DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Bonjour à tous !
Encore une semaine faste où vous m'avez gâtée en reviews ! Je vous remercie du fond du coeur.
Vous avez été plusieurs à vous étonner que Ginny donne le prénom de Lily à sa fille. Je vous comprends. Pour vous dire la vérité, la seule raison de ce choix, est que je voulais absolument garder les prénoms de tous les enfants... J'ai donc pris le parti de faire dire à Ginny qu'elle aimait particulièrement ce prénom. J'espère que ça ne vous perturbera pas trop.
Bonne lecture !
Chapitre 23 – Le coup de soleil
« Mais tu n'es pas là
Et si je rêve, tant pis »
(Richard Cocciante)
17 décembre 2014 - Ministère de la Magie, Département des Mystères
-Auror en Chef Londubat. J'ai ici un mandat qui m'autorise à effectuer une perquisition dans ce département. Veuillez me donner accès aux locaux immédiatement.
- Attendez là. Je vais appeler la Directrice, dit la petite femme avec un air pincé.
- Vous ne comprenez pas, dit Neville. Ceci est un mandat. Signé par le Président du Magenmagot. Je n'ai pas à attendre ! Vous m'ouvrez, un point c'est tout !
- Je vais chercher la Directrice, répéta l'employée.
Neville faillit sortir sa baguette mais Luna l'en empêcha.
-Ça ne nous mènera à rien, Neville. Tu connais Doris. Le Ministre en personne serait devant son guichet qu'elle lui dirait d'attendre.
- Je sais, grogna Neville, mais j'en ai assez d'attendre ! Tu te rends compte du temps qu'il a fallu pour obtenir ce foutu mandat ?
- Justement. Cinq minutes de plus ne changeront rien.
Luna était la voix de la raison, comme toujours. Ils patientèrent donc.
Après quelques minutes, une porte s'ouvrit sur la Directrice du Département, une belle indienne dont les lourds cheveux noirs étaient rassemblés en un chignon serré. Ses yeux noirs en amande se posèrent sur ses visiteurs avec une certaine contrariété.
-Neville. Luna. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de mandat ?
- Bonjour Padma, dit calmement Luna à son ancienne camarade de Maison.
- Nous enquêtons à propos d'un vol commis au préjudice de Harry Potter, expliqua Neville. Nous avons des raisons de penser que ce vol a pu avoir lieu dans ce Département.
- Impossible ! asséna Padma.
- Laisse-nous en juger, dit Neville en lui tendant un parchemin.
Padma Patil s'en empara d'un geste brusque et le parcourut avec attention.
-C'est n'importe quoi ! s'emporta-t-elle. Je vais en parler au Ministre immédiatement ! Il n'est pas admissible que vous veniez désorganiser ce service avec vos demandes farfelues !
- Tu constateras que le parchemin est également signé par Dawlish. Il ne semble pas avoir trouvé notre demande farfelue.
- Il n'est pas question pour nous de désorganiser ton service, ajouta Luna. Nous savons exactement ce que nous cherchons. Au plus vite tu nous y amènes, au plus vite nous serons partis.
Padma pinça les lèvres. Elle ne gagnerait rien à s'opposer au Bureau des Aurors. Avec un soupir, elle croisa les bras sur la poitrine.
-Que voulez-vous exactement ?
- Nous devons avoir accès au coffre où sont gardés les plans du ThunderBird, le balai de course que Harry Potter a déposé dans le cadre de la procédure d'agrément pour les compétitions de l'équipe nationale, énonça Neville.
- Nous devons également savoir qui a eu accès à ce coffre et pour quelles raisons, précisa Luna.
- Bien. Suivez-moi.
Les deux Aurors suivirent Padma Patil le long d'un dédale de couloirs, certainement agencés pour faire perdre le nord à quiconque n'était pas un habitué du Département. Après ce qui leur sembla une éternité, Padma s'arrêta devant une porte semblable à des dizaines d'autres qu'ils avaient croisées jusque-là.
Neville s'attendait à ce que la porte soit verrouillée par un sort mais il n'en était rien. Elle donnait tout simplement sur un bureau où officiait un petit sorcier d'âge avancé que Neville n'avait jamais vu.
-Madame la Directrice, dit l'homme en se levant avec déférence.
- Bonjour Conservateur Paulson. Les Aurors que voici ont besoin d'accéder au coffre où sont rangés les plans d'un balai de course appartenant à Harry Potter.
- Ce n'est pas la procédure habituelle, objecta-t-il. Ce genre de demande se traite par écrit et…
- Ma demande n'est pas habituelle, coupa Neville en brandissant le mandat sous le nez de l'employé.
Celui-ci écarquilla les yeux.
-Une… une perquisition, bafouilla-t-il sous le choc … Madame la Directrice, c'est…
- Je sais Paulson, mais nous n'avons pas le choix.
Avec une extrême réticence, le Conservateur consulta un énorme registre.
-Ce que vous cherchez se trouve dans le coffre 1804. Je vais vous y amener.
- Avant cela, dit Neville, je voudrais savoir qui a eu accès au coffre et à son contenu depuis qu'il a été ouvert.
- Consultation ou extraction ?
- Je vous demande pardon ?
- Il y a deux types de demande d'accès, expliqua le Conservateur. Les demandes d'extraction d'un objet vers un autre service. Et les demandes de consultation qui ne nécessitent pas la sortie de l'objet. Celui-ci fait l'objet d'un examen sur place. Je suis étonné qu'un Auror ne sache pas cela.
- J'ai mieux à faire que de me préoccuper de paperasse, se rebiffa Neville, vexé d'avoir été pris en défaut. Et au cas où ma demande n'était pas suffisamment claire, je veux consulter TOUTES les demandes d'accès.
Paulson ne répondit rien, se contentant de se tourner vers l'immense étagère à tiroirs qui se trouvait derrière lui. Il ouvrit le tiroir 1804. Celui-ci ne contenait qu'une seule fiche.
-Il n'y a pas eu de demandes d'extraction ou de consultation pour cet objet, dit-il. Il a été déposé le 4 février 2012 et n'a plus été touché depuis.
Neville et Luna échangèrent un regard perplexe.
-Ce que vous dites n'a pas de sens, réagit Neville.
- Monsieur Paulson connaît son travail, objecta Padma qui n'appréciait pas outre mesure qu'on mette en cause son personnel.
- Les plans et le balai déposés par Harry Potter l'ont été en vue d'une procédure d'agrément pour les compétitions officielles de l'équipe d'Angleterre !
- L'usage qui est fait de ces objets ne m'intéresse pas, dit Paulson avec hauteur.
- Eh bien, c'est un tort, dit calmement Luna. Sinon, vous sauriez que l'agrément nécessite que le balai et les plans soient examinés en profondeur…
-… par un Langue-de-plomb, acheva Padma à sa place. Il doit donc forcément exister une fiche d'extraction ou de consultation.
Elle avait pris conscience du problème et son visage exprimait désormais une réelle inquiétude.
-Les fiches sont-elles protégées par des sorts ? demanda Neville.
- Des sorts ? s'étonna Paulson. Pourquoi devraient-elle être protégées par des sorts ?
- Pour éviter qu'elles soient détruites.
- Détruites ? Mais qui voudrait détruire une fiche ?
- Je ne sais pas, dit Neville avec ironie… quelqu'un qui voudrait éviter qu'on sache qu'il a dérobé des plans ?
- C'est… c'est une aberration ! Jamais un Langue-de-plomb ne ferait une chose pareille ! s'offusqua l'employé.
- Ah oui ? Parlons d'Augustus Rockwood alors…
- Neville, tempéra Padma. Il n'est pas utile de revenir sur de vieilles histoires. Le Département en a tiré les leçons. Toutes nos procédures ont été revues. Tout ce que nous abritons dans nos murs est mieux protégé que ça ne l'a jamais été…
- Il faut croire que ce n'est pas encore suffisant, coupa Neville. Sinon ces satanées fiches n'auraient pas disparu !
Padma soupira. Elle devait bien admettre qu'il y avait là une faille à laquelle personne n'avait pensé.
-Je suis d'accord qu'il y a un problème avec les fiches, admit-elle. Mais en aucune façon, le contenu du coffre n'a pu être volé. Les objets sont protégés afin de ne pas pouvoir sortir du Ministère.
- Je veux voir ce coffre, répondit Neville.
Padma fit un signe à Paulson. L'employé prit sa baguette et forma des arabesques compliquées devant le mur de droite. Une porte ouvragée se matérialisa et s'ouvrit sur un espace aussi grand qu'une cathédrale et éclairé de centaines de torches magiques. Paulson ouvrit la marche. Il semblait n'avoir aucune difficulté à s'orienter dans le dédale de rangées.
-Comment parvenez-vous à vous y retrouver ? demanda Neville après plusieurs minutes de slalom entre les étagères. Je ne vois pas de numérotation.
- Nous utilisons un système de cryptage, répondit Paulson, laconiquement.
- Hm… il est assez évident, dit Luna d'un air rêveur.
- Ah bon ? s'étonna Neville.
Sa collègue hocha doucement la tête.
-Il s'agit d'un Carré de Polybe inversé.
- Un carré de quoi ?
- Dans un Carré de Polybe ordinaire, les lettres correspondent à des chiffres. Ici, c'est l'inverse. Les chiffres correspondent à des lettres. Des lettres de l'alphabet démotique égyptien. Si je ne me trompe pas, le coffre 1804 est exactement… ici, dit-elle en s'arrêtant au bout d'une rangée.
Le Conservateur la regarda, bouche bée. Neville ne lui laissa cependant pas le temps d'épiloguer sur les compétences de cryptographe de Luna et lui enjoignit d'ouvrir le coffre. Ce qu'il fit d'un simple geste de sa baguette.
Le coffre se présentait sous la forme d'un long tiroir. A l'intérieur de celui-ci reposait un ThunderBird apparemment intact et un rouleau de parchemin scellé, qui devait contenir les plans et les formules du balai.
-Vous voyez, dit Paulson. Rien n'a été volé !
Neville ne prit pas la peine de répondre. Il prit le parchemin, fit sauter la pastille de cire rouge qui le scellait et le déroula.
-Rien n'a été volé ? dit-il d'un ton aigre en exhibant à tous le parchemin, totalement vierge.
- Je ne comprends pas, dit Padma.
- Si ce parchemin est vierge, commenta Paulson, c'est qu'il a été déposé tel quel.
- C'est impossible, dit Neville. Pour bénéficier de l'agrément, Potter était obligé de déposer des plans. Quelqu'un qui avait accès à ce service a volé l'original et l'a remplacé par ce parchemin vierge.
- Le parchemin est l'original, contra Paulson. Regardez. Sur le verso, en bas à gauche, on voit le sceau du Département et les initiales du Langue-de-Plomb qui a procédé au dépôt.
En examinant le document de plus près, ils purent en effet remarquer une brûlure sur le papier, en forme de M surmonté de cinq étoiles. Juste à côté, étaient gravés trois autres symboles.
-Ce sont des runes, dit Luna. Deux runes phonétiques… L et D, je crois. Et une rune complexe que je ne parviens pas à identifier totalement. Je reconnais le mot « sang » mais je n'en suis pas sûre.
- Ce parchemin est vierge ! s'entêta Neville. Harry Potter a déposé des plans ! Pas un document vierge ! Ce truc n'est pas l'original ! L'original a été volé !
- Neville, dit Padma. Il est impossible de voler quoi que ce soit dans ce Département. L'objet est protégé par un sort qui ne peut être levé que par un briseur de sorts accrédité auprès du Mangenmagot !
- Je veux leurs noms !
- Neville ! s'insurgea Padma. Tu ne crois quand même pas que…
- C'est étrange, dit Luna.
Elle avait continué à examiner le parchemin et le tenait maintenant à quelques centimètres de ses yeux, à la lumière rasante d'une torche toute proche.
-Qu'y a-t-il ? demanda Neville.
- Je ne sais pas… on dirait que le parchemin a été… pelé.
- Pelé ?
- Oui… comme si on avait enlevé une couche.
- Tu… tu veux dire que…
- Oui. Ce n'est pas le parchemin qui a été volé. C'est l'encre qui le recouvrait.
Neville, Padma et Paulson fixèrent Luna comme si elle était bonne pour l'asile.
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Potter Corp., La City, Londres
Harry avait du mal à se concentrer. Il relut pour la dixième fois un rapport sans parvenir à en saisir le sens.
Quelques heures auparavant, Neville l'avait appelé. Il voulait le voir le plus rapidement possible. Harry lui avait donné rendez-vous l'après-midi même. Il devait normalement se rendre à Falmouth, dans les Cornouailles mais il avait demandé à Hermione de le remplacer.
Il redressa brusquement la tête quand il entendit la porte de son bureau s'ouvrir.
-Bonjour Harry.
- Bonjour Draco. Théo. Merci d'être venus tous les deux.
- Alors ? Il y a du nouveau dans l'enquête ? demanda Théo.
- Apparemment, dit Harry. Neville nous donnera les détails. Il ne devrait plus tarder.
Au moment où il disait cela, Peggy entra dans le bureau.
-L'Auror en Chef Londubat, Monsieur Potter.
Elle s'écarta pour laisser passer Neville puis referma la porte derrière elle. Harry se porta à sa rencontre pour lui serrer la main.
-Bonjour Harry. Merci de me recevoir si vite.
- C'est normal. J'ai demandé à Théo et Draco d'être présents également.
Neville hocha la tête. Ils prirent place dans les canapés du coin salon, excepté Draco qui resta debout, près de la fenêtre.
-Bien, dit l'Auror. Commençons par le début.
Il relata rapidement le déroulement de l'enquête et les différents éléments qui les amenèrent, Luna et lui, à envisager l'implication d'un Langue-de-Plomb dans le vol dont Harry avait été victime.
-Nous avons effectué une perquisition au Département des Mystères ce matin, continua-t-il. Dans le coffre, nous y avons trouvé un exemplaire du balai, intact ainsi qu'un rouleau de parchemin. Vierge.
- Vierge ? C'est impossible ! dit Harry.
- Tu me confirmes donc que le parchemin que tu as déposé contenait bien les plans du balai.
- Evidemment ! lâcha Draco avec dédain. Sinon comment Potter aurait-il reçu son agrément ?
- Je le sais Malefoy, mais je dois poser la question. Car il se trouve que le document en question est bien un original. Il porte le sceau du Département des Mystères.
- Comme si Harry avait déposé un document vierge au lieu des plans ? reformula Théo.
- Exactement.
Draco fronça les sourcils mais ne dit rien. Il reporta son attention sur la vue qu'il avait depuis la fenêtre.
-Harry, te souviens-tu du nom du Langue-de-Plomb qui a réceptionné les plans et le balai ? demanda Neville.
- Je n'ai rencontré aucun Langue-de-Plomb. Je me suis présenté au Département des Sports pour remplir une série de papiers. L'employé m'a ensuite emmené au Département des Mystères. J'ai déposé les plans et le balai à un guichet tenu par un vieil homme. Il a rempli une fiche, que j'ai dû toucher avec ma baguette pour qu'elle conserve mon empreinte magique, et c'est tout.
- Les initiales DL ou LD ne te disent rien ?
- Hm… comme ça, non.
Neville prit quelques notes dans un calepin qu'il posa ensuite sur la table devant lui. Il prit une petite inspiration, comme s'il allait dire quelque chose de difficile ou de désagréable.
-Luna a examiné le parchemin, dit-il enfin. Et elle… comment dire…
Il fit une petite grimace.
-Tu connais Luna… elle a toujours toutes sortes de théories farfelues mais… elle semble assez sûre d'elle et…
- Qu'a-t-elle vu ? demanda Harry avec impatience.
- Elle dit que le parchemin a été… pelé.
- Pelé ? répétèrent Théo et Harry en cœur.
- Oui. Pelé. Comme si on lui avait retiré une couche. Comme si… au lieu de voler le parchemin, on avait…
- Volé la couche d'encre.
Les têtes se tournèrent d'un seul mouvement vers Draco, toujours debout face à la vitre, les mains dans les poches.
-Oui, souffla Neville. Comment le sais-tu ?
- Flagarth abat fergoth.
- Draco !
Théo avait les poings serrés et le visage crispé.
-Que se passe-t-il ? demanda Harry. Qu'est-ce qu'il vient de dire ? Je n'ai rien compris !
- Le Taran, dit Théo. Je… je ne l'avais plus entendu depuis…
Il ferma les yeux, dégoûté.
-Le Taran ? C'est quoi le Taran ?
- La Langue Noire, dit Draco, se décidant enfin à parler. La langue des incantations de magie noire les plus terribles.
- Ce que tu viens de dire… c'était une incantation de magie noire ? demanda Neville.
Draco opina.
-Un sortilège d'écorchement.
- Quoi ? s'écria Harry.
- Tu as bien compris, dit Draco. On te retire la peau. Mais pas jusqu'au fascia musculaire comme le faisaient les moldus au Moyen-Age… ce serait trop simple et trop rapide. Le sort te pèle, littéralement. A chaque incantation, une fine pellicule de peau se détache, pas plus épaisse qu'un micron. La première fois, tu ne sens rien ou presque. Mais les suivantes…
Il laissa sa phrase en suspens. Tout le monde avait bien compris.
-Tu veux dire que c'est… ce sort… qu'on a utilisé sur le parchemin ? demanda Neville.
- Oui. Il fonctionne sur tout ce qui a une peau, donc des couches. En l'occurrence, celui qui a utilisé le sort aura ôté les quelques premières couches qui contenaient l'encre. Il lui était facile ensuite de les repositionner sur un autre parchemin.
Harry regarda Draco avec un mélange de colère et de dégoût.
-Je suppose que c'était un des sorts préférés de Voldemort, grinça-t-il.
- Non. Il ne le connaissait pas.
- Qui alors ? Et comment se fait-il que toi tu le connaisses ?
- Ma tante, dit simplement Draco sans égard pour la colère qui emplissait la voix de Harry.
Il semblait froid et détaché mais Harry vit parfaitement une lueur de peur traverser ses yeux gris avant qu'il ne se détourne à nouveau vers la fenêtre. Il se demanda à quel genre d'horreurs Draco avaient bien pu assister au cours sa jeunesse.
-Si Malefoy dit vrai, intervint Neville, alors nous avons affaire à quelqu'un qui connaît très bien la magie noire.
Son visage s'était considérablement durci à la mention de la tortionnaire de ses parents.
-C'est le cas de beaucoup de monde, non ? dit Harry. Les Langues-de-Plomb en particulier.
- Ils connaissent la magie noire ordinaire, contredit Draco. Celle formulée en latin. Mais très peu de gens connaissent la Langue Noire. Voldemort lui-même ne la maîtrisait pas. Lorsqu'il avait vraiment besoin d'effectuer un rituel en Langue Noire, il faisait appel à ma tante et à son mari.
- Rodolphus Lestrange ?
- Oui. D'après mon père, Rodolphus a été formé par un des derniers Kharneth connus. C'est lui qui aurait ensuite initié Bellatrix alors qu'elle avait seize ans à peine.
- Un Kharneth ? C'est quoi ? demanda Neville.
- Un sorcier maître des quatre runes du Chaos : le plaisir, le sang, la décadence et la destinée. Littéralement, Kharneth, cela signifie Prince du Sang en langage runique.
- Des runes, tu dis ?
Neville tourna fébrilement les pages de son carnet.
-Luna a dit que les initiales notées sur le parchemin étaient des runes et qu'il y avait aussi une rune complexe comprenant le mot « sang » !
- Ça ne peut pas être une coïncidence, dit Théo. On a affaire à un Langue-de-Plomb qui connaît la Langue Noire.
- A-t-on un moyen de l'identifier ? demanda Harry.
- Excepté ses initiales, aucun. Il n'a laissé aucune trace derrière lui.
- La liste de noms que tu m'as montrée l'autre jour, c'était la liste des Langues-de-Plomb employés au Département des Mystères ? demanda Harry.
- Oui. Mais aucun ne porte les initiales DL ou LD.
- C'est une liste récente ? demanda Draco.
L'Auror consulta ses notes.
-Oui, il me semble.
- Qui dit qu'il ou elle est encore là ? Harry a déposé ses plans il y a deux ans.
La remarque de Draco fut suivie d'un grand silence.
-Merlin, souffla Neville en fermant les yeux. Comment n'y a-t-on pas pensé… Je vais retourner au Ministère demander un historique de tous les employés du Département depuis deux ans. Malefoy, je ne te remercierais jamais assez ! Sans toi, jamais nous n'aurions pu identifier ce sort.
- Pas de quoi, répondit-il modestement.
Son attitude était étonnante. Il ne fanfaronnait pas, il ne prenait pas cet air suffisant et satisfait de lui-même qu'Harry lui connaissait.
-… du nouveau.
- Pardon ? dit Harry, en sortant de ses pensées.
- Je t'appelle si j'ai du nouveau, répéta Neville.
- Ok… super. Merci Neville.
L'Auror allait partir mais se ravisa.
-Malefoy. Au sujet de ton fils… j'ai fait en sorte que le rapport d'intervention soit confidentiel mais je ne suis pas sûr que ça suffira à endiguer la propagation de l'information.
- Je m'en doute. Mais ne t'en fait pas Londubat, maintenant que Scorpius est au courant, je n'ai plus de raison de garder le secret. Ceci dit, merci quand même pour ta discrétion.
Neville hocha la tête, leur fit un signe de la main et quitta le bureau.
-Cette histoire est complètement insensée, dit Théo. Je m'attendais à tout sauf à tomber sur un acharné de l'ancienne magie noire.
- En aura-t-on jamais fini avec tout ça ? murmura Harry.
- J'en doute fort, dit Draco. Tant qu'il y aura de la sorcellerie, il y aura des adeptes de la magie noire.
- Ne nous prenons pas la tête avec ça, coupa Théo qui n'avait pas envie de se laisser entrainer dans ce genre de discussion. Avec Blaise, on va chez Finnigan ce soir. Harry, tu nous accompagnes ?
- Ouais, volontiers.
- Draco ?
- Je ne sais pas trop… je…
- Allez Draco ! insista Théo. Tu es le seul qui parvient à ratatiner Blaise au billard. Sois sympa et viens pour faire équipe avec moi !
Draco souffla lourdement et fit mine de réfléchir.
-C'est bon, je viens.
- Parfait ! Rendez-vous sur place à 21 heures. Oh là là, il faut que je file car j'ai un client qui arrive dans dix minutes.
Théo s'encourut presque du bureau, laissant Draco et Harry en tête à tête.
-Bien. A plus tard Potter, dit Draco calmement.
- Draco, attends. Tu… Est-ce que ça va ?
- Oui. Pourquoi ça n'irait pas ?
- Je ne sais pas… la discussion semble t'avoir… affecté.
Un petit rire amer lui répondit.
-Ça peut te paraître étonnant mais je n'ai pas forcément de bons souvenirs avec ma tante… Elle n'était pas quelqu'un de très… équilibré.
- J'ai pu m'en rendre compte. Elle s'en est prise à toi ?
- Harry ! rigola Draco. Ce que tu peux être… chevaleresque par moment !
- Je suis sérieux !
Draco leva les yeux au ciel.
-Bon sang, Potter ! Tu crois quoi ? Qu'elle me jetait des sorts ? Qu'elle m'enfermait dans sa cave pour assister à des sabbats ? Elle était folle mais pas au point de se mettre ma mère et mon père sur le dos en s'en prenant à moi !
- Comment sais-tu tout cela alors ? A propos de ce sort ?
- Quand… quand elle venue vivre avec nous au Manoir… après son évasion… elle l'utilisait souvent... pour se confectionner des manteaux de fourrure ou pour peler ses fruits. Cette année-là, elle a offert un abat-jour à ma mère pour Noël… on s'est tous plus ou moins demandé en quoi il était fait…
- C'est une blague ! s'exclama Harry.
- Non.
Il ne put s'empêcher de sourire devant l'air totalement horrifié de Harry.
-C'était il y a longtemps, murmura-t-il comme pour lui-même.
- Je suis désolé que tu aies été obligé de repenser à tout ça.
- Ne le sois pas. Je viens de te le dire. C'était il y a longtemps.
Sur ces mots, il fit un signe à Harry et sortit du bureau à son tour.
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Pub Finnigan's, Londres Sorcier
-Nom d'un détraqueur ! Harry ! Ça fait au moins mille ans que je ne t'ai plus vu !
- Ravi de constater que tu n'as pas perdu ton sens de l'exagération Seamus !
- Ah oui ? A quand remonte ta dernière visite ?
- Ok… j'admets que ça fait un moment. Mais je suis là, non ?
Seamus fit un geste fataliste de la main, contourna son comptoir et vint faire une accolade à son ami.
-Ça fait plaisir de te revoir, dit l'Irlandais.
- Seamus, tu te rappelles d'Olivier Dubois ?
- Salut, dit Olivier. Ravi de te revoir !
- Pas autant que moi, répondit Seamus. Tu es une légende pour les fans de Quidditch comme moi ! C'est super que tu sois revenu en Angleterre.
- Je trouve aussi, dit Olivier en regardant amoureusement Harry.
Il lui entourant les épaules du bras et se pencha pour poser un baiser sur sa tempe.
-Qu'est-ce que je vous sers ? demanda Seamus en retournant derrière le bar.
Bien qu'établi dans le Londres Sorcier, Seamus proposait toute une panoplie de bières et alcools moldus. Ça n'avait été simple à mettre en place. Il avait fallu trouver des solutions pour l'installation des pompes et surtout pour le réapprovisionnement. Mais Seamus avait tenu bon et son pub était désormais l'un des plus fréquenté du monde sorcier.
-Une London Pride, demanda Harry.
- Une Guinness pour moi, dit Olivier.
- AAAAH ! rugit Seamus. Enfin quelqu'un qui sait ce qui est bon ! Je vous amène ça tout de suite.
- Les autres sont déjà là ?
- Ouais… ils sont dans la salle de billard. Ils ne vous ont pas attendu pour commencer !
- Ah… ben, sympa ! On a à peine un quart d'heure de retard !
- Apparemment, Malefoy et Zabini étaient pressés d'en découdre.
- Tu m'étonnes, maugréa Harry. Bon, allons-y.
Il prit Olivier par la main pour l'entrainer dans la seconde partie de la salle, celle réservées aux tables de billard, un autre divertissement moldu que Seamus avait voulu intégrer chez les sorciers.
-Attends, dit Olivier. Tu ne m'as pas dit que Malefoy serait là aussi !
- Je n'y ai pas pensé !
- Harry…
- Ecoute, s'impatienta Harry. Draco est le meilleur ami de Théo et Blaise. Je ne peux pas les empêcher d'inviter leur ami parce que tu as un problème avec lui !
- Je n'ai aucun problème avec lui !
- Ah oui ? On ne dirait pas.
Sans attendre de réponse, Harry passa la double porte qui menait à la salle de billard.
-Ah quand même ! dit Théo. J'ai cru que vous n'arriveriez jamais !
- Désolé, dit Harry. On n'a pas vu l'heure.
Un ricanement se fit entendre un peu plus loin. Nonchalamment appuyé contre une table, Malefoy était en train d'enduire de bleu le procédé de sa queue de billard. Il posa le petit morceau de craie sur le bord de la table en fixant Harry d'un regard entendu.
Harry décida de ne pas y faire attention.
-Je suppose que vous connaissez tous Olivier Dubois, dit-il à la cantonade.
- Evidemment. Salut, moi c'est Théodore Nott. Tu peux m'appeler Théo, comme tout le monde.
- Je crois me souvenir de toi. Tu n'étais pas dans l'équipe de Serpentard ?
- Si. Poursuiveur.
Théo laissa la place à Hermione.
-Tu connais déjà Hermione, dit Harry. Mon associée, ma conscience, ma meilleure amie et j'en passe.
- Bonsoir Olivier. Je suis ravie de te revoir.
- Moi aussi. Tu as fait une sacrée impression à tout le monde lors des négociations avec les Tapesouaffles. La manière dont tu as remis à sa place ce macho de Pierre Demoulin, c'était du grand art !
- Hermione a plus de couilles que tous les mecs réunis dans ce pub. Blaise Zabini, dit le métis en tendant la main. Son petit-ami.
- Enchanté.
Un moment de gêne flotta dans la pièce car il ne restait qu'une seule personne qu'Olivier n'avait pas encore saluée. Celle-ci s'avança, un sourire ironique sur le visage.
-Draco Malefoy, dit en tendant la main à son tour. Mais je suppose que tu sais qui je suis.
Olivier serra la main de Draco avec une réticence évidente. Il en était certain, jamais il ne pourrait apprécier cet homme.
-Personne n'a oublié la guerre, Malefoy, dit-il sournoisement.
Draco ne cilla pas. Au contraire, il sourit. Il avait l'habitude d'être attaqué sur son passé et celui de sa famille. Et il ne s'attendait pas à autre chose de la part de ce médiocre personnage.
Harry lui, ne semblait pas goûter la plaisanterie. Il allait répliquer quelque chose mais Draco le coupa.
-Bien. Si nous y mettions ? dit-il joyeusement. Qui prend les paris ?
- Quel pari ? se moqua Blaise. Tout le monde sait que je vais te ratatiner. J'ai déjà commencé d'ailleurs…
- J'en déduis que tu ne feras pas équipe avec moi ?
- Ce serait beaucoup moins drôle…
- Bon… eh bien alors, je suppose que les équipes sont connues. Blaise et Hermione, Olivier et Harry, et Théo et moi.
- En fait, dit Harry, mal à l'aise, Olivier ne sait pas jouer au billard…
- Ah, dit Théo. C'est embêtant, ça.
- C'est très bien au contraire, dit Hermione. Je suis plutôt mauvaise à ce jeu. Olivier et moi, on va vous observer. Ça te va, Olivier ?
- Oui… oui, bien sûr ! C'est mieux comme ça.
- Eh bien soit, dit Draco. Théo avec Blaise. Harry avec moi.
Si ce choix déplaisait à Olivier, il n'eut pas l'occasion de protester.
-TOURNEE GENERALE ! cria Seamus en faisant léviter un plateau chargé de verres devant lui. C'est la maison qui offre !
- Que nous vaut cet honneur ? s'amusa Hermione.
- Le patron est de bonne humeur ! Profitez-en, ça n'arrive pas tous les jours ! répondit Seamus en faisant passer les consommations de main en main.
Tous levèrent leur verre et trinquèrent à leur santé.
-Allons-y Potter ! dit Draco, après avoir bu une longue gorgée. Montrons à ces ignorants comment on se sert d'une queue !
Disant cela, il avait lancé un imperceptible coup d'œil à Dubois qui se tenait un peu en retrait. Ce dernier rongea son frein une bonne partie de la soirée à regarder Malefoy évoluer lascivement autour de la table, se pencher, caresser la longue tige de palissandre, murmurer à l'oreille de Harry des consignes de jeu ou l'aider à ajuster sa position.
La partie était très disputée, Blaise et Théo n'étant pas en reste dans la maîtrise du jeu. Mais finalement, ce fut grâce à un coup remarquable de Malefoy, un tir à la hussarde parfaitement exécuté, qu'Harry et lui remportèrent la partie.
L'alcool aidant, ils se congratulèrent bruyamment et énergiquement.
-J'aurai ma revanche ! clama un Blaise un peu grandiloquent.
- Je ne te savais pas si mauvais perdant, se moqua Hermione en l'embrassant sur la joue.
- Je ne suis pas mauvais perdant, maugréa-t-il.
- Bien sûr que tu l'es ! rigola Draco. Tu es comme ça depuis qu'on est gamins !
Les deux hommes se chamaillèrent encore quelques minutes, avant que Blaise ne laisse tomber, sachant très bien qu'il n'aurait jamais le dernier mot face à Draco. Satisfait, celui-ci vida son verre de bière d'un trait.
-Vous m'excuserez, les gars. L'appel de la nature ! dit-il en s'éloignant vers les toilettes.
- Il faut que j'y aille aussi, dit Olivier après quelques instants.
- Olivier…
- Harry, je dois juste… pisser, rigola-t-il. Tu crois quoi ? Que je vais lui jeter un sort ?
Il s'en alla en riant encore, sous le regard inquiet de Harry.
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Quand il entendit la porte s'ouvrir puis se refermer, Draco leva les yeux au ciel. Par-dessus tout, il détestait avoir de la compagnie quand il pissait. Raison pour laquelle il n'appréciait pas les toilettes publiques. Il y avait toujours un importun pour occuper l'urinoir juste à côté du sien et essayer d'entamer la conversation. Draco ne faisait pas la conversation aux toilettes. Soit il y pissait en silence, soit il y baisait bruyamment. Mais dans tous les cas, il ne parlait pas.
Celui qui était entré ne se décidait apparemment pas à bouger. Prenant soin de ne pas montrer qu'il était agacé par cette présence muette, Draco termina calmement ce qu'il était en train de faire et referma les boutons de son jeans.
Quand il se retourna pour aller vers le lavabo, il fut surpris de voir Olivier Dubois adossé au battant. Il ne fit aucun commentaire et actionna le robinet.
-Arrête ça, dit Olivier.
- Arrêter quoi ? Tu ne te laves pas les mains après avoir pissé ?
- Tu sais très bien de quoi je parle.
- Non, je n'en sais rien ! grinça Draco que cette non-conversation commençait à énerver.
- Harry. Tu lui tournes autour.
Draco ne put s'empêcher de rire.
-Tu oses nier que tu n'as pas arrêté de flirter avec lui de toute la soirée ? s'emporta Olivier.
- Nous étions en train de jouer ! Je lui parlais ! Je n'allais pas faire comme si je ne le connaissais pas !
- C'était bien plus que ça !
- Par Merlin, tu es pathétique Dubois. Vraiment pathétique.
- Non, c'est toi qui l'es ! Harry t'a quitté pour moi et tu ne le supportes pas ! Tu crois que je ne vois pas à quoi tu joues ?
Draco prit des serviettes en papier dans le distributeur et s'essuya les mains.
-Je ne joue à rien. Harry ne m'a pas « quitté », il a seulement mis fin à la relation purement sexuelle que nous avions. Et contrairement à ce que tu penses, je l'ai très bien supporté. Harry était un super coup au lit mais il n'est pas le seul, et j'ai déjà trouvé à le remplacer.
- Alors tu ferais bien de lui dire. Pour nous donner une chance d'être heureux tous les deux. Je sais que je peux le rendre heureux… pour ça, il faut juste qu'il arrive à t'oublier. Et pour le moment, il n'y parvient pas.
Un petit ricanement désabusé résonna dans la pièce.
-Ce n'est pas moi qu'il ne parvient pas à oublier, Dubois. C'est ma queue.
Draco jeta la serviette en papier dans la poubelle et sortit.
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-Tout va bien ? demanda Blaise à Draco quand il revint.
Ils étaient maintenant tous installés à une table, attendant de nouvelles consommations.
-On ne peut mieux, dit Draco en s'affalant à côté de son ami. Tu m'as commandé quelque chose ?
- Une Old Swan.
- Parfait.
Olivier revint à son tour et s'assit à côté de Harry. Il tenta d'ignorer du mieux qu'il pouvait le regard insistant que lui lançait son amant.
La conversation allait bon train. Les sujets ne manquaient pas mais l'essentiel tournait toujours autour des mêmes : la politique et le quidditch. Au bout d'un moment, Draco décrocha et porta son attention sur un homme accoudé au bar. Son attitude ne faisant aucun doute.
-Si vous voulez bien m'excuser, dit-il en se levant, je crève d'envie de baiser.
Sans égard pour l'expression choquée d'Hermione ou le soupir désespéré de Blaise, il contourna la table pour aller vers le bar. A peine cinq minutes plus tard, Harry vit avec une acuité affolante, la main de Draco se refermer sur l'entrejambe de l'autre homme. Comme s'il s'agissait d'un signal, ils quittèrent tous les deux le pub, sans un regard en arrière.
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Ministère de la Magie, Quartier des Aurors
-Que fais-tu encore ici à cette heure ?
- Je pourrais te poser la même question. Et aussi savoir ce qui t'amène dans ce département.
Padma sourit doucement.
-L'endroit me manquait, dit-elle en s'asseyant sur le bord du bureau de Neville. Je n'ai pas vraiment eu le temps d'y revenir ces deux dernières années.
- Le temps ou l'envie ? demanda Neville, caustique.
- Neville, dit Padma en soupirant. Quand comprendras-tu que je ne pouvais pas laisser passer une occasion pareille ?
L'Auror haussa les épaules.
-Tu étais une des meilleures Aurors, dit-il d'un ton bourru.
- Ça je le sais ! rigola-t-elle. C'est bien pourquoi on m'a offert le poste ! Personne ne s'attendait à ce que Filibert Molkins démissionne du Département des Mystères. J'aurais été folle de refuser une occasion pareille.
- Oui, admit Neville. Je sais.
Padma soupira en regardant le visage fatigué de son ancien collègue.
-Comment tu vas ? demanda-t-elle.
- Bien, répondit-il sommairement.
- Cette enquête a l'air de te prendre la tête, non ?
- Oui. Et ça devrait être ton cas également. Après tout, c'est ton service qui est mis en cause.
- Pas la peine d'insister, grinça Padma. Je n'arrête pas de ressasser tout ça depuis ta visite. Je voudrais vraiment t'aider.
- Si tu veux m'aider, alors fais en sorte que je ne doive pas attendre pour recevoir la liste des employés de ces cinq dernières années ! Luna est passée la demander en fin de journée et on lui a dit que ça prendrait au moins cinq jours !
- Je te garantis que tu l'auras demain en fin de matinée au plus tard.
Neville hocha la tête en guise de remerciement.
-Je suis étonnée que tu travailles avec Luna, dit Padma, l'air de rien.
- Je ne vois pas pourquoi.
- Tu es toujours amoureux d'elle ?
- Ce ne sont pas tes affaires ! répliqua Neville, avec plus de véhémence que nécessaire.
Padma sourit avec indulgence.
-Donc, tu es toujours amoureux d'elle. Mais tu es toujours marié avec cette chère Hannah à ce que je vois, dit-elle en prenant le cadre qui trônait sur un coin du bureau.
- Padma…
- Tu as quel âge Neville ? 34, 35 ans ? Tu ne crois qu'il est temps d'envoyer ta vipère de grand-mère se faire foutre et de faire ce que tu as envie de faire ?
- Arrête.
- Tu n'as plus d'excuse. Tu as un fils pour perpétuer ton nom. Qu'est-ce qui t'empêche de divorcer ?
- Hannah ne mérite pas ça.
Il regretta ses paroles au moment où elles franchirent ses lèvres.
-Je vois, dit Padma avec un petit rictus.
- Laisse tomber, souffla Neville. Tu ne vois rien du tout.
- Tu peux te mettre la tête dans le sable autant que tu veux mais toi, comme moi, on connaît la vérité. Tu n'aimes pas ta femme.
- C'est faux ! Je…
- Tu crois qu'à force de le répéter, ça finira par être vrai ? Tu apprécies Hannah, tu la respectes parce que c'est la mère de tes enfants mais tu n'es pas amoureux d'elle… Je comprends ceci dit. Elle a pris quoi ? Vingt ? Trente livres ? Déjà qu'elle était plutôt boulotte à l'école…
- Je t'interdis de l'insulter !
- Oh Neville… arrête, veux-tu. Je sais ce que tu aimes. Moi mieux que personne.
- Toi et moi, c'était du sexe et rien d'autre.
- Je n'ai jamais prétendu qu'il y avait autre chose. Et c'est très bien comme ça. Sauf qu'un homme heureux en ménage et amoureux de sa femme, ne se languit pas d'amour pour une autre, et ne couche pas avec une troisième.
Neville détourna le regard. Il n'aimait pas qu'on lui rappelle ce qu'il était devenu. Un pauvre con qui trompe son épouse et la femme qu'il aime. Tout ça parce qu'il n'avait pas les couilles de prendre une décision une bonne fois pour toutes.
Padma se releva et contourna le bureau pour venir s'appuyer entre le meuble et lui.
-Je sais ce que tu aimes, répéta Padma dans un murmure.
L'espace d'une seconde, Neville eut l'image de seins ronds et fermes, d'une intense couleur caramel. De tétons bruns foncés qui se dressaient impudiquement au milieu d'une aréole étroite et à peine un peu plus claire. Il savait la douceur de la peau sans défaut de son ventre. Il connaissait le soyeux de la toison noire et parfaitement épilée qui se dessinait sur son pubis.
Rien qui ressemblait à Hannah. Hannah et ses seins blancs et lourds d'avoir allaité. Son ventre distendu par deux grossesses. Ses cuisses molles et larges, et ce qu'il y avait entre elles et qu'elle n'entretenait plus depuis bien longtemps.
Il se dégoûtait. Mais pas suffisamment pour faire refluer la sensation de chaleur qui naissait dans ses reins à l'évocation du corps de sa collègue.
Quand il reprit ses esprits, son souvenir s'était matérialisé. Le corps nu et tentateur de Padma était devant lui, à portée de main.
-Mais… que… comment… ?
- Voyons Neville… ce que tu peux être idiot par moment. Nous sommes des sorciers, oui ou non ?
Elle fit un geste désinvolte avec sa baguette et la porte du bureau se verrouilla. L'instant d'après, Neville oublia tout ce qui n'était pas cette femme qui ondulait lascivement sur ses cuisses.
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Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
-Harry…
- Hmmm…
- Harry… s'il te plaît… arrête…
Olivier releva un peu la tête, pour voir si Harry l'avait entendu. Vu la vigueur avec laquelle il continuait à s'activer sur son entrejambe, il semblerait que non. Ou bien il s'en fichait. Harry était doté d'une exceptionnelle vigueur qui faisait qu'il ne débandait pas, ou très peu, après un orgasme. Ce n'était pas le cas d'Olivier qui mettait plus de temps à « redresser » la situation.
-Harry… arrête… pas… pas comme ça, haleta-t-il.
Harry faisait la sourde oreille, il en était certain. Il voulut protester et se dégager mais l'autre le travaillait tellement efficacement qu'il fut contraint de rendre les armes. Avec un peu d'amertume, il se laissa aller à une jouissance devenue irrépressible.
Sa tâche accomplie, Harry se redressa, un immense sourire aux lèvres.
-Le meilleur est encore à venir, murmura-t-il à son oreille, avant de l'embrasser.
Un baiser chaud, langoureux et salé.
Olivier sourit à son tour, laissant Harry le retourner sur le ventre et le prendre avec une ardeur décuplée. Il savait qu'une fois encore, il serait comblé. Harry était un amant extraordinaire. Passionné, fougueux, imaginatif.
Il ne fut pas déçu.
-Tu es incroyable, souffla-t-il en retombant sur le dos.
- Merci. Tu n'étais pas mal non plus !
- Justement… je… j'aimerais que tu me laisses te rendre la pareille.
Harry se redressa sur un coude et regarda Olivier, un peu perplexe.
-Pourquoi dis-tu cela ? Tu m'as donné un plaisir inouï…
- Harry… tu sais très bien ce que je veux dire…
- Ecoute Olivier, dit-il en décollant délicatement une mèche de son front moite, essaye de comprendre… ce n'est pas trop mon truc… ça ne l'a jamais vraiment été.
Olivier se détourna.
-Sauf avec Malefoy, dit-il sans pouvoir s'en empêcher.
Comme il s'y attendait, Harry se crispa.
-Tu ne vas pas recommencer, soupira-t-il.
- Tu ne démens pas.
- Que veux-tu que je te dise ? Je suis fatigué d'essayer de te convaincre que c'est fini entre lui et moi.
Olivier roula sur le dos pour refaire face à Harry.
-Tu te rappelles de cette maison à Gloucester dont je t'ai parlé ? Ce projet que je voulais construire avec l'homme de ma vie ?
- Heu… oui, je m'en souviens, dit Harry, rendu perplexe par ce brutal changement de sujet.
- Je l'ai achetée. Et je voudrais que tu viennes y vivre avec moi.
Harry ouvrit de grands yeux.
-Quoi ? Mais… on est ensemble depuis quelques semaines à peine…
- Et alors ? On est bien tous les deux ! Je sais que je pourrais être le bon, celui avec qui tu voudrais construire ta vie.
- Oui… mais… c'est trop tôt ! Beaucoup trop tôt ! Je ne peux pas décider ça comme ça !
Olivier s'assit dans le lit d'un mouvement brusque, clairement mécontent.
-Quelle est ton excuse ? Attends voir… Ton travail ? Tes amis ? Malefoy ?
Harry sentit la moutarde lui monter au nez.
-Mes enfants !
- Qu… quoi ?
- Mes. Enfants. J'ai deux fils au cas où tu l'aurais oublié ! Il est hors de question que j'emménage avec toi, et encore moins que je déménage, sans leur en avoir parlé avant ! Bon sang, ils ne t'ont même pas encore rencontré !
Olivier baissa les yeux. Il n'avait pas vraiment pensé à ça.
-Je comprends, dit-il tout bas.
- Et avant que tu poses la question, continua Harry avec véhémence, je compte te les présenter bientôt. Nous partons à Cortina d'Ampezzo après les fêtes de Noël. J'espérais que tu puisses nous y rejoindre quelques jours.
- Oui… oui, bien sûr ! Je serais ravi !
Harry soupira en souriant.
-Olivier, il faut vraiment que tu apprennes à faire preuve d'un peu de patience. Ça ne sert à rien de tout bousculer.
- Tu as raison. C'est juste que… je t'aime et j'ai la conviction qu'on pourrait être tellement bien ensemble que…
- C'est déjà le cas. Même si on vit chacun chez soi.
- C'est vrai.
- Alors arrête de t'inquiéter, ok ?
Olivier hocha la tête. Harry le força à se rallonger et le regarda avec une acuité peu habituelle.
-Je t'aime, finit-il par dire.
- C'est… c'est la première fois que tu le dis.
Harry ne répondit pas. Il se contenta de l'embrasser.
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Appartement de Draco Malefoy, Pimlico, Londres
-Casse-toi.
- Je te demande pardon ?
- J'ai dit : casse-toi.
Il était deux heures du matin et Draco n'avait qu'une envie, que cette sangsue se tire de son lit.
-Tu crois vraiment que tu peux me traiter comme ça ? s'insurgea l'autre. Je ne suis pas une pute qu'on congédie une fois la besogne terminée !
- Je t'ai ramassé dans un bar où tu n'attendais que ça… De mon point de vue, ça fait de toi une pute.
La gifle claqua avec force. Draco se massa la joue en ricanant.
-Bordel, même pas foutu de me frapper comme un mec…
- Tu es une ordure ! clama l'homme en ramassant ses affaires et en les enfilant à la hâte.
- Et toi tu es pathétique…
- ORDURE ! répéta-t-il d'une voix hystérique.
Heureusement que Draco avait posé un sort de silence sur son appartement. Sans quoi cette grande folle aurait réveillé tout l'immeuble avec ses cris. Lui-même n'était pas particulièrement silencieux pendant l'acte mais celui-ci avait bien failli lui percer les tympans. C'est simple, il avait eu l'impression de baiser un siamois en chaleur.
Et en plus, il trouvait le moyen de lui faire une scène.
Draco le regarda finir de s'habiller et sortir de la chambre. Il put suivre ses pas rageurs dans l'escalier et le couloir et entendre la porte d'entrée s'ouvrir.
-ET JE NE M'APPELLE PAS HARRY !
Sur cette dernière exclamation, la porte claqua avec violence. Pour le coup, les voisins l'avaient sûrement entendu.
Draco se laissa retomber sur son lit, le corps et l'esprit vide. Il savait qu'il ne parviendrait pas à s'endormir. Machinalement, il prit le boîtier posé sur sa table de nuit et actionna son lecteur MP3 à distance. Une douce mélodie s'éleva dans la pièce, suivie d'une voix qui chantait en français.
Tout comme son père et sa mère, et comme tous les Malefoy avant lui, il avait appris le français pour faire honneur aux racines familiales. Il comprenait donc les paroles de la chanson. Une chanson qu'il écoutait en boucle depuis des jours.
J'avais cent ans, j'me reconnais plus
J'aime plus les gens depuis qu'j't'ai vu
J'veux plus rêver, j'voudrais qu'tu reviennes
Me faire voler, me faire je t'aime.
Mais tu n'es pas là, et si je rêve tant pis
Quand tu t'en vas j'dors plus la nuit
Mais tu n'es pas là, et tu sais, j'ai envie d'aller là-bas
La fenêtre en face et d'visiter ton paradis.
Draco ferma les yeux. Derrière ses paupières, l'image de Harry était intacte. Presque réelle. Il pouvait entendre le son de sa voix, sentir la chaleur de son corps. Derrière ses paupières, tout était parfait.
Le morceau s'acheva pour recommencer directement après. Comme un écho à sa propre souffrance.
Mais tu n'es pas là, et si je rêve tant pis…
A suivre...
