DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Chapitre 26 - La Rivière de notre enfance

« Je me souviens de Londres
Je me souviens de Rome
Du soleil qui fait l'ombre
Du chagrin qui fait l'homme »

(Garou – Michel Sardou)

3 janvier 2015 – Cimetière d'Avebury, Wiltshire

-Filibert Molkins est mort. En 1978.

Draco, Harry et Neville échangèrent un regard perplexe.

-Heu… oui. Il doit s'agir d'un homonyme, suggéra Harry.

- J'en doute fort, dit Narcissa.

Elle semblait réellement affectée par le sujet et Draco s'en inquiéta.

-Mère ? Que sais-tu de Filibert Molkins ? Et pourquoi sembles-tu si inquiète à son sujet ?

- Je… oh Merlin, cela remonte à si longtemps. Je me suis tue pendant si longtemps…

Elle ferma les yeux et porta la main à sa bouche, luttant contre le malaise qui la submergeait.

-Madame Malefoy, la pressa Neville. Pourquoi dites-vous ça ? Que savez-vous ?

- Je ne veux pas parler de cela ici. Mais si vous vous présentez au Manoir cet après-midi, je répondrai à toutes vos questions.

- Cet après-midi ? Mais…

- Auror Londubat, dit-elle sèchement. Dois-je vous rappeler que j'enterre mon mari ? J'ai des obligations envers les personnes présentes ici. Je vous recevrai au Manoir, cet après-midi. Pas avant.

Disant cela, elle fit demi-tour en direction du petit groupe de femmes resté près du mausolée.

-Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ? soupira Harry en se passant la main dans les cheveux.

- Je n'en sais rien dit Draco. Mais tu peux être certain d'une chose, si ma mère dit que Filibert Molkins est mort, c'est qu'il l'est.

- Bon… eh bien, on se reverra tout à l'heure, alors, dit Neville, sceptique. Harry ? Tu seras là ?

- J'aimerais autant ! Draco, ça ne pose pas de problème ?

- Aucun.

Neville acquiesça, leur fit un signe de la main et prit congé.

-Je suis désolé, dit Harry. Ce n'était certainement le jour pour venir t'ennuyer avec ça…

- Aujourd'hui, demain ou un autre jour… quelle importance ?

Ils marchèrent en silence quelques instants, durant lesquels Harry ne pouvait s'empêcher de jeter de fréquents coups d'œil à Draco. Il tournait et retournait entre ses longs doigts fins une fiole en verre noir.

-Tu es souffrant ? demanda Harry.

- Souffrant ? Non. Pourquoi ?

- Cette fiole que tu tiens en main…

- Oh ça ? Ce n'est pas une potion. C'est…

Draco regarda la fiole comme s'il n'était pas bien sûr de ce que c'était.

-Le Directeur d'Azkaban me l'a remise ce matin avec les autres effets personnels de mon père. Ce sont ses souvenirs. Pour moi.

- Oh.

- Je ne sais pas vraiment quoi en faire, dit-il en rangeant la bouteille dans la poche de sa robe.

- Comment ça quoi en faire ? s'étonna Harry. Tu… tu ne veux pas les regarder ?

- Pfff… pour voir quoi ? Mon père dans toute sa gloire ? Mangemort et fier de l'être ? Ou bien ses quinze années de déchéance à Azkaban, histoire que je comprenne bien l'enfer qu'il a vécu ? Dans les deux cas, je n'en ai rien à foutre !

- Tu ne sais rien de ce qu'ils contiennent ! Si ça tombe, ce sont des informations sur…

- Les mangemorts en fuite ? coupa Draco. Non. La fiole a été descellée et les souvenirs examinés. Ce sont des souvenirs purement personnels. Dixit le Directeur.

- C'est tout ce que ça te fait ? Ils ont… violé la vie privée de ton père… et la tienne aussi !

Draco rigola.

-La vie privée est une notion très relative à Azkaban. Et elle est inexistante quand il s'agit d'un mangemort.

- Ils n'avaient pas à faire ça ! Après son arrestation, ton père a été interrogé sous véritasérum pendant des heures entières. Il a dit tout ce qu'il savait et plus encore ! Ils n'allaient absolument rien trouver de nouveau dans ces souvenirs et ils le savaient parfaitement !

- Je le sais bien mais que veux-tu que j'y fasse ?

- Protester voyons ! Ces pratiques ne sont pas admissibles ! Lundi, je vais parler à Dawlish ! Je vais…

- Tu ne vas rien du tout ! dit Draco d'un ton sec et froid.

Il s'était arrêté de marcher et fixait Harry avec colère.

-Tu vas seulement remballer ta panoplie de justicier et passer ton chemin. Bon sang, maugréa-t-il en reprenant sa route, j'ai l'impression d'être revenu vingt ans en arrière, quand tu étais un insupportable petit mêle-tout, affublé d'un complexe du héros ! Pathétique…

- Je te demande pardon ? s'insurgea Harry en le retenant par le bras.

- Tu m'as très bien compris. Tu as toujours eu le complexe du héros.

- Il me semble que mon complexe du héros ne t'a pas posé problème quand j'ai sauvé tes fesses de la salle sur demande !

- Ce jour-là, tu as sauvé quelqu'un qui était réellement en danger !

- De quoi tu parles ?

Draco s'arrêta à nouveau.

-Je parle de la deuxième tâche du Tournoi ! cria-t-il. Qui t'a demandé de t'occuper de cette… gamine ? Merde ! Tu as risqué ta vie pour sauver cette fille que tu ne connaissais même pas !

- Mais je…

- Tu es le roi des cons, voilà ce que tu es ! cria Draco de plus belle en appuyant son index sur le sternum de Harry. Tu croyais vraiment que ce cinglé de Dumbledore allait délibérément laisser mourir quelqu'un dans ce lac ? Tu n'as pas pensé une seconde qu'il s'agissait seulement d'une épreuve ? Que cette gosse ne risquait absolument rien ? Noooon ! Il a fallu que tu joues les héros ! Que tu restes trois plombes dans ce foutu lac, quitte à en crever ! MAIS PUTAIN DE MERDE QU'EST-CE QUI NE VA PAS CHEZ TOI ?

Sur ces mots, il tourna les talons dans une magistrale envolée de robe que Severus Rogue n'aurait pas désavouée, laissant Harry complètement sonné.

-On peut savoir pourquoi Malefoy vient de faire sa diva hystérique ? demanda Théo qui arrivait à sa hauteur.

L'éclat de voix de Draco n'était évidemment pas passé inaperçu. Tandis que Narcissa tentait, tant bien que mal, de faire comme si rien n'était venu troubler la quiétude des lieux, Hermione, Blaise et Théo étaient venus voir ce qui se passait.

-Je ne sais pas, murmura Harry. Il… Il m'a reproché des choses… pendant la deuxième tâche du Tournoi…

- Ah, la deuxième tâche, soupira Blaise avec emphase. Tout le drame de la vie de Draco.

- Pourquoi dis-tu cela ? demanda Hermione.

- Quand, durant l'épreuve, Harry tardait à remonter, Draco a eu… disons, une prise de conscience. Du genre : est-ce normal de s'inquiéter autant pour quelqu'un qu'on est censé détester ?

- Draco… s'inquiétait… pour moi ? ânonna Harry.

- Il était au-delà de l'inquiétude, se remémora Blaise. Merlin, il était tellement casse-couilles que j'ai failli lui jeter un sort ! Bon, il n'en était pas à se jeter dans le lac pour te sauver… ça aurait ruiné son brushing et sali ses vêtements… mais… il n'en était pas loin.

- Ce n'était pas l'impression que ça donnait quand il a ouvertement critiqué le fait qu'Harry termine deuxième de l'épreuve, objecta Hermione.

- Déjà à cette époque, Draco était passé maître dans l'art de déguiser ses sentiments, répondit Blaise. Enfin… après vingt ans, il était temps qu'il crache le morceau.

Blaise continuait de parler mais Harry ne l'écoutait plus. Tout ce qu'il retenait, était que Draco s'était inquiété pour lui. Il y a vingt ans. A un moment où Harry pensait qu'ils ne partageraient jamais rien d'autre que de la haine. Un petit sourire narquois naquit sur ses lèvres.

-La drogue me fait dire n'importe quoi, murmura-t-il pour lui-même. Mon cul, oui.

En sortant du cimetière, il tentait toujours de se retenir de sourire comme un idiot.

O°O°O°O°O°O°O

Manoir Malefoy, Wiltshire

Draco avait laissé sa mère au salon, en compagnie de ses invitées. Excepté la mère de Blaise, il ne se souvenait plus de qui elles étaient, si ce n'est qu'elles aussi, étaient veuves de mangemorts.

Il entra dans le bureau qui était autrefois celui de son père. Quand il était petit garçon, cette pièce lui était formellement interdite d'accès. Il avait donc passé toute son enfance à s'y introduire en douce à la moindre occasion. A l'époque, l'endroit exerçait sur lui une incroyable fascination. Tout à l'intérieur lui semblait si grand, si mystérieux… exactement à l'image de son père.

Draco se souvenait de ce jour où il avait osé s'asseoir sur l'impressionnant siège en cuir vert bouteille qui trônait devant la table en chêne. Il devait avoir dix ou onze ans et il voulait savoir ce que cela faisait d'être assis là. D'être pour une minute, Lucius Abraxas Malefoy. Le sentiment qui s'était emparé de lui avait été tellement grisant qu'il avait failli ne pas entendre Dobby l'appeler en le pressant de sortir du bureau car son père venait d'arriver.

Aujourd'hui, les choses étaient bien différentes. La pièce n'avait pas changé, elle était toujours aussi somptueusement meublée, mais elle ne dégageait plus cette aura de puissance que Draco avait cru y déceler quand il était enfant. Dans une attitude de défi un peu puérile, il se rassit dans le fauteuil et posa les pieds sur le bureau en croisant les chevilles. Il sortit une cigarette de l'étui qui était dans sa poche et l'alluma, appréciant le petit grésillement du papier et du tabac qui s'embrasent. Il tira une longue bouffée et se renversa dans le siège en expirant lentement la fumée.

Définitivement, être assis à ce bureau ne lui procurait plus aucun sentiment de fierté ou d'importance. Bien au contraire.

Il termina tranquillement sa cigarette, tout en faisant rouler entre ses doigts la petite fiole en verre noir. Puis il sortit sa baguette, fit disparaître son mégot et se leva. Résolument, il se dirigea vers la grande armoire toute en marqueterie qui occupait le coin droit de la pièce. Aussitôt qu'elle fut ouverte, une large vasque en pierre apparut et glissa vers lui. Il y versa le contenu de la fiole. Le liquide qu'elle contenait se para d'une douce lueur bleutée. Sans se donner davantage de temps pour réfléchir, il se pencha sur la pensine.

Pendant un moment, Draco crut qu'il ne s'était rien passé. Il était exactement au même endroit, dans le même bureau, décoré à l'identique. Puis il sursauta en entendant la porte s'ouvrir à la volée.

Un homme grand et sec entra en trombe. Sa robe de sorcier d'un noir profond virevoltait autour de lui tandis qu'il avançait vers le bureau. Il avait les cheveux blonds très clairs, coupés courts et peignés en arrière, une barbe taillée en pointe, des yeux bleus perçants, une démarche presque militaire et semblait particulièrement en colère.

-Père ! Ecoutez-moi !

Celui qui parlait était un jeune d'homme aux mêmes cheveux blond clair mais qu'il portait très longs et noués par un ruban noir. Il avait belle allure dans sa robe de sorcier bleue nuit.

Le plus âgé, que Draco reconnut comme étant Abraxas, son grand-père, s'assit dans le fauteuil en cuir vert et soupira lourdement.

-Je n'écouterai rien de plus, Lucius.

- Si, vous m'écouterez !

Draco haussa un sourcil face au ton impertinent de son père.

-Il est hors de question que je me ridiculise aux côtés d'une femme que je trouve laide, stupide et qui a une haleine de gobelin ! Je ne comprends pas ce que vous reprochez à Narcissa ! Elle est d'une beauté renversante, elle est cultivée et elle fait partie des Vingt-Huit ! Que vous faut-il de plus ?

- Séraphina Avery apporte une dot de 150.000 gallions, Narcissa Black seulement 100.000.

- Si je comprends bien, mon bonheur tient à 50.000 malheureux gallions, c'est ça ? Bon sang, Père ! Ces 50.000 gallions sont une goutte d'eau dans notre patrimoine !

- Justement ! Comment crois-tu que cette fortune se soit constituée ? Gallion après gallion ! Et en concluant des alliances profitables !

Lucius croisa les bras sur son torse.

-J'aime Narcissa, dit-il avec aplomb. C'est elle que je veux épouser et personne d'autre.

Abraxas Malefoy leva les yeux au ciel.

-Tu l'aimes, répéta-t-il dédaigneusement. Et depuis quand cela entre-t-il en considération dans la décision du mariage d'un Malefoy ?

- Depuis que je l'ai décidé ! répliqua Lucius, cassant.

Pour le coup, Draco fut mouché. Il ne s'était jamais douté que son père s'était rebellé de la sorte contre son grand-père.

-Lucius, ça suffit, dit Abraxas d'un ton dangereusement calme. Je vais écrire à Avery pour lui annoncer que nous acceptons son offre et que tes fiançailles avec Séraphina auront lieu durant l'été.

Lucius considéra son père d'un œil froid puis s'approcha de la fenêtre pour contempler le parc paré de ses couleurs d'automne.

-Rien de ce que je pourrai dire ne vous fera changer d'avis, dit-il en regardant un groupe d'oies cendrées qui s'envolaient au loin.

- Absolument rien.

- Bien.

Abasourdi, Draco vit alors son père sortir sa baguette et viser le dos d'Abraxas.

-Confundus, murmura-t-il.

Abraxas ne se rendit compte de rien. Tout au plus, il se frotta la nuque comme si un insecte dérangeant s'y était attardé.

-Père, dit Lucius d'un ton calme mais ferme. Nous sommes donc d'accord… Vous allez écrire à Cygnus Black pour lui signifier que j'épouserai sa fille.

- Il a proposé une dot plus importante que celle d'Avery ? demanda Abraxas d'un air un peu absent.

- Tout à fait, confirma Lucius en quittant la fenêtre pour revenir face à son père. Relisez le parchemin d'Avery… il propose seulement 50.000 gallions.

Abraxas s'empara du document et le fixa d'un œil trouble.

-50.000 ? Pour cette horreur qui lui sert de fille ? ricana-t-il. Par Salazar, pour qui se prend-t-il ?

D'un geste brusque, il prit un parchemin vierge et une plume. La minute suivante, il apposait sa signature et le sceau des Malefoy sous son accord formel quant aux prochaines fiançailles de son fils unique Lucius Abraxas avec la jeune et jolie Narcissa Cassiopée Black.

-Si vous le permettez, Père, j'aimerais apporter cette missive au Manoir Black en personne et ainsi présenter mes respects à mon futur beau-père, dit Lucius avec une déférence feinte.

- Bien sûr, dit vaguement Abraxas en lui remettant le parchemin.

Lucius quitta le bureau, un sourire ironique sur le visage.

Draco lui, tentait vainement de se faire à l'idée qu'il venait de voir son propre père jeter un sort de confusion au sien pour pouvoir épouser la femme qu'il aimait. Il n'eut toutefois pas le temps de gamberger davantage car la scène se délita et Draco se retrouva propulsé au milieu d'un parc.

Quelques mètres devant lui, se tenaient son père et sa mère, assis sur banc, sous un immense tulipier.

-Je n'arrive pas à croire que ton père a accepté, dit Narcissa.

- Pourquoi ? demanda innocemment Lucius. Il n'avait aucune raison de refuser…

- Je sais très bien que mon père est trop avare pour proposer à ta famille une dot digne de ce nom. Et je me souviens aussi de ce que ton père a dit à propos de la dot que les Lestrange ont accepté pour Bellatrix… « Les Malefoy n'auraient jamais accepté de marier leur fils pour l'aumône de Cygnus Black ». Pourquoi aurait-il changé d'avis me concernant ?

- Parce que je le lui ai demandé ?

- Lucius… dis-moi la vérité. Je ne veux pas que notre vie commune commence sur des silences et des mensonges.

Lucius soupira.

-Je lui ai lancé un sort de confusion, admit-il après un temps.

- Tu as… Oh Salazar ! se lamenta Narcissa. Te rends-tu compte de ce que tu as fait ?

- Parfaitement ! Et je le referais sans hésiter !

- Mais que se passera-t-il quand ton père s'en apercevra ?

- Peu importe ! Il a donné officiellement son consentement à ton père. Il ne peut plus rien y faire !

- Il pourrait te déshériter !

- Il ne ferait jamais une chose pareille. Je suis son fils unique. La perpétuation du nom des Malefoy a beaucoup plus d'importance pour lui que quelques milliers de gallions. Il va m'en vouloir, c'est certain… mais je m'en moque !

- Lucius, c'est… c'est insensé !

- Narcissa, tu ne comprends pas ! Je t'aime ! J'aurais pu le soumettre à l'Imperium s'il l'avait fallu !

- Ne dis pas ça !

- Si ! Tu n'as pas idée de ce dont je suis capable pour toi !

Draco ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Il découvrait chez son père un côté mélodramatique qu'il ignorait jusqu'alors et qu'il trouvait franchement risible.

A ce moment, Lucius se pencha sur sa future fiancée et l'embrassa langoureusement.

-Ok, marmonna Draco en se détournant. S'il commence à la peloter, je jure que je me tire d'ici…

Il n'eut pas le temps de récriminer davantage car l'instant d'après, il se retrouvait à nouveau au Manoir Malefoy, précisément dans le couloir ouest du premier étage, celui où se trouvait la chambre de ses parents.

Lucius se tenait appuyé dos au mur, devant la porte de la chambre. Quand celle-ci s'ouvrit, il vint immédiatement à la rencontre d'un homme de taille moyenne, le cheveu rare et le visage en pointe.

-Selwyn ! Est-ce qu'elle va bien ?

- Narcissa est enceinte, dit le guérisseur.

- Oh Salazar ! C'est… c'est merveilleux !

Le guérisseur ne semblait pas de cet avis.

-Lucius… Ses trois précédentes fausses couches ont fortement affaibli son organisme. Si elle veut mener cette grossesse à bien, il faut impérativement qu'elle évite tout effort et toute source de stress. De plus, son état est bien trop délicat pour qu'elle soit suivie par une sage-femme. Il faut qu'elle soit suivie par un obstétrimage.

- Bien entendu ! J'y veillerai !

- Ce n'est pas tout. Je sais que la tradition veut que les Malefoy naissent tous dans ce manoir mais ce serait beaucoup trop dangereux pour elle… Il faudra qu'elle aille à Sainte-Mangouste.

- Au diable les traditions ! Je ferai tout ce qui est nécessaire pour préserver sa santé, sa vie et celle de mon enfant.

- Bien. Je vais te recommander auprès de mon confrère le guérisseur Johnson. C'est le meilleur.

Draco vit Lucius serrer avec reconnaissance la main du nommé Selwyn.

La seconde suivante, le décor avait à nouveau changé. Cette fois, son père arpentait un couloir aux murs blancs. Draco fut étonné par sa dégaine. Il était échevelé, il avait des cernes sous les yeux et ses vêtements étaient complètement froissés. Mais surtout, il semblait sur le point de perdre le contrôle de ses nerfs.

Une porte s'ouvrit, faisant sursauter Lucius. Il laissa l'homme s'approcher, comme si lui était incapable de faire un pas.

-Vous avez un petit garçon, dit l'homme.

- Oh Merlin ! souffla Lucius, une main sur le cœur. Il… il va bien ?

- Vu qu'il est né avec plus d'un mois d'avance, nous lui avons fait passer toute une série de tests. Vous pouvez être rassuré. C'est un petit bonhomme en parfaite santé !

- Et… et ma femme ?

Le visage de l'obstétrimage se fit plus soucieux.

-Il semblerait que l'enfant ait fortement puisé dans la magie de sa mère pour se maintenir en vie. C'est sans doute la raison pour laquelle, bien que prématuré, il soit en si bonne santé. Cela n'a toutefois pas été sans conséquence pour votre femme. Sa magie est épuisée et cela affecte tout son organisme. C'est un état temporaire mais il faudra veiller à ce qu'elle se repose beaucoup pour reprendre des forces et permettre à sa magie de se reconstituer.

- Je comprends.

- Il y a autre chose que vous devez savoir, Monsieur Malefoy.

- Elle ne pourra plus avoir d'enfant…

- Je crains que non. Une nouvelle grossesse la tuerait.

- Alors, il n'y en aura pas d'autre. J'ai un fils, un héritier. Et une femme merveilleuse. Ne suis-je pas le plus chanceux des hommes ?

- Certainement, sourit l'obstétrimage. Allez-y, dit-il en s'écartant. Votre fils et votre femme vous attendent.

Lucius s'avança vers la porte qu'il ouvrit prudemment. Draco le suivit à l'intérieur de la chambre, stupidement ému par le tableau qu'il avait en face de lui. Sa mère était installée dans un lit. Elle portait une chemise d'hôpital, ses cheveux étaient attachés en une tresse assez sommaire et elle ne portait aucun maquillage. La fatigue se lisait sur son visage et pourtant, jamais elle ne lui avait paru aussi belle. Elle tenait un petit paquet emmailloté qu'elle regardait avec une infinie tendresse.

-Bonjour ma chérie, dit doucement Lucius.

Narcissa détourna le regard de son fils pour sourire à son mari.

-Lucius, je te présente ton fils. Draco.

Elle lui tendit la couverture qu'il prit avec la plus grande délicatesse. D'un doigt, il caressa la joue dodue et rosée de l'enfant qui dormait à poings fermés.

-Il est si petit. Si parfait, murmura Lucius.

Puis, il prit sa baguette et la pointa sur le front du bébé.

-Draco Lucius Abraxas Septimus Charles Nicholas Malefoy, énonça-t-il clairement. Mon fils.

Aussitôt, une lumière douce et tiède se diffusa autour de l'enfant. Il était officiellement reconnu par son père comme premier né.

Draco avait un peu de mal à respirer. Il n'aurait jamais imaginé vivre ce moment, tout comme il n'aurait jamais imaginé être aussi bouleversé de voir une telle émotion sur le visage de son père.

La scène s'acheva sur Lucius qui se penchait pour embrasser son fils et le remettre dans les bras de sa mère.

Le souvenir suivant était plutôt un caléidoscope d'une multitude de scènes de la vie courante. On y voyait Lucius donnant le biberon à son fils, puis aux prises avec une couche particulièrement malodorante ou encore en train de tenter de calmer un Draco rouge de colère, hurlant de toute la force de ses petits poumons.

Ces images avaient quelque chose de surréaliste pour Draco. D'abord, parce qu'il n'avait jamais envisagé que son père puisse avoir été aussi présent et impliqué quand il était bébé. Et ensuite parce que son père semblait vraiment heureux de s'occuper ainsi de lui.

Cette impression se renforça au fur et à mesure que les scènes défilaient. Lucius, assis dans un fauteuil, Draco sur ses genoux, en train de lui lire une histoire. Dans le jardin, un après-midi d'été, l'aidant à se tenir sur son premier balai-jouet. Dans le salon, lui faisant découvrir l'arbre de Noël.

Plus il se voyait grandir, plus Draco se rappelait beaucoup de ces moments passés avec son père. Non sans une certaine consternation, il se rendit compte que les mois d'horreur qu'il avait vécu au Manoir après la débâcle du Ministère, avaient complétement occulté ces souvenirs pour ne lui laisser à l'esprit que l'image d'homme froid, vil et manipulateur que son père donnait de lui à l'extérieur.

Le dernier souvenir fut le plus dur à supporter. Il montrait une photographie cornée, usée d'avoir été trop souvent regardée, représentant Draco âgé d'une quinzaine d'années et sa mère. Après l'avoir caressée du bout du doigt, Lucius la replaça religieusement sous l'oreiller de son lit, à Azkaban.

Draco sortit de la pensine. Avec des gestes mécaniques, il replaça les filaments de souvenirs dans la fiole en verre et la reboucha. Le cœur lourd, il prit conscience que pendant quinze ans, il avait délibérément tourné le dos à un homme qui n'avait jamais cessé de l'aimer.

O°O°O°O°O°O°O

Quand Harry arriva au Manoir en début d'après-midi, Neville était déjà là, faisant les cents pas dans une antichambre où un elfe lui avait demandé d'attendre.

-Ah ! Harry ! Te voilà ! Cette histoire est invraisemblable ! s'exclama-t-il. J'ai fait des recherches avant de venir ici et je ne trouve aucun élément indiquant que Molkins serait décédé. Et s'il l'est, alors avec qui Ginny est-elle mariée ?

- Calme-toi Neville, tempéra Harry. Laissons Narcissa Malefoy nous donner ses explications.

- Elles ont intérêt à être convaincantes ! Je ne…

- Ma maîtresse vous attend, coupa un elfe de maison qui venait d'apparaître. Veuillez me suivre, s'il vous plaît.

L'elfe les conduisit dans le petit salon où Harry avait déjà été reçu à deux reprises. Narcissa s'y trouvait, ainsi que Draco.

-Harry. Auror Londubat, dit Narcissa poliment. Asseyez-vous, je vous prie. Milli, fais le service, je te prie.

Il s'écoula encore quelques minutes, le temps que l'elfe remplisse religieusement les tasses de thé, minutes au cours desquelles Neville était au supplice. Harry lui, s'inquiétait davantage de la mine fermée et soucieuse de Draco. Quand ce fut fait, Neville ne put plus attendre une seconde de plus.

-Madame Malefoy, vous…

- Puis-je vous proposer un de ces succulents shortbreads ? Notre elfe de cuisine tient la recette de ses…

- Madame Malefoy, coupa Neville un peu brutalement. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir nous dire ce que vous savez.

Narcissa pinça les lèvres, certainement offusquée par la conduite de l'Auror. Elle ne fit toutefois aucun commentaire, se contentant de boire une gorgée de son thé.

-Que savez-vous de la famille Molkins, Auror Londubat ? demanda-t-elle en posant sa tasse.

- Pas grand-chose en fait, dit Neville en sortant un carnet. C'est une très vieille famille de sang-pur qui s'est trouvée fort réduite avec le temps. Après qu'un incendie eut ravagé leur manoir, Hubert Molkins, son épouse Ambroisie et leurs quatre enfants, Fitzwilliam, Antoinette, Bathsheba et Filibert quittèrent la Grande-Bretagne en 1979 pour s'installer à Bombay. Le frère de Hubert, Patrick Molkins, son épouse Emma et leurs deux fils, Stephen et Bertram, les rejoignirent l'année suivante. En mai 2007, Filibert revint en Angleterre. Il épousa Ginny Weasley en décembre 2009. Voilà tout ce que je sais.

- Oui, confirma Narcissa. C'est précisément ce que tout le monde a été amené à croire. La vérité est pourtant toute autre.

Elle prit une profonde inspiration et poursuivit.

-Les Molkins étaient en effet une très ancienne famille de sang-pur. Quand j'ai fait leur connaissance, la lignée était pratiquement éteinte. Les raisons de cette extinction n'étaient pas claires mais on supposait des décès en bas-âge et la naissance de nombreux enfants cracmols. Comme vous le savez, ceux-ci sont abandonnés sitôt l'anomalie découverte. On les soumet à un sort d'oubliette et on les laisse aux soins d'institutions moldues.

- C'est une blague ? s'offusqua Harry.

- Hélas non, en convint Narcissa. C'est le sort qui attend la plupart des cracmols. Certaines familles acceptent de les garder, pourvu qu'ils restent dissimulés aux yeux de tous. Ceux qui ont de la chance trouvent des emplois de… gens de maison ou d'homme à tout faire dans certaines grandes maisons sorcières. Les autres finissent par s'exiler dans le monde moldu.

- Mais… le Ministère laisse faire de… telles choses ?

- Le Ministère a tout intérêt à avoir une population de sorciers solides et en bonne santé, dit Draco, cynique. Il n'a pas envie de devoir créer des structures d'accueil pour sorciers… déficients.

- C'est scandaleux ! Je suis révolté ! C'est…

- C'est comme ça, dit Draco. Tu es décidément bien naïf si tu penses que le Ministère en a quelque chose à faire d'eux !

Harry ne comprenait pas pourquoi Draco était aussi vindicatif mais avant qu'il n'ait pu ajouter quoi que ce soit, Neville s'éclaircit bruyamment la gorge.

-Excusez-moi… mais peut-on revenir au sujet qui nous occupe ?

- Oui, bien sûr, reprit Narcissa. La réputation des Molkins était sérieusement entachée. Leur… propension à donner naissance à des cracmols rendaient les familles sorcières peu désireuses de conclure des alliances avec eux…

Harry tiqua. Il détestait cette façon qu'avaient les sang-purs de parler du mariage comme d'une vulgaire transaction commerciale. Voyant le regard agacé que Draco lui lançait, il s'abstint de toute remarque et reporta son attention sur Narcissa qui continuait d'évoquer la famille Molkins.

-… et afin de pallier ce manque de considération, Hubert Molkins décida d'entrer dans les bonnes grâces de familles anciennes et puissantes en épousant, non pas leur progéniture, mais leurs convictions politiques. Il se rapprocha singulièrement de la famille Black et noua de très bons contacts avec mon père. Après quelques mois, Molkins avait récupéré une certaine crédibilité dans les sphères du pouvoir sorcier et bientôt, les commérages sur leur compte cessèrent. Après tout, lui-même n'avait-il pas donné naissance à quatre sorciers en parfaite santé ? C'est ainsi que mon père et mon oncle Orion approuvèrent tous les deux le rapprochement entre Bathsheba Molkins et mon cousin Regulus.

- Mais qu'en est-il de Filibert ? s'impatienta Neville.

- J'y viens Auror Londubat, j'y viens.

Narcissa but une gorgée de son thé avant de poursuivre.

-Filibert, lui, se prit de passion pour Ornella Prewett, l'une de mes cousines.

- Ornella ? s'étonna Draco. C'est qui celle-là ? Elle n'est pas dans l'arbre généalogique !

- C'est normal, répondit Narcissa. Vu le déshonneur qu'elle a jeté sur la famille, tante Walburga l'a faite disparaître de l'arbre généalogique. Elle était la fille de ma tante Lucretia Black et d'Ignatius Prewett. Un aïeul de Molly Weasley.

- Etait ? releva Neville.

- Oui « était », confirma Narcissa laconiquement. Ce que Filibert Molkins ignorait, c'était qu'Ornella était promise à un autre. Dagolitus. Un jeune mangemort, très apprécié du Seigneur des Ténèbres pour sa maîtrise de la magie noire. Lucius et moi avons tenté de la mettre en garde mais elle n'a rien voulu savoir, déterminée qu'elle était à vivre son histoire d'amour avec Filibert Molkins. Bien entendu, son fiancé ne tarda pas à apprendre sa trahison. Et elle le paya de sa vie.

Dans la pièce, le silence était palpable. Narcissa inspira lentement, consciente qu'elle allait enfin se libérer d'un secret qui la rongeait depuis trop longtemps.

-Non content d'avoir tué Ornella, le jeune homme se rendit chez les Molkins. Ce jour-là, Hubert recevait son frère et sa famille. Ils étaient tous rassemblés dans le salon quand Dagolitus fit irruption dans la pièce. Ivre de rage, il fit un véritable carnage. Il les tua les uns après les autres jusqu'à ce qu'il ne reste que Filibert. Lui, il le tortura pendant des heures avant de daigner mettre fin à ses souffrances avec un sort de mort, connu de lui seul.

- Mais c'est impossible, objecta Neville. Si un meurtre pareil avait été commis, on en trouverait une trace dans les archives !

- Non, Auror Londubat, pour la simple raison que mon mari a fait en sorte que personne ne découvre le meurtre.

- Quoi ? souffla Draco. Père… Père était impliqué… là-dedans ?

Narcissa se tenait droite et impassible mais Harry voyait qu'elle avait de plus en plus de mal à masquer ses émotions.

-Lorsque Dagolitus rentra chez lui, couvert de sang et triomphant d'avoir lavé son honneur, ses frères prirent la décision de dissimuler son crime pour le protéger. Ils se précipitèrent ici pour exposer la situation à Lucius et obtenir son aide. Mon mari trouva la solution : ils allaient faire disparaître les corps par un procédé de magie noire et mettre le feu à l'habitation. Mais avant cela, ils allaient récupérer sur les corps des cheveux permettant la préparation de polynectar. C'est ainsi que durant plusieurs mois, des comparses se firent passer aux yeux de la population sorcière pour la famille Molkins. Leurs apparitions étaient très rares mais crédibles. Cela donna l'illusion qu'ils étaient toujours en vie. Quand « Hubert Molkins » annonça leur départ définitif pour l'Inde, personne ne fut étonné.

- Mais alors… dit Harry, complètement sous le choc, qui est le Filibert Molkins que nous connaissons ?

- N'ayant jamais rencontré le nouveau Filibert Molkins, je ne suis sûre de rien mais je pense qu'il s'agit de Dagolitus.

- Il vivrait sous polynectar depuis tout ce temps ? s'étonna Draco.

- Pas forcément… De nombreuses années ont passé. Plus personne ne pourrait faire le lien avec le jeune homme de 15 ans, somme toute assez ordinaire, qu'était Filibert Molkins.

Neville extirpa de son carnet, une photographie provenant du dossier personnel de Molkins au Ministère.

-Vous le reconnaissez ? demanda-t-il en la tendant à Narcissa.

Elle frissonna puis ferma les yeux.

-Oui, acquiesça-t-elle dans un murmure. C'est Dagolitus.

- Quel est son nom ?

- Little.

- C'est un bâtard, je suppose.

- Oui.

- Pourquoi serait-il forcément un bâtard ? interrogea Harry, perplexe.

- Bon sang, Potter, tu ne sais rien à rien ! soupira Draco. Little est le nom qu'on donne aux enfants illégitimes nés de sang-purs. Ainsi ils n'entrent pas en ligne de compte dans les héritages, sauf si le géniteur les reconnaît formellement.

Harry leva les yeux au ciel en même temps que les bras. Il ne comprendrait décidément jamais rien aux sang-purs.

-Et son nom officieux ? continua Neville.

Narcissa baissa les yeux et dit dans un souffle :

-Lestrange.

Harry, Neville et Draco s'entreregardèrent, un peu comme si aucun d'eux n'avait compris ce que Narcissa venait de dire.

-Lestrange ? répéta doucement Neville. Comme… Bellatrix ?

- Et comme Rodolphus et Rabastan. Ses frères aînés.

- Merlin… c'est impossible… Jamais nous n'avons entendu parler de lui…

- Et pour cause, Auror Londubat, dit Narcissa. Qui allait s'intéresser à un petit bâtard sans importance ?

- Quelque chose m'échappe, Mère, intervint Draco. Comment se fait-il que tu ne l'aies pas dénoncé plus tôt ?

- J'étais liée par un serment inviolable, contracté avec ton père, Bellatrix, Rabastan et Rodolphus. Ton père était le dernier à maintenir ce serment actif.

- Et Dagolitus ?

- Dagolitus était mineur, intervint Neville. Les serments inviolables contractés avec un sorcier mineur ne produisent aucun effet.

Alors que l'Auror allait poser une autre question, Harry se leva d'un bond, les poings serrés et le visage déformé par la colère.

- Depuis cinq ans, mes enfants vivent sous le même toit qu'un mangemort, siffla-t-il en direction de Narcissa. Depuis cinq ans, cette… ordure prétend me remplacer auprès de mes fils, tout ça parce que vous et votre mari avez couvert ce crime abominable !

- Hé ! s'énerva Draco. Ne t'en prends pas à ma mère Potter ! Tu as entendu comme moi, elle était soumise à…

- J'EN AI RIEN A FOUTRE ! A TOUT MOMENT, CE PSYCHOPATHE AURAIT PU FAIRE DU MAL A MES ENFANTS !

- Calme-toi Harry, dit Neville. Maintenant que nous savons ce qu'il en est, nous allons pouvoir l'arrêter. Il faut juste que…

- IL FAUT JUSTE RIEN DU TOUT ! QU'EST-CE QUE TU ATTENDS POUR FAIRE TON BOULOT ! MERDE !

- CE TYPE EST DANGEREUX ! cria Neville à son tour. TU AS ENTENDU DE QUOI IL EST CAPABLE ! TU VEUX QU'IL MASSACRE TOUT LE MONDE AUTOUR DE LUI A CAUSE D'UN MANQUE DE PREPARATION ?

Harry eut un mouvement de recul face au haussement de ton de l'Auror. Neville n'était pas coutumier des coups de colère.

-Si nous intervenons sans préparation, répéta-t-il plus calmement, nous risquons de mettre la vie de Ginny en danger. Je dois y réfléchir mais le mieux serait de l'attirer au Ministère sous un prétexte quelconque et de l'arrêter à ce moment-là.

- Tu as peut-être raison, admit Harry. Mais fais vite. L'idée que ce malade soit en liberté me révulse. Merlin sait ce dont il est capable…

- Potter a raison, intervint Draco. De plus, à l'heure qu'il est, il est certainement au courant de la mort de mon père. Il sait donc que le Serment inviolable ne tient plus et que ma mère est la seule en mesure de le dénoncer. Elle est en danger elle aussi !

Narcissa se leva et posa une main apaisante sur le bras de son fils.

-Mon sort n'est pas le plus important Draco. Il faut avant tout protéger une femme innocente et ses enfants.

Puis se tournant dignement vers Harry, elle lui dit :

-Je suis sincèrement désolée Harry. Croyez que si j'avais été au courant que Dagolitus Lestrange était revenu, j'aurais trouvé un moyen… n'importe lequel… pour vous mettre en garde.

- Mais comment avez-vous pu ignorer tout ça ? réagit-il vivement.

- Après le procès et l'emprisonnement de Lucius, je me suis tenue très éloignée des affaires du Ministère. Je n'étais donc pas au courant qu'il avait été nommé au Département des Mystères sous le nom de Molkins. Quant à son mariage avec Ginny Weasley, dois-je vous rappeler, Harry, qu'aucun ban n'a été publié ?

Harry haussa les épaules, ne trouvant rien pour contredire Narcissa. Il en avait été le premier étonné et quand il en avait parlé à George Weasley, celui-ci avait répondu qu'il s'agissait d'un souhait commun de Filibert et Ginny. Filibert estimait que Ginny avait été beaucoup trop exposée aux journalistes durant sa vie commune avec Harry et souhaitait dorénavant l'absolue discrétion autour de son couple et des enfants. Tous les Weasley avaient vivement approuvé. Evidemment, à la lumière de ces révélations, ce besoin de discrétion prenait un tout autre sens.

-Je sais, consenti Harry. Vous avez raison. Je regrette de vous avoir agressée de la sorte.

- Je ne vous en veux pas. Vous avez peur pour vos enfants… je le comprends parfaitement. Et je voudrais vraiment pouvoir vous aider…

- A vrai dire, vous le pouvez, dit Neville. Nous aurons besoin d'une déposition officielle…et de vos souvenirs. Car nous n'avons pour le moment aucune preuve qui incrimine directement Filibert Molkins.

- Vous les aurez, affirma Narcissa.

Draco fit un pas en avant, entourant les épaules de sa mère de son bras.

-Et que fait-on pour sa sécurité ? Je persiste à penser que Molkins… ou Lestrange… va vouloir s'en prendre à elle maintenant que le serment est inopérant.

- Je ne pourrai pas affecter suffisamment d'Aurors pour assurer votre protection, dit Neville. Le mieux serait peut-être que vous quittiez le Manoir pour vous installer ailleurs.

- Tu pourrais aller à Bristol ? suggéra Draco. Ou dans la maison de Cherbourg…

- Malheureusement, Dagolitus connaît les deux emplacements. S'il ne me trouve pas au Manoir, c'est là qu'il cherchera immédiatement.

- Alors, installez-vous dans mon chalet en Italie, intervint Harry. Il ne vous cherchera jamais là-bas. L'endroit est protégé par des sorts et est situé dans un village moldu. Vous pourrez donc sortir sans crainte d'être reconnue.

- Eh bien, ma foi… il y a longtemps que je n'ai plus respiré l'air frais de la montagne, sourit Narcissa. Merci Harry.

- Dans ce cas, laissez-moi deux heures. Je vais déposer Albus et James chez Hermione et ensuite, je vous y conduis.

- C'est parfait.

- En attendant le retour de Harry, je vais demander à Luna Lovegood de surveiller le Manoir, dit Neville.

Harry hocha la tête, satisfait d'être parvenu à une solution. Narcissa se retira pour aller préparer son départ, tandis que Neville retournait au Ministère pour préparer l'interpellation de Filibert Molkins. Harry allait être le prochain à prendre la cheminée quand il sentit la main de Draco s'enrouler délicatement autour de son poignet.

-Merci, entendit-il alors qu'il se tournait pour faire face à Draco. Merci de ce que tu fais pour ma mère.

- Il n'y a pas de quoi, voyons… C'est…

- Si. Ça compte énormément pour moi. Elle… elle est tout ce qu'il me reste.

Il y avait dans les yeux de Draco une tristesse et une sincérité qu'Harry n'avait vue qu'en de rares moments.

-Draco… est-ce que tu tiens le coup ? demanda Harry. J'ai… j'ai vu en arrivant que tu avais l'air…

- Ça va, coupa Draco. C'est juste que… j'ai regardé les souvenirs de mon père.

- Oh… Tu veux en parler ?

- Non.

Voyant le mouvement de recul de Harry face à sa réponse sèche, il ajouta plus doucement :

-Plus tard. Là, il y a plus urgent à régler que mes états d'âme.

Harry acquiesça.

-J'ai confiance en Neville, dit-il. Il va appréhender ce salaud.

- Je l'espère.

O°O°O°O°O°O°O

4 janvier 2015 – Godric's Hollow, Pays de Galles

La vie n'avait décidément pas épargné Dagolitus Lestrange.

Pour commencer, il était né d'une relation adultère entre Isidore Lestrange et Imogène Rosier, le condamnant à porter le nom infamant de « Little », marque évidente de sa bâtardise.

A la mort de sa mère, quand il avait quatorze ans, il aurait été obligé de rentrer à l'orphelinat si ses talents en magie noire n'avaient pas été remarqués par Rodolphus, son frère aîné et ensuite par Voldemort lui-même. Le Lord Noir appréciait particulièrement le jeune homme, avec qui il passait de longues heures à perfectionner tel ou tel sort ou à discuter de la suprématie des Sang-purs.

Ces attentions dont bénéficiait Dagolitus amenèrent Isidore Lestrange à réfléchir à la possibilité de le reconnaître officiellement comme son fils et Ignatius Prewett à lui promettre sa fille cadette, Ornella.

Ornella. Dagolitus en était tombé amoureux à la seconde où il l'avait rencontrée, fasciné par sa silhouette filiforme, ses longs cheveux roux et ses yeux noisette. Mais si la jeune fille avait partagé ses sentiments pendant quelques temps, elle avait fini par succomber aux avances de l'insignifiant Filibert Molkins. Quand Dagolitus avait appris qu'elle s'était donnée à lui, il était devenu fou de rage. Il avait été sourd à ses supplications et avait frappé, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle se taise à jamais.

Puis il s'était rendu chez les Molkins. Il était tombé en pleine réunion de famille mais cela n'avait fait aucune différence. Il les avait tous tués, les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un : Filibert. Avec lui, il avait pris son temps. Le temps de bien le faire souffrir, de bien lui faire comprendre ce qu'il en coûtait de toucher à ce qui appartenait à Dagolitus Lestrange.

Evidemment, il avait fallu nettoyer derrière lui. Il se souvenait combien Rabastan avait hurlé et paniqué. Rodolphus, plus posé, avait décrété qu'ils iraient voir Lucius Malefoy. A l'époque, Dagolitus n'avait pas été mis au courant de tous les détails du plan. On lui avait seulement dit que le Manoir avait été incendié pour détruire les preuves et que pour tout le monde, les Molkins s'étaient exilés en Inde. Quant à la pauvre Ornella, son corps avait été déposé dans une ruelle mal famée de Londres, rendant plausible une agression moldue. Ignatius Prewett et son épouse, inconsolables, avaient longuement déversé leur haine sur cette engeance de l'humanité qu'étaient les moldus.

Les ennuis de Dagolitus n'étaient pas terminés pour autant. Comble du malheur, Isidore Lestrange était mort peu de temps après ces évènements, anéantissant toutes les chances de Dagolitus de devenir officiellement un Lestrange. Fort heureusement, il avait continué de bénéficier des faveurs de Rodolphus et Bellatrix, et par conséquent de Voldemort lui-même. Ce dernier avait même accepté de faire de lui un mangemort au début de l'année 1980.

Les mois s'écoulèrent. Dagolitus avait arrêté de se lamenter sur la mort de son géniteur car il avait trouvé en Voldemort bien mieux que cela. Le Seigneur des Ténèbres le savait de sang-pur et se moquait éperdument du nom qu'il portait, tant qu'il lui était fidèle et utile.

Les choses auraient pu continuer comme ça s'il n'y avait pas eu ce morveux d'Harry Potter pour à nouveau bouleverser ses plans. Après la disparition de Voldemort, Dagolitus s'était retrouvé sans aucune protection. Rabastan, Rodolphus et Bellatrix avaient été enfermés à Azkaban suite à l'agression sur les Aurors Frank et Alice Londubat. Quant à Lucius Malefoy et les autres mangemorts toujours libres, ces lâches et ces hypocrites avaient décidé de jouer profil bas.

Dans ces circonstances, Dagolitus n'avait eu d'autre choix que de se débrouiller seul. Ce qui n'était pas particulièrement aisé quand on n'avait pas de nom, pas de fortune, et la Marque des Ténèbres tatouée sur le bras. Il s'était rendu une dernière fois chez Lucius Malefoy pour lui expliquer qu'il comptait s'exiler. Malefoy n'avait rien voulu savoir de ses plans mais lui avait donné une belle quantité de gallions pour qu'il disparaisse loin et définitivement.

Et c'est ce qu'il avait fait. Il avait quitté la Grande-Bretagne pour la France, puis l'Espagne et le Portugal. Au bout de deux ans, l'idée lui était venue de prendre l'identité de Filibert Molkins. Il avait voyagé durant de nombreuses années sur tous les continents. Il était en Thaïlande lorsqu'il avait senti sa marque le brûler atrocement, signe que le Maître rappelait ses fidèles. Le temps et les évènements lui avaient cependant appris à être méfiant, raison pour laquelle il n'avait pas répondu à l'appel. Trois ans plus tard, il avait appris la mort de Voldemort, tué par Harry Potter et celle de Rabastan, Rodolphus et Bellatrix. Lucius Malefoy était vivant mais en prison, tandis que Narcissa avait été innocentée.

A partir de cet instant, Dagolitus Lestrange avait décidé de rentrer en Angleterre. Mais pour cela, il avait dû apprendre à être patient.

Il avait tout préparé, minutieusement. Il s'était rendu à Bombay afin de s'imprégner des lieux où la famille Molkins était censée avoir vécu. Sur place, il avait confectionné de faux certificats de décès au nom de Hubert et Ambroisie Molkins. Il était également parvenu à faire établir divers documents administratifs : achat et revente d'une maison par Filibert Molkins, demande de passeport au nom d'Antoinette Molkins, acte de mariage de Fitzwilliam Molkins avec une nommée Ashanti Suchandra, demande de passeport au nom de Bathsheba Molkins. Autant de petites choses qui rendaient réelle l'existence de sa prétendue famille.

En mai 2007, estimant qu'il était prêt, il était revenu en Angleterre. Il avait constaté avec un mélange de déception et de soulagement que quasi plus personne ne se souvenait de la famille Molkins. Il en regretta presque tout le temps perdu à créer toutes ces preuves…

Un mois plus tard, il était parvenu à se faire engager au Ministère de la Magie comme employé au Département des Transports. Il y avait fait la connaissance de Ron Weasley qui venait d'être nommé directeur adjoint du Département des Sports. Au fil des semaines, ils finirent même par se lier d'amitié, tant et si bien que Dagolitus se trouva un jour invité à dîner chez les Weasley. Il y rencontra Arthur et Molly bien sûr, mais aussi Percy, sa femme Audrey, George et Angelina et Hermione, l'épouse de Ron.

Il les détestait tous. De plus profond de son âme. Ron et ses airs d'homme important parce qu'il était un héros de guerre. George et ses plaisanteries douteuses. Percy, ennuyeux à mourir. Arthur, ce benêt sans ambition. Et surtout Molly. Cette mégère qui avait tué sa chère Bellatrix. Il ne pouvait plus haïr Fred. Celui-là était déjà six pieds sous terre, juste retour des choses pour avoir tué Rodolphus.

Il avait fait bonne figure pendant toute la première partie du repas, souriant, plaisantant, complimentant Molly sur sa cuisine.

Puis elle était arrivée. En retard. A cause d'une dispute avec son mari. Ses yeux étaient rougis d'avoir pleuré. Ses joues aussi. Mais elle était magnifique. Dagolitus se souvenait avoir murmuré « Ornella » en la voyant. Elle l'avait regardé, étrangement d'abord, puis elle avait souri et s'était présentée.

Ginny Weasley.

Au cours de la soirée, il avait appris qu'elle était mariée à Harry Potter mais que ce mariage battait de l'aile depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Elle songeait très sérieusement à divorcer mais elle ne se sentait pas le courage d'élever seule ses deux enfants. Dagolitus l'avait écoutée, patiemment.

Quelques jours plus tard, ils s'étaient croisés par hasard sur le Chemin de Traverse. Ils étaient allés boire un café et avaient parlé de tout et de rien. D'une rencontre fortuite, ils étaient passés à des rendez-vous réguliers. En tout bien, tout honneur, certes… mais de plus en plus nombreux. Ils étaient devenus proches, très proches, presque complices. Tant et si bien que le jour où Ginny avait découvert son mari en train de baiser un autre homme sur le canapé du salon, elle s'était précipitée chez son cher et tendre ami Filibert pour y trouver du réconfort.

Les Weasley ne le savaient pas, Harry Potter non plus, mais ce jour-là très précisément, tous les éléments s'étaient mis en place pour que Dagolitus Lestrange obtienne un jour la vengeance pour sa famille. Cela prendrait du temps, beaucoup de temps, mais il y parviendrait. Après tout, il était patient…

O°O°O°O°O°O°O

Manoir Malefoy, Wiltshire

-J'ai renforcé les protections autour du Manoir, dit Luna Lovegood en rejoignant Draco dans le salon.

- Ça ne servira à rien.

- Tu doutes de mes compétences ?

- Face à Lestrange ? Oui. Il pratique la magie noire depuis qu'il est en âge de tenir une baguette. S'il a été formé par Bellatrix et Rodolphus, alors il connaît des sorts dont tu n'as même pas idée de l'existence.

Luna ne répondit pas. Elle se contenta de prendre place dans un des fauteuils.

-C'est joli chez toi, dit-elle après un temps. Je ne m'en étais pas aperçue la première fois que je suis venue.

Draco la regarda avec des yeux ronds. Il ne se ferait jamais à ses réflexions sorties de nulle part.

-Oh ! s'exclama-t-elle en se relevant et en se dirigeant vers le tableau ornant le mur du fond et représentant une partie de chasse. De quand date cette peinture ?

- 1870, je crois. C'est mon aïeul, Nicholas Malefoy.

- C'est le Manoir ?

- Oui, en effet.

- Ça alors !

Luna tourna vers Draco un visage extatique.

-Vous aviez des ronflaks cornus dans la forêt qui entoure le Manoir !

- Heu… non. Ça, ce sont des sangliers.

- Ce sont des ronflaks cornus.

- Ce sont des sangliers. Les ronflaks cornus n'existent pas.

- C'est ce qu'on disait des grapcornes avant que Norbert Dragonneau ne les découvre…

Draco leva les yeux au ciel. Il n'était pas d'humeur à discuter de créatures imaginaires avec une Auror à moitié cinglée.

-Je sors avec le petit-fils de Norbert Dragonneau, continua Luna en examinant la toile de plus près.

- Ah. Tant mieux.

- Il s'appelle Rolf. Il est très gentil. Il…

- Ecoute, Lovegood… On ne se connaît pas. Avant aujourd'hui, j'ai dû t'adresser deux mots dans toute ma vie et ils ne devaient pas être sympathiques. Alors ne te sens pas obligée de me faire la conversation.

- Je ne me sens pas obligée. Je pensais que ça t'intéresserait.

- Eh bien tu pensais mal. Je n'en ai rien à faire.

Luna fronça les sourcils.

-Tu n'es pas quelqu'un de très agréable, en fait. Je préfère tenir compagnie à ta mère.

Sur ces mots, elle sortit du salon et grimpa l'escalier, laissant Draco plutôt perplexe.

O°O°O°O°O°O°O

Dagolitus s'arrêta devant l'immense grille qui donnait accès au Manoir. Immédiatement, il ressentit la vibration des sorts qui protégeaient la propriété. Il eut un petit sourire en coin.

Comme si ça allait l'arrêter…

D'un geste négligent de la baguette, il fit fondre le portail et remonta tranquillement l'allée vers l'entrée du Manoir, résolu à éliminer la seule personne susceptible de contrecarrer ses plans.

Arrivé au perron, il hésita. Allait-il faire exploser la porte ou bien y mettre le feu ? Il se décida pour une approche plus conventionnelle : il secoua la lourde cloche de l'entrée.

-Bonjour, dit un elfe en ouvrant la porte. Que puis-je…

- Astanath goleth !

La petite créature s'écroula sur le sol sans avoir pu ajouter un mot de plus.

O°O°O°O°O°O°O

Quand il entendit la cloche, Draco sursauta et se précipita hors du salon. Personne n'avait interdit aux elfes de maison d'aller ouvrir la porte. Quand il arriva dans l'entrée, il était trop tard.

Loki était étendu par terre. Mort de toute évidence.

Son regard se porta ensuite sur l'homme debout dans le hall. Il sut immédiatement de qui il s'agissait. Mais le temps qu'il dégaine sa baguette, l'autre lui avait déjà jeté un sort de stupéfixion. Draco tomba à la renverse, sa tête heurtant violemment le sol de marbre et se mettant à saigner abondamment.

-Tu ne m'en voudras pas si je ne te tue pas tout de suite, mon cher Draco, murmura Dagolitus en s'agenouillant à côté de lui. J'ai besoin de toi vivant pour quelques minutes encore.

Il fit tournoyer sa baguette au-dessus du corps de Draco à plusieurs reprises avant de prononcer à voix haute :

-Eidôlon !

Il tourna ensuite la baguette vers lui. Celle-ci diffusa une brume argentée qui se répandit sur tout son corps, lui donnant l'apparence de Draco. Quand ce fut fait, il fit léviter le corps immobile dans la première pièce qu'il trouva et dont il verrouilla les issues au moyen d'un sort. De retour dans le couloir, il murmura rapidement « Tergeo » afin de faire disparaître les traces de sang et grimpa les escaliers quatre à quatre.

O°O°O°O°O°O°O

Résidence Molkins, Godric's Hollow, Pays de Galles

Agacée, Ginny Weasley referma son livre d'un coup sec. Elle en avait assez des horaires de son mari. Depuis qu'il avait quitté le Ministère, deux ans auparavant, pour ouvrir sa propre société de dispositifs magiques de sécurité, elle ne le voyait quasiment plus. Par Merlin, on était samedi et il trouvait le moyen de s'absenter pour aller voir un client ! Alors qu'ils étaient censés se retrouver tous ensemble au Terrier pour l'anniversaire de sa mère.

Ginny se leva du fauteuil en soupirant. Il était bien loin le temps où Filibert était attentionné, tendre et aimant. Elle caressa son ventre avec tristesse, se demandant chaque jour un peu plus quel père il ferait pour leur petite fille.

Avisant la pendule accrochée au mur, elle soupira derechef. Il fallait qu'elle prévienne ses parents qu'ils auraient du retard.

En traversant le vestibule qui menait au salon, elle remarqua que la porte du bureau de Filibert était entrouverte. Chose anormale, sachant que son mari refusait à quiconque l'entrée de cette pièce, y compris à l'elfe de maison. La raison tenait aux documents hautement confidentiels qu'il y entreposait. A chaque fois qu'il en sortait, même quelques minutes, il prenait soin de verrouiller magiquement la porte.

Or, à cet instant précis, elle était ouverte.

Ginny se rappela que Filibert avait quitté le domicile dans la plus grande précipitation, arguant d'une urgence auprès d'un client. Il était agité, nerveux, presque… paniqué. La situation devait être grave pour qu'il en oublie de jeter le sort de fermeture.

Alors qu'elle allait continuer son chemin vers le salon, la curiosité de Ginny fut plus forte que tout. Elle poussa doucement la porte qui s'ouvrit en grinçant légèrement.

O°O°O°O°O°O°O

Manoir Malefoy, Wiltshire

Dagolitus trouva Narcissa dans sa chambre, en train de remplir une valise. Deux autres étaient déjà prêtes dans un coin de la pièce.

-Draco ? Tout va bien ? demanda-t-elle en relevant la tête. J'ai entendu la cloche de l'entrée.

- Ce n'était rien. Il… il n'y avait personne en fait.

- Tu es sûr que ça va ? redemanda-t-elle en fronçant les sourcils.

- Je… oui. Ça va.

Narcissa se redressa, les mains sur les hanches, un sourire ironique sur le visage.

-Ne me dis pas que tu es triste parce que je m'en vais !

- Eh bien, si, un peu. Tu vas me manquer.

- Je ne serai pas partie très longtemps, ne t'en fais pas.

Elle se tourna ensuite vers son dressing, déplaçant les cintres, une moue dubitative sur le visage.

-Tant que tu es là, dis-moi… vaut-il mieux que je prenne mon manteau en zibeline ou bien le vison que tu m'as offert l'année dernière ?

- Je ne sais pas… comme tu veux. Le vison ?

- Hm. Je me disais aussi.

Narcissa fouilla encore quelques instants dans la valise avant de se redresser calmement, sa baguette à la main.

-Draco déteste les fourrures, dit-elle froidement. Il ne m'a jamais offert de vison. Et ce n'est certainement pas son genre de pleurnicher parce que je m'absente quelques jours… Mais ça, vous ne pouviez pas le savoir. N'est-ce pas ? Dagolitus.

O°O°O°O°O°O°O

Résidence Molkins, Godric's Hollow, Pays de Galles

Si la pièce était plutôt bien rangée, ce n'était pas le cas du bureau. On aurait dit qu'un typhon était passé par-dessus. Des papiers étaient répandus un peu partout et une tasse de thé gisait, renversée sur un exemplaire du Daily Prophet qui trainait en plein milieu.

-Tsss, s'agaça Ginny. Et après, on se demande pourquoi personne ne peut entrer ici.

Elle contourna le bureau, prit la tasse pour la ramener à la cuisine ainsi que le journal, complètement trempé. Elle ricana en se demandant si, au lieu d'un client, ce n'était pas plutôt la nouvelle de la mort de Lucius Malefoy qui avait mis son mari dans un état pareil. Elle en riait encore quand elle remarqua une photographie qui dépassait d'un dossier.

-Qu'est-ce que c'est que ça ? murmura-t-elle en prenant la photo.

C'était un cliché de Ron, sortant du Ministère en compagnie de Padma Patil. Elle ouvrit le dossier où d'autres photos se trouvaient. Certaines étaient sans équivoque sur ce que son frère et Padma étaient en train de faire. Elle y trouva aussi des documents provenant du Ministère et signés par Ron ainsi qu'une sorte de liste. Des phrases étaient biffées, les unes après les autres. Elles étaient illisibles sauf la dernière. Ginny put identifier les mots « impliquer dans vol plans ». Il restait ensuite deux mentions non raturées : « dévoiler liaison » et « test paternité ».

Elle parcourut des yeux le reste des documents éparpillés sur le bureau et ne put retenir une exclamation de surprise. Il y avait des dossiers sur tout le monde : Ron, Harry, ses parents, son frère George. Un sur elle également. D'un doigt tremblant, elle l'ouvrit. Il ne contenait presque rien, sinon des feuilles reprenant la plupart de ses allées et venues ces trois derniers mois et quelques photos prises dans la rue.

Puis, elle s'intéressa au dossier de Harry. Il contenait des photos de lui et Draco, d'autres avec Olivier, d'autres encore avec Albus et James. La liste le concernant était tout aussi raturée que celle de Ron et avec encore plus de hargne, si bien qu'elle ne put rien déchiffrer. Par contre, elle lut parfaitement la dernière ligne, intacte : « Ses enfants ».

Elle recula brusquement, comme électrocutée. Ce faisant, son pied se posa sur quelque chose au sol. C'était une autre photo, découpée dans le journal cette fois. Lentement, elle se baissa pour la ramasser. Le cliché représentait une femme. Avec effroi, Ginny constata que le visage de la femme avait été gribouillé au point que le papier en était déchiqueté. Seule la légende sous la photo lui permit de comprendre de qui il s'agissait.

« Narcissa Malefoy, à l'ouverture du procès de son mari en 1999 ».

-Oh Merlin !

Ginny lâcha tout ce qu'elle avait en main et sortit en trombe du bureau. Ses doigts tremblaient mais elle parvint à s'emparer de son téléphone et composer un numéro.

O°O°O°O°O°O°O

South Hampstead, Londres

Harry sortit de l'appartement de Blaise Zabini, rassuré. Même s'il lui en coûtait de ne pas pouvoir être avec ses fils pour leur dernier jour avant leur retour à Poudlard, il avait préféré les confier à la garde d'Hermione et Blaise.

Après leur avoir brièvement expliqué la situation, ce fut Blaise qui proposa de les emmener dans son loft. Il y avait en effet peu de chance que Lestrange en connaisse l'existence. Tout comme Harry, Hermione était horrifiée à l'idée que Rose ait pu côtoyer ce psychopathe lors des visites de Ron chez sa sœur ou à l'occasion des repas familiaux. Harry tenta de la rassurer du mieux qu'il pouvait, lui promettant que ce cauchemar serait bientôt terminé.

Fort heureusement, James et Albus n'avaient rien perçu de la tension qui régnait autour d'eux, trop heureux de passer la soirée et la nuit chez leur tante, qui plus est dans un appartement aussi incroyable que celui de Blaise. Soulagé, Harry les avait embrassés, leur promettant qu'il viendrait les chercher lui-même le lendemain pour les emmener à King's Cross.

La sonnerie de son téléphone portable le tira de ses pensées. Il fronça les sourcils en voyant l'identité de l'appelant.

-Ginny.

- Harry… Harry… les enfants… ils sont avec toi ?

- Pourquoi tu me demandes ça ?

- Harry… je ne veux pas me disputer avec toi… je veux seulement savoir…

Contrairement à son habitude, le ton de Ginny n'était pas agressif mais plutôt inquiet. Terriblement inquiet.

-Ils vont passer le reste de la journée et la nuit avec Hermione.

Il put distinctement entendre un soupir de soulagement à l'autre bout de la ligne.

-Ginny ? Est-ce que ça va ?

- Oh Harry ! Je… Merlin… je…

Harry l'entendit se mettre à pleurer et comprit tout de suite qu'il s'était passé quelque chose. Quelque chose en rapport avec son mari.

-Ginny, que se passe-t-il ? demanda-t-il le plus calmement possible.

- C'est… c'est Filibert… j'ai trouvé dans son bureau… des dossiers, des photos… de toi, de moi, de Ron, de mes parents… des enfants aussi… c'était… je ne comprends pas pourquoi il a tout ça… mais j'ai peur… et puis, il y avait cette photo de Narcissa Malefoy découpée dans le journal…Oh Merlin, Harry… je ne savais pas qui appeler d'autre…

- Il n'y a aucun problème, tu as bien fait de m'appeler. Ginny… qu'est-ce qui t'inquiète au juste ?

Le silence se fit à l'autre bout du fil.

-Ginny ?

- Harry, dit-elle tout bas, tu vas me prendre pour une folle mais je crois que Filibert veut s'en prendre à Narcissa Malefoy.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Son visage… sur la photo… il était déchiqueté… Comme si… enfin, tu vois…

- Où es-tu pour le moment ?

- A la maison.

- Et ton mari ?

- Je ne sais pas… il… il devait voir un client… mais il est parti tellement vite, il avait l'air tellement… paniqué.

- Ok. Tu vas immédiatement prendre la cheminée pour aller chez tes parents. Tu vas contacter Ron et lui demander d'en faire autant avec Lavande et Rose. Ensuite, vous vous rendez tous au Ministère. Je vais prévenir Neville.

- Harry, que se passe-t-il ?

- Je ne peux rien t'expliquer pour le moment. Je sais que les choses sont compliquées entre nous depuis longtemps et que tu ne me fais plus forcément confiance, mais là, je te le demande. Tu dois me faire confiance, Ginny.

- D'accord, dit-elle après un temps.

- Merci.

- Non. Merci à toi.

- Ginny, fais attention à toi.

Nouveau silence.

-Toi aussi. A bientôt, Harry.

Sitôt qu'il eut raccroché avec Ginny, Harry forma un numéro.

-Neville ? C'est Harry. Lestrange est chez les Malefoy.

O°O°O°O°O°O°O

Manoir Malefoy, Wiltshire

Dagolitus Lestrange eut un sourire en coin.

-C'est adorable, une mère qui connaît si bien son enfant…

- Qu'avez-vous fait de mon fils ? demanda-t-elle d'une voix froide.

- Rien de fâcheux pour le moment mais ça pourrait changer si vous ne faites pas ce que je vous demande.

- Que voulez-vous ?

- Que vous me suiviez sans faire d'histoires.

- Pour que vous puissiez m'éliminer et que votre secret soit bien gardé ?

- Je n'avais pas pour projet de vous tuer… seulement de vous soumettre à un puissant sort d'oubliette. Mais si vous insistez, je peux parfaitement vous éliminer… Je fais ça très bien, comme vous le savez.

- Vous arrivez trop tard, Dagolitus. J'ai parlé aux Aurors.

- Vraiment ?

Il eut un petit reniflement incrédule.

- Oui. Vraiment, dit une voix dans son dos.

A suivre...