DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Chapitre 8 – Already over

« You never go

You're always here

Under my skin

I cannot run away

Fading slowly"

(Red)

17 octobre 2014 – Potter Corp., La City, Londres

-Monsieur Potter, dit Peggy en entrant dans le bureau de son patron. Un hibou vient de déposer ceci pour vous. Je pense que c'est important.

Harry tendit immédiatement la main. Peggy était d'une efficacité redoutable. Si elle estimait qu'un courrier était important, c'est que ça l'était. De fait, la respiration de Harry s'accéléra quand il lut le nom de l'expéditeur.

-J'ai déjà pris la liberté de faire venir Monsieur Malefoy et Monsieur Nott, dit-elle. J'ai également appelé Mademoiselle Granger mais elle est en réunion actuellement avec les membres de la Fédération Internationale de Quidditch. Dois-je les interrompre ?

- Non… non, surtout pas. Pas question que la Fédération se doute de quelque chose.

- C'est bien ce que je pensais, Monsieur. Vous avez besoin d'autre chose ?

- Non merci Peggy, dit-il. Vous êtes vraiment une perle.

Elle se contenta de sourire avant de sortir avec la même discrétion qu'elle était entrée.

Une minute plus tard, Draco faisait irruption dans le bureau, suivi par Théodore Nott.

-Potter ? Il y a un problème ? demanda Draco.

- Ceci vient d'arriver, dit-il en brandissant l'enveloppe. C'est le rapport de l'expert désigné par le Magenmagot.

- Tu l'as lu ? demanda Théo.

- Pas encore. Je… enfin…

Il avait peur. Tout simplement. L'avenir de son entreprise dépendait des conclusions de l'expert. Draco le comprit immédiatement. Sans un mot, il prit l'enveloppe des mains de Harry et l'ouvrit. Le rapport faisait plusieurs pages. Draco les parcourut en diagonale jusqu'à trouver ce qui l'intéressait et qu'il lut avec attention.

Quand il eut terminé sa lecture, son visage ne reflétait rien.

-Alors ? le pressa Harry.

- Ce sont des contrefaçons. L'expert est formel. Le bois utilisé pour le manche et les brindilles est de piètre qualité. Les charnières et le repose-pied sont en ferraille de récupération au lieu d'être en titane. Ce qui explique son coût trois fois moins cher… Les défauts sont masqués par des sorts de dissimulation.

- Oh merci Merlin ! On a gagné !

Harry n'avait plus ressenti une telle allégresse depuis longtemps. Il avait hâte de dire à Hermione que ce cauchemar était derrière eux. Il dut pourtant tempérer son enthousiasme en voyant le visage fermé de Draco.

-Quelque chose ne va pas ? questionna Théo qui avait également remarqué la mine sombre de son ami.

- Le problème n'est pas l'utilisation de matériaux bas de gamme, dit-il finalement. Le problème, c'est l'assemblage. Il se fait à l'aide de magie. Or, il se trouve que les sorts utilisés sont parfaitement identiques à ceux mis au point pour le ThunderBird.

Un grand silence accueillit cette déclaration.

-C'est impossible ! souffla Harry. C'est impossible… ces sorts sont secrets… tout est cloisonné… tout est fait pour que ça n'arrive pas…

- Que veux-tu dire ? demanda Théo.

Comme Harry semblait incapable de répondre, c'est Draco qui expliqua.

-Le processus de fabrication est cloisonné en cinq postes. On commence par fabriquer le manche : choix du bois, polissage, courbure, densité… tout répond à un protocole particulier qui est fonction du poids et de la taille de l'utilisateur. Quand c'est fait, une deuxième équipe pose les sorts. Résistance, imperméabilité, direction… chaque sort a été étudié de manière unique. On passe ensuite aux brindilles : choix de la fibre, longueur, densité, forme… C'est le travail de la troisième équipe. Quand elles ont été sélectionnées, elles sont assemblées par l'équipe quatre à l'aide de sorts tout aussi spécifiques. Restent la poste des pièces de métal et l'équilibrage. Cela se fait également à l'aide de sortilèges très pointus et surtout très confidentiels. C'est l'étape la plus délicate car c'est ce qui fera que le ThunderBird répondra aux moindres sollicitations de son utilisateur. C'est ce qui le rend aussi unique.

Harry ressentit une vive émotion à entendre Draco parler de son balai avec autant de ferveur et de technicité. Il savait tout du ThunderBird et pratiquement autant que Harry lui-même. Depuis qu'il était arrivé, il avait passé presque tout son temps à se faire expliquer en détail le fonctionnement de la production. Harry avait exigé qu'on réponde à toutes ses questions sans rien omettre. La seule chose qui restait un secret absolu était justement le catalogue de sorts utilisés.

-Si j'ai bien compris, résuma Théo, aucune équipe ne connaît le protocole de l'autre.

- Exactement, confirma Draco. Et chaque personne qui travaille à la fabrication du balai est soumis à un sort qui l'empêche de divulguer ce qu'il sait. Si les contrefacteurs ont réussi à placer des sorts identiques, c'est qu'ils sont en possession des plans et des formules.

- C'est impossible, répéta Harry, comme pour essayer de s'en convaincre.

Théo lui réfléchissait à toute allure.

-Il y a bien quelqu'un qui connaît le processus dans son ensemble ? demanda-t-il.

- Oui, dit Harry. Moi. Et Wilson, le technicien en chef.

- Tu crois que…

- Non, répondit Harry fermement. Wilson m'est loyal depuis le premier jour. Il a tout donné pour cette entreprise ! Jamais il ne ferait une chose pareille !

- Possible, dit Théo. Mais toujours est-il que quelqu'un est parvenu à se procurer les plans de ton balai ainsi que les sorts utilisés.

Les trois hommes restèrent silencieux un moment avant que Draco ne reprenne la parole.

-Il y a quelque chose qui me chiffonne dans tout ça. Tant qu'à contrefaire un balai, pourquoi avoir choisi le ThunderBird ? Pourquoi pas l'Hurricane ? Il leur rapporterait dix fois plus !

- Les plans de l'Hurricane sont-ils mieux protégés ? demanda Théo.

- Non, dit Harry. Ils sont rangés au même endroit, dans une chambre forte à laquelle seuls Wilson et moi avons accès.

- Tu crois qu'il accepterait d'être soumis au véritasérum ?

- Je refuse de l'insulter de la sorte !

- Potter, tempéra Draco. Il s'agit de protéger ton entreprise. S'il est aussi loyal que tu le dis, il ne pourra qu'accepter !

- A supposer qu'il le fasse, tu as du véritasérum toi ? Aux dernières nouvelles, c'est une potion réglementée qui est uniquement en possession des Aurors !

- Et aux dernières nouvelles, dit Théo, le Chef des Aurors est un de tes amis…

Harry soupira lourdement en se passant la main dans les cheveux.

-Je ne peux pas demander ça à Neville. Il… Il est… je ne peux pas.

Draco et Théo échangèrent un regard. Ils savaient tous les deux d'où venaient les réticences de Harry. Tous ses amis étaient également les amis des Weasley. Et il avait perdu confiance en eux.

-Tu sais, dit Théo prudemment. Je ne connais pas très bien Londubat mais j'ai déjà eu affaire à lui dans certains de mes dossiers. Il a l'air vraiment intègre.

- Tu veux dire qu'il est différent de Dean ? Qu'il n'ira pas tout raconter à Ron sitôt que j'ai le dos tourné ? clarifia Harry.

- C'est l'idée, oui.

- Je ne sais pas. Je dois y réfléchir.

- C'est toi qui vois, répondit Théo, sachant qu'il n'obtiendrait pas mieux pour le moment.

Harry se tourna vers Draco.

-Que va-t-il se passer maintenant ? demanda-t-il.

- Eh bien... vu que le balai est une contrefaçon, il y a définitivement eu violation du brevet. Nous sommes donc en position de force. Ton concurrent va certainement demander à négocier un arrangement. Je peux le faire, si c'est ce que tu souhaites. On peut aussi lui dire d'aller se faire foutre et attendre que le Magenmagot rende un jugement qui le condamnera à te verser des millions de gallions d'indemnités. Il sera ruiné, il devra licencier tout son personnel et son entreprise fera faillite.

- Et concernant les plans ?

- Ça c'est autre chose. Il n'est plus seulement question du respect d'un brevet. Il s'agit d'un vol pur et simple. Il faudra trouver comment et grâce à qui ton concurrent est entré en possession de ces plans.

- Ça peut faire partie de l'arrangement ? Je veux dire... on pourrait renoncer à leur réclamer du fric en échange de cette information, non ?

Draco eut un sourire sardonique.

-Tu apprends vite Potter. Oui, on pourrait faire ça.

- Alors tu as carte blanche. Je me fous pas mal de l'argent, tout ce que je veux, c'est savoir comment ces connards sont entrés en possession de mes formules !

- Je vais les contacter pour convenir d'une réunion le plus vite possible, suggéra Théo.

- Oui, approuva Harry. Le plus tôt sera le mieux.

Théo hocha la tête et quitta le bureau.

Harry lui, se détourna, préférant cacher sa détresse à Malefoy. Les mains dans les poches, il se posta devant la grande baie vitrée qui donnait en partie sur la cathédrale St Paul.

Draco le regarda. Il semblait tellement fragile, tellement vulnérable à cet instant que Draco eut un pincement au cœur. Il aurait bien voulu dire quelque chose pour le réconforter mais il n'était pas doué pour ça. Il ne savait pas consoler les gens. A la place, il s'approcha et par derrière, il entoura le corps de Harry de ses bras.

L'étreinte surprit Harry dont le premier réflexe fut de se crisper. Puis il exhala un long soupir avant de se laisser aller et d'appuyer sa tête contre l'épaule de Draco. Ils n'avaient pas besoin de mots.

Après quelques minutes, le silence fut brisé par Draco qui dit très bas :

-Je ne lâcherai pas l'affaire tant qu'on n'aura pas découvert qui est derrière tout ça.

- Et si ça prend des mois ?

- Ça m'est égal. Je n'abandonnerai pas.

Harry ferma les yeux. Il posa les mains sur les avant-bras de Draco et les pressa légèrement. Puis, mu par une impulsion soudaine, il se tourna face à lui.

-Merci, murmura-t-il avant de l'embrasser tout doucement.

C'était la première fois que Harry prenait l'initiative d'un baiser de ce genre. Ce n'était rien de plus qu'une simple pression des lèvres mais pourtant bien plus significatif que tout ce qu'ils avaient partagé auparavant. Quand il se recula, il remarqua la légère rougeur sur les joues de Draco et son petit sourire un peu contrit.

-Je ne sais pas si tu vas me remercier pour ce qui va suivre…

Harry fronça les sourcils. Il n'était vraiment pas d'humeur à subir une nouvelle tuile aujourd'hui.

-Est-ce que ça peut attendre, parce que là…

- Non. Non, ça ne peut pas attendre.

Il fit un geste fataliste de la main.

-Vas-y. Au point où j'en suis…

Draco se dandinait d'un pied sur l'autre. Ce qui inquiéta grandement Harry car une telle attitude ne lui ressemblait vraiment pas. Finalement Draco prit une grande inspiration et se lança.

-Tu te rappelles quand je t'ai dit que je faisais croire à ma mère que je sortais avec quelqu'un ?

- Oui… oui, je m'en rappelle, dit Harry, confus.

Pourquoi Malefoy lui parlait-il de ça ?

-Eh bien… hm… elle… elle pense que c'est toi.

- Quoi ?

- Elle a appris que je vivais chez toi le temps de mon séjour à Londres et elle pense que… enfin, elle est persuadée que tu es mon petit-ami. Son futur gendre, ajouta Draco dans un souffle.

Harry fut pris d'un irrépressible fou-rire. C'était donc ça ?

-Potter, j'apprécierais que tu arrêtes de te foutre de ma gueule !

- Par Merlin, je ne me fous pas de toi Malefoy… c'est juste que… je suis tellement soulagé… je croyais… que tu allais m'annoncer une nouvelle catastrophe ! hoqueta Harry entre deux rires.

- Ouais… ben je ne t'ai pas encore tout dit. Elle nous veut tous les deux à déjeuner. Dimanche. Au Manoir.

Pour le coup, le fou-rire de Harry fut stoppé net.

-C'est… une blague ?

- Non Potter, ce n'est pas une blague !

- Malefoy, soupira Harry. Au cas où ça t'aurait échappé, j'ai franchement autre chose en tête que de jouer les fiancés devant ta mère.

- Parce que tu crois que ça me fait plaisir ?

- Pourquoi tu ne lui dis pas la vérité ? Tout simplement ?

Draco eut un rire méprisant.

-Tout simplement ? On voit que tu ne connais pas ma mère Potter ! Il est trop tard ! Peu importe ce que je dirai, elle ne me croira pas. Et elle me harcèlera jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à ses fins !

- Et c'est quoi la solution alors ?

- Y aller. Lui dire ce qu'elle a envie d'entendre. La laisser y croire deux ou trois jours. Après, je lui dirai qu'on a rompu. Elle se lamentera pendant des heures mais au moins, on sera tranquille.

- Dis-le-lui maintenant ! Dis-lui qu'on a rompu !

- Non, elle n'y croirait pas. Elle pensera que je cherche à échapper à son invitation.

Harry leva les bras au ciel en soupirant.

-Merde… Malefoy… tu te rends compte de ce que tu me demandes ? Tout ça pour t'aider à te dépêtrer de tes propres mensonges !

- Potter, sans vouloir en rajouter… il me semble que je n'ai pas trop fait d'histoires quand toi, tu m'as demandé de t'aider.

L'argument fit mouche. Harry pinça les lèvres, pas vraiment ravi que Draco lui renvoie sa situation en pleine figure.

-D'accord, dit-il avec lassitude. Mais pour le thé. Pas pour le déjeuner.

- Hm, je pense que ça pourrait se faire.

- Et je veux que nous ayons rompu mercredi au plus tard !

Son ton était plus vindicatif qu'il ne l'aurait voulu et il remarqua immédiatement qu'il avait blessé Malefoy.

-Excuse-moi, dit-il. Je…

- C'est bon Potter, ne t'inquiète pas. Plutôt manger de la morve de troll que d'être fiancé à toi plus longtemps que nécessaire.

Harry n'eut pas le temps de réitérer ses excuses. La porte du bureau avait claqué.

O°O°O°O°O°O°O

18 octobre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres

On était samedi soir. Harry n'avait pas revu Draco depuis la veille. Il n'était pas rentré à l'appartement et Harry n'avait aucune idée d'où il avait passé la nuit.

Il avait tenté de joindre Hermione au cas où Blaise lui aurait dit quelque chose mais elle n'avait pas répondu. Quand, enfin, elle l'avait rappelé dans l'après-midi pour lui annoncer, toute guillerette, qu'elle passait le weekend avec Blaise dans sa propriété en Ecosse, l'humeur de Harry était au plus bas.

-Tu te rends compte Harry ? Tout le weekend ! s'était-elle écriée.

- Oui, j'ai compris Hermione ! Vous allez enfin baiser ! Tant mieux pour toi ! Entre nous, il était temps ! avait-il répliqué avec agacement.

- Bien. Puisqu'il semble clair que je t'ennuie, je vais…

- Non ! Hermione, pardonne-moi s'il te plaît !

Harry avait fini par lui parler de l'absence de Draco et de la torture que c'était de ne pas savoir où il était et ce qu'il faisait.

-Harry ? Qu'est-ce que je t'ai dit l'autre jour ? Fais comme lui ! Sors ! Ramène un mec chez toi !

- Ouais… tu as peut-être raison…

- J'ai toujours raison.

Ils avaient encore discuté quelques minutes puis Harry s'était excusé une nouvelle fois et lui avait souhaité un bon weekend, espérant surtout qu'après que Blaise ait eu ce qu'il voulait, il ne désintéresserait pas d'elle comme tant d'autres l'avaient fait auparavant.

Puis il avait erré dans son appartement comme une âme en peine, incapable de prendre une décision sur ce qu'il convenait de faire.

La nuit tombait sur Londres lorsqu'il décida qu'il avait été suffisamment pathétique pour le reste de son existence. Il se rendit dans sa chambre, prit une douche et s'habilla en conséquence pour sortir.

De retour dans le salon, il tomba nez-à-nez avec Draco.

-Tiens, Malefoy, dit-il sur un ton parfaitement maîtrisé. Ça va ?

- On ne peut mieux ! J'ai tellement baisé que j'ai la queue qui pèle !

- Ah. Super.

Draco fronça les sourcils, agacé par l'attitude indifférente de Harry. Puis il remarqua sa tenue : un pantalon noir de belle facture et une chemise en soie noire, ouverte sur deux boutons et dont il avait retroussé les manches au coude. Ses cheveux étaient pour une fois impeccablement coiffés.

-Tu sors ? demanda-t-il avec un désintérêt feint.

- Oui. La soirée black and white de l'Abyss, une boîte moldue à Battersea.

- Hm… tu comptes ramener quelqu'un ?

- Sans aucun doute ! Un problème ? demanda Harry avec une fausse sollicitude.

- Absolument pas ! Tu es chez toi, ici. Mais… dans ce cas, il vaudrait peut-être mieux que je te laisse seul, non ?

- En fait… je me disais que tu pourrais m'accompagner… mais bon, si ton engin est hors service, je peux comprendre que…

- Nous sommes des sorciers, Potter, coupa Draco. Il n'y a rien qu'une potion ou un sort ne puisse réparer.

Harry croisa les bras devant lui, jaugeant Malefoy du regard.

-J'en déduis que tu es d'accord ?

- Laisse-moi une demi-heure pour me préparer.

- Ok.

Draco disparut dans la chambre. Pendant ce temps, Harry se servit un verre de vin qu'il commença à boire pensivement. Il fut sorti de sa rêverie par le bourdonnement du portable que Draco avait laissé sur le comptoir. Par curiosité, il jeta un coup d'œil à l'appelant.

Pansy Parkinson.

Le bourdonnement s'arrêta pour reprendre quelques secondes plus tard. C'était toujours Pansy. Au quatrième appel consécutif, Harry se dit que ce devait être urgent et il décida de décrocher.

-Allô ?

- Draco, qu'est-ce que tu foutais ? Je t'ai dit de m'appeler à ton arrivée ! Merde, j'étais super inquiète !

- Je…

- Rien à foutre de tes explications foireuses ! Et c'est la dernière fois que je te ramasse dans un état pareil à cause de Potter ! Tu m'as compris ?

Harry haussa les sourcils. Qu'est-ce qu'il venait faire là-dedans ?

-Dis, tu pourrais répondre !

- Hm. Ce n'est pas Draco. C'est Harry. Harry Potter.

Il y eut un grand silence à l'autre bout de la ligne.

-Merde.

- Malefoy… est sous la douche, crut-il nécessaire d'expliquer. Comme tu as appelé plusieurs fois d'affilée, j'ai pensé que c'était urgent… c'est pourquoi j'ai décroché.

- Merde, répéta-t-elle.

Comme Pansy ne semblait pas décidée à dire autre chose, il insista :

-Pansy ? Que se passe-t-il avec Draco ?

- Tu crois vraiment que je vais te le dire, espèce de sale fouineur !

- Je ne fouinais pas ! Je...

- Potter, laisse tomber, tu veux ? Oublie ce coup de téléphone. Oublie ce que j'ai dit.

- Sûrement pas ! Draco était à New York ? Avec toi ?

- Potter…

- Pansy, s'il te plaît.

Pansy soupira.

-Oui. Il a débarqué hier vers midi. Soi-disant pour s'assurer que ses affaires allaient bien.

- Soi-disant ?

- Ne fais pas l'idiot Potter ! Tu sais très bien que Draco allait mal ! Je ne sais pas ce que tu lui as fait ou ce que tu lui as dit mais je sais que c'est à cause de toi ! C'est toujours à cause de toi !

- Quoi ? Pourquoi tu dis ça ?

- C'est la dernière fois, tu entends ? continua Pansy sans répondre à sa question.

- La dernière fois de quoi ? Je ne comprends rien à ce que tu dis !

- Tu ne le mérites pas ! Blaise est persuadé que je me trompe et malheureusement pour lui, Draco préfère écouter Blaise plutôt que moi mais je sais que j'ai raison. Tu vas le faire souffrir et il ne s'en relèvera pas. Mais ce jour-là, tu auras affaire à moi. Et tu comprendras que Voldemort, comparé à moi, c'était une larve de strangulot.

- Mais…

Clic.

Harry contempla le petit appareil, abasourdi. Alors tout ce temps, Draco était à New York ? Chez Pansy ? Mais pourquoi avait-il menti ? Et c'était quoi cette menace ? Pourquoi Draco souffrirait-il à cause de lui ?

Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions car Draco avait réapparu. En le voyant, Harry se dit que si le Paradis existait, les anges ressembleraient à ça… Il portait un pantalon en lin blanc et une chemise sans manche blanche également. Loin de l'affadir, cette couleur mettait en valeur sa peau pâle qui n'en semblait que plus parfaite, comme si elle était illuminée de l'intérieur. Quelques mèches blondes indisciplinées encadraient sensuellement son visage. Et dans ce mélange d'or, d'ivoire et d'albâtre, la Marque des Ténèbres se découpait sur son bras dans une noirceur fascinante.

Conscient qu'il était en train de de le dévorer des yeux, Harry se força à détourner le regard.

-Bon, on y va ? dit-il un peu brusquement.

Sans attendre de réponse, il prit ses clés de voiture sur le dressoir et quitta l'appartement, Draco à sa suite.

O°O°O°O°O°O°O

18 octobre 2014 – L'Abyss, Battersea, Londres

Battersea était le nouveau lieu branché de Londres. Situé sur la rive sud de la Tamise, il avait longtemps été une zone délaissée jusqu'à ce que des promoteurs s'intéressent à ces grands espaces industriels facilement modulables et transformables. En quelques années, les hangars désaffectés étaient devenus des lofts, plus luxueux les uns que les autres, pris d'assaut par une population jeune, très nantie et en partie homosexuelle.

C'était une constante dans les grandes villes : la communauté gay constituait souvent une frange de la population assez cultivée, à haut niveau d'études, occupant des emplois lucratifs. En d'autres mots : ils étaient riches, donc susceptibles de dépenser des fortunes pour leur logement mais aussi pour leurs loisirs.

C'est ainsi qu'on trouvait à Battersea des lieux d'amusement comme l'Abyss, tout aussi gay-friendly qu'à Soho.

En entrant dans la boîte de nuit, Draco était circonspect. Habituellement, il fuyait les boîtes gay comme la peste. Il n'appréciait pas l'étalage de chairs et de muscles qui faisait parfois ressembler ces endroits à des marchés aux bestiaux. Pour apprécier le corps d'un homme à sa juste valeur, il n'avait pas besoin de chaps en cuir, de torses dénudés luisants de sueur ou de sexes tout juste moulés dans un jockstrap minuscule.

A l'Abyss, rien de tout cela. Le décor était élégant et intimiste avec des murs couverts de velours violet, un bar laqué or et noir, de confortables banquettes gris anthracite. Il flottait dans l'air un mélange d'odeurs d'alcool, de parfums et de phéromones mais qui loin d'être écœurant, était empreint d'une certaine sensualité. Le club était aménagé sur deux étages, le bar et les tables en haut, un autre bar et la piste de danse en bas. L'endroit était vraiment agréable.

-Tu t'attendais à quoi ? demanda Harry qui avait manifestement suivi le fil de ses pensées. A une cage aux folles ?

- Avec toi, je m'attends à tout. Mais j'admets que ce lieu est plutôt classe…

- On dirait que ça t'étonne.

- Hm… Oui. Je t'imaginais plutôt fréquenter les backrooms que les salons chics.

- Oh mais l'un n'empêche pas l'autre ! Il y a une backroom ici aussi… et je la fréquente assidûment.

L'idée que Harry puisse se livrer à des activités licencieuses avec des hommes sans visage dans un endroit aussi glauque amena chez Draco un relent de dégoût, curieusement mâtiné de désir.

-Bon… si tu as décidé de rester planté là, c'est ton choix… Moi je vais m'amuser, dit Harry après avoir avalé le contenu d'une fiole de potion antidouleur.

Il descendit le large escalier qui menait à la piste de danse et se mêla à la foule entièrement vêtue de noir ou de blanc. Draco, lui, commanda au bar un double whisky qu'il sirota, accoudé à la rambarde.

Harry dansait bien, de manière ni timorée ni exubérante. Il bougeait au rythme de la musique avec le même naturel que tout ce qu'il faisait d'autre dans sa vie. Bien entendu, il ne fallut pas longtemps pour que plusieurs danseurs se regroupent autour de lui, désireux d'attirer son attention.

Quelque chose de venimeux parcourut les veines de Draco quand il vit un homme venir se coller effrontément au dos de Harry. Il vida son verre d'un trait, l'abandonna sur une table basse et dévala l'escalier à son tour. Arrivé à hauteur de Harry, il fit dégager l'importun d'un seul regard et prit sa place. Avec douceur et possessivité à la fois, il posa les mains sur les hanches de Harry et bougea au même rythme que lui. Aussitôt, les autres hommes autour s'éloignèrent, comme s'ils avaient compris que leur proie était devenue la chasse-gardée de ce grand blond.

Si Harry n'avait pas vu Draco arriver, il avait immédiatement reconnu son odeur et cette façon, à la fois ferme et tendre qu'il avait de le toucher.

-T'es franchement pas gêné Malefoy, râla-t-il. De quel droit tu fais fuir mes coups ?

- Allons Harry… murmura Draco tout contre son oreille, envoyant des frissons dans tout son corps. Ne peux-tu pas te contenter de moi ?

Harry prit le temps pour se retourner et le regarder dans les yeux.

-Et toi Draco ? Te contenteras-tu de moi ?

Draco resta muet trop longtemps au goût de Harry qui interpréta son silence comme une négation. Son regard se durcit et il se dégagea des bras de Draco.

-Laisse-moi, dit-il en retournant vers le centre de la piste.

Une seconde plus tard, les sangsues étaient de retour, se repaissant ouvertement de la déconvenue de ce rival qui n'en était plus vraiment un.

Draco continua de danser, machinalement, lui aussi entouré d'un essaim de prétendants.

Il ne quittait pourtant pas Harry des yeux, le voyant se frotter de plus en plus sensuellement à un grand type, brun, barbu, le visage carré, et assez musclé. Tout le contraire de lui.

En acceptant de l'accompagner en boîte, Draco savait qu'il commettait une lourde erreur. Car c'était une chose de savoir que Harry avait une vie sexuelle plus qu'active, mais c'en était une autre de le voir à l'œuvre.

Par mimétisme ou par vengeance, il ne parvenait pas à savoir, Draco tendit le bras vers la première chemise à sa portée et attira son occupant à lui, l'embrassant sauvagement. L'homme, un rouquin aux yeux bleus, ne croyait pas en sa chance. Avec son physique plutôt banal, il n'aurait jamais imaginé obtenir les faveurs de l'adonis blond qui dansait à quelques pas de lui.

Draco se surprit à apprécier le baiser. Le type n'embrassait pas trop mal après tout. Il en profita quelques instants avant de reporter son attention sur l'endroit de la piste où se trouvait… personne. Il sursauta, son regard scannant la foule à la recherche de Harry et de Monsieur Muscle.

-Merde, murmura-t-il en voyant une silhouette familière s'éclipser derrière un rideau de velours noir.

Il fendit la foule dans cette direction, bousculant les gens sans ménagement jusqu'à arriver à l'endroit où Harry avait disparu. Avec précaution, il écarta la lourde tenture. Un couloir sombre, à peine éclairé de quelques diodes lumineuses, s'étendait devant lui.

-Wahou… Tu as vraiment envie de faire ça dans la backroom ? souffla une voix dans son dos.

Draco tourna brusquement la tête pour remarquer que Rouquin l'avait suivi. Sans égard pour lui, il avança. A mesure qu'il se rapprochait du lieu de débauche, les bruits se faisaient plus explicites. Des soupirs, des gémissements, le bruit mat des corps qui cognent les uns contre les autres. Et surtout l'odeur. Forte, musquée, écœurante.

Il déboucha finalement dans une salle, découpée en un labyrinthe de petites alcôves. Il ne porta aucune attention aux corps nus, enlacés dans des positions sans équivoque, déterminé à retrouver Harry. Il ne dut pas chercher très longtemps. Il le trouva nonchalamment appuyé contre une cloison, la chemise entièrement déboutonnée, l'air de s'ennuyer prodigieusement. Monsieur Muscle était agenouillé devant lui en train de déboucler sa ceinture.

-Ah Malefoy, soupira-t-il. Tu viens te joindre à nous ?

Disant cela, il pivota la tête pour reluquer l'homme qui se tenait derrière Draco.

-Tiens… si j'avais su que tu faisais dans le rouquin, je t'aurais présenté les Weasley, se moqua-t-il.

- J'ai beaucoup de défauts mais je ne suis pas zoophile. Toi par contre, tu sembles apprécier le côté homme des bois… Nostalgique d'un certain garde-chasse Potter ?

- Ta gueule Malefoy. Je t'ai déjà dit de me foutre la paix. Si tu veux baiser, rentre à l'appartement, je ne t'en empêche pas.

Durant le temps de leur petit dialogue, Monsieur Muscle avait stoppé tout mouvement, regardant alternativement les deux hommes qui se chamaillaient.

-Et toi ? lui jeta alors Harry avec agressivité. Qu'est-ce t'attends ? Que je le fasse moi-même ?

Peu désireux de contrarier ce petit brun teigneux, Monsieur Muscle voulut reprendre son activité sans plus tarder. Mais c'était sans compter sur Blondie qui l'en empêcha.

-Harry… dit Draco plus doucement. Rentre avec moi.

- Quoi ? Non ! s'énerva-t-il.

Il se décolla du mur et fit se relever Monsieur Muscle.

-Tu le vois, lui ? dit-il en fixant Draco méchamment. C'est Ramon.

- Heu non… c'est Javier, corrigea l'intéressé.

- Ramon… Javier… en s'en fout. Tout ce qui compte, c'est que je vais me le faire. Maintenant. Avec ou sans ta permission. Alors, ou bien tu te casses avec ton rouquemoute ou bien tu restes pour le baiser ou pour me mater mais dans tous les cas, tu fermes ta gueule !

- S'il te plaît. Rentre avec moi, insista Draco.

- Malefoy, t'es bouché ou quoi ?

- Vous savez quoi ? Vous n'avez qu'à vous tirer tous les quatre et arrêter de faire chier le monde ! On est ici pour baiser tranquille, pas pour assister à une scène de ménage. Bordel, si j'avais voulu regarder un soap, je serais resté chez moi !

L'homme qui avait parlé était un grand black plutôt balèze. Il empoigna Draco et Harry par le col de leur chemise et les fit avancer sans douceur. Un de ses copains venait de faire pareil avec Javier et Rouquin.

-Maintenant vous dégagez, dit-il encore en les poussant vers la sortie.

- Ouais, bien vu mec… entendait-on plus loin.

- T'as assuré ! ajouta un autre tandis que quelqu'un applaudissait.

Abasourdis, ils se retrouvèrent tous les quatre de l'autre côté du rideau, sous les regards perplexes de quelques personnes.

-Je rêve ou ce connard vient de me virer ? éructa Draco.

- C'est bon, n'en rajoute pas, dit Harry en rajustant sa chemise. Tirons-nous d'ici.

- On n'a qu'à rentrer avec vous, dit alors Rouquin.

Draco le regarda comme s'il avait une deuxième tête.

-Tu es en train de proposer quoi, là ? Un plan à quatre ?

- Ben ouais, ça peut être cool.

- T'es malade ?! protesta Harry.

- Oh oh, Potter ! se moqua ouvertement Draco. Effrayé ? Tu n'as jamais fait ça à plusieurs ?

- Sûrement plus souvent que toi, pauvre con ! Les après-matches, c'était pas vraiment des soirées crêpes si tu vois ce que je veux dire !

- Parfait ! dit Draco avec hauteur en faisant face à Harry. Alors dans ce cas, tu ne vois pas d'inconvénient à ce qu'on ramène nos amis ici présents ?

- Absolument aucun ! répliqua Harry, les poings serrés et le visage à quelques centimètres de celui de Draco.

Javier et Rouquin les regardaient, légèrement inquiets pour le coup. Les deux hommes semblaient sur le point de se sauter à la gorge. Il émanait d'eux quelque chose de puissant et de dangereux qui faisait presque vibrer l'air autour d'eux.

-Heu… les mecs, commença Javier. Vous avec l'air d'avoir des trucs à régler tous les deux. Alors…

- Alors, on rentre, conclut Harry. Et vous venez avec nous. Viens, Ramon…

- Moi c'est Javier…

Il tira Javier par le bras et l'entraina avec lui. Draco haussa les épaules en soupirant.

-Allez viens, dit-il à Rouquin.

- T'es sûr ? Parce qu'il a l'air un peu flippant ton pote…

- T'inquiète pas. Il n'est pas méchant. Et puis, le foursome, c'était ton idée, non ?

Rouquin bougonna quelque chose mais suivit néanmoins Draco vers la sortie.

Cinq minutes plus tard, ils étaient installés dans la voiture de Harry.

-Hm… je me demandais, dit Javier pour briser le lourd silence qui s'était installé alors qu'ils roulaient depuis cinq bonnes minutes. Tantôt, tu as parlé d'après-matches… T'es un sportif ?

- J'étais, corrigea Harry. J'ai eu un accident qui m'a empêché de continuer.

- Oh. Tu faisais quoi ? Foot ? Basket ?

- Gobeur de flans, dit Draco avec un grand sérieux.

- Ça existe ça ? demanda Javier.

- Bien sûr ! Il était même champion du monde !

- Wahou, s'exclama Rouquin. C'est la première fois que je rencontre un champion du monde de quelque chose…

- Ne l'écoutez pas, tenta Harry. Il…

- Je sais, coupa Draco, surexcité. C'est hyper impressionnant ! Et quelle technique ! Ce n'est pas facile, vous savez ! C'est même tout un art ! La bouche doit d'abord s'avancer lentement vers le flan afin de ne pas l'effrayer. Ensuite, il ne faut débuter l'aspiration qu'une fois que les lèvres l'enserrent bien et ne permettent plus à l'air de passer. On creuse bien les joues et on aspire la bête en restant très vigilant car on n'est jamais à l'abri d'une malencontreuse rotation ou même… d'une désintégration, termina-t-il sur un ton dramatique, accompagné de grands gestes.

Bien malgré lui, Harry dut faire un effort pour ne pas éclater de rire. Il faut dire que la tête des deux autres dans le rétroviseur valait de l'or.

-Malefoy, soupira-t-il avec emphase, décidant finalement de jouer le jeu. Tu exagères… je n'étais pas si exceptionnel que ça.

Draco se pencha vers lui.

-Bien sûr que si tu l'étais, murmura-t-il à son oreille. Tu l'es toujours.

Harry resta bouche bée. Il avait l'impression que son cœur allait pulvériser sa cage thoracique.

-Mais… comment on fait pour se blesser en gobant des flans ? demanda Rouquin.

Cette fois, c'en était trop. Harry explosa de rire et Draco aussi.

O°O°O°O°O°O°O

19 octobre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres

-Wahou… sympa l'appart, commenta Javier en enlevant sa veste.

A cette heure de la nuit, ils avaient mis à peine quinze minutes pour rejoindre l'immeuble de Harry. Le fou-rire de la voiture s'était estompé depuis longtemps, laissant la place à une gêne presque palpable qu'Harry décida de dissiper au plus vite.

-J'ai pas vraiment envie de te faire faire le tour du propriétaire. Dessape-toi, ordonna-t-il.

- Pressé mon mignon ?

- Je ne suis pas ton mignon. Et oui, je suis pressé. Bordel, ça fait au moins une heure que j'aurais dû te baiser, marmonna-t-il en jetant un regard noir à Draco.

Lui ne voyait rien du tout, trop occupé qu'il était à se faire lécher l'oreille par Rouquin.

-On fait ça ici ? demanda Javier en se laissant tomber dans le canapé, entraînant Harry avec lui.

- Non.

La voix de Draco avait claqué. Javier haussa un sourcil.

-Pourquoi ? Il a l'air super ce canapé.

- J'ai dit. Pas. Dans. Le. Canapé.

- Hé quoi ? Y a ton nom dessus ? rigola Javier.

Draco ne semblait pas du tout d'humeur à plaisanter.

-Exactement, répondit-il froidement. Alors bouge ton cul de là.

- Allons dans la chambre, dit Harry.

- C'est à l'étage, précisa Draco en regardant Harry avec insistance.

- A l'étage ? Mais… Oh.

Harry comprit. Draco ne voulait pas qu'ils couchent là où Harry et lui couchaient habituellement. Cette constatation lui fit une drôle d'impression dans le ventre.

Ils montèrent donc dans la chambre d'amis.

-Vous vivez ensemble ? demanda Javier.

- On peut dire ça, répondit Harry.

- Vous êtes un couple libre alors ?

- On peut dire ça, répéta Draco.

- C'est génial, commenta Rouquin. Vous devez avoir une telle confiance l'un en l'autre pour accepter une relation libre… c'est magnifique, s'extasia-t-il. J'aimerais tant trouver un mec comme ça. Vous avez tellement de chance tous les deux… Vous avez chacun trouvé l'homme de votre vie…

Rouquin était définitivement un grand sentimental. Il regardait maintenant Draco et Harry avec une admiration sans borne dans les yeux.

Harry essaya de couper court à cette discussion en commençant à se déshabiller.

-Potter, murmura Draco. Ce sont des moldus… tu as ce qu'il faut ?

- Ouais. Il y en a dans la salle de bain. Sinon, il y en a dans no… ma chambre.

Draco disparut dans la pièce annexe à la chambre pour revenir une minute avec une boîte de préservatifs. Il en prit deux pour lui et en tendit deux autres à Harry.

-Deux ? chuchota Harry, sans comprendre.

- J'en mets toujours deux.

- Tu es fou ? Tu ne sais donc pas qu'il y a un plus grand risque de déchirure si tu en mets deux ?

Draco le regardait, suspicieux.

- Apparemment, tu ne le savais pas, constata Harry. Fais-moi confiance, Draco. Je sais de quoi je parle. J'ai sûrement fréquenté bien plus de moldus que toi.

Draco grogna quelque chose d'incompréhensible mais obtempéra. Il craignait plus que tout les moldus et leur terrible maladie. Elle n'existait pas dans le monde sorcier, si bien que les premières fois où il avait couché avec des moldus, il n'avait pas fait attention. Avec les sorciers, un sort de protection suffisait, plus pour une question d'hygiène qu'autre chose. Le fait ne pas pouvoir l'utiliser sur un moldu ne le tracassait pas outre mesure.

Jusqu'à ce qu'il tombe par hasard sur une émission télévisée consacrée aux ravages causés par le SIDA. Paniqué, il était allé dans un hôpital moldu pour subir un dépistage. Ce fut l'épreuve la plus détestable de sa vie. D'abord parce qu'on ne lui avait jamais fait de « prise de sang » et qu'il avait bien cru ne jamais s'en remettre, ensuite parce qu'il avait dû attendre des semaines avant d'avoir un résultat définitif.

Blaise et Pansy avaient tenté de le rassurer du mieux qu'ils pouvaient, lui disant qu'il était un sorcier sang pur, donc moins sensible aux maladies moldues que les sangs mêlés ou les sorciers nés-moldus. Mais rien n'y avait fait. Il avait été mort de peur, terrifié à l'idée d'être terrassé par une sinistre et sournoise MST alors qu'il avait survécu à Voldemort.

Depuis lors, il refusait systématiquement tout rapport non protégé avec un moldu.

-Déshabille-toi, ordonna-t-il à Rouquin tandis qu'il faisait de même.

Harry était déjà complètement nu et embrassait langoureusement Javier.

Draco s'assit sur le matelas, le dos appuyé contre les coussins, et fit signe à Harry de le rejoindre. L'instant d'après, leurs deux invités les avaient rejoints. Commença alors un ballet de caresses et de baisers fiévreux.

Ils savaient y faire tous les deux et tant Harry que Draco étaient particulièrement excités par le traitement qu'ils recevaient. Draco bougea les hanches pour inciter Rouquin à descendre s'occuper de son entre-jambe, ce que l'homme fit avec bonheur.

Draco et Harry s'abandonnèrent, gémissant, se tortillant au rythme des vigoureuses succions. Dans leurs mouvements, leurs mains se frôlèrent. Un courant électrique les parcourut immédiatement tandis que leurs doigts s'accrochaient. Draco se pencha vers Harry, glissa la main dans sa nuque et l'attira à lui. Le baiser qui s'en suivit était chaud, incroyablement dépravé et terriblement bon.

- ça t'existe ? chuchota Draco en lui mordillant le lobe de l'oreille.

- Oh Merlin oui, souffla Harry.

- Tu aimes ce qu'il te fait ?

Draco léchait le cou et l'oreille de Harry, exactement comme il aurait léché son sexe.

- Oui... mais je n'arrête pas de penser à ce que toi, tu m'as fait au Blue Black… ta langue si douce… ta gorge, si serrée autour de ma queue… personne ne m'avait jamais pris si profondément…

Ses mots n'étaient que des chuchotements mais ils résonnaient en Draco plus fort que des tambours.

-Tu aimes ça, murmura-t-il … tu aimes ma bouche qui te suce à fond…

- Oui, haleta Harry. Je l'aime…

Je t'aime, eut-il envie de dire.

Il traduisit toute sa ferveur dans un baiser fiévreux auquel il mit cependant fin pour écarter Javier de lui.

-Bougez-vous tous les deux, ordonna-t-il. Placez-vous au milieu du lit, l'un sur l'autre, en 69.

Les deux hommes, bons joueurs, obtempérèrent immédiatement. Harry se plaça devant la croupe tendue de Javier, tandis que Draco en faisant autant de l'autre côté, entre les cuisses de Rouquin.

-Potter, admira Draco. T'es un putain de connaisseur pervers en fait…

- Quand je te disais que je n'en étais pas à mon coup d'essai.

Ils enfilèrent tous les deux leurs préservatifs et d'un coup de rein peu scrupuleux, ils pénétrèrent leurs partenaires. Javier et Rouquin gémirent bruyamment, le son étouffé par le sexe de l'autre qu'ils avaient en bouche.

Harry et Draco bougeaient en rythme, sans se lâcher des yeux. Chaque coup de boutoir était un peu plus violent que le précédent, comme dirigés par une colère sourde.

Les mains de Harry migrèrent des hanches de Javier sur son dos où, à mi-chemin, elles rencontrèrent à nouveau celles de Draco. Leurs doigts s'enlacèrent mais cette fois, la présence des deux corps entre eux, les empêchèrent de faire plus que se regarder.

Cela frustrait Draco. D'autant plus que les gémissements et les grognements de Harry se faisaient plus intenses. Il baisait Monsieur Muscle et il aimait ça, le salaud.

Le venin de la jalousie se répandit en lui une nouvelle fois. Acide. Brûlant. Douloureux.

Harry remarqua que le regard de Draco s'assombrissait à mesure qu'il prenait son pied à l'intérieur du corps de l'autre homme. Draco était-il jaloux ?

Ni Javier ni Rouquin ne semblaient se rendre compte de ce qui se passait entre Harry et Draco, trop perdus dans le plaisir qu'ils ressentaient. Ces derniers les pilonnaient férocement, tout en se bouffant des yeux.

-Tu voudrais être à sa place, hein Malefoy ? susurra Harry, provoquant. Tout au fond de toi, tu voudrais qu'un jour je te baise comme ça… sans restriction, sans limite, sans aucune précaution. Juste te défoncer, aussi fort que je le peux…

- Dis plutôt que c'est toi qui veux te faire scier en deux… Je peux presque sentir d'ici ton trou affamé tout palpitant d'envie de moi…

Sans préavis, Harry cessa de pilonner Javier. Il le ramena face à lui avant de s'étendre sur le matelas, les jambes largement écartées.

-Baise-moi, lui dit-il simplement en lui jetant la pochette d'un préservatif. Baise-moi. Maintenant.

- Avec plaisir, souffla le barbu qui n'en demandait pas tant.

Draco vit la scène au ralenti. Javier déchira l'emballage, déroula le morceau de latex sur son sexe et le pompa d'un geste sûr avant de la diriger vers l'entrée de Harry. Il eut l'impression qu'une bombe explosait à l'intérieur de lui. Ce n'était plus du venin qui déferlait dans ses veines, c'était un fleuve de lave. Il se jeta sur Javier, le faisant lourdement chuter du lit.

-Putain ! cria l'hispanique. T'es malade !

Mais Draco n'entendait rien. Il était à cheval sur les hanches de Harry, retenant ses mains au-dessus de sa tête, le visage à quelques centimètres du sien.

-Pourquoi tu fais ça ?

- Jaloux Malefoy ? parvint à dire Harry dans un rire moqueur.

- Personne ne t'avait baisé avant moi, siffla-t-il. Alors pourquoi ?

Harry ne répondit rien, se contentant de transpercer Draco de son regard couleur forêt.

- Oh Harry, souffla Draco faiblement.

Il enfouit son nez dans le cou de Harry et le tint fermement enlacé contre lui.

- Ne fais plus jamais ça, murmura-t-il dans ses cheveux. Ne fais plus jamais ça...

- Plus jamais, confirma Harry en l'embrassant doucement.

Javier et Rouquin étaient devenus totalement invisibles aux yeux des deux hommes.

-Moi je me casse. Ils sont complètement barjes, décréta Javier.

- Je ne sais pas, dit Rouquin d'un air rêveur. Ils s'aiment, c'est tout.

- S'ils s'aiment tant que ça, dis-moi ce qu'on fout ici alors ?

Il n'eut jamais de réponse. Ils ramassèrent leurs vêtements et quittèrent la chambre puis l'appartement.

A suivre...