DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Bonjour à tous !

Une fois encore, merci du fond du coeur pour vos reviews. Ma semaine a été assez chargée, je n'ai donc pas pu répondre à tout le monde et je m'en excuse sincèrement. J'espère que cela ne vous refroidira pas à m'en envoyer encore !

Bonne lecture !


Chapitre 17 – Si seulement je pouvais lui manquer

« Aussi vrai qu'j'arrête pas d'y penser
Si seulement je pouvais lui manquer »

(Calogero)

12 Novembre 2014 – Ecole de Sorcellerie de Poudlard

Albus se réveilla en sursaut. Il jeta un coup d'œil à son réveil qui lui apprit qu'il était un peu plus de 23h30. Il lui semblait pourtant qu'il dormait depuis des heures.

Un peu groggy, il essaya de comprendre ce qui l'avait tiré aussi brusquement de son sommeil. Il ne faisait pas de cauchemar pourtant. Bien au contraire, il rêvait qu'il remportait le Tournoi Mondial d'Echecs Sorciers, devenant le plus jeune vainqueur de l'histoire. Il tendit l'oreille. Excepté la respiration et les légers ronflements de ses camarades, le dortoir était silencieux. Il allait se recoucher quand il entendit un petit reniflement. Suivi d'un autre. Quelqu'un pleurait.

Précautionneusement, il ouvrit le rideau vert foncé de son baldaquin de quelques centimètres. Dans l'obscurité, il remarqua immédiatement un rai de lumière entre les tentures du lit voisin. Baguette en main, il se faufila hors de son lit et s'approcha.

-Scorpius ? chuchota-t-il. Tu ne dors pas ?

Il n'attendit pas la réponse et écarta le rideau. Scorpius se passa rapidement la main sur le visage pour faire disparaître les traces humides sur ses joues mais pas suffisamment vite pour tromper Albus.

-Pourquoi tu pleures ?

- Bon sang, Potter, tu ne peux pas respecter l'intimité des autres de temps en temps ? s'énerva le garçon.

Albus ne se formalisa pas du ton sec de son ami. Il avait appris à le connaître et à comprendre notamment qu'il détestait être surpris dans une situation de faiblesse. Dans ces cas-là, il masquait son embarras par de l'agressivité. Albus se contenta donc de grimper sur le lit et de s'installer à côté de lui. A l'aide de sa baguette, il murmura un sort de silence, un des premiers qu'il avait appris au cours de Sortilèges et qu'il maîtrisait assez bien.

-Scorpius, que se passe-t-il ?

- Rien ! Rien du tout ! Retourne te coucher.

- Non. Pas tant que tu ne m'auras pas dit ce qui ne va pas.

Scorpius soupira tristement et plongea les mains sous sa couette. Il en sortit un petit livre relié.

- « La Deuxième Guerre des Sorciers en bref. Moments-clés et acteurs du conflit » lut Albus. Pourquoi tu lis ça ? Ce n'est pas au programme de cette année.

- Je sais… c'est… c'est en rapport avec les recherches que je fais sur la famille Malefoy.

- Mais je croyais que tu avais trouvé ? Ce livre, Généalogie des Sang-Pur ou quelque chose comme ça… on y expliquait que la lignée remontait à 1066 et qu'ils étaient la troisième fortune sorcière de Grande-Bretagne.

- Oui… eh bien j'ai consulté un autre livre, appelé Grandeur et décadence des Familles Sang-Pur. On y dit que la plupart des anciennes familles de sang-pur étaient du côté de Voldemort durant la Guerre.

Albus écarquilla légèrement les yeux.

-C'est n'importe quoi. Les Weasley sont des sang-pur et ils n'étaient certainement pas du côté de Voldemort. Je crois que…

- C'est écrit là, coupa Scorpius en ouvrant le livre là où il avait laissé un signet.

Il fit courir son sur la page jusqu'à retrouver le passage qu'il cherchait.

Les Mangemorts, lut-il, étaient les fidèles partisans de Voldemort. Adeptes de la magie noire, ils étaient pour la plupart issus des plus anciennes familles de Sang-Pur. Ils portaient la Marque des Ténèbres, signe de leur allégeance à Voldemort. On leur doit de nombreux crimes comme la torture des Aurors Frank et Alice Londubat ou encore le meurtre de Gideon et Fabian Prewett. Parmi les Mangemorts les plus zélés, on trouvait Lucius Malefoy, considéré par beaucoup comme le bras droit de Voldemort, jusqu'à sa disgrâce le 18 juin 1996. Peu après cette date, le 3 août 1996, Draco Malefoy, le fils unique de Lucius Malefoy, a rejoint à son tour les rangs des Mangemorts afin d'accomplir la funeste mission qui lui avait été confiée par Voldemort, à savoir assassiner Albus Dumbledore ». Mon père… est… il est…

La voix de Scorpius dérailla et il se remit à pleurer. Albus ne voulait pas en croire un mot. Draco était un type sympa… bon, un peu arrogant mais sympa quand même. Il l'aimait bien et il se trompait rarement sur les gens. C'était le premier et seul des copains de son père qui s'était réellement intéressé à lui et James. Alors, tout cela ne pouvait pas être vrai. Il prit le livre des mains de Scorpius et continua sa lecture.

Il ne comprit pas tout mais l'essentiel lui sauta aux yeux après quelques paragraphes.

-Scorpius regarde ! s'exclama-t-il. Il est écrit qu'il n'est pas parvenu à tuer Dumbledore. Il a été obligé de prendre la Marque des Ténèbres en punition pour l'échec de son père. Et puis, écoute ça ! « A l'issue de la victoire de Harry Potter sur le Lord Noir, Lucius Malefoy, son épouse Narcissa et leur fils Draco, furent arrêtés et jugés. Lucius Malefoy fut condamné à la prison à vie. Grâce au témoignage de Harry Potter, Draco et Narcissa Malefoy furent quant à eux innocentés ». Draco était innocent, Scorpius !

- Possible… mais… mais sa famille était du côté de l'ennemi… Son père à lui était coupable !

- Il n'est pas responsable des choix de ses parents.

- Je n'en sais rien Albus… je suis complètement perdu. J'aurais préféré ne jamais découvrir tout ça…

- Et ne pas connaître la vérité ?

- La vérité fait mal…

- Je sais, Scorpius. Je sais… mais parfois, elle finit par faire moins mal que le mensonge.

Les deux garçons restèrent silencieux un moment avant qu'Albus ne dise :

-Il faut qu'on en parle à mon père.

- Quoi ? Non !

- Si ! Scorpius, il faut que tu me fasses confiance ! Mon père est le seul à pouvoir te dire ce qui s'est réellement passé pendant la guerre. Et le rôle des Malefoy dans tout ça.

- Oui mais…

- Bon sang, il sort avec Draco ! Tu crois qu'ils seraient ensemble si Draco avait été un criminel ?

Scorpius opina lentement de la tête.

-Tu as raison… mais il va trouver bizarre qu'on lui pose toutes ces questions sur la guerre et surtout sur son copain…

- Je crois qu'on n'a pas le choix, soupira Albus. Il faudra lui parler de ce que tu as découvert.

- Et si ça met la pagaille entre eux ? Si ton père en veut au mien de lui avoir caché qu'il avait un enfant. ? S'ils se séparent à cause de ça ?

- Mon père n'est pas comme ça… enfin, je crois. J'en sais rien en fait. Peut-être même qu'il est courant…

- On fait quoi alors ? On lui envoie un hibou ?

- Non. Ce sont des conversations qu'on doit avoir en face à face. Allons à la cheminée de la salle commune !

- Quoi ? Maintenant ? Mais tu es fou ? Tu as vu l'heure ?

- Justement. Mon père travaille comme un fou la journée et rentre souvent tard. Ou bien il sort. Soit il est encore debout, soit pas encore rentré.

- Je ne te parle pas de lui mais de nous ! Si on se fait prendre ?

Albus jeta un regard en coin à son ami.

-Effrayé Miller ? Peur de transgresser le règlement en descendant dans… la salle commune ? dit-il d'un ton moqueur.

- La ferme Potter ! Je n'ai pas peur !

Sur ces moments, il écarta vivement la couette et sortit du lit, suivi d'Albus. A pas de loup, ils traversèrent le dortoir et se faufilèrent dans l'escalier.

O°O°O°O°O°O°O

Maison d'Hermione Granger, Camden Town, Londres

-Hermione, c'était délicieux ! dit Théo. Ce cheesecake au limoncello est une tuerie. Quitte Blaise sur le champ et épouse-moi !

- Et que fais-tu de Justin ? demanda Blaise.

- Qui ?

Hermione, Harry et Blaise rirent de bon cœur.

-Ton empressement me touche Théo, dit Hermione, mais rien ne me fera renoncer à Blaise.

Disant cela, elle se pencha vers le métis pour l'embrasser tendrement.

Harry les regarda en souriant. Il était heureux de voir sa meilleure amie si épanouie. Malgré ses réticences du début, il devait bien admettre que la présence de Blaise lui était bénéfique. Il était posé, avait l'esprit vif et l'intelligence redoutable qu'il fallait pour ne pas qu'elle s'ennuie. Hermione avait besoin de quelqu'un à sa hauteur, et elle l'avait indiscutablement trouvé.

-Comment se passe la procédure pour la garde de ta fille ? demanda Théo en se resservant un verre de vin.

- Plutôt bien pour le moment, dit Hermione. Comme tu le sais, Pansy a obtenu que je voie Rose en dehors du Ministère et ce fut un après-midi magnifique. Rose a hâte qu'on recommence le mois prochain ! Je suis tellement fière d'elle ! Je vous ai dit qu'elle a demandé à entrer à Beauxbâtons ?

- Beauxbâtons ? s'exclama Harry. Mais… pourquoi ?

- Elle voudrait continuer l'équitation et la danse classique, choses qu'on n'enseigne pas à Poudlard. Et puis… elle craint de subir la comparaison avec moi…

- Hm… c'est vrai, admit Harry. James et Albus m'ont dit que tu étais toujours au tableau d'honneur des meilleurs élèves de l'école. McGonagall te cite toujours en exemple et Flitwick raconte encore que tu as obtenu 110% de bonnes réponses à son examen.

Les joues d'Hermione rosirent légèrement. Etant née moldue, elle n'était pas peu fière de sa réussite.

-Enfin bref, dit-elle. Elle a pris toute seule des renseignements et elle a exposé ses arguments à Ron.

- Et il a accepté ? demanda Harry, sceptique.

- Contre toute attente… oui. Elle avait peur de m'en parler parce qu'elle ne voulait pas que ça fasse des histoires entre Ron et moi, que je pense que c'était son idée à lui pour l'éloigner de moi.

Théo émit un sifflement appréciateur.

-La maturité de ta fille est vraiment étonnante.

- Elle a de qui tenir, dit Blaise en entourant les épaules d'Hermione de son bras. Cependant, c'est quelque chose qu'on rencontre souvent chez les enfants de couples divorcés. Ils font tout pour ne pas susciter le conflit, pour ne pas créer de problèmes. Comme s'ils se sentaient responsable de ne pas envenimer la situation.

- Je retrouve un peu de ça chez Albus, dit Harry. James par contre, est moins… pacifiste. Il faut dire que lui, ce n'est pas tant la séparation qui l'a perturbé que l'aveu de mon homosexualité.

- Il semble pourtant que la semaine que vous venez de passer ensemble a été assez positive, non ? intervint Hermione.

Harry hocha la tête.

-Elle l'a été, oui. Grâce à Draco. Il parvient à tenir tête à James mieux que je ne suis jamais arrivé à le faire !

- Même s'il refuse de l'admettre, Draco ferait un père formidable. Bien plus à la hauteur que le sien, dit Blaise avec dépit.

Harry ne pouvait qu'être d'accord avec lui. Et quand il croisa le regard de Blaise, il savait qu'ils pensaient tous les deux à la même chose. Scorpius. Même s'ils étaient tous les deux au courant pour le garçon, ils n'en avaient jamais parlé entre eux, respectant le souhait de Draco.

-Quand aura lieu la prochaine audience pour la garde de Rose ? demanda Théo, ramenant la conversation à son point de départ.

- Pas avant l'année prochaine, répondit Hermione. Pansy estime qu'il ne faut pas précipiter les choses. Si les visites mensuelles non surveillées se passent bien, nous aurons un argument de poids que nous n'avions pas précédemment. Et puis… ça permettra à Pansy de…

Hermione s'agita nerveusement sur sa chaise.

-Récolter des informations ? termina Théo à sa place.

- Oui. C'est ça.

- Des informations ? s'étonna Harry.

- Pansy va engager un détective privé, expliqua Théo. Il va fouiller, déterrer tout ce qu'i déterrer. Le plus sordide de préférence.

- Merde, souffla Harry. C'est un peu… extrême, non ?

Théo haussa les épaules.

-C'est la méthode Parkinson. Et elle ne fait qu'utiliser les armes de l'adversaire. Puissance dix.

- Au début, je pensais comme toi, Harry, dit Hermione. Puis je me suis rappelée toutes les choses odieuses que Ron a fait dire sur moi. Que je me droguais, qu'on avait couché ensemble toi et moi et que c'était pour ça que j'étais le numéro deux de ta société. Il a même été jusqu'à insinuer qu'on faisait un ménage à trois avec un de tes ex… Sans compter sur la gentille Lavande qui m'a traitée de pute devant ma fille. Alors si Pansy a l'intention de les trainer tous les deux dans la boue, je n'y vois aucune objection !

Son souffle était court et ses yeux brillaient de colère et de détermination mêlées.

-Je te comprends, Hermione, répliqua Harry. Et je te soutiens. Comme je l'ai toujours fait. Tu le sais, n'est-ce pas ?

- Oui, Harry. Merci d'être là, dit-elle en posant la main sur celle de son ami.

- N'empêche, soupira-t-il… C'est curieux comme on peut se tromper sur les gens. Avant de vous connaître, je n'avais jamais envisagé Parkinson comme quelqu'un de loyal. Ni aucun d'entre vous, d'ailleurs.

- Quand tu dis « vous », tu parles des Serpentards, précisa Blaise.

Il le fixait de son impénétrable regard bleu ciel et Harry hocha doucement la tête.

-Qu'il s'agisse de Pansy, de Draco ou de moi, dit Théo, le problème était le même. Nos parents étaient mangemorts. Ils nous avaient inculqué des idées, des principes et exigeaient qu'on les respecte. Ce n'est en rien une excuse, mais tous autant que nous étions, et Draco encore plus, nous subissions une pression terrible et constante.

- Quand Pansy t'a dénoncé, le jour de la bataille, dans la Grande Salle, continua Blaise, et quand elle nous a exhorté à te livrer à Voldemort, elle n'avait qu'une chose en tête : sauver sa vie et celle de ses parents. Elle avait peur, tout simplement.

- Nous avions tous conscience que nos parents avaient fait les mauvais choix mais nous les avons suivis, dit encore Théo. C'étaient nos parents, ils nous aimaient à leur façon… et nous les aimions.

- Je ne sais pas s'il s'agit de loyauté, poursuivit Blaise. Une chose est sûre, c'est que nous étions tous liés par la même peur : celle d'être désavoués par nos familles. Pour un sang-pur, il n'y a rien de plus important que sa famille. Son nom. Ses racines. Et nous étions en train de tout perdre. A cause de toi.

Harry fut un peu surpris par cet aveu.

-A cause de moi ? Vous n'êtes pas les seuls à penser que la famille est plus importante que tout. C'est aussi mon cas ! Sauf que moi, une famille, je n'ai pas eu la chance d'en avoir, contrairement à vous !

- Je ne dis pas que nous avions raison, répliqua Théo. Je t'explique ce que nous pensions à l'époque. Les seuls responsables étaient nos parents évidemment.

- Et Voldemort, ajouta Hermione.

- Non, dit Blaise. S'il n'y avait pas eu autant de gens pour le suivre, pour croire en ses idées fumeuses, il n'aurait été rien d'autre qu'un illuminé de plus. Son pouvoir, il ne le tenait pas de la magie noire mais de la faiblesse et de la peur qu'il inspirait à ses adeptes.

Ils restèrent tous les quatre silencieux pendant un petit moment avant qu'Harry ne dise :

-Tout ça, c'est derrière nous. Nous avons changé. La guerre nous a changé.

- Ou peut-être pas tant que ça, dit Blaise. Nous avons seulement appris à nous connaître.

Harry approuva et décida de porter un toast à leur amitié. Les bavardages reprirent de plus belle, sur des sujets plus joyeux jusqu'à ce que Théo décide de prendre congé. Il salua chaleureusement Hermione, la remerciant une nouvelle fois pour le succulent dîner et prit la cheminée pour rejoindre sa maison dans le Surrey.

Harry se leva à son tour.

-J'ai passé une excellente soirée. Merci pour tout Hermione.

- Pas de quoi. C'était un plaisir. On se voit demain.

- A demain, dit-il en l'embrassant sur la joue. Blaise, à bientôt !

- A bientôt Harry. Salue Draco de ma part quand tu le verras.

- Je n'y manquerai pas.

Il fit un dernier signe de la main et transplana.

O°O°O°O°O°O°O

Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres

Il était à peine arrivé dans son hall d'entrée qu'Harry remarqua la lumière verte provenant du salon. N'ayant plus l'habitude de ce moyen de communication, il ne pensa pas tout de suite à la cheminée. C'est donc baguette brandie et prêt à en découdre qu'il fit irruption dans la pièce de séjour.

-Papa ? Tu es là ?

C'est à ce moment qu'Harry vit la tête fantomatique de son fils flotter au milieu de l'âtre.

-Par Merlin ! Albus ! Tu vas bien ? s'exclama-t-il en se précipitant devant la cheminée.

- Oui, Papa, tout va bien ne t'inquiète pas !

- Mais que fais-tu là à cette heure ? demanda Harry en s'agenouillant à hauteur de son fils.

- Je… on se demandait… enfin, on voulait savoir…

- Bon sang Albus ! Il est presque minuit ! Vas-tu m'expliquer ce que tu fais encore debout et pourquoi tu m'appelles par cheminée !

- Ne vous énervez pas, Monsieur Potter, dit une autre voix. C'est de ma faute. Albus n'y est pour rien.

Une deuxième tête apparut dans la fumée verte.

-Scorpius ? Mais… que se passe-t-il ?

- Je… il y a quelques jours, j'ai découvert quelque chose. Depuis, Albus m'aide à… rassembler des informations. Et il se trouve qu'une de ces informations est assez… perturbante.

- Scorpius, je ne comprends rien à ce que tu dis.

Harry vit le jeune garçon fermer les yeux et prendre une profonde inspiration.

-Je pense que Monsieur Malefoy est mon père, lâcha-t-il.

Harry recula légèrement, sous le choc.

- Je… tu… tu devrais parler de ça avec ta mère Scorpius. Il vaut mieux que…

- Vous ne démentez pas, dit le garçon. Donc, c'est la vérité.

Désemparé, Harry se passa une main sur le visage. Il n'était pas doué pour mentir ni pour cacher ses émotions.

-Ecoute… je comprends que cette nouvelle puisse te perturber mais…

- Ce n'est pas ça qui me perturbe, coupa Scorpius. Ça fait plusieurs jours que j'ai découvert cette information et j'ai eu le temps de m'y faire.

- C'est quoi alors ? demanda Harry, de plus en plus perplexe.

- Est-ce que mon père était un Mangemort ?

Bien que les traits du jeune garçon fussent légèrement flous, Harry put noter qu'il le regardait avec beaucoup d'acuité.

-Scorpius… je ne pense pas que ce soit l'endroit et l'heure pour parler de ça.

- Je suis désolé Monsieur Potter mais il n'y aura jamais de bon endroit ou de bon moment pour ça. J'ai besoin de connaître la vérité.

- Papa, intervint Albus. A la bibliothèque, il y a des dizaines de livres qui parlent de la guerre. Nous ne parvenons pas à démêler le vrai du faux… ajouta-t-il sournoisement. Alors, on s'est dit que tu étais le seul à pouvoir nous dire ce qui s'est réellement passé et si le père de Scorpius est effectivement un criminel.

- DRACO N'EST PAS UN CRIMINEL !

Albus sourit largement devant l'emportement de son père tout en échangeant un regard entendu avec Scorpius.

-Monsieur Potter, insista Scorpius. J'ai besoin de savoir.

- Oui, admit Harry avec lassitude. Draco a été un Mangemort.

En choisissant ses mots, conscient qu'il parlait à deux enfants de onze ans, il raconta le rôle de Draco dans la guerre. Sa mission. Son incapacité à la mener à bien. Son choix de ne pas le dénoncer lorsqu'il était prisonnier du Manoir. Sa décision d'empêcher Gregory Goyle de le tuer dans la Salle sur Demande. Et surtout, le choix de sa mère de mentir à Voldemort.

-C'est la raison pour laquelle Narcissa et Draco ont été innocentés, conclut Harry. Non seulement, ils n'ont commis aucun crime mais en plus, ils ne m'ont pas livré à Voldemort alors qu'ils en avaient l'occasion. Ils m'ont sauvé. Et c'est grâce à cela que j'ai pu vaincre. Alors, en ce qui me concerne, ton père et ta grand-mère sont aussi des héros.

Albus et Scorpius étaient restés silencieux tout au long du récit.

-Merci Monsieur Potter, dit Scorpius d'une petite voix. Merci beaucoup.

- Pas de quoi, mon grand.

- Monsieur Potter ? Je peux encore vous demander quelque chose ?

- Quoi donc ?

- Pourquoi n'a-t-il pas voulu de moi ?

Une question pareille est la plus cruelle qu'on puisse entendre dans la bouche d'un enfant. Harry ferma les yeux et essaya de trouver les mots justes.

-Scorpius, ce n'est pas à moi de te parler de ça. Sache seulement que Draco t'aime énormément et que ta mère et lui ont pensé faire ce qu'il y avait de mieux pour toi. Après tout ce que tu as découvert et tout ce que je viens de te raconter, tu as compris qu'il n'est pas facile de porter le nom des Malefoy, n'est-ce pas ?

- Vous voulez dire qu'il a voulu me protéger ?

- En un sens oui. Il a laissé un autre homme te donner tout ce que tu méritais : une famille, une bonne éducation, un environnement stable et surtout beaucoup d'amour. Archibald Miller ne cessera jamais d'être ton père car il t'a aimé comme tel, et c'est à lui que tu dois ce que tu es aujourd'hui. Quant à Draco, même si tu étais loin de lui, même si tu ne savais rien de son existence, lui n'a pas cessé une minute de penser à toi.

- Merci Monsieur Potter.

Harry hocha doucement la tête, ému par cet enfant.

-Merci papa, dit Albus. Je savais qu'on pouvait compter sur toi !

- Maintenant, vous allez tous les deux filer immédiatement dans votre dortoir, c'est compris ?

- Oui, p'pa ! Bonne nuit !

- Bonne nuit Monsieur Potter.

- Bonne nuit les enfants.

- Oh Monsieur Potter ! Une dernière chose : vous voulez bien ne rien dire à Monsieur Malefoy au sujet de… tout ça ? Je… je voudrais pouvoir le lui dire moi-même.

- D'accord. Mais tu me promets d'en parler dès que possible avec ta mère ?

- Je le ferai, c'est promis !

Les deux enfants disparurent, laissant Harry un peu déboussolé par cette conversation.

O°O°O°O°O°O°O

13 novembre 2014 – Ministère de la Magie

-Auror en Chef Londubat ? Monsieur Weasley est arrivé.

- Merci Perkins. Je vais aller le chercher. Demandez à l'Auror Lovegood de nous rejoindre en salle d'interrogatoire numéro trois.

- Bien Monsieur.

L'Officier disparut. Neville se leva et quitta son bureau pour aller à la rencontre du Directeur du Départements des Sports. Il le trouva en train de faire les cents pas dans une salle d'attente.

-Ah ! Neville ! C'est quoi cette histoire ?

- Bonjour Ron. Si tu veux bien me suivre…

Sans faire attention aux récriminations du rouquin, il fit demi-tour et emprunta le couloir qui menait à la salle d'interrogatoire, sa longue robe bordeaux flottant derrière lui.

-Bon sang, Neville ! s'énerva Ron. Je n'ai pas que ça à faire ! Tu ne pouvais pas régler ça avec ma secrétaire ?

- Si j'avais voulu interroger ta secrétaire, c'est à elle que j'aurais envoyé la convocation, dit placidement Neville en ouvrant une porte sur la droite. Après toi…

Il s'effaça pour permettre à Ron d'entrer dans la pièce. Celui-ci s'arrêta sur le seuil.

-Mais que… une salle d'interrogatoire ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Ça veut dire que je mène une enquête dans le cadre de laquelle je dois t'entendre.

- Je suis suspecté de quelque chose ?

- Pour le moment, nous avons seulement quelques questions à te poser.

- « Nous » ?

- Bonjour Ron ! dit joyeusement Luna en entrant à son tour dans la salle.

Elle était trempée comme une soupe.

-D'où viens-tu ? demanda Neville en fronçant les sourcils.

- Du dehors, dit-elle comme si c'était évident. Il me fallait absolument des limaces à cornes. Et elles ne sortent que par temps de pluie.

- Des limaces à cornes ? répéta Neville.

- Ben oui. C'est miraculeux contre les furoncles.

- Excusez-moi ! s'énerva Ron. Quelqu'un peut me dire ce que je fais ici exactement ?

Luna se jeta rapidement un sort de séchage qui créa un nuage de vapeur autour d'elle, pendant que Neville tirait une chaise en priant Ron de s'asseoir.

-Je te l'ai dit. Nous devons t'interroger.

- J'ai le droit d'être assisté par un avocat ! dit fermement le rouquin.

- Bien entendu. Tu avais trois jours pour en trouver un, soit le temps qui s'est écoulé entre ta convocation et le jour de l'audition. Vu que tu te présentes seul ce matin, tu es présumé avoir renoncé à la présence d'un avocat.

- Quoi ? Mais… c'est…

- C'est ce qui est indiqué en toutes lettres sur ta convocation. Si tu avais pris la peine de la lire attentivement, tu l'aurais su. Bien, la procédure étant régulière, nous pouvons commencer.

Neville ouvrit le dossier qu'il avait avec lui, sans égard pour l'air totalement indigné de Ron.

-Interrogatoire de Ronald Bilius Weasley, né le 1er mars 1980 à Loutry-Sainte-Chaspoule, en présence de l'Auror Lovegood et du Chef des Aurors Londubat, énonça Neville.

Aussitôt, une plume à papote posée en équilibre sur un tas de parchemins se mit à courir sur le papier.

-Ron, connais-tu la société BroomBroom ?

- Oui. C'est une firme qui fabrique des balais de course.

- Comment la connais-tu ?

- Elle a déposé une demande d'agrément en septembre dernier.

Neville ne cacha pas son étonnement.

-Ah ? Tu te souviens de toutes les demandes d'agrément faites à ton département ?

- Eh bien oui, figure-toi ! réagit Ron, vexé. Je ne m'appelle pas Ludo Verpey, moi ! Je ne fais pas de la figuration dans ce département, j'y travaille ! Alors oui, je suis au courant de toutes les demandes d'agrément vu qu'après analyse par mes collaborateurs, elles passent toutes par moi pour la décision finale !

Ron n'exagérait pas son implication dans le département des Sports. Autrefois, on l'appelait « la cour de récréation » ou encore « la plaine de jeux ». Alors que ses prédécesseurs, comme Ludo Verpey, se contentaient de parader d'un événement sportif à l'autre, Ron n'avait pas ménagé ses efforts pour lui redonner tout son prestige.

-Excuse-moi, dit Neville. C'était inapproprié de ma part de dire ça. Tout le monde sait que tu t'es investi dans le département plus que n'importe qui d'autre avant toi.

Ron maugréa quelque chose d'incompréhensible mais semblait revenu à de meilleurs sentiments.

-Donc, cette firme a déposé une demande d'agrément. A-t-il été octroyé ?

- Certainement pas ! Le dossier ne correspondait pas au cahier des charges.

- A quel point de vue ?

- Le candidat à l'agrément doit déposer une fiche technique du balai. Il doit évidemment préciser si l'agrément concerne le Quidditch ou la course de balais. Dans le cas présent, c'était du grand n'importe quoi. La firme demandait l'agrément en catégorie « balai de course » mais la fiche technique laissait supposer qu'il s'agissait d'un balai de Quidditch.

- Quelle est la différence ?

- Le rapport entre la vitesse et le temps d'accélération.

- Tous les fabricants opèrent cette différence ?

- En tout cas, ceux qui confectionnent les meilleurs balais.

- Comme… Potter Corp., par exemple ? demanda innocemment Luna.

- Exactement ! Prenez le Thunderbird justement. C'est un balai de Quidditch. Sa vitesse de pointe est seulement de 180 km/heure. Mais c'est normal ! On a calculé que la vitesse maximale qu'un joueur peut atteindre sur le terrain était de 130km/heure, rarement plus. Pourquoi dépenser de la puissance magique dans un balai qui vole à plus de 200 km/heure quand c'est totalement inutile ? Potter a donc décidé de limiter la vitesse au profit du temps d'accélération qui est seulement d'une seconde et demi ! Et ça c'est important pour la performance ! C'est pourquoi le ThunderBird est le balai préféré des Attrapeurs. A l'inverse, le Hurricane a une vitesse de pointe de 300 km/heure. Une fois encore, Potter a opéré un choix stratégique : le temps d'accélération est plus lent que chez les concurrents, presque trois secondes, mais ça permet au sort de vitesse de rester constant pendant toute la course ! Sitôt que le Hurricane est lancé à pleine vitesse, il ne ralentira pas, contrairement aux autres !

Ron mettait autant d'enthousiasme à parler des balais de Potter que si c'était lui qui les avait conçus. Enthousiasme quelque peu déroutant, se dit Neville, si on en jugeait par la froideur des relations entre les deux hommes.

-Revenons à la procédure d'agrément, reprit l'Auror. Comment pouvez-vous savoir si le balai correspond effectivement aux spécifications techniques ?

- Si l'agrément n'est pas refusé sur dossier, nous demandons au fabricant de nous fournir un exemplaire du balai. Celui-ci est alors analysé. Nous vérifions le poids et la vitesse. Des échantillons sont également prélevés pour vérifier que le bois du manche, les brindilles ou la structure métallique sont bien construits dans les matériaux indiqués.

- Vous avez connaissance des sorts utilisés ? demanda Luna.

- JAMAIS ! s'exclama Ron en ouvrant grand les yeux. Les sorts, c'est le secret le plus absolu des fabricants !

- Mais vous pourriez les déceler, non ? questionna Neville.

- Non. Aucun employé du département ne dispose de cette compétence. Il faut être expert du Mangemagot ou Langue-de-plomb pour le faire. Nous, on se limite à lancer un sort général de détection de magie noire. C'est tout.

- Et les plans ? reprit Luna. Vous disposez des plans ?

- Il arrive que certains fabricants ajoutent une version simplifiée à leur demande d'agrément mais ce n'est pas obligatoire.

Neville soupira discrètement. Pour le moment, aucune information concrète ne venait étayer son enquête quant à la manière dont le voleur avait pu se procurer les plans de Potter. Par acquit de conscience, il demanda néanmoins :

-En résumé, si je reprends l'exemple des balais Potter Corp., le département dispose seulement d'une fiche technique et éventuellement d'un plan simplifié…

- C'est exact. En tout cas pour l'Hurricane. Pour le ThunderBird, Potter a été obligé de déposer un exemplaire des plans en original.

Comme à chaque fois qu'il touchait du doigt une information essentielle, une sueur froide parcourut le dos de l'Auror.

-Pourquoi ? demanda-t-il sans rien laisser paraître.

- Lorsqu'un balai est utilisé dans les compétitions par une équipe nationale, il doit faire l'objet d'un deuxième agrément, beaucoup plus poussé. Il y a deux ans, l'équipe nationale d'Angleterre a choisi le ThunderBird comme équipement officiel. Potter a donc été tenu de déposer les plans originaux de son balai pour que tout soit vérifié en profondeur. Y compris les sorts.

- Mais… tu viens de dire que le département n'avait pas la compétence pour le faire…

- Effectivement. Par souci de respect du secret de fabrique, ce sont les Langues-de-plomb qui s'en occupent. A l'issue de la procédure, les plans et les sorts sont conservés au département des Mystères, avec un exemplaire du balai.

Les deux Aurors échangèrent un regard entendu. Voilà qui changeait la donne. Et qui n'allait certainement pas faciliter l'enquête.

-Est-ce que vous allez finir par m'expliquer le pourquoi de toutes ces questions ? demanda Ron que la situation commençait franchement à agacer.

Neville soupira et hocha lentement la tête.

-Il y a quelques semaines, la société BroomBroom a mis sur le marché un nouveau balai. Celui-là même pour lequel une demande d'agrément a été déposée. En fait, il s'agissait d'une contrefaçon pure et simple du ThunderBird. Les matériaux étaient bas de gamme mais les sorts rigoureusement identiques. Ce qui signifie que les plans originaux du ThunderBird ont été volés.

- Oh merde, souffla Ron qui avait pâli. C'est affreux ! Le préjudice de Harry doit être énorme…

- Pas tant que ça. Malefoy a immédiatement intenté une action en justice pour faire retirer le balai de la vente, ce qui a considérablement limité les dégâts.

- Tu ne t'étais rendu compte de rien ? demanda Luna.

- Non ! Non, rien du tout ! Sans quoi j'aurais averti Harry immédiatement !

- Peut-être pas, avança Luna. Après tout, vous n'êtes plus en très bons termes tous les deux.

Ron écarquilla les yeux, comprenant enfin l'enjeu de tout ceci.

-Par Merlin… vous… vous ne pensez tout de même pas que j'ai quelque chose à voir avec ça !?

- A toi de nous le dire, Ron, dit Neville. Ce n'est un secret pour personne que tu détestes Harry. Qui dit que tu n'as pas orchestré tout cela pour lui nuire ?

- Comment oses-tu dire une chose pareille, Neville ? Jamais, jamais je n'aurais fait ça à Harry ! Le conflit qui nous oppose est personnel ! Strictement privé ! Il n'a rien à voir avec ses affaires !

Impassibles, Neville et Luna continuaient de fixer Ron. Lui, secouait la tête comme pour se réveiller d'un cauchemar.

-Ecoutez, soupira-t-il. J'en veux à Harry, c'est vrai. Je lui en veux énormément pour ce qu'il a fait à ma sœur. Il l'a trompée ! Il lui a menti ! J'en ai rien à faire qu'il préfère les mecs, je ne suis pas un putain d'homophobe ! Mais il n'avait pas le droit de la traiter comme il l'a fait ! Ginny avait une brillante carrière devant elle et elle y a renoncé pour Harry, pour lui donner ce qu'il a toujours voulu : une famille ! Et pendant qu'elle s'occupait de ses deux fils, lui s'enfilait toutes les bites qui passaient à sa portée ! Combien de temps ça aurait encore duré si Ginny ne l'avait pas surpris en pleine action, sous le toit conjugal !? Harry voulait le beurre et l'argent du beurre. La célébrité, une famille parfaite, une vie parfaite et baiser des mecs quand il en avait envie ! Il a fait du mal à ma sœur et ça, je ne le lui pardonnerai jamais !

Le visage rouge, le souffle court, Ron s'interrompit, conscient que son comportement ne plaidait pas particulièrement en sa faveur.

-Mais c'est du passé, ça, poursuivit-il plus doucement. Ginny s'en est remise. Elle est heureuse avec Filibert et ils vont bientôt avoir un enfant. C'est tout ce qui compte. Même si je garde de la colère contre Harry, je n'ai jamais eu l'intention de lui nuire, ni avant, ni maintenant. Qu'est-ce que j'y gagnerais de toute façon ? Absolument rien ! Excepté des emmerdes !

Il soupira à fendre l'âme et posa les coudes sur la table, la tête entre les mains.

-La vérité, c'est que si je déteste l'homme qui était mon ami, j'ai énormément d'admiration pour l'homme d'affaires qu'il est devenu. J'étais là au moment de son accident de Quidditch. Sa carrière a été brisée en une fraction de seconde. Il aurait pu finir alcoolique ou drogué… et pourtant, il s'est relevé. Il s'est reconstruit. Sa société produit ce qui se fait de mieux dans le monde du balai magique… Je sais le temps, l'argent et l'énergie que ça lui a demandé… Alors, non, j'ai beau lui en vouloir, jamais je ne pourrais lui faire une chose pareille. Jamais.

Neville était partagé. La colère de Ron contre Harry était bien réelle et toujours vivace mais pourtant, il semblait sincère quand il évoquait son admiration pour ce que Potter était parvenu à créer.

-Tu nous confirmes donc que tu n'as aucun lien avec la société BroomBroom ?

- Absolument aucun.

- Le nom de Desmond Pollock te dit quelque chose ? demanda Luna.

- Non… ah si… Je crois bien que c'était le nom du responsable de la firme.

- Tu l'as rencontré en personne ?

- Non, jamais.

Neville sortit alors de son dossier une photographie et la fit glisser sur la table, jusque devant Ron.

-Si tu ne l'as jamais rencontré, dis-nous pourquoi tu t'es rendu à Manchester, précisément au siège social de la société BroomBroom ?

- Je…

Ron fixa la photo. On voyait l'homme entrer dans un immeuble. Incrédule, il contemplait un visage qui était indiscutablement le sien.

-C'est… c'est impossible… je ne suis jamais allé à Manchester ! Je n'ai jamais mis les pieds dans cette ville !

- Pourtant, c'est bien toi que l'on voit sur cette photo, dit Luna.

- Ce type me ressemble, c'est vrai mais… ce doit être quelqu'un sous polynectar !

- Le polynectar est une excuse commode, contra Neville. De plus, il s'agit d'une potion réglementée, non disponible chez les apothicaires et très difficile à préparer.

- Je te remercie, grinça Ron, je sais !

Enervé et terrorisé à la fois, il se pencha à nouveau sur la photo.

-Attendez, dit-il… c'est quoi ces chiffres, là en bas ?

- La date et l'heure à laquelle l'image a été enregistrée, précisa Neville.

Ron cligna plusieurs fois des yeux et avala difficilement sa salive. Il respirait fort et semblait faire un effort surhumain pour se rappeler quelque chose.

-CE N'EST PAS MOI ! s'écria-t-il brusquement en tapant du plat de la main sur la table. CE N'EST PAS MOI ET J'EN AI LA PREUVE !

- Laquelle ?

- Ce jour-là… le 25 octobre… c'était le jour du match des Pies de Montrose contre les Guerriers de Woollongong. J'ai passé toute la journée au stade car Potter inaugurait son école de Quidditch pour les enfants défavorisés. Et cette heure-là, j'étais dans la loge présidentielle avec le Ministre de la Magie et l'entraîneur des Guerriers. Il y avait aussi Potter, ses deux fils, Malefoy, Zabini et Hermione. Théodore Nott est arrivé également, accompagné de Justin Finch-Fletchey ! Pas moins de dix personnes m'ont vues ce jour-là Londubat ! A cette heure-là très précisément !

L'alibi de Ron semblait solide et à vrai dire, Neville ne doutait pas une seconde qu'il était à Montrose et non à Manchester. Avec Luna, ils tenaient tous les deux pour acquis que, dans cette affaire, il y avait bien trop de pistes qui menaient à Ron Weasley pour que ce soit crédible. Il dit néanmoins :

-Nous vérifierons tes dires, Ron. Je n'ai pas d'autres questions. Tu peux t'en aller.

Comme un automate, Ron se leva, encore incertain sur ce qu'il convenait de faire.

-Je… c'est fini ?

- Oui. Pour l'instant. Et si tu te rappelles de quelque chose, du moindre détail, n'hésite pas à nous en faire part.

Ron hocha la tête et sans saluer personne, il quitta les lieux.

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16 novembre 2014 – Circuit de Formule Balai de Belém, Brésil

Le col de sa chemise ouvert sur deux boutons et les manches retroussées au-dessus du coude, Harry faisait de son mieux pour endurer la chaleur étouffante qui régnait sur le circuit. Le thermomètre affichait seulement trente-trois degrés mais l'humidité ambiante rendait l'air lourd et moite.

Il pinça le devant de sa chemise et l'agita plusieurs fois afin de s'aérer légèrement. En pure perte. Il soupira. Chaque atome de son corps se rebellait contre ce climat équatorial, décidément impossible à supporter pour un anglais.

Un véritable rugissement le fit sursauter. Il remarqua alors que le staff technique était debout comme un seul homme, les bras levés, les yeux fixés sur l'écran géant placé dans le stand. Harry porta à son tour son attention sur les images qui montraient Brad Westwood, le pilote de l'Hurricane. Apparemment, il venait d'opérer un dépassement complètement fou, prenant la seconde place de la course. On le voyait maintenant se rapprocher de Vincenzo Sforza, le pilote de l'écurie italienne Cavallo Rosso.

-Allez gamin, murmura Wilson, tu peux le faire…

- A combien est-il ? demanda Harry.

- 311 Km/heure. Lors des essais dans le Kent, il est monté facilement à 316 Km/heure.

- Les conditions climatiques étaient différentes…

- C'est vrai mais avec Garrett, on a fait quelques adaptations. Notamment un sort de séchage dans les brindilles afin qu'elles ne retiennent pas l'humidité.

- J'ai entendu dire que Luigi Cavallo réalisait les essais du Tempesta di Fuoco dans le désert de l'Atacama…

- Totalement inutile, grogna Wilson d'un ton bourru. L'Atacama a un climat subtropical désertique. L'humidité y est inexistante, contrairement à ici.

- Quoi qu'il arrive, dit Harry, vous avez fait du bon travail Wilson. Jamais le Hurricane n'aurait pu atteindre de telles performances sans vous et votre équipe.

- Nous allons gagner, Monsieur Potter. Aucune autre option n'est envisageable.

- Je sais.

Harry sourit devant l'entêtement de son technicien en chef. C'était un homme bougon, aux manières un peu rudes mais il était très respecté par le reste de l'équipe. De plus, il avait de l'or dans la baguette et dans les mains quand il s'agissait de toucher à un balai. Jamais Harry n'aurait pu arriver là où il était sans Wilson.

-Par Merlin, s'écria une voix, il va y arriver ! Il va y arriver !

Par les haut-parleurs, on entendait la voix du commentateur.

-… absolument incroyable ! Westwood amorce un nouveau dépassement. Il est au coude à coude avec Sforza. Va-t-il le dépasser ? OUI ! Westwood prend la pole-position avec son Hurricane ! Le Tempesta de Sforza semble avoir du mal à suivre, il semble même perdre de la puissance tandis que rien ne semble pouvoir arrêter le Hurricane ! On me dit que le balai de Westwood atteint maintenant les 315 km/heure… C'est phénoménal ! 317 km/heure ! Sforza tente une accélération mais sans succès, son Tempesta ne parvient pas à tenir la distance… Westwood creuse l'écart, Westwood entame le dernier tour de piste…

Tout le staff de Potter Corp. et Harry en tête filèrent vers l'entrée du stand qui donnait sur la piste pour voir passer leur pilote. Ils virent un point noir se rapprocher à toute allure et passer devant eux à une vitesse prodigieuse, générant dans son sillage un souffle d'air frais.

-… Westwood a laissé tous ses concurrents derrière lui ! Alors qu'il était à la peine au début de la course, il nous montre encore une fois le génie et la stratégie payante de l'écurie Potter Corp. Il se rapproche de la ligne d'arrivée… à la vitesse incroyable de… on me dit 319 km/heure… 320 km/heure ! C'EST UN RECOOOORD ! CA Y EST ! WESTWOOD REMPORTE LA COURSE ! IL EST LE VAINQUEUR DE LA SAISON ET OFFRE A POTTER CORP. SA TROISIEME VICTOIRE DES CONSTRUCTEURS !

Dans le stand, la joie était à son comble. Harry avait oublié le désagrément de la chaleur, il était aux anges, étreignant fortement Wilson et chaque membre de l'équipe.

-C'est formidable Wilson ! Absolument formidable ! Je suis tellement fier de vous !

- C'est grâce à vous Monsieur Potter… vous croyez en nous, vous nous faites confiance… c'est pour ça qu'on est les meilleurs !

- Allez soulever la coupe ma place, Wilson. Vous le méritez.

- Quoi ? Mais… non ! C'est vous qui…

- Non, dit Harry en souriant. Sans vous, Potter Corp. n'est rien. Je ne suis rien. C'est votre victoire et celle votre équipe. Alors, faite-moi plaisir, et allez-y.

- Merci Monsieur Potter… vraiment, merci.

Wilson avait les larmes aux yeux. Tous les techniciens du staff remercièrent Harry et se préparèrent pour la remise du prix. Harry, lui, ramassa sa veste. Un portoloin pour New-York l'attendait.

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Terminal des Portoloins de New-York

Avant de prendre son portoloin, Harry s'était rapidement changé dans les toilettes du terminal. Il doutait que Draco serait là pour l'accueillir à New-York mais il préférait tout de même être présentable plutôt que d'arriver avec une chemise toute collante de transpiration.

Le portoloin, une roue de vélo tordue, n'était pas de très bonne qualité. A cela s'ajoutait le fait que beaucoup trop de sorciers y étaient agrippés, rendant le transport agité. De ce fait, plusieurs voyageurs furent carrément expulsés au moment de l'arrivée et atterrirent brutalement sur le sol froid du terminal. Bien entendu, Harry fut de ceux-ci.

Ses récriminations se perdirent dans le flot de celles des autres passagers, dont une bimbo blond platine qui hurlait au scandale après s'être cassé un ongle, promettant mille et une souffrances à l'incapable qui avait préparé le portoloin. Harry se releva tant bien que mal, sa hanche déjà fragile protestant douloureusement. Il avait intérêt à rapidement prendre sa potion antidouleur s'il voulait encore bouger dans les jours qui venaient. Et Merlin savait combien il avait envie de bouger…

Souriant à la perspective de ces trois jours qu'il passerait avec Draco, il s'avança dans le hall qui menait à la zone de transplanage. Son sourire s'agrandit encore quand il aperçut, planté en plein milieu du chemin, et indifférent au fait qu'il gênait le passage, nul autre que Draco Malefoy. Il avait les bras croisés sur le torse et arborait le sourire moqueur qui était sa marque de fabrique. Harry fit un effort pour le rejoindre sans trop d'empressement. Après tout, il n'allait quand même pas traverser le hall en courant pour se jeter dans ses bras, tel le héros d'une comédie romantique et sirupeuse…

Par Merlin, soupira-t-il intérieurement, ça m'irait pourtant parfaitement. J'imagine déjà la scène… Des violons… Ralenti, gros plan sur les yeux brillants de Draco et son sourire, ses bras qui se tendent vers moi, qui m'enlacent… et puis le baiser… les violons redoublent d'ardeur et enfin…

-Putain, Potter… quand apprendras-tu à atterrir correctement avec un portoloin ? Tu es un cas désespéré.

Bruit de disque rayé. Autant pour la grande scène romantique.

-Bien que je ne me sente absolument pas obligé de me justifier, dit Harry plutôt sèchement, sache que le portoloin avait une déficience technique. Ce qui explique cet atterrissage chaotique.

- Chaotique ? se moqua Draco. Tu t'es vautré, oui !

Harry fit un geste agacé de la main indiquant qu'il ne voulait plus discuter de cela. Il contourna Draco pour se rendre sur la zone de tranplanage mais fut retenu dans sa progression par une main possessive autour de son bras.

-Moi qui espérais que tu coures vers moi pour te jeter dans mes bras, murmura Draco, je suis déçu. Aurais-je au moins droit à un baiser ?

- Tu veux un baiser ? Ici ? Au milieu de la foule ?

- Je suis un grand romantique, tu sais, dit Draco en battant exagérément des cils.

Il ne perdait rien pour attendre. Harry saisit sa nuque à deux mains, l'attira à lui et plaqua brutalement sa bouche sur la sienne. Draco eut un petit hoquet de stupeur mais ne fit rien pour le repousser. Au contraire, lorsque la pointe de la langue de Harry caressa sa lèvre inférieure, il exhala un soupir de bien-être et répondit ardemment au baiser.

Il se moquait bien de savoir si les passants les dévisageaient. Il se fichait de leurs regards courroucés, dégoûtés ou attendris. Harry lui avait manqué. Harry était là. Harry l'embrassait. Harry l'aimait.

Rien d'autre n'avait d'importance en cet instant.

O°O°O°O°O°O°O

Appartement de Draco Malefoy, Central Park West, New-York

Lorsqu'il avait pénétré pour la première fois dans cet appartement, trois mois et demi auparavant, Harry n'avait certainement pas envisagé la tournure que prendrait sa relation avec Draco. Alors qu'il admirait une fois encore la vue splendide qu'offrait le loft sur Central Park, les images de leur nuit mémorable lui revinrent en tête et avec elles, le souvenir de sa mélancolie quand il s'était résigné au fait que cette nuit resterait unique. Et dire que trois mois plus tard, il…

-Bordel ! Mais qu'est-ce que tu fous encore là, toi ? Je croyais t'avoir demandé de partir !

L'exclamation de Draco tira Harry de ses pensées. Il se demanda à qui il pouvait bien s'adresser avant de remarquer la présence d'un jeune homme derrière le comptoir de la cuisine. En moins de temps qu'il ne fallait pour dire « Quidditch », Harry passa de l'euphorie à un sentiment de profond désarroi. Il n'y avait aucun doute sur les raisons de la présence de ce type dans l'appartement.

-Mais Draco… je… je pensais que…

- Tu pensais ? coupa Draco sèchement. Tu pensais quoi ? Qu'après avoir baisé, on allait partager un dîner romantique ? Se faire un ciné ? Se promener main dans la main ? Et revenir baiser le reste de la nuit ?

L'autre homme baissa la tête. Manifestement, c'était ce à quoi il pensait. Draco éclata d'un rire moqueur.

-Bon sang, tu y croyais vraiment ! rigola-t-il de plus belle. Tu t'appelles comment déjà ?

- Zach. Ecoute, Draco, je…

- Non, toi tu écoutes… Zach. Ton programme me plaît bien. Mais dommage pour toi, il n'y a qu'une seule personne sur cette terre, avec laquelle j'ai envie de faire toutes ces choses… et ce n'est pas toi. C'est lui, dit Draco en entourant les épaules de Harry de ses bras et en l'embrassant langoureusement dans le cou.

Le visage de Zach se décomposa.

-Je… je… je pensais que ça avait de l'importance… ce qui s'est passé cet après-midi, baragouina-t-il lamentablement.

Il semblait au bord des larmes ce qui eut pour effet d'agacer considérablement Draco.

-De l'importance ? se moqua-t-il. Tu sais quoi, ducon ? En baisant avec toi, j'ai fait ma bonne action de l'année. Une fois par an, je me fais un thon, un mec sans intérêt, par charité. Par devoir moral en quelque sorte. Je le fais rêver, et ça lui fait des souvenirs pour plus tard. Cette année, c'est tombé sur toi.

- Draco, souffla Harry, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre.

Le portable de Draco se mit à vibrer et il l'extirpa de sa poche avec brusquerie.

-Je dois répondre. Je vais dans mon bureau. Il a intérêt à avoir dégagé avant que je ne revienne, dit-il à Harry comme s'il était responsable de cette présence inopportune dans sa cuisine.

Draco s'éloigna à grands pas, laissant Harry et Zach dans un tête-à-tête embarrassant.

-Ecoute, commença Harry, voyant que le garçon était sur le point de pleurer. Il… je suis sûr qu'il n'en pensait pas un mot… Quand il est contrarié, il…

- Il n'a pas le droit de dire que ça n'avait pas d'importance. Ça en avait pour moi !

- Ecoute… Je ne sais pas ce que tu…

- Il m'a fait l'amour ! cria presque Zach.

Pour le coup, c'est Harry qui commençait à être énervé.

-Bon, maintenant ça suffit. Tu t'en vas ! Tu n'as rien à attendre de lui, c'est clair !

- C'était ma première fois, murmura Zach.

- Quoi ? croassa Harry, pas certain d'avoir bien entendu.

- C'était ma première fois.

Harry regarda avec plus d'attention le jeune homme en face de lui. Il avait des cheveux blonds foncés, des yeux bleus et un visage assez poupin. Il sentit une sueur froide le saisir à la nuque.

Merlin, faites qu'il soit majeur. Faites qu'il soit majeur…

-Tu… tu as quel âge ? parvint-il à demander en déglutissant péniblement.

- 18 ans. Depuis hier.

Bordel de merde. C'était moins une.

Le soulagement de Harry devait être plutôt visible car Zach le regarda d'un drôle d'air.

-Ecoute, Zach… je me doute que ce n'est pas facile pour toi mais tu dois faire une croix sur Draco. Il… il n'est pas fait pour toi. Et je ne dis pas seulement ça parce qu'il est avec moi. Je… je le pense vraiment. Tu vas trouver un autre garçon de ton âge avec qui tu vivras des moments merveilleux, je t'assure…

- Mais j'ai vécu un moment merveilleux !

- Tant mieux ! Tout le monde ne peut en dire autant de sa première fois. Mais maintenant, il faut que tu passes à autre chose, ok ?

Zach gardait les yeux obstinément baissés, la mâchoire et les poings serrés, ne décidant pas à bouger. Harry était à deux doigts de lui jeter un sort mais il parvint à se maîtriser.

Finalement, Zach soupira comme un condamné à mort, ramassa son sac à dos qui trainait à côté du divan, prit sa veste et se dirigea vers l'ascenseur. Alors qu'il entrait dans la cabine, il se tourna et dit, une lueur déterminée sur le visage :

-Il ne s'en tirera pas comme ça ! Il n'avait pas le droit de me faire ça !

Harry ne tergiversa pas une seconde de plus. Il sortit sa baguette magique et lui jeta un oubliette informulé. Le temps que les portes de la cabine ne se referment, Zach avait le regard complètement perdu.

Une minute plus tard, Draco réapparut.

-Ah, il est enfin parti, commenta-t-il.

Sa nonchalance mit Harry hors de lui.

-C'est tout ce que tu trouves à dire ! s'écria-t-il. Bordel, ta queue te démangeait à ce point-là qu'il a fallu que tu baises ce type ! Non mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi Malefoy ?

- Tu es en train de me faire une scène Potter ?

- OUI JE TE FAIS UNE SCENE ! MERDE ! C'EST UN GAMIN ! IL AURAIT PU ETRE MINEUR !

Draco haussa les épaules.

-Pfff… Qu'est-ce que j'en sais ? Son âge n'était pas écrit sur sa queue !

- Par Merlin, Draco, s'offusqua Harry. Comment peux-tu plaisanter avec ça ?

Draco le toisa avec condescendance.

-Tu me prends pour qui Potter ? Pour un inconscient ? Tu crois que je ne suis pas au courant des lois moldues américaines sur le détournement de mineur ? Bien sûr que je connais son âge ! J'ai pris son portefeuille pendant qu'il était à la salle de bain et j'ai trouvé son permis de conduire. Il est majeur depuis hier.

- Ok, ok… dit Harry, à moitié soulagé seulement. Il… il a dit que… c'était sa première fois.

- Ça je m'en suis aperçu ! Tu aurais dû le voir dandiner du cul pour allumer tous les mecs du bar… Il peut être heureux que je me sois occupé de lui ! Si je n'étais pas intervenu, il allait suivre un vieux pervers libidineux, moche et sans scrupule !

- Sans scrupule ? Et toi ? Tu aurais pu te contenter de le mettre en garde ou… je sais pas…

- Tu ne comprends rien Potter ! Ce gamin était déterminé à se faire enfiler d'une manière ou d'une autre ! Au moins sa première fois aura été mémorable…

- A t'entendre, tu lui as rendu service !

- Exactement !

Harry fit quelques pas dans la pièce, se passant nerveusement la main dans les cheveux, en colère contre Draco mais surtout contre lui-même d'être aussi affecté par la situation.

-Harry, je…

- Laisse tomber, tu veux. Mais c'est la dernière fois que je fais le sale boulot à ta place ! J'ai dû lui lancer un sort d'oubliette pour être certain qu'il te lâche ! Il était déterminé à revenir !

- Tu as bien fait. Merci, murmura Draco. Qu'est-ce que je ferais sans toi ?

- On se le demande, maugréa Harry. Et depuis quand tu fréquentes les bars gays ? Je croyais que tu n'aimais pas ça ?

- C'est vrai… mais j'aime bien le Dixxie… On y passe de la bonne musique.

Harry ne répondit rien, se contentant de fixer la vue depuis la baie vitrée. Silencieusement, Draco s'approcha de lui et l'enlaça par derrière.

-C'est vrai ce que tu lui as dit ? demanda finalement Harry après un long silence.

- Quoi ? Sur le fait qu'une fois par an, je baise un thon par sens moral ?

- Tu n'as aucun sens moral, répliqua Harry sans pouvoir s'empêcher de rire. Non… sur… ces choses que tu ne ferais qu'avec moi…

- Oui, chuchota Draco. C'est la vérité… Il n'y a qu'avec toi que j'ai envie de passer du temps. Tous les autres, c'est… je ne sais pas ce que c'est… ils n'ont aucune importance.

Comme pour mieux se faire comprendre, il referma plus intensément ses bras autour du corps de Harry. Comme celui-ci ne réagissait pas, Draco demanda, d'une voix à peine audible :

-Harry, je sais que mon retour à New-York ne facilite pas les choses mais… est-ce que ça change quelque chose entre nous ? A nos règles… à ce qu'on s'est promis ? Est-ce que tu as changé d'avis ?

Harry soupira doucement. Une part de lui-même ne s'accommodait plus de leurs arrangements, mais une autre, non négligeable, voulait retenir Draco. Quel qu'en soit le prix.

-Non, dit-il. Ça ne change rien. Absolument rien.

Il se retourna dans les bras de son amant pour lui faire face.

-Si ce n'est que tu ne peux plus rentrer le soir passer la nuit avec moi, continua-t-il avec une moue contrite. Ce qui est très regrettable, si tu veux mon avis.

- Je suis bien d'accord. Si je le pouvais, je prendrais un portoloin tous les soirs pour te rejoindre mais c'est impossible…

- Je sais. Si je le pouvais, je viendrais squatter ton superbe appartement sans même te demander la permission…

- Harry… et si on arrêtait de perdre du temps à se demander ce qu'on ferait ou ne ferait pas… Parce qu'à cet instant, j'ai une idée très précise de ce que j'ai envie… que tu me fasses.

- Que je te fasse ?

Pour toute réponse, Draco effleura du pouce les lèvres de Harry. Puis, il se pencha et l'embrassa avec ferveur.

O°O°O°O°O°O°O

-On n'a pas eu de dîner romantique, dit Harry, le souffle un peu court.

- Non.

- Ni de ciné. Ni de promenade main dans la main.

- On est passé directement à la partie la plus intéressante du programme, Potter : baiser tout le reste de la nuit.

- Ce n'est pas encore la nuit.

- C'est encore mieux.

Draco trouva la force de bouger jusqu'à se retrouver collé contre le corps moite de Harry. Il posa sa tête au creux de son épaule et entoura sa taille de son bras, en même temps qu'il mêlait ses jambes aux siennes. Il aimait ce moment de plénitude qui suit l'exultation du corps. Encore une chose qu'il n'acceptait de partager qu'avec Harry.

-Des types comme Zach… ça t'est arrivé souvent ? demanda subitement Harry.

- Tu veux dire… des puceaux ?

- Oui. Simple curiosité.

- Hm… puceau des deux côtés, pas tant que ça. Les autres, beaucoup plus.

- Les autres ?

- Comme toi.

Harry eut un petit rire doux.

-Je suis désolé de te décevoir Malefoy mais même s'ils n'ont pas été nombreux, tu n'es pas le premier à passer par là…

- Quoi ? Mais tu m'as dit que j'étais le seul ! s'insurgea Draco en se relevant à moitié.

- C'est arrivé deux fois, coupa Harry. La dernière fois, j'avais 23 ans. J'ai détesté à un point dont tu n'as pas idée. Alors, quand je te dis que tu es le seul, c'est la vérité. Tu es le seul avec qui j'aime faire l'amour… comme ça. En fait, dire que j'aime ça, est très en-dessous de la réalité.

Draco se rallongea, rasséréné, un sourire satisfait sur les lèvres. Inexplicablement heureux, il se mit à caresser la ligne de poils bruns qui courait le long du ventre plat de Harry.

-Toi, tu es vraiment le seul, dit-il après un moment. Dans tous les sens du terme. Et moi aussi, dire que j'aime ça, est très en-dessous de la réalité.

Harry aurait voulu plaisanter sur le fait qu'ils allaient dorénavant se battre pour être le passif, mais il s'abstint. C'était tellement rare que Draco fasse ce genre de confession, qu'il ne voulait pas briser l'instant. A la place, il releva le menton de Draco jusqu'à pouvoir l'embrasser avec toute la tendresse dont il était capable.

Le baiser se fit bien vite plus enfiévré, bien que toujours lent et doux.

Un bourdonnement insistant les interrompit. Il provenait du portable de Harry qui vibrait sur la table de nuit. Avisant le numéro d'Hermione, il décrocha.

-Hermione ?

- Harry ? Tu es…

Il n'entendit pas la suite car Draco lui avait retiré l'appareil des mains.

-Désolé Granger mais Harry n'est pas disponible ! Et pour un bon moment ! dit-il avant de raccrocher.

- Hé ! C'était peut-être important…

- Nous aussi, c'est important, murmura Draco à son oreille.

Harry fut incapable de le contredire. Et il n'en avait certainement pas l'intention.

A suivre...