DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Grâce à vous, j'ai dépassé les 500 reviews cette semaine ! C'est incroyable ! Merci à tous pour votre fidélité et vos commentaires si encourageants. Le revers de la médaille, c'est que je n'ai pas eu le temps de répondre à tout le monde, j'en suis désolée.
Voici la suite.
Bonne lecture !
Chapitre 27 – Rolling in the deep
"Go ahead and sell me out and I'll lay your ship bare
See how I'll leave with every piece of you
Don't underestimate the things that I will do"
(Adele)
3 janvier 2015 – Manoir Malefoy, Wiltshire
-Oui. Vraiment, dit une voix dans son dos.
L'homme se retourna d'un bond pour voir Luna Lovegood dans l'encadrement de la porte de la salle de bain. Il se fustigea pour son manque de prudence.
-Lâchez votre baguette, dit-elle.
- Ou sinon quoi ? ricana-t-il.
Il murmura une incantation au moment où Luna lui lançait un stupéfix et Narcissa, un sort de désarmement. Un bouclier protecteur s'était formé autour de lui et celui-ci fit ricocher les sorts lancés par les deux femmes. Si Narcissa parvint à s'esquiver, ce ne fut pas le cas de Luna, qui prit l'expelliarmus de plein fouet. Le sort la projeta en arrière et la fit s'écrouler, inconsciente sur le carrelage de la salle de bain.
-Bien… à nous deux, Narcissa.
- Vous ne vous en tirerez pas comme ça…
- Hm… je trouve au contraire que je m'en sors plutôt bien.
Dagolitus s'interrompit. Des pas précipités se faisaient entendre dans le couloir, ainsi qu'une voix.
-Draco ? Narcissa ? Vous êtes là ? Narcissa ?
Lestrange s'approcha de Narcissa à la vitesse de l'éclair. Il veilla à refermer la porte de la salle de bain pour que personne ne puisse apercevoir le corps de l'Auror à l'intérieur.
-Si vous faites le moindre geste, le moindre signe suspect, votre fils est un homme mort, chuchota-t-il. Vous connaissez mes pouvoirs et ce dont je suis capable, alors n'essayez pas de me doubler. C'est clair ?
Narcissa hocha la tête.
-Bien. Débarrassez-vous de ce visiteur au plus vite.
Harry entra dans la chambre, baguette brandie et le souffle court.
-Oh Merlin, vous êtes là ! s'écria-t-il. J'ai cru que Lestrange m'avait devancé. Venez, il faut partir d'ici, et vite !
- J'ai… juste encore quelques petites choses à emballer, dit Narcissa.
- Ce n'est pas le moment de faire la coquette ! Lestrange est à vos trousses ! s'énerva Harry.
- Oui… mais…
- Harry a raison, dit Lestrange, très calmement. Il faut que tu te dépêches.
D'un coup de baguette, il envoya dans la valise les quelques vêtements épars sur le lit. Harry tiqua mais ne laissa rien paraître. Discrètement, il regarda Narcissa, qui se tenait légèrement en retrait. Celle-ci leva les yeux vers lui et fit un signe de la tête, imperceptible mais suffisant pour Harry.
-Narcissa, dit Harry, l'air de rien. Vous n'avez pas changé d'avis, tout de même ?
- Non. Non, bien sûr que non. C'est juste que… je ne pense pas qu'aller à Cherbourg soit une bonne idée.
- Pourquoi ? Nous étions d'accord là-dessus pourtant. N'est-ce-pas Draco ?
Lestrange ne dit rien, se contentant de regarder Harry et Narcissa alternativement.
-Le mieux serait que j'aille à New-York, dit Narcissa avec aplomb. Dans l'appartement de Draco. Personne ne connaît l'adresse et le lieu est sécurisé.
- Hm, oui, acquiesça Harry. C'est vrai que c'est une bonne idée. Qu'en penses-tu ? demanda-t-il en le regardant bien en face.
- Peu importe. Du moment qu'elle est en sécurité.
- Alors, c'est entendu. Je vais réserver un portoloin.
Harry fit quelques pas en arrière mais au lieu de sortir de la chambre, il leva sa baguette en direction de Draco.
-Lâche ta baguette, Lestrange.
- Harry… mais qu'est-ce qu'il te prend ? C'est moi… Draco.
- Tu n'es pas Draco ! Draco est gaucher et toi tu tiens ta baguette de la main droite. De plus, Draco n'a pas d'appartement à New York, du moins plus maintenant. Alors, pour la dernière fois… Lâche. Ta. Baguette.
Lestrange ne fit pas un geste, se contentant d'esquisser un sourire froid.
-Expelliarmus ! cria Harry.
Son sort fut dévié par le bouclier que Dagolitus venait d'invoquer en même temps qu'il se saisissait de Narcissa, la tenant en joue avec sa baguette.
-Un mouvement de plus, Potter et je la tue, siffla-t-il.
- Rends-toi Lestrange ! Tout le monde est au courant de ton petit secret. Les Aurors sont ici ! Ta petite vie tranquille est terminée !
- Ça, c'est toi qui le dis. Ce que j'ai fait une fois, je pourrai le refaire !
- J'admets que tu as été assez brillant.
- N'est-ce-pas ? se gaussa Dagolitus. Ceci dit, c'était plus facile que ça n'en avait l'air… Il suffisait d'être bien organisé, de créer suffisamment de preuves. En fait, tout est dans les détails. Il en faut mais pas trop… sinon, ça paraît suspect…
Au fur et à mesure qu'il parlait de ses prouesses, sa vigilance retombait. Il ne vit donc pas la porte de la salle de bain se rouvrir très doucement, ni une baguette être pointée sur lui. Le sort de stupéfixion lancé par Luna le frappa sans qu'il s'en rende compte.
-Narcissa ! Vous allez bien ? demanda Harry en se précipitant sur elle.
- Oui mais il faut trouver Draco ! Je ne sais pas ce qu'il a fait de lui !
- Nous l'avons trouvé, dit Neville qui entrait à son tour, suivi de deux autres Aurors. Il était stupéfixé et enfermé dans une pièce du rez-de-chaussée.
- Lestrange est sous polynectar ?
- Non, dit Luna. Regarde.
Elle agita la main à quelques centimètres de la surface du corps inerte et celle-ci se mit à onduler comme de l'eau.
-Le charme du miroir. Il devrait s'estomper d'ici quelques minutes.
- Draco va bien ? demanda Narcissa.
- Il est blessé, admit Neville. En tombant, sa tête a heurté durement le sol. Il saignait beaucoup et il était inconscient. Nous l'avons amené à Sainte-Mangouste.
- Par Merlin ! Je dois y aller ! s'exclama-t-elle.
- Je vous accompagne, ajouta immédiatement Harry.
- Allez-y. Nous nous chargeons de lui, dit Neville en faisant un signe de tête vers Dagolitus Lestrange qui reprenait doucement son apparence. Mais vous devrez venir assez rapidement au Ministère pour être auditionnés, d'accord ?
Harry et Narcissa hochèrent la tête et quittèrent les lieux sans plus tarder, trop pressés de se rendre à Sainte-Mangouste.
Neville se tourna ensuite vers sa collègue.
-Luna, tu vas bien ? demanda-t-il avec inquiétude, remarquant qu'elle avait une plaie au front.
- Oui… je vais avoir une belle bosse d'ici quelques minutes mais sinon, ça va.
- Tu devrais peut-être aller à Sainte-Mangouste également.
- Non, ce n'est pas nécessaire. J'ai un baume à base de crottes de dirico qui est très efficace. C'est Rolf qui me l'a donné. Il…
- Rolf ?
- Oui, Rolf Dragonneau. Mon petit-ami.
Neville eut l'impression qu'on lui jetait un seau d'eau glacée sur la tête.
-Ton petit ami ?
- Oui, dit Luna d'un air rêveur. Nous sortons ensemble depuis un mois.
Elle s'apprêtait à suivre ses deux collègues qui faisaient léviter Dagolitus Lestrange hors de la chambre quand elle remarqua que Neville ne bougeait pas.
-Neville ? Ça va ? Tu as l'air… bizarre…
- Non… non, tout va bien, dit l'Auror en se ressaisissant.
- Bien, sourit Luna. On se retrouve au Ministère dans ce cas !
Et elle partit d'un pas sautillant.
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Hôpital Sainte-Mangouste, Londres Sorcier
-Mon nom est Narcissa Malefoy. Mon fils Draco Malefoy a été amené ici par des Aurors. Il est blessé à la tête.
- Oui, en effet, confirma l'infirmière. Les guérisseurs sont toujours avec lui. Si vous voulez bien patienter, quelqu'un va venir vous donner des nouvelles.
Narcissa allait protester mais Harry l'en empêcha.
-Narcissa, dit-il doucement. Ça ne sert à rien. Attendons.
Ils allèrent s'installer dans la salle d'attente. Narcissa prit place dans un fauteuil en simili cuir qui couina lorsqu'elle s'assit.
-Vous voulez quelque chose à boire ? Un thé ou un café ? demanda Harry.
- Non merci. Je ne suis pas capable d'avaler quoi que ce soit.
- Moi non plus, soupira-t-il en s'asseyant à côté d'elle.
Ils restèrent silencieux quelques instants avant qu'Harry ne demande :
-Vous l'aviez reconnu ?
- Disons que j'ai compris immédiatement que ce n'était pas Draco. C'est… c'est inexplicable mais une mère sent ces choses-là. Je connais son visage par cœur. Je devine son humeur rien qu'à l'éclat de ses yeux ou à la manière dont il se tient. Vous savez, il a beau avoir 34 ans, il restera toujours mon petit garçon. Mon unique petit garçon.
Sa voix se brisa sur ces derniers mots. Harry lui prit doucement la main.
-Il va s'en sortir. Il est fort et en bonne santé. Il va s'en sortir.
- Je m'en veux tellement, vous savez…
- Pourquoi ? Vous l'avez dit vous-même, vous étiez tenue par un Serment…
- Non, pas ça. C'est moi qui ait demandé à Draco de rester jusqu'à mon départ... Si… si je n'avais pas été aussi… mièvre… il… il n'aurait…
Elle ferma les yeux. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues pâles.
-Détrompez-vous ! dit Harry. Connaissant Draco, il serait resté quand même. Il était très inquiet pour votre sécurité. Je suis même sûr qu'il aurait exigé de venir en Italie avec nous afin de voir si vous étiez bien installée.
Narcissa esquissa un faible sourire.
-Merci Harry. Merci d'être là. Pour moi. Et pour lui.
Il ne répondit pas, se contentant de serrer sa main un peu plus fort.
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Résidence Molkins, Godric's Hollow, Pays de Galles
Neville entra dans le bureau de Filibert Molkins en compagnie de trois autres Aurors. Pendant ce temps, Luna prenait la déposition de Ginny au Ministère.
-Ouvrez tous les tiroirs, toutes les armoires, commanda-t-il. Fouillez tout. Ne négligez rien.
Il s'approcha de la table de travail et enfila des gants afin de ne pas laisser de traces. Il ouvrit le premier dossier à sa portée, celui qui concernait Harry. Il ne dut pas chercher longtemps avant de trouver un document reprenant la procédure de demande d'agrément d'un balai de course. Sur un coin était noté une date, soulignée trois fois : le 4 février 2012. Le jour où Harry s'était présenté au Ministère pour son obtenir son agrément.
Neville n'eut plus aucun doute sur l'identité de celui qui avait volé les plans. DL. Pour Dagolitus Lestrange.
Plus fondamentalement, il s'inquiéta de trouver toute une série de photos de James et Albus, dont certaines avaient été prises à Poudlard.
Dans le dossier de Ron, il trouva à peu près les mêmes documents que dans celui de Harry, concernant le vol des plans. Preuve s'il en était que Lestrange voulait aussi l'incriminer dans cette affaire. Il prit sur lui de rien montrer quand il trouva les photos compromettantes de Padma et de Ron. Il savait que Padma avait eu des liaisons avec plusieurs membres du Ministère mais le voir, en images et en couleurs, lui faisait plus de mal qu'il ne le pensait.
Rageusement, il referma le dossier et le rassembla avec les autres.
-Robins, embarque-moi tout ça. Ce salaud n'échappera pas à Azkaban.
Il sortit à grands pas de cette pièce devenue étouffante, sous le regard surpris de ses collègues.
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Hôpital Sainte-Mangouste, Londres Sorcier
Au bout d'une demi-heure, la patience de Harry avait atteint ses limites.
Il était dans un tel état qu'il était à deux doigts de faire valoir son statut de héros du monde sorcier, de vedette de Quidditch ou de PDG de la plus grosse société sorcière du pays, pourvu qu'on lui donne des nouvelles de Draco.
Il n'eut cependant pas à le faire car c'est à ce moment qu'un guérisseur s'approcha de Narcissa.
-Madame Malefoy ? Je suis le Guérisseur Philips. C'est moi qui suis en charge de votre fils.
- Comment va-t-il ?
- La chute a occasionné une sévère commotion cérébrale et un hématome sous-dural. Nous avons traité l'hématome qui s'est résorbé complètement. Nous devrons attendre qu'il se réveille pour déterminer s'il y a ou non des séquelles. Et, malheureusement, à l'heure où nous parlons, votre fils est toujours inconscient.
- Vous voulez dire qu'il est dans le coma ? s'affola Narcissa.
- Nous ne pouvons pas encore parler de coma. C'est trop tôt. Ceci dit, comme il n'y a aucune cause médicale à son état d'inconscience, si celle-ci devait perdurer… eh bien, dans ce cas, oui… nous devrions considérer qu'il est dans le coma. Nous ne pouvons rien dire de plus pour le moment.
Harry avait écouté les explications du guérisseur, en tentant de contenir sa colère contre Lestrange. Par Merlin, si ce salaud était devant lui, il le tuerait de ses mains.
-Est-ce que je peux le voir ? demanda Narcissa.
- Oui, bien sûr. Il est par là. Dans la chambre 308, dit le guérisseur en faisant un geste de la main.
Comme elle allait s'engager dans le couloir indiqué, Harry voulut la suivre mais il fut arrêté par le guérisseur.
-Je suis désolé, Monsieur. Les visites sont réservées à la famille.
- Mais je…
A cet instant, il aurait tout donné pour pouvoir dire à cet homme qu'il était le compagnon, le fiancé ou le mari de Draco Malefoy. Mais il ne le pouvait pas. Car il n'était rien. Rien d'autre qu'un ex-amant, devenu un ami.
Il hocha la tête et s'apprêtait à aller se rasseoir quand la main de Narcissa Malefoy se referma sur son bras.
-Guérisseur Philips, dit-elle. Monsieur Potter va m'accompagner.
- Madame, comme je l'ai dit, les visites sont réservées à la famille…
Narcissa fixa l'homme droit dans les yeux.
-Croyez-moi, dit-elle en insistant sur chaque mot, ce jeune homme est beaucoup plus pour Draco que qui que ce soit d'autre. Même sa famille.
- Oh ! Je… je… pardonnez-moi... je n'avais pas compris que… désolé, bafouilla-t-il.
Sans laisser le temps au guérisseur de s'excuser davantage, Narcissa traina Harry avec elle dans le couloir.
-Vous n'auriez pas dû, dit Harry.
- Je n'aurais pas dû quoi ?
- Lui mentir. Sur moi.
- Je ne lui ai pas menti, répondit Narcissa en ouvrant la porte de la chambre 308.
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La chambre était entièrement blanche, depuis la couleur des murs jusqu'aux draps de lit entre lesquels Draco reposait. Sa tête était entourée d'un bandage. Il semblait paisible.
Narcissa s'approcha et se pencha pour l'embrasser sur le front. Puis, elle s'assit sur le rebord du lit et lui caressa doucement la joue.
-Tout va bien, Draco, dit-elle. Tout s'est bien terminé... Enfin… sauf pour Loki… Harry et les Aurors sont arrivés avant que Lestrange ne s'en prenne à moi. A l'heure où on parle, cette vermine est sous les verrous. Il ne fera plus de mal à personne.
Elle se tut, comme pour lui laisser le temps de répondre. Mais rien ne vint. Draco restait désespérément immobile et silencieux.
-Tu as une commotion, expliqua-t-elle. Et un hématome sous-dural. Les guérisseurs sont parvenus à le résorber. Tu ne devrais pas avoir de séquelle, mais pour en être sûr, il faut que tu réveilles.
Nouvelle pause. Nouveau silence.
-Bien. Il faut que j'aille au Ministère pour faire une déclaration et leur donner mes souvenirs. Je reviendrai juste après. En attendant, je te laisse avec Harry.
Elle se leva, remis le drap bien en place et embrassa son fils une nouvelle fois.
-Narcissa, dit Harry. Vous ne voulez pas que je vous accompagne au…
- Non. Restez près de lui. Il a besoin de vous.
Sur ces mots, elle lui sourit et quitta la chambre, le laissant seul avec Draco.
Harry ne put s'empêcher d'admirer la force de caractère de cette femme. Elle avait enterré son mari le matin-même, on lui annonçait aujourd'hui que son fils unique était inconscient et elle parvenait encore à faire face aux événements avec dignité.
Comme elle quelques instants auparavant, Harry s'installa au bord du lit. D'un geste doux, il glissa la main de Draco dans la sienne.
-J'ai toujours adoré tes mains, dit-il en caressant son poignet du pouce. Il n'y a pas une parcelle de ton corps qui ne soit pas absolument parfaite, mais tes mains surpassent tout le reste. Elles sont belles. Des mains de pianiste. Douces, agiles, pas trop grandes, avec des doigts longs et fins. Quand on était à Poudlard, je ne pouvais pas m'empêcher de les regarder… quand tu manipulais tes ingrédients au cours de potion, ou simplement quand tu y posais ta joue.
Il eut un petit rire désabusé.
-Bon sang, je ne sais pas si tu m'entends mais si c'est le cas… tu me dois me trouver affligeant de connerie. Enfin… c'est peut-être la solution... A force de raconter n'importe quoi, tu vas peut-être te réveiller pour me faire taire, non ?
Harry regarda Draco et s'émerveilla une fois de plus de la beauté et de la délicatesse de ses traits.
-A te voir comme ça, endormi, j'ai envie de t'embrasser. Tu sais… comme dans les contes qu'on raconte aux enfants moldus. Ces histoires où une princesse est plongée dans un sommeil magique à cause d'un mauvais sort ou d'une potion, et où elle ne peut être sauvée que par le baiser du prince charmant. En l'occurrence, le prince charmant, c'est moi. Et la princesse endormie… eh bien, c'est toi. On peut essayer ? Qu'est-ce que tu en dis ?
Très lentement, prenant appui sur une main, il se pencha et posa ses lèvres sur celles de Draco. Elles étaient douces, tièdes et toujours aussi merveilleuses à embrasser.
-Ok, dit-il en se redressant. Ça ne fonctionne pas. Sans doute parce que tu râles que c'est toi la princesse dans l'histoire. Mais je te rassure, Malefoy… quand tu n'es pas en train de t'occuper de tes cheveux, de vérifier la propreté de tes ongles ou la coupe de tes costumes, tu es le mec le plus viril que je connaisse. Vraiment.
Harry soupira, bien conscient que tout cela ne servait à rien. Il pouvait bien raconter tout ce qu'il voulait, Draco ne l'entendait pas, ne réagissait pas. Avec une infinie tristesse, il déplaça une mèche de cheveux qui dépassait du bandage et qui tombait sur sa paupière.
-Tu sais, reprit-il dans un murmure. C'est peut-être un peu tard pour m'en rendre compte, mais je crois que j'ai fait une erreur monumentale en me séparant de toi. Je pensais que j'avais besoin de stabilité et d'être aimé de manière conventionnelle… de rentrer dans la norme. Je me trompais… J'ai seulement besoin de toi. J'ai besoin d'être aimé par toi, et par personne d'autre… Malgré tes tentatives pour me faire croire le contraire, je sais que tu m'aimes, Draco. Je l'ai toujours su. Et peu importe la manière... Peu importe si cet amour est imparfait aux yeux des autres. Pour moi, il est ce qu'il y a de plus beau.
Du doigt, il retraça le contour de sa joue et de sa mâchoire.
-Nous devons croire en ce que nous sommes, vivre notre vie comme bon nous semble. Peu importe que cette vie soit différente. Peu importe ce que les autres pensent. Tout ce qui compte, c'est nous. Rien d'autre n'a d'importance.
Sur ces mots, il lui donna un autre baiser, encore plus tendre que le précédent. Et il se promit que ces mots, Draco les entendrait très bientôt.
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Le Terrier, Loutry St Chaspoule, Devon
Harry poussa la petite barrière en bois et s'engagea dans l'allée plongée dans l'obscurité. Au fur et à mesure qu'il progressait, il pouvait sentir les protections magiques s'activer sur son passage. Aussi, il ne fut pas surpris de voir Arthur Weasley l'attendre sur le perron du Terrier.
-Bonsoir Arthur. J'espère que je vous ne dérange pas.
- Pas du tout. Entre, Harry, dit patriarche en lui serrant la main.
Il s'écarta pour le laisser entrer. Dans le séjour, se trouvaient Ron, George et Molly. Celle-ci se leva immédiatement pour venir à la rencontre de Harry. Elle avait les yeux rougis et semblait épuisée.
-Oh Harry…
- Bonsoir Molly, dit-il en lui donnant une accolade affectueuse. Je suis désolé de venir si tard…
- Ne sois pas désolé, voyons. Tu veux une tasse de thé ?
- Non merci. Je suis juste passé voir comment vous alliez.
- C'est un choc, dit Arthur. Un terrible choc. Je crois que nous n'avons pas encore vraiment réalisé…
- Et Ginny ?
A ces mots, Molly eut à nouveau les larmes aux yeux.
-Elle ne veut plus rentrer chez elle. Je l'ai installée dans son ancienne chambre. Pour le moment, elle dort. Je lui ai donné une légère potion calmante.
- Oh… oui, je comprends.
- Harry, que s'est-il passé ? demanda George. Comment… comment en est-on arrivé là ?
Harry soupira. Il revenait du Ministère où il avait expliqué tout ce qu'il savait à l'Auror désigné pour prendre sa déposition. Mais la famille Weasley, plus que nulle autre, avait le droit de savoir. Pour la deuxième fois, il reprit donc son récit, depuis la conversation fortuite avec Narcissa Malefoy au cimetière, jusqu'à son face-à-face avec Lestrange au Manoir.
Les Weasley l'écoutaient silencieusement. Quand il eut terminé, Molly était en pleurs dans les bras de son mari.
-Je n'en sais pas plus pour le moment, conclut Harry. Neville m'a dit qu'il auditionnerait Lestrange demain matin, à la première heure.
- Comment avons-nous fait pour ne rien voir ! s'exclama Arthur. Bon sang, il porte la Marque des Ténèbres !
- Elle a peut-être disparu ou bien est-il parvenu à la camoufler, suggéra George.
- La Marque ne disparaît pas et on ne peut pas la camoufler, asséna Ron qui parlait pour la première fois. Sans quoi, tu penses bien que les Malefoy auraient été les premiers à essayer de la faire disparaître !
Harry tenta du mieux qu'il put de masquer sa contrariété face au ton venimeux adopté par Ron. Il n'était pas ici pour se disputer avec lui. Calmement, il dit :
-Ça ne sert à rien de vous torturez l'esprit avec ça. Lestrange maîtrise la magie noire mieux que personne, mieux que les Malefoy et peut-être même mieux que Voldemort lui-même. Merlin sait ce qu'il a pu faire à Ginny pour qu'elle ne se rende compte de rien.
- Harry a raison, admit Arthur. Attendons son interrogatoire par les Aurors. Je suppose que nous en apprendrons davantage.
- Je l'espère, dit Harry.
Il embrassa du regard la petite assemblée devant lui, leurs épaules basses, leurs visages fatigués, leurs yeux empreints d'incompréhension et de colère.
-Je vais vous laisser, dit-il.
- Merci d'être passé Harry, dit Molly. Merci pour tout.
-Je n'ai rien fait. C'est grâce à Narcissa Malefoy que Lestrange a pu être démasqué, ajouta-t-il, une lueur de défi dans les yeux.
Molly hocha doucement la tête.
-Oui. En effet. Je vais lui envoyer un hibou pour la remercier.
- La remercier ? s'emporta Ron. La remercier de s'être tue pendant trente ans ?
- Tu as entendu Harry, Ron, dit sa mère un peu sèchement. Elle était sous l'emprise d'un serment inviolable jusqu'à la mort de son mari.
Ron haussa les épaules, à défaut de pouvoir argumenter.
-Je te comprends, lui dit alors Harry. Moi aussi j'ai été en colère et révolté de savoir que mes enfants ont vécu aux côtés d'un mangemort pendant toutes ces années. Moi aussi je lui en ai voulu de son silence… mais rien ne pouvait changer cet état de fait : elle ne pouvait pas contourner le serment inviolable et à supposer qu'elle ait voulu le faire, elle n'avait aucune idée d'où pouvait être Lestrange, ni qu'il avait finalement pris l'identité de Molkins. Tout ce que je retiens, c'est que sitôt qu'elle l'a appris, elle nous a dit tout ce qu'elle savait !
- Je sais, soupira-t-il. Je sais. Mais c'est tellement…
Il se prit la tête entre les mains, incapable d'en dire plus. Harry comprenait son désarroi. Il posa sa main sur son épaule et la pressa légèrement. Ron releva les yeux vers lui. C'était la première marque d'amitié qu'ils échangeaient depuis plusieurs années et Harry se rendit compte que ça lui avait terriblement manqué.
Il ôta sa main et s'éclaircit la gorge pour se redonner contenance.
-Si… si Ginny veut m'accompagner à King's Cross demain pour dire au revoir aux enfants… enfin, si elle est en état… elle peut venir… Les enfants seront contents.
- Oh merci Harry, dit Molly, les larmes aux yeux. Je crois qu'elle en aura besoin.
- Alors, c'est entendu. Je viendrai ici demain, avec James et Albus. Il faudra leur expliquer…
Molly serra Harry dans ses bras et Arthur lui donna une vigoureuse poignée de main.
-Tu veux reprendre la cheminée pour rentrer ? lui demanda Arthur.
- Ce n'est pas de refus. Je comptais retourner à Sainte-Mangouste et c'est plus pratique d'y arriver par cheminée.
- Sainte-Mangouste ? questionna George. Pourquoi vas-tu à Sainte-Mangouste ?
- Oh… vous n'êtes pas au courant…
- Au courant de quoi ?
- Molkins… enfin… Lestrange a attaqué Draco en arrivant au Manoir. Draco est tombé. Il… il est dans le coma.
- Oh Merlin ! souffla Molly en portant la main sur son cœur. Il va s'en sortir ? Que disent les guérisseurs ?
- Pas grand-chose, soupira Harry. D'après eux, il n'y a pas de raison qu'il ne se réveille pas.
- Ce connard de Lestrange mérite de crever pour tout le mal qu'il nous fait, gronda Ron. C'est dans des moments comme celui-ci que je regrette qu'il n'y ait plus de détraqueurs à Azkaban !
- Ron ! s'offusqua sa mère.
Harry regarda Ron avec étonnement. Pour la première fois de sa vie, il n'avait fait aucun commentaire désobligeant sur Malefoy. Au contraire, Harry eut le sentiment qu'il le soutenait. Et malgré son angoisse, ça lui amena une douce chaleur dans le cœur. Il fit un sourire reconnaissant à Ron et s'installa dans la cheminée.
-Harry ! Attends ! dit Ron, une seconde avant qu'il ne jette la poudre de cheminette. Dis… dis à Hermione que Rose va bien. Elle ne s'est rendue compte de rien. Nous pourrons faire en sorte de lui expliquer tout cela calmement.
- Nous ?
- Hum… oui. Hermione et moi.
Harry sourit plus largement.
-Merci Ron. Je le lui dirai.
L'instant d'après, il disparut au milieu des flammes vertes.
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4 janvier 2015 – Ministère de la Magie, Quartier des Aurors
La nuit avait été courte au quartier des Aurors. Tout le monde avait été mis à contribution tantôt pour analyser les documents retrouvés chez Lestrange, tantôt pour rechercher dans les archives tout ce qui pouvait concerner la famille Molkins.
A huit heures du matin, Neville vidait déjà sa cinquième tasse de café et s'apprêtait à prendre une potion revitalisante afin d'avoir les idées claires.
-Chef ? Le suspect a été placé en salle d'interrogatoire numéro 3, comme vous l'aviez demandé. L'Auror Lovegood vous y attend.
- Merci Perkins. J'arrive tout de suite.
Il vida le petit flacon et grimaça à son goût amer. C'était désagréable mais certainement pas autant que ce qui allait suivre.
D'un pas alerte, il remonta le couloir qui menait aux salles d'interrogatoire et entra dans le local technique adjacent à la salle numéro 3.
-Tout est prêt ? demanda-t-il au technicien chargé de procéder à l'enregistrement de l'audition.
- Oui, Monsieur.
- Bien. Luna ?
- On peut y aller.
Ils pénétrèrent dans la pièce où Dagolitus Lestrange se trouvait déjà. Il était installé sur une chaise, les pieds et les mains entravés par des chaînes attachées dans le sol. On lui avait également placé des bracelets inhibiteurs de magie. Il se tenait droit, un air impassible sur le visage, comme si tout ceci ne le concernait pas.
Neville et Luna s'assirent en face de lui. Neville posa une pile de parchemins vierges sur la table et une plume à papote par-dessus.
-Il est 8 heures 12, le 4 janvier 2015, dit Neville. Le suspect n'a pas souhaité être assisté d'un avocat, de sorte que son audition se fera en la seule présence des Aurors Neville Londubat et Luna Lovegood.
Aussitôt, la plume à papote se mit à gratter le papier.
-Dagolitus Little, vous êtes…
- Lestrange, coupa le suspect. Mon nom est Dagolitus Lestrange.
- Non, dit calmement Neville. Dans les registres de l'état civil, vous êtes inscrit sous le nom de Little. Vous êtes seulement le bâtard d'Isidore Lestrange et Imogène Rosier. Vous n'êtes pas un Lestrange.
L'homme serra les poings et darda sur les Aurors un regard noir.
-Dagolitus Little, reprit Neville, vous êtes suspecté du meurtre de Hubert Molkins, son épouse Ambroisie et leurs quatre enfants, Fitzwilliam, Antoinette, Bathsheba et Filibert Molkins, du meurtre de Patrick Molkins, son épouse Emma et leurs deux fils, Stephen et Bertram Molkins, ainsi que du meurtre d'Ornella Prewett.
Au nom de la femme qu'il avait tant aimé, Little tressaillit légèrement.
-Vous êtes également suspecté d'avoir volé les plans et avoir contrefait le balai breveté ThunderBird, propriété de la société Potter Corp. Enfin, vous êtes suspecté de tentative d'enlèvement sur la personne de Narcissa Malefoy et de coups et blessures volontaires sur la personne de Draco Malefoy.
Neville fixa Dagolitus Little mais celui-ci resta sans réaction.
-Compte tenu de la nature des faits qui vous sont reprochés, dit alors Luna, vous serez soumis au véritasérum. Nous vous conseillons d'obtempérer et de boire la potion sans offrir de résistance. A défaut, vous serez soumis à un sort d'entrave afin de vous l'administrer de force. Avez-vous compris ?
- Je ne suis pas complètement stupide.
- Dans ce cas, veuillez boire ceci, dit Luna en présentant à Little une fiole contenant un liquide transparent.
La chaîne laissait à Little juste assez de latitude pour qu'il puisse porter la fiole à sa bouche. Il en avala le contenu sans faire de difficulté.
-Bien, dit Neville. Dagolitus Little, reconnaissez-vous avoir commis les faits qui vous sont reprochés ?
- Oui.
- Commençons par les meurtres de la famille Molkins. Que s'est-il passé ?
Dagolitus eut un sourire cruel. Ces idiots d'Aurors avaient inutilement gâché une fiole de sérum de vérité. Il était tout disposé à raconter comment il était parvenu à se débarrasser de cette famille de parasites. Et il n'allait pas se priver de leur donner tous les détails.
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Gare de King's Cross, Londres
Harry et Ginny regardaient le Poudlard Express s'éloigner en crachant des panaches de fumée blanche.
Avant le départ, ils avaient pris le temps d'expliquer à James et Albus les évènements de la veille et l'arrestation de Filibert. Les deux garçons avaient été choqués et meurtris d'apprendre qu'il n'était pas l'homme qu'il prétendait être. Le choc fit cependant rapidement place à la colère, surtout dans le chef de James qui vivait très mal la souffrance infligée à sa mère. Ginny l'avait rassuré du mieux qu'elle pouvait et James avait fini par se calmer. Jusqu'à ce que Harry évoque l'état de santé de Draco. Il ne pouvait pas passer cette information sous silence, dans la mesure où, ayant envoyé un hibou à Astoria Miller pour l'en informer, il était certain qu'Albus l'apprendrait tôt ou tard de la bouche de Scorpius.
Comme Harry s'y était attendu, la nouvelle avait grandement affecté Albus qui était au bord des larmes, tant il était inquiet. James, lui, avait eu des mots très durs à l'égard de son beau-père, souhaitant qu'il soit étripé vivant pour ce qu'il avait fait.
Après une heure trente d'une discussion éprouvante, ils s'étaient mis en route pour la gare de King's Cross. A peine arrivés sur place, ils avaient vu Scorpius se précipiter vers eux. Malgré ce que sa mère lui avait dit peu de temps avant, il voulait entendre de la bouche de Harry que son père allait s'en sortir. Harry le lui avait affirmé avec conviction, pas seulement pour rassurer le garçon mais aussi parce qu'il avait besoin de l'exprimer à haute voix.
Ce furent finalement trois garçons tristes et surexcités qui montèrent dans le Poudlard Express.
-Je vais écrire à Minerva McGonagall pour lui expliquer la situation, soupira Ginny. Et lui demander de faire attention à eux…
- Je peux le faire, si tu veux, proposa Harry.
- Non. C'est gentil, mais non. J'ai… besoin de le faire… pour m'aider à réaliser ce qui m'arrive.
- Je comprends.
Harry regarda son ex-femme avec tristesse. Ses traits étaient tirés, ses yeux rouges d'avoir trop pleuré, ses lèvres presque exsangues. Machinalement, Ginny porta la main sur son ventre avant de la retirer comme si elle s'était brûlée.
-Je porte son enfant, dit-elle si bas que Harry dût faire un effort pour l'entendre.
- Ginny…
- Dans six semaines, je vais donner naissance à la fille d'un mangemort, continua-t-elle, en serrant les dents.
- Ginny, ne fais pas ça, dit Harry en agrippant doucement ses bras. Cet enfant n'y est pour rien…
- Peut-être… mais elle est sa fille… chaque jour qui passera me rappellera que… Oh Merlin…
Ginny étouffa un sanglot dans sa main.
-Comment pourrais-je jamais aimer cet enfant ? Comment Harry ?
- Tu l'aimeras, Ginny. Parce que c'est ta fille et qu'elle est innocente.
- Et si elle… si elle est… comme lui ? Avec tout ce mal en elle…
- Lily ne sera pas comme lui… car tu y veilleras. Tu vas donner à cette petite fille le même amour que tu as donné à James et Albus. Comme eux, tu vas l'élever dans le respect des autres, des valeurs qui sont les tiennes depuis toujours. Ne la prive pas de cette chance.
Ginny hocha la tête, des larmes silencieuses inondant ses joues.
-Je me sens tellement coupable… comment tout cela a-t-il pu arriver ? Comment ai-je fait pour ne rien voir ?
- Alors, nous sommes tous coupables, Ginny. Car personne n'a rien vu. Ni tes parents, ni tes frères, ni moi. Personne.
- Tu ne comprends pas, Harry. Je regrette vraiment certaines décisions que j'ai prises à propos des enfants… et de toi. Je me suis bêtement laissée influencer par cette… ordure au lieu de… penser par moi-même ! Je me rends compte maintenant qu'il a tout fait pour que j'éloigne James et Albus de toi ! Et ça me rend malade parce qu'au fond de moi, j'ai toujours su que tu étais un bon père même… même si…
Elle soupira lourdement, incapable de continuer.
-Merci, lui dit Harry. Merci de me dire ça, j'avais besoin de l'entendre.
- C'est un peu tard, tu ne trouves pas ?
- Non. Rien n'est jamais trop tard.
Harry attira Ginny contre lui et la serra dans ses bras.
-Comment vais-je faire ? Comment… vais-je être capable de supporter tout ça ?
- Tu vas y arriver, murmura Harry. Tu es forte. Tu l'as toujours été. Et puis, tu n'es pas seule. Tu as tes parents, tes frères. Et moi.
- Harry…
- Ecoute, j'ai réfléchi depuis hier et je… je me disais que je pourrais reconnaître Lily comme ma fille.
Ginny s'écarta de lui, les yeux écarquillés.
-Quoi ?
- Oui. Ainsi, non seulement elle n'aurait pas à porter le nom de Molkins, ou pire encore celui de Little, mais elle aurait également le même nom que ses frères.
- Harry, c'est… impossible… Tout le monde sait que nous avons divorcé parce que tu es… enfin… Personne ne croira que Lily est ta fille…
- On se moque de se croiront les gens. Personne, à part toi, ne peut m'empêcher de la reconnaître.
- Tu es incroyable, souffla-t-elle. Après tout ce qui s'est passé entre nous, tu accepterais de faire ça ?
- Je te l'ai dit… cette petite fille n'y est pour rien. Elle n'a pas à payer pour les crimes de son père.
Devant l'air sérieux et déterminé de Harry, Ginny ne put s'empêcher de sourire.
-Je te remercie Harry. Ta proposition me touche beaucoup et j'aimerais pouvoir l'accepter mais…
- Mais quoi ? C'est dans l'intérêt de Lily et…
- Je sais mais je ne peux pas te laisser faire ça.
- Tu vas la laisser porter le nom de son père ?
- Non. Dès que possible, je vais demander le divorce. Et quand Lily naîtra, elle portera le nom de Weasley.
- Mais…
- Harry, en vingt-quatre heures, d'épouse respectable, je suis passée à femme d'un dangereux criminel, mangemort de surcroit. J'ai besoin de garder le peu de dignité qui me reste et de gérer ça toute seule. Je sais que tes intentions sont louables mais… je ne veux pas que tu voles à mon secours. Tu n'as pas besoin de jouer les héros.
Vexé, Harry se renfrogna.
-Je ne suis pas un héros, grogna-t-il.
- Ça je le sais, crois-moi, murmura-t-elle. J'ai cessé de penser que tu étais un héros six mois après notre retour de voyage de noces…
- Tu… tu savais, balbutia Harry, embarrassé.
Ginny eut un petit rire désabusé.
-Oh Harry… tu pensais vraiment que j'avais dû attendre de te trouver en train de baiser le premier venu dans notre salon pour savoir que tu me trompais ?
- Je… Je ne… je suis désolé…
- Peu importe, soupira-t-elle. Ça ne sert à rien de ressasser tout cela… c'est du passé.
Elle redressa la tête et adressa à Harry un regard franc et bienveillant.
-Je te remercie pour ton offre. Sincèrement. Mais ce n'est pas une solution. J'espère que tu me comprends.
- Je te comprends, oui. Mais je voudrais que tu saches que je serai toujours là pour Lily, comme je le suis pour Albus et James.
- Je sais. Malgré tout ce que j'ai pu penser de toi à cause de ce que tu m'as fait, il y a une chose qui ne changera jamais : tu es la personne la plus généreuse que je connaisse.
Harry hocha la tête. En silence, ils quittèrent le quai 9 ¾ et se séparèrent, chacun prenant une direction différente. Ginny rentrait au Terrier et Harry allait à Sainte-Mangouste.
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Quartier des Aurors, Ministère de la Magie
-Tiens, mange quelque chose sinon tu ne tiendras pas le coup.
Le teint cireux, Neville leva les yeux vers Luna qui lui tendait un sandwich emballé.
-Je suis incapable d'avaler quoi que ce soit, dit-il en grimaçant.
Durant sa carrière, Neville avait auditionné des centaines de suspects, était descendu sur des dizaines de scènes de crime. Bref, il en avait vu de toutes les couleurs et il était toujours parvenu à garder la tête froide. Jusqu'à ce qu'il ait affaire à Dagolitus Little. Durant trois heures, le mangemort avait décrit dans les détails et avec un plaisir malsain, toutes les cruautés qu'il avait infligées aux Molkins et à Ornella Prewett. A la fin de son abominable récit, Neville s'était précipité aux toilettes et avait vomi tout ce qu'il pouvait.
-Neville, insista Luna. Tu veux vraiment donner à Little le plaisir de tourner de l'œil en plein interrogatoire ?
L'Auror soupira et prit le sandwich d'un geste un peu brusque. Il enleva l'emballage et grignota quelques bouchées sans conviction.
-Ce type est un malade, dit-il avec humeur. Merde… tu as vu son visage, ses yeux, pendant qu'il nous racontait ses atrocités ? Ce cinglé était fier de lui !
- Je n'ose pas imaginer ce que ça donnera durant son procès, commenta Luna. Une audience publique, les médias… Il va se déchaîner.
- Ouais… ce serait lui faire beaucoup trop d'honneur. On doit éviter ça.
- Oui mais comment ?
- Ornella Prewett, Filibert et Bathsheba Molkins étaient mineurs au moment des faits. Little aussi, du reste. Ça pourrait suffire pour invoquer le huis-clos.
- Bonne idée… ça va le rendre dingue de savoir qu'on va le priver d'un dernier grand spectacle.
- Oh oui, sourit perfidement Neville. J'ai hâte de voir sa tête quand on lui annoncera !
Il termina son sandwich et consulta sa montre.
-Bon, il est temps d'y retourner.
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-Reprise de l'interrogatoire de Dagolitus Little à 12h43, énonça Neville. Conformément aux dispositions légales, le suspect a bénéficié d'une demi-heure de pause et une collation lui a été proposée. L'Auror Lovegood lui a administré une troisième dose de véritasérum.
Neville relut rapidement la liste des questions qu'il comptait poser et commença.
-Pourquoi vous êtes-vous rapproché des Weasley ?
- Pour me venger, naturellement. Les Weasley sont des traitres à leur sang. Ce sont des sang-pur qui se galvaudent avec des moldus alors que moi, on me traite de bâtard parce que je suis le fruit d'une union illégitime !
- Ce n'est pas la seule raison.
- Non, bien sûr que non. La raison, c'est que je les déteste tous, du plus profond de mon âme ! Ils m'ont pris tous ceux qui comptaient pour moi. Rodolphus, Rabastan, Bellatrix. Bella était comme une mère pour moi… Molly Weasley aurait dû souffrir plus que nulle autre pour m'avoir enlevé Bella !
- Que comptiez-vous lui faire ?
Dagolitus eut un petit rire cruel.
-Exactement la même chose qu'aux Molkins. Ils ne méritaient pas mieux.
- Même Ginny ? Votre femme ? La mère de votre fille ?
- Oh… Ginny, dit-il d'un air rêveur. Elle me faisait tellement penser à ma douce Ornella… ça a été si facile de la séduire. Elle ne demandait pas grand-chose, juste un peu d'attention… et une bite bien raide, ajouta-t-il, provoquant. Tout ce que son dégénéré de mari n'était plus en mesure de lui donner. J'ai cru un moment que je pourrais l'épargner mais… non. Elle est exactement comme eux. Il fallait qu'elle meure, elle aussi.
- Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
- Parce que les bonnes choses prennent du temps. Après ce qui s'est passé avec les Molkins, j'ai retenu la leçon. Je n'agis plus jamais dans la précipitation. D'abord parce que cela donne de bien meilleurs résultats et aussi… parce que c'est beaucoup plus jouissif. Mon plan était simple : je voulais un fils. Une fois né, j'aurais pratiqué sur lui le rituel des runes de sang qui aurait fait de lui un Karneth, exactement comme moi et comme Rodolphus. Quel déchirement cela aurait été pour Ginny et pour cette chère Molly de voir l'un des leurs grandir dans la magie noire ! Mais ça, ce n'était que le début ! Vous savez comment un sorcier achève son initiation de Karneth ? demanda Little avec avidité.
Il n'attendit pas qu'on lui pose la question, et déclara avec emphase :
-Avec un sacrifice humain ! Et quel plus beau sacrifice que celui de toute une famille ! De sa propre famille ! Cet enfant aurait été un prodige, d'une puissance inégalée !
Neville lutta contre la haine absolue que cet homme lui inspirait.
-Mais tout ne s'est passé comme prévu, n'est-ce pas ? dit-il avec une joie non dissimulée.
L'air extatique de Little s'évapora complètement.
-Alors que Potter l'a engrossée deux fois en quatre ans de temps, cette garce a mis des années avant de tomber enceinte de moi ! Et malgré le rituel que j'ai pratiqué pour que ce soit un garçon, elle m'annonce qu'elle attend une fille, cracha-t-il avec dégoût. Tout était à refaire !
- Il faut croire que vous n'êtes pas aussi doué que vous le prétendez, glissa Luna, l'air de rien.
- Taisez-vous ! Espèce de…
- Ça suffit ! cria Neville. Poursuivons. Comment êtes-vous parvenu à dissimuler la Marque des Ténèbres à Ginny Weasley ?
- Sortilège de magie noire qui brouillait son esprit. Elle pensait que je portais un tatouage en forme d'ancre.
- Parlons du vol des plans du balai ThunderBird. Reconnaissez-vous être l'auteur du vol ?
- Oui.
- Comment vous y êtes-vous pris ?
- Quand j'ai appris que Potter allait soumissionner pour que son balai devienne le balai officiel de l'équipe nationale de Quidditch, j'ai fait en sorte de pouvoir lui dérober les plans. J'ai pris l'apparence d'un de mes subordonnés au Département des Mystères et je me suis rendu chez le conservateur Paulson. Je l'ai également soumis à un sortilège de confusion afin de dérober l'empreinte magique de Potter et le contenu des plans. Pour cela, j'ai utilisé un sort de magie noire que mon frère Rodolphus m'avait enseigné et qui permettait de décoller les couches de peau successives, sur un être humain, un animal ou un végétal. Une fois en possession des plans, il n'a pas été compliqué de trouver une usine en Chine qui allait assurer la fabrication du balai à moindre coût. Pour sa mise sur le marché, j'ai payé un homme de paille pour qu'il crée une société fictive qui disparaîtrait sitôt que la contrefaçon serait découverte.
- Que cherchiez-vous à faire ?
- Je voulais me venger de Potter en le ruinant.
- Une fois encore, vous n'y êtes pas parvenu, dit Luna.
- Je ne m'attendais pas à ce que Malefoy lui sauve la mise si rapidement.
- Et qu'en est-il de Ron Weasley ? reprit Neville.
Dagolitus haussa les épaules.
-Ce devait être la cerise sur le gâteau. Tant qu'à faire couler la boîte de Potter, je pouvais toujours ternir la réputation de Weasley. Après tout, son différend avec Potter était de notoriété publique. Personne ne se serait étonné qu'il ait cherché à lui nuire.
Neville fronça les sourcils.
-L'interrogatoire est interrompu à 13H04, dit-il en se levant.
Luna le regarda sans expression particulière avant de le suivre à l'extérieur de la salle.
-Toi aussi tu penses qu'il y a quelque chose qui cloche dans toute son histoire de vol de plans ? demanda-t-elle.
- Absolument ! s'enflamma Neville, heureux que sa collègue l'ait remarqué également. Tu ne trouves pas ça étrange qu'il se décarcasse autant pour mettre au point cette fumisterie, sachant qu'elle serait découverte presque immédiatement ?
- Si. Le problème, objecta Luna, c'est qu'il a parlé sous véritasérum. Il nous dit donc la vérité.
- Ou bien une partie de la vérité.
- C'est-à-dire ?
- Peut-être que nous ne posons pas les bonnes questions. Peut-être qu'il y a quelque chose d'autre derrière cette mascarade de contrefaçon.
- Tu veux dire que… ce serait une sorte… de diversion ?
- Exactement ! Il a laissé Harry s'engluer dans un procès en contrefaçon contre cette soi-disant société BroomBroom pour le détourner de son véritable objectif !
- Lequel ?
- Je… je ne sais pas, souffla Neville en se passant la main dans les cheveux… Il a dit qu'il voulait le ruiner… Il doit s'y être pris autrement…
Luna resta pensive un instant avant de redresser la tête.
-L'empreinte magique.
- Quoi ?
- Il a dit avoir volé l'empreinte magique de Harry. Il n'avait pas besoin de le faire pour dérober les plans !
- Et merde…
Neville regagna en coup de vent la salle d'interrogatoire. Dagolitus était toujours calmement assis.
-Un problème Auror Londubat ? demanda-t-il avec une fausse compassion.
- Aucun, Monsieur Little. Aucun.
- Reprise de l'interrogatoire à 13H12, annonça Luna.
- Monsieur Little, pourquoi avoir mis en place cette parodie ? questionna Neville.
Little cligna des yeux, déstabilisé par la question.
-Je… je ne comprends pas…
- Nous savons très bien que cette histoire de contrefaçon n'est qu'une diversion pour vous permettre d'atteindre un autre objectif. Lequel ?
Pour la première fois depuis le début de l'interrogatoire, Dagolitus se crispa violemment, tendant manifestement de lutter contre les effets de la potion de vérité.
-Ce n'est pas la peine de résister, Monsieur Little, dit doucement Luna. Cela ne fera qu'aggraver la situation.
- Quel était votre véritable objectif ? répéta Neville.
- Je… je…
Little était rouge, il transpirait et son souffle s'accélérait dangereusement.
-J'avais les plans… mais je devais… obliger Potter à dévoiler… la liste de… ses lieux d'entreposage… Seul… un expert désigné par le Magenmagot… pouvait avoir accès à cette information…
- Et je suppose que cet expert, c'était vous ? dit Luna.
- Oui… j'ai pris l'apparence de William West, l'expert désigné par le Magenmagot et je lui ai jeté un sort d'oubliette.
- Pourquoi vouliez-vous cette information ? le pressa Neville.
- Je devais m'introduire dans l'un de ces hangars… à… à l'aide de l'empreinte magique que j'avais dérobée également…
- POURQUOI ? s'emporta Neville.
- Pour… saboter… les balais en attente de livraison.
- DE QUEL HANGAR S'AGISSAIT-IL ?
- Celui de Greenford, à l'ouest de Londres.
- QUAND ETES-VOUS ENTRE DANS LE HANGAR ? QUAND ?
- Le… le 25 novembre…
Neville frappa du poing sur la table en jurant et se précipita hors de la salle d'interrogatoire. La minute suivante, il revenait en compagnie de Demelza Robins.
-Luna, poursuis l'interrogatoire avec Robins, dit Neville. Je dois contacter Harry au plus vite.
Luna hocha la tête tandis que Neville disparaissait à nouveau.
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Le souffle court, Neville dévala les escaliers vers l'atrium. Il n'était pas nécessaire qu'il perde son temps à chercher à joindre Harry à son bureau ou chez lui. Il savait très bien où il devait se trouver en ce moment.
-Hôpital Sainte-Mangouste, énonça-t-il en entrant dans une cheminée.
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Hôpital Sainte-Mangouste
-Le Guérisseur Philips est très compétent, dit Blaise. Draco est entre de bonnes mains.
- Je l'espère, dit Narcissa. Je ne supporterais pas de…
Elle s'interrompit, incapable de formuler son propos à voix haute. Harry posa une main réconfortante sur son bras.
-Vous pourriez peut-être demander un second avis ? proposa Hermione.
- Oui, pourquoi pas, approuva Narcissa. Blaise, peut-être que Pansy connaît quelqu'un à New-York ?
- C'est fort probable. Je vais la contacter immédiatement.
- Merci. Si vous voulez bien m'excuser, je vais retourner près de Draco.
Elle retourna dans la chambre, tandis que Blaise s'éloignait pour appeler Pansy.
-Tu tiens le coup ? demanda Hermione à Harry.
- Oui, ça peut aller. Et toi ? Tu as parlé avec Rose ?
- Oui. Ron et moi nous lui avons expliqué les choses le plus simplement possible. Ce n'était pas facile mais c'est une petite fille intelligente. Elle était inquiète pour sa marraine et ses cousins mais nous l'avons rassurée.
- Et avec Ron, ça été ?
- Cela faisait longtemps que nous n'avions plus eu une conversation aussi… cordiale.
- Tant mieux. Dommage de devoir vivre un drame pour prendre conscience de certaines choses, murmura Harry en coulant un regard vers la porte de chambre de Draco.
- Harry…
Hermione s'approcha de son ami pour le prendre dans ses bras. Harry s'accrocha à elle de toutes ses forces, le dos secoué de sanglots.
-Harry, ça va aller… il va s'en sortir…
- Je l'aime, Hermione… je n'aime que lui… Je regrette tellement de l'avoir quitté, si tu savais… et maintenant, il est… Oh Merlin, si jamais il ne se réveillait pas…
- Chut, ne dis pas ça… il va s'en sortir.
Harry se redressa un peu en sentant une large main sur son dos.
-Draco est fort, dit Blaise. Il ne va pas abandonner.
- Je sais, dit Harry. C'est juste que… le voir comme ça…
Harry s'essuya les yeux et expira pour reprendre contenance.
-Tu as pu joindre Pansy ?
- Elle prend le premier portoloin. Et elle amènera avec elle le meilleur neuro-guérisseur de New-York.
- C'est une bonne chose, nous pourrons…
- HARRY !
Hermione, Blaise et Harry se retournèrent pour voir arriver Neville, essoufflé.
-Neville ? Que se passe-t-il ? s'inquiéta Harry.
- Harry… le hangar… de Greenwood… Est-ce que les balais qu'il contenait le 25 novembre ont été livrés ?
- Greenwood ? C'est… une information ultra confidentielle ! Comment sais-tu que…
- Peu importe ! Les balais ont-ils été livrés ?
- 25 novembre ? Oui… oui, sûrement. Il faut que je vérifie avec Wilson mais…
- A qui ?
- A l'équipe nationale de Quidditch. Ils ont renouvelé leur équipement en vue des matches de qualification pour…
- Préviens-les immédiatement ! Tous les balais sont sabotés !
- Merlin ! s'écria Harry avant de transplaner.
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Quartier des Aurors, Ministère de la Magie
De retour au Ministère, Neville préféra ne pas retourner en salle d'interrogatoire. Il n'était pas certain de pouvoir suffisamment maîtriser ses nerfs pour ne pas jeter un sort à Lestrange.
Il dut patienter une bonne demi-heure avant de voir Luna sortir de la pièce.
-Tu as pu prévenir Harry ? demanda-t-elle immédiatement.
- Oui. J'espère qu'il n'est pas trop tard. Et toi ? C'est terminé ?
- Oui. Demelza est en train de lui faire signer les parchemins d'audition et vérifier son état physique suite à la prise du véritasérum.
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
Luna soupira et entraina son collègue dans un bureau vide un peu plus loin. Elle referma la porte et s'adossa contre le battant.
-Les balais ont été saboté au niveau du sort de guidage. Ils ne seront pas manœuvrables et risquent de se crasher à tout instant. Little a fait en sorte que toutes les preuves mènent à Harry. Ç'aurait été la fin de Potter Corp. et la ruine assurée pour Harry.
- Je ne comprends pas, dit Neville. Il était prêt à tuer tous les Weasley pour s'en être pris aux Lestrange mais il se serait contenter de ruiner Harry alors qu'il a détruit Voldemort ? Son mentor ?
- Il ne comptait pas tuer Harry… Il lui réservait bien pire.
- Quoi ?
- Little avait bien compris quelle était la plus grande faiblesse de Harry…
- Ses enfants, murmura Neville.
Il ferma les yeux, une sueur froide lui couvrit la nuque.
-Comment ? souffla-t-il.
- Mortem perpetualis. La mort perpétuelle. Un poison sans antidote connu à ce jour. Tellement lent que la victime souffre pendant des mois voire des années avant d'en mourir. Harry aurait été condamné à vivre l'agonie sans fin de ses fils.
- Merlin… Ce type est vraiment un grand malade…
Neville se passa la main sur le visage, encore bouleversé par ce qu'il venait d'entendre.
-Et pour Narcissa et Draco Malefoy ?
- Rien qu'on ne savait déjà. Il comptait bien les tuer tous les deux.
Les deux Aurors restèrent silencieux un moment, avant que Neville ne souffle un grand coup.
-Je n'ai jamais pu faire payer à Bellatrix et Rodolphus Lestrange ce qu'ils ont fait à mes parents mais… ce sera un vrai bonheur que d'enfermer leur pourriture de frangin !
- Tes parents seraient fiers de toi.
- Je n'ai rien fait pourtant… quand on y pense, tout cela a été possible grâce à Lucius Malefoy. Il serait mort quelques mois plus tard, Merlin sait ce qui aurait pu arriver.
- Je préfère ne pas y penser, dit Luna.
- Bon, je file au Magenmagot. J'ai hâte de signifier à Little qu'il passera la nuit à Azkaban !
En sortant de la pièce, Neville fut apostrophé par un autre Auror.
-Chef, Harry Potter est ici. Il vous demande.
- Où est-il ?
- Dans votre bureau.
Neville courut dans les couloirs jusqu'à trouver Harry, le visage souriant.
-Tout va bien, dit-il. Le directeur technique de l'équipe nationale était malade et n'a pas réceptionné les caisses. Elles sont toujours entreposées chez le transporteur.
- Tu es certain qu'il s'agit bien de celles-là ?
- Certain. La seule commande qui a transité par Greenwood en novembre était celle-là.
- Par Merlin, souffla Neville.
- Oui, je suppose que nous l'avons échappé belle…
- Tu n'as pas idée à quel point.
Harry haussa un sourcil.
-Il y a quelque chose que je dois savoir ?
Neville soupira. Ce ne serait pas une discussion facile, mais Harry, tout comme les Weasley, avait le droit de savoir.
-Reviens ici dans une heure avec les Weasley. Je vous raconterai tout.
Harry hocha la tête et repartit sans attendre. Neville se laissa lourdement tomber dans son fauteuil, épuisé.
-Tu vas leur parler de ça aussi ?
Il releva la tête pour voir Luna appuyée contre le chambranle de la porte. Elle tenait en main deux dossiers assez fins.
-Leur parler de quoi ?
- Arthur Weasley et Lavande Brown. Ron et Padma.
Elle posa tour à tour les dossiers sur le bureau de Neville.
-Cela ne concerne pas l'enquête et cela n'aura aucune influence sur le procès de Little. Alors, non.
- Cela fait pourtant partie des preuves recueillies sur place. Tu ne peux pas décider de les écarter comme ça.
- Non seulement je peux, mais je le fais ! s'emporta Neville. Little a déjà fait assez de mal comme ça ! Je ne vais pas le laisser détruire cette famille !
Luna soupira.
-Fais ce que tu veux. Le dossier de Ron contient aussi la liste des amants de Padma, ajouta-t-elle tristement.
Neville blêmit.
-Luna, je…
- Parfois, le comportement des gens m'échappe, dit-elle d'un air absent. Pourquoi rester avec quelqu'un qu'on n'aime plus ? Pourquoi le tromper, vivre dans le mensonge et en fin de compte, souffrir quand même ?
- Luna…
- C'est comme ça que ça se serait passé entre nous ? Si nous étions restés ensemble ? Tu aurais fini par te lasser et tu m'aurais trompée ?
- Non ! C'est… c'est plus compliqué que ça… c'est…
- C'est très simple, au contraire.
Le regard de Neville se durcit considérablement.
-Rien n'est simple ! s'emporta-t-il. Toi, tu vis dans ta tour d'ivoire, entourée de tes créatures imaginaires, persuadée que nous avons tous le choix de vivre comme bon nous semble ! C'est faux Luna ! Tout le monde n'a pas le choix ! JE N'AI PAS EU LE CHOIX ! JE VOULAIS RESTER AVEC TOI ! JE LE VOULAIS PLUS QUE TOUT ! MAIS JE N'AI PAS EU LE CHOIX !
- Ta grand-mère ou moi. J'appelle ça un choix.
D'un geste lent, Neville prit les deux dossiers et les jeta dans sa cheminée.
-Grand-Mère avait raison, dit-il. Tu es d'une naïveté affligeante.
Il pointa sa baguette en direction de l'âtre et lança un incendio informulé. Des flammes orange vinrent lécher et consumer le papier qui se réduisit presque immédiatement en cendres. Il se planta ensuite face à Luna et la fixa d'un regard froid.
-Je viens de détruire des preuves. Tu peux aller me dénoncer si tu le souhaites. Je ne t'en empêcherai pas.
Puis, il sortit de son bureau pour aller faire rapport au Magenmagot.
A suivre...
