DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Bonjour à tous,
Les deux chapitres qui suivent sont très longs et répondront, je pense, à beaucoup de vos interrogations... mais pas encore à celle de savoir ce qui est gravé au dos de la montre !
Merci d'être toujours aussi nombreux à suivre cette histoire.
Bonne lecture !
Chapitre 25 – You think you're a man
"You think you're a man
but you just couldn't see
You weren't man enough to satisfy me"
(Full Frontal)
26 décembre 2014 – Camden Town, Londres
Harry chancela dangereusement avant de se rattraper de justesse contre le mur en béton. Transplaner restait décidément une épreuve pour lui, encore plus sur de longues distances. Il remit un peu d'ordre dans sa tenue même s'il doutait que son interlocutrice en fasse grand cas. Il inspira pour se donner du courage et sortit sur la rue principale, Gloucester Crescent.
Il devait normalement se rendre au Terrier pour récupérer ses fils et les emmener en Italie pour le reste des vacances. Mais avant cela, il avait quelque chose à faire. Quelque chose d'important.
Il grimpa les quelques marches qui menaient au perron et frappa le heurtoir à trois reprises sur la porte.
Après ce qui lui sembla une éternité, celle-ci s'ouvrit.
-Harry.
- Bonjour Hermione.
La jeune femme se tenait dans l'encadrement de la porte, les bras croisés sur son torse et le visage dur. Elle ne semblait décidée ni à le laisser entrer, ni à dire quoi que ce soit.
-Je voudrais que tu saches que je suis désolé pour ce que je t'ai dit l'autre jour, murmura Harry, les yeux baissés. Vraiment désolé.
Comme Hermione ne disait toujours rien, Harry se risqua à relever la tête. Son amie le regardait sans ciller.
-Je sais que tu es désolé, dit-elle enfin.
Il sentit un soulagement sans nom l'envahir. Soulagement de courte durée.
-Mais tu crois vraiment que ça va suffire ? continua-t-elle. Tu crois vraiment que tu as le droit de me dire d'aller me faire foutre et rappliquer ici deux jours plus tard en me disant que tu es désolé ? Tu crois vraiment que tu peux ruiner mes projets de Noël parce que tu t'es mis en tête qu'on n'appréciait pas ton nouveau mec ?
- Non, admit-il piteusement. Ce que j'ai dit était inadmissible.
- On est bien d'accord !
La voix qui venait de parler était grave et coléreuse. Harry vit Blaise se placer juste à côté d'Hermione. Il serra les dents et se retint de dire au métis de se mêler de ses affaires. Il regarda Hermione mais celle-ci détourna la tête et repartit à l'intérieur de la maison.
-Entre, soupira Blaise. Nous devons parler.
A contrecœur, Harry suivit Blaise dans le salon. Il se sentit désagréablement oppressé quand celui-ci referma les portes derrière eux.
-Assieds-toi.
- Je ne suis pas ici pour une séance de psychothérapie, grogna Harry, bien décidé à rester debout.
- Au vu de ton comportement, ça te ferait pourtant le plus grand bien. Maintenant, assieds-toi.
En soufflant d'exaspération, Harry prit place dans l'un des canapés. Blaise en fit autant, face à lui.
-Tu l'as blessée, dit-il.
- Je sais, soupira Harry. Et je m'en veux.
- Elle n'avait rien fait pour mériter ça.
- Je sais.
- Elle t'a toujours soutenu, dans toutes tes…
- JE SAIS ! s'emporta Harry. BORDEL, JE SAIS ! QU'EST-CE QUE TU VEUX QUE JE TE DISE DE PLUS ? JAMAIS JE N'AURAIS DU LUI PARLER COMME CA !
Blaise fixa Harry en secouant légèrement la tête.
-Le problème n'est pas ce que tu as dit mais ce que tu as fait.
- Quoi ?
- Ce n'est pas la première fois que vous vous disputez, Hermione me l'a dit. Vous vous êtes déjà balancé des trucs bien pires à la tête.
- Mais alors quoi ?
Harry ne comprenait plus rien.
-Bon sang Harry, soupira Blaise. C'est dingue que tu ne comprennes pas tout seul… Hermione n'a plus personne ! Ses parents sont à l'autre bout du monde, soumis à un sort d'oubliette irréversible. Son mari l'a quittée. Sa fille passe Noël avec lui et une femme qu'elle appelle maman. Elle a des dizaines de connaissances mais un seul meilleur ami. Meilleur ami qu'il l'a envoyée paître le jour de Noël. Tu comprends où je veux en venir ?
- Mais… je… elle n'était pas seule… tu étais là…
- Je suis peut-être son amant, son compagnon, mais je ne fais pas le poids face à toi. Toi, tu es sa famille Harry. Et elle a toujours pensé que si quelqu'un pouvait comprendre l'importance d'avoir sa famille avec soi un jour comme Noël, c'était bien toi.
Comme Harry restait désespérément silencieux, Blaise ajouta, impitoyable.
-J'espère vraiment que tes deux jours de baise avec Dubois en valaient la peine.
- Ça n'a rien à voir ! réagit Harry. C'était… j'avais besoin…
Il soupira, défait.
-Putain, j'ai vraiment merdé.
- Je ne te le fais pas dire.
Harry se retourna d'un bond. Hermione se tenait dans l'encadrement de la porte. Il ne l'avait pas entendue entrer. Aussitôt, il se leva et alla vers elle.
-Est-ce que tu pourras me pardonner ? demanda-t-il.
- C'est déjà fait, espère d'idiot.
Ce faisant, elle l'entoura de ses bras et le serra contre lui.
-Je suis désolé Hermione, murmura-t-il. Tellement désolé.
- Je sais. N'en parlons plus, d'accord ?
Il s'écarta de son amie et lui fit un sourire sincère.
-Au fait, merci pour les cadeaux, dit Hermione. Ils étaient parfaits.
Disant cela, elle tourna légèrement la tête pour qu'Harry puisse admirer les boucles d'oreilles qu'il lui avait offertes.
-Oui, confirma Blaise. Une loge à l'année au stade des Pies, je vais faire des jaloux !
- Je suis content que ça vous plaise.
- Voici le nôtre, dit Hermione en lui tendant un paquet.
Celui-ci était rectangulaire et plat. Harry défit le ruban qui l'entourait, dévoilant une pochette en cuir. Celle-ci contenait deux billets de portoloin pour les Iles Seychelles, l'un à son nom, l'autre au nom d'Olivier.
-On voulait te le donner en mains propres pour que tu saches que contrairement à ce que tu crois, on accepte ton couple.
Blaise tiqua légèrement sur l'utilisation du « on » mais Harry n'en vit rien. Il était incapable de détacher ses yeux de son amie.
-Merci, souffla-t-il après un long moment. Tu n'imagines pas ce que ça représente pour moi.
- Sois heureux, Harry. C'est tout ce que je demande.
D'un geste vif, il chassa les larmes qui s'accumulaient sous ses cils et tenta de reprendre contenance.
-Je… hm… je vais devoir y aller. Je dois aller chercher les garçons chez Molly et Arthur.
- Embrasse-les pour moi. Et profite bien de ton séjour à la montagne.
- J'y compte bien, sourit-il.
Harry prit Hermione dans ses bras et l'embrassa dans les cheveux, puis serra la main de Blaise et quitta Camden Town pour le Devon.
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Cortina d'Ampezzo, Italie
Olivier Dubois avait toujours cru qu'il aimait les enfants et que ceux-ci le lui rendaient bien. C'était en tout cas l'impression qu'il avait à chaque fin de match quand les petites têtes blondes se précipitaient sur lui pour recevoir un autographe.
Mais ça, c'était avant.
Pour l'heure, il se trouvait face à deux visages fermés et pour tout dire, plutôt hostiles. Il prit cependant sur lui et arbora son plus beau sourire.
-Bonjour ! lança-t-il gaiement. Je m'appelle Olivier ! Je suis l'ami… hm… le petit-ami de votre père. Il… Il est…
Où était-il d'ailleurs ? Pourquoi mettait-il tant de temps à revenir du Terrier ?
-Je… Tu dois être James. Et toi, Albus.
James pencha légèrement la tête vers son frère.
-Génial. Il connaît nos prénoms, souffla-t-il.
Il n'eut pas le temps d'en dire davantage que la cheminée ronfla. Harry en sortit, échevelé et chancelant.
-Désolé, Molly avait oublié de ranger les pyjamas et les brosses à dents. Ah, vous avez fait connaissance, dit-il en voyant Olivier face à ses enfants.
- Oui ! s'enthousiasma Olivier. Nous…
- Pourquoi il est là ?
Harry se tourna vers Albus qui venait de parler.
-Il va passer les vacances de Noël avec nous. Je t'avais dit que…
- Tu avais dit que nous passerions d'abord du temps rien que tous les trois.
La nuance de reproche dans la voix de son cadet n'échappa pas à Harry. Ni à Olivier d'ailleurs.
-Je… oui. Nous allons passer du temps à trois, je te le promets. Olivier a des choses à faire de son côté alors… il n'y aura aucun problème.
Magnifique, pensa l'intéressé. Il venait, ni plus ni moins, de se faire éjecter par un mioche de onze ans.
-Je vais aller ranger mes affaires, dit Albus, morose, en prenant sa valise.
- Ouais, moi aussi, ajouta James.
- Oui, approuva Harry. Les chambres sont prêtes. Vous n'avez qu'à…
- Jamie, je peux partager ta chambre ? coupa Albus.
- Bien sûr. Allez viens.
James passa un bras autour des épaules de son frère et l'emmena avec lui vers l'étage. Harry les regarda s'éloigner en silence, le cœur un peu serré. Cela faisait bien longtemps que ses fils dormaient dans des chambres séparées, que ce soit chez lui ou chez leur mère. Ça ne les empêchait pas de passer des heures l'un chez l'autre, à lire dans le même lit ou à se raconter des histoires rocambolesques mais chacun finissait toujours pas regagner sa chambre. La seule raison qui amenait à Albus à demander à rester près de son frère pendant la nuit, était l'angoisse, le sentiment d'insécurité. Dans ces cas-là, il n'y avait que James pour lui apporter le réconfort.
-Ils n'ont pas l'air très heureux que je sois là, dit Olivier, brisant le silence.
- Ne t'en fais pas, ça va leur passer, soupira Harry. Mes enfants sont assez méfiants avec les personnes qu'ils ne connaissent pas. Surtout Albus. Rares sont ceux avec qui il se lie rapidement.
En disant cela, l'image de Draco s'imposa à lui.
-Il faudra que tu sois patient, c'est tout, dit-il un peu trop sèchement.
Il était contrarié mais il ne savait pas par quoi. Par l'attitude de ses enfants ? Ou bien par le fait qu'Olivier n'était pas parvenu à se faire aimer d'Albus comme Draco l'avait fait ?
-Je vais préparer le repas, dit Olivier, coupant court aux réflexions de Harry.
- Non, ce n'est pas la peine. Nous avons une tradition avec les enfants, dit-il en souriant cette fois. Pour leur arrivée, Giuseppina, la femme de Micheletto, le concierge, apporte toujours des pizzas.
- Des pizzas, répéta Olivier en fronçant les sourcils.
Harry s'agaça un peu de cette obsession qu'il avait pour la diététique.
-Olivier ! Nous sommes en Italie ! Ici, les pizzas n'ont rien à voir avec ces trucs gras et surchargés qu'on mange en Angleterre ! Giusi n'utilise que des produits frais. Même toi, tu n'y trouveras rien à redire ! Et puis, James et Albus adorent ça.
Olivier ne répondit rien. Il avait bien compris que s'il voulait survivre à ce séjour, il allait devoir composer avec les deux petits tyrans qu'Harry avait pour fils.
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La cuisine du chalet embaumait les légumes grillés, la sauce tomate au basilic et la pâte cuite au feu de bois. Les enfants tout comme les adultes mangeaient avec bon appétit et deux des quatre énormes pizzas préparées par Giusi avaient déjà été dévorées.
Olivier devait bien admettre qu'elles étaient délicieuses. La pâte était croustillante et légère, et la garniture simple mais goûteuse.
-Encore un peu de vin ? proposa Harry.
- Volontiers.
Il remplit à nouveau les verres d'un délicieux Bardolino offert par Micheletto et provenant d'un petit vignoble qu'il possédait dans la région.
-Alors James, dit Olivier dans une tentative de nouer le contact avec les enfants de son compagnon, Harry m'a dit que tu faisais partie de l'équipe de Quidditch de Gryffondor.
- Ouais.
- James, on ne dit pas « ouais », le reprit Harry.
- Oui. Je fais partie de l'équipe. Poursuiveur.
- J'ai été le gardien pendant six ans. Et capitaine aussi, pendant trois ans.
- Je sais. Oncle George me l'a dit.
- Oh c'est vrai ! s'enthousiasma Olivier. George Weasley est ton oncle. Son frère et lui étaient batteurs. Bon sang, quels casse-cous ! De vrais cognards à eux tous seuls !
- Il m'a dit aussi que tu faisais toujours des discours interminables avant chaque match et qu'il devait faire un effort pour ne pas s'endormir, lâcha James.
Olivier tenta de sourire mais cela ressemblait plus à une grimace qu'autre chose. Harry lui, était mort de rire.
-George n'a pas tort ! parvint-il à dire en se tenant les côtes.
- J'essayais de vous motiver ! Ce n'était pas particulièrement facile de vous faire entrer dans le crâne la stratégie de jeu ! se rebiffa Olivier.
- Oh allez ! Ne le prends pas mal ! C'était pour rire !
Ce fut le moment que choisit Shaka pour sortir de sous la manche du pull d'Albus. Réveillé par les vibrations de la conversation et des rires, il pointa sa tête triangulaire en sifflant doucement.
-ATTENTION ! hurla Olivier en s'emparant de sa baguette.
Comme il la dirigeait droit sur le reptile et sur lui-même, Albus eut un mouvement recul pour se protéger lui et Shaka, et tomba de sa chaise.
-ALBUS ! cria James en se précipitant sur son frère, en même temps que Harry.
- Albus, ça va ? demanda Harry en le relevant précautionneusement.
- Ça va… j'ai eu peur, c'est tout.
- NON MAIS QU'EST-CE QUI NE VA PAS CHEZ TOI ? cria James en regardant Olivier méchamment. TU ALLAIS ATTAQUER MON FRERE !
- Je… non ! C'était… il y avait… un serpent… il allait…
- C'EST SHAKA ! C'EST…
- James, calme-toi ! ordonna Harry.
Puis se tournant vers Olivier :
-Ce serpent est l'animal de compagnie d'Albus. Il n'allait faire de mal à personne.
- Désolé, je ne savais pas… Je… je n'aime pas les serpents et…
- Peu importe, coupa Harry. Il y a eu plus de peur que de mal mais à l'avenir, évite de diriger ta baguette sur mon fils.
Tout le monde se réinstalla à table et Albus prit soin de poser Shaka à côté de son assiette. Celui-ci se dressa à moitié, sifflant et fixant ostensiblement Olivier.
-Albus, dit Harry d'un ton conciliant, Olivier n'est pas très familier des serpents. Ne peux-tu pas garder Shaka sur toi le temps du repas ?
- Il ne fait rien de mal et il n'embête personne !
- Oui mais nous avons un invité et…
- Draco, il ne disait jamais rien sur Shaka ! Il jouait même avec lui !
Olivier se crispa visiblement à l'entente du nom de Draco.
-Hm… évidemment. Entre serpents, ils parvenaient à s'entendre, ne put-il s'empêcher de dire.
- Tu as quelque chose contre les Serpentards ? demanda James d'un air un peu trop candide.
Harry vit arriver la catastrophe mais n'eut pas le temps d'intervenir qu'Olivier lâchait :
-Des sournois et des lâches, voilà ce qu'ils sont.
- Tu entends ça, Albus ? Tu es sournois et lâche, souligna James.
Olivier pâlit brusquement.
-Albus… est à Serpentard ? Mais… tu… je croyais… tu ne me l'as pas dit…
- Je ne pensais pas que c'était important, répondit Harry, un peu plus sèchement que nécessaire.
- Je suis désolé, Albus, dit Olivier. Je ne voulais pas te blesser. C'est juste qu'à mon époque, les Serpentards n'étaient pas dignes de confiance. Ils étaient…
- Je ne crois pas qu'ils étaient différents de ceux d'aujourd'hui, coupa Harry. C'est nous qui ne leur avons jamais laissé le bénéfice du doute.
Le ton catégorique de Harry mit fin à la discussion. Le reste du repas se déroula dans le silence le plus complet.
Plus tard, quand Harry proposa qu'ils fassent un jeu de société tous ensemble, James déclina l'invitation, disant qu'il était fatigué et qu'il préférait aller lire dans sa chambre.
-Et toi Albus ?
- Non merci, Papa. Je voudrais répondre à la lettre de Scorpius. Il m'a écrit ce matin pour me raconter son Noël. C'est le premier qu'il passait avec Draco, tu sais.
- Oh… ça s'est bien passé ? voulu savoir Harry, bien malgré lui.
- Super bien ! Il raconte que le Manoir est immense et très beau ! Tu y es déjà allé, Papa ?
- Oui… oui, j'y suis allé, admit Harry, sous l'œil torve d'Olivier. C'est très beau en effet.
- Il a parlé avec le plus ancien des ancêtres de la famille Malefoy et il a reçu un Nimbus 3001 ! Et il a fait une bataille de boules de neige avec Draco !
Harry ne put s'empêcher de rire à l'idée de Draco jouant dans la neige avec son fils. Quelque part dans un recoin de son cœur, une petite voix lui dit qu'il aurait aimé assister à ça.
-Je suis content pour lui, dit-il non sans une certaine tendresse.
Albus hocha la tête et partit en direction de sa chambre.
-Qui est Scorpius ? demanda Olivier.
- Le meilleur ami d'Albus. Et accessoirement, le fils de Draco Malefoy.
- Oh. Je ne savais pas qu'il avait un fils.
- Oui. De l'âge d'Albus. Ils sont tous les deux à Serpentard.
- Hm.
Harry aurait bien voulu savoir ce que voulait dire ce « hm » mais il s'abstint. Il ne voulait pas provoquer une discussion stérile avec Olivier ce soir.
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Albus était à peine installé sur son lit superposé que James y grimpa à son tour pour le rejoindre. Il s'assit à l'autre bout du matelas.
-Alors ? demanda-t-il. T'en penses quoi ?
- Bof, dit Albus en haussant les épaules. Il doit te plaire à toi, non ? Vous allez pouvoir parler Quidditch à longueur de journée.
- Tu crois qu'il suffit de ça ? s'offusqua James. Je ne l'aime pas ! Il n'en a rien à faire de nous et il voulait attaquer Shaka !
- Mais papa à l'air de bien l'aimer.
- Papa aime toujours tout le monde. Le suivant, ce sera pareil. C'est toujours pareil, ajouta James, désabusé.
Il regarda son petit frère. Il avait l'air tellement triste que James se rapprocha pour le serrer dans ses bras.
-Moi j'aimais bien Draco, dit Albus en posant sa tête contre l'épaule de James.
- Je n'aurais jamais pensé dire ça à propos d'un des mecs de papa, mais… moi aussi.
- Tu crois que si on demande à Papa de se remettre avec lui, il le fera ?
- Ça ne marche pas comme ça, Albus. Et puis, on ne sait pas pourquoi ils se sont séparés.
Albus soupira et ils restèrent silencieux.
-Albus ? demanda James après un temps.
- Hm ?
- Tu crois que Draco, c'était le bon ?
- Pourquoi tu me demandes ça ?
- Je sais pas… je te le demande, c'est tout…
Albus prit le temps de réfléchir.
-Oui. Je crois que oui.
- Alors on devrait peut-être faire quelque chose pour qu'ils se remettent ensemble ?
- Oui mais quoi ?
- Aucune idée, soupira James.
Ils retombèrent dans le silence, jusqu'à ce qu'Albus demande :
-Qu'est-ce qu'ils font, à ton avis ?
- J'en sais rien et je ne veux pas savoir. J'espère juste qu'ils ne font pas des trucs sexuels dans le salon ou dans la cuisine. Ce serait trop dégueu.
- Oh oui, trop dégueu ! confirma Albus.
James se mit à rire de la grimace éloquente de son petit frère puis décida de retourner dans son lit où une lettre d'Amanda l'attendait, cachée sous son oreiller.
-James ? entendit-il à peine avait-il déplié le parchemin.
- Quoi ?
- Papa fait vraiment des trucs sexuels avec Olivier ? chuchota Albus.
- Oui, Albus.
- Il l'a fait avec Draco aussi alors ?
- Oui, avec Draco aussi. Et tous les autres. Ben, Michael, Emmet, Ted, Blake, Ethan, Brad, Peter. Tous.
- Comment tu sais ?
- Je sais, c'est tout.
Albus grommela quelque chose que James ne comprit pas. Ce dernier allait reprendre sa lecture quand il fut à nouveau interrompu.
-James ?
- Quoi Albus ? soupira-t-il.
- C'est comment ?
- Comment quoi ?
- Bah… tu sais bien… entre Papa et… enfin tu vois…
- Laisse tomber… j'ai pas vraiment envie de t'expliquer ça maintenant.
- Mais tu veux jamais rien m'expliquer ! Tu fais toujours celui qui sait tout mais je suis sûr que tu ne sais rien !
- C'est toi qui ne sais rien, pauvre cloche ! Si tu savais comment ils font, je te jure que tu serais dégoûté !
- Ça m'est égal, je veux savoir !
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
- Ça m'intéresse, c'est tout !
James leva les yeux au ciel. Son frère était encore si jeune et si naïf. Hors de question de lui raconter ce que Filibert lui avait expliqué. Lui-même en avait fait des cauchemars à imaginer son père faire… ça avec d'autres hommes. Il en avait d'ailleurs un peu voulu à son beau-père de lui avoir dit toutes ces choses. Il aurait préféré ne pas savoir. Quant à Albus, pourquoi s'intéresserait-il à ça ? Après tout, il n'était pas…
Merde.
James replia lentement son parchemin et s'éclaircit la gorge.
-Albus ?
- Quoi ?
- Tu sais… hm… ce que je t'ai appris à faire avec ton… enfin, tu sais… quand tu es seul et que...
- Oui, dit Albus d'une voix incertaine.
- Ça t'arrive de… enfin, je veux dire… ça t'arrive de le faire ?
La réponse se fit attendre. Finalement, un petit « oui » parvint aux oreilles de James.
-Ok… Et… quand tu le fais… tu penses… à quelqu'un en particulier ?
- Bah… non… pas vraiment.
- Tu es sûr ?
- A qui voudrais-tu que je pense ?
James grinça des dents. Son frère ne lui facilitait pas la tâche.
-Je ne sais pas, moi… à Scorpius, par exemple.
Silence.
Enorme.
Pesant.
Epais.
-Albus ?
Le matelas bougea au-dessus de lui et la tête d'Albus apparu à l'envers, le regardant avec colère.
-Parce que toi tu penses à Scorpius quand tu le fais ? s'indigna Albus.
- NON ! réagit James dans une exclamation étouffée. Putain ! T'es pas bien ou quoi ?
- Alors pourquoi tu me demandes ?
- Bah je sais pas… c'est ton meilleur ami… vous êtes toujours collés ensemble à chuchoter et à parler de trucs que vous seuls comprenez !
La tête d'Albus disparut.
-Je ne suis pas comme Papa, si c'est ce que tu crois, dit-il froidement, après quelques secondes.
- Ah. Ok. Bien.
James soupira. Il croyait qu'il serait soulagé, mais ce n'était pas vraiment le cas. Et il savait pourquoi. Prenant une inspiration, il dit :
-Tu sais Albus… ça ne changerait rien. Tu serais toujours mon petit frère et je t'aimerais toujours autant.
- C'est vrai ?
- Je te le jure.
- Pourquoi tu n'as pas dit la même chose à Papa ?
Pourquoi son frère posait-il toujours des questions dérangeantes ?
-Je ne sais pas, admit-il.
- Tu as toujours honte de lui ?
- Non, souffla James. Pas depuis que je sais tout ce qu'il a fait pour sauver notre monde. Je m'en veux d'avoir été aussi vache avec lui pendant tout ce temps. Et pour tout dire, j'en veux un peu à maman de ne pas nous l'avoir dit et de laisser Filibert le dénigrer comme il le fait.
- Heureusement que Draco a poussé Papa à nous le raconter.
- Ouais.
- Il faut vraiment qu'il revienne.
- Ouais.
Le silence se réinstalla entre les deux garçons, chacun perdu dans leurs pensées.
-James ?
- Hm ?
- J'ai dit la vérité.
- A propos de quoi ?
- Je ne suis pas comme Papa. Et Scorpius non plus. On regarde les filles, tu sais ! Même si elles sont énervantes par moment, elles… hm… elles nous plaisent bien. Enfin, certaines plus que d'autres.
- Lesquelles par exemple ? s'amusa James.
- Bah… Ashley.
- Ashley ? La sœur de mon pote Bradley ?
- Oui, murmura Albus.
- Hm… A mon avis, tu lui plais bien aussi.
Il ne fallut pas deux secondes pour que la tête d'Albus réapparaisse au-dessus du lit.
-C'est vrai ? demanda-t-il, extasié. Comment tu le sais ?
- Apparemment, elle parle souvent de toi. Tu devrais tenter ta chance.
- Tu crois ?
- J'en suis sûr.
Albus se réinstalla dans son lit, un sourire jusqu'aux oreilles. Il devait absolument raconter ça à Scorpius.
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30 décembre 2014 – Cortina d'Ampezzo, Italie
Harry était d'un naturel optimiste, raison pour laquelle il se persuadait que ce séjour à la montagne ne se déroulait pas si mal que ça.
Le temps était magnifique et permettait à James et Albus de skier tous les matins en compagnie d'un professeur particulier. Harry, lui, ne skiait pas. L'état de son dos ne le lui permettait pas, même avec des potions. Les après-midis, il les consacrait à faire des randonnées avec ses enfants pendant qu'Olivier continuait à dévaler les pentes. Le soir, ils dînaient tous ensemble, en parlant de tout et de rien. A ce moment, Harry faisait abstraction du silence obstiné d'Albus ou des commentaires souvent caustiques de James. Ils terminaient la soirée le plus souvent en regardant un film, évitant ainsi les discussions, du moins jusqu'à ce que les garçons aillent se coucher. Car après, il était difficile pour Harry d'éviter le regard amer et peiné d'Olivier. A chaque fois, il s'excusait pour le comportement de ses enfants, lui promettant que c'était seulement une question de temps, qu'ils allaient finir par l'accepter. Mais loin d'apaiser Olivier, ce discours l'agaçait plus qu'autre chose.
Harry savait qu'il était en grande partie responsable de la situation, que c'était à lui à recadrer ses enfants, à leur dire de cesser de se comporter de la sorte mais il en était incapable. Olivier n'osait pas le lui reprocher ouvertement mais il n'en pensait pas moins. Exactement comme les autres.
Pourtant, Harry ne ferait aucune remontrance à ses garçons car ils passaient toujours avant tout le monde. Subir leurs caprices face à ses amants était un peu une manière pour lui de payer pour son absence et son désinvestissement quand ils étaient petits.
Il pensait à tout cela encore ce matin alors qu'il entrait dans la cuisine. Olivier était assis à table, en train de lire le Daily Prophet.
-Salut mon cœur, dit-il en l'embrassant sur la joue. Bien dormi ?
- Bien, merci. Et toi ?
- Toujours quand je suis avec toi, dit Harry d'un ton enjôleur.
Olivier fit un petit sourire et se leva.
-Je te sers un café ?
Harry ne répondit pas. Il voyait bien qu'Olivier était contrarié. Il se plaça dans son dos et entoura sa taille de ses bras.
-Je pourrais demander à Micheletto et Giusi de s'occuper des garçons aujourd'hui. On pourrait passer du temps rien que tous les deux. Se promener. Ou rester ici et faire des choses incroyablement indécentes et terriblement excitantes…
Olivier se retourna pour faire face à Harry.
-Tu en as vraiment envie ?
- Oui, dit Harry. Oui, j'en ai vraiment envie.
- D'accord.
Harry lui fit un sourire resplendissant avec de l'embrasser. C'est ce moment que choisirent Albus et James pour entrer dans la cuisine à leur tour.
-Salut les garçons ! dit joyeusement Harry.
- 'lut, répondirent deux voix en écho.
- Que voulez-vous manger ce matin ? demanda Olivier.
- Des céréales, dit James.
- Pareil, ajouta Albus.
Olivier sortit du lait et un paquet de céréales bio qu'il avait acheté à un producteur local.
-Pas celles-là, dit James. Les autres. Celles qui colorent le lait en rose.
- Elles sont pleines de colorants, objecta Olivier en fronçant les sourcils. Celles-ci sont plus saines…
- Je veux les autres, insista James.
Olivier jeta un coup d'œil à Harry, attendant une réaction de sa part. Réaction qui ne vint pas. Dépité, il posa brutalement le paquet de céréales roses sur la table.
-Les enfants, dit alors Harry avec un enthousiasme forcé, aujourd'hui, nous allons…
Il ne put achever sa phrase car la cheminée du salon se mit à crépiter. Il contourna le large comptoir qui séparait la cuisine du séjour et s'approcha de l'âtre. Il sourit en reconnaissant Hermione.
-Salut Hermione ! Ça fait plaisir de te voir !
- Bonjour Harry.
Le visage et le ton anormalement grave de son amie l'inquiéta immédiatement.
-Qu'y a-t-il Hermione ? Quelque chose ne va pas ?
- Lucius Malefoy est mort.
Harry encaissa la nouvelle sans ciller.
-Quand est-ce arrivé ? demanda-t-il après un temps.
- Hier.
- Où est-il ?
Hermione n'avait pas besoin de demander qui était le « il ».
-Au Manoir, dit-elle. Avec sa mère. Blaise vient de partir.
- Merci de m'avoir prévenu.
- Je me disais que tu aurais voulu le savoir.
- Tu as bien fait. Je te recontacte bientôt.
- D'accord. Prends soin de toi Harry.
- Toi aussi. A bientôt.
Le temps qu'Harry se relève, la tête d'Hermione avait disparu.
-Papa ? Pourquoi Tante Hermione était dans la cheminée ? demanda James.
- Ecoutez, les enfants… Il y a un changement de programme. Je vais devoir m'absenter quelques heures.
- Qu'est-ce- qu'il y a ?
- Le papa de Draco… est… il est mort. Je vais retourner en Angleterre pour voir si Draco et Narcissa vont bien.
- Je veux venir avec toi ! s'exclama Albus. Je veux voir Draco !
- Oui, moi aussi ! dit James.
Harry eut le cœur serré en lisant la tristesse réelle que cette nouvelle amenait chez ses enfants.
-Ce n'est pas une bonne idée. Il vaut mieux que j'y aille seul. Vous, vous allez rester ici, avec Olivier.
Disant cela, il jeta un coup d'œil vers son amant qui se tenait en retrait, les bras croisés sur le torse et le visage impénétrable.
-Mais…
- Non, James. Je ne changerai pas d'avis. Vous allez rester ici et bien vous comporter avec Olivier. Les choses sont assez compliquées comme ça et j'ai besoin de savoir que je peux vous faire confiance. C'est d'accord ?
Le ton de leur père était empreint d'une gravité inhabituelle. James hocha la tête, comprenant que la situation était grave et qu'il n'était plus temps pour les enfantillages.
-Oui, Papa. C'est d'accord.
- Et toi Albus ?
- Je te promets d'être sage.
- Merci. Je vous aime fort tous les deux, dit-il en les serrant contre lui.
Harry rejoignit ensuite sa chambre pour se changer.
-Y a-t-il une chance que j'arrive à te convaincre de ne pas y aller ?
Il termina d'enfiler un pull en laine par-dessus sa chemise avant de se retourner vers Olivier.
-Non. Tu sais bien que non, dit-il en s'asseyant sur le lit pour lacer ses chaussures.
- Harry…
- Olivier, non. Ne dis rien. S'il te plaît.
- Quand rentreras-tu ?
- Le plus vite possible. Les enfants vont rester avec toi. Ça ira pour t'en occuper ?
Olivier eut une moue un peu contrariée.
-Ça ne dépend pas que de moi.
- Je sais. Je leur ai parlé. Ils m'ont promis d'être… corrects.
- Bien. Alors, je suppose qu'il n'y aura aucun problème.
- Merci Olivier, souffla Harry en le prenant dans ses bras. Merci d'être là.
Il retourna au salon pour prendre sa veste. Au moment où il allait entrer dans la cheminée, Albus le retint.
-Papa, dis à Draco qu'on l'embrasse très fort.
- Oui, renchérit James. On pense bien à lui. Tu lui diras, hein ?
Harry acquiesça, n'osant pas regarder Olivier qui se tenait juste derrière.
-Je lui dirai, c'est promis.
O°O°O°O°O°O°O
Manoir Malefoy, Wiltshire
Harry dut patienter quelques secondes avant qu'un elfe de maison ne déverrouille la cheminée et lui permette d'accéder au salon. Sitôt sorti de l'âtre, il vit Narcissa, assise sur l'un des canapés, Blaise à côté d'elle, lui tenant les mains. Très digne comme à son habitude, elle ne pleurait pas. Elle était droite et calme mais son visage reflétait une profonde tristesse. Quand elle aperçut Harry, elle se leva pour venir à sa rencontre.
-Harry ? Vous êtes au courant ?
- Oui, Narcissa. Hermione vient de me prévenir. Je vous présente mes plus sincères condoléances.
- Cela me touche beaucoup que vous ayez fait le déplacement Harry. Je sais que vous ne portiez pas mon mari dans votre cœur.
- Je ne suis pas là pour Lucius, Narcissa. Je suis là pour vous. Et pour Draco.
- Je le sais, et je vous en remercie davantage.
- Comment va-t-il ?
Narcissa poussa un petit soupir.
-Tu le connais, dit Blaise. Impénétrable. Froid. Distant. Il prétend ne pas être affecté par la nouvelle mais c'est un mensonge.
- Où est-il ?
- Dehors. Sur la terrasse.
- Ça vous ennuie si je…
- Bien sûr que non, coupa Narcissa. Loki, amène Monsieur Potter à la terrasse.
L'elfe s'inclina en faisant signe à Harry de le suivre.
-Harry, dit Narcissa avant qu'il ne sorte du salon. Je tenais à vous remercier. Je ne sais pas si Draco a eu l'occasion de vous le dire mais… il est allé voir son père.
- Oh. C'est bien.
- C'est grâce à vous. Je ne vous remercierai jamais assez.
- Je ne sais pas si c'est grâce à moi. Je n'ai pas eu l'impression d'être parvenu à le convaincre.
- Il faut croire que si.
Harry hocha la tête et sortit de la pièce. Il suivit l'elfe au travers des couloirs jusqu'à un patio dont les portes vitrées donnaient sur la terrasse.
-C'est par là, Monsieur, indiqua l'elfe en s'inclinant à nouveau.
- Merci.
Il franchit les portes et regarda autour de lui en quête de Draco. Il le vit, plus loin dans le parc, assis sur un muret, en train de fumer. Il portait simplement un manteau trois-quarts fermé par une ceinture. Et comme à chaque fois qu'il le regardait, Harry en eut le souffle coupé. La lumière blanche et froide de ce matin d'hiver l'enveloppait comme un halo, se mêlant à l'or de ses cheveux et à la pâleur de sa peau. Il ressemblait à un ange.
Harry avança, ses pas crissant dans l'épaisse couche de neige qui couvrait le sol. A mesure qu'il approchait, il devinait que ce que Draco fumait n'était pas du tabac. Arrivé à ses côtés, il s'assit sur le mur à son tour.
-Tu partages ?
Sans un mot, Draco lui tendit le joint. Il le porta à ses lèvres et en tira une longue bouffée, laissant la fumée douceâtre rouler dans sa bouche puis se répandre dans son organisme.
-Pas mauvaise du tout, approuva-t-il en rendant la cigarette à Draco.
- Tu n'es pas seul à savoir où trouver de la bonne marchandise.
- Apparemment.
Ils restèrent silencieux un moment, se contentant de tirer alternativement sur le joint.
-De quoi souffrait-il ? demanda finalement Harry.
- Maladie du sang. Epuisement de sa magie. Il a été trouvé… mort hier matin.
- Ta mère m'a dit que tu étais allé le voir.
- Oui.
- C'est… c'est bien.
Draco haussa les épaules. Il tira une dernière fois sur la cigarette, avant de la jeter au loin.
-Je suis désolé, dit Harry.
- Désolé pour quoi ? Il était malade. Il s'est passé exactement ce à quoi on s'attendait.
- Ne joue pas les durs, Draco, soupira-t-il. C'était ton père.
Draco ne répondit pas. Il sauta d'un coup en bas du muret et donna un coup de pied rageur dans la neige. Harry se leva à sa suite.
-Draco, murmura-t-il en s'approchant.
Il tendit la main et la posa sur son bras. Draco se dégagea brusquement, par un violent coup d'épaule.
-Un putain d'enfoiré qui m'a vendu à Voldemort contre sa liberté ! Tu appelles ça un père ? cria-t-il.
- Rien ne pourra réparer ça, je le sais, dit Harry d'un ton apaisant. Mais…
- Tais-toi, Potter ! siffla Draco en se retournant vers lui. Je croyais que toi au moins, tu aurais la décence de ne pas jouer les hypocrites en me servant des phrases toutes faites ! Putain, tu haïssais mon père ! Tout le monde le haïssait ! Demain, les journaux en feront leurs gros titres et le monde sorcier se réjouira ! Alors, fais comme moi ! Assume le fait qu'il y a un salopard de moins sur terre !
Harry baissa la tête en soupirant.
-C'est vrai. Je n'aimais pas ton père. Ce serait malhonnête de ma part de dire que sa mort me bouleverse car c'est totalement faux. Mais tu n'es pas moi… Draco, aujourd'hui tu n'es pas le fils de feu Lucius Malefoy, premier des Mangemorts… tu es seulement un enfant qui a le droit de pleurer la mort de son père.
Draco ferma les yeux. Sa mâchoire était crispée et ses poings serrés. Il referma ses bras autour de son corps en un geste de protection. Harry remarqua alors combien il avait l'air fragile dans sa veste trop large pour lui et ne put résister au besoin de le prendre dans ses bras. Il fit un pas vers lui, puis deux, puis trois, jusqu'à se retrouver à quelques centimètres de son corps. Prudemment, il posa les mains sur ses épaules, espérant de tout cœur ne pas être repoussé.
Il ne le fut pas. Un sanglot rauque s'échappa de la gorge de Draco avant qu'il ne baisse lentement la tête. Harry saisit délicatement sa nuque pour l'attirer à lui. Il soupira de soulagement quand il sentit deux bras se refermer dans son dos et un visage s'enfouir dans son cou.
Et Draco pleura. Comme un enfant. Son dos se soulevait de manière erratique tandis que ses larmes coulaient et mouillaient le col de chemise de Harry.
-C'était mon père, sanglota Draco. C'était un salaud mais c'était mon père… Et maintenant, il est… merde Harry, il n'est plus là ! Je ne le reverrai plus jamais… Putain, c'était mon père…
- Je sais, murmura Harry. Tu l'aimais. Tu as le droit de le pleurer… tu en as parfaitement le droit.
- Comment vais-je supporter ça ? Tous les articles dans les journaux, tous les commentaires dans la rue ? Comment…
- Tu vas y arriver, Draco. Ce sera dur les premiers jours mais tu y arriveras. Ces charognards se lasseront avant toi.
Harry le serra plus fort contre lui, ému par sa détresse et son chagrin. Jamais il ne l'avait vu comme ça auparavant.
-Ça va aller… je te promets que ça va aller…
- Je ne suis pas comme lui, murmura Draco au creux de son cou. Dis-moi que je ne suis pas comme lui…
- Tu n'es pas comme lui. Tu n'es absolument pas comme lui.
- Tu… tu le penses vraiment ? demanda-t-il d'une toute petite voix.
- Bien sûr que je le pense. Si je ne le pensais pas, jamais nous n'aurions…
Il s'interrompit. Dans ses bras, Draco semblait avoir arrêté de respirer.
-Jamais je n'aurais pu tomber amoureux de toi, acheva-t-il finalement.
Disant cela, il raffermit son étreinte. L'odeur du joint s'était dissipée depuis longtemps, laissant seulement derrière elle l'odeur de la peau de Draco. Une odeur d'écorce d'orange. Douce et amère à la fois. Comme lui. Harry pouvait même encore en sentir le goût sur sa langue.
Sans desserrer ses bras, Draco redressa la tête. Les larmes avaient délavé ses yeux gris, leur donnant la couleur d'un ciel de printemps. Harry les fixa avant que son regard ne caresse l'arête de son nez, le creux de sa joue maculée par des sillons humides, la courbe de sa mâchoire. De petits nuages de buée s'échappaient de leurs bouches entrouvertes, se mêlant et réchauffant leurs lèvres.
Aucun des deux ne sut qui avait amorcé le premier mouvement, et à vrai dire, cela n'avait aucune importance. Tout ce qui comptait était ce baiser, d'une douceur sans égale, qu'ils étaient en train d'échanger. A peine plus qu'une pression des lèvres. A peine plus que la pointe d'une langue qui danse contre une autre. A peine plus que de l'amour à l'état pur.
Ils se séparèrent sans brusquerie et sans honte non plus. Draco sourit tristement à Harry en caressant sa joue du pouce.
-Tu t'es rasé.
- Oui… je… c'était trop d'entretien.
- C'est dommage. Ça t'allait bien.
Harry haussa les épaules. La vraie raison était qu'Olivier le préférait sans. Après d'interminables discussions, il avait fini par céder et se raser.
-Viens. Rentrons, dit Draco en fourrant ses mains dans les poches de son manteau.
Ils firent quelques pas en silence avant qu'Harry ne demande :
-Quand est prévu l'enterrement ?
- Le 3 janvier. On ne peut pas le faire avant. A cause des congés de fin d'année.
- A ce propos, je ne sais pas ce que ta mère et toi avez prévu pour Nouvel An mais…
- Ma mère n'a jamais apprécié le réveillon de Nouvel An. Elle a toujours préféré le passer seule et cette année ne fait pas exception.
- Et toi ?
Draco rigola.
-Moi ? Je ne connais qu'une façon acceptable de fêter le réveillon et c'est en me faisant sucer la queue ! Par deux ou trois mecs canons que je compte bien baiser dans la foulée.
- Alors la rumeur est vraie, dit Harry en se forçant à plaisanter. Tu es capable de satisfaire trois types à la fois ?
- La rumeur ? réagit Draco en lui lançant un regard de travers. Dis donc, Potter ? Je crois me souvenir qu'il n'y a pas si longtemps que ça, je t'ai donné trois orgasmes consécutifs et sans faiblir ! J'apprécierais donc que tu ne parles pas de rumeur mais d'un fait établi !
Harry se mit à rire à son tour. C'était plus facile de rire que de repenser à toutes ces nuits passées dans les bras de Draco.
-Tu vois, dit celui-ci en entourant ses épaules de son bras. C'est dans un moment comme ça que je me dis qu'on est vraiment amis.
- Pourquoi ?
- On peut parler de nos plans cul en riant et sans en faire toute une histoire.
- Ouais, tu as raison.
Draco lui fit un grand sourire et traversa le patio où il croisa Blaise.
-Où est ma mère ? demanda-t-il.
- Toujours au salon.
- Bien. J'y vais. Harry, tu viens ?
Harry s'apprêtait à le suivre quand il fut arrêté par la poigne de Blaise qui enserrait son bras.
-C'était quoi ça ? demanda le métis d'un ton dur.
- De quoi tu parles ?
- Ne joue pas au con. Je vous ai vu depuis la fenêtre du salon.
- Lâche-moi ! Tu me fais mal ! dit Harry en essayant de se dégager.
- Tu profites de sa faiblesse pour jouer les allumeurs !
- Je n'ai rien fait de tout ça ! Ce baiser n'avait strictement aucune importance !
- Pour toi peut-être !
Blaise relâcha le bras de Harry aussi brutalement qu'il l'avait saisi.
-Tu te trompes Blaise, souffla Harry. C'est pour lui que ça n'avait aucune importance. Seulement pour lui.
Il contourna Blaise, prenant garde de dissimuler ses yeux voilés par les larmes.
Arrivé dans le salon, il alla saluer Narcissa.
-Je vais y aller. Je vous présente encore toutes mes condoléances.
- Je vous remercie Harry.
- Si je peux faire quoi ce soit, n'hésitez surtout pas. Je sais que les gens du Ministère peuvent être obtus et que…
Bzzzz… Bzzzz… Bzzzz…
Harry sortit son portable de sa poche et fronça les sourcils en notant qu'il s'agissait d'un appel provenant d'Italie.
-Excusez-moi, dit-il avant de décrocher. Allô ?
- Papa ?
- James ? Que se passe-t-il ?
- Oh Papa… je suis désolé… c'est… je…
- James ! Parle calmement. Qu'y a-t-il ?
- C'est Albus… Il… on ne sait pas où il est…
- Quoi ? Comment ça, tu ne sais pas où il est ?
- Il était avec nous et... il y avait tellement de monde… on a été séparés et puis… il n'était plus là…
- James, passe-moi Olivier s'il te plait.
Dans le salon des Malefoy, la tension était palpable.
-Harry ?
- Putain, Olivier, c'est quoi ce bordel ! Où est Albus ?
- Je n'en sais rien ! Il était dans la file des remontées mécaniques avec nous, j'ai cru qu'il nous suivait ! Mais quand on est arrivé en haut, il n'était pas là. James et moi sommes redescendus immédiatement mais on ne l'a pas trouvé.
- Tu es en train de me dire que…
Harry s'interrompit et se pinça l'arête du nez en inspirant très fort.
-Peu importe. On réglera ça plus tard. J'arrive.
Il raccrocha sans laisser le temps à Olivier d'ajouter quoi que ce soit.
-Harry, qu'y a-t-il ? demanda Draco, visiblement inquiet. Où est Albus ?
- On n'en sait rien. Il… a disparu.
Sa voix se brisa sur le dernier mot.
-Je dois rentrer immédiatement et lancer des recherches. Il faut que…
- Je vais venir avec toi, dit Blaise. Et je vais appeler Hermione. On ne sera pas trop nombreux pour chercher après lui.
- Je viens aussi, dit Draco. Mère… ça ne t'ennuie pas ?
- Absolument pas ! Faites ce qu'il faut pour retrouver cet enfant !
Harry les regarda avec gratitude. Il allait les remercier quand son portable vibra à nouveau. Encore un appel portant l'indicatif de l'Italie.
-Allô ?
- Monsieur Potter ? dit une voix avec un fort accent italien.
- C'est moi.
- Ici le docteur DeMarzi, de la Clinique de Cortina d'Ampezzo. Vous avez bien un fils prénommé Albus ?
- Oui ! Vous l'avez retrouvé ? Il est chez vous ? Il va bien ?
- Oui, Monsieur Potter, il est ici. C'est lui qui nous a communiqué votre numéro de téléphone. Il va bien. Il a seulement une fracture du poignet mais sans gravité.
- Oh Mer… Dieu soit loué. J'arrive tout de suite.
- Vous êtes en Italie ? Votre fils nous a dit que vous étiez en Angleterre.
- Je… heu… oui mais… je suis revenu. Je pourrai être là dans très peu de temps.
- Très bien. Au revoir Monsieur Potter.
Après avoir raccroché, Harry dut s'appuyer contre le manteau de la cheminée pour se soutenir.
-Harry, ça va ? demanda Draco.
- Oui… il est à la clinique du village. Poignet cassé. Je… merde.
Ses jambes le portaient difficilement. Aussitôt, Draco fut près de lui et le prit dans ses bras.
-J'ai eu tellement peur, dit Harry en s'accrochant à son pull.
- Oui mais tout va bien maintenant. C'est fini.
- Il faut que j'y aille, dit-il en reprenant contenance.
Draco hocha la tête et le relâcha.
-Blaise, dit Harry, peux-tu prévenir Hermione que je rentre aujourd'hui ? Et lui demander si elle peut s'occuper de James le temps que j'aille à Sainte-Mangouste avec Albus ?
- Ce ne sera pas nécessaire d'aller à Sainte-Mangouste, dit Blaise. Je vais appeler un de mes amis guérisseur et il viendra s'occuper de ton fils directement chez toi.
- Merci.
Sur ces mots, Harry reprit la cheminette en direction de l'Italie.
O°O°O°O°O°O°O
Cortina d'Ampezzo, Italie
-Bonjour Madame, mon nom est Harry Potter. Mon fils, Albus Potter, a été amené chez vous.
- Hm… oui, dit l'infirmière de l'accueil en lui jetant un regard noir. C'est une jeune dame qui l'a déposé. Apparemment, votre fils était seul quand elle l'a trouvé.
Le reproche était clairement audible dans la voix de la femme et Harry prit sur lui de ne pas lui répondre vertement.
-Où est-il ?
- En salle de soins. Vous devrez attendre pour le voir.
Peu désireux de se faire remarquer, Harry ne protesta pas, bien qu'il en mourrait d'envie. A la place, il prit son portable pour appeler Olivier.
-Allô ?
- C'est Harry. On l'a retrouvé. Il est à la clinique du village.
- A la clinique ! Oh Merlin ! Est-ce…
- Il va bien. Rentre au chalet avec James. Je vous y rejoindrai quand ce sera terminé ici.
- Tu ne veux pas que je vienne ? On…
- Non. Tu rentres au chalet avec James et tu n'en bouges pas, c'est clair ?
- D'accord.
Harry était furieux. Comment Olivier avait-il fait pour perdre son fils ? Il rumina sa colère durant encore un bon quart d'heure avant qu'un médecin ne se présente devant lui.
-Monsieur Potter ?
- Oui ?
- Stefano DeMarzi. C'est moi qui vous ai appelé tout à l'heure.
- Oh ! Bonjour docteur, dit-il en lui serrant vigoureusement la main. Comment va mon fils ?
- Excepté sa fracture, il va bien. Nous lui avons fait plusieurs examens qui sont tous négatifs.
- Est-ce que je peux le voir ?
- Encore quelques minutes de patience. Ma collègue est en train de lui poser un plâtre. Vous pourrez rentrer chez vous sitôt après et oublier cet incident.
Comme il voyait Harry soupirer de soulagement, le médecin lui sourit avec bienveillance.
-Elever un adolescent, ce n'est pas simple, dit-il. J'en sais quelque chose, croyez-moi.
- Quel âge a le vôtre ? demanda Harry.
- Quatorze ans.
- L'âge de mon aîné. Effectivement, ce n'est pas simple.
- Non. Surtout que je ne le vois pas aussi souvent que je le voudrais.
- A cause de votre travail ?
- En un sens oui, rigola le médecin. Disons que mon ex-femme a moyennement apprécié le fait que je la quitte pour un des infirmiers.
Harry sursauta légèrement. Il avait dit infirmier. Pas infirmière.
-Vous devez savoir ce que c'est, conclut-il.
- Comment… comment savez-vous que… ?
- Le village est petit, Monsieur Potter. Ici, tout le monde sait qu'un riche et bel anglais a acheté le chalet San Rafaele et qu'il y vient plusieurs fois par an. Accompagné de ses enfants. Et quelques fois d'autres hommes.
- Oh. Moi qui croyais avoir été discret…
- Vous l'êtes. Mais un homme tel que vous passe difficilement inaperçu.
Le médecin le regarda de cet air que Harry connaissait bien. Un air qui ne laissait nulle place au doute. C'était un bel homme, indiscutablement. De taille moyenne, mince, le teint hâlé par le soleil de la montagne, des yeux bruns chaleureux et des cheveux aile de corbeau. Il n'y a pas si longtemps, Harry n'aurait pas hésité une seule seconde. Et d'ailleurs…
-Monsieur Potter ? dit une femme qui sortait d'une salle d'examen. Vous pouvez venir, c'est terminé.
- C'était un plaisir de vous rencontrer, docteur DeMarzi, dit Harry en lui tendant la main.
- Tout le plaisir était pour moi.
Harry lui fit un léger signe de tête et s'engouffra dans la pièce où se trouvait son fils.
Albus était assis sur une table d'examen, observant avec curiosité le plâtre qui enserrait son poignet.
-Papa ! s'exclama-t-il en voyant son père entrer.
- Albus ! J'ai eu si peur ! dit Harry en prenant son fils dans ses bras.
- Je… je suis désolé Papa ! Je ne l'ai pas fait exprès !
- Je sais. Raconte-moi ce qui s'est passé.
- On faisait la file avec James et Olivier pour prendre le remonte-pente. A un moment, j'ai laissé tomber mon passe. Je me suis baissé pour le ramasser, puis un groupe de gens est arrivé. L'un d'eux m'a bousculé et je suis tombé. Quand je me suis relevé, James et Olivier n'étaient plus là. J'ai aperçu James sur un remonte-pente. Il se tournait tellement dans tous les sens pour essayer de m'apercevoir qu'il a failli tomber. J'ai crié mais il ne m'a pas entendu. D'autres gens m'ont encore bousculé et j'ai à nouveau glissé. Sauf que cette fois, j'avais très mal. Une dame m'a trouvé et m'a directement amené ici. J'ai donné ton numéro au docteur pour qu'il t'appelle car je ne connaissais pas celui d'Olivier.
- Tu as bien fait, mon cœur. Tu as bien fait. Je suis désolé de n'avoir pas été là. Ça n'arrivera plus, je te le promets.
- Papa, je sais que j'ai fait plein de trucs pour embêter Olivier cette semaine mais là, je te jure que je ne l'ai pas fait exprès ! Je t'avais promis d'être sage et…
- Je te crois Albus ! Ce n'est pas de ta faute !
Harry prit le visage de son fils entre ses mains et l'embrassa sur le front.
-Rentrons maintenant. James et Olivier nous attendent au chalet.
A l'accueil, il fit appeler un taxi. Le temps qu'il arrive, il signa plusieurs documents et régla la facture de la clinique. Il jeta un dernier coup d'œil autour de lui mais le séduisant docteur DeMarzi avait disparu.
O°O°O°O°O°O°O
-ALBUS !
James se précipita sur son frère, l'examinant sous toutes les coutures pour voir s'il allait bien.
-Mince, c'est quoi ce truc ? demanda-t-il en fixant le plâtre.
- Un truc moldu pour ressouder l'os de mon poignet. Il est cassé. Je dois le garder au moins six semaines ! J'ai hâte de retourner à Poudlard pour le montrer à Scorpius, s'extasia Albus.
- Tu ne vas pas le garder, dit Harry. Ce soir nous rentrons à Londres et je te fais voir par un guérisseur qui va ressouder ton os immédiatement.
-Oooh ! Mais papa…
- Il n'y a pas de mais, Albus. Maintenant allez tous les deux votre chambre. J'ai à parler avec Olivier.
Comprenant au ton de leur père que la discussion allait s'avérer houleuse, les deux garçons ne firent aucun commentaire.
Quand ils eurent disparu à l'étage, Harry se tourna vers Olivier, les bras croisés sur le torse.
-Peux-tu m'expliquer comment tu es parvenu à perdre mon fils ?
- Harry, calme-toi… Je n'y suis pour rien ! Un instant, Albus nous suivait, l'instant d'après, il n'était plus là !
- Tu veux dire que les enfants étaient derrière toi ? Que tu es monté sur le télésiège sans même t'assurer qu'ils étaient en sécurité ? Tu les as laissés se débrouiller ?
- Je…
- PUTAIN OLIVIER ! COMMENT TU AS PU FAIRE UNE CHOSE AUSSI STUPIDE ?
- ALBUS ETAIT AVEC JAMES ! JE PENSAIS QUE JAMES LE SURVEILLAIT !
Le sang de Harry ne fit qu'un tour.
-Alors maintenant, c'est de la faute de James ? siffla-t-il. Mais bordel Olivier, c'est un enfant ! Ce n'était pas à James de surveiller son frère mais à toi !
- Harry, je… je suis désolé ! C'est vrai que je n'ai pas l'habitude avec les enfants ! Aucun de mes ex n'en avait alors je… je m'y prends mal mais… Ecoute, je pense vraiment que tu exagères ! A Poudlard, tes enfants font tous les jours des choses autrement plus dangereuses que de prendre le télésiège ! Et il n'y a…
- La question n'est pas là ! coupa Harry. Je t'avais demandé de les surveiller, de veiller sur eux ! Je te faisais confiance ! Voilà le problème Olivier !
- Mais je…
- Laisse tomber. Je ne veux plus en parler. Fais tes valises. Moi je m'occupe des miennes et de celles des enfants. Nous rentrons.
Olivier hocha lentement la tête.
-Et Olivier, continua Harry, pour ce soir et les jours qui viennent, il serait préférable qu'on reste chacun chez soi.
- Quoi ? s'égosilla Olivier. Tu es en train de rompre avec moi ?
Harry pinça les lèvres et expira sèchement.
-Je ne sais pas. J'ai besoin de… réfléchir à ce qui s'est passé.
- Harry… merde… fais pas ça… s'il te plaît.
- Je t'ai juste dit que j'avais besoin de réfléchir.
- On sait tous les deux ce que ça veut dire.
Harry haussa les épaules.
-Fais tes valises, Olivier.
Il se détourna pour rejoindre ses enfants dans leur chambre. Une heure plus tard, les bagages étaient prêts. Olivier était parti.
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Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
-Comment va-t-il ? demanda Harry au guérisseur qui venait de redescendre de la chambre d'Albus.
- Il va bien, Monsieur Potter. L'os du poignet est complètement ressoudé. Cela restera légèrement douloureux durant quelques jours, mais il n'aura aucune séquelle. Je lui ai donné une potion de sommeil. Il dormira certainement jusqu'à demain. Je vous laisse également ce flacon. Une cuillère à soupe à chaque repas durant trois jours. Il sera parfaitement rétabli pour son retour à Poudlard.
- Merci beaucoup, dit Harry.
- Pas de quoi. Bonne soirée Monsieur Potter. A un de ces jours Blaise, dit le guérisseur en se tournant vers son ami.
- J'y compte bien ! Je n'oublie pas que tu me dois une tournée !
Blaise lui serra la main et Harry le raccompagna à la cheminée en le remerciant une fois encore.
-Pfff… quelle journée ! dit-il en se laissant tomber dans le canapé.
- Albus est endormi, dit Hermione en entrant dans le salon. James a absolument tenu à rester près de lui.
- Oui… j'ai beau lui dire qu'il n'y est pour rien, il s'en veut énormément pour ce qui s'est passé.
- C'est normal, dit Blaise. Il a eu peur pour Albus. Quand il verra que son frère est en parfaite santé, ça passera, tu verras.
- Je l'espère, dit Harry. Car il n'est absolument pas responsable de ce qui est arrivé !
Hermione et Blaise échangèrent un regard entendu. Le métis posa un baiser sur les cheveux de sa compagne.
-Si ça ne vous dérange pas, je vais rentrer, dit-il.
- Je te rejoins un peu plus tard, dit Hermione.
- Merci d'avoir appelé ton ami, dit Harry.
- Pas de quoi. A bientôt.
Une fois que Blaise fut reparti, Hermione s'assit sur le canapé, à côté de Harry.
-Je suis désolée, dit-elle en lui prenant la main.
- Pas autant que moi.
- Que vas-tu faire ?
- Aucune idée. Je… Je suis tellement furieux, Hermione !
- Je te comprends. Je crois qu'à ta place, je le serais tout autant. Maintenant, la question est de savoir si tu seras capable de lui pardonner.
- Je ne sais pas… Honnêtement, en cet instant, je suis incapable de comprendre. De lui trouver la moindre excuse. Tout ce qui m'obsède, c'est que mon fils a été blessé ! Olivier aurait dû veiller sur lui, et il ne l'a pas fait ! Et tout ce qu'il trouve à dire, c'est que James était là ! Qu'il aurait pu le surveiller ! Mais bordel, Hermione ! On parle d'un gamin de quatorze ans ! C'est qui l'adulte ? James ou lui ?
Hermione lui tapota amicalement le genou.
-Ne pense plus à ça pour le moment Harry. Albus va bien, c'est tout ce qui compte. Laisse-toi du temps avant de prendre une décision par rapport à Olivier.
- Oui… oui, tu as raison.
- Bien. Tu as des projets pour le réveillon ?
- Restez ici avec les garçons, affalés dans le divan à regarder un film comique et à se gaver de pop-corn !
- C'est un excellent programme ! sourit-elle.
- Et toi ?
- Hmm… soirée romantique. C'est Blaise qui a tout organisé. Je suis assez impatiente…
Harry lui sourit et la prit tendrement dans ses bras.
-Je suis tellement content pour toi. Tu mérites d'être heureuse…
- Tout comme toi…
- Ouais… Mais moi, ma vie amoureuse est un désastre.
- Oh Harry, ne dis pas ça ! Tout va s'arranger !
- Comme toujours, je suppose.
Hermione s'écarta de son ami et le fixa avec sérieux.
-Harry, réponds-moi franchement. Tu es amoureux d'Olivier ?
- Je… je l'aime, oui.
- Oui, mais en es-tu amoureux ?
- Je… qu'essayes-tu de dire ?
- Je veux dire que quand on a des sentiments forts pour quelqu'un, tellement forts que cette personne devient le centre de notre existence, alors on trouve toujours la force de lui pardonner. Même ce qui semble être impardonnable.
Sur ces mots, elle embrassa Harry sur la joue et partit rejoindre Blaise, laissant son ami dans la plus grande perplexité.
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31 décembre 2014 – The Boy Toy, Soho, Londres
Pour cette soirée de réveillon, Draco avait jeté son dévolu sur le Boy Toy, une boîte à Soho, connue pour sa « population » plutôt jeune. On pouvait se demander ce qu'il faisait là, sachant qu'il détestait toujours autant les boîtes gay et qu'il n'était pas spécialement branché twink. Mais l'intérêt du lieu était ailleurs.
A peine entré, il se dirigea vers le bar et exigea une vodka. Il l'avala d'un trait en grimaçant avant d'en réclamer une deuxième. Son verre à la main, il parcourut la salle du regard. Très vite, il repéra l'homme qu'il cherchait. Dissimulé dans l'ombre d'un rideau, il se tenait nonchalamment appuyé contre le mur.
Draco contourna la piste et s'approcha de lui.
-Salut.
- Salut, répondit l'homme.
- Qu'est-ce que tu as ?
- Qu'est-ce que tu veux ?
Draco fixa l'homme sans ciller, tout en buvant une gorgée d'alcool.
-Oublier.
L'homme acquiesça. Il fouilla dans un petit sac qu'il portait à la ceinture et en sortit un carré de papier soigneusement plié qu'il tint entre son index et son majeur. Draco lui tendit un billet de vingt livres sterling que l'homme fit disparaître avec l'habileté et la rapidité d'un prestidigitateur.
Draco déplia le morceau de papier pour trouver à l'intérieur un petit comprimé rond et blanc s'il en jugeait par son aspect phosphorescent. Il ne savait pas ce que c'était et à vrai dire, il s'en fichait tant que ce truc lui donnait l'effet escompté. Il avala le comprimé avec le reste de sa vodka et abandonna le verre sur une table. L'instant d'après, il se lançait sur la piste, laissant les décibels lui remplir la tête et la sueur couvrir sa peau. Bientôt, il repéra sa cible : un jeune homme, la vingtaine, pas très grand, mince, des cheveux bruns en bataille, les yeux clairs et brillants. Sans tergiverser, il agrippa le poignet de sa proie et l'entraina vers la backroom.
La drogue commençait à sortir ses pleins effets. Il transpirait, respirait fort. Son cœur cognait de plus en plus vite dans sa poitrine, comme un oiseau battant frénétiquement des ailes. Tout était exacerbé autour de lui. La musique, les bruits, les flashes lumineux, la chaleur.
Draco s'appuya lourdement contre le mur d'une alcôve, sa tête roulant lentement de droite à gauche.
-Ça va mec ? T'as pas l'air bien, dit le petit brun.
- Ta gueule et occupe-toi de ma queue.
L'homme ne se fit pas prier et s'agenouilla devant Draco, entreprenant de détacher les boutons de son Levis 501 qui glissa le long de ses jambes. Le boxer noir suivit le même chemin quelques secondes plus tard.
Draco papillonna des yeux, non pas à cause de la bouche vorace qui était enfin occupée à quelque chose de plus utile que parler, mais à cause de la drogue qui semblait fuser dans son cerveau comme la bille d'un flipper. Il pencha la tête vers l'homme à ses pieds et eut un sursaut en reconnaissant Harry.
-Putain, souffla-t-il en fermant les yeux.
La musique était de plus en plus forte. Des basses. Des percussions. Des accords électriques. Des paroles qui résonnaient dans sa tête.
Turn around
stand up like a man and look me in the eye.
Turn around
take one final look at what you've left behind.
Then walk away
from the greatest lover you have ever known.
yes walk away
you're telling me that you can make it on your own
By yourself all alone without my help
Mister you just made a big mistake.
Pourquoi entendait-il la voix de Harry ? Pourquoi voyait-il le visage de Harry en train de se moquer de lui ?
You think you're a man
but you're only a boy
You think you're a man
you are only a toy.
you think you're a man
but you just couldn't see
You weren't man enough to satisfy me.
-Putain, Harry… t'as pas le droit… t'as pas le droit…
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda l'autre en redressant la tête.
- Harry…
- Je m'appelle Mark…
Draco essaya tant bien que mal de fixer son regard sur le visage levé vers lui. Il fronça les sourcils. Cet homme n'était pas Harry. Ses cheveux n'étaient pas doux et soyeux mais enduits d'une substance indéfinissable et collante. Ses lèvres n'étaient pas fines et veloutées mais trop pleines et gercées. Ses yeux étaient trop bleus et trop dilatés.
Il renversa la tête en arrière, se cognant durement contre le mur. Il eut mal mais c'était sans importance. Tout ce qu'il voulait, c'était que la voix de Harry cesse de résonner dans son crâne.
Shut the door
take a look around and tell me what you find.
Shut the door
take a giant step for you and all mankind.
Then don't come back
I always gave you so much more than you deserved
No don't come back
'cause no one makes a fool of me
You've got a nerve to walk away
mark the words I'm gonna say
Mister you just made a big mistake
-Non… tais-toi… Bordel… ferme-la… t'as pas le droit de dire ça…
You think you're a man
but you're only a boy
You think you're a man
you are only a toy.
you think you're a man
but you just couldn't see
You weren't man enough to satisfy me.
-FERME-LA ! hurla-t-il, faisant sursauter les autres couples aux alentours.
- Putain, t'es un grand malade, toi ! s'exclama le dénommé Mark.
- Dégage, ducon.
Draco remonta son boxer et son jeans. Et disparut dans un craquement.
-PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! C'ETAIT QUOI CA ? rugit Mark.
- C'est quoi le problème ? dit quelqu'un à sa droite.
- Le mec avec qui j'étais… il… il vient de se volatiliser !
- T'es pas bien, toi. Faut que t'arrête la came…
- Mais je vous jure ! Il était là, devant moi… et l'instant d'après, il… il…
- Ouais, ouais… il s'est volatilisé. On sait. Tu suces si mal que ça ?
Des éclats de rire retentirent, suivis de quelques propos moqueurs sur la santé mentale de ce pauvre Mark et son habileté à se servir de sa bouche.
Et pourtant Mark n'était pas fou. Draco Malefoy avait bel et bien transplané au milieu d'une foule de moldus.
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1er janvier 2015 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Harry se servit un verre de vin et s'installa confortablement dans son canapé, en souriant. Il avait adoré la soirée qu'il venait de passer avec ses enfants. Ils avaient ri, mangé, regardé un film et joué à la console. Albus avait vaillamment tenu le coup jusqu'à minuit pour qu'ils se souhaitent une bonne année, et regardent ensemble le feu d'artifice tiré depuis les berges de la Tamise, à hauteur de Waterloo Station. Puis son frère et lui avaient regagné leurs chambres où ils dormaient maintenant à poings fermés. Oui, c'était un merveilleux réveillon. Bien meilleur que tous ceux qu'il avait passé dans des boîtes de nuit ou que lui-même avait organisé avec des centaines de personnes qui se prétendaient ses amis.
La vibration de son portable le tira de ses pensées. Il examina l'écran.
Bonne année Harry ! Amour, gloire, argent, santé. Mais tu as déjà tout ça, non ? Théo et Justin.
Il sourit et appuya sur la petite icône pour leur répondre. Le temps qu'il le fasse, se succédèrent d'autres messages de plusieurs de ses connaissances. Il allait ranger le téléphone car celui-ci vibra une nouvelle fois.
-Décidément, maugréa-t-il en consultant la messagerie.
Bonne année Harry. Tu me manques. Je voudrais tellement savoir quoi faire pour que tu me pardonnes. Je t'aime. Olivier.
Harry soupira. Il resta à fixer le message durant de longues minutes, ne sachant pas quoi faire. Finalement, il écrivit :
Bonne année Olivier. Tu me manques aussi. Je t'
Il effaça les dernières lettres.
Bonne année Olivier. Tu me manques aussi. Mais j'ai besoin de temps. Harry.
Après avoir appuyé sur la touche envoi, il éteignit son portable, ne voulant pas se lancer dans une discussion virtuelle nocturne avec Olivier. Décidant qu'il était temps pour lui d'aller dormir, il voulut se relever du canapé mais fut brutalement repoussé par une masse sortie de nulle part.
Un peu sonné, il mit quelques secondes à reprendre ses esprits et à comprendre ce qui se passait. Manifestement, Draco Malefoy était avachi sur lui de tout son long.
-Draco ? C'est toi ?
- Le seul, l'unique, dit une voix pâteuse.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- M…son
Harry ne comprenait rien à ce qu'il disait. Tant bien que mal, il se dégagea de sous le corps de son visiteur intempestif et parvint à l'allonger sur le dos. Draco regarda le plafond, les yeux écarquillés, un sourire idiot sur les lèvres.
-Merde, t'es bourré ?
- Nooon, dit Draco en tournant son visage vers lui.
- Ok, soupira Harry. T'es défoncé.
Les pupilles dilatées parlaient d'elles-mêmes.
-T'as pris quoi ?
- Je sais pas. Un truc. Pour aller mieux.
- Ouais… ben, c'est clair que tu vas bien.
- Je… je voulais oublier.
- C'est réussi. T'as même oublié où tu devais transplaner.
- Non. Je voulais… je voulais rentrer… à la… maison.
- A la maison ? Au Manoir, tu veux dire ?
- Non. J'ai juste pensé « maison »…
Harry recula sous le choc. Dans le subconscient de Draco, maison signifiait… ici ?
-Draco ? Tu vas bien ? Il faut que tu essayes de te souvenir de ce que tu as pris…
- Sais pas. Vodka. Comprimé.
En soupirant, Harry se leva pour gagner sa chambre. Dans la salle de bain, il ouvrit l'armoire à pharmacie. Dans tout son stock de potions, il trouva ce qu'il cherchait : une petite fiole de liquide bleu.
De retour dans le salon, il vit que Draco n'avait pas bougé d'un pouce.
-Tiens, bois ça, dit-il en s'agenouillant à côté de lui. C'est une potion de nettoyage du sang. Ça va t'aider à évacuer la drogue.
Draco but sans protester. Il ne grimaça même pas au goût infâme du breuvage.
-Je vais t'amener des couvertures et un oreiller. Tu vas dormir ici, ok ?
- Si tu veux, souffla-t-il.
Il tourna à nouveau son visage vers Harry et fronça les sourcils.
-Tu lui ressembles. Pas comme l'autre tâche qui m'a sucé dans la backroom. Toi tu lui ressembles vraiment…
- A qui ?
Draco avança sa main et toucha légèrement les cheveux de Harry.
-Ils sont doux… comme les siens. Tes yeux aussi… tu lui ressembles…
- A qui ? redemanda Harry.
- Harry.
- Je suis Harry.
- Non, dit Draco en détournant les yeux. Tu n'es pas Harry…
Harry ne savait pas quoi faire. Draco semblait avoir complètement disjoncté.
-Draco ! Regarde-moi ! Je suis Harry !
- Non, murmura-t-il. Harry est parti… il… il ne voulait plus de moi.
- Quoi ?
- Il voulait d'un homme, un vrai… pas d'un enfant.
- Merlin, Draco… qu'est-ce que tu racontes ?
- C'est lui qui me l'a dit. Dans la backroom. Et puis, il a ri…
- Draco, je suis là ! Merde ! Regarde-moi !
- Il est parti… je l'ai perdu.
- Non, protesta faiblement Harry. Tu ne m'as pas perdu…
- Si. C'est de ma faute. Entièrement de ma faute. Il est parti… et il ne saura jamais.
Il savait que Draco lui en voudrait d'avoir profité de sa faiblesse mais il ne pouvait pas faire autrement. C'était plus fort que lui.
-Qu'est-ce qu'il ne saura jamais ?
Draco ferma les yeux. La potion de nettoyage avait un fort effet sédatif.
-J'ai… som…meil.
- Draco ! Qu'est-ce qu'Harry ne saura jamais ?
- Qu… je l'…me… ai… me… plus… que… ma vie.
C'était un murmure plus qu'autre chose et Harry eut peur de mal comprendre. Un sanglot étouffé s'échappa de sa gorge alors qu'il couvrait sa bouche de sa main.
-Oh Merlin, Draco… qu'est-ce que tu viens de dire ?
Draco ne répondit pas. La potion l'avait emporté dans un sommeil sans rêve. Comme un automate, Harry se releva. Il retourna à sa chambre prendre deux couvertures. L'une dont il recouvrit Draco. L'autre qu'il utiliserait pour lui. Il allait s'installer dans le fauteuil, bien décidé à avoir une conversation avec Draco à son réveil.
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Draco se réveilla en sursaut. Son premier réflexe fut de consulter sa montre. Quatre heures dix du matin. Le second fut d'identifier le lieu où il se trouvait. Cela ne lui prit pas plus de quelques secondes. Même si la pièce était plongée dans la pénombre, il la reconnaîtrait entre mille. Tout comme il reconnaissait l'odeur de la couverture qu'on avait posée sur lui.
Il était chez Harry.
Comment était-il arrivé là, il n'en savait strictement rien. Il ne se souvenait de rien de cette soirée, à part le fait d'être allé au Boy Toy et d'avoir acheté de la came à un dealer qui se trouvait là. Après, c'était le blackout total.
Alors qu'il se redressait en position assise, il remarqua une silhouette recroquevillée dans le fauteuil voisin. C'était Harry. Mais que faisait-il là ? De ce que Draco pouvait voir, il était habillé. Lui aussi du reste. Il en conclut donc qu'ils n'avaient pas couché ensemble. Dommage.
Mais pourquoi était-il venu ici ? Et qu'avait-il pu bien faire ou dire ? Il avait la vague impression d'avoir dit ou fait quelque chose d'embarrassant. Mais quoi ?
Il soupira avec exaspération, se maudissant d'avoir consommé cette merde qui lui avait fait perdre la mémoire. Quand il avait demandé au dealer un truc pour oublier, c'était de préférence oublier ses emmerdes. Pas ce qu'il ferait dans les deux heures à venir !
Il était maintenant face à un dilemme. Devait-il réveiller Harry et espérer avoir une explication ? Ou s'en aller sans demander son reste ? La décision s'imposa d'elle-même. Il était un Serpentard. Le courage n'était certainement pas sa vertu première.
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Harry se réveilla avec les premiers rayons du soleil, la nuque raide et les muscles ankylosés. Il redressa ses lunettes qui s'étaient tordues pendant la nuit en essayant de se souvenir du pourquoi il avait dormi dans le fauteuil. C'est en voyant la couverture soigneusement pliée sur le canapé que tout lui revint en mémoire.
-Et merde, soupira-t-il.
Evidemment, Draco était parti. Il n'avait pas besoin de fouiller son appartement pour le savoir. Il se leva, prit la couverture qu'il ne put s'empêcher de porter à son nez. Elle ne sentait rien. L'espace d'un instant, il crut avoir rêvé. Puis il vit sur la table basse, un parchemin plié en deux. Lentement, presque avec crainte, il s'en saisit et le déplia.
« Harry,
Je ne sais pas vraiment comment je me suis retrouvé chez toi mais merci de m'avoir hébergé cette nuit. Il semble que la came du Boy Toy ne me réussisse pas vraiment. J'espère n'avoir rien dit ou fait d'embarrassant. Si c'est le cas, je te prie de m'en excuser. La drogue me fait souvent dire n'importe quoi. Je t'ai suffisamment imposé ma présence, alors je préfère m'éclipser discrètement.
DM
PS : Au fait, bonne année ! »
D'un geste brusque, Harry chiffonna le parchemin et le jeta dans la cheminée.
-Pauvre idiot, grinça-t-il.
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3 janvier 2015 – Cimetière d'Avebury, Wiltshire
Ils étaient très peu nombreux à avoir bravé le froid glacial de ce jour de janvier pour venir assister aux obsèques de Lucius Malefoy.
En s'approchant du mausolée familial, Harry reconnut Blaise, accompagné d'une très belle femme à la peau sombre et aux longs cheveux noirs qu'il supposa être sa mère et qui conversait agréablement avec Hermione. Il vit Théodore, venu seul car Justin avait regagné Stockholm la veille, ainsi que six autres femmes approximativement de l'âge de Narcissa et qu'il ne connaissait pas. Lui aussi était venu seul. James et Albus avaient insisté pour l'accompagner mais il avait refusé, préférant les laisser seuls à l'appartement. De cette manière, il montrait également à James qu'il n'avait pas perdu sa confiance.
Harry se dirigeait vers le groupe formé par Blaise, Hermione et Théo quand il fut rejoint par Neville Londubat.
-Neville ? s'étonna-t-il. Je ne m'attendais pas à te voir ici.
- C'est le Ministre qui m'envoie. Au cas où un mangemort en fuite prendrait le risque de se montrer.
- C'est une blague ? s'offusqua Harry. Tu crois vraiment qu'ils seraient assez cons pour se pointer ici ?
- Bah… tu admettras que certains d'entre eux ne brillaient pas par leur intelligence.
Harry fit une moue dubitative.
-Je dois également m'assurer que le mausolée soit scellé après la cérémonie, ajouta Neville. Le Ministère craint que l'endroit ne devienne une sorte de… lieu de pèlerinage.
- Ça ne pouvait attendre demain ? Le Ministère pouvait au moins laisser Draco et sa mère se recueillir en paix, non ?
- C'est ce que je leur ai dit, soupira l'Auror. Mais tu les connais…
Ils ne purent discuter plus longtemps car le sorcier officiant venait d'apparaître, suivi de quatre personnes toutes de noir vêtues et qui faisaient léviter un cercueil en chêne sombre. Derrière eux, se tenaient Narcissa et Draco. Ils portaient tous les deux des robes de sorciers traditionnelles qui leur donnaient un air majestueux. Celle de Narcissa était en satin rouge très foncé, rebrodé d'or. Celle de Draco en velours bleu nuit, rebrodé d'argent.
La cérémonie fut courte et sobre. Le sorcier officiant récita les incantations et les prières celtiques toujours d'usage dans les familles sorcières de sang-pur. Harry le regardait faire, intrigué et fasciné à la fois. Il ne connaissait que très peu de choses des rites anciens et aurait voulu en savoir plus.
Quand tout fut achevé, Neville procéda à la fermeture du sépulcre et posa les scellés sur la porte. Il veilla à œuvrer de manière très discrète et en fut silencieusement remercié par Narcissa.
Un peu plus loin, Harry s'était approché de Draco.
-Comment tu te sens ?
- Bien. Je suppose.
- Oui… ces évènements ont toujours quelque chose… d'anesthésiant.
- Anesthésiant. C'est le mot.
- Ecoute Draco… si… si tu as besoin de…
- Comment va Albus ?
Harry soupira. Draco ne changerait jamais.
-Il va bien. Sa fracture est complètement guérie. Il m'a dit qu'il pensait fort à toi. James aussi. Ils sont tristes de ce qui t'arrive… tous les deux.
- James aussi ? s'étonna Draco en haussant un sourcil.
- Ne recommence pas ! bougonna Harry. Tu sais très bien que James t'apprécie... à sa façon. Merlin, il a parlé de toi presque pendant toutes les vacances !
- Hm… c'est ton petit mari qui devait être content ! s'amusa Draco.
Harry n'eut pas l'occasion de répondre car Neville interpella Draco.
-Malefoy, je suis vraiment ennuyé de venir avec ça un jour comme aujourd'hui. Je me doute que tu as autre chose en tête mais je voulais profiter de ta présence pour…
- Bordel, accouche Londubat !
- Voudrais-tu jeter un coup d'œil à ce parchemin ? C'est la liste des employés du département des Mystères en poste au moment où Harry a obtenu son agrément. Je me disais que peut-être…
Draco prit le parchemin et l'étudia avec soin.
-Hm… désolé. Ces noms ne me disent rien, dit Draco en lui rendant le document.
- Ok, soupira Neville, un peu déçu. Merci quand même.
- Que comptes-tu faire ? demanda Harry.
- Luna suggère qu'on entende Filibert Molkins. Il dirigeait le département à cette époque.
- Ouais, grommela Harry. Je doute que ce cher Filibert Molkins puisse dire quoi que ce soit qui pourrait m'aider…
- Pourquoi parlez-vous de Filibert Molkins ?
Les trois hommes se tournèrent vers celle qui venait de parler. Narcissa Malefoy était anormalement pâle et ses yeux reflétaient une terrible inquiétude.
-Mère, dit Draco en fronçant les sourcils. Tu vas bien ?
- Pourquoi parlez-vous de Filibert Molkins ? répéta-t-elle.
- Il s'agit d'une enquête, Mère. Londubat doit l'interroger.
- Je le plains, maugréa Harry. Etre en présence de Molkins plus de deux minutes est une épreuve en soi.
- Vous… vous le connaissez ? demanda Narcissa d'une voix blanche.
Harry la regarda avec effarement.
-Bah… oui. C'est le mari de mon ex-femme.
- C'est impossible, souffla-t-elle en portant la main à son cœur.
- C'est ce que je me dis tous les jours…
- Mère, que se passe-t-il ? coupa Draco. Où est le problème avec Molkins ?
Narcissa leva les yeux vers son fils. Elle semblait aux abois.
-C'est impossible, répéta-t-elle.
- Madame Malefoy, intervint Neville. Que se passe-t-il ?
Elle reporta son attention sur l'Auror.
-Filibert Molkins est mort, lâcha-t-elle. En 1978.
A suivre...
