DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Que dire ? Sinon vous remercier encore et toujours pour votre enthousiasme !

Bonne lecture !


Chapitre 11 – Aussi libre que moi

« T'engager comme avec toi je le suis

Sans garde-fou et rester

J'ai fait le vœu de te garder

Aussi libre que moi »

(Calogero)

25 octobre 2014 – Stade des Pies de Montrose, Ecosse

Voyant qu'il ne réagissait pas, Draco fit une grimace douloureuse et marcha droit vers la porte.

-NON ! NE PARS PAS ! S'IL TE PLAIT DRACO ! NE PARS PAS !

Draco baissa les yeux sur les deux mains qui le retenaient par le bras.

-S'il te plait… Ne pars pas, répéta Albus d'une toute petite voix en s'accrochant désespérément à lui.

S'il fut étonné de la réaction du petit garçon, ce n'était rien comparé à Harry. Il regardait alternativement son fils et Malefoy, sans comprendre ce qui se passait. Albus était habituellement timide, réservé et très peu liant avec les personnes qu'il ne connaissait pas. Comment se faisait-il qu'il s'accroche à Draco de la sorte ?

-Désolé Albus, dit Draco avec douceur. Je dois partir.

- Tu ne dois rien du tout ! C'est parce que papa t'a crié dessus, c'est ça ? Mais c'est pas grave ça !

Malefoy haussa un sourcil. Pas grave ? Il n'avait jamais été aussi humilié de sa vie ! Enfin, si. Peut-être bien. Le jour de son procès, quand on l'avait amené, enchaîné, dans la salle d'audience, son orgueil avait été mis à rude épreuve. Mais peu importe ! Personne, absolument personne, pas même sa seigneurie Potter n'avait le droit de lui parler comme ça.

Par ailleurs, personne non plus ne lui dictait sa conduite. Et certainement pas un mioche de onze ans. Même quand le mioche vous regardait avec une tête d'épagneul qu'on va abandonner au bord d'une route.

Et merde, pensa Draco. Sale gosse larmoyant !

Albus lui lâcha le bras.

-C'est pas grave Draco, dit-il en soupirant à fendre l'âme. Merci de t'être occupé de nous. Merci pour la sortie en ville, la crème glacée et pour tout ce que tu nous as acheté… C'était génial. Et puis, tu fais super bien la cuisine.

- Quoi ? Mais depuis quelle heure sont-ils avec toi ? demanda Harry, de plus en plus déconcerté.

- Je… hm… pas de quoi, répondit Draco sans égard pour la question de Harry.

Le petit garçon lui fit un pauvre sourire et s'éloigna de quelques pas.

-Fais gaffe aux journalistes en sortant, dit-il encore. Ils vont sûrement comprendre que tu t'es disputé avec papa. Ils vont dire que tu es comme les autres, que tu ne supportes pas la pression de sa célébrité. C'est ce qu'ils disent toujours de toute façon, acheva-t-il en haussant les épaules.

Harry eut un coup au cœur. Comment son fils savait-il cela ? Il lisait la presse ? Tout ce ramassis de conneries que les journalistes débitaient continuellement à propos de lui ?

Draco pour sa part, fulminait. Hors de question de donner raison à ces gratte-papiers de merde ! Il n'était pas les autres. Il n'était pas un sorcier lambda qui se laissait impressionner par une photo dans une vulgaire feuille de choux !

-Bien, dit-il alors. J'espère vraiment que cette tribune présidentielle en vaut la peine.

Et sans attendre de réponse, il se dirigea vers la porte vitrée qui donnait sur la tribune en question.

Dans la pièce, la tension se relâcha d'un coup. Harry fit un signe de tête reconnaissant à Albus qui arborait un sourire triomphant et très… serpentard. Le garçon allait se précipiter à la suite de Draco mais Harry le retint par le bras.

-Une minute bonhomme ! Tu n'oublies pas quelqu'un ?

Albus le regarda sans comprendre avant de se rappeler de la présence d'Hermione. Il alla immédiatement vers elle.

-Bonjour tante Hermione ! dit-il en lui plantant un baiser sur la joue. Bonjour Monsieur, dit-il à Blaise avant de filer vers la tribune.

- Désolé pour ça, soupira Harry. Apparemment, il n'y en a plus que pour Draco.

- Ce n'est pas grave, dit-elle. Je suis contente de le voir si… enthousiaste. Il n'a jamais été comme ça auparavant. Avec aucun de tes ex.

Harry haussa les épaules, intrigué.

-Bonjour tante Hermione, dit alors James.

- Bonjour mon grand. Ça faisait longtemps. Je suis contente de te voir.

Hermione s'avança pour le prendre dans ses bras. James se laissa faire mais une rougeur inopportune envahit immédiatement ses joues. Il aimait énormément sa marraine. Elle était cool et surtout super canon. Peut-être un peu trop pour un garçon pris en plein dans les affres de l'adolescence… Mais quelque part, ça le rassurait. S'il fantasmait autant sur elle, ça voulait dire qu'il était normal. Qu'il n'était pas comme son père.

Filibert n'arrêtait pas de dire que c'était une maladie. Au début, James en avait presque fait des cauchemars. Il craignait que ça s'attrape ou que ce soit génétique et que lui aussi soit atteint de cette tare. La première fois qu'il s'était touché intimement en pensant à une fille, il ne s'était rien passé. Paniqué, il avait passé en revue toutes les filles qu'il connaissait, sans succès. Jusqu'à ce que l'image d'Hermione s'impose dans sa tête.

Oh Merlin. Jamais il n'avait été aussi honteux de sa vie. Ça ne l'avait cependant pas empêché de recommencer le lendemain, le surlendemain et tous les autres jours de la semaine, finissant par comprendre qu'il ne fantasmait pas sur elle en tant que telle mais plutôt sur son corps de femme. Merlin, il aimait les femmes ! Il en avait pleuré de soulagement.

-Ça va James ? s'inquiéta Hermione, alors que le garçon ne semblait pas vouloir le lâcher.

- Ouais, dit-il en s'écartant, un peu gêné. Tu m'as manqué, c'est tout.

Hermione lui sourit tendrement, le cœur horriblement serré. Blaise le remarqua et passa un bras réconfortant autour de ses épaules.

Avec un froncement de sourcils, James porta alors son attention sur l'homme qui venait de faire ce geste. Il dut lever la tête pour croiser son regard.

-James, je te présente Blaise Zabini. C'est un ami de Draco. Et mon ami également. Enfin… plutôt mon… petit-ami.

- Bonjour James, enchanté de te connaître, dit Blaise avec un sourire bienveillant.

James évalua directement le nouveau venu. Il devait faire 1,90m facilement. Musclé. La peau café au lait. Des super fringues. Et de foutus yeux bleus ! Le type que tout le monde remarque. Il pinça les lèvres et fixa Blaise sans ciller. Puis, il partit.

-JAMES ! cria Harry.

Le garçon ne se retourna pas. Il alla rejoindre Draco et son frère qui étaient en train de parler avec animation.

-Je suis désolé, dit Harry avec lassitude. Je ne sais pas ce qu'il a pour le moment…

- C'est un adolescent, dit Blaise en riant. Et le pauvre me voit comme une menace.

- Une menace ? dirent Harry et Hermione en cœur.

- Ça ne m'étonnerait pas qu'il en pince un peu pour toi ma belle, expliqua le métis.

- Quoi ? réagit Hermione. Mais c'est impossible ! Enfin, je… je… jamais…

- Allons, allons, ne t'énerve pas. Tu sais, ça n'a rien de choquant. Il expérimente sa sexualité, c'est tout. Et pour un ado en plein bouleversement hormonal, tu es un fantasme de choix, bien que plus que les gamines qu'il côtoie tous les jours à Poudlard. Ça n'a rien de malsain.

Hermione rougit fortement en croisant machinalement ses bras contre elle.

-Je ne savais pas, dit-elle. Je ne m'en étais pas rendue compte.

- Hermy, ce n'est pas grave, tempéra Harry. En fait, ça me soulage pour lui. Je sais qu'il a peur d'être… comme moi, alors…

Il n'acheva pas sa phrase. C'était toujours difficile pour lui d'évoquer ce fossé qui s'était creusé entre son fils et lui.

-Bon, eh bien allons nous installer, dit-il avec un sourire forcé. Le président du club des Guerriers et le Ministre ne devraient plus tarder.

Il escorta Blaise et Hermione jusque dans la tribune. L'endroit était, à vrai dire, assez extraordinaire. Il s'agissait d'une bulle entièrement vitrée et légèrement avancée par rapport au reste des gradins, qui donnait l'impression de se trouver au milieu du terrain. Des sorts de silence modulables permettaient de s'isoler du bruit du stade ou au contraire de l'amplifier. Elle était garnie de fauteuils confortables, chacun équipé d'une paire de multiplettes.

-Papa ! dit vivement Albus. Pourquoi on n'a pas droit à des Fizwizbiz ou des Fondants du Chaudron ? C'est nul ! Les autres, ils en ont ! Regarde !

Albus pointait du doigt une jeune fille vêtue aux couleurs de Honeydukes qui circulait dans les gradins pour vendre des friandises et des boissons.

-C'est vrai ça, Potter, se moqua Draco. On est dans la tribune présidentielle et on n'a même pas droit à des Fizwizbiz… C'est décevant.

- Décevant ? dit Harry en regardant les tables alignées derrière lui sur lesquelles se trouvaient des bouteilles de champagne hors de prix, fraîchissant dans des seaux à glace, des coupes remplies de caviar, des plateaux de blinis au saumon fumé et de toasts au foie gras.

- Bouge pas Albus, je vais t'en chercher, dit Draco en se levant de son fauteuil.

- Ce n'est pas nécessaire, dit Harry en l'arrêtant. Il suffit que j'appelle quelqu'un.

Il actionna un interphone à proximité et demanda qu'on lui amène un chariot de toutes les friandises proposées.

-Un chariot n'était peut-être pas nécessaire, dit Draco d'un ton exaspéré. Tes enfants ne demandent pas…

- Merci, coupa doucement Harry. Merci de t'être occupé d'eux aujourd'hui. Et… merci d'être resté.

- Ne te méprends pas Potter, murmura Draco froidement. Je l'ai fait pour ton gamin. Je ne compte pas m'éterniser après le match.

Une vague de froid s'insinua dans tout le corps de Harry quand il comprit que Draco ne lui avait pas pardonné.

-Draco, je…

Il n'eut pas le temps de continuer. Théo venait d'entrer dans la pièce, accompagné de Justin Finch-Fletchey.

-Salut Harry, dit Justin. Merci pour cette invitation. C'est carrément… wahou !

- Pas de quoi, Justin ! C'est avec plaisir.

- Mon cœur, tu veux bien m'attendre dans la tribune ? demanda Théo. Je dois absolument parler à Harry et Draco.

- Pas de problème.

Justin rejoignit la tribune où il salua avec chaleur Hermione et Blaise.

-Alors ? Que se passe-t-il ? Un problème avec les journalistes ? demanda anxieusement Harry.

- J'ai pu obtenir qu'ils ne publient aucune photo des garçons, expliqua Théo.

- Mais ? dit Draco à sa place.

Théo expira lourdement.

-Ils veulent une compensation.

- Laquelle ? questionna Harry.

- Des photos de toi et Draco. Et une interview.

Ce fut au tour de Harry de soupirer.

-Quelle bande de rapaces ! Ils savent que je ne veux pas parler de ma vie privée !

- Je suis désolé Harry… j'ai fait tout ce que j'ai pu. Sans cette interview, ils publieront les photos des enfants dès demain.

- Alors, on les attaquera en justice ! s'emporta Draco.

- On pourrait, dit Théo. On obtiendrait d'assez bons dédommagements… mais le mal serait fait.

Harry se laissa tomber sur le canapé juste derrière lui. La tête entre les mains, il murmura :

-Après que… que Ron ait vendu la photo de James bébé, Ginny en a beaucoup voulu à son frère… et à moi pour l'avoir laissé faire. Alors, je me suis juré que plus jamais mes enfants ne seraient exposés ainsi à la presse. Ginny va me massacrer si jamais ces photos paraissent… Je perdrai tout, je ne reverrai plus mes garçons…

Des sanglots commençaient à monter dans sa voix. Il se sentait à deux doigts de craquer quand une main chaude se posa sur son épaule. Une main ferme et rassurante.

Il leva les yeux pour voir Draco qui le regardait avec un grand sérieux.

-On va faire cette interview.

- Quoi ? Mais…. Tu es sûr ?

- Potter ? Tu crois que je ne sais pas me tenir devant des journalistes ? Et puis, on savait que la presse en parlerait !

- Non… si… non… je veux dire… Je pensais à des photos, ça oui… mais une interview ? On va devoir leur parler de nous, de notre relation… tu es prêt pour ça ?

- Non.

Les épaules de Harry s'affaissèrent. Evidemment qu'il n'était pas prêt. Lui encore moins qu'un autre.

-Mais on le fera quand même, acheva Draco. Tes enfants ont besoin de toi. Et toi, tu as besoin d'eux.

Harry se leva et serra Draco dans ses bras, aussi fort qu'il le put.

-Merci, souffla Harry. Merci.

Quand il sentit les bras de Draco se refermer dans son dos, l'espoir gonfla à nouveau dans son cœur.

Des bruits de pas et des rires bruyants les firent de détacher l'un de l'autre. La seconde suivante, la porte de la loge s'ouvrait sur Jacob Ryan, le président du Club des Guerriers de Woollongong, suivi de John Dawlish, le Ministre de la Magie… et du Directeur du Département des Sports, Ronald Weasley.

Harry et lui semblaient s'être entendus pour s'éviter une bonne partie de la journée ou, à tout le moins, limiter leurs contacts au strict minimum. Harry était donc particulièrement étonné de le voir au côté du Ministre.

-Mon cher Potter ! salua le Ministre avec entrain. Quel plaisir de vous revoir !

La politique faisait parfois des miracles sur certaines personnes. Depuis qu'il était devenu Ministre, l'ancien chef des Aurors, taciturne et zélé, s'était mué en un homme affable et enjoué. C'est pourtant presque contraint et forcé qu'il s'était présenté aux dernières élections.

Suite au décès inopiné d'Amélia Bones, Ministre depuis trois ans à peine, des élections anticipées avaient été organisées d'urgence. Mais alors que tout le monde attendait la candidature de Kingsley Shacklebolt, ce dernier avait créé la surprise générale en annonçant qu'il se retirait à Poudlard pour y enseigner la Défense contre les Forces du Mal. Le seul qui n'avait pas été vraiment étonné par cette décision avait été Harry. Il savait que la Guerre avait profondément affecté Kingsley et que la perte de son meilleur ami, Gawain Robards, tué dans une embuscade visant à capturer les frères Lestrange, l'avait anéanti.

On sollicita alors plusieurs autres candidats. Arthur Weasley, Minerva McGonagall, Edgar Edgecomb, Shao Lin Chang. Tous refusèrent pour des motifs divers et variés.

C'est donc dans une extrême confusion que Dawlish fut poussé, bien malgré lui, sur le devant de la scène. Mais contre toute attente, après un début un peu tâtonnant et quelques maladresses, il s'attira la sympathie du monde sorcier.

-Potter, dit Dawlish, vous connaissez Jacob Ryan, je suppose…

- Oui, bien sûr. Nous nous sommes déjà rencontrés. Bonjour Jacob.

- Harry, répondit poliment l'autre homme.

Le regard échangé entre les deux hommes n'échappa pas à Draco qui fronça les sourcils. Il n'eut cependant pas le temps de s'appesantir car le Ministre venait de se tourner vers lui.

-Tiens donc, Monsieur Malefoy. Que nous vaut votre retour en Grande-Bretagne ?

- Des affaires professionnelles. Et privées, dit Draco en enroulant son bras autour des épaules de Harry et en fixant l'australien.

- Ça alors ! s'exclama Dawlish, abasourdi. Vous et Potter… vous…

- Les temps changent, se contenta de répondre Harry.

Un reniflement méprisant se fit entendre. Et nul doute quant à sa provenance. Harry ne prit même pas la peine de regarder Ron.

-Et vous ? Vous êtes ? demanda le Ministre à l'adresse de Théo. Votre visage m'est familier.

- Théodore Nott, dit-il en hochant la tête.

- Nott ? Le fils de William Nott ?

- Lui-même, confirma Théo sèchement.

Dawlish ne fit aucun autre commentaire mais il n'en pensait pas moins. C'était lui qui avait procédé à l'arrestation de William Nott et de Lucius Malefoy juste après la guerre. Se retrouver face à leurs rejetons, pourtant innocentés, ne devait pas lui plaire plus que cela.

Il retrouva toutefois un air jovial en emmenant son invité vers la tribune.

-Venez mon cher Ryan. Vous allez voir… Potter a fait des miracles avec la rénovation de ce stade.

A son arrivée dans la bulle, il remarqua tout de suite la présence de Justin.

-Monsieur Finch-Fletchey ! Quelle surprise ! J'ai croisé votre père pas plus tard qu'hier à la Commission du commerce extérieur. Il a été particulièrement convainquant sur la nécessité de développer nos partenariats avec la Chine. Vous le remercierez pour ce brillant exposé.

- Je n'y manquerai pas Monsieur le Ministre.

- Je ne vous savais pas ami avec Monsieur Potter…

- Nous nous connaissons depuis Poudlard mais, en réalité, je suis venu avec Théodore… mon compagnon.

Le Ministre ouvrit de grands yeux.

-Oh ? Vous aussi ? Eh bien, dites-moi Weasley ? Serions-nous les derniers hétéros d'Angleterre ? demanda-t-il en se tournant vers son Directeur des Sports avant de rire bruyamment, fier de son bon mot.

- Non, vous ne l'êtes pas, dit Zabini avant que Ron ait eu le temps de répondre.

- Zabini ! Comment allez-vous mon cher ! dit Dawlish en lui serrant vigoureusement la main. Je suis bien content de vous trouver ici. Londubat souhaiterait avancer dans le dossier du meurtre de Tinworth. Il aimerait que vous procédiez le plus rapidement possible à l'évaluation psychologique du suspect.

- Aucun problème. Je prendrai contact avec lui dès lundi.

- Parfait ! Oh mais qui vois-je ? Miss Granger. Vous êtes chaque fois un peu plus ravissante, dit le Ministre en lui offrant un baisemain.

Hermione le remercia poliment, incapable d'en dire davantage depuis qu'elle avait aperçu son ex-mari. Embarrassé, Harry lui fit un signe de tête, la priant silencieusement de l'excuser pour sa présence.

-ONCLE RON ! entendit-on en chœur avant que deux boulets de canon ne se jettent dans les bras de Weasley.

- Salut les garçons ! dit Ron en leur ébouriffant les cheveux.

- James, Albus, les reprit Harry. Saluez Monsieur Dawlish si vous voulez bien.

- Salut ! dit gaiement Albus, sans se soucier de la qualité de l'invité.

- Monsieur le Ministre, c'est un honneur de vous rencontrer, dit par contre James avec obséquiosité.

Il serra la main de l'homme politique avec déférence avant de retourner s'asseoir avec son frère.

-Vous auriez dû amener votre charmante petite Rose, mon bon Weasley, dit Dawlish.

- Elle a préféré rester à la maison avec sa mère, dit Ron. La grossesse de ma femme est un peu difficile et Rose s'inquiète pour elle.

- Quelle enfant charmante. Bien, allons nous installer !

Dawlish s'avança dans la tribune sans remarquer la pâleur cadavérique du visage d'Hermione, ni ses mains qui tremblaient.

Ron allait le suivre quand il fut brutalement arrêté dans sa progression par une large main posée sur son torse.

-Rose n'a qu'une mère, Weasley, siffla dangereusement Blaise. Et elle est ici. Ne t'avise plus jamais de dire une chose pareille, sinon…

- Sinon quoi, Zabini ? se moqua ouvertement Ron. Tu crois que tu me fais peur ?

Il n'y avait en effet nulle trace de peur dans les yeux de Weasley. Aussi grand que le métis, presqu'aussi large, il le toisait ouvertement.

-Tu n'es qu'une ordure Weasley. Et crois-moi, un jour tu paieras pour tout ce que tu lui as fait.

- Ce que j'ai fait ? Je n'ai rien fait sinon protéger ma fille. Et jusque-là, il semble que tout le monde me donne raison.

Blaise serra les poings et Ron rigola doucement.

-Tu ne la connais pas, dit-il en faisant un mouvement de tête méprisant vers Hermione, toujours prostrée. Moi oui. Je connais chaque centimètre carré de son corps et chaque recoin de son esprit perfide…

- Tais-toi ! Tu ne sais rien d'elle ! Absolument rien !

Les deux hommes se fusillaient du regard. L'atmosphère entre eux était électrique et palpable. Aucun des deux ne semblait vouloir lâcher l'autre de vue.

-Allons bon, soupira alors Draco qui s'était placé à leur hauteur. C'est quoi la suite ? A part vous regarder dans le blanc des yeux ? Vous allez vous sauter à la gorge ? Vous mettre à bramer ? Ou bien sortir votre queue pour savoir qui a la plus grosse ? Moi, je parie sur Zabini vu que je sais déjà de quoi elle a l'air…

- Draco, restes en dehors de ça, murmura Harry resté un peu en retrait.

- Le comportement des hétéros me laissera toujours perplexe, soupira-t-il avec emphase. Vous savez à quoi vous ressemblez ? A ces cowboys débiles dans les western moldus… Je peux jouer de l'harmonica si vous voulez.

Ron tourna brusquement la tête vers Draco.

-C'est quoi ton problème Malefoy ? cracha-t-il avec mépris.

- Mon problème c'est toi, sale con. Dégage d'ici, tu n'es pas le bienvenu, dit Draco dont la voix était devenue glaciale.

Ron recula d'un pas. Curieusement, il s'était toujours beaucoup plus méfié de Malefoy que des autres serpentards. Sans doute parce qu'il savait que Malefoy attaquait en douce, et de dos.

En jetant un dernier regard mauvais à Blaise et Hermione, il se détourna pour aller saluer Dawlish et s'excuser de son départ prématuré. Mais en repassant devant le couple, il ne put s'empêcher de ricaner.

-Bon courage Zabini… Si jamais il te vient l'idée de l'engrosser, sache qu'elle a une méchante tendance à se débarrasser des bébés dont elle ne veut pas.

- Espèce de…

Il fallut Harry et Draco pour retenir Blaise et l'empêcher de tuer le rouquin de ses mains.

-Laisse tomber Blaise, dit Harry. Il n'en vaut pas la peine.

Blaise expira avec hargne avant de se tourner vers Hermione et de la prendre dans ses bras.

-Je suis désolé, Hermy. Ce type est la dernière des enflures. Ne l'écoute pas.

La jeune femme acquiesça mollement. Les paroles de Ron la blessaient toujours autant.

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Accaparés par des discussions techniques et par l'ambiance dans le stade, ni le Ministre, ni Jacob Ryan ne s'étaient rendu compte de l'altercation qui venait d'avoir lieu. En hôte attentif, Harry les avait rejoints juste après et s'étaient installé à leurs côtés pour assister au match. Pour se remettre de ses émotions, il avait immédiatement fait ouvrir les bouteilles de champagne.

-Nerveux à l'idée que ton équipe puisse perdre Harry ? A moins que ce ne soit ma présence ? dit l'australien en le voyant descendre sa flûte d'une traite.

- Aucun des deux, Jake. J'ai juste très soif, sourit Harry.

- Hm. Si ça peut te rassurer, je ne dirai rien devant ton… ami à propos de nous deux.

- Oh, tu peux lui raconter tout ce que tu veux. Draco n'est pas quelqu'un d'exclusif.

- Alors vous vous êtes bien trouvés, commenta placidement Ryan au moment où retentissait le coup d'envoi.

O°O°O°O°O°O°O

Le match était passionnant. On en était à plus d'une heure de jeu et chaque équipe collait au score. Le dernier état du marquoir indiquait 220 à 210 en faveur des Pies. Toute l'attention et toute la pression reposait plus que jamais sur les attrapeurs.

Théo et Blaise, fervents supporters des Pies étaient pratiquement en transe. Justin n'était pas en reste même s'il appréciait particulièrement le jeu de Brett Hammer, le batteur vedette des Guerriers. Dawlish avait abandonné toute velléité d'être neutre en présence de son invité et encourageait l'équipe écossaise avec la dernière des énergies. La tension dans le match était telle que même Hermione était parvenue à oublier quelque peu la rencontre avec son ex-mari. Quant à James, il était excité comme une puce, posant mille et une questions à son père sur les différentes phases de jeu. Harry lui répondait avec le même entrain. Il était heureux car les matches de Quidditch étaient les seuls moments où il avait l'impression de partager quelque chose avec son fils aîné.

-Draco ?

- Quoi ?

- Ça va durer encore longtemps ?

- Ça durera tant que l'un des deux attrapeurs n'aura pas capturé le Vif d'Or.

Albus soupira. Il avait fait un effort pour s'intéresser au jeu. Il avait même posé des questions à son père mais James l'avait rabroué en disant qu'il n'y connaissait rien. A deux, ils parlaient techniques de jeu, performance des balais – des ThunderBirds évidemment – et figures de style. Se sentant de trop, il avait quitté son siège pour rejoindre Draco, assis juste derrière Harry.

-Tu t'ennuies ? demanda Draco bien qu'il connaisse la réponse.

- Un peu.

- Ça te dit une partie d'échecs ?

Le garçon lui fit un sourire lumineux. Draco extirpa alors de la poche intérieure de sa veste une boîte miniaturisée, à laquelle il redonna sa forme originelle d'un coup de baguette.

-Je l'ai prise avec moi avant qu'on ne parte, dit-il. Au cas où.

Il la posa sur un guéridon entre deux fauteuils et murmura un sort d'ouverture. Aussitôt, les pièces prirent vie et sortirent de la boîte avant que celle-ci ne se transforme en un plateau à damiers. Docilement, elles allèrent se positionner sur leurs cases respectives, les blanches du côté de Draco.

-J'utilise ce jeu depuis que je suis enfant, précisa-t-il. Je joue toujours avec les pions blancs.

- Pas de problème, dit Albus en se frottant les mains. Ça ne m'empêchera pas de te mettre la pâtée.

Draco haussa un sourcil puis se mit à rire devant l'effronterie du garçon.

-C'est ce qu'on va voir !

La partie commença. Aux premiers coups, les pièces noires se déplaçaient avec méfiance. Elles ne connaissaient pas le joueur et s'attendaient à tout moment à être bougées n'importe comment. Mais bien vite, elles comprirent que le jeune garçon savait y faire et qu'il était même un fin stratège.

Draco maugréa. Albus lui donnait bien plus de fil à retordre qu'il ne l'avait imaginé.

Côté stade, le score avait évolué en faveur des Guerriers. Ils menaient dorénavant 240 à 220 et depuis une bonne dizaine de minutes, le match semblait un peu stagner. James en profita pour aller chercher quelques friandises. Harry remarqua alors que son autre fils n'était plus à sa place. Inquiet, il regarda de tous les côtés avant de l'apercevoir, à l'écart, en train de disputer une partie d'échecs avec Draco. Cette vision lui arracha un sourire. Ils semblaient vraiment bien s'entendre tous les deux.

Perdu dans la contemplation de son amant et de son fils, il manqua l'exploit de Sam Cooper, l'Attrapeur des Pies, qui s'empara du Vif d'Or après une figure de style des plus spectaculaire. C'est la clameur assourdissante du stade, debout comme un seul homme, qui lui fit prendre conscience que son équipe venait de remporter le match.

Déconcentré par le bruit et par la victoire de son club fétiche, Draco amorça un mouvement de pièce hasardeux. Le Fou le lui reprocha vertement mais sa protestation fut étouffée par les acclamations du stade.

-Echec et mat.

- Quoi ? dit Draco en se reconnectant à la réalité.

- J'ai dit : échec et mat.

Albus le regardait avec un petit sourire en coin.

-Mais… c'est… c'est…

- Le Fou te l'avait bien dit, le tança un pion.

- Pourquoi tu ne l'as pas écouté ? J'étais sur le point de lui régler son compte ! s'énerva le dernier Cavalier blanc, bien placé pour mettre le Roi noir en échec.

Mauvais perdant de nature, Draco supportait d'autant plus mal de s'être fait avoir par un gamin de onze ans. Pourtant, une part de lui devait admettre que le garçon était doué.

-Quand l'adversaire est à ce point à la hauteur, même la défaite est honorable Messire, dit le Roi blanc se tournant vers Draco.

- Tu as raison, admit-il. Je m'incline.

Le Roi blanc mit un genou en terre, offrant la victoire à la Reine noire qui lui faisait face.

-Tu es un joueur redoutable Albus, dit Draco en rangeant les pièces. Je suis impressionné.

- Tu voudras bien jouer encore avec moi ?

- Et comment ! J'ai une revanche à prendre !

Le petit garçon lui fit un grand sourire alors que son père s'approchait d'eux.

-Je ne savais pas que tu jouais aux échecs, dit Harry.

- Si. J'adore ça en fait. Plus que le Quidditch, acheva Albus d'une toute petite voix.

- Je vois ça.

- Tu es fâché ?

- Fâché ? Pourquoi le serai-je ?

- Ben tu sais… tu es un joueur connu et puis tu fabriques des balais… et James lui il adore ça…

Harry serra son fils contre lui.

-Oh mon bonhomme… comment as-tu pu croire que j'allais t'en vouloir pour ça ? Que tu aimes ou non le Quidditch n'a aucune importance, du moment que ce que tu fais te rends heureux ! Je suis fier que tu saches jouer aux échecs. Moi, j'en ai toujours été incapable. Ton oncle Ron me pulvérisait à chaque fois.

- Oncle Ron est un bon joueur ?

- Très bon ! Je te raconterai un jour une partie d'échecs assez extraordinaire qu'il a remportée quand nous étions en première année à Poudlard.

Malgré l'inimitié qui existait dorénavant entre Ron et lui, Harry veillait toujours à ne pas de le critiquer ouvertement devant ses enfants. Il était leur oncle et ses deux fils l'aimaient beaucoup.

-Tu entends ça Draco ? dit Albus en se tournant vers lui. Il faudra que tu fasses une partie avec Oncle Ron un de ces jours !

- Oui. Un jour, commenta sobrement Draco.

Il fit une grimace éloquente que seul Harry put apercevoir et qui le fit pouffer.

-Allez, les garçons, il est temps de rentrer, dit Harry. Hermione et Blaise vont vous raccompagner à l'appartement. J'arriverai un peu plus tard pour vous souhaiter bonne nuit.

James et Albus ne protestèrent pas. Mine de rien la journée avait été longue et mouvementée. Hermione les emmena, non sans avoir vérifié que les journalistes avaient déserté le couloir. Ceux-ci étaient rassemblés dans la salle de presse pour interviewer les entraîneurs et les joueurs, la voie était donc libre.

-Félicitations Potter ! dit Dawlish en arrivant à sa hauteur. Les Pies en quart de finale de la Wizzard League, ça ne s'était plus vu depuis quoi ? Trente ans ?

- Trente-deux, précisa Harry avec un grand sourire. Mais ce n'est pas moi qu'il faut féliciter, c'est Matt Dawson, leur entraîneur. Il a fait un boulot remarquable.

- En effet ! Je vais aller le saluer de ce pas. Portez-vous bien Potter et à une prochaine fois.

Dawlish quitta la tribune, se limitant à un signe de tête envers Draco.

-Victoire méritée Harry, dit Jacob Ryan. C'était un très beau match.

- Grâce à ton équipe ! Ils n'ont rien lâché !

Jacob hocha la tête en souriant.

-Peut-être à un de ces jours, dit-il avec une certaine mélancolie. Pour un match... ou ce que tu veux.

- Merci Jake. Mais… j'ai déjà ce que je veux.

L'australien regarda en direction de Malefoy, qui se tenait en retrait, appuyé contre un siège, les mains dans les poches. Il fit une accolade affectueuse à Harry et quitta la tribune. En passant devant Draco, il lui dit :

-Harry est quelqu'un de bien. Rendez-le heureux.

Draco n'eut pas le temps de répondre que l'autre homme avait quitté les lieux.

-On y va ? demanda Harry qui s'était approché.

- Théo sera là ?

- Il est déjà sur place. Il compte bien leur faire signer un accord de confidentialité au sujet des enfants, avant de commencer.

Draco approuva. Avec les journalistes, aucune précaution n'était inutile. Il se décolla du siège, but une dernière coupe de champagne avant que les elfes de maison ne viennent tout nettoyer et suivit Harry hors de la loge.

-Tu as couché avec lui ? demanda-il alors qu'ils attendaient l'ascenseur.

- Oui, dit Harry, simplement.

Il savait que Draco parlait de Jacob Ryan.

-C'était il y a longtemps, se crut-il obligé de préciser. On jouait tous les deux dans le club des Catapultes de Caerphilly. C'était…

- Je ne te demande pas de détails, Potter.

- Eh bien moi je t'en donne ! dit Harry. C'était juste avant mon accident.

Il était énervé et ne comprenait pas pourquoi.

-Tu étais marié.

- Oui. Je n'ai jamais dit que Ginny avait eu tort de me quitter, répliqua Harry sèchement.

Ils firent le chemin qui les séparait de la salle de presse dans le silence le plus complet.

Arrivés sur place, ils trouvèrent Théodore Nott en train d'enrouler un parchemin.

-Tout est en ordre, dit-il en agitant le document. Ils se sont tous engagés à ne publier aucune photo des enfants.

- Bien, dit Harry. Alors, allons-y.

Il prit la main de Draco, plaqua un sourire sur son visage et entra dans la salle. Aussitôt, les flashes crépitèrent et les questions fusèrent.

-Un à la fois, je vous prie, dit Harry assez fort pour se faire entendre. Vous.

- Declan O'Neal, Quidditch Magazine. Avant toute chose Monsieur Potter, qu'avez-vous pensé du match ?

- Je suis très fier de l'équipe. Les Guerriers de Woollongong ont été de redoutables adversaires, ce qui rend cette victoire encore plus exceptionnelle.

- Allez-vous reconduire Matt Dawson comme entraîneur la saison prochaine ?

- Matt est un atout essentiel pour l'équipe. Il a la confiance des joueurs et aussi la mienne… alors, oui, indiscutablement, je vais proposer au Conseil d'administration la reconduction de son contrat.

- Betty Sandhurst, Sorcière Hebdo. Vous confirmez que vous êtes en couple avec Monsieur Malefoy ?

- Disons que Draco Malefoy et moi, nous nous fréquentons… assidûment.

- Il nous est revenu que Monsieur Malefoy et vous vivez sous le même toit. De plus, nous l'avons vu tout à l'heure avec vos deux fils. C'est plus qu'une fréquentation assidue, non ?

Harry soupira mais garda le sourire.

-Puisque vous insistez… oui, Draco et moi nous sommes en couple. Et oui, il a fait la connaissance de mes enfants.

- Amanda Sutton, Sorcière Actuelle. Comment vos fils réagissent-ils ? N'est-ce pas difficile pour eux de faire face à votre célébrité, particulièrement depuis votre coming-out ?

- Je ne suis pas ici pour parler de mes enfants, dit Harry calmement.

Il souriait toujours mais quelque chose sur son visage s'était durci. La journaliste comprit qu'elle avait tout intérêt à ne pas insister.

-Dolly Brixton, Gossip Wiz. Vous êtes connu pour multiplier les conquêtes sans lendemain. Les choses seront-elles différentes avec Monsieur Malefoy ?

- Vous êtes d'une grande délicatesse Dolly…

- Je me pose seulement la question… Vous n'aviez jamais emmené vos précédentes relations à un événement public, particulièrement en compagnie de vos enfants. Alors, je vous le demande : qu'y a-t-il de différent avec Monsieur Malefoy ?

Harry prit le temps de la réflexion. Alors que tous pensaient qu'ils n'obtiendraient jamais de réponse, il serra la main de Draco dans la sienne et le regarda dans les yeux.

-Draco a toujours occupé une place à part dans ma vie. Et quoi qu'il arrive, ça ne changera jamais.

Cette réponse suscita un certain brouhaha parmi les journalistes et un nouveau déchaînement de flashes. Draco lui, se sentait écartelé entre un bonheur immense et l'angoisse de comprendre que Harry était vraiment sérieux à propos d'eux.

-Herman Sturgis, Daily Prophet. Monsieur Malefoy, pourquoi avoir quitté la Grande-Bretagne précipitamment à l'issue de votre procès alors que vous aviez été acquitté ?

Draco reprit ses esprits et s'éclaircit la gorge.

-Mon acquittement par la justice sorcière ne signifiait pas l'absolution pour la plupart des sorciers. Mon nom, la position de ma famille durant la guerre… il y a beaucoup de choses que les gens ne pardonnent pas. Il fallait que je m'éloigne… y compris des personnes qui m'avaient aidé et que je ne remercierai jamais assez.

- Vous parlez d'Harry Potter ?

- Entre autres.

- Vous vous sentez redevable par rapport à lui ?

- Qui ne l'est pas ?

- Vous vivez à New-York, c'est cela ?

- Oui. Depuis quinze ans maintenant. J'y ai mon cabinet d'avocat.

- Vous allez déménager définitivement à Londres ? demanda Betty Sandhurst.

- Ce n'est pas à l'ordre du jour.

- Mais… comment parviendrez-vous à concilier votre vie à New-York et celle de Monsieur Potter à Londres ? demanda-t-elle encore. Vous êtes sur deux continents différents !

- Finement observé Betty. Ceci dit, les sorciers ont inventé quelque chose qui s'appelle le Portoloin et qui fait que New-York est à quoi ? Trente minutes de Londres, si on tient compte du temps d'enregistrement.

Quelques rires fusèrent, faisant rougir la journaliste.

-La célébrité de Monsieur Potter ne risque-t-elle pas d'être un frein à votre relation ? reprit Herman Sturgis.

Ce fut au tour de Draco de se mettre à rire.

-Un frein ? Bon sang, la célébrité de Harry a miné toute mon adolescence ! Je le détestais pour ça, j'étais jaloux de lui à un point que vous ne pouvez même pas imaginer ! Mais j'ai fini par comprendre que sa célébrité faisait partie de lui… et aujourd'hui elle m'indiffère. Vous, vous connaissez Potter le Sauveur, Potter le Meilleur Attrapeur du monde… moi, je connais Harry. Juste Harry.

Disant cela, il passa les doigts dans les cheveux bruns, dans un geste d'une grande tendresse. Harry sentit son cœur chavirer. C'était le genre de chose que Draco ne faisait qu'en privé.

-Bien, dit-il en s'arrachant à la contemplation des yeux gris qu'il aimait tant, je crois que nous allons en rester là pour ce soir.

- Monsieur Potter !

- Monsieur Malefoy !

- Je suis désolé mais c'est terminé, décréta Harry. Il se fait tard et mes enfants attendent que je vienne leur souhaiter bonne nuit. Et puis, les joueurs des deux équipes attendent également d'être interviewés.

Les journalistes s'agitaient afin de pouvoir poser encore l'une ou l'autre question.

-Mesdames et Messieurs, je vous prierais de bien vouloir respecter le souhait de Monsieur Potter, intervint Théo d'une voix ferme. Merci pour votre collaboration et bonne soirée à tous.

Harry et Draco sortirent de la salle, non sans un signe de remerciement pour Théo.

O°O°O°O°O°O°O

Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres

Les yeux fermés, Draco allongea les jambes devant lui, la tête posée contre le dossier du canapé. Hermione et Blaise étaient partis depuis un quart d'heure et Harry était monté embrasser ses enfants.

La journée avait été étrange. D'abord l'arrivée inopinée de James et Albus. Puis l'engueulade avec Harry. Et enfin, cette interview. Il avait l'impression que son cœur et son esprit jouaient aux montagnes russes.

Deux bras autour de son cou le sortirent de ses pensées.

-Merci, souffla la voix de Harry à son oreille.

- Pourquoi ?

- Pour avoir accepté l'interview. Pour t'être occupé des enfants presque toute la journée. Et pour avoir raccroché au nez de Ginny, ajouta-t-il en souriant.

- Oh ça… elle m'a énervée.

- Oui, c'est ce qu'elle fait de mieux en général, dit-il en venant s'asseoir à côté de Draco.

- Tu l'as appelée ?

- A l'instant. Elle était furieuse. Mais… bon, j'ai l'habitude.

Ils restèrent assis l'un contre l'autre, dans un silence un peu pesant.

-Albus n'arrête pas de parler de toi, dit Harry.

- C'est un gentil garçon. Un vrai moulin à paroles !

- C'est étonnant… D'habitude, il est taiseux, réservé, timide. Il n'approche pas les gens qu'il ne connaît pas.

Draco haussa les épaules, ne sachant pas trop quoi répondre. Harry soupira.

-Il faudra que je m'organise pour les prochains jours. Vu qu'ils sont arrivés à l'improviste, je n'ai rien préparé… Oh là là, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ? Je pourrais réserver le Parc Aquatique ou bien organiser une visite privée du…

- Tu ne feras rien de tout ça, coupa Draco. Tes enfants ne demandent pas à ce que tu les impressionnes ! Ils veulent simplement passer du temps avec toi ! Même si ça veut dire être vautrés dans un canapé.

Harry se redressa et jeta à Draco un regard contrarié.

-Tu passes une demi-journée avec mes enfants et tu penses les connaître mieux que moi ?

- Non. Je te répète simplement ce qu'ils m'ont dit.

- Ah oui ? Ils t'ont dit ça ? répliqua-t-il, vexé.

- Harry… ne le prends pas mal !

- Je le prends comme je veux.

Draco se leva, exaspéré par cette conversation. Il prit sa veste qu'il avait posée sur le dossier d'une chaise.

-Qu'est-ce que tu fais ? demanda Harry, paniqué.

- J'ai juste besoin de sortir. De prendre l'air.

- Seul ? demanda-t-il encore, sur un ton clairement suspicieux et en le retenant par le bras.

Draco ne répondit pas tout de suite, se contentant de le fixer d'un air froid.

-Ne fais pas ça Harry, murmura-t-il dangereusement. Ne fais surtout pas ça.

Harry relâcha son bras à contrecœur. L'instant d'après la porte de l'entrée claquait.

O°O°O°O°O°O°O

Draco revint à l'appartement peu après trois heures du matin. Il avait transplané à l'extérieur de l'immeuble pour ne pas réveiller Harry. Et là, il se tenait au milieu du salon, dans l'obscurité, en se demandant pourquoi il était revenu.

Pourquoi il avait fait ce qu'il venait de faire.

Pourquoi malgré tout, il était incapable de le quitter.

Il passa la main dans ses cheveux d'un geste las en repensant aux propos de sa mère.

Car oui, après être parti dans la soirée, Draco Malefoy, 34 ans bien sonnés, était allé chercher du réconfort auprès de sa mère.

Si elle avait été étonnée de le voir arriver à cette heure tardive, elle n'en avait rien dit. Elle l'avait invité à entrer, lui avait servi une tasse de thé et attendu qu'il se mette à parler. Ce qu'il avait fait, pendant presque une heure. Sans s'arrêter.

Il lui avait parlé de ce qu'il ressentait, de la peur qui grandissait en lui chaque jour à mesure qu'il comprenait son attachement pour Harry. Il lui avait raconté leur dispute, sa détermination à le quitter avant de perdre la raison.

Curieusement, Narcissa n'avait pas tenté de le faire changer d'avis. Elle ne lui avait pas fait de leçon sur le fait qu'il devait apprendre à ouvrir son cœur, à faire tomber ses barrières. Elle lui avait seulement demandé de se mettre à la place de Harry, juste un instant.

Alors, il comprit.

Harry était perdu. Il ne savait pas comment agir avec ses enfants, deux adolescents qu'il voyait à peine trois fois par an. Et sa colère n'était que le reflet de sa peur. Peur de mal faire avec eux. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur qu'on les lui enlève.

Draco s'était fustigé de ne pas l'avoir réalisé directement, d'avoir tout ramené à lui comme l'égocentrique qu'il était.

Il s'était levé, avait embrassé sa mère sur la tempe, et l'avait remerciée. Mais alors qu'il s'apprêtait à transplaner pour rentrer auprès d'Harry, Narcissa avait eu cette phrase : « ne gâche pas tout, Draco ».

Bien sûr. C'était forcément de sa faute.

Il avait souri tristement avant de disparaître dans un craquement.

L'instant d'après, il s'était retrouvé devant l'Oblivion. Une boîte mixte de Soho. L'endroit parfait pour tout gâcher, puisque c'était tout ce qu'il savait faire.

O°O°O°O°O°O°O

Harry ne trouvait pas le sommeil.

Il avait tourné en rond dans son salon, se demandant où Draco avait bien pu aller. Et surtout avec qui. A une heure du matin, comprenant qu'il ne rentrerait pas, il était allé se coucher. Cette journée avait été harassante et pourtant, il ne parvenait pas à s'endormir, restant allongé, les yeux grands ouverts.

Un bruit dans le salon le fit se redresser d'un bond. Un bruit de serrure, suivi du bruit de clés qu'on pose sur la table.

Il était rentré.

Le cœur au bord de l'explosion, Harry se recoucha, faisant mine d'être endormi. Angoissé, il dut attendre cinq bonnes minutes avant de percevoir le pas de Draco dans le couloir. La porte de la chambre s'ouvrit doucement.

Un bruit d'étoffe froissée. Le zip d'une fermeture éclair. La porte de la salle de bain. Puis plus rien.

Harry se redressa, apercevant un mince rai de lumière par-dessous le battant. Draco avait dû jeter un sort de silence pour que le bruit de la douche ne le réveille pas. Et s'il prenait une douche à cette heure-ci, ça voulait dire que…

Il se leva et se dirigea vers le fauteuil sur lequel Draco avait laissé ces vêtements. D'une main tremblante, il prit le t-shirt et le porta à son visage. Il la respira. Cette odeur qu'il ne connaissait pas, mélange de tabac, de sueur et d'un parfum bon marché.

Il reposa le vêtement, dégoûté par son geste pathétique. Il agissait comme une pitoyable femme trompée.

Il se recoucha, la tête bourdonnante de pensées confuses. Oui, il souffrait. Draco avait couché avec un autre, un de plus, et ça lui faisait un mal de chien. Pourtant, il ne parvenait pas à lui en vouloir. Parce qu'au bout du compte, il le comprenait.

Ils étaient deux inadaptés, qui vivaient depuis des années en marge des codes de la société. Et même si c'était pour des raisons différentes, ils avaient tous les deux le même problème : la peur de l'engagement, la peur de faire confiance, de se livrer.

Harry savait qu'il souffrirait encore s'il restait avec Draco mais il refusait d'abandonner. C'était peut-être du masochisme, ou de la folie, ou de l'inconscience. Harry lui, préférait penser qu'il s'agissait d'espoir. L'espoir de le faire changer. L'espoir qu'à deux, ils s'en sortent.

Ils pouvaient apprendre à être heureux, il en était certain. Et il ferait ce qu'il fallait pour ça.

Il sentit le matelas s'enfoncer à côté de lui. Un bras qui s'enroule autour de sa taille. La chaleur d'un corps contre le sien. Puis un murmure, à peine.

-Pardon Harry.

Harry se retourna pour faire face à Draco, le faisant légèrement sursauter, et prit son visage entre ses mains. Grâce à la lumière de la lune, Draco pouvait voir ses yeux briller, de colère ou de tristesse, il n'en savait rien.

-On va établir des règles, dit Harry d'une voix basse. Elles sont simples : jamais deux fois avec le même. Tu ne l'embrasses pas. Tu ne te donnes pas à lui. Et surtout, où que tu sois et quoi que tu fasses, tu rentres passer la nuit avec moi. Je ne veux pas savoir qui ils sont. Je ne te poserai aucune question.

- Harry… pourquoi ? Pourquoi fais-tu ça pour moi ?

- Je ne le fais pas que pour toi. Ces règles sont valables pour moi aussi. Tu es prêt à les accepter ?

- Dis-moi d'abord pourquoi.

- Parce que malgré nos difficultés à être ensemble, je suis persuadé que tu es celui qu'il me faut. Je veux être avec toi Draco, même si c'est d'une manière qui n'est pas conventionnelle.

Draco ferma les yeux. Jamais dans ses rêves les plus fous, il n'avait imaginé que quelqu'un puisse l'accepter de la sorte.

-Harry, tu en es sûr ?

- Certain. Ce que nous ressentons l'un pour l'autre ne doit pas te faire peur… L'amour n'est pas une prison. Tu es libre, Draco. Aussi libre que moi.

Harry ponctua son propos d'un baiser doux et quémandeur auquel Draco répondit sans attendre.

-Je suis content que tu sois revenu, murmura Harry en reprenant son souffle.

- Je reviendrai toujours.

Sur cette promesse, il enlaça Harry plus étroitement, bien décidé à exprimer avec son corps tout l'amour qu'il était incapable de dire.

A suivre...