DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Bonjour à tous,
Il semblerait que le site ait eu un bug la semaine dernière : personne n'a reçu de notification pour les nouveaux chapitres publiés. J'espère que c'est arrangé.
Bonne lecture !
Chapitre 29 – You always hurt the one you love
« You always break the kindest heart
With a hasty word you can't recall, so
If I broke your heart last night
It's because I love you most of all »
(Matt Monroe)
9 février 2015 – Abords du Lac Léman, Genève, Suisse
Harry était épuisé. Cela faisait huit jours qu'il était enfermé dans l'hôtel et la tension commençait à devenir difficile à gérer.
Après des heures de tractation, des centaines de promesses qui seraient tenues ou non, et quelques menaces, il ne restait plus que trois pays en lice. L'Espagne, la France et l'Angleterre, grâce notamment aux votes de l'Allemagne qui lui étaient acquis.
Le pays sur lequel tous les regards étaient braqués était désormais l'Italie. Son vote ferait toute la différence. Restait à savoir comment l'obtenir.
-C'est fichu, dit Zacharias Smith, au cours du débriefing qui suivait le vote de fin d'après-midi. L'Italie votera pour l'Espagne, au nom de la solidarité entre pays méditerranéens. Ou pour la France avec qui elle entretient des liens diplomatiques étroits. Mais l'Angleterre ? Jamais. Nous n'avons rien en commun ! Les italiens se moquent de notre froideur et nous, nous détestons leur exubérance !
- Je ne suis pas d'accord, dit Ron. Tout ça, ce sont des clichés. S'agissant du Quidditch, nous avons tous une chose en commun : on attend un retour sur investissement. Et à ce jeu-là, les Italiens n'ont de leçon à recevoir de personne. N'oublions pas que ce sont des moldus italiens qui ont inventé la banque.
- Que suggères-tu ? demanda Harry.
- Faisons-leur une proposition qu'ils ne pourront pas refuser.
- Laquelle ? Je leur ai déjà proposé de racheter le club des Vespa qui est au plus mal, ou encore les Picchio ! Je leur ai aussi proposé de devenir leur équipementier à des conditions défiant toute concurrence, ça ne les intéresse pas !
- Parce que nous prenons le problème dans le mauvais sens, dit Ron. Les Italiens ne veulent pas que des étrangers rachètent leurs clubs ou leur vendent du matériel. Ils veulent du 100% made in Italy.
- Je ne te suis pas, dit Harry perplexe.
Ron eut un petit sourire en coin.
-Rachète aux russes l'entreprise Befana et restitue-là à la famille Strega.
- Quoi ?
- C'est une bonne idée, approuva l'adjoint de Ron. Quand les russes ont mis la main sur les balais Befana, ç'a été un véritable séisme dans le monde sorcier italien. Les Strega étaient à la tête de l'entreprise depuis plus de 300 ans… Quand leurs problèmes financiers ont commencé, ils pensaient naïvement qu'un partenariat avec Les Balais du Bolchoï allaient les sauver. Ils n'avaient pas imaginé que c'était toute leur entreprise qui serait absorbée. Ils ont essayé de trouver un repreneur mais personne en Italie n'avait la surface financière pour une telle opération.
- Vous avez une idée de combien ça va coûter à ma société ? objecta Harry. Et puis qui dit que les russes accepteront de vendre ?
- Avec ce qu'on te paye pour négocier, tu peux bien donner un peu de ta personne… Après tout, ce ne serait pas la première fois, non ?
Harry se tourna vers Zacharias Smith qui venait de parler.
-Je te demande pardon ?
- Oh, ne fais pas l'innocent, Potter… Tout le monde sait comment tu es parvenu à amener le Brésil à voter pour l'Argentine il y a quatre ans. Je suis certain qu'il y a dans la délégation russe, l'un ou l'autre mec chaud comme la braise et qui serait sensible à tes… arguments…
En une seconde, Harry était passé par-dessus la table et se jetait sur Smith.
-SALE ENFOIRE ! hurla-t-il en lui assénant un coup de poing magistral.
Smith ne dut son salut qu'à l'intervention de Ron et de son adjoint qui prirent Harry par les deux bras pour l'éloigner.
-T'ES QU'UNE ORDURE SMITH ! continuait de vociférer Harry en se débattant.
Quand il estima qu'ils étaient à une distance de sécurité suffisante, Ron relâcha la pression sur le bras de Harry. Celui-ci se dégagea brutalement d'un coup d'épaule et avant que quiconque ait pu dire quoi que ce soit, il sortit en claquant violemment la porte.
Zacharia Smith se releva et posa les doigts sur sa joue douloureuse.
-Ce connard ne m'a pas raté ! Je vais le dénoncer à la Fédération et à Dawlish !
- TOI TU LA FERMES, ESPECE DE CRETIN ! beugla Ron.
- Quoi ? Tu défends ce malade ?
- Tu n'avais pas à lui parler comme ça !
- Il a porté la main sur moi ! Sur un haut fonctionnaire du Ministère ! Ça ne va pas se passer comme ça ! Je vais…
Il n'eut pas l'occasion de finir sa phrase. Ron venait de le frapper à son tour.
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Harry avait besoin d'air. Malgré le froid, il sortit sur la terrasse. Grâce à des sorts anti-transplanage, des sorts repousse-moldu et des barrières magiques empêchant toute intrusion extérieure, il était permis aux occupants de l'hôtel de se promener dans le parc ou de prendre l'air sur les balcons et les terrasses. Heureusement, sans quoi Harry serait devenu fou.
Il appuya ses mains sur la rambarde pour les empêcher de trembler. Cette enflure de Zacharias Smith ne perdait rien pour attendre. Il ne savait pas encore comment, mais il lui ferait payer cet affront.
C'est vrai que durant le Conclave quatre ans auparavant, il avait couché avec Tadeo Nilson, l'adjoint du Ministre des Sports brésilien. Mais cela n'avait influencé en rien les votes. Le Brésil avait déjà décidé d'accorder ses voix à sa rivale de toujours, l'Argentine, tout simplement parce qu'alternative était de voter pour le Portugal, ce qui semblait encore moins envisageable.
Les propos de Smith blessaient Harry d'autant plus que l'affection qu'il avait pour Tadeo était réelle et profonde, si bien qu'ils étaient sortis ensemble pendant trois mois à l'issue du Conclave.
L'ouverture de la porte de la terrasse le sortit de ses pensées. Il ne fit aucun mouvement pour voir qui venait le déranger, espérant toutefois qu'il ne s'agissait pas de Smith.
-Je te confirme que ça fait un bien fou, dit Ron Weasley en venant s'accouder à la rambarde.
- De respirer un peu d'air ?
- Non. De foutre mon poing dans la gueule de Smith.
Harry haussa un sourcil et se tourna vers Ron. Il massait ses phalanges rougies.
-C'est le dernier des connards, continua le rouquin. Déjà à Poudlard, il me gonflait. Tu te souviens quand il a voulu s'inscrire à l'A.D. ?
- Ouais, se rappela Harry. Tout ce qui l'intéressait, c'était de savoir comment Cédric était mort.
- Je ne comprends pas comment Dawlish a pu le nommer Directeur du Département de Coopération magique internationale… Ce type n'a aucun tact.
- Ça je te le confirme.
Le silence s'installa entre les deux hommes.
-Je n'irai pas voir les russes, dit Harry au bout d'un temps. Ni les italiens. Je suis désolé mais…
- Tu n'as pas à être désolé, coupa Ron. Je te comprends. Et puis… la vérité, c'est que j'en ai plein le dos de ce Conclave. Franchement, l'Italie peut bien donner son vote à qui elle veut, ça m'est égal… Tout ce que je veux, c'est sortir d'ici.
Harry regarda Ron avec étonnement.
-Pourtant… ça fait plus d'un an que ton Département et toi vous préparez ce Conclave…
- Je sais. Mais je n'ai plus la tête à ça.
- J'imagine bien pourquoi, admit Harry.
- Je m'inquiète pour Lavande. Elle en est à sept mois mais… l'obstétrimage pense que le bébé viendra prématurément. Et puis il y a Ginny. Elle doit accoucher d'un moment à l'autre et je ne sais même pas si elle va bien ! s'énerva Ron. Tout ça pour participer à ce cirque…
- Ginny allait bien quand tu es parti ?
Ron hocha la tête.
-Plutôt, oui. Il lui faudra encore du temps pour s'en remettre.
- Quand on s'est retrouvé à King's Cross après le départ de James et Albus, dit doucement Harry, elle… elle m'a dit qu'elle ne savait pas comment aimer cet enfant…
- Je sais. C'était ce que maman craignait plus que tout… qu'elle rejette son bébé. Mais ça n'arrivera pas.
- Pourquoi en es-tu si sûr ?
- Tu te souviens de ce que Neville nous a dit ? Que Lestrange avait jeté un sort à Ginny pour que l'enfant soit un garçon ?
- Oui, je m'en rappelle.
- Quand elle l'a su, Ginny a caressé son ventre. Et puis, elle a ri. Maman et moi, on ne comprenait rien… on pensait qu'elle était en train de perdre les pédales. Mais non… Elle a simplement dit que sa petite fille était formidable car, pas encore née, elle s'était rebellée contre son propre père. Il voulait en faire un garçon, mais elle l'a déjoué son sort.
- C'est vrai, sourit Harry. Elle est déjà incroyable.
Le regard de Ron se perdit au-delà des eaux scintillantes du Lac qui s'étendait à leurs pieds. Un peu mal à l'aise, il finit par dire :
-Ginny m'a parlé de ta… proposition d'adopter le bébé. C'est vraiment… généreux de ta part.
- J'aurais aimé qu'elle accepte, dit Harry. Mais je comprends les raisons de son refus.
- Moi, je ne te comprends pas, murmura Ron. Pourquoi ? Après tout ce qui s'est passé entre vous… je veux dire… Ginny a été sans pitié avec toi pendant le divorce et encore après… et malgré ça…
Ron n'acheva pas sa phrase. A la place, il secoua lentement la tête.
-C'est la mère de mes enfants, répondit simplement Harry. Les injures, les coups-bas, les blessures n'y changeront rien… Elle est la mère de mes enfants. C'est important que je montre à James et Albus que je la respecte infiniment pour ça.
- Qu'est-ce que je dois comprendre ? grogna Ron, soudain beaucoup plus tendu.
Harry soupira lourdement.
-Ron, dit-il avec lassitude. Arrête de prendre pour toi tout ce que je dis… Tu m'as demandé pourquoi, je t'ai répondu voilà tout.
Devant le silence obstiné de l'autre homme, Harry reprit :
-Je sais que tu n'as jamais voulu me croire mais j'aimais sincèrement Ginny. Peut-être pas comme un homme devrait aimer une femme, mais j'avais beaucoup de tendresse et d'affection pour elle et je m'en veux terriblement de l'avoir fait autant souffrir. Avec le recul, je me dis souvent que j'aurais pu éviter tout ce gâchis… Si dès le début, j'avais accepté celui que j'étais vraiment, je ne l'aurais pas épousée et elle n'aurait pas été aussi malheureuse par ma faute… Mais malgré ça, je n'arrive pas à regretter mon choix… à cause de James et Albus. Ginny m'a donné deux magnifiques garçons que j'aime plus que tout.
- Quand l'as-tu su ? Celui que tu étais vraiment…
- Cinquième année.
- Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? demanda Ron avec une certaine aigreur. On était les meilleurs amis… c'est quelque chose que j'aurais pu comprendre… J'aurais pu t'aider, te soutenir…
Harry prit quelques instants pour réfléchir.
-Il y a plein de raisons, dit-il finalement. J'étais perdu. En colère aussi. Sur tout et sur tout le monde. La moitié du monde sorcier me traitait de menteur, Ombrage me torturait, Dumbledore me tenait à l'écart et pour couronner le tout, je me mettais à fantasmer son mon ennemi juré…
- Malefoy ? s'exclama Ron.
- Ouais, Malefoy. Tu comprends pourquoi c'était compliqué d'en parler ?
- En effet…
- Quand Cho Chang a commencé à s'intéresser à moi, ç'a été comme une délivrance. Il y avait enfin quelque chose de normal qui se passait dans ma vie… ça n'a pas duré longtemps mais suffisamment pour que j'apprenne à me mentir sur ce que je ressentais vraiment pour les garçons et pour Malefoy en particulier.
- Alors, en sixième, quand tu t'es mis à l'espionner et à le suivre partout… tu… enfin, je veux dire… Tu…
- J'étais convaincu qu'il était devenu Mangemort et qu'il préparait quelque chose, coupa Harry. Et j'avais raison. Par Merlin, je n'ai jamais autant haï quelqu'un que lui à ce moment-là… Je lui en voulais tellement de continuer à me faire ressentir ces… choses alors qu'il était devenu… si vide, si froid, si…
Harry soupira en fermant les yeux.
-Dire que j'ai failli le tuer.
- Tu ne l'as pas fait, commenta Ron. Tout comme tu ne l'as pas laissé mourir dans la Salle sur Demande.
- Non. Je ne pouvais pas.
- Tu étais amoureux de lui ?
- Non. Pas à l'époque.
- Maintenant oui ?
- Oui.
Ron ne répondit rien. Il se contenta de fixer le paysage devant lui. Harry se laissa glisser à son tour dans ce silence qui n'avait rien de pesant. Une large main posée sur son épaule le sortit de sa torpeur.
-J'espère qu'il va s'en sortir, dit Ron.
Son ton n'avait rien de moqueur ou de déplaisant. Au contraire. Il y avait dans ses yeux bleus une sincérité et une douceur qu'Harry n'avait plus vues depuis longtemps.
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10 février 2015 – Abords du Lac Léman, Genève, Suisse
Lors du second vote de la journée, l'Italie fit un choix. L'Espagne fut désignée organisatrice de la Coupe du Monde de Quidditch 2018, à la majorité des trois-quarts, ainsi que le voulait le règlement.
La France était dépitée, l'Angleterre résignée. Après le coup d'éclat de Zacharias Smith la veille, tous les participants de la délégation anglaise avait compris que c'était fini pour eux. Il ne faisait aucun doute que les jours de Smith à la tête du Département de la Coopération magique internationale étaient comptés.
Harry aurait espéré pouvoir quitter le Conclave immédiatement après le vote, mais c'était impossible. Tous les participants devaient rester pour l'assemblée générale au cours de laquelle les pays participants devaient officiellement entériner le résultat de l'élection, et qui aurait lieu en soirée. Ils devaient également être présents à la conférence de presse qui se tiendrait le lendemain matin.
Harry était frustré mais trop épuisé pour se battre contre les organisateurs. Il rejoignit donc sa suite après l'assemblée générale, et s'écroula sur son lit, réconforté et impatient à l'idée que le lendemain, il reverrait Draco.
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11 février 2015 – Hôpital Sainte-Mangouste
A 10 heures tapantes, Harry avait quitté le complexe hôtelier sans demander son reste, suivi de Ron qui ne voulait pas s'éterniser non plus. Sur l'aire de transplanage, ils s'étaient salués bien plus amicalement qu'ils ne l'avaient fait depuis longtemps. Harry avait demandé à Ron de le tenir informé de l'état de Ginny afin qu'il puisse lui rendre visite prochainement. Ce que Ron avait promis bien volontiers. Même si on était encore loin d'une franche réconciliation, l'un comme l'autre avait conscience d'avoir fait un pas dans la bonne direction.
C'est donc un Harry plus que positif qui débarqua à Sainte-Mangouste ce matin-là. Il n'avait pu appeler personne car il n'avait pas eu l'occasion de recharger son portable et il ne voulait pas perdre de temps à passer chez Blaise ou Hermione.
-Bonjour Monsieur Potter, dit l'infirmière à l'accueil. Ça faisait longtemps !
- Oui, malheureusement. Patty, est-ce que…
Il n'osait pas formuler sa question, de crainte de la réponse. Mais le sourire de Patty parlait pour elle.
-Allez-y, dit-elle en lui faisant un clin d'œil.
Harry eut l'impression que son cœur allait faire exploser sa cage thoracique. Il courut dans le couloir, glissant pratiquement sur le dernier mètre qui restait. Il frappa à la porte. Les yeux fermés, il savoura le « oui », formulé de ce ton traînant et agacé à la fois, qu'il reconnaîtrait entre mille.
Il ouvrit la porte et vit Draco, habillé, en train de refermer un petit sac de voyage posé sur le lit.
-Par Merlin, souffla-t-il. Tu… tu es… c'est…
- Toujours aussi éloquent, Potter, se moqua Draco.
Harry ne put s'empêcher de sourire. Il entra dans la chambre en refermant la porte derrière lui.
-Je suis content de voir que tu vas bien, dit-il. J'étais vraiment inquiet tu sais…
- Alors ? Qui es l'heureux élu ? demanda Draco d'un air dégagé.
- De quoi tu parles ?
- De l'élection, enfin ! Qui a gagné ? L'Angleterre ?
- L'Espagne.
- Ah… bah, tu feras mieux la prochaine fois !
Le ton faussement enjoué de Draco mettait Harry mal à l'aise. Il ne savait plus quoi penser.
-Draco… qu'est-ce que tu as ?
- Moi ? Rien du tout ! Pourquoi tu demandes ça ?
- Je ne sais pas… Tu agis bizarrement… Tu me regardes à peine, tu me parles de futilités… Je ne suis pas là pour parler de Quidditch mais pour savoir comment tu vas !
Draco haussa les épaules avec nonchalance.
-Il n'y a rien à dire. Je vais bien. Comme tu peux le voir, on me laisse enfin sortir.
- Tu te fous de moi ? Tu as été gravement blessé, tu es resté dans le coma plusieurs semaines et tu trouves qu'il n'y a rien à dire ?
- Exactement.
Machinalement, il prit sa montre sur la table de chevet et entreprit de l'attacher à son poignet, oubliant qu'il était encore incapable de faire ce geste. Sa main tressauta violemment et la montre lui échappa. Harry la rattrapa de justesse avant qu'elle ne tombe sur le sol.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Qu'est-ce que tu as à la main ? demanda Harry.
L'inquiétude dans sa voix était palpable et Draco soupira avec exaspération.
-La partie de mon cerveau qui commande la motricité de mon bras et de ma main droite a été touchée, expliqua-t-il d'un ton sec.
- Merlin ! Et que disent les guérisseurs ? C'est permanent ? Tu as des potions ? Tu dois faire de la rééducation ? Si c'est le cas, je peux t'aider ! J'ai dû en faire pendant des mois après mon…
- STOP !
Harry se tut face à l'air profondément en colère de Draco.
-J'ai déjà commencé la rééducation, dit ce dernier. Et je n'ai pas besoin de toi, ok ?
- Mais bordel, Draco, qu'est-ce qui te prend ? s'emporta Harry. Pourquoi es-tu comme ça ?
- Il me prend que je n'ai pas envie d'avoir un Saint-Bernard qui me colle aux basques ! Je ne suis pas ton prochain projet social, c'est clair ?
Ces paroles blessèrent Harry profondément. Lui qui s'impatientait de retrouver Draco, lui qui avait cru mourir de bonheur quand il avait entendu sa voix derrière la porte, il se sentait comme le dernier des idiots.
-Bien, dit-il sommairement. Je ne vais pas t'ennuyer plus longtemps. Tiens…
Il tendit à Draco sa montre qu'il tenait toujours en main.
-Elle est très belle, dit-il. La personne qui te l'a offerte doit compter beaucoup pour toi.
Draco fronça les sourcils un court instant.
-Pourquoi dis-tu cela ?
- Eh bien… l'inscription au dos.
- Oh.
Ainsi donc, il l'avait vue. Et il ne se doutait nullement que cette montre était en réalité le cadeau qu'il avait espéré lui offrir pour Noël.
-Oui, dit-il tout bas. Il compte pour moi. Depuis très longtemps.
Harry fit un sourire crispé. La morsure de la jalousie lui faisait un mal de chien mais il n'en laissa rien paraître.
-Rétabli-toi bien, Draco. A un de ces jours, termina-t-il en regagnant la porte.
- Harry, attends !
Il se retourna lentement, peu désireux de faire durer son calvaire encore un peu plus longtemps.
-Je… je sais que tu as passé des heures à mon chevet, dit Draco d'une voix beaucoup plus douce. C'était gentil à toi. Tu n'étais pas obligé…
Ce revirement d'attitude déstabilisa Harry au plus haut point.
-Je ne l'étais pas. Je voulais être là, c'est tout.
Draco hocha la tête.
-Ecoute… là, je n'ai qu'une envie, c'est rentrer chez moi, dit-il. Si tu veux… tu n'as qu'à passer à mon appartement cet après-midi, on pourra discuter un peu…
- Tu es sûr ? demanda Harry, suspicieux.
- Absolument. Disons vers… 16 heures ?
- D'accord.
Ils se sourirent et Harry quitta la chambre le cœur un peu plus léger.
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Potter Corp., La City, Londres
-Bonjour Peggy.
- Oh bonjour Monsieur Potter ! Je ne m'attendais pas à vous voir aujourd'hui !
- Le Conclave s'est terminé ce matin.
- Oui, la presse vient d'en parler mais… je me disais que vous prendriez votre journée.
- Je ne reste pas. Je suis seulement venu voir Hermione.
- Bien, dans ce cas ça me laissera le temps de mettre un peu d'ordre dans votre bureau.
- Parfait. A demain Peggy.
- A demain, Monsieur Potter.
Harry s'éloigna dans le couloir en direction du bureau d'Hermione. Elle était en grande discussion avec Jayanti, sa secrétaire, mais sitôt qu'elle l'aperçut, elle décolla de son siège et se jeta dans ses bras.
-Harry !
- Merlin, Hermione ! Moi aussi je suis heureux de te voir mais laisse-moi respirer, tu veux ?
Avec un sourire un peu gêné, elle s'écarta.
-Bon retour à vous, Monsieur Potter, dit Jayanti. Miss Granger, avez-vous encore besoin de moi ?
- Non, ça ira. Merci Jayanti.
Une fois la secrétaire partie, Hermione entraîna Harry vers les fauteuils qui occupaient la partie gauche de son bureau.
-J'ai entendu la conférence de presse, dit-elle immédiatement. Tu n'es pas trop déçu ?
- Non, dit Harry en haussant les épaules. Pour être franc, je m'en moque un peu. La délégation a tenté de faire de son mieux mais… ni Ron, ni moi n'avions la tête à ça. Et puis, c'était sans compter sur Zacharias Smith.
- Que s'est-il passé ?
Harry lui fit un rapide résumé de leur altercation.
-Je suis désolée pour toi, murmura Hermione. Je sais très bien que ta liaison avec Tadeo n'a rien eu à voir là-dedans.
- Toi peut-être… mais les autres ?
- Personne ne peut supporter Zacharias Smith, il est arrogant et idiot. Comment Dawlish a-t-il pu le nommer au Département de Coopération magique internationale ?
- C'est exactement ce que Ron se demandait après lui avoir mis son poing dans la figure, rigola Harry.
Hermione ne put masquer son étonnement.
-Alors… vous deux… ça n'a pas été trop difficile ?
- Pas vraiment… en fait, ça faisait longtemps qu'on ne s'était plus parlé aussi franchement. Ça m'a fait du bien.
- Tant mieux.
- Tu sais Hermione… je crois qu'il a changé… Il n'est peut-être plus aussi obtus qu'il ne l'a été jusqu'à présent.
- Je ne demande qu'à te croire, soupira-t-elle. De toute façon, je le saurai bien assez tôt…
Harry fronça les sourcils, remarquant combien Hermione était tendue tout d'un coup.
-Il s'est passé quelque chose ? C'est à propos de la garde de Rose ?
Hermione hocha silencieusement la tête.
-Il… il te fait à nouveau des ennuis ?
- Non… je crois que pour le coup, c'est moi qui vais lui en créer.
Elle se leva et commença à arpenter nerveusement son bureau.
-J'ai reçu des nouvelles de Parkinson. Elle a demandé au Conseil Supérieur de la Justice Magique d'examiner toutes les décisions du juge Marshall en matière de garde d'enfants ces dix dernières années.
- Et ?
- A chaque fois, quels que soient les éléments du dossier, l'enfant a été confié au parent de sang-pur.
- C'est une blague ?
- Absolument pas. Le Conseil Supérieur a estimé que Marshall a fait preuve de partialité dans ses décisions. Tous les jugements qu'il a rendus me concernant sont annulés et le dossier sera réexaminé par un autre juge.
- Merlin, c'est… c'est formidable ! se réjouit Harry en se levant pour la rejoindre.
Hermione eut un petit rire nerveux.
-Oui, je dois dire que je ne m'y attendais pas. Parkinson est vraiment incroyable. Mais j'avoue que je crains un peu la réaction de Ron… Il va être furieux…
- Ça n'a aucune importance ! Tout ce qui compte, c'est que tu vas pouvoir enfin te défendre correctement !
- Oui, je suppose…
Harry sentait bien que son amie tentait de réprimer l'espoir qui grandissait en elle à l'idée qu'elle puisse enfin bénéficier d'un droit de garde décent.
-Comment Pansy a-t-elle eu l'idée de s'adresser à ce… conseil ? demanda-t-il.
- Il se trouve que Marshall était un ami de son père. Sans être un Mangemort, il n'en était pas moins sympathisant de Voldemort…
- Ça alors…
- Et tu ne sais pas tout. C'était également le cas du juge Sullivan.
- Quoi ? Sullivan ? Le juge en charge de… de mon divorce ?
- Précisément.
- Ça veut dire que… lui aussi… il a avantagé Ginny parce qu'elle était de sang-pur et pas moi ?
- C'est très possible, oui.
Harry porta la main à sa bouche, complètement abasourdi par ce qu'il venait d'entendre.
-Tu te rends compte de ce que cela implique… tu pourrais toi aussi demander la révision du procès, avança Hermione.
Il soupira lourdement en secouant la tête.
-Je ne crois pas… Avec le recul, je n'ai pas le sentiment que la justice sorcière a donné raison à Ginny à mon détriment. Je menais une vie de bâton de chaise, je n'étais pas fiable pour mes propres enfants…
- Tu n'étais pas le seul fautif ! Ginny bafouait ton droit de garde à la moindre occasion !
- Oui, mais j'ai fini par avoir gain de cause !
- Après des années !
- Peut-être mais j'y suis arrivé ! Tout comme je suis arrivé à un équilibre avec Ginny. Fragile, certes, mais… je ne veux pas risquer de tout perdre et devoir tout recommencer.
- C'est ce que tu me conseilles de faire ? De laisser tomber ? s'étonna Hermione.
- Non. Les choses ne sont pas pareilles pour toi. Toi, tu n'as rien obtenu jusqu'ici, ou presque. Et tu as encore l'occasion de reconstruire quelque chose avec Rose avant qu'elle ne parte à Beauxbâtons…
- Mais ?
- Mais je crois qu'il serait mieux que tu en parles avec Ron. Que tu le préviennes. Ne laisse pas sa cinglée d'avocate lui monter la tête avec ça.
Ce fut au tour d'Hermione de soupirer.
-Oui. Je crois que tu as raison. Même si ça ne m'emballe pas… c'est la meilleure chose à faire.
La jeune femme se rassit derrière son bureau et observa son meilleur ami.
-Tu as l'air épuisé Harry… tu es sûr que ça va ?
- Je suis passé à Sainte-Mangouste avant de venir ici.
- Je m'en doute bien, dit-elle en souriant largement. Tu as raté Draco ? Blaise m'a dit qu'il sortait aujourd'hui.
- Non… je l'ai vu. Il était en train de préparer ses affaires.
- Pourquoi tu fais cette tête ? Je croyais que tu serais fou de joie qu'il soit sorti du coma !
- Je le suis, évidemment ! C'est juste qu'il… il avait l'air bizarre… comme s'il m'en voulait…
- Oh Harry… tu connais Malefoy… tu sais bien qu'il n'y a rien qu'il déteste plus que d'être vu dans une situation de faiblesse !
Harry haussa les épaules, pas vraiment convaincu.
-Je sais… c'est juste que… j'ai comme un mauvais pressentiment.
- Qu'est-ce qui te fait peur exactement ?
- Rien… oublie ce que j'ai dit.
- Harry…
Il savait très bien qu'Hermione ne le lâcherait pas tant qu'il ne lui aurait pas dit le fond de sa pensée.
-On dit que les gens dans le coma peuvent entendre quand on leur parle…
- Il paraît, en effet. Cependant, le milieu médical n'est pas unanime à ce sujet. De plus, ça dépend de…
- Bref, coupa Harry qui ne voulait pas subir un exposé ex-cathedra. Quand Draco était dans le coma, reprit-il avec réticence… je… je lui ai parlé… de mes sentiments pour lui… de… du fait que je voulais qu'on se remettre ensemble…
- Tu penses qu'il t'a entendu ?
- Oui… et que ça le contrarie parce qu'il ne partage pas mes sentiments.
- Je ne crois pas, répliqua Hermione. Si c'était le cas, il te l'aurait dit franchement.
- C'est peut-être ce qu'il fera. Je dois le voir cet après-midi.
Hermione fit une moue dubitative.
-Harry, je sais que ce n'est pas ce que tu as envie d'entendre mais… mets-toi un peu à sa place…
- Que veux-tu dire ?
- N'oublie pas que c'est toi qui l'as largué. Il lui faudra peut-être plus que quelques mots doux chuchotés pendant son coma pour qu'il comprenne pourquoi tu as soudainement changé d'avis.
En effet, ce n'était pas ce qu'il avait envie d'entendre. Même si c'était la vérité.
-Oui, je sais, se contenta-t-il de dire.
Un peu vexé malgré tout, il se dirigea vers la porte.
-On se revoit demain, lui dit-il avec un sourire crispé.
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Appartement de Draco Malefoy, Pimlico, Londres
Arrivé devant l'immeuble de Charlwood Street, Harry inspira un grand coup. Il n'était toujours pas parvenu à se débarrasser de cet étrange sentiment que quelque chose n'allait pas avec Draco.
Il coupa pourtant court à ses réflexions quand après avoir sonné, la porte d'entrée se déverrouilla en bourdonnant. Il prit l'ascenseur jusqu'au troisième étage. Il n'eut pas besoin de frapper à la porte, celle-ci s'ouvrit immédiatement.
-Bonjour Monsieur Potter.
- Oh… bonjour Atticus !
L'elfe de maison s'effaça pour laisser entrer Harry.
-Donnez-moi votre manteau.
Harry sourit au ton toujours aussi directif de la petite créature mais obtempéra néanmoins.
-Draco n'est pas là ? demanda-t-il en parcourant le salon des yeux.
- Monsieur Malefoy est dans sa chambre. Il… il a dit…
Atticus s'interrompit, visiblement très contrarié.
-Il a dit que vous deviez le rejoindre à votre arrivée, finit-il par dire.
- Que se passe-t-il ? Il ne va pas bien ?
- Je ne sais pas. C'est l'ordre qu'il a donné, c'est tout.
- Où se trouve la chambre ?
- A l'étage.
Immédiatement, Harry grimpa l'escalier qui menait vers la mezzanine. Il n'y avait qu'une seule porte qui donnait sur le palier et il l'ouvrit sans frapper. Il s'arrêta sur le seuil, paralysé par ce qu'il avait sous les yeux : Théodore Nott, en pleine extase due aux bons soins que Draco était en train de lui procurer.
-La rééducation se passe bien, à ce que je vois, dit sèchement Harry.
Surpris, Théo sursauta. Son premier réflexe fut de tirer le drap à lui afin de recouvrir son corps nu.
-Harry ! Mais… qu'est-ce que…
Son regard passa de Harry à Draco, sans comprendre ce qui se passait. Draco lui, semblait parfaitement à l'aise et nullement étonné.
-Salut Potter, dit-il en s'étirant paresseusement.
Harry ne répondit pas. Il referma la porte et redescendit au salon où il exigea qu'Atticus lui rende son manteau.
Dans la chambre, Théo était paniqué.
-Merde… Draco… c'était quoi, ça ? dit-il en sortant du lit et en enfilant son pantalon.
- Laisse tomber Théo… reviens ici… on a été interrompu au meilleur moment…
Mais Théo ne l'entendait pas ainsi. A moitié habillé, il se précipita hors de la chambre.
-HARRY ! cria-t-il au moment où ce dernier passait la porte d'entrée.
Il se rua à sa suite et l'arrêta sur le palier juste avant qu'il ne prenne l'ascenseur.
-Harry, attends ! Je vais t'expliquer !
- Il n'y a rien à expliquer. De mon point de vue, les choses sont plutôt claires.
- Oui… mais… non…
- Justin le sait ?
Théo se raidit.
-Laisse Justin en dehors de ça.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que le problème n'est pas Justin, c'est toi.
- Moi ? Sûrement pas. Draco couche avec qui il veut, ça m'est égal.
Harry avait tenté de dire cela d'une voix la plus détachée possible, mais il ne fit pas illusion.
-Je sais quels sont tes sentiments pour Draco, dit Théo avec douceur. Blaise… Blaise m'a dit que tu espérais que…
- Ça dure depuis combien de temps entre vous ? coupa Harry.
Théo soupira et se passa la main dans les cheveux.
-Ce n'est pas ce que tu crois… la dernière fois que j'ai couché avec Draco, c'était… il y a cinq ans au moins.
- Pourquoi aujourd'hui ?
- Je ne sais pas… il m'a appelé tout à l'heure… il m'a supplié de venir… Il semblait tellement mal que j'ai cru qu'il… enfin, bref. Quand je suis arrivé, tout allait bien. Il m'a seulement pris dans ses bras, il m'a embrassé et…
- Et tu n'as pas pu résister, termina froidement Harry.
Il en avait assez entendu. Il se détourna pour prendre l'ascenseur, quitter cet immeuble et ne plus jamais revenir.
-Harry, souffla Théo. Je sais ce que tu ressens.
- Ça m'étonnerait.
- Si. Je sais ce que c'est que d'être amoureux de Draco.
Harry se retourna lentement, ne voulant pas croire à ce qu'il venait d'entendre.
-Tu… mais… et Justin ?
- Ne te méprends pas… J'aime Justin plus que tout au monde. C'est l'homme de ma vie, le seul avec qui j'ai envie de vivre, d'adopter des enfants, de vieillir… Justin est celui qu'il me faut… Mais il y a entre Draco et moi, quelque chose de particulier… quelque chose qui ne s'effacera jamais…
- Quoi ?
- Notre première fois. A tous les deux.
Théo eut un sourire empli de nostalgie.
-C'était à Poudlard, en cinquième année. Il était aussi gauche que je ne l'étais… mais ça n'a pas empêché que ce soit magnifique. Et quoi qu'on en dise, la première fois, on n'oublie jamais.
Harry ne pouvait qu'acquiescer. Lui-même n'avait jamais pu oublier Brian, ce moldu rencontré dans un bar, lors de son premier match à l'étranger avec l'équipe des Flèches d'Appleby, à Pittsburgh. Il ne l'avait plus jamais revu mais il gardait de lui et leur seule nuit ensemble, un souvenir inaltérable.
-Je ne comprends pas pourquoi il a fait ça, dit Théo, tristement.
- Moi, je le sais.
C'était tellement évident. Draco ne voulait plus de lui et il avait trouvé le moyen le plus limpide de le lui montrer.
-Tu diras à Draco qu'il n'a pas à s'en faire. Je sors de sa vie définitivement. Tu le remercieras aussi pour ce qu'il a fait pour mon entreprise. Je règlerai ses honoraires sans discuter, quel qu'en soit le montant. Mais à partir de maintenant, je m'adresserai à un autre avocat pour ce qui concerne mes brevets.
- Mais…
- Ça ne vaut que pour lui. En ce qui te concerne, j'aimerais qu'on continue à travailler ensemble. Si tu acceptes, évidemment.
- J'aimerais bien… ce sera compliqué, parce que Draco est associé principal et qu'il aura toujours un droit de regard sur les dossiers…
- Peu importe. Du moment que je ne suis plus tenu d'être en sa présence.
- Je suis tellement désolé, soupira Théo. C'est de ma faute… je n'aurais pas dû…
- Je ne t'en veux pas. Finalement, tu es une victime, toi aussi. Draco t'a utilisé. Il ne sait faire que ça. Il n'aime personne et il se moque éperdument des sentiments des autres.
Sur ces mots, il ouvrit la porte de la cabine d'ascenseur et se glissa à l'intérieur.
-Au fait, dit-il avant que la porte ne se referme. Elle est très belle, la montre que tu lui as offerte.
Il n'eut pas l'occasion de voir l'expression perplexe de Théo qui n'avait absolument pas compris l'allusion. Ce dernier, trop submergé par la colère, ne chercha cependant pas à comprendre plus longtemps. Il retourna dans l'appartement et alla retrouver Draco dans la chambre.
-Tu n'es qu'un sale enfoiré, Malefoy, siffla-t-il.
Draco était toujours allongé, dans le lit, nu, en train de fumer une cigarette.
-Tu l'as fait exprès, continua Théo en ramassant le reste de ses affaires d'un geste rageur. Tout ça, c'était une mise en scène, hein ? Tu savais qu'Harry allait arriver et tu t'es arrangé pour qu'il nous trouve au lit !
Draco souffla lentement la fumée, sans prendre la peine de répondre.
-Mais quel être abject es-tu pour faire autant de mal autour de toi ? s'emporta Théo, agacé par l'impassibilité de Draco. Pourquoi as-tu fait une chose pareille ?
- C'était la seule solution, dit Draco en contemplant le bout rougeoyant de sa cigarette.
- La seule solution pour quoi ?
- Pour qu'il me lâche définitivement.
Théo eut un rire méprisant.
-On peut dire que tu as réussi. Il ne veut plus te voir. Et il va confier ses dossiers de propriété intellectuelle à un autre avocat.
- Je m'y attendais.
- Malgré tout, je continuerai à m'occuper de ses autres affaires…
- Ça ne me pose aucun problème.
- C'EST TOUT CE QUE CA TE FAIT ? hurla Théo. MAIS MERDE ! QU'EST-CE QUI NE VA PAS CHEZ TOI MALEFOY ?
Soudain complètement abattu, Théo s'assit sur le bord du lit, dos à son ami, la tête entre les mains.
-Pourquoi moi ? murmura-t-il.
Draco soupira longuement. Théo crut qu'il n'obtiendrait aucune réponse mais finalement, il l'entendit dire tout bas :
-S'il m'avait vu au lit avec un parfait inconnu, ça ne lui aurait rien fait. Il fallait que ce soit quelqu'un qui compte pour lui… comme pour moi.
Ces derniers mots irritèrent Théo au plus haut point.
-Tu me dégoûtes, Malefoy, souffla-t-il. A un point dont tu n'as même pas idée.
Il se leva, ramassa ses affaires et partit sans se retourner.
-Je ne te dégoûterai jamais autant que je ne me dégoûte moi-même, murmura-t-il dans le silence de la pièce.
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Stade des Tornades, Tutshill, Gloucestershire
-C'EST BON LES GARS ! cria Olivier Dubois. C'EST FINI POUR AUJOURD'HUI !
Des exclamations de joie et de soulagement retentirent parmi les joueurs qui redescendirent au sol sans se faire prier.
-Bon sang, coach ! Vous vouliez notre mort ou quoi ? se plaignit Danny Wickham, l'attrapeur de l'équipe en s'étirant douloureusement.
- On n'a rien sans rien, Wickham ! Ceci dit, vous avez fait du super boulot ! Caerphilly n'a aucune chance !
Les joueurs se congratulèrent mutuellement, ainsi que leur coach.
-Rentrez tous au vestiaire, dit Olivier. Je terminerai de ranger.
- Vous êtes sûr coach ? On peut vous aider…
- Pas la peine. Vous avez bien mérité une longue douche bien chaude.
Tous le remercièrent et traversèrent le terrain, leur balai à l'épaule, pour regagner les vestiaires. Olivier les regarda partir avec un sourire satisfait. Il était vraiment fier de ses petits gars.
-Tu es un très bon coach, dit une voix derrière lui.
Il se retourna pour voir Harry, appuyé contre une des colonnes qui soutenaient les tribunes.
-Harry ? s'étonna-t-il. Qu'est-ce que tu fais là à cette heure-ci ?
- Disons que je surveille mes investissements, répliqua Harry en souriant. Tu penses vraiment qu'on va gagner samedi ?
- J'en suis sûr ! Wickham est au mieux de sa forme. Pareil pour McGill.
- Le nouveau gardien ?
- Oui. Il a vraiment beaucoup de talent.
Tout en parlant, Olivier avait lancé un sort pour immobiliser les cognards qui tournoyaient encore autour du stade. Harry l'aida à les récupérer et à les remettre en place dans la malle.
-Je sais que je suis sans doute le centième à te dire ça aujourd'hui, poursuivit Olivier, mais je suis vraiment désolé pour l'élection… je me doute que tu as fait tout ce que tu pouvais pour…
- Non, dit Harry abruptement. Je n'ai pas fait ce qu'il fallait. Je ne me suis pas investi comme je l'aurais dû… tout ça à cause de… enfin bref. Je n'ai pas envie d'en parler.
- Comme tu veux. Tu as envie de voler un peu ? Avec l'éclairage du stade, on peut…
- Non, ça ira.
Olivier regarda Harry, les sourcils froncés.
-Harry… pourquoi es-tu là au juste ? Et ne me dis pas que tu voulais assister à l'entraînement.
Harry soupira et se rapprocha d'Olivier.
-L'autre jour… tu… tu as dit que tu n'abandonnerais pas.
- Oui.
- Prouve-le-moi.
- Quoi ?
- Prouve-moi que tu ne vas pas abandonner.
- Je… Harry… je ne comprends pas… que veux-tu de moi ?
- Je l'aime encore. Ça me tue mais c'est comme ça. Et je veux que ça s'arrête. Il faut que ça s'arrête. Alors… Aide-moi. S'il te plaît.
Olivier écarquilla les yeux. Malefoy l'aurait-il écouté ? Aurait-il fait en sorte de repousser Harry une bonne fois pour toutes ?
-Je sais que ce que je te demande est injuste pour toi, continua Harry. Injuste… et égoïste. Mais tu es le seul qui…
Sa voix se brisa. L'instant d'après, Olivier le tenait étroitement serré contre lui.
-Ce n'est pas injuste, ni égoïste, dit-il. C'est moi qui ai choisi les règles du jeu. Je sais à quoi je m'engage… et je ferai n'importe quoi pour te montrer que je suis digne de toi. Je t'aime Harry… plus que n'importe qui. Plus que… lui. Et je t'aimerai pour deux le temps qu'il faudra.
Harry ne répondit rien, se contenant de serrer convulsivement la robe d'Olivier entre ses poings.
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Pimlico, Londres
Draco n'avait pas quitté la chambre depuis le départ de Théo. Tout juste avait-il enfilé un jeans. Puis il s'était rallongé sur le lit, les mains derrière la tête et avait passé des heures à observer le plafond. Il se sentait vide. Quand il avait élaboré son « plan », tout lui avait paru tellement simple : il lui suffisait d'être odieux. Après tout, c'était ce qu'il faisait de mieux… Pourtant, quand il avait entendu les coups frappés à la porte, la voix de Harry qui parlait à Atticus, ses pas dans l'escalier, il lui avait fallu toute sa volonté pour continuer à besogner Théo comme si c'était la chose la plus naturelle qui soit. Et quand il avait vu le visage froid de Harry, il lui avait fallu encore plus de volonté pour ne pas le retenir et le supplier de lui pardonner.
Il avait fait ce qui était juste. Pour Harry.
Depuis des heures, il ne cessait de se répéter cette phrase. Pourtant, plus ça allait, plus il regrettait. Il aurait dû être égoïste. Bon sang, il avait toujours été égoïste ! Il avait toujours privilégié son plaisir, son bien-être à celui d'un autre ! Alors pourquoi n'avait-il pas gardé Potter auprès de lui ? Pourquoi s'était-il préoccupé de savoir s'il le rendrait heureux et pendant combien de temps, lui pour qui l'avenir se limitait seulement au lendemain ?
Il se redressa brusquement dans son lit, prenant conscience de l'ampleur du désastre. Prenant surtout conscience qu'il ne pourrait pas supporter de voir Harry heureux avec un autre que lui.
Il repensa à son procès après la guerre. Il revit Harry, le Sauveur du Monde Sorcier, debout devant le Magenmagot au grand complet, en train de le défendre avec conviction, comme il aurait défendu un ami. Une personne chère. Il se souvint de cette sensation d'ivresse quand l'amour qu'il lui portait et qu'il tenait étroitement verrouillé quelque part en lui, explosa dans son cœur. Il se souvint aussi de ce qu'il avait ressenti quand il s'était rappelé que cet amour ne serait jamais partagé. Il avait alors fait ce qu'il faisait de mieux : fuir. Fuir Londres pour mieux fuir ses sentiments.
Aujourd'hui, ce qu'il croyait impossible était arrivé : Harry l'avait aimé, avec toute la force et la sincérité qui le caractérisait. Et parce que Draco ne savait pas aimer en retour, il l'avait brisé.
Sachant cela, il n'y avait plus qu'une chose à faire.
Avec des gestes mécaniques, il se saisit de son portable et composa le numéro de la seule personne qui pouvait encore l'aider.
-Pansy ? C'est Draco… Tu as toujours le numéro de Millicent Bulstrode à Milan ?... Oui… Tu sais si la place de conseiller juridique de Mathieu Saint-Martin est toujours libre ?... Oui, j'ai changé d'avis… Parce que…
Draco s'interrompit. Il ferma les yeux et essaya d'avaler la boule douloureuse qui s'était formée dans sa gorge.
-J'ai merdé, Pansy… Cette fois, c'est fini. Vraiment fini.
A suivre...
