DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Chapitre 12 – Millésime

« Tu es mon millésime
Ma plus belle année
Pour ce bonheur en prime
Que tu m'as donné
Je suis à jamais ta terre
C'est ça être père »

(Pascal Obispo)

26 octobre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres

Le dimanche matin, Draco émergea des limbes du sommeil avec difficulté. Il se sentait bouffi et lourd, tout ce qu'il détestait. Et pour ne rien arranger, il avait l'impression que son cerveau avait pris la consistance d'une ration de porridge.

Les grasses matinées ne lui réussissaient vraiment pas… au contraire, elles le mettaient d'une humeur exécrable.

Ce n'est que quand il entendit des rires et des éclats de voix provenant de l'extérieur de la chambre qu'il se rappela les événements de la veille et de la présence des deux fils de Harry. Il gémit sourdement en pensant déjà à la journée qui s'annonçait.

Il se leva en soupirant et en priant Merlin pour que le lundi arrive vite.

O°O°O°O°O°O°O

Harry était en train de préparer des pancakes pour le petit-déjeuner quand il vit arriver Draco, tout juste vêtu d'un bas de pyjama en coton. Il s'estima heureux car son amant, pas pudique pour un sou, avait la fâcheuse tendance à se promener nu comme un ver.

-Le café est prêt ?

- Bonjour à toi aussi mon cœur, minauda Harry.

- Ouais… bonjour, maugréa Draco en prenant une tasse dans l'armoire et en y versant le breuvage fumant.

Il s'adossa au plan de travail et dégusta la première gorgée de café avec un plaisir non feint.

-Beaux principes d'éducation Potter, dit-il en faisant un signe de tête vers le salon où Albus et James étaient installés devant la télévision.

- Rhaaa… ça va, râla Harry. C'est juste le temps de préparer le petit-déjeuner.

- Hm… je ne me plains pas… ça me donne l'occasion de te dire bonjour correctement.

Il attrapa Harry par la nuque et l'attira à lui pour l'embrasser langoureusement.

-Arrête, souffla Harry en le repoussant contre son gré. Ils pourraient nous voir…

- Et alors ? Ils n'ont jamais vu deux hommes s'embrasser ?

- Figure-toi que non.

- Ah bon ? Même avec Brad ? Il est pourtant parti en vacances avec vous, non ? demanda Draco, l'air de rien.

- Que… quoi ? Comment sais-tu ça ? Qui t'a parlé de Brad ?

- Albus, dit Draco en haussant les épaules.

Harry marmonna quelque chose sur les fils trop bavards et les amants trop curieux puis consentit à répondre.

-Peut-être… une fois, comme ça… mais ce n'était certainement pas un roulage de pelle en règle !

Draco ne put s'empêcher de rire devant son embarras.

-Tu es levé depuis longtemps ?

- Suffisamment pour que ces deux-là n'aient pas eu le temps de venir nous tirer du lit !

- Où est le problème ?

- Bon sang, Draco, tu le fais exprès ? Tu crois que j'ai envie que mes fils trouvent leur père complètement nu, dans un lit, collé à un autre homme tout aussi nu ?

- En fait… t'es prude.

- Je ne suis pas prude ! siffla Harry. Il y a juste des choses qu'on ne montre pas aux enfants ! Ça pourrait les traumatiser. Qu'est-ce ça t'aurait fait de voir tes parents à poils dans un lit ?

- Personnellement, dit Draco en buvant une autre gorgée de café, je trouve beaucoup plus traumatisant de savoir que ton fiston fait sa fête à Popol en fantasmant sur Granger…

- DRACO !

- Ben quoi ?

Harry secoua la tête, désespéré.

-J'ai jamais trop compris cette fascination pour les seins, reprit Draco comme s'il parlait de la pluie et du beau temps. C'est vrai, quoi… c'est encombrant… et mou… et... flippant… Oui, c'est ça… ça me fait peur, en fait.

- T'es un grand malade, toi…

- Tu peux parler… C'est pas les œufs au plat de la Weasley qui risquaient de t'étouffer ! Je pense que ça doit venir de ma grand-tante Walburga… Elle en avait une paire énoooooooorme, dit-il en joignant le geste à la parole. Et à chaque fois que je lui disais bonjour, elle m'enfonçait la tête dedans !

Cette description déclencha un fou-rire chez Harry, tellement fort qu'il en avait mal aux côtes.

-Ce n'est pas drôle Potter ! s'offusqua Draco. J'avais cinq ans à peine et je peux te dire que ça c'est vraiment traumatisant !

- Oh si c'est drôle ! hoqueta Harry. J'image ta petite tête blonde coincée entre des nibards de la taille d'une pastèque !

Harry était plié de rire, à tel point que les enfants finirent par venir voir ce qui se passait.

-Pourquoi tu ris comme ça ? demanda James.

- Votre père se moque de moi parce que, quand j'étais petit, ma grand-tante menaçait de m'étouffer avec ses roploplos quand elle me disait bonjour ! grinça Draco.

- AAAH ! Exactement comme moi avec mamie Molly ! s'exclama Albus.

Les deux garçons partirent du même fou-rire que leur père, consternant Draco au plus haut point.

Quand les trois Potter furent calmés, Harry invita ses enfants à s'asseoir pour prendre leur petit-déjeuner. Il leur servit du lait, du jus d'orange, des fruits frais et des pancakes encore tout chauds couverts de sirop d'érable.

-Le matin, je mange des céréales, dit James.

- Ah. D'accord.

Harry sortit du placard une boîte de Cheerios qu'il posa sur la table.

-Elles ne sont pas bio. Et je ne mange que des céréales bio.

- Depuis quand ? Tu ne m'as jamais rien dit !

- Ça n'a pas d'importance… c'est comme ça, c'est tout.

- Ok… mais je… je n'en ai pas.

Draco sentit qu'il se crispait déjà d'angoisse à l'idée de ne pas donner à son fils ce qu'il désirait.

-Ecoute, dit Harry. Je… je peux peut-être en trouver… il y a un Sainsbury ouvert sur…

- Harry, dit alors Draco. Je suis sûr que l'intérêt de James pour la nourriture bio est très récent et qu'il pourra survivre à des pancakes jusque demain. N'est-ce pas James ?

Il arborait un sourire froid qui dissuada l'adolescent de continuer son caprice.

-Ouais. Ok.

James se mit à manger non sans avoir lancé un regard noir à Draco sitôt qu'Harry eut le dos tourné.

-Vous avez dormi ensemble ? demanda-t-il tout de go, au moment où son père revenait s'asseoir à table.

- Quoi ? Je…

- Oui, répondit Draco à la place de Harry. Ça te pose un problème ?

L'adolescent se contenta de hausser les épaules. Manifestement, ça lui posait problème.

-James ? insista Harry devant le mutisme de son fils.

- Oh, qu'est-ce que ça peut faire ? dit Albus. Maman et Filibert dorment aussi dans le même lit…

- Ça n'a rien à voir ! Eux, c'est… normal !

- Normal ? souligna Draco.

- Vous vous êtes embrassés, je l'ai vu.

Harry soupira.

-Je suis désolé si ça t'a choqué James. Mais il n'y avait rien de mal à ça… c'est ce que font deux personnes quand elles s'aiment.

- C'est dégoûtant ! Papa n'embrasse jamais Maman devant nous.

- Hein ? Evidemment que je ne…

Il s'interrompit brusquement, réalisant que son fils ne parlait pas de lui. Et ça lui fit mal à un point qu'il n'aurait pu imaginer. Bien plus mal que toutes les réflexions mesquines que James pouvait faire à propos de son homosexualité.

Lentement et sans un mot, il se leva.

-Harry ? s'inquiéta Draco.

- Je… ça va. Donne-moi juste une minute.

Il disparut dans le couloir. Quelques secondes plus tard, ils entendirent la porte de la chambre qui claquait.

Draco se tourna vers James. Celui-ci avait la tête baissée, conscient qu'il avait commis un impair.

-Ecoute-moi bien, sale petit morveux ingrat, siffla Draco. Ne t'avise plus jamais d'insulter ton père comme tu viens de le faire. Un père, tu n'en as qu'un et un seul. Et c'est Harry. Ce n'est peut-être pas le père idéal, ce n'est peut-être pas celui dont tu rêvais mais c'est comme ça. Lui, il t'aime, inconditionnellement, malgré le fait que tu sois un petit con égocentrique. Parce que tu es son fils, ce qu'il a de plus cher au monde. Il serait prêt à tout pour toi ! Tu n'imagines pas la chance que tu as d'avoir un père comme lui…

James ne répondit pas, gardant les yeux obstinément baissés. Il mourrait d'envie de lui crier dessus mais il n'osait pas. Draco était le premier des petits-amis de son père à l'impressionner autant. Pourtant, il ne semblait pas décidé à admettre son tort. Les bras croisés sur le torse, il pinçait les lèvres.

-Je veux juste avoir un père normal, dit-il finalement. C'est pas trop demander !

- Oh tu me soûles avec ta normalité ! Tu sais quoi ? Tu as raison ! Tu n'auras jamais un père normal ! Parce que ton père, c'est Harry Potter. Celui qui a survécu à deux Avada Kedavra. Celui qui, à dix-sept ans à peine, a affronté tout seul le plus puissant Mage Noir de tous les temps. Celui qui, à dix-sept ans à peine, a accepté l'idée de mourir pour sauver tout un peuple ! Imagine-toi à sa place... Il a accompli tout ça alors qu'il avait seulement trois ans de plus toi. Mais ça, je suppose que ce cher Filibert oublie de le mentionner quand il traite ton père d'erreur de la nature !

Les deux garçons regardaient Draco avec de grands yeux.

-Et pour que les choses soient claires… ajouta Draco. Quand il avait ton âge, ta tantouse de père a maté un Magyar à pointes. Je ne pense pas que le très viril Monsieur Molkins puisse en dire autant.

Sur ces mots, il quitta à son tour la cuisine pour aller rejoindre Harry.

O°O°O°O°O°O°O

Draco frappa légèrement à la porte mais n'attendit pas la réponse pour entrer.

Harry était assis sur le lit, les jambes repliées contre lui et la tête posée sur les genoux.

Draco s'installa en face de lui. Silencieusement, il lui caressa l'avant du pied et la cheville.

-Quand Ginny m'a annoncé qu'elle voulait divorcer, dit Harry après un long moment, ça ne m'a rien fait… jusqu'à ce que je réalise ce que ça impliquerait pour les enfants. Je me suis battu pour eux, pour les voir malgré ce que Ginny et ce que la justice sorcière pensait de moi… Je me disais que même si je ne les voyais plus aussi souvent, ça ne changerait rien, que je serais toujours leur père… Je voulais être là pour eux, je voulais qu'ils puissent compter sur moi, me faire confiance, me demander conseil…

- C'est le cas, Harry… tu es là pour eux, ils le savent. Tous les deux.

- Tu te trompes, Draco. Je réalise maintenant que c'est à Filibert que James parlera de sa petite-amie, de ses copains, de ses chagrins… c'est à lui qu'il demandera conseil. A moi, il viendra demander l'argent pour financer ses études ou bien un voyage à l'autre bout du monde.

Draco inspira lentement, réfléchissant soigneusement au choix de ses mots.

-Tu sais… il se peut que la réaction de James ne soit que le résultat d'un sentiment d'insécurité.

- Quoi ? Mais pourquoi ? Le divorce ne date pas d'hier…

- Mets-toi à sa place. Tu vis dans une famille recomposée. Tu apprends que ta mère et ton beau-père vont avoir un enfant à eux, qu'ils vont chérir tous les jours alors que toi, tu es dans un pensionnat loin d'eux… ils vont former une vraie famille.

- Tu… tu crois que James a peur d'être rejeté quand le bébé sera né ?

- Rejeté peut-être pas. Mais il a peur oui… de ne plus avoir la même place dans cette famille. Je pense que le fait d'appeler l'autre trouduc « papa », c'est sa manière de lui rappeler qu'il existe.

Harry fixait Draco, un peu éberlué.

-Je n'avais pas pensé à ça, murmura-t-il. Il faut dire que la nouvelle de la grossesse de Ginny ne m'a fait ni chaud ni froid. Je suis même étonné que ça ait pris autant de temps…

- Normal… Molkins est une petite bite.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu ne le connais pas !

Draco haussa les épaules.

-Non, c'est vrai. Mais, sincèrement Harry… qu'est-ce que tu peux attendre de la vie quand tu t'appelles Filibert Molkins ? A part des poils dans les oreilles, une haleine de chacal… et une petite bite ?

- Tu es désespérant Draco ! dit Harry en riant néanmoins.

- Je sais. Allez, viens, retournons au salon avant que tes fils ne se demandent ce qu'on peut bien faire, tous seuls, dans cette chambre…

Il tira Harry par la main pour le faire se lever du lit. Celui-ci l'attrapa par la taille et se blottit contre lui.

-Merci, dit-il. Même si tu vas sûrement prétendre le contraire, tu es le premier à te préoccuper de mes enfants…

- Quoi ? Et Brad alors ?

- Oh arrête avec Brad… Le pauvre n'était pas de mauvaise volonté mais j'ai commis une erreur en l'emmenant avec nous en vacances. Les enfants ont vraiment été odieux avec lui. Je n'ose pas te raconter les coups tordus qu'ils lui ont fait…

- Ta progéniture est absolument charmante Potter, dit Draco, sarcastique. Je me demande de qui ils tiennent ça…

- Ne te plains pas, ils sont super sympa avec toi !

- Tu te fous de moi ?

- Non ! Jamais James n'aurait accepté d'aller faire du shopping ou manger une glace avec un de mes ex ! Quant à Albus, il ne leur a jamais adressé la parole ! Il faudra t'y faire, Draco. Mes enfants t'adorent !

Draco maugréa, pas certain qu'Harry ait les yeux en face des trous.

-D'ailleurs, continua Harry, depuis quand es-tu expert en psychologie des adolescents ?

- Je n'ai aucun mérite. J'ai assisté à une conférence sur les difficultés rencontrées par les enfants dans les familles recomposées, que Blaise a donnée à New-York il y a deux ans.

- Tu assistes aux conférences de Blaise ?

- Tu sauras Potter, que je suis un ami dévoué et impliqué. Alors oui, j'assiste aux conférences de Blaise.

- La vérité, Malefoy.

Nouveau bougonnement et gros soupir.

-Ouais… bon… J'avais flashé sur un des conférenciers que Blaise m'avait présenté la veille. Je voulais absolument me le faire pendant la réception. Là ! T'es content ?

- Oui. Enfin, si on peut dire…

Draco ne releva pas la remarque et l'entraîna hors de la chambre.

De retour dans le séjour, ils trouvèrent Albus et James, silencieux, tous deux assis dans le salon. Quand il remarqua l'arrivée de son père, James se leva et vint se poster devant lui, droit comme un i.

-Papa, je te présente mes excuses. Je ne voulais pas te blesser.

Le ton était tellement solennel qu'Harry eut presque envie de rire.

-Tout va bien, dit-il. J'ai été un peu… surpris, c'est tout.

- Ça n'arrivera plus, je te le promets.

- James, dit Harry en s'approchant et le prenant par les épaules. Je ne t'en veux absolument pas ! Tu vis avec Filibert depuis plusieurs années maintenant… je comprends que tu te sois attaché à lui. Et si tu as envie de l'appeler « papa », quelles que soient les raisons, je peux le comprendre aussi. Et ça ne me dérange pas.

James ouvrit des yeux ronds. Il regarda son père puis Draco qui se trouvait quelques pas derrière. Ses mots résonnaient encore tout au fond de lui.

Il t'aime, inconditionnellement, malgré le fait que tu sois un petit con égocentrique. Parce que tu es son fils, ce qu'il a de plus cher au monde. Il serait prêt à tout pour toi.

Son menton se mit à trembler et ses yeux s'embuèrent de larmes. Il se jeta dans les bras de Harry en pleurant.

Un peu décontenancé par les sanglots de son fils, Harry le serra contre lui, silencieusement.

Après un petit moment, James redressa la tête.

-Papa ? C'est vrai que tu as affronté un dragon quand tu avais mon âge ?

- Quoi ? Mais qui t'a dit ça ?

Quand il vit que tant le regard de James que celui d'Albus se portaient par-dessus son épaule, il comprit.

-Draco, soupira-t-il.

- Ben quoi ? C'est la vérité, non ? dit l'autre sur un ton parfaitement innocent.

- Raconte-nous ! Raconte-nous ! scandait Albus en sautillant sur place.

Harry était partagé. Il n'avait jamais voulu raconter les horreurs de la guerre à ses enfants ni ce que lui-même avait vécu. Pour eux, s'il était célèbre, c'était à cause du Quidditch et c'était très bien comme ça. Mais peut-être était-il temps qu'ils sachent.

-Tous les enfants ont besoin de super-héros. Les tiens ne font pas exception, souffla Draco à son oreille.

Puis il posa un baiser au creux de son cou et partit prendre sa douche.

La matinée passa ainsi. Harry raconta à ses deux fils la plupart des choses insensées qui lui étaient arrivées durant ses années à Poudlard. Il parla de Voldemort, de la mort de ses parents et du fait que le Mage Noir voulait le tuer lui aussi. Il leur raconta le Tournoi des Trois Sorciers et la mort de Cédric Diggory. Il parla de la bataille finale mais sans entrer dans les détails et sans mentionner l'existence des horcruxes. Ça, ce serait pour plus tard. Peut-être.

James et Albus l'écoutèrent religieusement, fascinés par tout ce que leur père avait vécu. A la fin du récit, ils étaient un peu sous le choc. Harry sentait bien qu'ils avaient mille et une questions à poser et se promit de ne pas se défiler. Mais pour le moment, il décida de les laisser en parler entre eux.

-Et voilà, dit-il en rejoignant Draco à la cuisine. Maintenant, ils vont vraiment me prendre pour un extra-terrestre.

- Mais tu es un extra-terrestre Potter, répondit paisiblement Draco, le nez plongé dans le Sunday Prophet.

- Raaah ! Tais-toi ! C'est de ta faute de toute façon. Quelle idée de leur raconter cette histoire de Magyar à pointes !

- J'ai très bien fait. Et tu le sais.

- Ouais… tu as raison, finit-il par admettre.

Il fit le tour du comptoir et se plaça derrière Draco.

-Qu'est-ce que tu lis de si passionnant ? demanda-t-il en l'entourant de ses bras et en regardant par-dessus son épaule.

- L'interview que nous avons donnée hier.

Harry avait complètement oublié qu'elle paraissait aujourd'hui. Il se pencha un peu plus pour voir l'article.

En fait d'article, c'était une page entière qui leur était réservée. Le journaliste y retraçait les grandes lignes de leurs histoires respectives, particulièrement leur passé scolaire plutôt haineux et, bien évidemment, le rôle de la famille Malefoy durant la guerre.

Harry ne prit pas vraiment attention au contenu de l'interview. Ce qui le frappa surtout, ce fut la photo de Draco et lui qui occupait le centre de la page. Ils avaient le visage tourné l'un vers l'autre et se bouffaient littéralement des yeux. Il se demanda à quel moment de l'interview la photo avait été prise et surtout s'ils se regardaient toujours comme ça.

-Un problème Harry ? demanda Draco après un moment.

- Non… non… je me disais seulement que cette photo était… vraiment belle…

- Bah… avec nous deux dessus, elle pouvait difficilement être moche.

- Ce n'est pas seulement ça… elle dégage quelque chose de… sincère.

- Hm. Tu sais que c'est notre première photo ensemble ? Enfin, plutôt la deuxième si on compte celle que ma mère t'a donnée !

- C'est vrai, rigola Harry dont le cœur s'était mis à battre un peu plus vite à l'utilisation du mot « ensemble ». Je me demande si le Daily Prophet acceptera de m'en faire une copie…

- Au pire, on découpera celle-là et on l'accrochera sur le frigo avec un magnet aux couleurs des Canons de Chudley…

Harry resserra ses bras plus fort autour de Draco et ferma les yeux, le cœur subitement gonflé par l'émotion. Il avait tellement envie de lui dire qu'il l'aimait que c'en était douloureux. Pourtant il se retint. Pour se donner meilleure contenance, il plaisanta.

-Sale traître ! Tu pourrais au moins utiliser un magnet aux couleurs d'une de mes anciennes équipes !

- Ce serait beaucoup moins drôle.

Draco fit basculer Harry sur ses genoux. Le regard qu'il lui porta était chargé d'une infinité de choses, tout comme le baiser qu'il lui donna juste après. Des choses parmi lesquelles Harry voulait croire qu'il y avait de l'amour.

-Hum hum.

Ils s'écartèrent l'un de l'autre pour voir Albus et James à quelques pas d'eux.

-Qu'est-ce qu'on mange ? demanda James, dont les joues étaient toutes rouges.

- Moi j'ai bien une idée, souffla Draco en mordillant le cou qui était à portée de ses dents.

- Draco ! protesta Harry, en rougissant lui aussi et en se relevant de ses genoux. Je vais vérifier ce qu'on a dans le frigo.

- Pas la peine, dit Draco en le retenant par le bras. J'ai trouvé tout ce qu'il fallait.

Il se leva et alla ouvrir la porte du four. Aussitôt, une bonne odeur de viande rôtie flotta dans l'air.

-Rôti de bœuf aux pommes de terre et aux légumes.

- Super ! s'écria James. C'est le plat du dimanche à Poudlard et celui que je préfère !

- Tout comme moi, dit Draco. Allez, les mômes, allez dresser la table, c'est bientôt prêt.

- On peut utiliser la magie ? demanda Albus.

- Vous savez que l'usage de la magie est interdit hors de Poudlard, dit Harry pour la forme.

- Oooh papa, alleeeeeez ! Personne n'en saura rien ! Et puis ça fera un exercice !

- D'accord. Mais gare à vous si vous cassez quelque chose !

Tout contents, les deux garçons filèrent dans leur chambre à la recherche de leur baguette. L'opération « dressage de la table » se fit sans trop de difficulté.

Le repas fut long et animé. James et Albus posèrent des tas de questions à Harry qui y répondaient avec plaisir. Il remarqua non sans un certain amusement que Draco n'était pas en reste. Après tout, excepté certains faits qu'il avait vécus au plus près, de la plupart des événements il ne savait que ce que la rumeur avait bien voulu rapporter.

-Il y a un dessert ? demanda Albus après qu'ils eurent fini de débarrasser.

- Des fruits, dit Draco.

Une moue contrariée accueillit cette réponse.

-Et si nous allions sur le Chemin de Traverse ? suggéra Harry. Nous pourrions manger une glace chez Florian Fortarôme ?

- Ouais ! Génial ! s'exclamèrent les enfants en cœur.

- Bien ! Alors, allez vous changer et prendre vos manteaux.

Les enfants disparurent momentanément à l'étage et Draco alla s'installer dans le canapé.

-Tu ne nous accompagnes pas ? s'étonna Harry.

- Ce n'est pas une bonne idée. Avec l'article tout juste paru dans le Sunday Prophet, les journalistes seront à l'affût et…

- Et peu importe ! J'ai donné cette interview en connaissance de cause. Je ne vais pas me cacher !

- Tes enfants…

- Mes enfants seront soumis à un sortilège de floutage comme d'habitude !

- J'allais dire que tes enfants ont certainement envie d'avoir leur père pour eux tout seul. Tu n'as pas souvent l'occasion des sorties en famille, alors profites-en.

Harry allait répliquer qu'une sortie en famille l'incluait forcément. Mais c'était le genre de choses qui mettrait Draco en colère à coup sûr. Parce qu'il se sentirait piégé. Mis sous pression. Ça le ferait fuir, exactement comme hier. Et ça Harry ne le voulait pas.

-Je ne t'oblige à rien, se contenta-t-il de répondre mais… sache seulement que ça me ferait vraiment plaisir que tu viennes.

Il n'insista pas davantage, sachant que ça ne servirait à rien. Entre temps, les enfants étaient redescendus et prêts à partir.

-Draco ? Qu'est-ce que tu fais ? demanda Albus.

- Ça se voit non ? Je m'installe confortablement pour profiter d'un après-midi de tranquillité absolue.

- Tu ne viens pas avec nous ?

- Venir avec vous est le contraire de ce que j'appelle la tranquillité absolue.

- Mais j'ai envie que tu viennes moi !

Draco fixa le garçon est souriant.

-Oooh non mon bonhomme. Ce n'est pas la peine de me regarder comme ça, tu ne m'auras pas deux fois !

- Allez Draco ! Viens ! insista Albus sans se démonter. Papa et James vont parler Quidditch et moi j'aurai l'impression d'être de trop !

- Quoi ? s'offusqua Harry. Mais c'est faux ! Je…

- Qui va parler potions avec moi ?

- Mais moi, voyons ! dit Harry. On parlera potions si tu veux !

Albus se tourna vers son père, un air profondément condescendant sur le visage.

-Ne le prends pas mal papa, mais tu es carrément nul en potions.

Draco ricana ouvertement.

-Malefoy, la ferme ! dit Harry.

- Ben quoi ? C'est la stricte vérité.

- Ah tu vois ! rebondit Albus. Papa est incapable de comprendre la différence subtile entre l'utilisation de la rate de rat et le foie de chauve-souris dans les potions reconstituantes.

- Ah parce que toi tu le sais ? réagit immédiatement Draco.

Albus haussa les épaules.

-Bon, on y va ? demanda-t-il en se dirigeant vers la cheminée.

- Hé ! Attends un peu !

Draco bondit du canapé. Il lança un accio informulé qui lui amena sa veste et avant qu'il ne s'en rende compte, il était debout dans la cheminée avec Albus.

-Comment se fait-il qu'après seulement un mois et demi de cours, tu saches déjà la différence entre le foie de chauve-souris et la rate de rat ?

- En fait… je n'en sais rien. CHEMIN DE TRAVERSE !

La protestation de Draco fut étouffée par le ronflement des flammes vertes.

Harry ne put s'empêcher de sourire. Son fils était encore plus Serpentard que son amant.

-Papa, dit James. Je n'ai rien contre Draco, tu sais… mais si tu pouvais éviter de lui tenir la main ou de l'embrasser devant tout le monde…

- Tu sais bien que je ne le fais jamais. Pas quand toi et Albus êtes avec moi.

- Oui… mais avec Draco, c'est différent.

- Que veux-tu dire ?

- C'est différent, répéta-t-il en haussant les épaules. Albus et moi, on a en parlé hier soir. On voit bien qu'il compte plus que les autres.

Harry resta interloqué par le propos de son fils aîné. Après tout, un dicton moldu prétend que la vérité sort de la bouche des enfants.

O°O°O°O°O°O°O

Chemin de Traverse, Londres Sorcier

Ainsi que Draco l'avait supposé, l'article du Sunday Prophet avait fait son œuvre : tous les regards étaient braqués sur eux. Harry n'y prêtait nullement attention, marchant tranquillement devant avec James. Celui-ci par contre, ne semblait pas particulièrement à l'aise de l'attention dont ils faisaient tous l'objet.

-Tu es fâché ?

La voix d'Albus sortit Draco de sa réflexion. Oui, il était fâché. Ou au moins, il devrait l'être... En d'autres circonstances, il l'aurait certainement été. Mais il n'y parvenait pas.

-Tu es un sacré manipulateur, tu le sais ça ? bougonna-t-il.

- C'est toi qui te laisse avoir aussi ! répliqua Albus en riant.

- Et insolent avec ça !

Draco le prit par l'épaule et lui ébouriffa les cheveux, déclenchant un grand éclat de rire chez le petit garçon. Harry se retourna pour voir ce que faisait rire son fils et fut une fois de plus, touché par l'improbable complicité qui existait entre Albus et Draco.

Draco lui-même ne comprenait pas cette tolérance qu'il avait pour le garçon. Contrairement à Blaise, qui pensait que les enfants étaient la 8ème merveille du monde, lui ne les aimait pas particulièrement. Il les trouvait bruyants, envahissants et surtout inintéressants.

Mais avec Potter miniature, les choses étaient différentes. Etait-ce parce qu'il était à Serpentard ? Ou à cause de son amitié avec Scorpius ? Ou simplement le fait qu'il était le portrait craché de son père au même âge ? Il n'en savait rien.

-AAAAAALBUUUUUS !

Ils se tournèrent tous les quatre en direction de celui qui avait crié et virent un jeune garçon courir droit vers eux en faisant de grands signes.

-SCORPIUUUUS ! réagit Albus en courant à son tour vers son ami.

Ils se firent une chaleureuse accolade comme s'ils ne s'étaient plus vus depuis des mois alors qu'ils s'étaient quittés l'avant-veille. Albus entraîna ensuite Scorpius avec lui.

-Salut Scorpius, dit James qui, forcément, connaissait le meilleur ami de son frère.

Ils se serrèrent la main avant qu'Albus ne le place face à son père.

-Papa, je te présente Scorpius, dit Albus avec fierté.

- Bonjour Monsieur Potter, dit l'enfant en tendant la main. C'est un honneur de vous rencontrer.

- Albus m'a beaucoup parlé de toi, répondit Harry, tout sourire. J'avais hâte de faire ta connaissance !

- Et voici Draco Malefoy. L'amoureux de papa, continua Albus.

Harry fut un peu gêné du qualificatif mais Scorpius ne parut nullement étonné ou choqué. Il se contenta de tendre la main à l'homme devant lui.

-Bonjour Monsieur Malefoy. Je suis Scorpius Miller. Enchanté de vous connaître.

Draco était paralysé. Son fils se trouvait à un mètre de lui et il lui tendait la main. Il ne pouvait détacher ses yeux de ce visage, si semblable au sien, de ce regard gris acier qui le fixait avec un mélange d'incompréhension et de perplexité.

-Draco, souffla Harry en lui donnant un petit coup de coude dans les côtes.

Il se ressaisit et prit la main du garçon dans la sienne.

-Bonjour Scorpius. C'est… c'est un plaisir de te rencontrer.

A contrecœur, il relâcha la main au bout de quelques instants, notant au passage que Scorpius avait de longs doigts fins. Exactement comme les siens.

-Dis-moi Scorpius, reprit Harry. Tes parents ne sont pas avec toi ?

- Je suis avec maman. Elle est chez Fleury et Bott.

- Tu l'as prévenue que tu quittais le magasin ?

- Non Monsieur, admit le garçon, penaud. J'ai vu Albus et j'ai eu peur de le manquer, alors je suis sorti en courant.

Harry soupira et hocha la tête.

-Bien. Je vais retourner avec toi à la libraire. Ta mère doit être terriblement inquiète.

- Oui Monsieur.

- Papa ! Demande à Madame Miller si Scorpius peut venir manger une glace avec nous !

- Je vais le faire Albus. Mais sachant que Scorpius lui a faussé compagnie pour te rejoindre, elle ne sera peut-être pas très contente.

- Allez, papa ! Tu pourras la convaincre ! Tu arrives toujours à…

- SCORPIUS !

Le cri de la femme retentit avec colère derrière leur petit groupe.

-Scorpius ! Qu'est-ce qui t'a pris de te sauver comme ça ! J'étais morte d'inquiétude ! dit-elle en attrapant son fils par les épaules.

- Je suis désolée Maman. J'ai vu Albus et…

- Il y a eu plus de peur que de mal, intervint Harry.

Il tendit la main à Astoria Greengrass-Miller.

-Je me présente. Harry Potter. Je suis le père d'Albus. Nos enfants sont amis.

- Je sais qui vous êtes Monsieur Potter, dit Astoria d'un air pincé. Je sais aussi que…

Elle releva la tête à ce moment-là et avisa la présence de Draco à quelques pas de là. Instinctivement, elle ramena son fils contre elle.

-Nous devons y aller. Ravie d'avoir fait votre connaissance Monsieur Potter.

- Madame Miller ! Attendez ! Nous nous rendions chez Florian Fortarôme avec les enfants. Peut-être que Scorpius pourrait nous accompagner ?

- Non.

- Mais Maman…

- Scorpius, j'ai dit non.

Ni lui ni Albus ne comprenait la soudaine hostilité ambiante.

-James, Albus. Allez à l'animalerie magique avec Scorpius, dit Harry. Je voudrais parler quelques instants avec Madame Miller.

Astoria ne semblait pas disposée à laisser son fils s'éloigner d'elle mais elle accepta tout de même.

-Faite vite. Nous devons rentrer.

- Madame Miller, je ne vais pas tourner autour du chaudron. Je suis au courant pour Scorpius.

- Harry ! intervint Draco.

- Je suis désolé Draco. Mais je ne vais pas rester là à faire comme si de rien n'était !

- Tu m'avais juré que tu ne dirais rien ! s'emporta Astoria, en brandissant un doigt accusateur vers Draco.

- Il ne m'a rien dit, clarifia Harry. Je l'ai deviné tout seul en voyant Scorpius sur le quai du Poudlard Express.

Astoria avait considérablement pâli. Ce qu'elle redoutait depuis toujours était en train de se produire. Plus son fils grandissait, plus sa ressemblance avec son père devenait évidente pour tous ceux qui connaissaient Draco.

-Pourquoi es-tu revenu ici ? demanda-t-elle à Draco. Pourquoi ? Pour me faire du mal, c'est ça ?

- Pas du tout. Je vis toujours à New-York. Je suis revenu à Londres pour des raisons professionnelles.

- Ah oui ? Seulement professionnelles ? ironisa-t-elle en jetant un regard à Harry. J'ai lu le Sunday Prophet, je sais ce qu'il y a entre vous ! C'est pour ça que tu t'es rapproché de Potter et de son fils ? Pour parvenir jusqu'à Scorpius ?

- Absolument pas ! s'offusqua Draco. Comment peux-tu dire une chose pareille ? Je n'avais aucune idée que Scorpius serait là aujourd'hui !

- Peu importe ! Tu ne l'approcheras pas ! Tu m'entends ? Et si pour cela, je dois le changer d'école, je le ferai !

La détermination d'Astoria était telle qu'Harry s'affola.

-Madame Miller, je vous en prie ! Ne faites pas ça ! Jusqu'il y a peu, Albus était un garçon timide, réservé, peu enclin aux contacts humains… Sa mère et moi étions vraiment inquiets pour lui. Mais depuis qu'il a rencontré Scorpius, il a changé ! Jamais je ne l'avais entendu parler d'un autre enfant de son âge avec autant d'enthousiasme ! C'est son premier véritable ami ! Je sais que ça vous est égal, que Scorpius doit avoir des tas d'autres amis en dehors d'Albus mais… ce n'est pas le cas de mon fils.

Le regard d'Astoria se fit tout à coup très triste.

-Détrompez-vous Monsieur Potter. Scorpius est… terriblement méfiant avec les autres enfants. En fait, il se méfie de tout le monde. Excepté de votre fils. Moi aussi j'ai été soulagée de constater qu'il était enfin capable de se lier d'amitié avec quelqu'un. Alors, ce ne sera pas de gaité de cœur mais si je dois éloigner mon fils du vôtre pour le protéger, je le ferai sans hésiter !

- Le protéger ? siffla Draco. Le protéger de qui ? De moi ? Je n'ai jamais fait le moindre mal à Scorpius ! J'ai toujours respecté ma parole ! Tu n'as pas le droit de faire ça !

- Je pense que si Draco. Et il n'y a rien que tu puisses faire pour m'en empêcher, conclut Astoria avec un sourire mesquin.

Harry vit en une fraction de seconde le changement s'opérer sur le visage de Draco. Sa mâchoire se contracta et ses yeux devinrent aussi froids qu'un lac gelé.

-En d'autres termes, tu serais capable de briser l'amitié entre deux garçons qui n'ont rien demandé, uniquement pour que je reste loin de mon fils.

- C'était notre accord Draco. L'aurais-tu oublié ?

Draco eut un sourire qui n'augurait rien de bon.

-Nous n'avons aucun accord. Je ne me rappelle pas avoir signé quoi que ce soit. Par contre, je commence à me rappeler certaines choses de cette soirée où Scorpius a été conçu. C'est fou ce que la mémoire vous revient quand on fait quelques efforts…

- Que veux-tu dire ?

- Je veux dire que, ce soir-là, je me souviens très bien que c'est toi qui nous as donné le LSD à Archibald et moi. Et toi tu n'en as pas pris. Tu savais aussi que, drogué ou pas, j'étais incapable d'éprouver du désir pour une femme. C'est pour ça que tu m'as mis Archibald dans les bras et qu'au dernier moment tu as pris sa place. Je me souviens aussi de ce que tu m'as dit… Que tu as toujours été amoureuse de moi. C'était ça ton plan ? Tu espérais m'avoir comme ça ?

- Si ç'avait été le cas, je t'aurais dit que j'étais enceinte de toi !

- Alors pourquoi ? Donne-moi une bonne raison pour avoir fait… ça.

Astoria ferma les yeux, soudain très lasse.

-Tu ne comprendrais pas… comment le pourrais-tu ? Tu n'as jamais aimé qui que ce soit, Draco…

- Ne me dis pas que c'est de ma faute ! Tu savais que tes sentiments ne seraient jamais partagés ! Je ne t'ai jamais trompé sur ce que j'étais !

- Je le sais… C'est pour ça que je voulais ton enfant. Pour qu'une partie de toi puisse m'aimer quand même.

Harry écarquilla les yeux.

-Mais c'est… c'est un peu malsain, non ? avança-t-il.

- Ne me jugez pas Monsieur Potter, répliqua Astoria, durement. Oui, j'ai été égoïste. Oui, j'ai pris par la ruse ce que Draco n'aurait jamais voulu me donner mais je n'en ai pas honte ! Jamais je n'aurai honte d'avoir fait en sorte que mon amour pour Draco soit autre chose qu'une chimère ! Parce que Scorpius est ce qui m'est arrivé de mieux dans la vie… Alors gardez pour vous vos insinuations, Monsieur Potter. L'amour que je porte à Scorpius n'est rien d'autre que de l'amour maternel !

La véhémence des propos fit reculer Harry d'un pas.

-Je me moque de tes raisons, Astoria, reprit Draco. Scorpius est mon fils et je n'aurai aucun mal à le prouver.

- Tu veux me le prendre ? C'est ça ? demanda la jeune femme d'une voix presque hystérique.

- Je ne veux rien te prendre du tout ! Tu es sa mère, il a besoin de toi plus que de n'importe qui d'autre.

- Alors que veux-tu ?

- En fait… rien pour l'instant. Je ne veux pas bouleverser Scorpius en débarquant comme ça dans sa vie. Je ne suis rien pour lui, j'en ai conscience. Mais tu dois te rendre à l'évidence. Il est mon portrait craché. Combien de temps penses-tu qu'il lui faudra avant de se demander pourquoi il ne ressemble ni à toi ni à Archibald ?

Astoria se tordit nerveusement les mains.

-Je le sais, dit-elle tout bas. Mais que fais-tu de ton nom ? De ton père ? Tu étais le premier à admettre qu'un enfant n'avait pas à porter le poids des crimes de ta famille !

- C'est vrai, admit Draco. Mais le temps a passé. Les choses ont changé. J'ai changé. C'est mon fils, Astoria. Le seul que je n'aurai jamais. Tu ne peux pas me reprocher d'avoir envie de le connaître.

- Après tout ce temps ? Alors que tu n'as jamais pensé à lui ?

Draco ferma les yeux, une expression douloureuse sur le visage.

-Tu te trompes, dit-il.

Il prit son portefeuille dans la poche intérieure de sa veste et en sortit une photo écornée.

-Tu t'en souviens ? demanda-t-il à Astoria.

- Oui, souffla-t-elle. J'ai pris cette photo le jour où tu es venu voir Scorpius.

- C'est la seule photo que j'ai de lui. Et il n'y a pas un jour qui passe sans que je la regarde et que je pense à lui.

Harry se pencha pour mieux voir le cliché. On y voyait Draco, onze ans plus jeune, qui tenait un bébé dans ses bras. Les petits doigts de l'enfant étaient fermement enroulés autour de son index et de grands yeux gris le regardaient avec sérieux. Harry ne put s'empêcher de sourire en notant que Draco paraissait heureux et terrorisé à la fois, exactement comme lui, la première fois qu'on lui avait mis James dans les bras. Mais ce qui l'émut plus que tout était l'incommensurable tendresse qu'il pouvait lire dans son regard.

Draco rangea la photo. Astoria soupira, bouleversée. Toutes ses résistances étaient en train de céder les unes derrière les autres. Elle n'avait jamais vraiment voulu éloigner Draco de son fils mais c'était la volonté d'Archibald. Et elle devait bien admettre que ses raisons n'étaient pas dénuées de sens.

Mais Draco avait changé. Il avait grandi en un sens et il avait le droit de connaître son fils, tout comme Scorpius avait le droit de connaître son vrai père.

-D'accord, murmura-t-elle. Je… je te propose ceci : laissons les choses se faire. Mais ne dis rien à Scorpius. Quand ce sera le bon moment, je lui parlerai. Ainsi qu'à Archibald. Surtout à Archibald.

- Merci.

- Maintenant, je voudrais rentrer. Si tu veux bien aller chercher Scorpius... je vais attendre ici.

Il hocha la tête devant ce geste de bonne volonté et se dirigea vers l'Animalerie Magique, suivi de Harry. Ils trouvèrent James devant les cages des hiboux.

-James ? Où sont Scorpius et Albus ? demanda Harry.

- Ils sont du côté des terrariums. Papa, je peux avoir un hibou ?

- Je vais les chercher, dit Draco, sentant que la négociation avec James allait être longue.

Il marcha jusqu'au fond du magasin où Albus et Scorpius admiraient diverses espèces de serpents.

-Scorpius, dit Draco. Ta maman t'attend à l'extérieur pour rentrer chez vous.

- Oui Monsieur.

- Oooh, Scorpius ne vient pas manger une glace avec nous ? se lamenta Albus.

- Je suis désolé Albus. Peut-être une prochaine fois.

- Tant pis, dit-il, manifestement déçu.

Scorpius jeta un dernier regard aux terrariums et se détourna.

-Tu aimes les serpents ? lui demanda soudainement Draco.

- Beaucoup Monsieur ! s'enthousiasma le garçon. J'en avais un autrefois mais il est mort un peu avant que je rentre à Poudlard. C'était un lampropeltis, ou serpent-roi, exactement comme celui-ci.

Il désigna un petit serpent aux écailles lisses et brillantes, à la tête étroite, se terminant par un museau arrondi. Ses anneaux alternaient l'ivoire et le gris bleuté.

-Ça te dirait de l'adopter ? Je te l'offre si tu veux…

Scorpius regarda Draco comme s'il lui annonçait que Noël arrivait en avance.

-Vous… vous êtes sérieux ?

- Absolument.

L'expression du garçon se fit alors plus suspicieuse.

-Pourquoi ? demanda-t-il plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Pourquoi vous faites ça ? Vous ne me connaissez pas.

Draco fut pris au dépourvu pour le changement d'attitude de Scorpius.

-Je… hm… c'est vrai, on ne se connaît pas. Enfin… jusqu'à aujourd'hui. Mais ce n'est pas grave. Je comprends que tu ne veuilles pas.

- Si. Je veux bien, reprit l'enfant, sérieusement. Merci.

- Alors, c'est entendu. Et toi Albus ? Tu en veux un aussi ?

- Oh oui ! Ce serait super, ils pourraient partager le même terrarium dans la salle commune ! N'est-ce pas Scorpius ?

- Oui mais alors tu dois choisir une variété qui s'entendra avec le serpent-roi. Un pantherophis par exemple, ou serpent des blés.

- C'est lequel ?

- Celui-ci, dit Scorpius en désignant un serpent de couleur orangée, dont le dos était parsemé de taches rouges bordées de noir.

- Il me plait !

Draco appela un vendeur qui leur confirma que les deux reptiles pourraient coexister dans le même espace. Vu que Albus n'avait aucun endroit pour loger le serpent, il acheta également un terrarium et tout ce qu'il fallait pour l'aménager.

Quand ce fut fait, il miniaturisa le tout et retourna à l'avant du magasin retrouver Harry. Celui-ci tenait en main une cage dans laquelle se trouvait une sorte de chat dont les oreilles pointues étaient cependant bien plus grandes, voire même disproportionnées par rapport à sa tête. Sa queue se terminait par une petite touffe semblable à celle d'un lion. Il avait un pelage fourni, noir, tacheté de blanc. Ses yeux noirs en amande fixaient les humains avec condescendance.

-Un fléreur ? s'étonna Draco.

- Oui, dit James fièrement. Je vais l'appeler Spock !

- Hm… pourquoi pas. J'ai acheté un serpent à Albus, dit Draco à Harry. J'espère que tu ne m'en veux pas.

- Draco en a offert un à Scorpius aussi ! s'exclama Albus.

Harry haussa un sourcil, étonné.

-C'est gentil à toi, dit-il.

Draco ne répondit pas, se contenant de regarder son fils en souriant. Celui-ci caressait la tête du serpent du bout de son doigt.

-Comment vas-tu l'appeler ? demanda Harry.

- Milo, dit Scorpius. Les serpents sont très sensibles au nom qu'on leur donne… j'espère que ça lui plaît.

Une succession de sifflement se fit alors entendre.

-Il aime bien, confirma Albus. Et il est content de cohabiter avec Shaka.

- Comment sais-tu ça ? s'étonna Scorpius.

- Ben… il vient de le dire ! Tu es sourd ou quoi ?

Les deux garçons sortirent de l'Animalerie, sous le regard médusé de Harry.

-Par Salazar, il ne manquait plus que ça ! rigola Draco. Ton fils est fourchelang !

- C'est incroyable, souffla Harry. Après avoir tué Voldemort, j'ai perdu la faculté de parler aux serpents… Comment se fait-il qu'Albus en ait hérité ?

- Il se peut que ça provienne d'un de tes ancêtres du côté Black…Tu devrais poser la question à ma mère, à l'occasion.

Perplexe, Harry renonça à y réfléchir plus avant. Il sortit à son tour du magasin pour retrouver ses enfants et Scorpius. Celui-ci était en train de montrer à sa mère son nouvel animal de compagnie.

-Il m'a dit que le sien était mort, intervint Draco. Je me suis dit que ce serait bien de le remplacer.

- C'est… gentil à toi. Mais il ne fallait pas.

- Ce n'est pas grand-chose. Et puis, ça me fait plaisir.

Astoria fit un petit sourire crispé.

-Scorpius, pourquoi tu n'inviterais pas Albus à venir passer la journée de demain à la maison ?

- Oh oui ! Monsieur Potter, vous voulez bien ?

- Allez papa ! Dis oui !

- C'est d'accord, dit Harry en riant. Merci Madame Miller.

- Albus peut venir par cheminée. Vers 10H00 ?

- C'est parfait.

- Bien, alors allons-y. Au revoir Monsieur Potter. Draco, dit-elle en faisant un léger signe de tête. Scorpius, tu as remercié Monsieur Malefoy pour ton cadeau ?

- Merci Monsieur Malefoy ! Je vous promets de bien m'en occuper !

Draco ébouriffa les cheveux de son fils avec tendresse.

-Je n'en doute pas. Au revoir Scorpius.

Le garçon s'éloigna avec sa mère mais après quelques pas, il s'arrêta et fit volte-face. Il revint vers Draco et entoura sa taille de ses petits bras, pressant sa tête contre son torse. Tétanisé, Draco ne savait pas quoi faire. Finalement, il posa les mains dans le dos de son fils et le serra à son tour contre lui.

Sans un mot, ils se séparèrent. Scorpius rejoignit Astoria et tous deux disparurent dans la foule.

A suivre...