DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Voici la suite de cette histoire que vous êtes toujours de plus en plus nombreux à suivre et à commenter. Merci à tous !
En perspective de ce chapitre, je me dois de rappeler que la consommation de drogue est illégale et dangereuse pour la santé.
Bonne lecture !
Chapitre 15 – Toi, mon amour
« Même si c'est pas tout rose tous les jours
Mon cœur se bat pour toi mon amour
Mon corps en a envie tous les jours
Moi qui ne croit plus guère à l'amour »
(Marc Lavoine)
31 octobre 2014 – Potter Corp., La City, Londres
Draco passa une dernière fois en revue l'ensemble des documents qu'il allait emporter avec lui à New-York. D'un geste las, il les rangea soigneusement dans une caisse qu'il miniaturisa et qu'il déposa dans son attaché-case.
Et pour la millième fois aujourd'hui, il soupira. Cette journée avait été à la fois épuisante et contrariante.
Epuisante, parce qu'il avait fait avec Wilson, le récapitulatif de toutes les spécificités techniques qui devraient faire l'objet du brevet. La tâche avait été ardue et les avaient occupés quasiment cinq heures d'affilée.
Contrariante parce qu'il avait espéré au moins pouvoir déjeuner avec Harry mais celui-ci était en déplacement à Fawkham, dans le Kent, afin d'assister aux derniers essais des pilotes du Hurricane, en vue du Grand Prix de Formule Balai du Brésil qui se déroulait le mois suivant. Peggy lui avait assuré qu'Harry rentrait dans le courant de l'après-midi mais ce ne fut pas le cas.
Draco jeta un coup d'œil à l'horloge murale. Celle-ci indiquait 19H30. Il décida de rentrer. Il avait tenté d'appeler Harry à plusieurs reprises, mais sans succès. D'un geste brusque, il se saisit de son attaché-case et de son manteau avant de se diriger vers la zone de transplanage. Il jeta un dernier coup d'œil aux locaux devenus si familiers, se demandant quand il reviendrait, puis disparut dans un craquement.
Si jamais il revenait…
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Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Draco se trouvait encore dans le hall d'entrée quand il fut assailli par une odeur reconnaissable entre mille. Ronde, suave, très aromatique mais un peu âcre.
En pénétrant dans le salon, il vit Harry, assis par terre, dos contre le canapé. A intervalles réguliers, il soufflait lentement des volutes de fumée blanche.
-Bonsoir Potter, dit Draco en s'approchant pour lui faire face. Ça fait longtemps que tu es rentré ?
- Bah… vers 16 heures, répondit Harry d'une voix un peu pâteuse.
- Hm… et donc… ça fait trois heures et demi que tu es assis là, en train de fumer des joints ?
- T'as un problème ?
- Oui j'ai un problème ! Ça t'aurait troué le cul de me prévenir que tu rentrais ? s'énerva Draco.
- Ah… parce que je devais te prévenir ? Depuis quand on joue au parfait petit couple, toi et moi ? Je croyais que c'était ton mode de fonctionnement… pas de questions, pas d'explication.
Le ton de Harry était effronté et moqueur. Ses yeux étaient rougis, par la fumée du cannabis ou par les larmes, Draco n'en avait aucune idée. Nerveusement, il passa la main dans ses cheveux et alla s'asseoir à côté de Harry, à même le sol.
-Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il avec une douceur étonnante.
- Qu'est-ce qui te fait croire que ça ne va pas ? répliqua Harry avec brusquerie.
- Je ne sais pas… peut-être le fait de te trouver là, par terre, à te défoncer. D'où ça vient d'ailleurs ? Depuis quand tu détiens de la drogue chez toi ?
- Hé ! T'es un putain d'Auror ou quoi ? T'es ma mère ?
- Prends pas tes grands airs avec moi, ok ? Et si tes enfants étaient tombés dessus ? S'ils en avaient parlé à leur mère ? Tu aurais pu dire adieu à ton droit de garde !
- Ne dramatise pas… la boîte est soumise à un sort de verrouillage. Et puis, c'est occasionnel… j'en prends seulement quand… quand j'ai besoin de…
Harry s'interrompit et fit un geste évasif de la main. Draco n'insista pas. A la place, il prit la boîte. A l'intérieur se trouvait un sac rempli de fleurs de cannabis séchées, de petites plaquettes de résine, un grinder, des feuilles à rouler et une dizaine de joints déjà préparés.
-Je peux ? demanda-t-il en se saisissant d'une des petites tiges.
- Alors comme ça Monsieur le père-la-morale n'est pas contre un petit pétard ? T'es plutôt gonflé.
- Je t'emmerde.
Draco alluma le joint et tira une longue bouffée. Il laissa la fumée rouler dans sa bouche avant de l'exhaler lentement.
-Bordel… ça faisait longtemps que je n'en avais pas fumé de l'aussi bonne, dit-il en fermant les yeux sous l'effet de la substance.
- Ouais… je sais… au prix où je la paye, elle peut être bonne.
Ils posèrent tous les deux la tête sur l'assise du canapé.
-Pourquoi t'as besoin de ça ? demanda Draco après un temps.
Il crut ne jamais obtenir de réponse mais il finit par entendre un murmure :
-Pour retrouver mon corps d'avant.
- Ton corps d'avant ? C'est justement cette merde qui te l'a pris, ton corps d'avant.
- C'est là toute l'ironie. A cet instant, j'ai l'impression d'être revenu dix ans en arrière. Quand tout était possible. Quand j'étais le meilleur Attrapeur du monde.
- Tu te rends compte que ce n'est qu'une illusion ?
- Pas besoin que tu me le dises. Quelqu'un s'en est déjà chargé aujourd'hui.
- Que s'est-il passé ?
Harry tira une nouvelle bouffée et soupira.
-Après les essais, j'ai été abordé par Nigel Ellerby.
- Ellerby ? Comme Ellerby et Spudmore, qui fabriquaient les Feuopoudre dans les années cinquante ?
- Eux-mêmes. Nigel est le petit-fils de Richard Ellerby.
- Qu'est-ce qu'il te voulait ? Que tu les sauves de la faillite ? se moqua Draco.
- Pas vraiment. Depuis quelques années, la firme s'est reconvertie dans le balai familial et ça marche plutôt bien. Ellerby va maintenant produire un balai équipé d'un siège pour… pour les sorciers à mobilité réduite.
- Qu'attend-t-il de toi ? demanda Draco d'une voix blanche.
- Il me voulait pour sa campagne de pub… Il dit que je suis le mieux placé pour parler de l'intérêt de son produit, à cause de… ce qui m'est arrivé…
La voix se fêla sur la fin de la phrase. Harry baissa la tête, le front contre ses genoux.
-Voilà tout ce que je suis devenu, murmura-t-il. Un handicapé. Un putain de handicapé, tout juste bon à faire vendre des putains de sièges pour balais.
- Tu l'as envoyé chier, j'espère ? Lui et ses sièges de merde ? s'emporta Draco.
Harry hocha la tête, tout en écrasant le morceau de joint restant dans le cendrier.
-J'aime mieux ça, dit Draco qui faisait autant. Parce que jusqu'à preuve du contraire, tu marches toujours sur tes deux jambes. Bon, t'es à moitié aveugle sans tes lunettes mais ça, c'est pas important.
- Je ne parviens plus à me tenir sur un balai plus de dix minutes sans crever de mal au dos !
- Oui, mais tu parviens à tenir des positions insensées pendant des heures quand on fait l'amour. Et le seul endroit dont tu te plains dans ses cas-là, c'est pas de ton dos…
- Oh la ferme Malefoy…
Grincheux, Harry s'empara d'une autre petite cigarette.
-Hé ! s'interposa Draco. T'exagère pas un peu ? C'est ton quantième ?
- T'inquiète… c'était mon premier. Je venais de commencer quand tu es arrivé.
Draco le regarda avec suspicion, pas certain qu'il lui dise la vérité. Mais que pouvait-il y faire de toute façon ? Il se resservit à son tour.
Ils fumèrent en silence, chacun perdu dans ses pensées.
-Ils sont partis, dit soudainement Harry.
- Qui ?
- Mes enfants.
- On a raison de dire que le cannabis ramollit le cerveau… Je sais qu'ils sont partis. J'étais là, au cas où tu l'aurais oublié !
Après être rentrés du zoo la veille, Harry avait aidé Albus et James à rassembler leurs affaires. Il avait également remis à James une lettre à l'attention de Minerva McGonagall, dans laquelle il évoquait son inquiétude au sujet du groupe de traditionnalistes dont son aîné faisait partie.
A 18h15, les deux enfants se tenaient devant la cheminée, prêts à partir. Harry les avait serrés très fort contre lui, leur répétant combien il avait été heureux de ces quelques jours passés avec eux. Draco, lui, était resté un peu en retrait, ne voulant pas interférer dans le tableau familial. Mais Albus en avait décidé autrement. Il s'était élancé sur Draco, enserrant sa taille de ses bras, de toutes ses forces.
-Merci pour tout, avait-il dit. Pour t'être occupés de nous, pour Shaka. Et pour papa aussi, avait-il ajouté plus bas.
Draco s'était contenté de lui ébouriffer les cheveux en lui faisant promettre de continuer à s'entraîner aux échecs. Quand le garçon le libéra de son étreinte, il n'avait pu s'empêcher de penser avec amertume, qu'il avait plus souvent serré dans ses bras le fils de Harry que le sien.
Puis était venu le tour de James. L'adolescent lui avait tendu la main et d'une manière à la fois gauche et ampoulée, il l'avait remercié également. Puis, contre toute attente, il s'était rapproché et avait murmuré :
-Prends bien soin de papa.
Trop éberlué, Draco n'avait rien su répondre. Les deux garçons étaient ensuite rentrés dans la cheminée avant de disparaître dans un ronflement de flammes vertes.
-Ouais, ben… ils sont partis quand même, répéta Harry qui commençait à planer sérieusement. Ils m'ont quitté.
- Ils ne t'ont pas quitté, ils sont retournés à l'école.
- C'est pareil. Ils m'ont quitté. Tout le monde me quitte toujours… tous les gens que j'aime s'en vont…
- T'es chiant Potter… T'as le joint triste.
- Et toi, c'est pareil. Tu me quittes.
Draco se tourna pour fixer Harry. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues.
-Tu… tu sais très bien pourquoi je repars, dit-il, sur la défensive.
- Ouais… je sais aussi ce qui se passera quand tu seras de retour là-bas. Tu reprendras ta vie où tu l'avais laissée… Tu m'oublieras.
- Harry…
- Tais-toi. Je ne veux pas entendre de mensonges.
- Ce n'est pas un mensonge ! Je vais revenir ! Je veux revenir !
- Quand ?
- BORDEL, JE N'EN SAIS RIEN ! s'emporta Draco.
- Pourquoi voudrais-tu revenir ?
- Je… c'est quoi cette question ?
- Elle est simple pourtant : pourquoi veux-tu revenir ?
La conversation commençait à prendre une tournure déplaisante au goût de Draco.
-Parce que je vais te dire pourquoi moi, je veux que tu reviennes, continua Harry devant le silence buté de Draco. Je suis tombé amoureux de toi… Je t'aime, espèce de connard égocentrique ! TU M'ENTENDS ?
- Je ne suis pas sourd.
- C'est tout ce que tu trouves à dire ?
Draco ferma les yeux, tentant de faire refluer la colère qui montait en lui.
-C'est ça que tu veux ? siffla-t-il. Que nous nous séparions sur des déclarations enflammées ? Des promesses d'éternité ? Tu penses vraiment que ce sera moins douloureux comme ça ?
- Peut-être bien que oui !
- C'est n'importe quoi.
- CE N'EST PAS N'IMPORTE QUOI !
Harry pleurait pour de bon cette fois. Des larmes de rage bien plus que de tristesse.
-Il y a quelques temps de ça, tu m'as dit que tu n'avais pas besoin de mots, dit Draco.
- Eh bien, il faut croire que j'avais tort ! Merde, Draco ! Qu'y a-t-il de si difficile là-dedans ?
- Tu ne comprends pas.
- NON JE NE COMPRENDS PAS !
- Ce ne sont que des mots, Harry…
- JUSTEMENT !
- Les mots n'ont aucune valeur. Seules nos actions comptent. Je t'ai dit que j'allais revenir. Et je le ferai. Si tu ne me crois pas, si tu n'as pas confiance en moi, alors on n'a plus rien à se dire.
Il se leva, jetant le reste de son mégot dans le cendrier. Harry lui, était trop anesthésié pour réagir. Il regarda Draco quitter le salon, le cœur au bord des lèvres.
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Draco referma la porte de la chambre et s'adossa contre le battant. Il était en colère. Contre Harry mais aussi contre lui. En colère de s'être laissé aller à croire qu'Harry aurait pu être différent. Il ne l'était pas. Malgré ses beaux discours, il avait fini par revendiquer la même chose que tous les autres : des déclarations sirupeuses.
Pourtant, s'il devait être parfaitement honnête avec lui-même, il admettrait sa propre responsabilité. Et surtout son hypocrisie. Il aimait Harry. Il l'avait avoué pas plus tard que la veille devant Pansy. Sauf que le dire à Pansy, ce n'était pas pareil. C'était comme le dire à lui-même. Pansy était sa meilleure amie, son alter ego. Même s'il n'avait jamais évoqué ses sentiments à voix haute, elle savait. Peut-être même avait-elle su avant lui.
Blaise aurait bien des choses à dire à ce sujet… mais Draco ne voulait pas les entendre.
Déterminé à en finir, il marcha vers le dressing. Il en sortit ses valises et les posa sur le lit. De sa baguette, il pointa ses costumes qui allèrent se ranger méthodiquement et avec soin, dans la malle prévue à cet effet. Pendant ce temps, il lança un sort de pliage sur ses chemises.
Alors qu'il sortait ses t-shirts de la commode, la porte de la chambre s'ouvrit.
-Qu'est-ce que tu fais ? demanda inutilement Harry.
- Je pense que ça se voit, non ? dit Draco en posant sa pile de t-shirts dans la valise.
- Draco, ne pars pas. Pas maintenant. Tu as raison, ce n'est pas une question de mots, c'est une question de confiance. Je te fais confiance.
- Ce n'est pas l'impression que ça donne.
- Je sais. A ma décharge, c'est juste que… j'ai peur. Parce que je n'ai jamais ressenti pour personne ce que je ressens pour toi. Tu peux comprendre ça ? dit Harry, très doucement.
- Oui, souffla Draco. Oui, je peux le comprendre.
- Je voulais seulement être rassuré… savoir si tu tiens à moi autant que je tiens à toi.
Draco s'interrompit dans sa tâche pour regarder Harry droit dans les yeux.
-Si je tiens à toi ? Tu te poses vraiment la question ?
- Oui… enfin, non… merde, je suis désolé Draco. La dernière chose que je veux, c'est te faire fuir. Je ne comptais pas faire un cirque pareil… mais la journée a été merdique, mes enfants sont partis… C'est… c'est le jour anniversaire de la mort de mes parents… et toi, tu…
Avec lassitude, il passa la main dans ses cheveux, les ébouriffants plus qu'ils n'étaient déjà.
-Je suis lamentable… l'herbe, ça ne me réussit vraiment pas.
- Ça, je te le confirme, sourit Draco en s'approchant.
Il prit Harry dans ses bras, dans un geste chargé de tendresse. Ils restèrent tous les deux enlacés un long moment avant que Draco ne s'écarte légèrement.
-Je vais terminer mes valises, dit-il doucement.
Voyant la peine qui se ravivait dans le regard de Harry, il ajouta rapidement :
-C'est autant que je n'aurai plus à faire dimanche.
- Merci, murmura Harry. Tu as besoin d'aide ?
- Ça devrait aller. Une idée de ce que tu as envie de faire après ?
Harry haussa les épaules.
-J'ai envie de sortir.
- C'est soirée Halloween à l'Abyss.
- On n'a pas de déguisement…
- Harry… on est des sorciers.
- Ah. Oui… je… évidemment.
Draco secoua la tête en levant les yeux au ciel.
-D'accord pour l'Abyss, dit Harry. Mais ce soir, tu ne dragues personne, susurra-t-il en se collant davantage contre Draco. Ce soir, tu es à moi et je te veux pour moi tout seul.
- Tu n'as donc pas encore compris ? Je ne suis à personne… excepté toi, chuchota Draco en se penchant pour l'embrasser.
Cette phrase-là remua Harry bien plus que n'importe quelle déclaration.
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1er novembre 2014 – Maison d'Hermione Granger, Gloucester Crescent, Camden Town, Londres
Hermione dut s'y reprendre à trois reprises avant de pouvoir attacher sa boucle d'oreille, tant ses mains tremblaient. Elle était toujours un peu nerveuse avant de rencontrer sa fille mais aujourd'hui, c'était pire que tout. Pour la première fois depuis presque six ans, elles allaient passer du temps ensemble, seules, sans la présence écrasante de l'indiscrète Mrs Bennett.
Quand elle avait reçu le hibou de Pansy le jeudi après-midi, elle avait tout d'abord refusé d'y croire. Pansy étant injoignable, elle s'était rendue sans attendre au cabinet de Théo afin de réclamer des explications. Celui-ci avait souri jusqu'aux oreilles.
-Tu pourras remercier Blaise d'être parvenu à la convaincre de prendre ton affaire, avait-il dit en lui rendant le parchemin. C'est vraiment la meilleure avocate en droit de la famille que je connaisse.
- Alors… alors… c'est vrai ? Je vais… je vais pouvoir… voir ma fille… en dehors du Ministère ?
- Exactement.
Sous le choc de la nouvelle, elle était repartie en serrant le parchemin contre elle, sans même penser à dire au revoir à Théo. Et depuis, elle se sentait comme sur des montagnes russes, passant sans préavis d'un état d'euphorie extrême à l'angoisse la plus complète.
Debout devant le miroir, Hermione jeta un dernier coup à sa tenue. Elle lissa un pli imaginaire sur sa jupe et quitta sa chambre. En bas, elle entendait Blaise s'activer dans la cuisine.
En descendant les escaliers, elle s'émerveilla une fois encore d'avoir croisé la route d'un homme aussi exceptionnel. Blaise était tout ce dont elle avait pu rêver. Contrairement aux autres hommes qu'elle avait fréquentés, il n'avait pas tenté de s'immiscer de force dans sa vie. Il était certes toujours présent mais sans être envahissant. Il était protecteur et prévenant, sans être étouffant. Il l'avait démontré ce matin encore, en arrivant un peu après onze heure trente, les bras chargés. Pensant à juste titre qu'elle serait bien trop nerveuse pour préparer à manger, et lui-même étant un piètre cuisinier, il avait pris l'initiative d'acheter des plats préparés chez son traiteur indien favori. Elle lui avait été infiniment reconnaissante de cette attention et c'est dans une ambiance positivement fébrile qu'ils avaient partagé leur repas.
Hermione se tenait maintenant à l'entrée de la cuisine, observant son amant évoluer dans la pièce comme s'il vivait là depuis toujours. Blaise s'était immédiatement acclimaté à cet environnement pourtant très différent du sien. Lui vivait dans un loft ultra moderne et minimaliste du côté de South Hampstead. Elle, dans une petite maison de style victorien en plein cœur de Camden Town. Quand elle l'avait visitée, quatre ans plus tôt, elle était tombée sous le charme de la façade en briques rouges, des fenêtres à croisillons blancs et surtout du petit jardin clos à l'arrière. Elle avait signé le compromis de vente le lendemain, imaginant déjà comment elle aménagerait la chambre de Rose. Bien sûr, la chambre était restée désespérément vide jusque-là… mais tout allait peut-être changer.
-Tu voudras bien m'accompagner au Ministère ? demanda-t-elle en entrant dans la cuisine.
- Bien sûr ! dit Blaise depuis l'intérieur du frigo où il rangeait un reste de poulet tandoori.
Il referma la porte et lui fit face.
-Tu veux que… Bordel ! Qu'est-ce que t'as fait à tes nichons ? s'exclama-t-il.
- Quoi ?
- Tes seins ! On… on dirait… que tu as une chambre à air à la place !
Hermione tira nerveusement sur son chemisier amidonné et boutonné jusqu'au col. Le geste eut pour effet d'aplatir encore un peu plus sa poitrine, déjà bien comprimée par la brassière qu'elle portait en guise de soutien-gorge. Pour ne rien arranger, elle portait une jupe droite en-dessous du genou et des chaussures plates.
-Quand je vais voir Rose, j'essaie de m'habiller de manière plus… conforme.
- Conforme ? Conforme à quoi ?
- A leur mentalité ! On voit bien que tu ne connais pas Mrs Bennett…
- Elle a un problème avec les seins ?
- Elle a un problème avec tout. Avec moi en particulier !
- Et tu crois que le fait de te déguiser en bonne sœur va y changer quelque chose ?
Blaise s'approcha et entreprit de déboutonner le chemisier. Ses yeux s'arrondirent quand il entraperçut ce qui faisait office de lingerie.
-Par Merlin, c'est quoi ce truc ? Une cuirasse ? Un morceau de pneu ?
Il semblait sincèrement catastrophé à l'idée que ses deux précieux jouets soient ainsi malmenés.
-Tu vas m'enlever ça directement, ça ne te ressemble pas ! Comment espères-tu être à l'aise avec ta fille si tu ne l'es pas toi-même ?
Hermione dut admettre que Blaise avait raison. Au diable cette punaise de Mrs Bennett. Sans attendre, elle retourna dans sa chambre pour se changer. Elle se débarrassa sans remord de la brassière au profit d'un soutien-gorge en dentelle blanche. Elle opta également pour un pantalon noir, un pull à col V en cachemire blanc cassé qui soulignait merveilleusement bien son décolleté, et des bottes à talons.
-Là, je te retrouve, murmura Blaise en l'accueillant au pied de l'escalier. Tout va bien se passer.
- J'espère. Si tu savais ce que ça compte pour moi… Je ne réalise pas encore totalement.
- Je le sais mon cœur. Et ce n'est que le début. Bientôt Rose sera dans cette maison, tu verras.
Hermione sourit.
-Merci d'être là, dit-elle en l'embrassant tendrement.
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Ministère de la Magie, Département de l'Enfance.
Hermione tentait de maîtriser au mieux les battements de son cœur alors qu'elle remontait le couloir en direction du Département de l'Enfance. Ses efforts furent cependant réduits à néant quand elle aperçut son ex-mari qui faisait les cents pas devant le bureau d'accueil. Sitôt qu'il l'aperçut, il se dirigea vers elle, le regard dur.
-Ça ne va pas se passer comme ça ! rugit-il en brandissant un doigt accusateur. Je refuse que tu sortes d'ici avec Rose !
- Je pense que tu n'as pas ton mot à dire là-dedans, Ronald, répliqua-t-elle avec un calme qu'elle était loin de ressentir.
- C'est ce qu'on va voir !
- C'est tout vu Monsieur Weasley !
Ron se retourna brusquement vers celle qui venait de parler.
-Greta Schmidt, dit la femme. Je suis la responsable de ce service.
- Je sais qui vous êtes. Où est Helen Bennett ?
- Mrs Bennett est souffrante. Je la remplace.
- Bien. Comme je le disais, il est hors de question que Rose sorte de ce Ministère avec elle ! s'emporta Ron en montrant Hermione du doigt.
- Ce n'est pas à vous d'en décider. La loi est claire Monsieur Weasley. Miss Granger est autorisée à partir de ce jour à emmener sa fille dans un périmètre déterminé. Vous n'avez aucune inquiétude à avoir, la sortie est soumise à un strict dispositif de surveillance.
- Là n'est pas la question ! Je refuse que…
- Votre avis n'entre pas en ligne de compte.
- Avez-vous idée de qui je suis ?
Le ton menaçant de Ron n'impressionna nullement Greta Schmidt. Que du contraire. Elle redressa le menton et fit un pas en direction de son interlocuteur.
-Vous êtes Ronald Weasley, Directeur du Département des Sports. Mais à moins que votre fille ne se soit transformée en souaffle ou en bavboule durant la nuit, je ne vois ce que cela vient faire dans le débat. La loi est la même pour tout le monde, même pour un haut fonctionnaire. Si elle ne vous plait pas, libre à vous de la contester devant le Magenmagot. Mais d'ici là, elle reste applicable, que ça vous plaise ou non. Je vais donc remettre Rose à la garde de sa mère pour les trois prochaines heures.
- Si c'est comme ça, je repars avec ma fille. Allez la chercher !
- Si c'est comme ça, j'appelle les Aurors et vous devrez répondre d'une infraction de niveau 2.
En elle-même, Hermione admirait la ténacité et le sang-froid de Greta Schmidt. Comme à chaque fois qu'il était contrarié, le visage de Ron était aussi rouge qu'une tranche de bœuf saignante. Il était manifeste qu'il tentait d'évaluer le sérieux des menaces proférées par l'autre femme.
-Je ne vais pas en rester là, cracha-t-il. Je serai de retour à 17 heures tapantes. Et si ma fille a la moindre minute de retard, c'est moi qui ferai appel aux Aurors !
Ecumant de rage, il partit sans attendre de réponse.
-Merci Mrs Schmidt, dit Hermione.
- Il n'y a pas de quoi. J'ai l'habitude des énergumènes dans son genre.
- Il n'a pas toujours été comme ça, vous savez, ne put-elle s'empêcher de dire.
- Vous le croyez vraiment ?
Hermione haussa les épaules avec un pauvre sourire. Non, elle n'y croyait pas.
-Venez, dit la femme. Votre petite fille vous attend.
Elle se dirigea vers la salle où avait habituellement lieu la rencontre. Au moment où elle poussa la porte, Hermione vit Rose, sagement assise sur une chaise, en train de lire un livre. Voyant sa mère approcher, elle referma l'ouvrage et se leva.
-Bonjour Maman, dit-elle en allant l'embrasser.
- Bonjour ma puce.
Hermione serra sa fille dans ses bras, enfouissant son nez dans ses cheveux, respirant sa douce odeur un peu fruitée.
-Nous allons faire quelque chose de différent aujourd'hui, commença-t-elle à expliquer. Nous allons aller nous promener.
De l'étonnement mais aussi de la crainte se peignirent sur le visage de Rose. Cela fit mal à Hermione de constater que sa fille avait peur d'elle.
-Ton papa est au courant, dit-elle pour la rassurer. Je l'ai croisé avant d'entrer. Il viendra te récupérer à 17 heures comme d'habitude.
- D'accord, dit Rose d'une petite voix.
Mrs Schmidt approcha avec en main, deux bracelets.
-Ta maman et toi allez les porter, expliqua-t-elle. Au cas où tu te perdrais, on pourrait te retrouver.
- Je ne vais pas me perdre. Papa m'a toujours dit de ne pas m'éloigner des adultes. Et si ça devait arriver, je dois trouver un officier de la Brigade de police magique et lui expliquer que je suis perdue.
- L'avantage de ce bracelet, c'est que grâce à lui, tu ne devras pas chercher après un policier, c'est lui qui te trouvera. Mais tu as raison, tant que tu restes avec ta maman, tu ne vas pas te perdre.
Rose hocha la tête et enfila l'artefact. Hermione fit de même. Mrs Schmidt lança alors un sort qui fit briller le métal durant quelques secondes.
-Les bracelets sont opérationnels. Vous pouvez vous déplacer désormais dans un périmètre d'un kilomètre autour du Ministère, Londres moldu et sorcier confondus. Et vous devez impérativement être de retour dans l'enceinte du bâtiment avant 17 heures. C'est bien clair ?
- Parfaitement, dit Hermione. Rose chérie, prends ton manteau, nous y allons.
La petite fille enfila son manteau couleur myosotis, assorti à la robe qu'elle portait. Docilement, elle suivit sa mère dans le couloir, sous le regard attendri et un peu triste de Mrs Schmidt.
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Caffé Concerto, Shaftesbury Avenue, Londres
Hermione avait longuement réfléchi à ce qu'elle ferait avec Rose pour cette première sortie toutes les deux. Elle ne voulait rien de trop formel ou qui donne l'impression d'un rendez-vous organisé, bien que ce soit effectivement le cas. Finalement, elle avait décidé de l'emmener dans un salon de thé côté moldu, un endroit agréable et décontracté à la fois afin que la petite fille s'y sente à l'aise.
Elles avaient donc pris place à une table du Caffé Concerto, situé sur Shaftesbury Avenue, non loin de l'entrée publique du Ministère.
Rose était assise, bien droite, sur la banquette, son manteau posé à côté d'elle. D'un geste de la main, elle écarta de son épaule ses boucles rousses retenues pas un serre-tête et se plongea dans la lecture du menu. Hermione ne put s'empêcher de la regarder, d'admirer la douceur de ses traits et la vivacité de ses yeux bleus. Rose ferait des ravages d'ici quelques années, elle en était certaine.
-Avez-vous choisi ? demanda la serveuse en s'approchant de leur table.
- Un thé au jasmin et une part de cheesecake aux fraises, dit Hermione. Et toi ma chérie ?
- Un chocolat chaud et deux scones nature, s'il vous plaît.
- Je vous apporte ça tout de suite.
Tandis que la serveuse s'éloignait, Rose prit quelque chose dans la poche de son manteau.
-Tiens, dit-elle. C'est une invitation pour le spectacle de Noël de l'école. Cette année, nous interprétons des extraits de Casse-Noisette. Je ne sais pas si tu pourras venir mais…
- Je viendrai. Je ne manquerai ça pour rien au monde !
Rose hocha la tête en souriant.
-Papa a accepté de m'inscrire à l'équitation. J'ai commencé il y a deux mois.
- Oh, c'est vrai ? Et ça te plait ?
- J'adore ça ! Mon cheval s'appelle Mellow… enfin, ce n'est pas mon cheval mais celui du manège… Peut-être qu'un jour Papa m'en achètera un ?
- C'est possible.
Très probable, même. Ron ne reculait devant rien pour sa fille. Il ne lui offrirait sans doute pas du jour au lendemain mais attendrait d'abord qu'elle redouble d'efforts dans l'apprentissage de l'équitation et à l'école.
Encore l'aurait-elle voulu qu'Hermione n'aurait pu trouver aucun reproche à faire à Ron dans l'éducation de leur fille. Il la gâtait certes, mais toujours en contrepartie d'un mérite. Lui-même ne ménageait pas son temps pour s'occuper d'elle, l'accompagnant à toutes ses activités extrascolaires. Danse, équitation, musique… Il ne réfrénait aucune de ses envies d'apprendre.
Tandis que la serveuse revenait avec leur commande et la disposait sur la table, Rose remit un autre document à sa mère.
-C'est mon carnet de notes du mois dernier.
- Oh, voyons ça ! dit en Hermione en ouvrant le feuillet. Hm… tu as progressé en anglais et en mathématiques. Par contre, tu as perdu des points en sciences... Que s'est-il passé ?
- Un énoncé que je n'ai pas bien compris. J'en ai parlé avec le professeur et il a accepté de me faire refaire l'exercice. Et cette fois, j'ai réussi. Mais il n'a pas voulu changer ma note pour autant.
- C'est normal. Le plus important, c'est que tu aies compris ton erreur pour ne plus la refaire.
- C'est ce que Papa m'a dit aussi.
Rose prit un scone qu'elle coupa en deux avant d'en recouvrir un morceau d'un peu de clotted cream et de confiture de fraise. Elle mordit dedans et savoura lentement la bouchée.
-Je suis des cours de français depuis la rentrée, dit-elle après quelques instants.
- Des cours de français ? C'est très bien ! Qu'est-ce qui t'en a donné envie ?
La petite fille gigota un peu avant de boire une gorgée de son chocolat.
-Je… hm… j'ai demandé à Papa de m'inscrire à l'Académie Beauxbâtons l'année prochaine.
- Quoi ?
Hermione s'étouffa presque avec son thé tant elle était abasourdie.
-Beauxbâtons ? Mais pourquoi ? Pourquoi ne veux-tu pas aller à Poudlard ?
- Parce que.
- Ce n'est pas une réponse !
Rose baissa les yeux, les lèvres pincées.
-Rosie chérie, dis-moi, plaida Hermione devant l'air embarrassé de sa fille.
- Ne le prends pas mal mais… je ne veux pas être comparée à toi.
- Quoi ?
- Encore aujourd'hui, tu restes la plus brillante étudiante de Poudlard. Victoire me l'a dit ! Je ne veux pas que tout le monde s'attende à ce que je fasse aussi bien ou même mieux.
- Oh mon cœur… tu ne dois pas penser à ça ! Ça n'a strictement aucune importance !
- Pour moi, oui.
- Mais tu vas te retrouver toute seule à Beauxbâtons ! Alors qu'à Poudlard, tu auras tes cousins avec toi. Il y a Victoire…
- Victoire va entrer en dernière année.
- Il y a James ! Et Albus ! Albus sera seulement un an au-dessus de toi.
- C'est un garçon ! dit Rose en roulant des yeux, comme si ça expliquait absolument tout. Et puis, je ne serai pas toute seule à Beauxbâtons. Tante Fleur va y inscrire Dominique.
Hermione se sentit totalement désemparée.
-Et… et ton père ? Il est d'accord ?
Fréquenter Poudlard était une tradition chez les Weasley. Hermione doutait que l'envie de Rose d'aller étudier en France soit très bien passée.
-Au début, il ne voulait pas, admit la petite fille. Il disait que tous les Weasley étaient allés à Poudlard, et qu'ils avaient tous été répartis à Gryffondor… Mais j'avais fait des recherches avant de lui en parler et je lui ai expliqué qu'à Beauxbâtons, je pourrais continuer la danse et l'équitation. A Poudlard, il n'y a rien d'autre que le Quidditch et moi, je n'ai pas envie de faire du Quidditch !
Hermione dut admettre que l'argument était pertinent. Merlin savait qu'elle avait râlé plus souvent que n'importe qui sur le fait qu'à Poudlard, tout tournait toujours autour du Quidditch.
-Maman, j'ai regardé sur une carte, continua Rose. Même si l'emplacement exact de Beauxbâtons est tenu secret, on sait qu'il se situe dans le Berry. C'est presque à la même distance de Londres que l'Ecosse. Je crois même que c'est plus près… Les hiboux mettront autant de temps pour arriver jusque chez toi.
- Je sais, ma puce, je sais, dit Hermione. C'est juste que… Non, après tout… Si tu préfères aller à Beauxbâtons, pourquoi pas ? C'est une très bonne académie. Et le plus important, c'est que tu sois heureuse et épanouie.
- Merci Maman, souffla la petite fille.
Le soulagement évident de Rose n'échappa pas à Hermione.
-Rosie… tu avais peur de m'en parler ?
- Bah… un peu quand même.
- Mais pourquoi, voyons ? Tu sais bien que tu peux tout me dire.
- J'avais peur que tu sois fâchée et… et que ça fasse des problèmes entre toi et Papa. Il n'y est pour rien tu sais ! C'est vraiment moi qui veux aller là-bas.
- Je sais, ma puce ! Mais tu ne devrais pas t'inquiéter des histoires entre ton papa et moi.
Rose haussa les épaules un peu tristement et continua de manger son scone.
-Maman ? demanda-t-elle après un temps. Pourquoi je ne peux pas aller chez toi ? Les parents de Janie sont divorcés aussi mais elle, elle va tous les weekends chez son papa. C'est différent pour les sorciers ?
- Non, ce n'est pas parce que nous sommes sorciers.
- C'est quoi alors ?
Hermione s'attendait à ce que sa fille lui pose un jour cette question. A vrai dire, elle l'avait attendu bien plus tôt. Elle prit le soin de bien choisir ses mots.
-Il y a très longtemps, j'ai fait quelque chose que j'ai caché à ton papa. Quand il l'a appris, il a été très fâché et nous nous sommes séparés.
- C'était si grave que ça ?
- Oui. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je n'ai pas le droit d'avoir ta garde comme n'importe quel autre parent divorcé. Mais comme tu le peux le voir, les choses changent. J'ai obtenu de pouvoir te voir en dehors du Ministère, c'est mieux, non ?
- Oui, dit Rose en souriant. Je n'aimais pas trop Mrs Bennett. Elle écoutait toujours nos conversations.
- Moi non plus je ne l'aimais pas ! Cette sortie aujourd'hui, c'est une première étape. J'espère que bientôt, je pourrai enfin t'accueillir à la maison.
Rose lui fit un grand sourire, apparemment ravie de cette idée, avant de se rembrunir légèrement.
-Qu'y a-t-il Rosie ?
- C'est vrai que tu vois des messieurs pour de l'argent ?
Sous le choc, Hermione renversa sa tasse de thé. Maladroitement, elle prit sa serviette pour éponger le liquide qui se répandait partout.
-Qui t'a dit ça ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
Embarrassée, Rose ne répondit pas.
-Rose !
- C'est Ma… enfin, c'est Lavande. L'autre soir, je l'ai entendue dire que tu étais une… une pute. Je ne connaissais pas ce mot alors j'ai cherché dans le dictionnaire. C'est une dame que les messieurs paient pour avoir des relations sexuelles.
Hermione ravala les larmes de rage qui menaçaient de déborder et s'efforça de parler avec un calme qu'elle était loin de ressentir.
-Tout d'abord, je t'interdis d'utiliser ce mot. C'est grossier et vulgaire. Ensuite, non, je ne vois pas de messieurs pour de l'argent. Quand ton papa et moi nous avons divorcé, nous avons repris le cours de notre vie, chacun de notre côté. Ton papa a fréquenté d'autres femmes et moi d'autres hommes.
- Mais Papa est marié avec Lavande. Et toi tu n'es mariée avec personne.
- C'est vrai mais ça ne veut pas dire que je fréquente les hommes pour de l'argent ! Je… je n'ai pas encore trouvé la bonne personne, c'est tout.
- Lavande dit que c'est pour ça que les juges ne veulent pas que tu t'occupes de moi.
- C'est faux ! Et Lavande ferait mieux de se mêler de ses affaires et arrêter de parler à tort et à travers !
Rose recula. Elle n'avait jamais vu sa mère en colère avant aujourd'hui. Hermione maudit Lavande Brown de la mettre dans un état pareil.
-Je suis désolée, Rosie… je ne voulais pas crier comme ça. C'est juste que… ce que dit Lavande est vraiment très méchant et surtout, totalement faux.
- Papa s'est énervé sur elle aussi... Il lui a dit qu'il ne voulait plus jamais l'entendre dire une chose pareille. Ils ont une grosse dispute ce soir-là.
Hermione fut étonnée d'apprendre ça. Alors comme ça, Ronald Weasley défendait sa vertu ? C'était ironique et plutôt hypocrite de sa part, sachant comment lui s'évertuait à l'humilier devant la justice sorcière.
-Je suis désolée Maman, dit Rose. Je ne voulais pas te faire de la peine.
- Ce n'est rien chérie. Si ça te tracassait, tu as bien fait de m'en parler.
- Alors, tu n'as pas d'amoureux ?
- Si j'ai un amoureux. Il s'appelle Blaise et il est très gentil. J'espère pouvoir te le présenter un jour.
- Ce sera peut-être lui le bon ?
- Peut-être…
C'était la première fois qu'Hermione formulait cette potentialité à voix haute. Et à vrai dire, ça ne lui déplaisait pas du tout.
-Tu aimes toujours les manèges ? demanda-t-elle.
- Oh oui !
- Alors, viens.
Hermione régla l'addition et quitta l'établissement le cœur bien plus léger qu'en y entrant. Elle emmena Rose à Leicester Square où une petite fête foraine avait installé ses quartiers. Elles mangèrent d'abord une barbe à papa avant de grimper toutes les deux sur un manège de chevaux de bois, riant aux éclats.
Le reste de l'après-midi fila à toute vitesse et c'est à son corps défendant qu'Hermione raccompagna Rose au Ministère.
Il était 16h55 quand elles arrivèrent toutes les deux au Département de l'Enfance et Ron était déjà là. Bras croisés sur son torse, la mine sombre, il attendait manifestement de pouvoir reprocher quelque chose à son ex-femme. Mais le grand sourire de sa fille l'en empêcha.
-PAPA ! cria-t-elle en courant vers lui. C'était super ! On est allées dans un salon de thé, puis à la fête foraine ! On a mangé de la barbe à papa et on est montées sur les chevaux de bois !
- Eh bien quel programme ! J'espère qu'avec tout ça, tu ne vas être malade, dit-il en jetant un œil torve à Hermione.
- J'ai hâte de recommencer le mois prochain ! Maman dit qu'on pourra peut-être se promener au Marché de Noël sur le Chemin de Traverse.
- On verra, dit sommairement son père. Maintenant rentrons, sinon ta mère va s'inquiéter.
- Pas si vite Monsieur Weasley, intervint Greta Schmidt en sortant de son bureau. Il y a quelques formalités à remplir avant de vous rendre votre fille. Miss Granger, veuillez me suivre, s'il vous plaît. Rose aussi.
Hermione poussa doucement sa fille à l'intérieur du bureau de Mrs Schmidt.
-Alors ? Il semble que cette sortie se soit admirablement passée, commenta cette dernière avec une satisfaction touchante.
- En effet ! approuva Hermione. Nous avons passé un très bon moment.
- Bien ! Tendez vos bras que je puisse ôter les bracelets.
Le dispositif magique fut promptement enlevé. Hermione fut encore tenue de signer un parchemin puis Mrs Schmidt la raccompagna à la porte.
-Miss Granger… sachez que j'enverrai un rapport au juge Marshall afin de lui faire part de mon sentiment très positif à l'issue de cette rencontre. J'espère que cela pourra vous aider au cas où…
Disant cela, elle regarda ostensiblement vers l'endroit où se tenait Ron Weasley.
-Je vous remercie Mrs Schmidt. Je n'ai pas reçu beaucoup de soutien dans cette institution… alors le vôtre compte beaucoup pour moi.
La responsable du service lui fit un petit signe de tête encourageant avant de lui serrer la main et de refermer la porte du bureau.
En soupirant, Hermione s'abaissa à hauteur de sa fille et la prit dans ses bras.
-J'ai passé un merveilleux après-midi.
- Moi aussi Maman. J'espère qu'on recommencera bientôt.
- Je l'espère aussi. Au revoir ma puce. Fais attention à toi.
Rose rejoignit son père et ils prirent tous les deux la direction des ascenseurs. Avec un pincement au cœur, Hermione les regarda disparaître au détour d'un couloir. Elle était triste de se séparer de sa fille mais contrairement aux autres fois, un sentiment nouveau s'épanouissait dans son cœur. L'espoir.
O°O°O°O°O°O°O
Holmbury St Mary, Surrey
-MEEEEUUUUUUUH !
- AAAARGH !
Draco avait littéralement bondi d'un mètre pour éviter l'énorme mufle rosé qui approchait pour le renifler. Malheureusement, son cri fit paniquer le paisible ruminant qui décampa en projetant de la boue de tous les côtés.
-BORDEL POTTER, TU LE FAIS EXPRES OU QUOI ? explosa Draco en contemplant ses luxueuses chaussures toutes crottées.
- Oh ça va, c'est juste un peu de boue ! haleta Harry qui n'en pouvait plus de rire.
- Je savais que j'aurais dû nous faire transplaner moi-même ! Tu es une vraie catastrophe !
- Je t'emmerde Malefoy !
- Ben comme ça on est deux. Avance !
Ils quittèrent le champ où Harry les avait fait atterrir. Sitôt en sécurité sur la route, Draco sortit sa baguette et entreprit de nettoyer ses chaussures tout en jetant des regards meurtriers à Harry qui riait toujours autant.
-Tu es sûr qu'on est au bon endroit ? interrogea Draco en regardant à gauche et à droite. Je ne vois que des arbres, des vaches… et un abruti qui se fout de ma gueule.
- T'es le mec le plus chiant que la Terre ait porté, tu le sais ça ?
- Ce que je sais, c'est que tu n'es même pas foutu de savoir où on est !
- Je te signale que Théo est ton ami… ce serait plutôt à toi de savoir où nous sommes !
Draco grogna quelque chose à propos des crétins d'amis qui déménagent dans le trou du cul du monde.
-Allez viens, c'est par là, dit Harry en avançant droit devant lui.
Ils contournèrent un petit bois pour arriver sur une charmante petite place de village, avec son église, ses commerces et son pub. Ils s'engagèrent ensuite dans une ruelle nommée Pitland Street jusqu'à arriver devant une jolie maison blanche, avec du lierre qui courrait sur la façade, un petit jardin bien entretenu à l'avant et une barrière en bois fraîchement repeinte.
-Par Merlin, c'est un cauchemar, murmura Draco. Regarde-moi ça.
- Ben quoi ?
- Ils vivent dans une maison d'hétéros, comme un putain de couple marié ! C'est pathétique… Il ne manque plus que le chien qui remue la queue !
- Moi j'aime bien, asséna Harry.
- Hm, fit Draco, méprisant. Je parie que l'intérieur sera d'un ordinaire affligeant… salon, salle à manger, cuisine, chambres…
Harry le regarda avec incompréhension.
-Ben, exactement comme dans ton appartement ou le mien…
- Tout d'abord, je ne vis pas dans un appartement mais dans un loft, corrigea Draco avec hauteur. Ensuite, toutes les pièces sont des espaces modernes, élégants et surtout… faits pour la baise.
- Ce que tu peux être puéril, soupira Harry en actionnant la sonnette de l'entrée.
Un gracieux et mélodieux tintement retentit à l'intérieur.
-Pfff… même leur sonnette est…
- Ta gueule Malefoy.
A cet instant, la porte s'ouvrit sur un Théo tout sourire.
-Salut vous deux ! Soyez les bienvenus !
- Théo ! s'exclama Draco. Ta maison est ab-so-lu-ment magnifique ! Je l'adore, vraiment !
- Draco, dit Théo en souriant toujours… Je sais exactement ce que tu penses de ce genre de maison… alors, te fatigue pas à faire l'hypocrite.
- Je suis peiné que tu me prêtes d'aussi abjects sentiments, répliqua Malefoy, une main sur le cœur, la mine faussement offusquée.
Théo rit de bon cœur et s'écarta pour laisser ses invités pénétrer dans le salon.
-Moi, elle me plaît vraiment, ta maison, dit Harry en promenant son regard un peu partout.
- Merci Harry. Enfin des paroles sincères.
Draco allait répliquer quelque chose quand Justin arriva à son tour.
-Harry, Draco ! Merci d'être venus. Ne restez pas debout, installez-vous, dit-il en les débarrassant de leurs manteaux.
Harry et Draco prirent place dans les confortables canapés qui occupaient le centre de la pièce, tandis que Justin et Théo s'affairaient pour servir le thé. Harry ne put s'empêcher d'admirer et d'envier la façon qu'ils avaient d'évoluer ensemble, sans devoir se parler, comme si chacun savait ce que pensait l'autre.
-Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble maintenant ? demanda-t-il.
- Presqu'un an, dit Justin en posant la théière sur la table basse.
- C'est incroyable. On dirait que vous vivez ensemble depuis toujours.
- Je suppose que c'est ce qui arrive quand on trouve la bonne personne, intervint Théo en posant sur Justin un regard chargé de tendresse.
Harry jeta un coup d'œil à Malefoy dont le visage n'exprimait rien, sinon un profond désintérêt. Il trouva plus judicieux de changer de sujet et lança la conversation sur l'intérêt d'investir dans l'immobilier. Draco s'en mêla aussitôt, affirmant qu'il était parfaitement d'accord et que l'achat de son loft à New York était sa meilleure initiative. Ils embrayèrent ensuite sur la politique en commentant les chances de Dawlish d'être réélu aux prochaines élections. Le sujet les occupa un petit moment avant de dériver inévitablement sur le Quidditch.
L'après-midi se déroula agréablement. Harry ne regrettait absolument pas d'avoir accepté l'invitation de Théo et Justin. Depuis qu'il fréquentait Draco, il avait appris à connaître ses amis, Théo en particulier dont il appréciait l'humour et la franchise. Et il se fit la réflexion qu'il aurait bien aimé le découvrir plus tôt.
Comme Draco et Théo venait de se lancer dans une discussion qui concernait deux de leurs clients communs, Harry demanda à Justin s'il voulait bien lui montrer sa serre.
Justin était herboriste botaniste et fournissait bon nombre d'apothicaires. La qualité de ses ingrédients était telle que le Ministère et Sainte-Mangouste envisageaient de faire appel à lui. Si ses installations professionnelles étaient situées non loin de Londres, il avait tenu à aménager une serre chez lui, maintenant qu'il possédait un jardin, où il pourrait s'adonner à sa passion : la culture de plantes rares.
La serre était jolie, de style victorien, tout en verre et fer forgé et regorgeait de plantes toutes plus curieuses les unes que les autres.
-Ça va Harry ? demanda Justin au moment où ils en ressortaient pour regagner la maison. Tu as l'air triste tout à coup.
- Non, dit Harry. Juste… un peu… perdu.
- Que veux-tu dire ?
Harry hésita. Justin et lui n'avaient jamais vraiment été amis. Justin lui en avait même longtemps voulu après l'épisode du serpent en deuxième année. Par la suite, ils avaient fini par mieux s'entendre mais sans plus. Pourtant, à cet instant précis, dans ce jardin dénudé par les premiers froids de l'hiver, Harry ressentait le besoin de parler.
Il soupira et s'assit sur un banc en bois. Justin en fit autant.
-C'est… compliqué, finit-il par dire. Quand je vous vois, Théo et toi, dans cette maison… ça ébranle toutes mes certitudes.
- Tes certitudes ?
- Après ma séparation d'avec Ginny, je me suis promis de ne plus jamais m'engager. Je ne suis pas fait pour ça… Et ça m'a plutôt réussi. J'avais une vie sociale et sexuelle bien remplie, sans prise de tête, sans problème. Ça me convenait parfaitement. J'étais heureux. Enfin… je pensais l'être.
- Jusqu'à ce qu'il arrive, dit Justin avec un mouvement de tête en direction de la maison.
- Ouais. Jusqu'à ce qu'il arrive.
Harry ferma les yeux un instant et passa la main sur son visage.
-A New York, ça devait être un coup d'un soir. Ça ne pouvait être que ça ! Après tout, s'il y a bien quelqu'un qui refuse l'engagement, encore plus que moi, c'est Draco ! Puis il est revenu en Angleterre, on s'est revu et avant que je ne me rende compte de quoi que soit, j'étais devenu accro à lui. Je l'aime comme je n'ai jamais aimé personne dans ma vie. Mais lui…
- Théo est convaincu qu'il t'aime aussi. A sa manière.
- C'est bien là le problème. On est bien ensemble. Il est bien avec moi, il me l'a dit. Mais il ne voudra jamais plus. Il tient trop à sa liberté. Et je le comprends.
- L'engagement et la liberté ne sont pas incompatibles. Théo et moi, nous nous sentons libres.
- Comment est-ce possible ? soupira Harry. Ginny en demandait tellement… elle était si… exigeante. Comment peut-on être libre dans ces conditions ?
Justin prit le temps de choisir ses mots.
-Harry… nous sommes des hommes. Nous nous accommodons de choses que les femmes n'acceptent pas…
- Tu veux parler des infidélités ?
- Eh bien oui. Je sais très bien qu'il arrive à Théo de coucher avec d'autres hommes... mais ça ne me contrarie pas, parce que ça ne veut rien dire. Ce n'est pas de l'amour… juste la réponse à un besoin. Au bout du compte, je sais que Théo revient toujours vers moi car je suis le seul qui compte pour lui.
- Nous avons établi des règles avec Draco : il fait ce qu'il veut mais jamais deux fois avec le même, et il rentre passer la nuit avec moi.
- Ça me semble correct comme façon de faire.
- Ouais… c'est correct, dit Harry avec dépit.
- Tu n'as pas l'air convaincu...
- Si... si. Ce n'est pas ça... c'est juste que... que se passera-t-il quand il en aura assez de... ces règles ? Quand il voudra autre chose ?
Justin gigota quelque peu, légèrement mal à l'aise.
- Harry… sans vouloir être indiscret… tu as déjà songé à… hm… le faire à plusieurs ?
- On l'a fait, répondit Harry sans remarquer la gêne de son interlocuteur. Ça été horrible.
- Pourquoi ?
- Moi, j'étais malade de voir Draco baiser un autre homme devant moi et lui… eh bien, quand j'ai fait savoir à mon partenaire que j'acceptais d'être en-dessous, Draco est devenu enragé et l'a jeté hors du lit. Les deux types ont vraiment dû nous prendre pour des cinglés.
- C'est dingue ça !
- Quoi ?
Cette fois, l'embarras était clairement visible sur le visage de Justin.
-Bah… je sais par Théo et Blaise que Draco aime vraiment, vraiment, beaucoup faire ça à plusieurs. Il paraît qu'un jour, il est parvenu à satisfaire trois types à la suite, sans faiblir ! Et même que…
- C'est bon, coupa Harry. Pas besoin des détails. Quel est le problème ?
- Aucun. C'est juste… surprenant qu'avec toi, ça n'a plus l'air de l'amuser autant.
Harry ne savait s'il devait s'en féliciter ou non.
-Rentrons, dit-il. Je commence à me les geler ici.
Ils se levèrent et reprirent leur progression vers la maison.
-Tu sais Harry, dit Justin alors qu'ils arrivaient sur la terrasse, pour Blaise et Théo, c'est une évidence : Draco a changé depuis qu'il est avec toi. Il lui faut simplement le temps de l'admettre.
- Autant attendre le déluge alors, grommela Harry. La remise en question n'a jamais été le fort de Malefoy.
- Hm… je n'en suis pas sûr. Il a quand même tout quitté ici pour s'établir à New-York, dans le monde moldu qui plus est… Maintenant, il est avec toi, qui a été son pire ennemi pendant sept ans… Je trouve que ça fait quand même beaucoup pour quelqu'un qui ne se remet pas en question.
- Ouais, possible. Mais il a ses limites.
- Que vas-tu faire ?
- Mettre de l'eau dans mon hydromel, dit Harry, fataliste. Je suppose que si je veux le garder, je n'ai pas le choix.
Justin ne répondit pas. Il ne savait d'ailleurs pas s'il y avait quelque chose à répondre.
En entrant dans la cuisine, ils entendirent la conversation qui leur parvenait depuis le salon.
-… devrait l'écouter. Si Pansy pense que c'est une bonne solution, c'est que ça l'est !
- Hors de question ! Ça reviendrait à admettre que je suis coupable !
- Draco… tu ne devrais pas…
- Tuckle peut aller s'épiler les couilles, je ne conclurai pas d'accord avec lui !
Draco releva la tête au moment où Harry et Justin revenaient au salon. Il avisa immédiatement leurs joues rougies et le sourire idiot de Justin.
-Vous en avez mis du temps ! lança-t-il, un peu coléreux.
Harry n'eut pas le temps de répondre que les bras de Justin s'enroulèrent autour de lui.
-J'ai fait passionnément l'amour à Harry dans la serre. Pardonne-moi Malefoy, mais ces choses-là prennent du temps, dit-il en ponctuant son propos d'un baiser dans le cou de Harry.
Les yeux de Draco étincelèrent méchamment alors que Théo éclatait franchement de rire et attirait son compagnon dans ses bras.
-Ah Justin, dit-il en l'embrassant tendrement. Que vais-je faire sans toi pendant ces quatre longs mois ?
- Tu pars ? s'étonna Harry en regardant Justin.
- Oui ! A Stockholm. Si je veux pouvoir travailler pour le Ministère et Sainte-Mangouste, je dois passer le dernier degré de maîtrise en botanique. Je vais donc suivre un stage de quatre mois chez le plus grand maître botaniste d'Europe, Ulrika Magnusson.
- Oh. Quatre mois, c'est long, dit doucement Harry.
- Non, pas tant que ça, dit Théo. Car je sais qu'il va revenir.
- Ah oui ? se moqua Draco. Et qu'est-ce qui te faire dire ça ?
- Le simple fait que chez lui, c'est ici. Dans notre maison. Avec moi.
Le regard brillant, Justin se pencha pour embrasser Théo.
-Je t'aime, dit-il tout bas.
- Tant de mièvreries vont me faire gerber, dit Draco en levant les yeux au ciel. Viens Potter, il est temps de partir. A force de les entendre, je vais finir par vouloir me taper une fille.
- Jaloux Malefoy ? rit Théo.
- Je ne suis pas jaloux ! La jalousie, c'est pour les lesbiennes.
- Mais bien sûr…
Théo n'était pas dupe mais il préféra ne pas épiloguer. Il n'avait pas envie de se disputer avec son ami aujourd'hui. Au lieu de ça, il salua chaleureusement Draco en lui souhaitant bonne chance et bon courage pour son retour à New-York. Harry en fit autant pour Justin, espérant qu'il passe un bon séjour à Stockholm.
Après un dernier remerciement pour l'accueil qu'ils avaient reçu, Harry et Draco transplanèrent à Londres.
O°O°O°O°O°O°O
Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Harry n'avait pas fait un pas dans son salon qu'il se retrouva durement plaqué contre le mur, la bouche de Draco qui l'embrassait voracement.
-Dra… Draco… qu'est-ce… que tu fais, haleta-t-il alors que la bouche quémandeuse glissait dans son cou.
- A ton avis, grogna Draco avant de le mordre brusquement.
- Aïe ! Tu me… fais mal… Bordel, Draco… qu'est-ce qui te prends ?
Draco se redressa, dardant un regard noir sur Harry.
-C'est quoi ton problème Potter ? Tu préfères peut-être te faire sucer le cou par le tendre et doux petit Justin ? minauda-t-il d'une voix moqueuse.
- Quoi ? Mais c'est n'importe quoi ! Il ne s'est rien passé avec Justin ! Il… c'était une blague !
- Ça n'était pas drôle.
Harry prit alors conscience que Draco était réellement jaloux. Cette révélation aurait dû l'emplir de joie. Au lieu de quoi, il se sentit complètement perdu. Il ne parvenait pas gérer les émotions qui se mêlaient en lui, tout comme il était incapable de gérer les contradictions de Draco. Il ne savait plus où il en était.
Alors, la seule chose qu'il trouva à faire, ce fut de capituler.
Il déboucla sa ceinture et abaissa pantalon et boxer à ses chevilles. Puis, il se retourna face au mur, les deux mains fermement appuyées dessus.
-Prends-moi, siffla-t-il en avançant le bassin vers Draco. Maintenant.
- Mais…
- J'ai dit : prends-moi.
Le ton froid et déterminé fit frissonner Draco. Il s'avança et caressa doucement la peau du dos, les reins et les fesses de son amant. Il se pencha pour déposer une myriade de baisers le long de sa colonne vertébrale. Il allait prendre sa baguette pour murmurer le sort de lubrification quand la main de Harry lui broya littéralement le poignet.
-Non. Sans.
- Quoi ? Mais t'es pas bien ! Si je te prends à sec, tu vas crever de mal !
Avoir mal. C'était justement ce qu'il voulait.
-Harry, laisse-moi au moins te…
- BORDEL MALEFOY ! FAIS CE QUE JE TE DIS ! hurla-t-il en abattant son poing contre le mur.
Les lèvres pincées, Draco abdiqua.
-Très bien Potter… Puisque c'est ce que tu veux, tu vas l'avoir !
Sans remord, il s'introduisit en Harry d'une seule poussée, lui arrachant un râle animal. Lui-même cria de douleur, son membre bougeant difficilement dans ces chairs non préparées. Pourtant, il continua, pilonnant sans relâche l'homme cambré devant lui.
Harry pleurait, son poing frappait le mur à intervalles réguliers, tandis que Draco forçait la cadence. La souffrance irradiait dans tout le bas de son dos, incendiant ses reins mais il le suppliait de continuer. Oui, il avait mal. Terriblement mal. Mal de Draco. Mal de cet amour qui le bouffait. Mal de cet amour qui n'en était pas un.
Puis vint cette indéfinissable décharge électrique qui secoua tout son corps. Lentement, le plaisir grignota douleur. Ses entrailles brûlaient d'un autre feu et il cria de plus belle.
Dans son dos, Draco ne faiblissait pas. Ses doigts enserraient les hanches fines au point d'y laisser certainement des marques. Mais il s'en foutait. C'était comme s'il était dépossédé de son corps. Et pourtant, il ne s'était jamais senti aussi vivant.
Au moment où il se faisait cette réflexion, tout devint blanc autour de lui. Il n'eut plus conscience de rien. Ni du cri bestial de Malefoy qui se libérait en lui. Ni de la plainte d'agonie qui s'échappa de ses lèvres.
Ses mains moites glissèrent le long de mur en même temps qu'il s'affaissait, à genoux, des bras aimants serrés autour de lui.
-Pourquoi Harry ? murmura Draco, toujours en lui. Pourquoi ?
- Parce que, dit-il dans un souffle à peine audible.
Comment pouvait-il expliquer à Draco ce que lui-même ne parvenait pas à comprendre ?
A suivre...
