DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Chapitre 22 – Pas toi

« Et quoi que j'apprenne

Je ne sais pas

Pourquoi je saigne

Et pas toi »

(Jean-Jacques Goldman)

16 décembre 2014 – Ecole de Sorcellerie de Poudlard

Il était presque treize heures et la Grand Salle bruissait des conversations de fin de repas. La plupart des élèves disposaient d'encore une bonne demi-heure avant le début des cours de l'après-midi.

-Une défense Petrov est sans intérêt Albus ! Cette contre-attaque est une arme de nullité sans plus. La défense Alekhine, ça c'est une ouverture provocante ! Les noirs incitent les blancs à avancer leur pion en e5, estimant qu'il constituera plus une cible qu'une arme. Après il y a des variantes, évidemment, qui permettent aux blancs de conserver durablement leur avantage d'espace en ne laissant au camp adverse que la possibilité d'une politique d'attente…

- Hm… c'est vrai. Personnellement, j'aime bien l'ouverture Larsen. Avec le développement du fou-dame en fianchetto, les blancs font pression sur la grande diagonale noire, tout en obligeant l'adversaire à occuper le centre.

- A choisir, je préfère alors l'ouverture Roi-fianchetto car elle te ramène à l'ouverture Reti ou à l'Anglaise, et là, les variantes sont super cool !

- Par Merlin, ça vous arrive de parler d'autre chose que d'échecs ? dit James en s'asseyant d'autorité entre Scorpius et Albus.

Scorpius toisa James avec dédain.

-Et toi ? Ça t'arrive de parler d'autre chose que de Quidditch ?

- Hou ! Mais c'est qu'il mord, le blondinet ! Je dois juste parler à mon frère. Alors va voir ailleurs si j'y suis.

- Je n'irai nulle part ! C'est la table des Serpentards ici. Tu n'es pas chez toi !

- Ça suffit, vous deux, soupira Albus. C'est quoi le problème James ?

Le jeune homme sortit un parchemin de sa poche et le tendit à son frère.

-J'ai reçu ça ce matin. Tu étais au courant ?

- Oui, je le savais, dit Albus en parcourant rapidement son contenu. Papa me l'a dit samedi.

- Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

- Ben, d'abord parce que d'habitude, tu n'en as rien à faire des histoires de cœur de papa et ensuite parce qu'il voulait te le dire lui-même.

- Ouais… ben c'est clair que j'en ai rien à foutre, dit James d'un ton un peu trop vindicatif pour y croire. Je savais que ça allait arriver de toute façon.

- Vous croyez qu'ils vont se remettre ensemble ? demanda Scorpius.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre à toi ? demanda James.

Scorpius regarda Albus, un peu étonné.

-Tu ne lui as rien dit ?

- Ben, non. Pas sans ta permission.

- Dire quoi ? s'énerva James. Putain, vous faites chier tous les deux avec vos messes basses !

- Draco Malefoy est mon père, murmura Scorpius. Je l'ai appris il y a quelques semaines seulement.

- Quoi ? La vache ! C'est… la vache.

- Ouais, commenta Albus. Mais si tu pouvais éviter de le crier sur tous les toits, ce serait bien.

- Ok. Promis, je ne dirai rien.

James se tourna alors vers Scorpius avec une certaine inquiétude dans le regard. Même s'ils se chamaillaient souvent, il aimait bien le garçon.

-Et toi, ça va ? demanda-t-il avec sollicitude. Tu… tu arrives à gérer ça ?

- Ouais, ça va. Mes parents sont hyper à cran mais moi, ça va.

- Alors ça veut dire que… tu es un Malefoy… avec tout ce que ça implique en termes de pognon et tout, et tout ?

- James ! s'offusqua Albus.

- Ben quoi ? Les Malefoy sont pétés de tunes, tout le monde sait ça…

- Bah… je suppose que oui, dit Scorpius sans vraiment réaliser.

- Est-ce que tu…

- Alors les Potter ? On dirait que votre père fait encore parler de lui.

Gabriel Goldstein, Préfet de Serdaigle et président autoproclamé du club des traditionnalistes de Poudlard, jeta sur la table un exemplaire de Sorcière Hebdo. Le titre était sans équivoque : « Olivier Dubois, le nouveau coup de cœur de Harry Potter. Malefoy évincé ». La couverture était occupée par une photo sorcière montrant les deux protagonistes en train de s'embrasser à la sortie d'un pub, avec en légende « Photos exclusives en page 12 ».

Bien malgré lui, Albus ouvrit le magazine à la page en question. Les photos n'avaient rien d'extraordinaire. Excepté celle où ils s'embrassaient, les autres montraient Olivier et Harry main dans la main, s'éloignant du pub, puis bras dessus bras dessus, au milieu du trottoir. Il ne prit même pas la peine de lire de l'article.

-Rien à foutre de ce torchon, dit-il en repoussant le magazine loin de lui.

- C'est tout ce que tu as trouvé pour te venger parce que je sors avec Amanda ? dit James à son tour.

- Une chose est sûre, ricana Goldstein, c'est que votre père a le feu au cul ! C'est son quantième cette année ?

- La ferme ! siffla James.

- C'est à se demander d'où vous venez tous les deux, continua le Serdaigle. Peut-être qu'il a réussi à engrosser votre mère parce qu'elle a une bite et des poils sur les seins ?

- PUTAIN TU VAS FERMER TA GUEULE ! hurla James.

Les professeurs assis à la grande table se levèrent pour voir d'où venait l'éclat de voix. Ils ne purent cependant pas réagir suffisamment rapidement. James était passé par-dessus la table et s'était jeté sur Goldstein.

-JAMES ! cria Albus. ARRETE !

- MONSIEUR POTTER ! vociféra la Directrice.

Mais James n'entendait pas. Il frappa violemment Gabriel Goldstein au visage. Ce dernier grimaça de douleur mais parvint tout de même à lui adresser un sourire moqueur.

-En fait, si ça tombe, t'es aussi pédé que lui… Je devrais peut-être le dire à Amanda Parks que t'aime les…

Goldstein ne termina pas sa phrase. Avant que le Professeur McGonagall n'ait eu le temps de séparer les deux élèves, le sort fusa de la baguette de James Potter.

O°O°O°O°O°O°O

Potter Corp., La City, Londres

Harry jeta l'exemplaire de Sorcière Hebdo sur son bureau.

Peggy l'avait regardé avec circonspection quand il lui avait demandé d'aller lui acheter le magazine quelques heures plus tôt. D'habitude, il ne prêtait jamais attention au contenu des tabloïds et il ne prenait certainement pas la peine de les acheter. Mais cette fois, c'était différent. Le nom de Draco était mentionné sur la couverture et il craignait ce que l'on pouvait dire de lui.

Le journaliste – si on pouvait appeler comme ça le veracrasse qui avait commis l'article – ne semblait pas informé de ses déboires aux Etats-Unis ni de son retour définitif à Londres. Par contre, « une source proche de Draco Malefoy » aurait laissé entendre que, ravagé par le chagrin, il avait fait une tentative de suicide au lendemain de leur rupture. Harry lui, était dépeint comme un bourreau des cœurs et les spéculations allaient bon train quant à la durée de cette nouvelle relation.

-Quelles conneries, maugréa-t-il.

On frappa à la porte. Harry jeta un coup d'œil agacé à sa montre pour constater qu'il était près de 13 heures. Peggy n'était pas encore rentrée de sa pause déjeuner.

-Entrez ! cria-t-il.

Il fut étonné de voir Blaise apparaître dans l'encadrement de la porte.

-Salut Potter. Je cherche Hermione. Elle n'est pas à son bureau.

- Elle est à une réunion avec les sponsors et l'équipe marketing.

- Ah. On avait convenu de déjeuner ensemble…

- Hm… ces réunions terminent toujours en retard, mais je suppose qu'elle ne va pas tarder.

Blaise hocha la tête. Il allait quitter le bureau pour retourner dans celui d'Hermione quand son regard tomba sur l'exemplaire de Sorcière Hebdo.

-La photo est plutôt flatteuse, dit-il d'un ton égal.

- C'est toi la « source proche de Draco Malefoy » ? répliqua Harry avec acidité.

- De quoi tu parles ?

Au lieu de lui expliquer, Harry lui tendit le magazine. Blaise le parcourut rapidement. Quand il arriva à l'encart en question, il soupira avec exaspération.

-Pour qui tu me prends ? Tu crois vraiment que je serais capable de raconter de telles inepties ? cracha-t-il en balançant le magazine sur le bureau.

- En même temps, ricana Harry en éludant la question, toi et moi nous savons que c'est faux, n'est-ce pas ? Draco est tout sauf ravagé par le chagrin.

Blaise ne répondit pas. Il savait que Draco souffrait de leur séparation, même s'il prétendait le contraire. Et il aurait pu le dire à Potter… mais une part malveillante de lui-même refusait de lui donner cette satisfaction.

-Pourquoi ? murmura alors Harry.

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi je n'arrête pas de penser à lui ? Pourquoi je souffre et pas lui ?

- Je ne sais pas.

Harry ferma douloureusement les yeux.

- On va rester amis…

- Et alors ?

- Et alors ? s'emporta Harry. Comment peut-il… je veux dire… ça semble si facile pour lui…

- Ça devrait l'être pour toi aussi. Surtout pour toi.

- MAIS CE N'EST PAS LE CAS !

- Ecoute, Potter… je ne sais pas ce que tu veux que je te dise. Tu as rompu avec lui. C'est toi qui lui a dit que c'était fini, que tu voulais autre chose que ce qu'il avait à t'offrir. Si tu ne l'assumes pas, c'est ton problème, pas le mien et encore moins celui de Draco !

Cette réponse fit mal à Harry. Parce que c'était la vérité. Il avait fait un choix et il devait l'assumer. Pour lui et pour Olivier aussi.

-Oui, je sais, dit-il d'un ton aigre. C'est entièrement mon problème si je suis tombé amoureux d'un type qui ne sait pas ce que c'est !

Une vague de colère secoua Blaise de l'intérieur. Il y avait des limites à ce qu'il était capable d'entendre.

-Tu ne sais pas de quoi tu parles, siffla Blaise en faisant un effort pour se maîtriser.

- Ah non ?

- Tu es quand même gonflé Potter ! Parce que tu es tombé amoureux de lui, il devrait tout accepter de toi ? Changer du jour au lendemain parce que tu l'as décidé ? Je ne sais pas pour qui tu te prends, mais il serait peut-être temps de te ramener les pieds sur terre !

- Tout accepter ? S'il y en a un ici qui a tout accepté, c'est moi ! Son caractère, ses humeurs, ses infidélités ! Bordel, j'ai accepté ses infidélités !

- PERSONNE NE T'A OBLIGE A LE FAIRE ! DRACO EST COMME IL EST, IL NE T'A JAMAIS MENTI !

- DRACO EST INSENSIBLE ! IL N'AIME PERSONNE A PART LUI !

C'en était trop pour Blaise.

-La ferme Potter, asséna-t-il d'une voix basse et menaçante. Tu ne sais rien. Lui, il t'a vu sortir avec Cho Chang, puis avec Ginny Wealsey. Il t'a vu te marier et fonder une famille avec elle ! Et il n'a rien dit. Parce qu'il était persuadé qu'il n'obtiendrait rien de toi, sinon ta haine et ton mépris. Alors… Tu. La. Fermes.

Harry était abasourdi. Narcissa lui avait dit que Draco l'aimait depuis tellement longtemps qu'elle avait perdu le compte, mais il n'avait pas du tout pris ses paroles au sérieux.

-Tu… tu veux dire qu'il… enfin… depuis combien de temps, il…

- Il est amoureux de toi depuis qu'il a quatorze ans.

- Ça ne pouvait pas être de l'amour… c'était du désir ! Un truc hormonal pas très clair qui lui faisait ressentir n'importe quoi…

- Non, Harry, soupira Blaise. Ce n'était pas du désir. Ou pas seulement. Crois-moi… Draco faisait parfaitement la différence.

Blaise se passa la main dans les cheveux, dépité d'avoir perdu le contrôle.

-Merde… Draco va me tuer pour avoir dit ça, dit-il dans un rire sans joie.

- Il n'en saura rien, assura Harry. Je ne compte pas le lui dire.

- Je suppose que je dois te remercier.

- Plutôt, oui, répliqua Harry avec un sourire.

Il ne voulait pas envenimer les choses avec Blaise. Il avait appris à l'apprécier et surtout, il était le petit-ami d'Hermione. Il n'était pas question qu'elle se retrouve entre eux deux.

-Tu sais, dit Blaise en détournant les yeux, je peux te comprendre… j'imagine que ce ne doit pas être facile d'aimer quelqu'un qui est incapable de te le dire en retour.

- Non, ça ne l'est pas, confirma Harry. J'ai cru pouvoir y arriver… j'ai cru pouvoir me passer de mots mais… je me trompais.

- C'est humain. On a tous besoin d'entendre qu'on nous aime.

- Pas Draco. Chaque fois que je lui disais que je l'aimais, il se crispait. J'ai fini par avoir peur de le lui dire. Franchement, comment peut-on en arriver à craindre de dire à l'autre qu'on l'aime ? murmura Harry, désabusé.

- Tu as raison. Ça ne devrait pas arriver.

Blaise fixa Harry avec acuité.

-C'est pour ça que tu es avec Dubois ? Parce qu'il te dit qu'il t'aime ?

- Je suis avec Olivier parce qu'il est doux, gentil et spirituel. Nous avons des tas de choses en commun. Et oui, il m'aime et il me le dit. Tout le temps.

- Et toi ? Tu l'aimes ?

- Oui, dit Harry après un temps un peu trop long.

- Autant que Draco ? s'enquit Blaise, un peu perfidement.

Harry ne répondit pas. Ce n'était pas nécessaire. Ce que Blaise lut dans ses yeux était suffisamment éloquent.

-Bien… je vais te laisser, dit-il. Je suppose qu'Hermione ne va plus tarder.

- Ok… Il faudrait que vous veniez dîner un de ces soirs, tous les deux.

- Oui. Oui, bien sûr.

Blaise fit un petit signe de la main et prit congé. Quelques instants plus tard, Peggy entrait, le visage grave, avec une enveloppe à la main.

-Ce pli vient d'arriver par hibou Monsieur Potter.

Harry fronça les sourcils et s'inquiéta immédiatement. L'enveloppe portait le sceau de Poudlard.

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17 décembre 2014 – Ecole de Sorcellerie de Poudlard

Harry se disait que deux visites à Poudlard en cinq jours de temps commençaient à faire beaucoup. Ginny était assise sur la chaise voisine de la sienne. Le silence pesant était seulement troublé par le bruit qu'ils faisaient, elle en triturant nerveusement la fermeture de son sac et lui en tapotant le bout de ses ongles contre le bois de l'accoudoir.

Il risqua un coup d'œil dans la direction de Ginny, contemplant discrètement son profil délicat. Malgré l'inquiétude qui la rongeait, elle semblait rayonner de l'intérieur. Elle avait toujours été jolie, avec sa peau claire et son abondante chevelure rousse, mais c'était encore plus vrai quand elle était enceinte. Elle avait le même visage radieux que lorsqu'elle attendait James et Albus.

-Hm… je… je n'ai pas encore eu l'occasion de te féliciter pour…

Harry fit un geste vague de la main vers son ventre.

-… pour ta grossesse. Donc… félicitations. Je suis content pour toi.

- Oh. Merci.

- Tu sais déjà ce que c'est ?

- Une petite fille. On le sait depuis avant-hier.

- C'est magnifique. Tu… enfin… tu as toujours voulu une fille.

- Oui, c'est vrai. Je suis vraiment contente.

Ginny se racla légèrement la gorge en se redressant sur la chaise.

-A ce propos, dit-elle. Je… je voudrais l'appeler Lily.

- Lily ?

- Oui… je me souviens… quand j'attendais Albus… on s'était dit que si c'était une fille, on l'appellerait Lily. J'ai toujours beaucoup aimé ce prénom… alors, je me disais que je pourrais… enfin… sauf si ça te dérange, bien entendu !

- Me déranger ? Pourquoi ça devrait me déranger ?

- Je ne sais pas… c'est le prénom de ta mère et tu y tenais beaucoup… alors, si jamais tu voulais…

Elle n'acheva pas sa phrase, soudain très embarrassée.

-Tu sais, il y a vraiment très peu de chance que j'aie une fille dans les mois ou les années qui viennent, dit Harry en riant doucement.

- Oui, c'est vrai, admit Ginny en riant à son tour. Ça ne te gêne pas alors ?

- Non, pas du tout. Et ton mari, il sait que…

- Il trouve que c'est un très beau prénom, coupa-t-elle. C'est tout ce qu'i savoir.

Harry se contenta de hocher la tête.

-Et sinon, dit-il après quelques secondes, d'un ton désinvolte, le haggis a déjà fait son retour sur la table du petit-déjeuner ?

Ginny rigola. Pour ses deux précédentes grossesses, elle avait développé des envies assez particulières, comme de manger de la panse de brebis farcie au petit-déjeuner.

-Ne te moque pas ! rouspéta-t-elle gentiment. Le boucher en a un stock rien que pour moi, ajouta-t-elle d'un ton de conspiratrice.

- Toujours ce cher Monsieur Bonham ?

- Toujours ! Tu te rappelles quand tu l'as réveillé un jour à quatre heures du matin parce qu'il n'y avait que ça que je voulais avaler !

- Oh Merlin, oui ! J'ai tambouriné à sa porte comme un enragé ! J'ai bien cru qu'il allait m'envoyer chez les fous !

- Tu as toujours été aux petits soins pour moi quand j'étais enceinte, sourit Ginny avec tendresse.

Harry haussa les épaules, embarrassé. C'est vrai qu'il s'occupait bien d'elle à ce moment-là… C'était sa façon de se racheter pour toutes les heures qu'il passait entre d'autres bras que les siens.

Il n'eut pas le temps de ressasser davantage ses souvenirs car le Professeur McGonagall venait d'entrer dans le bureau. Ils se levèrent tous les deux précipitamment à son arrivée.

-Monsieur Potter. Madame Molkins. Je suis désolée de vous avoir fait attendre. Peeves a encore fait des siennes.

Elle leur fit un signe, les invitant à se rasseoir.

-Bien. Vous savez donc pourquoi je vous ai demandé de venir, commença-t-elle.

- Je ne comprends pas, dit Ginny. James aurait agressé un élève ?

- Pas « aurait », Madame Molkins. James a agressé un élève. C'est un fait avéré qui s'est passé hier dans la Grande Salle, pendant l'heure du déjeuner. J'en ai été témoin. Malheureusement, le temps que j'intervienne, James avait jeté le sort.

- Merlin, souffla Harry. Est-ce que cet élève va bien ? Il est blessé ?

- Monsieur Goldstein a été emmené à Sainte-Mangouste. Il va bien mais les guérisseurs souhaitent le garder en observation jusque demain. Le sortilège Furonculus lancé par votre fils était particulièrement virulent. Monsieur Goldstein en avait dans le nez, dans les conduits auditifs et… hm… à un endroit disons… plus… privé.

- Mais que s'est-il passé ? Pourquoi James a-t-il fait ça ?

McGonagall expira brièvement avant d'ouvrir le tiroir de son bureau.

-Il semblerait que ceci soit à l'origine de l'altercation entre votre fils et Monsieur Goldstein.

D'un doigt long et osseux, elle glissa le magazine sur la table, en direction de Harry et Ginny.

Harry n'eut pas besoin de s'approcher davantage pour reconnaître l'exemplaire de Sorcière Hebdo sur lequel il était en couverture. Il croisa les bras sur son torse, se calant contre le dossier de sa chaise et évitant autant que faire se peut, le regard noir que Ginny lui jetait à l'instant même.

-Je ne comprends pas, dit-elle sèchement. Pourquoi James aurait-il agressé un élève à propos de ce… torchon ?

- D'après le frère de James, ainsi que Scorpius Miller et deux autres élèves de la Maison Serpentard, Monsieur Goldstein aurait tenu des propos très insultants envers vous.

- En d'autres termes, dit Harry, mon fils s'est défendu contre un élève qui insultait sa mère.

McGonagall pinça les lèvres.

-Je sais où vous voulez en venir, Monsieur Potter. Et croyez bien que Gabriel Goldstein sera sanctionné pour avoir tenu de tels propos. Cependant, je ne peux tolérer que James agresse un élève de la sorte. Même si vous aviez une certaine propension à le bafouer, vous connaissez le règlement, ajouta-t-elle avec un brin d'acidité. Il est strictement interdit de faire usage de la magie contre un autre élève. Je me vois donc dans l'obligation de prononcer trois jours de renvoi immédiat à l'encontre de votre fils. Et quand il rentrera après les vacances de Noël, il sera suspendu de l'équipe de Quidditch durant un mois.

- QUOI ? s'exclama Harry.

- Harry, s'il te plaît, intervint Ginny.

Elle connaissait le caractère plutôt emporté de son ex-mari et elle n'avait pas envie d'avoir à subir, en plus, une prise de bec entre McGonagall et lui.

-C'est n'importe quoi ! continua-t-il. J'ai lancé le Sectumsempra sur Malefoy en sixième année ! Bon sang, j'ai failli le tuer et je n'ai même pas eu une retenue !

- La façon qu'avait le Professeur Dumbledore de fermer les yeux sur votre comportement ne me regarde en rien Monsieur Potter.

- C'est…

- Harry, ça suffit, asséna Ginny.

Elle se tourna ensuite vers la Directrice.

-Si vous le permettez, je vais emmener James avec moi dès maintenant, dit-elle. Il sera…

- Tu oublies que c'est moi qui aie les garçons pour Noël, coupa Harry.

- Non, je n'ai pas oublié, grinça-t-elle. Je viendrai te ramener James à King's Cross quand tu viendras chercher Albus. Ça te va ?

- Oui, maugréa Harry, à contre cœur.

McGonagall regarda alternativement l'homme et la femme devant elle. Il était loin le couple d'amoureux qui se cachait dans les recoins du parc et du Château pour s'embrasser discrètement.

-James a déjà été prévenu de ma décision et il est en train de préparer ses affaires, dit-elle. Il vous rejoindra dans le Grand Hall quand il aura terminé.

- Bien. Merci Professeur, dit Ginny.

- Professeur, salua Harry avec raideur.

- Monsieur Potter. Madame Molkins.

Ils sortirent du bureau directorial et firent le trajet jusqu'au Grand Hall en silence.

-Tu aurais tout de même pu lui épargner ça, dit soudain Ginny, sur un ton vindicatif.

- Lui épargner quoi ?

- La vision de toi et de Dubois en train de faire vos saloperies !

- J'embrasse mon petit-ami ! Je ne vois pas en quoi ce sont des saloperies !

- Si ça l'est ! Et non content de faire ça en public, tu trouves le moyen d'être photographié par un journaliste !

Harry sentait la colère fourmiller au bout de ses doigts.

-Je crois me souvenir que toi et moi avons été photographiés dans une position bien plus compromettante…

- Je ne vois pas de quoi tu parles, siffla Ginny.

- Ah non ? répliqua Harry d'un ton mauvais. Le match des Harpies contre les Crécerelles de Kenmare… La loge VIW… tu ne voulais pas attendre de rentrer chez nous, tu voulais que je te baise contre la rambarde de la tribune… Je me souviens encore de la photo prise par ce journaliste et des spéculations qui ont suivi sur ce qu'on pouvait bien être en train de faire !

Ginny rougit fortement et eut le bon goût de ne pas répondre.

-Ouais, dit Harry. Tu es peut-être devenue une petite bourgeoise endimanchée mais moi je sais comment tu étais avant. Alors, ne viens pas me faire la leçon sur mon comportement et sur ce que mon fils doit savoir ou non.

Des pas se firent entendre au bout du couloir. James arrivait en trainant une valise derrière lui. Il s'arrêta devant ses parents, la mine basse.

-Vous êtes au courant ?

- Oui, et nous sommes consternés, James ! dit Ginny. Qu'est-ce qui t'a pris d'attaquer cet élève de la sorte ? Peu importe ce qu'il pouvait dire sur moi ou ton père, ce n'était pas une raison pour lui jeter un sort !

- James, intervint Harry. Je me doute que ce qu'il t'a dit t'a blessé mais…

-Tu ne sais rien du tout ! Toi, tu changes de mec toutes les semaines, tu les bécotes en public et tu vis très bien avec ça mais tu ne penses pas à moi ! Tout ça, c'est de ta faute !

- Je…

- Tu fais chier papa, soupira-t-il.

- James, pas de gros mot, s'il te plait, le reprit Ginny.

- Ouais, désolé. Viens, m'man. On y va.

James avança vers la sortie en trainant les pieds. Ginny coula sur Harry un regard qui en disait long et suivit son fils dans la froideur de cette matinée de décembre.

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Prison d'Azkaban

Au même moment, à des centaines de kilomètres de Poudlard, sur une île perdue au milieu de la Mer du Nord, un homme couvert de la tête aux pieds, se hâtait sur le chemin caillouteux, luttant contre les bourrasques glacées qui balayaient l'endroit en permanence. Un nuage blanc s'échappait de ses lèvres à chacun de ses pas, tandis qu'il avançait vers la lourde porte en airain.

Une fois à l'intérieur, il ôta ses gants, son écharpe et son bonnet pour se présenter au fonctionnaire de l'accueil, un petit personnage sans âge, aussi sinistre que le bâtiment dans lequel il travaillait.

-Draco Malefoy, dit-il d'un ton sec. Je viens rendre visite à Lucius Malefoy.

L'homme lui tendit un registre sur lequel il était supposé inscrire son nom, ainsi qu'une boîte fine et allongée. Non sans une certaine réticente, Draco y plaça sa baguette magique. L'employé inséra la boîte dans un espace prévu à cet effet sur le mur et lui remit en échange une petite plaquette portant le numéro 2. En baissant les yeux sur le registre, Draco constata en effet qu'il était seulement le deuxième visiteur de la matinée.

-Le détenu 9567 est dans l'aile médicale, dit l'homme d'une voix rocailleuse, un peu comme s'il ne l'utilisait pas assez souvent. Attendez ici, un garde va vous y amener.

Draco s'installa sur une chaise un peu bancale et prit le temps d'observer ce qui l'entourait. Après la chute de Voldemort, le Ministère avait chassé les Détraqueurs et confié la surveillance de la prison à des sorciers formés à cette fonction. Plusieurs ailes du bâtiment avaient également été rénovées. Ce n'était pas un luxe sachant que les transformations les plus récentes avaient été réalisées à la demande du Ministre Eldricht Diggory… en 1733. Des parloirs avaient été installés, de même qu'une aile médicale, supervisée par un guérisseur détaché de Sainte-Mangouste.

Pour autant, l'endroit suintait toujours la désolation et la folie, si bien que Draco ressentit un terrible sentiment d'oppression, prenant soudain conscience que son père était enfermé ici depuis quinze ans. Quinze années à vivre dans une cellule de quatre mètres sur trois. A ne recevoir qu'une seule visite par mois.

-La visite pour le détenu 9567 ! cria un gardien, comme s'il devait se faire entendre d'une foule de cent personnes alors que Draco était seul à attendre.

- Il semblerait que ce soit moi, dit-il d'un ton sarcastique, après avoir regardé ostensiblement à gauche, à droite et derrière lui.

Le gardien le considéra avec un air bovin avant de lui faire signe de le suivre.

Ils empruntèrent un escalier menant au sous-sol puis longèrent un long couloir éclairé de torches. Une forte odeur de désinfectant et de potions flottait dans l'air, insuffisante pourtant à masquer l'odeur de la mort.

Le gardien déverrouilla une porte blanche qui s'ouvrit en grinçant. La première chose que Draco remarqua, ce fut la douce lumière de printemps qui se déversait par la fenêtre magique, située face à lui. Puis son regard se porta sur l'homme allongé dans le lit sur la gauche. S'il n'était pas aussi maître dans l'art de cacher ses émotions, il aurait pu en pleurer.

Du redouté Lucius Malefoy, il ne restait plus rien. L'homme était maigre, son teint blafard, et ses lèvres exsangues. Ses cheveux avaient été coupés courts et une barbe de quelques jours lui mangeait le visage. Ce ne fut que lorsqu'il ouvrit les yeux que Draco reconnut son père. Ces prunelles bleu clair, froides et tranchantes, ne pouvaient appartenir qu'à une seule personne.

-Bonjour père, dit Draco, le plus naturellement du monde.

- Draco. Quel bon vent t'amène ?

La voix était un peu éraillée mais le ton, lui, n'avait pas changé.

-Oh… j'étais dans le coin. Je me suis dit que j'allais venir prendre de tes nouvelles.

- C'est très gentil à toi. Assieds-toi, je t'en prie.

Draco prit l'unique chaise qui garnissait la pièce et la posa à côté du lit de son père.

-Tu m'excuseras de ne rien t'offrir à boire, dit Lucius, mais… cet établissement n'occupe apparemment aucun elfe de maison. Chose regrettable, si tu veux mon avis.

- Des progressistes sans doute.

- Sans doute.

Le sarcasme. Un art qu'ils maîtrisaient tous les deux à la perfection, tout comme celui de l'hypocrisie.

Mais Draco ne voulait pas jouer à ce jeu-là plus longtemps. Il n'était pas là pour ça.

-C'est Mère qui m'a demandé de venir te voir.

- Je m'en doutais. Mais je suis tout de même étonné que tu sois venu.

- De quoi souffres-tu ?

- Une infection du système sanguin. Et un épuisement de ma magie. Je vais mourir comme un cracmol. N'est-ce pas ironique ?

- Indiscutablement.

Le silence se fit entre les deux hommes. Lucius soupira. Il semblait que le simple fait de respirer était épuisant pour lui.

-Assez parlé de moi, dit-il cependant. Comment vas-tu ?

- Aussi bien que possible.

- Ta mère me parle de toi à chacune de ses visites. Tu es devenu un brillant avocat, paraît-il. Tu vis à New-York…

- Plus maintenant. Je suis revenu à Londres depuis quelques semaines.

- Oh. C'est une bonne chose. C'est bien pour ta mère. Tu vas pouvoir restaurer la grandeur de notre famille.

Draco eut un petit rire caustique. On y était. Déjà.

-La grandeur de notre famille ? Celle que tu as lamentablement ternie en te vautrant aux pieds de Voldemort comme la dernière des catins ?

Le visage de Lucius se crispa. Draco ne sut pas si c'était à la mention du nom honni ou bien parce qu'il l'avait traité de catin. Toujours est-il que Lucius reprit rapidement un visage impassible.

-Tu as le droit d'être en colère.

- C'est trop aimable… mais je n'ai pas attendu ta permission pour ça.

- Je le sais parfaitement. Ces quinze années sans te voir sont un indice plutôt révélateur.

- As-tu seulement réalisé le mal que tu m'as fait ?

- Je n'ai jamais voulu te faire du mal, Draco. Au contraire, j'ai toujours voulu ce qu'il y avait de mieux pour toi.

- C'est ça, ta conception du mieux ? demanda Draco en soulevant la manche gauche de son pull. Me faire payer pour tes erreurs ? Pour ta lâcheté ?

Lucius détourna les yeux de la Marque qui défigurait le bras de son fils.

-Tu ne peux pas comprendre, souffla-t-il.

- Tu as raison ! s'exclama Draco. Je ne comprends pas ! Je ne comprendrai sûrement jamais comment tu as pu sacrifier ta fierté, ton honneur… ton fils… pour… pour un fou !

- Il n'était pas fou… du moins pas au début. Quand il a commencé à rassembler ses disciples au début des années 70, ses idées étaient séduisantes. Il voulait restaurer la grandeur du monde sorcier, endiguer l'invasion des nés-moldus qui pervertissaient non seulement notre sang mais aussi nos coutumes, nos traditions. Nous étions nombreux, très nombreux, à penser qu'il avait raison.

- Il était un sang-mêlé ! Il n'avait aucune légitimité !

- Il était le descendant de Salazar Serpentard ! Cela suffisait pour la plupart d'entre nous.

Draco grogna quelque chose d'incompréhensible et Lucius n'y prêta pas attention.

-Les choses se compliquèrent par la suite, continua-t-il. Il avait entendu parler de la Prophétie et il devint totalement obsédé par ça. Il était colérique et instable. Il nous faisait peur. A tel point que lorsqu'il a… disparu après avoir tenté de tuer Potter, nous avons été soulagés… Puis, il est revenu.

Un frisson parcourut littéralement le corps décharné de Lucius au moment où il prononçait ces mots.

-Il… il nous a dit qu'il était immortel et nous l'avons cru. Nous avons compris qu'on ne pourrait jamais plus…

Il s'interrompit, retrouvant difficilement son souffle.

-Il nous tenait, poursuivit-il après un temps. Je n'avais pas le choix.

- Bien sûr que si, tu avais le choix ! cracha Draco avec mépris. Rogue avait choisi, lui !

- Toi aussi, répondit Lucius calmement.

- Quoi ?

- Quand tu as refusé de reconnaître Potter au Manoir… tu as choisi. Tu as fait ce que j'ai été incapable de faire.

- C'est pour ça que tu m'as traité de traître le jour du procès ?

- Je ne suis pas fier de ce que j'ai dit, mais au moins, cela t'a sauvé la vie. En prenant mes distances avec toi et ta mère, je renforçais le témoignage de Potter en votre faveur.

Draco eut un petit rire bref.

-Je dois comprendre que tout cela était fait exprès ? Que tu ne pensais pas un seul mot de ce que tu as dit ce jour-là ?

- Draco…

- Je veux une réponse. Quand tu m'as traité de traître, quand tu as dit que je jetais le déshonneur sur le nom des Malefoy, est-ce que tu le pensais ?

- Oui, admit Lucius après un temps, je le pensais.

Draco le savait, mais l'entendre dire lui tout de même très mal.

-Bien. Tu es honnête, je te dois au moins ça.

- Alors crois-moi quand je te dis que je regrette sincèrement d'avoir pensé cela. Tu as trahi le Seigneur des Ténèbres, tu m'as trahi moi aussi… mais j'ai fini par comprendre et par admettre que tu as eu raison de le faire.

- Pourquoi ? Parce que Mère et moi sommes libres, tandis que toi, tu pourris dans cette prison depuis quinze ans ?

- Oui. La liberté n'a pas de prix, Draco. Quant au déshonneur jeté sur notre nom, j'en suis le seul responsable. Jamais tu n'as fait quoi que ce soit qui ait pu nous déshonorer.

- Qu'en sais-tu ? Tu ne sais plus rien de ma vie.

- Ne crois pas ça. Ta mère me raconte tout ce que tu fais. Et tout ce que tu fais me rends fier de toi.

Draco éclata franchement de rire, un son totalement incongru dans ce lieu maudit.

-Elle te raconte vraiment tout ce que je fais ? Vraiment tout ?

- Eh bien, elle…

- Elle te raconte que je couche avec des hommes ? coupa Draco, sans plus l'ombre d'un sourire.

Lucius ne répondit rien. Une petite veine palpita sur sa tempe.

-Tu as entendu, papa ?

- Oui, souffla-t-il.

- Et ça ne te fait rien ? Ton fils est un pédé, une tante, une gonzesse, une tantouze, une tapette, un sodomite, un…

- Ça suffit !

Draco fit un sourire mauvais.

-Alors ? Tu es toujours aussi fier de moi ?

Bon sang, depuis le temps qu'il attendait ce moment. Dire qu'il l'avait tellement redouté. Il savait qu'il venait d'atteindre le point de non-retour, mais il s'en moquait royalement. Il était enfin libéré. Putain, son père avait raison, la liberté n'avait pas de prix !

Comme Lucius ne semblait plus disposé à dire quoi que ce soit, Draco se dit qu'il était temps pour lui de partir. Il se leva.

-Bon, ce n'est pas que ta conversation m'ennuie, Père, mais j'ai encore des choses à faire aujourd'hui. Donc, je vais…

- Je le savais.

- Pardon ?

- Ton homosexualité. Je le savais.

Pour le coup, Draco ne masqua pas son étonnement et se laissa retomber sur sa chaise.

-Tu… tu savais.

- Tu croyais vraiment que je m'intéressais si peu à toi pour ne pas le remarquer ? Un père sait ces choses-là.

- Et tu n'as rien dit ?

- Je voulais le faire. Je comptais t'emmener quelques jours dans notre maison en Normandie. Pour qu'on discute, juste toi et moi. Durant l'été 1996. Bien sûr, mes projets ont été quelque peu… contrariés.

Evidemment. Le Ministère.

-Par la suite… eh bien… la situation s'est encore compliquée. Et la présence du Lord dans notre demeure n'était pas propice à ce genre de conversation, n'est-ce-pas ?

Draco hocha la tête, un peu éberlué.

-Et… et que m'aurais-tu dit ? Si… si nous avions eu l'occasion d'en parler ? demanda-t-il d'une voix moins assurée qu'il ne l'aurait voulu.

- Je t'aurais dit que ça ne changeait rien pour moi. Que tu étais toujours mon fils. Et je t'aurais surtout dit combien je suis désolé que tu sois seul à devoir porter la responsabilité de notre lignée.

- Tu… aurais voulu… d'autres enfants ?

- Oui.

- Mais… tu disais que… les Malefoy ont toujours répugné à avoir une famille nombreuse… Tu voulais éviter le morcellement de nos richesses…

Lucius acquiesça.

-C'est vrai. C'est ce que je disais… Mais c'était un mensonge. La réalité, c'est que je voulais plusieurs enfants… Deux fils et une fille… Si tu avais eu un frère, ton orientation sexuelle n'aurait pas posé le moindre problème. Malheureusement, le destin en a décidé autrement. Ta mère a fait plusieurs fausses couches avant de t'avoir et ta naissance a tenu du miracle. Une nouvelle grossesse aurait été beaucoup trop dangereuse pour Narcissa. Et Merlin m'en est témoin, je ne voulais pas la perdre…

Draco vit son père fermer douloureusement les yeux, comme pour chasser cette sinistre pensée.

-Pour ne pas embarrasser ta mère, j'ai prétendu que c'était une volonté de ma part. Tu es donc resté enfant unique. Au nom de la tradition Malefoy. Et avec la responsabilité de transmettre notre nom.

Lucius soupira lourdement.

-Bien sûr, tout ceci n'a plus d'importance, maintenant. Le nom des Malefoy s'éteindra avec toi, tout simplement.

- Non.

Devant l'air de franche incompréhension qu'arborait son père, Draco se leva. Il prit son portefeuille dans son manteau et en sortit une photographie sorcière. Astoria la lui avait fait parvenir deux jours plus tôt. Sans un mot, il la tendit à son père.

D'une main tremblante, Lucius se saisit de la photo et la regarda, les sourcils froncés.

-Pourquoi me montres-tu une photo de toi enfant ?

- Ce n'est pas moi.

Lucius reporta son attention sur la photo. A mesure qu'il prenait conscience de qui elle représentait, son visage s'éclaira.

-Par Merlin… par Merlin, murmura-t-il. C'est… c'est…

- C'est mon fils. Il s'appelle Scorpius. Il a onze ans.

- Il est à Serpentard…

- Oui. Et c'est un des Vingt-Huit.

Pendant un long moment, Lucius ne fit aucun geste. Ne prononça aucune parole. Il pleura.

Et cette vision bouleversa Draco au-delà de toute mesure. Il n'avait jamais vu son père pleurer. Il l'avait vu froid, impassible, en colère, méprisant, moqueur, heureux parfois… mais jamais ému.

Le moment était très embarrassant, pour l'un comme pour l'autre.

-Mon petit-fils, dit Lucius en caressant la photo de son doigt maigre. Comment… comment est-ce possible ?

- Par Merlin, Père ! Je dois vraiment t'expliquer comment on fait les bébés ?

Un instant, Draco pensa que son père allait le réprimander pour son effronterie, exactement comme quand il était enfant. Mais aucun reproche ne vint. Au contraire, il se mit à rire. Un rire rauque et maladroit, un peu comme s'il ne savait plus comment s'y prendre. Draco en resta stupéfait.

-Peu importe, dit Lucius. Tu n'as pas à me donner les détails. Cet enfant est un Malefoy, c'est tout ce qui compte. Il te ressemble. C'est un magnifique petit garçon.

- Merci, dit Draco, soulagé que son père ne lui pose pas plus de questions.

Il remit la photo à sa place et se dandina d'un pied sur l'autre, ne sachant plus s'il devait partir ou rester. Lucius décida pour lui.

-Je suis content de t'avoir revu, mon fils.

Draco fit un simple mouvement de tête et enfila son manteau.

-C'est sans doute bien trop tard, poursuivit Lucius, et ça ne rachètera pas le mal que je t'ai fait mais… je suis désolé. Vraiment. J'ai pris de mauvaises décisions. Des décisions qui vous ont injustement affectés, toi et ta mère. J'espère de tout cœur qu'un jour, tu trouveras la force de me pardonner.

Alors comme ça, son père lui demandait son pardon ? Draco ne croyait pas que ce fut possible. Pourtant, combien de fois n'avait-il pas imaginé cette scène ? Combien de fois n'avait-il pas rêvé de cracher à son père que jamais il ne lui pardonnerait ? Le laisser pourrir avec ses regrets ?

Et ce moment était enfin arrivé. Lucius Malefoy lui demandait pardon.

Il regarda l'homme dans le lit. Cet homme qu'il avait craint et vénéré à la fois. Cet homme qui était maintenant à la fin de sa vie.

-Je te pardonne, Père. Je te pardonne vraiment. Pas parce que tu mérites mon pardon mais parce que, moi, je mérite enfin la paix.

Il se pencha, embrassa son père sur le front et quitta la chambre sans se retourner.

A suivre...