le dit à voix haute, elle se faisait violence pour ne pas claironner haut et fort : je le savais !
Puis elle remarqua l'air infiniment triste de son ami.
-Harry ? Quelque chose ne va pas ?
Harry ne répondit rien, détournant les yeux une fois encore. Des yeux brillants de larmes contenues.
-Harry, voyons… il s'est passé quelque chose ? C'est à propos de Malefoy ?
Un petit tressaillement de sa mâchoire fit comprendre à Hermione qu'elle avait vu juste.
-Je n'aurais jamais dû lui demander de revenir en Angleterre, dit-il d'une voix lasse.
- Quoi ? Mais pourquoi ?
Harry releva les yeux vers elle et tout devint clair.
-Merlin, souffla-t-elle. Tu l'aimes, c'est ça ?
- S'il était resté à New York, j'aurais fini par l'oublier. Ça aurait pris du temps mais… j'y serais arrivé. Maintenant c'est trop tard.
- Tu veux dire que… mais depuis quand ?
- Le jour où je l'ai croisé à King's Cross. Le jour de la rentrée. Quand il est reparti le lendemain, cette manière qu'il a eu de me regarder… J'ai cru… enfin, j'ai cru que…
Sa voix se fêla légèrement sur le dernier mot.
-Oh Harry… pourquoi ne m'as-tu rien dit ?
- Te dire quoi ? s'emporta-t-il. Que j'étais tombé amoureux du seul type qui ne m'aimerait sûrement jamais ? Pour que tu me dises : « je te l'avais bien dit ! » ou bien « maintenant tu sais ce que ça fait d'aimer un mec qui refuse de s'engager ». Eh bien, voilà, je le sais ! Et c'est atroce ! Tu avais raison ! Comme toujours !
Il se tut, pratiquement à bout de souffle tant il était énervé.
-Peut-être qu'il ne voit plus personne depuis qu'il est avec toi, offrit Hermione avec sollicitude.
Ce à quoi Harry répondit par un éclat de rire amer.
-Il n'est pas avec moi ! Il couche avec moi, c'est différent !
- D'accord… mais tu es peut-être le seul…
- Non. Non, je ne suis pas le seul. Je le sais. Je sens… ces odeurs… sur lui quand il rentre. Des odeurs qui ne lui appartiennent pas… Des odeurs qu'il prend toujours soin de faire disparaître avant de…
Harry déglutit difficilement en se passant la main sur le visage.
-Je suis pathétique, dit-il d'une voix fatiguée. Jaloux et pathétique.
- Et toi ?
- Quoi moi ?
- Tu vois d'autres hommes ?
Il fit non de la tête, d'un air désabusé.
-Alors fais-le, répliqua Hermione. Sors. Trouve les endroits où va Malefoy et fais comme lui. Provoque-le. Montre-lui que tu ne lui es pas acquis ! Bon sang Harry, jusqu'il y a un mois, c'était ça ta vie !
- Je sais. Et je me rends compte maintenant combien rien de tout cela n'en valait la peine…
- Arrête de t'apitoyer sur ton sort ! Tu n'as que deux solutions : ou bien tu te bats avec les mêmes armes que lui, ou bien tu le renvoies à New York dès aujourd'hui !
- Tu es folle ? Avec tout ce qu'il a fait ? Il a obtenu que le faux ThunderBird soit retiré du marché pendant six mois le temps qu'on parvienne à prouver que c'est une contrefaçon ! Le tout avec une astreinte de 1000 gallions par jour ! Et depuis, il n'a pas arrêté de bosser sur ce dossier ! Il passe presque tout son temps avec les ingénieurs, il connaît les caractéristiques techniques du balai presque mieux que moi ! Je ne peux pas le renvoyer !
Hermione soupira.
-Non, bien sûr que non. Je sais qu'il fait un travail remarquable et rien que pour ça, c'est une bonne chose que tu l'aies fait venir. Mais ce n'est pas une raison pour le laisser te filer entre les doigts !
- C'est une cause perdue, contra Harry.
- Jusqu'à cette minute, je pensais ça de toi aussi, plaisanta Hermione.
- Je ne suis pas comme lui… moi, j'ai peur de l'engagement. Lui, il le refuse car c'est contraire à ses principes de vie. Par Merlin, Hermione, tu l'as entendu comme moi ! C'est un asocial, misogyne doublé d'un hétérophobe comme j'en avais rarement rencontré ! C'est un sociopathe, ni plus ni moins !
- Et pourtant, tu l'aimes. Parce que tu sais bien que c'est seulement une manière de se protéger, d'éviter de souffrir.
- Toi, on voit bien que tu sors avec un psychomage…
La jeune femme ne put s'empêcher de sourire plus largement. C'est vrai que Blaise commençait à déteindre sur elle.
-Harry, ce que je veux te dire c'est que si tu l'aimes autant que tu le dis, tu dois persévérer. Si le bonheur est à ta portée, tu dois te battre.
- Je vais me battre, Hermione. Mais je doute que ça m'apporte le bonheur.
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Au même moment – Wolesley, Piccadilly, Londres
-Alors la cohabitation avec Potter ?
- Ça marche pas mal… je dois dire qu'il est particulièrement facile à vivre.
Blaise eut un petit sourire ironique.
-Pourquoi ? Parce qu'il écarte les cuisses sitôt que tu le lui demandes ?
- Certainement, approuva Draco. Mais pas seulement.
- En voilà un ton énigmatique. Et quelles sont les vertus cachées du Survivant ?
- En fait… il est sympa, plutôt drôle. Il assure un maximum dans son job. Ce n'est pas rien, ce qu'il a construit ! Gérer une industrie de pointe en matière de balais, des équipes de Quidditch et une écurie de courses, c'est assez impressionnant. Malgré ça, il est toujours de bonne humeur et il ne se prend pas la tête. Du coup, il ne me prend pas la tête non plus. Il ne pose jamais de questions sur ce que je fais, d'où je viens, avec qui j'étais… Ah oui, il cuisine très bien.
- Aussi bien que toi ?
- Presque.
- Hm… c'est la première fois que je t'entends parler d'un tes amants autrement qu'en termes de taille…
Draco se pencha légèrement en avant, le regard peu amène.
-Potter n'est pas mon amant, dit-il en prenant soin de détacher chaque mot.
- Draco, enlève tes œillères, tu veux bien ? Tu couches tous les soirs avec lui, tu dors dans son lit, tu prends ta douche avec lui, tu lui fais la cuisine… Je continue ?
- Ce ne sera pas nécessaire.
- Bien, parce qu'à ce stade, ce n'est même plus seulement un amant, c'est carrément ton petit-ami.
- Il n'est rien de tout ça ! Je couche avec lui, c'est tout. Et de préférence après en avoir baisé un autre avant.
Blaise haussa un sourcil, choqué.
-C'est une blague ?
- Pourquoi ça le serait ? Tu me connais, non ? Pourquoi me contenter d'un seul ? Alexandre le Grand, tu te rappelles ?
- Ça c'était bien quand on avait vingt ans Draco ! Tu en as trente-quatre ! Tu ne crois pas qu'il est temps de passer à autre chose, de t'assagir un peu ?
- Mais je t'emmerde mon pote ! Si toi tu as décidé de te ranger, de déménager en banlieue et d'attendre d'être marié pour baiser ta copine Granger, te gêne pas ! Si tu as envie de faire des soirées bridge avec Théo et Justin, te gêne pas ! Mais évite de me dire ce que je dois faire, ok ?
- Je vais faire comme si je n'avais rien entendu. Sincèrement Draco, par moment, je ne sais pas si tu te rends compte des efforts que Pansy, Théo et moi nous faisons pour te supporter…
- Laisse Pansy en dehors de ça ! s'énerva-t-il en brandissant son index face à Blaise.
- Ah oui, j'avais oublié. Ne pas s'en prendre à Pansy. Jamais. Pansy est une grande fille, tu sais… elle sait se défendre. Elle n'est plus cette pauvre petite chose qui crevait d'amour pour toi alors que tu…
- Tais-toi Blaise. Si notre amitié a une quelconque valeur à tes yeux, ne dis plus rien.
- Serais-tu en train de culpabiliser Draco ? Parce que si c'est le cas, ça ne sert plus à rien. Pansy est heureuse avec Jérémy, plus qu'elle ne l'a jamais été avec n'importe qui. Plus qu'elle ne l'aurait été avec toi si tu avais bien voulu d'elle.
- Je sais, souffla-t-il soudain terriblement abattu. Je suis incapable de rendre heureux qui que ce soit.
Le regard bleu vif de Blaise se radoucit devant la détresse de son ami. Depuis l'enfance, Draco était un garçon fragile émotionnellement. Pris entre le désir d'exister aux yeux d'un père sévère mais qu'il vénérait et un énorme besoin d'amour et de reconnaissance pour ce qu'il était vraiment, il s'était forgé une armure de cynisme et d'insensibilité qui se renforçait à chaque épreuve, devenant chaque jour un peu plus indestructible.
Mais comme toute cuirasse, celle de Malefoy avait son point faible. Blaise savait. Pansy savait. Et Malefoy, lui, refusait d'en parler.
-C'est faux, et tu le sais, dit Blaise avec douceur. Il y a quelqu'un que tu peux rendre heureux.
- Blaise, ne commence pas…
- Draco, as-tu conscience qu'il n'a jamais été aussi proche de toi qu'il ne l'est en ce moment ?
- C'est des foutaises. Il a seulement besoin de moi, c'est tout.
- Exactement. Il a besoin de toi. Il aurait pu appeler n'importe qui, tu sais comme moi que certains des meilleurs spécialistes de la propriété intellectuelle sont ici, à Londres. Et il le sait aussi, ses conseillers le lui ont dit. Mais il t'a appelé toi. Et toi, tu as tout laissé tomber à New York pour venir ici.
- Et je repartirai sitôt que tout ce bordel sera réglé. Harry Potter a besoin de moi pour arranger ses affaires. Pas sa vie.
- Draco, ne gâche pas ta chance de…
Blaise s'interrompit, sentant une présence menaçante derrière lui. Il vit Draco écarquiller les yeux et se lever d'un bond.
-Mère, souffla-t-il. Que… que fais-tu ici ?
- C'est bien la question que je me pose Draco, dit Narcissa Malefoy d'un ton sec.
Elle se tenait droite, les bras serrés le long du corps comme pour éviter d'être touchée par toute personne à proximité. Elle portait un manteau en fourrure qui aurait fait hurler les défenseurs des animaux et ses longs cheveux étaient ramenés en un chignon compliqué sur sa nuque.
Autour d'elle, les clients la dévisageaient avec une certaine fascination, tant elle dégageait de la prestance.
-Etre obligée de m'habiller comme une moldue et de venir dans un lieu moldu pour voir mon fils unique, siffla-t-elle tout bas. Je suis scandalisée ! Rien ne me sera épargné !
- Madame Malefoy, dit Blaise qui s'était levé également. Je vous en prie, prenez mon siège. J'allais partir.
Draco roula des yeux, suppliant silencieusement son meilleur ami de ne pas l'abandonner.
-Merci Blaise, répliqua Narcissa. Je suis heureuse de constater qu'il reste encore des jeunes gens bien éduqués. Mais ce ne sera pas nécessaire. Il est hors de question que je m'attarde ici et encore moins que je m'asseye sur ce siège certainement mangé des doxys.
- Mère, pardonne-moi, dit Draco. Je pensais que tu étais à Brighton, comme toujours en cette période de l'année ! J'allais…
- Etait-ce une raison pour négliger de me dire que tu étais revenu vivre ici pour plusieurs semaines ? Chez Harry Potter qui plus est ?
- Quoi ? croassa Draco en se laissant lourdement retomber sur la banquette. Qui t'a dit ça ?
- Ta secrétaire. Comme je ne parvenais pas à te joindre par cheminette, j'ai bien été obligée d'utiliser… ce… cet objet… dans lequel tu dois parler après avoir appuyé sur des boutons….
- Le téléphone ? Tu as utilisé le téléphone ? s'étonna Draco.
- Ne me prends pas pour une demeurée Draco ! Je peux parfaitement utiliser la technologie moldue quand le besoin s'en fait sentir. C'était un mal nécessaire. Toujours est-il que ta secrétaire m'a dit que tu passais plusieurs semaines à Londres pour un dossier et que l'on pouvait te joindre au bureau de Harry Potter. Ce que j'ai fait séance tenante. Là, une charmante personne du nom de Peggy m'a dit que tu déjeunais ici. Elle m'a également précisé que tu vivais chez Harry Potter. Je suis choquée que tu ne m'aies rien dit Draco ! Cacher cela à ta propre mère durant des mois !
Narcissa avait les lèvres pincées en une ligne si fine qu'elles semblaient avoir disparu et ses ailes de nez frémissaient d'une indignation contenue.
-Des mois ? Mais Mère, je suis ici depuis trois semaines à peine…
- Je ne parle pas de ça ! plastronna Madame Malefoy.
Draco ne comprenait plus rien. Sur quoi avait-il bien pu mentir à sa mère ces derniers mois ? Il lui racontait tellement de bobards qu'il ne… Il stoppa brusquement sa réflexion, la gorge soudain très sèche et le cœur battant à tout rompre. Non, non, non, non, ça ne pouvait pas être ça.
-Mère, dit-il très lentement. Ce n'est pas ce que tu crois…
- Ce que je crois ? Tu es fiancé à Harry Potter et tu ne m'as rien dit !
Un bruit de porcelaine brisée fit écho aux propos de Narcissa. C'était Blaise qui venait de renverser sa tasse. Il regarda Draco avec des yeux ronds comme des billes, attendant manifestement une explication.
-Je ne suis pas fiancé à Harry Potter, expliqua Draco le plus calmement possible. Je vis chez lui le temps de terminer le dossier pour lequel il m'a engagé. Ensuite, je rentrerai à New York et…
- Ne joue pas sur les mots Draco ! Tu m'as dit que tu fréquentais sérieusement un homme depuis plusieurs mois. Je ne vois pas pourquoi tu ne m'as pas dit qu'il s'agissait de Harry Potter.
- Mère, je…
Contre toute attente, Narcissa eut un sourire indulgent.
-Draco, mon chéri. Je te comprends… tu voulais rester à l'abri des commérages à cause de notre situation pendant la guerre. Mais tout cela est derrière nous ! Harry Potter a témoigné en notre faveur lors du procès, tout le monde sait qu'il ne nous a jamais assimilé à ton père et toute sa… clique de Mangemorts.
- Mère, ce n'est pas ça…
- Oh, c'est à cause de son divorce alors ? C'est vrai que nous les Malefoy, nous ne divorçons pas. Ces choses-là sont terriblement… classe-moyenne. Mais en ce qui le concerne, c'est différent évidemment. D'abord parce qu'il s'agit de Harry Potter, et ensuite parce que personne, ab-so-lu-ment personne ne peut lui faire le reproche d'avoir voulu divorcer d'une Weasley. Par Salazar, qu'espérait-il d'une godiche pareille ? Enfin ! conclut-elle en claquant des mains. Réjouissons-nous qu'il soit revenu dans le droit chemin.
Draco ne savait pas s'il devait rire ou pleurer. Blaise lui, avait fait son choix, tentant du mieux qu'il pouvait de dissimuler son fou-rire.
-Mère, tu vas un peu vite en besogne, essaya de raisonner Draco. Je ne crois pas…
- Tsssssst…. Mon chéri, dit-elle en se penchant pour poser sa main froide sur la joue de son fils. Je ne t'en veux pas. Tu n'aurais pas pu mieux choisir.
Elle se redressa d'un coup, un air très satisfait sur le visage.
-Je vous attends au Manoir ce dimanche. A midi précis. Ne soyez pas en retard. J'ai vraiment hâte de faire la connaissance de mon futur gendre.
Narcissa Malefoy tourna les talons et disparut dans la foule, son manteau ondulant élégamment derrière elle, laissant Draco abasourdi et catastrophé à la fois.
-C'est la merde, conclut-il platement.
Il n'obtint aucune réponse. Blaise ne parvenait pas à aligner deux mots tellement il riait.
A suivre...
